BRAVADE — BRAVE
Le singulier parait pourtant dans ia locution : en bratsière»
Je Youdrois que vous vissiez à ia Comédie le terrain que inoccupé au théâtre ! Oh I parbleu, ia scène n*est jamais vuide avec moi. Il n*y a que le théâtre de TOpëra où je me trouve un peu en brasiière; je n^y saurois pirouetter i ma fantaisie.
Rboiiard, La Coquette, IIl, 7.
Bravade, insulte, aiïront, défi.
i3i2 Moi, je serois cocu? — Vous voilà bien malade! Mille gens le sont bien, sans \ous faire bravade.
Ec, des Fem. , IV, 8.
i564 Je ne sais qui me tient qu'avec une jjourmade
Ma main de ce discours ne venge la bravade. - Ibid., V, 6.
565 Le bélître insolent me fait encor bravade. - Corn., lUiu, corn,, II, 8. /io7 La bravade est aisée, un mot est bientôt dit. - Id., Attila, II, 1.
Si tu eusses sceu mieux punir
La sotte bravade ou la verve
De rimperiinente Minerve,. . .
La fièrc fille de Gerès
Ne mépriseroit pas tes traits. - Richbr, Ovide bouffon, 166a, p. 569.
Voulez-vous m*insulter, et venir par bravadee Me payer le respect qu'on me doit en gambades?
MoNTPLEURY, Gcntilh. de Beauce, III, 6.
Brave, élégant, bien mis.
1693 Ta forte passion est d'être brave et leste. - Éc. des Fem., V, û.
Est-ce que tu es jalouse de quelqu'une de tes compagnes que tu voies plus brave que toi? — Am. méd.y 1,2.
J'oubliois vous dire que je m'estois vouée à me faire brave, si j'avois trouvé qui me donnast une robbe. - Larivey, La Vefve, II, 7.
Cet homme , tout tel que vous le voyez , brave et couvert d^escarlatte , je Tay veu qu*il n'avoit pas du pain à manger.
Le P. Garasse, Rech. des Rech. de W Eit. Pasquier, i6a3, p. 109.
Il disoit qu'il estoit étrange qu il fallût tant dépenser d'argent pour être fait comme les autres, et qu*un nonneste homme ne pust estre connu pour ce qu'il estoit, s'il n'estoit des plus bravée. - Sorel, Poîyandre, I, 371-373.
II ne leur faut ni fraise ni collet ;
Quoyquc tout nuds, ils semblent cslrc brave».
Sai5t-Amaîjt, Œuvr., bibl. elzév., I, 386-887.
Tous nos magistrats , comme esclaves , Dès le grand matin se font bravée , Pour paroistre au lever des grands.
Fr. Colletet, Javénaî burl,, 1657, p. 36.
Et vous enrageriez cent fois tout vostrc saoul Quand vous me verriez brave et n'auriez pas le sou.
Th. Corn., Galant doublé, V, 3.
BRAVE i>89
Pour avoir des plumes au chapeau ,
L'aiguillelte à la mode et le ruban nouveau.
Pour estre chaque jour brave comme un dimanche ... - Gilbkrt, Le Campagnard.
197 T'ai-je jamais refus*» nulle chose,
Soit pour Ion jeu, soit pour les v^^temenls? En éloit-il quelqu'une de plus brave?
La Foîit., IV, 3/18 : Contety II, 8.
En donnant des habits en broderie à un paysan, on le déguise plus qu^on ne le pare, et au lieu de le faire ftrare, on le fait ridicule.
Mo5TREuiL, Œuvr., 1G66, p. i^h 6i< (après la p. i't3).
Voyez-vous la carogne, comme elle est brave! — Si je suis brave, ce n'est pas à vos dépens. Voulez-vous que j'aille toute nue? - RegiNARd, FiUee errantce. II, a.
Brave, bon.
Si vous aviez, en brave père, bien moriginé voire fils.
Fourh, de Scap, , Il , i .
Un homme nVst pas brave si tous ceux qui le viennent voir ne s'en retournent les mains. . . pleines. - Malh., II, si a.
Ce brave chevalier a paru m'en vouloir. - Th. Gor?(., Comt, d*Org,, 1,7.
♦ «Plusieurs disent , en parlant d'un prédicateur et d'un avocat, fr c'est un braie homme». Cela ne se peut dire que d'un homme d'épée ; et il y a bien longtemps que M. de Balzac a condamné le mauvais usage de ce nom, en se moquant d'un prédicateur qui avoit appelé sainte Paule «f cette brave veuve»». Il dit à celte occasion que l'épithète de brave ne se peut donner à une femme qui ne va point à la guerre ... Il dit encore qu'au delà de la rivière de Loire on dit : «Un brave avocat et un brave prédicateur», et peut-c^tre
3u'on dit : «r []n. vaillant avocat et un vaillant prédicateur» en quelque lieu plus éloigné e Paris et plus voisin des monts Pyrénées. . . C'est ainsi que M. de Balzac se réjouit sur le sujet de lirave et de vaillant mis hors de leur place.
trOn ne laisse pas de dire dans le discours familier, et à demy en riant : «Vous estes un tfln-ttve homme de nous estre venu voir; vous êtes une brave femme d'avoir fait ce que ffvous m'avez promis.»
wOn disoit autrefois trune brave poésie» pour «une bonne poésie»; et le censeur de Joachim du Bellay luy reproche en ces termes la préférence qu'il avoit donnée aux sonnets sur les autres espèces de vers : « Velà une brave poésie, pour en mépriser et dédaigner «toutes les autres excellentes françoises!» Mais aujourd'huy, brave ne se dit pas mesme des poètes, à moins qu'ils ne portent fépée, et qu'ils ne ress<»mblent à M. de Montplesir (Mont plaisir) qui a fait de très belles actions et de très beaux vers : encore ce n'est pas en qualité de jmèles qu'on les traite de braren ; c'est seulement en qualité de guerriers.» - Lk p. Houiiol'bs, Uem. noiiv., iG8a, p. 99^-39/1.
r^ Brave. Autrefois le mot de l^rave avoit divers sens. Il se prenoit pour habile, sçarant, bienfait, et Ton disoit : tin brave peintre , un Itrave prédicateur, une brave Jille; mais aujourd'huy, on ne le connoit plus que pour vaillant. 11 ne faut donc point dire avec M. de Malherbe :
lies Muses hautaines et brave». - Ode au duc de Bcllegarde.
mais il faut dire avec Corneille :
Et je l'entends partout publier hautement
Aussi brave guerrier que malheureux amant. - /^ CAd.'n
Lkvkm dk Templebv, Ije génie, la paliteMe. Venprit et la délicateme de la langue française , 1 706 . p. a 1 .