‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 4)Chapitre 49 sur 395 · AMOUR · texte numérisé non relu

AMOUR

669 II juroit qu'il m'aimoit d'une amour sans seconde.

Ec, des Fem,y II, 5.

69 Cette ardeur qu'il t'inspire est-elle si puissante?

— L'aimes-tu d'une amour qui soit si violente? — Mélic., I, q.

1 197 Vous ne pouvez aimer que d'une amour grossihre.

Fem. sav.y IV, 2,

La mesme teslc aiguë et ferrée dont ils (les poètes de la nouvelle école) nous heurtèrent opiniâtrement il y a six mois , pour nous contraindre à suivre quelquesunes de leurs règles, celle-là certes nous heurte aujourd^huy de pareille aspreté • pour nous en desdire : tesmoins , sans aller plus loin , erreur et amour qu*ik soutiennent à ceste heure estrc masculins, les regardans par la source latine : au lieu qu'ils nous les ont fait passer pour féminins tout un long temps. . . Est-ce pas avoir pris orgueil et folie à ferme . . . que d'oser ainsi faire des pirouettes du langage de leur patrie et de nous? - M"* de GouAnat, L'Ombre, 1637, p. 570-576.

Quand on veut inspirer une iolide amour, . . - Regnabd, Joueur, II, 2.

3t( La première édition du Dict. de l'Acad.fr,, 1694, donne amour comme masculin et féminin; la deuxième édition, 1718, comme masculin seulement. Voici la règle que traçait, en i656, le grammairien Cl. Irson :

9 Amour. Ce nom est tantôt masculin et tantôt féminin. Quand on le prend en terme de galanterie, il est de Tun et l'autre genre : comme il est plus élégant, en parlant à une oame, de lui dire : «Madame, l'amour que je vous porte est hicn grandi»^ que «... est «hien grandên. Les poètes s'en servent indifféremment. Mais quand on parle de Vamour que nous sommes obligés de porter à Dieu, il n'est jamais féminin. n — Nouv. méthode pmBT ^prendre, . . la langue franc, , p. 109.

Irson parlait comme Vaugelas, qui lui-même avait emprunté sa Remarque au Commentaire de Muret sur Ronsard. — Cf. Ménage, Obterv. nir Malh,, a* édit., 1689, p. ito.

Un même auteur, à quelques pages de distance, admettait volontiers les deux genres :

Vous blasmez sans sujet un amour vertueux.

PiCBou, Folies de Cardenio, i633, I, 1, p. 5.

Que vous seriez content de me voir criminelle.

Trahissant une amour qui doit être étemelle! - Id., ibid., II, /i, p. 36.

On trouve également les deux genres dans Th. Corneille;

En secret, il m'aima; je souffris son amour; Il me la jura vraie, et j'en reçus pour gage Tout ce que put jamais promettre un grand courage.

Th. Corn., Geâl. de soi-même, II, 1.

J'aurai ce bien au moins, dans ma triste infortune,

Qn^elle me défera d'une amour importune. - Id. , D. Bertr. de Cig. , 1 , 1 .

Je l'aimerois autant peut-être qu'elle m'aime.

Si par un autre amour cet amour traversé

Pouvoit continuer comme il a commencé. - Id. , Galant doublé, 1 , 1 .

Cependant, il est certain que l'usage presque constant était, au xvii* siècle, de faire ûmour substantif féminin. — Voir Leven de Templery : Le Génie et la Polit, de la lang. franc,, 1705, p. laS.

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