‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 5)Chapitre 364 sur 455 · COIN — COLLATION · texte numérisé non relu

COIN — COLLATION

CoiPFER (Se) le cerveau, s'enivrer.

i539 Dis-nous un peu : quel est le cabaret honnête Où tu fe$ co^ le cerveau? - Amfik.^ DI, 9.

* MoBère dit : te coiffer le cerveau ; Jodelle disait : coifer mm

Je suis allé à la maison

De vostre Alix, où Tay treavée

Dès rbeure assez bien abbreavée :

Car j^ay bien connu au re^Kmdre

Que, de crainte de se morfondre,

Ole avoit son keaume coiffe, - L'Engène, coméd., iSSa, III, i.

vCo^er signifie aussi quelquefois s'enyvrer : Cet bomme nest pas accoostamé à boire, il ne faut qu^une cbopine de vin pour le ccéffer, Gardez-Yons de ces vins JOriéim; ils sont fumeux, et sont sujets à coiffer, t» - Fvbriebb, DiciMm,^ 1690.

Coin : tenir son coin.

939 II peut tenir son coin parmi de beaux-esprits. — Fem. $av.^ III, 3.

4( tOn dit à la paume qu^un homme tient bien ion coin, quand il seait bien aoufteair et renvoyer les coups qui viennent de son costé. Et figurëment on dit qu'un homme M bien ion coin dans une conversation, dans un pourpancr d^affaires, quand il parle joste cl à propos lorsque son tour vient de parler.i) - PuBBTiàtB, Diction., 1690.

Ces explications de Furelière éclairent et le vers de Molière et le passage soivant de M"* de Sévigné :

Vos Carmélites m'ont dit encore mille douceurs pour vous ; la balle n^a pas mal été encore aujourd'huy ; mais M""* de Coulanges tenoit $on coin.

Set., VIII, p. agS; 1*' décembre 1688, à M'* de Grignan.

Colérique.

/i3i Je hais de tout mon cœur les esprits colériques. — Sgan.y se. 17.

C'est icy la terre punique ; Le peuple en est fort coleriaue.

ScABRON, Virg, trav., Paris, David, 1705, I, p. 3à.

Collation, repas léger.

Il nous a fait mille civilités, nous a donné la collation.

Fourb. de Scap.y II, 7.

Quel besoin est-il de voir des ivrognes . . . fourmiller sur des bateaux pleins de collatioM et de concerts? - Malh., II, 4/17.

COLI.ET 421

Je ne parle point des collations à la moderne, où les perdrix sonl cntass<$es à douzaines; pourveu que les viandes y soient froides, cela se qualifie du nom de collation, - Le P. Garasse, Doctr. ciir,, 1694, p. 763.

Ce n^estoit rien moins qu^un tour de magie. Ces Dames s^en apperceurent bienlost par rexcellence du fruit et des viandes. Vun el Tautre estoient servis en mesme temps , suivant l'usage de la pluspart des collatiotu . . . Depuis la Comédie du M$n^ leur, personne n'a, ce me semble, osé décrire une collation.

Sbobais, Nouv, franc, , i656, 5* Nouv., p. aSS-aSg. - Voir Goui., Menteur,

Je ferai préparer la soupe pour le soir,

Et nous vous attendrons. — N*en prenez pas la peine;

Je fais collation trois jours de la semaine ,

Et demain en est un. - MonrFLEuar, Trigaudin, IV, &.

Ces bonnes Vesins, d'Assé et Varennes m*ont fait une grande coUation,

SéT., VII, a84.

* Collation, (tconvy que les Latins appellent collecta (dont est venue noatre collation), où chacun apporte sa portion». - G. Bodcbbt, Serées, IV, 335, édit. RoybeL

Est. Pasquier, dans ses Rech, de la France, liv. VIII, chap. xxxiv, explique le mot coUa-tion «dont nous usons es jours de jcusncs, quand, au heu de nostre souper, prenans vers le soir un noble repas, nous rappelions collation, mot qui rappelle les coniérences (conferre, collatum) des ecclésiastiques aux jours de jeûne». - Est. Pasquibb, Reek, de la France, i6ai,p. 730-731.

