‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 5)Chapitre 401 sur 455 · Que) ton feu divin, dans nos cœurs répandu · texte numérisé non relu

Que) ton feu divin, dans nos cœurs répandu

Consomme pour jamais leurs passions injustes;- Ric, IV, 1 19 : Poéê. iiv.

Et en prose : <r Tandis qu'ils consommoient leurs armées autour de Macstricht...» - V, 371 : Camp, de Louis XIV,

T¥ Desportes emploie toujours consommer pour consumer; et Malherbe, dans son Cm»mentaire, ne manque jamais de le reprendre :

Voilà Tardent fourneau dont il est consommé. - Dispobtbs, Diane, I. Consommés dans un feu. - Id. , Car t. et Masc. Pour les chev. du Phénix,

Cependant Malherbe a employé consommer dans le sens, qu^il condamne, de coiinmKr: Qui sait si elle n'a point été consommée pour renaître plus belle?

Malh., n, 719.

p. Corneille employait d'abord consommer pour consumer. Mais après la pobliralioo des Remarques de Vaugelas, il eut soin de remplacer le premier par le second. En voici quelques exemples :

585 Quelque forlc que soit l'ardeur qui nous consomme,

On s'ennuie aisément de voir toujours un homme. - Cal. du Pal. ^ II , 7 : Ver.

Ces vers sont devenus, sans y gagner beaucoup :

Pour douce que nous soit l'ardeur qui nous consume, Tant d'imporluuité n'est point sans amertume.

Dans le Cid, V, 3 :

i633 Je n'aime plus Rodrigue, un simple gentilhomme : Une ardeur bien plus digne à présent me consomme.

Ces deux vers sont devenus :

Je n'aime plus Rodrigue , un simple gentilhomme : Non, ce n'est plus ainsi que mon amour le nomme.

La Rochefoucauld hésite entre les deux formes :

Ils consomment toute leur application pour les petites choses.

I, sAS. {Var, du ms.)

La paresse. . • détruit et consum? insensiblement les passions et les vertus.

I, lAi. - Dansl'éd. de i665, consotame.

CONSOMMER âG9

Boflsuet distingue toujours soigneusement comommer, achever, de eontwnei*, détruire par le feu :

Pendant que Jésus-Christ comble nos désirs et surpasse nos espérances, il co i-> somme i*œuvre de Dieu commencée sous les Patriarches.

BossDKT, HisU univ,, in-ii^ 1681, p. 989-990. - Cf. Id., Hiêt, des Var,, 9 in-û% 1688, II,p. 35i.

Tout est outré dans la Réforme; on arrache ce qu'il faudroit seulement épurer; on met le feu à la maison pour consumer les ordures.

Id., HisU des Var,, 1, p. 969.

M** de Sévigné suit l'exemple de Bossuet :

On jeta de Teau sur les restes de Tembrasement , et enfin ... Le combat finit faute de combattants; c'est-à-dire après que le premier et second étage. . . eurent été entièrement conswnés.

Tel est le texte imprimé dans la Co\h des Gr, Ecrit,; toutefois l'éditeur remarque que la copie et l'édit. de la Haye portent consommés.

Passons aux Dictionnaires.

1 539. Rob. Estienne ne donne fit consommer et parfaire?» qu'avec le sens d'achever, patrare. Les exemples qu'il donne de consumer montrent qu'on employait ce mot où nous dirions comommer : consumer les biens d'autruy, comedere aliquem; consumer en frottant, atterere. Véd. de 15^9 et Nicot (i573) copient 1639.

t6o6. Le Diction. Jr,-espagn. de Jean Pallet ne donne que consommer, dans le sens de détruire.

1606. Nicot reproduit i539, 16^9 et 1673.

1607. Le Diction, fr.-espagn. de Hierosmc Victor donne consommer dans le sens de détruire, gâter, et consumer, même sens.

1611, 1 633 , 1 65o. Gotgrave traduit consommer par To consummate, accompKsh , perject , finish, fu^ll; to maice, or summe, up.; il traduit consumer par To toast, spend out, weare mway, destroy, bring unto nothing.

1680. Richelet : — rx Consommer, accomplir, achever, mettre dans sa dernière perfection; Consumer, achever en détruisant et en anéantissant, dissiper, ruiner, détruire. n

1690. Furetière : — ^Consommer, achever, finir, terminer; consumer, destruire, dissiper : 11 n'y a rien que le temps, que le feu ne consume. Consutner signifie aussi perdre, dépenser, employer. . . On interdit les prodigues qui consument tout leur bien en débauches, en folles dépenses. . . Le^ visites de cérémonie consument bien du temps. . . Consumer siffiiifie aussi miner, faire périr petit à petit : Il a une fièvre lente qui le consume; il se laisse consumer aux ennuis, aux chagrins, à la tristesse. t»

169 A. 1** éd. de TAcad. fr. : — tx Consommer, achever, accomplir, mettre en sa perfection : consommer un ouvrage , une affaire . . . Plusieurs confondent mal à propos consommer avec conêumer. Toutefois l'abus a prévalu dans quelques phrases comme celle-cy : consommer des denrées, des vins, du bien, des cires, aes viandes, des munitions, etc.

