‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 5)Chapitre 166 sur 455 · BAISER LES PAS · texte numérisé non relu

BAISER LES PAS

* Voir Pas (Baisbr les).

Baissement.

Quelques baissements de tête, un soupir mortifié et deux roulements d'yeux rajustent dans le monde tout ce qu ils peuvent faire.

D. Juan, V, 9.

* Ce mot, forgé par Molière, ne se trouve ni dans Richelet, ni dans Furetière, ni dm aucune des éditions de l'Acad. franc. — Th. Corneille a conservé le mot :

Quelques roulements d^yeux, des baissetnents de tète,

Trois ou quatre soupirs mêlés dans im discours

Sont, pour tout rajuster, d*un merveilleux secours. - Th. Coin. , D. Jnan,\^ a.

Baisser, abaisser.

687 D'ôtre baissé sans cesse aux soins matériels. -- Fem, saû^, H, 7»

39 Montons, de fjrâce, au trAiio : ot do là l»eaiir(nip tnioux Sur le choix (run époux nous Umssdnm» los jciix. — Vous les abaisMPZ trop; uiio socW'to lluminc A déjà malgré moi fait ce choix dans votre âme. -^ Conii., D. Saneke, I, ii

BALADIN â07

Baladin.

Le dessein étolt de donner un ballet aussi; et, comme il n'y avoit qa'an petit nombre choisi de danseurs excellents, on fut contraint de séparer les entrées de ce ballet, et Tavis fut de les jeter dans les entr'actes de la Comédie, afin que ces intervalles donnassent temps aux mêmes baladins de revenir sous d'autres habits. - Fdch., Avertiss.

198 Je me moque, pour moi, des maîtres baladins, - Ibid,, I, 3.

Baladin 1 êtes-vous en âge de danser des ballets? - Bourg, geni. , V, 1 .

Mais d'estre baladin mon âge me dispense ; Tu me soupçonnerois de rentrer en enfance.

J. DB ScBBLiiiDBi, TtT et Sidon, II, 3.

Il me conta de vous merveilles . . . Que vous étiez un grand sauteur. . .

Un grand sonneur de cornemuse . . .

Baladin, assez violon Pour estre envié d* Apollon.

ScARROH, Virg. trav,, Paris, David, 1705, I, p. 70.

Le Roi a un baladin nommé Baptiste qui triomphe à ces choses-là; il fait les plus beaux airs du monde. . . Après avoir été quelques années à moi, je fus exilée; il ne voulut pas demeurer à la campagne; il me demanda son congé; je (le) lui donnai, et depuis il a fait fortune, car c'est un grand baladiti.

Mém, de MoHTPBirsiBB.

* Baptiste, ce «grand bakuUnn^ n'est autre que LullL

Pour Richelet, 1680, un baladin c'est un farceur; c'est aussi un trsot, ridicule?). — Furetière dit, en 1690 :

ttBalladin, danseur de profession sur les théâtres publics, qui danse à gages et pour de l'argent. On le dit quelquefois, plus généralement, des bouffons et farceurs qm divertissent le peuple, n

En 1694, l'Acad. fr. dit simplement : fxBalladiny danseur ordinaire de ballets»; mais, dans sa a* édit., 1718, elle est moins réservée : «Balladin, celuy qui danse ordinairement dans les ballets : B danse en cavalier et non en balladin, U se prend ordinairement en mauvaise part : Ce n'est qu'un baUadin,» — La 3* édit., 17A0, ajoute: vt Balladin se dit aussi des farceurs qui, montés sur des tréteaux dans les places publiques, amusent les passants.?» — Dans la U* édit., 1769 , nouvelle orthographe et nouvelle formule : n Baladin, ce mot signifiait autrefois tout danseur de théâtre. Il ne se dit plus guère que pour signifier un farceur. On dit dans le même sens, et au féminin, uue baladine.v — En Tan vu (1799), l'Acad. donne la même définition, en ajoutant après le moi farceur : «et, dans la société , un homme qui par son action bouffonne prête à rire, n — Dans cette édition , à la suite de baladin vient oaladinage, conservé, comme familier, par la 6* édit. (1 835) et par la 7* et dernière (1878).

Le mot baller, pour danser, de ^Xiisiv (bas lat. ballare; voir Du Gange), est de toute antiquité dans la langue; Palsgrave le donne en i53o. Le DicL fr.-lat, de Rob. Esticune (i5Â9, mais non 1639) et les Nicot de 1673, 1606, 1618 y joignent baUnr et balleur. Mais le premier qui ait recueilli le mot baladin est Cotgrave, en 1611, ]63a, etc. — Cependant il était déjà en usage en 1579, ainsi qu'en témoigne le passage suivant :

(tPhilausone : Veri une petite loron qu'il vous faut retenir : c'est qu'il se faudret bien garder d'user en la Cour de ce mot datue, ni de danser, ni de danseur. — Cblto- PBiLB : Pourquoi? — Phiuusonb : Pource qu'il y a longtemps que tout cela a esté banni.

308 BAUNGE — BALANCER

et qu'on a fait venir dltatie bal et baller et balladin : lesquels trois on a mis en la fim de ces trois autres : non pas toutefois sans quelque changement, comme yous poinrei vtîn car de ballo on a fait bal, et baUare a esté change en ballrr; de ballarino ou bmllmikê (cv je croy que tous les deux se disent) a esté faict balladin. Mais notes qu*oa m fnd vcdr les personnes avec les noms, voire non seulement des balladim, maïs ansaî des MUjmli

H. EsTiiNNi, Deux Dial, du nouv. langage Jnmç. Umlimmki, 1579. Édit. Liseux, I, 99a; cf. II, p. 100.

Voltaire a écrit quelque part :

Les lettres de Voiture sont un baladinage de Fesprit.

