‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 4)Chapitre 150 sur 395 · BEL ESPRIT 2SS · texte numérisé non relu

BEL ESPRIT 2SS

J*ai deviné une énigme du Mercure galant. Vous savez, Madame, que c'est la pierre de touche du beï-etprit. - RaGiiAfiD, Divorce, 1,7.

11 vit fondre chez lui. . . tous les fainéants de la ville, chevaliers sans ordres, beaux-eiprilt sans aveu. - lo., ibid., III, 6.

« Le mot bel-eeprit est pris ici dans deux sens : il désigne une qualité et la personne qui la possède. Sorel a déjà noté cette distinction :

«On a dit : Il a eeprit, au lieu qu'auparavant (avant 16&A) on disoit : Il a de l'etprit. Maintenant on dit : // ett bel eeprit, au lieu qu*on disoit ; Il a de Veeprit, ou bien : Ceet un bel eeprit. Ceux qui parlent ainsi imitent le langage des estrangers, mettant une particule pour une autre, ou ôtant un article ou un pronom, afin d'avoir quelque chose de nouveau dans leur langage. Pour parler mesme aune dame qui a de 1 esprit, c'est mal parier de le dire de cette sorte, ou de dire : Ceet un bel eeprit. Il faut dire maintenant : ùlle eet bel eeprit, ainsi qu'on diroit d'un homme. On peut assurer que c'est faire une qualité et une dignité du titre de bel eeprit : c'est faire que toute la personne ne soit que son attribut, puisqu'on dit : Il ett bel eeprit, au lieu de dire qu'on a bel eeprit.n - Sobil, Conn, dee Lit., 1671, p. 383-38^^. - Cf. p. ioà.

Les beaux-eeprite , comme les poètes, étaient des hommes à part dans la société; c'était

Sresque une profession d'être bet-eeprit, comme d'être poète; aussi Molière, dans la liste es personnages des Femmee eavantee, donne-t-il à Trissotin la qualité de bel-eeprit. Cette quahté avait, entre autres avantages, le précieux privilège d ouvrir toutes les portes, même celles des « chambres» les plus rigoureusement fermées à la bourgeoisie. Cependant tout n'était pas bénétice dans ce difficile métier, et il se trouvait parfois des gens assez sages pour répudier un titre qui exposait à trop d'exigences. Voici à ce sujet une page intéressante de M"* de Scudéry :

«r Hélas, reprit Amilcar, vous ne sçavez guère ce que vous desirez quand vous souhaitez d'estre bel-eeprit : il n'y a rien de plus descrié dans le monde présentement, et j'aimerois mieux estre esclave que bel-eeprit. Ceux qui le sont avec raison s'en cachent ; ceux qui n'ont pas doquoy soustenir cette qualité-là le sont si mal à propos, qu'excepté ceux qui s'en moquent, personne ne veut de leur conversation. Ce n'est pas, reprit Amilcar, que si vous avez bien envie de l'estre , je n'y consente de tout mon cœur, et il ne faudra seulement que nous faire sçavoir de quelle nature de bel-eeprit vous voulez estre , car il y en a du premier ordre, il y en a des subalternes, il y en a de la Cour, de la ville, de la campagne, et il y a mesme de beatix-etprite du bas peuple. . . t) - Clélie, 5* part., liv. III, édit. 1660, p. 1168.

Dans le Cyrue, 10* partie, p. 6i9-6a6, M"* de Scudéry avait déjà protesté contre le titre de bel eeprit :

«Puisqu'il faut le dire, reprit Sapho, je suis si lasse d'estre bel eeprit et de passer pour sçavante qu'en l'humeur où je me trouve aujourd'huy, je mets la suprc>smc félicité à ne sçavoir ny lire, ny escrire, ny parier; et si c'estoit une chose possible que de pouvoir oublier à fire, à escrire, et à parier; je vous proteste que je commencerois de me taire tout à l'heure pour ne parier de ma vie, tant je suis rebutée de la persécution qui est inséparablement attachée à celles qui, comme moy, ont le malheur a avoir la réputation de sçavoir quelque autre chose que de faire des boucles et de choisir des rubans ...»