9 Consumer, user, dissiper, détruire, réduire à rien. Le feu consuma tout ce grand édifice. . . Il consume tout son bien en débauches. . . On consume tant de bled, tant de vin dans cette maison . . . J'ay consumé beaucoup de temps à cet ouvrage. Il se consume en i^ocès.*

1718. 9' éd. de TAcad. fr. — Mêmes articles, avec cette modification importante à coMommer : « Conëommer se dit aussi des choses qui se détruisent par Tusage , commr viu, viande, boisson et toutes sortes de provisions.»

17^0 et 176a. 3* et à* éd. de TAcad. fr. — Reproduction de 1718.

An VII (1799). 5* éd. de TAcad. fr. — Reproduction de 1718 et de 1760 en ce «ni concerne coMommer. Pour contumer, {^Académie donne un nouvel article : er Ccntummr, aétruire, user, réduire à rien. Le feu contuma tout ce grand édifice. . . R a cùntumé son patrimoine; la rouille consumé le fer. R signifie aussi employer sans réserve : J*aî eonswÊè tout mon temps à cet ouvrage. On dit : se contumer, pour dire disâpcr son bien, détruira sa santé : H se cotieume en procès, en dépenses, etc.; il te contume en regrets. On dit aussi absolument : R te contume, pour dire : R dépérit, soit par le travail, soit parie cliagrin, soit par quelque cause intérieure et active.?»

1 835 et 1 877. 6* et 7* éd. de TAcad. fr. — Les articles de eontommer et contumer reproduisent, sans différence bien sensible, ceux de la 5* éd«

La grave question de contomtner et contumer a été traitée par Vaugelas (16Â7), et son article, contesté par Ménage et par Th. Corneille, reçut plus tard la pleine apprc^Mtioo de TAcadémie française.

Voici les articles des uns et des autres.

D*abord Vaugelas :

tfContominer et contumei\ Ces deux verl>es ont une signification bien différente, qoe plusieurs de nos écrivains ne laissent pas de confondre, et très mal. Rs diront indin^ remment eontommer et contumer set forces, consommer et contumer ton bien. Et néantmoiiis eontommer ne veut point dire cela , mais accomplir, comme quand on dit eonmmuner b mariage, pour accomplir le mariage, et une vertu contommée pour une vertu accomplit tt parfaite. Ceux qui sçavcnl le latin voycnt clairement cette différence par ces deux mots c^ntummare et consumere, qui respondcnt justement aux deux françois, et en fortbographe, et en la signification, consommer et consumer. Ce qui a donné lieu à c^te erreur, si je ne me trompe , est que Tun et l'autre emporte avec soy le sens et la signification d'achever, et ainsi ils ont creu que ce n'esloit qu'une mesme chose. 11 y a pourtant nn^ cstrauge différence entre ces deux sortes (Tachever, car consumer achevé en aeslniisant el anéantissant le sujet , et consommer achevé en le mettant dans sa dernière perfection ft son accomplissement entier. Et selon cela, S. Augustin a dit qu'il y Si finis consument <4 finis consummans. Il se pourrait faire aussi que nos poètes auroicnt contribué à ce desordre, employant consomme pour consume lorsque la rime les y a contraints ou invitez , de mesme qu*on les soupçonne d'est re en partie cause du cours qu'a eu, et qu'a encore cette moostrueuse façon de parler, recouvert pour recouvré. . .

«rNeantmoins il est à noter que la faute ordinaire n'est pas de dire consumer pour consommer, car personne n'a jamais dit ni escrit, que je sçache, consumer le mariage, ni une vertu consumée; mais c'est de dire consommer pour consumer, ne disant jamais coutumer pour quoy que ce soit, et disant toujours l'autre. Certainement M. de Malherbe ne les a jamais confondus, quelque besoin qu'il en ayt peu avoir dans la rime, tant il estoil persuadé de la distinction qu'il faut faire entre les deux. Il dit en un lieu :

Et qu'aux roses de sa beauté.

L'âge par qui tout se consume, Rotloiiue, contre sa coustume, La grâce de la nouveauté.

trJe n'ay point remarqué qu'on vers ni en prost» il ayt jamais mis l'un pour Faulre^rt aujourd'huy la plus saine partie de nos meilleurs écrivains n'a garde de les confondre.^ - Vaugblas, édiL Chassang, I, p. 6o8-i!io9.

Ménage reprend :

«M. de Vaugelas a fort bien décidé qu'il faloit dire comumer en la signification d*anér antir, et cmuontmer en celle d'achever et perfectionner. Les latins on dit de mesme conmtmere et consutnmare. «Qui patrimonium eontumptit, matrimonium coMumnutre non «potuit.9> Malherbe a très religieusement observé cette distinction, n'aiant jamais dit con- 9ùmmer en la signification d'anéantir :

C'est elle qui le fasche et le fait comumêr.

