‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 4)Chapitre 221 sur 395 · CADENCE · texte numérisé non relu

CADENCE

d^omemeni; une lettre cadelée est une lettre ornée de traits de plume. M. Preudhomme, dans son Euay inttructifde l'art d'eicriture (in-S**, lôSg) prescrit {Maxime XXVII, p. 169 ) ceci :

«Toutes lettres capitales, cadeaux, ou traits volants (que Ton appdle), seront faits, le bras et la main en Tair, en leur donnant une vive chasse.»

D^autres tront fait venir ce mot cadeau d'un fameux traiteur de Paris, qui s'appeloit Cadeau, ou bien d'un marchand de la rue Saint-Denis, qui se nommoit ainsi, et qui traitoit souvent ses amis et leur faisoit faire bonne chère. . . — Que ne disoit-(on) plutôt que cadeau vient de cadendo, parce que dans ces repas on boit souvent un peu trop, ce qui fait chanceler et ensuite tomber les buveurs? et voilà comment finit un cadeau, et ce pourroit bien être aussi ce qui Ta fait nommer de la sorte.» - âlbmir, Nouv. ohterv, sur la lang,Jranç,, 1688, p. 386-387.

Aucun dictionnaire avant le Diction, fr.-lat. imprimé en 1677 au chAteau de Duillier, en Suisse, et celui de Richelet (1680) ne donnent un autre sens. Cependant, dès i65o. Ménage {Originei, p. 16/1) dit déjà : trPar métaphore, nous disons : Faire det cadeaux, pour dire : faire de* choset ipécieutei, maiê inutilet,n — L'emploi du mot, si fréquent dans Molière, fut de courte durée; Ménage, dans ses Obtervationt , 1679, I, 998, dit: «Ce mot de cadeau, en cette dernière signification, est plutôt de la ville que de la Cour. On dit à la Cour : donner une feite. C'est donc ainsi qu'il faut parler pour bien parler.»

t( Cadeaux se dit aussi des repas qu'on donne hors de chez soy, deçà et delà , et particulièrement à la campagne. Les femmes coquettes ruinent leurs galants à force de leur faire faire des cadeaux. En ce sens, il vieillit.» - FuRiniRB, Diction,, 1690.

Cadeau est employé avec son sens primitif dans les vers suivants :

De plus, mainte chose Testonne,

Force cadeaux prodigieux

Écrits sur la voûte des cieux ,

Chichefaces, cocquesigrues,

Dragons et Chimères cornues. - Righbb, (hide bouffon, 166a, p. lâo.

Puis , aspergé d'une eau peu claire

Dont son habit eut maint cadeau.

Il prit un visage d'oiseau. - Id., ibid,, p. 698.

Dans les Amoun de Trapolin (1669), Dorimond personnifie les sieurs Bal et Cadeau à l'aide d'un mauvais jeu de mots :

Les jaloux eussent-ils l'exactitude entière ,

Les sieurs Ba$le et Cadot viennent rompre en visière. - Se. 3.

Cadence : en cadence.

En cadence, violons, en cadence! — Préc. rid., se. la.

Monsieur le pédant faisoit des cabrioles et des entrechats à la romanesque , et il sautoit des piedis et des mains comme un crapaut que l'on mené en iesse; il alloit en cadence comme une corneille qui abat des noix ; jamais on n'a vu si bien remuer le pot aux crottes ny secouer le jarret.

D'OuviLLE, Contet, i6ââ; Paris, Jouaust, i883, II, p. 961.

Je luy proposay ... de danser chacun deux ou trois passages d^ime sarabande . . . Je commençay donc sans façon le premier couplet, et, quand elle dansa le sien, je ne vis jamais rien de si ridicule. Elle portoit les bras en avant comme si elle oust soutenu quelque chose, et meltoit, en marquant la cadence, celuy qu'elle portoit en haut au-dessus de sa teste, pendant que l'autre estoit plus bas que ses genoux. - Aratpe et Simandre, 1679, I, p. 169.

316 cadencé — cadrer

Cadencé : prose cadencée.

C'est proprement ici un petit opéra impromptu , et vous n'allez entendre chanter que de la prose cadencée ou des manières de vers libres . . .

Mal. imag.f II, 5.

4e L'impromptu dont il s^a^t ici est, en effet, écrit en vers de différentes mesures, avec des rimes plus ou moins inexactes. La prot€ cadencée et rythmée comme des vers n^est pas rare dans Molière; sans parler du Sicilien, dont un savant éditeur moderne, peut-être un peu aventureux en la circonstance, M. Anat. de Montaiglon, a pu disposer le texte en vers de différentes mesures, on trouve dans d'autres pièces, dans V Avare, par exemple, à cMé de nombreux vers alexandrins, de longs passages en vers libres qui se suivent. Nous nous bornerons aux exemples suivants que nous pourrions multiplier *

Seroit-ce de regret de m'a voir fait heureux, Et vous repentez-vous de cet engagement Où mes vœux ont pu vous contraindre?

— Et je crains fort de vous aimer Un peu plus que je ne devrois.

— Puisque les seules actions

Font connoltre ce que nous sommes.

Attendez donc au moins à juger de mon cœur. Et ne cherchez point de crimes.

— Je crois que vous m'aimez d'un véritable amour Et que vous me serez fidèle ;

Je n'en veux point du tout douter.

Et je retranche mon chagrin Aux appréhensions du blâme Qu'on pourra me donner.

^ Voir notre édition de l'Avare, Paris, Paul Dupont, p. a3-a5.

Cadrer ou Quadrer.

Les poires ne sont pas encore bien mûres, mais elles en cadrent mieux avec la dureté de votre âme. - Comt. d'Escarb., se. 4.

i666 Les livres cadrent mal avec le mariage. - Fem. sav., V, A.

iA8 Et leurs Majestez Catholiques Trouvèrent cet endroit plaizant.

Qui quadre fort au temps prezent. - Lorkt, Muze hietor,, i*' nov. 1669.

175 Ce sujet bien imaginé

D'un balet fut accompagné,

Duquel Tinvention galante

Fut tout à fait divertissante.

Et quadrant à l*bymen du Roy. - Id., ilfid., 9 5 août 1660.

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