‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 4)Chapitre 44 sur 395 · ALTÉRER · texte numérisé non relu

ALTÉRER

* Les mois alte, halte ne figurent dans aucun dictionnaire avant celui de Cotgrave (1611) : ^AUe, comme halle; halte, to stop.» Puis ie mot disparaît, pour ne reprendre place que dans le Monel, Dict.frMat, de i636, et dans le Waîsberghe, Dict, fr.-flam, de la même année.

MoNiT : (tAlte, pour alto, mot italique : Haut le bois, hauuez le boU, dreuez les armeê d'hail, cri et commandement pour faire haasser les armes d'hast et se ranger en marchant. Sunum hattilia, — Faire alte, commander qu^on fasse alte, jubere turrigi hastilia; faire aite, haut le bois, erigere hattilia, turrigere hattae.r» Monet ne donne pas haite, et Ton voit, par Texplicalion française, (r hausser les armes d^bast et se ranger en marchantn, comme par la traduction latine, que rien, dans Monet, n'indique Tidée d'arrêt notée dans Cotgrave : to etop, et dans Wœsbergbe : etil biliven item. — Ce dernier, non plus que Monet, ne donne pas halte.

MéiiAGB, Originee, i65o : ^AUe, comme c[uand on dit/atr6 alte. Les Allemands disent halte, pour dire arreste, et halten, pour arretler, et plusieurs croyent c[ue nous avons emprunté ce mot diolte d'eux; mais pour moy, je croirois plustost que nous l'aurions pris des Italiens, qui disent .a//o,yàr alto pour alte et faire alte, qui est une façon de parler elliptique pour yàr alto legno, comme qui diroit : Hault le boU, dressez vos piqués, la coutume des piquiers estant de mettre leurs piques en haut lorsqu'ils s'arrestent. Ce mot de bois se dit proprement des armes d'ast, et particulièrement de la pique et de la lancei» (p. 36-87).

Dans VArt de la guerre, de Louis de Gaya, 1677, '^^ officiers de la garde descendante recevant la garde montante font les commandements suivants :

Soldats, prenez garde à vous.

Haut la pique. Marche . . . Halte.

Demy tour à droit.

De leur côté, les officiers de la garde montante, arrivant à la garde descendante, commandent ainsi :

Soldats, prenez garde à vous pour poser vos armes. Haut la pique. Marche. . . Halte.

A droit ou à gauche.

Présentez vos armes. Marche.

Dans ces commandements le mot halte semble bien marquer l'arrêt. Mais dans un autre cas où l'emploi semble en être indiqué, le commandement est : Demeure là!

ff Quand passe une ronde, la sentinelle luy demandera bien haut : Qui va là? Quand il aura répondu : Ronde! elle luy dira : ^Demeure là. Caporal, hors de la garde.»

Les SIX premières éditions du Dictionnaire de l'Académie admettent alte en renvoyant à halte; la septième et domière (1878) le supprime et se borne à donner halte.

Altérer, troubler, émouvoir.

i543 Un tel discours n'a rien dont je sois altéré. - Fem. mw., V, I.

11 y a des passions naturelles qui peuvent bien altérer le sage, mais non lui faire peur. - Malh., II, p. 470.

Cela doit-il si fort altérer votre esprit? - D'Ouvilli, Coiffeuse à la mode, ï, s.

1 Quel sujet inconnu vous trouble et vous altère? - Dbspr., Sot. HL

* Los diverses éditions de l'Académie traduisent nUérer : changer l'élat d'une chose de bien en mal ; dans aucune on ne trouve un exemple du mol appliqué aux personnes.

amadouer 99

Amadouer.

Qu'on est aisément amadoué par ces diantres d'animaox-làl

Bourg, gent, III, lo.

4c crAa propre, dit le dictionnaire de Joubert (1736), amadouer, c'est passer doucement la main sur le dos d*un chat pour le rendre plus doux.» — Aucun autre dictionnaire ne donne ce sens propre , consacré cependant par Régnier et La Fontaine.

35 Glorieux de me Yoir si hautement loué.

Je devins aussi fier qu*un chat amadoué» - Regkibr, Sal, VIII.

17 n Yamadoue, elle le flatte, n n*y trouve plus rien de chatte.

La Font., I, i85; - Fahki, II, 18.

Un autre sens est fourni par M. Moland, dans son Lcxicpe de Rabelais : tx Amadouer un tonneau, dit-il, c'est en boucher les fentes avec de Vamadou,v En c[uoi il se trompe, le mot amadou étant relativement nouveau, puisqu'il n'est entré dans la langue, ou du moins ne figure dans les dictionnaires quà partir de 17/10 (AciD.).

Dans le sens figuré, on en cite de nombreux exemples :

Ces Messieurs les poêles et leur suitte pensent-ils prescher par ces nouveaux discours des bestiolles drollesses, attUtrées pour amadouer, flatter et muguettcr sans plus, et encores amadouer des Âmes basses comme elles, car certainement elles n'en amadoueront pas de relevées par leurs ordinaires paroles plastrécs de miel.

M • DE GouRHAT, UOmhre, 1627, p. 606-607.

Voilà les discours qu'en ces nécessitez elle tenoit à son mary, et Tayaut sçeu amadouer, luy promettant de luy obéir. - Sobil, Frandon, éd. 16/11, p. 78.

Par son babil, elle amadoue tellement le pauvre homme, que, quoy qu'on luy eût pu dire, il la tenoit pour une Lucrèce.

D'OuYiLLE, Contei, i66/i ; édit. Paris, Jouaust, I, p. 38.

la On le cajole, on Yamadoue, - Lobst, Mute histor,, 3 mars 1667.

Elle vous a longtemps exprès amadoué; Mais qu'on m'étrille bien si vous n'êtes joué.

Th. GoBif., Engag, du hazard, 1,3.

Mon maître a le cœur tendre.

Et quand on Yamadoue, il a peine à tenir. - Id., D. Cet, d*Avaloi, I, a.

Je le trouve admirable . . . pour amadouer des usuriers.

Regnabd, Ret, impi'évu, se. 6.

Ahl voilà bien les Italiens, qui tâchent d^ amadouer les auditeurs!

Rbgnabd et DuFH., ChinoU, IV, 9.

Pour amadouer, on trouve : donner de l'amadoue.

Puis, en le baisant à la joue,

Pour lui donner de Yamadoue,

Luy disoit : Papa, s'il vous plaist.

Laissez Daphné telle qu'elle est. - Richeb, Ovide bouffon, 166'j , p. 60 <

On rencontre aussi ramadouer :

Quelquefois elle sçavoit

De son homme ou de son père

Ramadouer la colère. - BbIbeuf, Lucain trav., i656, p. 162.

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