«Gela me fait souvenir, dit le Commandeur, d'une autre façon de parler qui est encore particulière aux Parisiens; ils vous diront : «Apportés à goûter à ces enfans, donnés-leur du firuict et des confitures pour leur goûter» , pour dire tr Apportés la eoUation à ces enfans, donnés-leur du fruict et des confitures pour leur coUationn, - Di CALLiàsES, Du bon et du mauv. ueage, 1693, p. Ai.

Collet.

99 De ces petits pourpoints sous les bras se perdants, Et de ces grands collets jusqu'au nombril pendants.

£c. des Mar., I, 1.

Maître de Philosophie, en raccommodant son collet.

Bourg, gentilh. , II , 6 .

Elle . . . n'apporta rien que de grands colUtt de point-couppé qui n'estoient point à leur usage. . . Ils n'en achetèrent donc point, et il n'y eut que Morixot qui eut l'invention de prendre son mouchoir, et de le mettre autour de son col, comme si c^eust esté un coUet bas. - Sorel, Francion, II, p. io3.

n y a quelque temps qu'au lieu de colets qu'on porte à présent, on portoit de^ fraises ; il n'y a pas si longtemps que la mode en est passée.

D'OnviLLB, Contée, i6â/i, édit. Jouaust, i883, II, p. i68.

La description de cette bigearrcrie (l'inconstance des François) ayant esté faicte par quelqu'un en ce qui est des collets , l'on a dit qu'au lieu que nos pères en port oient de petits tous simples, ou de petites fraizes semblables à celles d'un veau, nous avons au commencement porté des rotondes de carte forte, sur lesquelles un collet empesé se tenoit estendu en rond en manière de théâtre. Qu*apres Ton a porté des espèces de pignoirs sans empeser, qui s'estendoient jusqu'au coude ; qu'en suite l'on les a rognez petit à petit pour en faire des collets assez raisonnables; et qu'au mesme temps l'on a porté de gros tuyaux godronnex que Ton appelloit en-

core des fraizes, où il y avoit assez de toille pour les aides d*an moulin à vent, et qu'enfin, quiltanl tout cet attirail, Ton est venu à porter des eoU^ à petits, qa*3 semble que Ton se soit mis mie manchette autour du cou.

Les Loix de la Galanterie, dans le Nouveau RecueU dee pièce» Ue plut agnâblm de ce tempe, in-8^ Paris, Sercy, M.DG.XLIIII, p. 19-so.

Le collet fouppy d'accolades.

Et les bras froissez d^embrassades,

Enfin las à faire pitié ,

Il cria : G*est trop de moitié.

ScABBon, Virg. trav., Paris, David, 1706, II, p. 5.

Elle faisoit bien la sucrée ;

Mais enfin il la corrompit

Par un beau présent qu'il luy fit. . .

D'un collet et de six chemises. - Id., iUd,, II, 961.

n ne leur faut ny firaisc ny collet.

Saint-Aiiaht, CEuvr,, bibl. elzév., I, 386.

Tant les grands Dieux portans galoche Que ceux qui galoches n'ont pomt, Ny de colets k leur pourpoint, Vindrent au lieu de l'assemblée.

Dassouct, Ovide en belle humeur, in-&*, i65o, p. ho.

Toutes ces trois belles muguettes

De leur mestier estoient (7) nauguettes.

Faisant chemises et colleté. - Richkb, (hnde hot^on, 1669, p .38 1.

Te voilà, Dieu me damne I assez bien équipé I Testebleul Des colete de dentelle de Flandre I

BouBSiULT, Portr, du PèitUre, se. s.

Gomment est-il fait?

— C'est un homme qui porte un fort petit coUet Avec un habit noir; enfin c'est, ce me semble, Quelque façon d*abbé ; du moins il leur ressemble.