Balance (En), en suspens.

1131 Oui, rien n'a retenu son esprit en balance. — Fem. $av.j IV, t.

Uon met trop plus son esprit en balance de trop respondre que de pou (de pea).

Iav, du chev, de La Tour-Landry, en. Sg , BiU. ebév.

à63 Notre longue amitié, l'amour ni Talliance

N'ont pu mettre un moment mon esprit en balance. - Cobh., Hor,, II, 3.

9o5 Voilà ce qui retient mon esprit en balance, - Id., Sertor., I, 9.

Cest tenir trop longtemps votre esprit en balance, - Ronou, La CtfMwjwg, Y, s.

1 199 Entre Taxile et lui, votre cœur en balance, • . - Rac, AUx,, IV, 9.

Et ce n'est qu'un devoir de pure obéissance

Qui retient jusqu'ici son esprit en balance - Rbqnabd, DiêtraU, IV, 1.

* M^tre en balance signifiait aussi mettre en comparaison :

Il ne faut point mettre en balance les inquiétudes d'un homme qui n'aime poiol avec celles d un homme qui doit être fort amoureux.

SiGRAis, Nouv, franc,, 1657, 1, &7&

Tenir en balance, c'était aussi tenir en équilibre :

Ces deux genres de citoyens prévaloient dans Rome ; et TEstat mitoyen, qii seul tient tout en balance dans les Estats populaires, estant le plus foible, il laDoi que la République tombast. - Bosscbt, Hitt, univ,, in-6% 1681, p. 556-557.

Balance : lâcher la balance, cesser de tenir en balance.

a 66 6 II faut, il faut parfer et lâcher la balance. - Mmm/A., V, 3.

Balancer, peser, examiner; hésiter.

Allons, vous dis-je. Il n'y a rien à balancer. - G. Dand., I, 6.

C'est un homme tout médecin . . . qui ne balance aucune chose.

Mal. imag.y IH, 3.

78a 11 se juge en autrui, se tâte, s'ctudic, Examine en secret sa joie et ses douleurs, Les balance, choisit, laisse couler des pleurs. - Coaii., Pompée, lU, 1.

ALANCRR — BAUVERNE 209

Tandis qu'ils consultent et que les choses sont balancée.

Rac, V, 99a. - Camp, de L. XIV,

79 Mais, tout bien bakmcé, j'ay pourtant reconnu. . . - Dispr., Sat. X.

Entre la mort et la gloire , je ne trouve pas à balancer,

M"* DE ScuDéiT, MathUde, 1667, p. 357-358.

Résous-toy ou par vertu ou par raison, ou par interest ou par amour, et neManev pas davantage. Il hésita pourtant encore quelque temps. - Id., ibid., p. 4 98.

Balancer, terme de chasse ^ hésiter, tâtonner.

5&g Et je les vois, Marquis, comme tu peux penser,

Chasser tous avec crainte, et Finaut balancer. - Fdch., II, 6.

4c Balancer. On se sert de ce terme quand une béte , que poursuivent les chiens courants, vacille en fuyant; on dit : ce chevreuil balance, — On Temployc enfin quand un limier ne tient pas la voie juste ; on dit : ce limier balance,

Dict, de choête et de piche, Paris, Musier, 1 7C9.

Balcon.

ii/i6 Seule, dam son balcon , j'ai vu paroitre Agnès,

Qui des arbres prochains prenoit un peu le frais.

Éc, des Fem,, IV, G.

11 est vray, Beatris m*a deux fois introduit Dans sa chambre le jour, dant son balcon la nuit.

ScABBOW, Jodelet ou le Maiêtre valet, V, à,

* «Balcon, podium, menianum, cW une avance hors le logis pour mieux voir sur une place.» - FéLiBiRf , Dict. des termes d'archit. à la suite des Principes d'archil., in-6^ Paris, Confi^nard, 1676.

Richelet (1680) et Furetière (1 690 ) donnent une définition anaIo([ue, plus complète dans le dernier : vbalcon, construction de pierre , de bois ou de fer, attachée en saillie aux fenestres d'un bastiment, pour y prendre Tair ou pour descouvrir de plus loin. En risie Notre-Dame à Paris, il y a un quay appelle des balcons.j»

En Espagne, la plupart des balcons formaient des sortes de logettes entourées de grillages de bois qui permettaient de voir sans être vu; de petites fenêtres étaient pratiquées dans le grillage. En pénétrant dans ces logettes, on pénétrait en effet dans un balcon, — En France, on disait plutôt se tenir sur un balcon, et, dans sa première édition (ifig'i) TAcadémie française donne en effet cet exemple : «rLes Dames étoient sur les balcons à voir le carrousel.»

Baliverne.

Celui-ci m'a montré d'abord deux feuilles de papier, pleines jusques aux bords d'un grand fatras de balivernes. - Escarb, , 1 ,

Alioit veoir les bastcicurs, trejectaircs et thcriacleurs . . . , singulièrement... ceulx de Ghaunys en Picardie , car ils sont de nature grands jaseurs et beaulx bailleurs de baillivemes, en matière de cinges verds. - Rabbl., Gargant., I , aâ.

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