‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 4)Chapitre 235 sur 395 · CARACTÈRES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES

poules, dont ils i\ous rompent la teste quand ils s'entrefont Tamour et dont nous avtins ibrmé , par une belle métaphore , caquetter, lorsque quelques babillards nous repaissent de paroles vaines : et de là mesme les mesdisans ont appelé le caquêt des femmes, n

^1. Litlré n'admet pas que caqueter vienne de caqueter. Soit; mais los deux mots ont une origine commune : le son que lance le coq à chaque instant. — Ménage remarque que la langue bretonne a le même mot pour la même idée : mais est-il plus ancien en français qu'en breton?

Caractères, traits, figures, lettres, écriture.

Ses pieds amoureux, sur Témail d'un tendre gazon, traçoienl d'aimables caractères qui m'enlevoient hors de moi-même.

Princ. éfÉ/.,III, 2.

i8S3 Voyez ce qu*en mourant me laissa votre mère.

— J'en baise en soupirant le sacré caractère. - Goaic., HéracL, V, 7.

Vous avez écrit fort vile les doux lettres que j'ay reçues de vous, car le caractère en paroit beaucoup négligé. - Rac, VII, 85 : Lett,

Quelqu'un. . . laissa tomber deux lettres. . . d^un beau caractère de femme.

La Rocbbp. , II, 83.

Montrez-moi ce papier.

— Ramassez-le , Marton. — 11 n'est pas tout entier.

On le voit aisément. — C'est votre caractère? - Baioic, Le Jaloux, II, 5.

Le Pape. . . luy donna ses bulles. Canmer les receût, et ne craignit pas de se souiller en recevant, comme on parloit dans le parti (protestant), en recevant le caractère de la beste. - Bossukt, Hist. des Var., 9 in-&% 1688, I, p. 363.

Caractère, talisman.

iGSG Oui, cVst un enchanteur qui porte un caractère

Pour ressembler aux maîtres des maisons. - Amph,y III, 5.

L'on dit quMl a un caractère pour se faire aimer de toutes les femmes.

Pourc,, III, 6.

U demande son écritoire. . .

Puis après, faisant cent mystères, Qui sentoient fort les caractères Dont on conjure les esprits, Voicy ce que de luy j'appris.

ScAKioif, Virg.trav,, Paris, David, 1706, I, p. a3i.

Tel que vous me voyez, il n'est guère de maux

Où je ne sache mettre un remède à propos :

Pierre, gravelle, toux, vertige, mal de mère.

On m'a même accusé d^avoir un caractère, - Rbgnabd, Fol, am,, I, 5.

4( tt Caractère se dit aussi de certains billets que donnent des charlatans ou sorciers , qui sont marquez de quelques figures talismaniques ou de simples cachots. . . Ils font accroire au sot peuple qu'ils ont In vertu de faire faire des choses merveilleuses et incroyables, comme de faire cent lieues en trois heures, d'être invulnérable à l'armée, etc. Quand on raconte quelqu'un de ces prétendus effets, on dit qu'il faut quo cet homme ait un caractère y qu'il ait fait un pacte avec le diable.» - Furbtikrb, Diction,

336 CARÊME-PRENANT — CARFODR.

CareME-PRENANT, carnaval, masque de carnaval.

On diroit qu'il est céans carême^enant tous les jours.

Bourg. genU, 111, 3.

On dît que vous voulez donner votre fille en mariage à un carêmeprenant, - Ibtd. , V, 6.

Gela, cl un Iristc carrousel . . . sera tout ce que nous aurons à ce careme-prmHÊnt.

MiLH., Lett à Peire»e, i8 février i6io.

Il (M. de Longueville) a été fort accompagné de la noblesse, tout ce earémeprenant. - Id., i£îd,, 93 mai i6io.

Je crois qu^on rirolt de moi, si on osoit; tout est de carême-prenant.

Siv., Lett, à M^ de Grignan, 1678.

Mon papa, il y a là une troupe de carémei-^renants qui veulent entrer.

Rbghard, Hom. à b./ort., IH, 6.