Mais sans argent, mon bel eeprit, le vôtre. Des beaux eeprite sans doute le plus fin. Hélas I ne sont que beaux eeprite enfin ; Mais sans argent, soit en vers, soit en prose, Un tel eeprit est, ma foy, peu de chose ; Un bel eeprit , sous un habit usé , Est un talent qui n'est guère prisé.

ScARSOH, Dem, Œuvr., Paris, David, 1700, I, p. 188. - i** Epit. à Pellisson.

23& BÉliTBE

Un bel eiprit pense toujours noblement. ~ La Rocbef., I, 396.

On a abuse du terme de bel etprit, et, bien que tout ce qu^on vient de dire des différentes qualités de i^esprit puisse convenir k un bel nprtt, néantmoins, comme ce titre a été donné à un nombre infini de mauvais poètes et d^auteurs ennuyeux, on s^en sert plus souvent pour tourner les gens en rimcule que pour les louer.

Id., 1, p. 39g.

Hélas I le bel eeprit est bien mal ménagé ;

On le prodigue trop. — J^ai cent fois enragé

De voir qu^à tout le monde on le jette à la tête.

— On confond, il est vrai, Thabile homme et la béte.

Damon est bel eeprit parce qu*il fait des vers ,

Et cependant Damon a Tesprit de travers.

Lisidas, avec qui personne ne peut vivre,

Passe pour bel eeprit parce qu*u fait un livre.

Je connois bien des gens de qui le 6e/ eeprit

Consiste à condamner tout ce que Ton écrit. . .

L*on devient bel etprU du moment qu*on compose.

La Truilbiib, Criepin BelEeprit, se. 10.

En 169&, le P. Garasse a publié un volume in-&* de io95 pages, intitulé : «La Doctrine curieuse des beattx etprite du temps, ou prétendus tels;?) Paris, Chappelct. — L*ouvrage est surtout dirigé contre Tbéophue et les auteurs du Parnasse satyrique.

En 1695, de Gallieres, Fauteur des Molt à la mode, Du bon et du mauvait ueage dam Ut maniérée de »' exprimer, etc., a publié un traité du Bel eeprit, qui ne compte pas moins de 3i&6 pages. Il y parie du Bel esprit dans la conversation, 33 chap.; — du Bel etprit dans les ouvrages, 91 chap. ; — du Bel etprit dans les affaires, 19 chap.

BÉLÎTRE ou BÉLISTRE.

Gueux, béUlre, fripon! — Méd. malgré /ai, I, 1.

Allez, bélître de pédant! — Bourg, gent., II, 3.

Le seigneur Géronte, Monsieur, nesl ni fat, ni maraud, ni hiUtre.

Fourb, de Scap,, III, 9.

Jamais je ne vis tel dcduyt Ne ung si dangereux belittre.

Force det crit de Parit; Ane. Th./r., bibl. clzév., II, 39 9.

Que vous semble, si je me desguisois en belittre? - Labitbt, Let Jaloux, II, 1.

Je vous laisse à penser comme c*est chose supportable en un belitre d'être friand.

Malo., II, k'jk.

Vjç»i une note digne du grand Théodoret que tous les . . . hérésiarques ont esté des parjures et belittret, d'autant que ces esprits sont plus propres au diable.

Lb p. Gabassb, Doctr. cur,, 1696, p. 67.

Quand je parie des gueux , j'entends parler de ceux qui sont véritablement gueux de profession, et qui sont portex dans le tiltre de validit mendicantibus , sçavoir ces gros belittret coureurs, qui n'ont d'autre vocation que de se gratter le ventre au soleil et de succer les aumosnes des pauvres nécessiteux. - lo. , ibid,, p. 68.

Qui entendroit ces locutions sans commentaires : ringer tur la bittorte et câbler sur la bittorte 7 U n'y a calepin à dix langues . • . qui en puisse venir à bout ; ce

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