‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son tempsChapitre 323 sur 664 · PROSE CADENCÉE — PROSTITUER · texte numérisé non relu

PROSE CADENCÉE — PROSTITUER

Yaugdas a laissé une longue remarque au sujet «rDes yen dans la prose t».

Par ces mots, dit-il, «rj^entends que la prose même face un vers, et non pas que dans la prose on mesle des vers. Exemple : Qui se peut asseurer d^une perteverancêf Je dis qu*ane période en prose qui commence ou finit ainsi, ou avec cette mesme mesure, est ritieose. Il faut éviter les vers dans la prose autant qu^il se peut, sur tout les vers alexandrins et les vers communs (vers de dix syllabes), mais particulièrement les alexandrins, comme est celuy dont j^ay donné un exemple, parce que leur mesure sent plus le vers que celle des vers communs, et que, marchant, s*il faut ainsi dire, avec plus de train et plus de pompe que les autres, ils se font plus remarquer. »

La faute est plus grande encore, ajoute Vaugelas, si deux vers se suivent, et surtout 9 Tun se termine par une rime masculine, et Tautre par une rime féminine.

11 y a un bel exemple dans M. de Malherbe :nCe ne fut pas à faute, dit-il, ny de le désirer avecque passion, ny de le rechercher avecque dUigenee,7i S*\\ eust fait avec de deux syllabes aux deux vers, au lieu qu^il Ta fait de trois, ayant toujours accoustumé d*escrire avecque de trois syllabes en prose , il eust rompu la mesure qui rend ces deux membres de période vicieux. Que si le sens ne commence ny ne finit avec le vers, il n*y a rien à dire , parce qu*on ne s^apperçoit pas que ce soit un vers. Exemple : tr Ayant évité le» malheure où tombe d'ordinaire la jeunesse t». Ostez-en le commencement et la fin, ce aéra un vers : Évité les erreurs où tomhe d'ordinaire, mais avec ce qui va devant et après, il ne paroit point que c'en soil un. . . i» - Vadgelas, édit., Chassang, I, p. 188-191.

Patru partage Tavis de Vaugelas: «Mais, dit-il, toutes ces règles pour les vers et demivers dans la prose n*ont lieu que dans les discours oratoires , et non pas dans les discours didactiques ou purement de doctrine, où les vers ne sont nullement vicieux, pourvu qu^ils ne soient pas pompeux et composez de paroles éclatantes et d'un grand son, et qu'il n'y ait pas de suite beaucoup de vers de même mesure, n - Patru , dans le Vavoilas , édit. Chassang, I, p. 191.

Th. Corneille est plus rigoureux encore que Vaugelas et Patru :

Non seulement, dit-il, il faut éviter les vers dans la prose, mais on devroit prendre garde à ne commencer jamais uue période par une moitié de vers. 9 Lee plu» grand» orateurs ont accoustumé de négliger?) n'est pas un commencement de période si doux à Toreille que ^ Les plus grands auteurs ont accoustumé de négliger, parce que les premières syllabes font attendre un vers.n - Th. Corn., dans Vaugelas, édit. Chassang, I, p. 199.

Une telle exigence est évidemment exagérée; si toute phrase commençant par une série de six syllabes formant une sorte d'hémistiche est condamnable, comment Th. Corneille lui-même s'est -il permis de commencer son commentaire par : (tNon seulement il faut?), qui appelle presque «réviter dans la prose?. . . »

L*Académie, dans ses Observations sur Vaugelas, se montre plus mesurée et plus sage : ffOn n^appelle vers dans la prose que ceux qm en ont la juste cadence, et qui ne sont ny suivis ny précédés d'aucun mot qui y soit joint, n Le désir trop ardent d'acquérir de» richette» est un vers bien mesuré, qu^il faut éviter en escrivant, comme tous les autres de mesme nature; mais si on l'enferme dans d'autres mots, par exemple «rqui ne sçait que le désir trop ardent d'acquérir des richesses par quelques voyes que ce soit», ce n'est plus un vers , parce qu'il n'en a plus la cadence.

fr On doit surtout s'attacher à rompre la mesure des grands vers. Les petits ne se font pas sitôt remarquer et blessent beaucoup moins l'oreille. Elle est seule à consulter sur ce qui a trop une mesme chente. En gênerai , il faut laisser à chaque genre d'escrire ce qui luy est propre, fuir le stile prosaïque dans les vers, et éviter la caoence des vers dans la prose. î» - Ibid,, I, p. 192-193.

Prostituer, prodiguer.

.53 Non, non, il nest point d'àme un peu bien située

Qui veuille d'une estime Rinsi prostitttée, — Misanlh,, I, 1.

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