Je me con$ume vainement.

L'âge par qui tout se amiume.

Pour le faire en langueurs à jamais consumer.

Vous fait comumer pour une ombre.

«Mais M. de Gombaud, qui est un de nos meilleurs poètes, et des plus exacts, a dit eomommer en cette signification :

Mais son astre fatal le tire dans les Gieux, Quand sa foudre, écrasant le plus audacieux. De ses propres ardeurs lui-même il se consomme,

«C'est dans le sonnet sur la mort du Roi de Suède. Après l'exemple d'un si grand auteur, je ne croy pas qu'on doive faire difficulté de s'en servir en poésie de la mesme façon. Les Italiens disent de mesme consumare en l'une et l'autre signification. Voir le Diction, du Pergamini.

«De ce consumare des Italiens est venu vraysemblablement nostre consommer, en la signification de détruire et d'anéantir. . .

«Villon a dit indifféremment consumer et consommer en la signification de détruire. Dans la Ballade qu'il donne ù un gentilhomme nouvellement marié :

Sachez qu'Amour l'oscrit en son volume , Et c'est fa fin pourquoi sommes ensemble. Dame serez de mon cœur, sans débat, Entièrement, jusques mort me consume,

« Et dans la suscription de la Requcste à Monseigneur dt ' Bour}>on :

Prince , je congnois tout en somme ; Je congnois colorez et blesmes.

Je congnois mort qui tout consomme.

Je congnois tout fors que moi-mesmes.»

MiRAGB, Observ,, 1679, 1, p. 3â3-d93.

Th. Corneille aborde à son tour la question :

«Quoique M. Ménage demeure d'accord de la différence qu'il y a entre cofuuiiMr, qui signifie anmntir, et consommer, qui veut dire accomplir, perfectionner, il ne laisse pas de dire qu'après l'exemple de M. de Gombaut, qu'il cite comme un de nos poètes les plus exacU, et qui a dit dans un sonnet sur la mort du Roi de Suède :

De ses propres ardeurs lui-mesme il se consomtne,

il ne croit pas qu'on doive faire difficulté de s'en servir de la mesme sorte. Je sçay bien que, pour trouver une rime à homme, nomme, etc., plusieurs ont escrit le feu qui me consomme; mais je suis persuadé que c'est une faute, et qu'il n'est pas plus permis de dire consommer son tentps, consommer son bien, que consumer un mariage, consumer une affaire, re qui ne s'est jamais dit.?»- Voir Vaugelas, édit. Chassang, I, p. ii 09-/4 10.

iS72 CONSTAMMENT

Conclusion de TÂcadëmie française :

«Il n*y a personne qui n*ait été de l'avis de M. de Vaugelas. Comommer et emuaimir oui des significations bien différentes, et on ne peut les confondre, c*est-4-dire on ne tçaaroil employer consommer pour consumer sans faire une faute. On dit souvent en poésie Ufou qui tne consomme, et cette licence est aujourd'huy condamnée. L*usage semble néantmoins avoir autborisé cet abus dans ces deux phrases consommer des fourragf , consommer iti vivres , d'où vient que dans le substantif verbal on dit : la consommation des vivres, U eMsommation des fourrages , et non pas la consun^ûon des mvres.n - Vâdoblas, édit. Chaasang, I, p. âio.

Consommer (Se), s affiner, se perfectionner.

/i&5 Appelons Isabelle. Elle montre le fruit Que réducation dans une âme produit :

La vertu fait ses soins, et son cœur iy consomme Jusques à s'offenser des seuls regards d*un homme.

Ée, des Mar.^ II, 9.

1 5&5 Puisque en raisonnement votre esprit se consomme, La belle raisonneuse, est-ce qu'un si long temps Je vous aurai pour lui nourrie à mes dépens?

Éc, des Fem.y V, 4.

1817 Dans Tamour du prochain sa vertu se consomme — Tort,, V, 5.

Constamment, avec constance, avec fermeté.

809 Cest aux gens mal tournés, aux mérites vulgaires, A brûler constamment pour des beautés sévères.

Misanth,, III, 1.

526 Mais qu'au sommet d'un mont elle soit promptement

En pompe funèbre menée.

Et que, de tous abandonnée.

Pour époux elle attende en ces lieux constamment Un monstre dont on a la vue empoisonnée. — Psyché, I, 5.

t55o Et je ne pensois pas que la philosophie

Fût si belle qu'elle est, d'instruire ainsi les gens

A porter constamment de pareils accidents. - Fem, sav. , V, 1 .

la/jg II vient : préparons-nous à montrer constamment

Ce que doit une amante à la mort d'un amant. - Corn., Ifor,, IV, h.

Il y a diiïcrencc entre souiïrir la mort constamment et la mépriser.

Li ROCHEP., I, ai I.

* L'Académie française conserve ce sens, qui semble à peu près abandonné.

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