Au secours I au secours! Voire fille! on Teroportel

Des carèmeê^enanU lui font passer la porte. - Id., Le Bal, se. 18.

3|K Carétne^enant , c^est à la fois le moment où le carême prend , c'est-à-dire le carnaval, et riiommc déguisé dont on dit encore, au moins en Anjou, «r c'est un carnaval n.

Caresses, témoignages de sympathie, de bienveillance.

17 Je vous vois accabler un homme de caresses ,

Et témoigner pour lui les dernières tendresses. - Misanth., I, 1.

Cela se passera avec un peu de caresse que vous lui ferez.

G. Datid.y II, 8.

Il me fait des caresses dont je suis moi-même confus.

Bourg, gent., 111, 3.

g33 Les faveurs du tyran emportent tes promesses;

Tes feux et tes serments cèdent à ses caressei. - Corn., Cinna, IH, 4.

Le Roy Testimoit et luy faisoit beaucoup de careun,

M"' DB ScuDÉRT, Mathildê, 1667, p. 1^9.

1687 Akl si vous aviez vu par combien de care»$e»

11 m*a renouvelé la foi de ses promesses! - Rac, Britann., V, 3.

CarFOUR, carrefour.

678 Faites venir ici, l'un ou l'autre, au retour.

Le notaire qui loge au coin de ce carfour. — Ec, des Fem., III, 1.

t L^édition de 1734 et celles qui Tout suivie écrivent «du carrefours.

Au vers 7a de Ybcole dei Femmei, I, 1, Molière avait employé la forme carrefour:

79 Gare qu'aux carrrfours on ne vous tympanise!

CARMINATIF — CAROGNE 337

5g 1 Gomment? — De ce euf/cmr j^ai vu venir Phiiandre. - Coin., Méliîe, II, 5.

Pour venir au chartier embourbe dans ces lieux.

Le voilà qui dtîteste et jure de son mieux. -> La Fort., II, p. Sg : FabL, VI, 1 8.

Le charton n*avoit pas dessein

De les mener voir Tabarin. - Id., II, p. 970 : FabL, VIII, la.

Nous n*avons trouvé carfour dans aucun dictionnaire; Ricbdet ne donne pas (1680) eoffour, mais au mot carrefour il joint la forme carfour; de même dans l'édition de 1719; mais Tédition de 1736 dit: tt carrefour, carfour, il est mieux trissyilaben. — La syllabe muette re a disparu de larcin, qui, jusqu'au Monet de i6ao, a toujours été écrit larrecin. Toutefois Monet donne encore les deux formes larrecin, larcin, dans sa nomenclature, en adoptant la seconde dans ses exemples. On trouve de même de nombreux exemples de épotuter pour époutteter; mais cette dernière forme a prévalu, comme pour carrefour; dans La Fontaine, on trouve cKarion pour charreton, et chartier pour charretier, comme dans Molière et Corneille carfour pour carrefour.

CARMINATIF.

1c Voir Intinuatif,

Carne.

Je me suis donné un grand coup de la télé contre la came d'un volet. - Mal. imag.y I, 3.

S'ils ne m^eussent retenu, je m^allois mettre la teste en pièce contre la carne d'une pierre. - Gbapblaiic, Trad, de Guzm. d*Alfar,, i63o, I, 196-197.

cette pierre.» - Fubriàbb, Diction,, 1690.

Carogne.

190 Tu ne m'entends que trop, Madame la carogne. - Sgan., se. 6.

566 L'on ne demandoit pas, carogncy ta venue. - Ibid.y se. 99.

Peste soit des carognes, qui me laissent dans l'inquiétude!

Mar. forcé, se. 6.

Taisez-vous, carogne que vous êtes! - G. Dand., I, C.

Oui, j'admire mon malheur et la subtile adresse de ma carogne de femme. - Ibid., II, 8.

Deux carognes de baragouineuses me sont venu accuser de les avoir épousées toutes deux. - Pourc, II, 10.

Voyant la céleste carogne (Vénus), II abandonne sa besogne.

ScABRON, Virg, trav,, Paris, David, 1700, II, 83.- Cf. I, Sao-Sai.

Page 1