MoifiFLEUBT, Gentilh. de Beauee, IFl, A.

Ahl que Paris abonde en fripons, en filoux,. . .

Et qui n'ont ni rubans, ni plumes, ni collet

Qu'aux dépens du tribut qu'ils doivent au gibet I - Id., ibid., IV, &.

Les hommes s'habillent jusqu'au menton, portent des fraises et des collets.

Là Bbut., n, 10&.

* Le coUet était la partie du pourpoint qui entourait le cou; c*était aussi crun omemeot de linge qu'on mettoit, dit Furetière, sur le collet du pourpoint. À l'égard des hommes on l'appela rabat.n - FuBSTiàBB, Diction., 1690.

Le mot collet entrait dans de nombreuses locutions ; on disait :

Gripper au collet, - Th. Cobît. , Galant doublé, IV, 8.

Mettre la main au collet.

Le p. Gabassb, Doctr, cur,, 16a 4, p. 97a. - Chapblufi, Trad. de Guzm. tPAl/ar,, i63o, 111, p. i35.

Prendre au collet.

RicBER, Ovide bouffon, 166a, p. ao. - Th. Corîi., D, César ^Avales, V, 7, et Baron d*Albikrac, 1,9.- MosTPLEoni, Gent, de Beauee, IV, 5.

^Bttîr au collet, - Hadtbboghb, Le Deuil, se. 1.

Sauter au collet,

MoKTFLiuBT, Ccméd, poète, II, i. - Tb. Corh., Amour à la mode, V, 8.

Tenir au collet.

Saint -Ah ART, CEuw,, bibi. elzëv., II, 86. r Mohttliubt, Ambigu corn,, i" interm., se. û.

Collet : prêter le collet a . . . , accepter la lutte avec . . .

C'est bien à vous de faire Thabile homme I — Oui, c'est à moi; et je vous prêterai le collet en tout genre d'érudition. ~ Am. méd.^ II, U.

Elle me preeta si bien le collet et avec tant de liberté et de gentillesse , que j^en estois estonné; je ne luy dis jamais parolie qu*elle ne me répartist soudain.

CaiPiLÂDr, Trod, éê Gurm, d^Alftr,, i63o» III, p. 3o8»

Pour des compliments, il n*y a personne dans notre province qui ose me prêter le collet. - Rbosâbd, Coquette, U, 4.

Collet-monté, qui était de mode au temps où l'on portait des collets-montés, c'est-à-dire des collets montants.

553 II pue étrangement son ancienneté.

— Il est vrai que le mot est bien collet monté. - Fem. sav.^ II, 7.

3f On se moquait fort en 161 3 de la mode alors nouvelle des coUete-montés, que Ton trouvait surannée en 1679. On lit en effet dans le Satyrique de la Court (Var, litt, d^Ed. Foumier, III, a56-257, bibi. elzév.) :

Il luy faut des rabas de la sorte que celles Qui sont de cinq ou six villages aamoiselles, Cinq colets de dentelle haute de demy-pié, L^un sur Tautre montez, qui ne vont qu^à moitié De celuy de dessus, car elle n^est pas leste Si le premier ne passe une paulme la teste . . .

Le Prince aida la Princesse à se lever. . . ; il se garda bien de lui dire qu*elle estoit habillée comme ma mère-grand\ et qu'elle avoit un collet-monté,

Pbbbàult, Contes : La Belle au boie dormant,

37 Tes bons mots autrefois, délices des ruelles,. . .

Hors de mode aujourd'hui chez nos plus froids badins ,

Sont des collete-^Hontée et des vertugadins. - Dbspr. , Sot, XII.

Ahl fi. Monsieur le Commandeur, désorientée I ce mot sent le collet-monté et je Tai entendu dire à ma grand'mère. - De CALLièaBS, Mot$ à la mode, 1699 , p. 69.

Colorer, atténuer, donner (ow, au passif : prendre) un aspect, une couleur favorable.

1217 Vous nous payez ici d'excuses colorées. — Tart., IV, 1.

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