‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son tempsChapitre 322 sur 664 · PROSE CADENCÉE · texte numérisé non relu

PROSE CADENCÉE

* Une prose cadencée est une prose qui, par la disposition de Taccent tonique, est rythmée et cadencée comme le seraient des vers blancs, c^est-4-dire sans rime, et libres, c'est-à-dire sans uniformité dans le nombre des syllabes.

n semble que Molière ait recherché cette tr prose cadencée» ; ses pièces en prose en fournissent de nombreux exemples. Ainsi, dans L'Avare, qu'il semble avoir voulu écrire en vers, on trouve constamment des traces de son intention, des vers qu'il ne voulait pas perdre, d'autres dont il dissimule la mesure en y ajoutant un mot, des rimes qui se cherchent, des césures bien marquées à l'hémistiche, etc.

Ahl Valère, chacun tient les mêmes discours.

Attendez donc au moins à juger de mon cœur. . .

Par les sensibles coups d'un soupçon outrageux. . .

Je crois que vous m'aimez d'un véritable amour.

Mon cœur, pour sa défense, a tout votre mérite. Appuyé du secours d'une reconnaissance . . .

Pour dérober la mienne à la fureur des ondes . . .

Vous faisant négliger et parents et patrie. . .

Pourroient autoriser des choses plus étranges.

La prenûère scène de L'Avare nous a fourni, seule, tous ces vers. Nous en aurions trouvé bien d'autres en déplaçant ou supprimant un mot, ou avec de légères modifications dans la coupe de la phrase :

Je vous vois soupirer (hélas I) au milieu de ma joie. . . Seroit-ce du regret (<ii(et-mot) de m'avoir fait heureux.

Et encore nous admettons que Molière voulait écrire L'Avare en alexandrins , comme Ije MtManthrope ou Tartuffe; mais, s'il avait dû composer cette pièce en vers libres, comme L'Amphitryon, le nombre en seroit encore plus considérable :

Seroitrce du regret de m'avoir fait heureux . Et vous repentez-vous de cet engagement

Où mes vœux ont pu vous contraimlro?

Et je crains fort de vous aimer Un peu plus que je ne devrois.

Ahl ne me faites pas ce tort De juger de moi par les autres.

Puisque les seules actions Font connoitre ce que nous sommes.

Attendez-donc au moins à juger de mon cœur Et ne mo cherchez point de crimes.

Je crois que vous m'aimez d'un vëritablo amour Et que vous me serez fidèle; Je n'en veux point du tout douter, Et je retranche mon chagrin Aux appréhensions du blâme Qu'on pourra me donner.

La pièce du Sicilien présente tant de prote cadencée, qu'un savant éditeur, M. de Montaiglon , a pu la publier récemment en disposant le lexle en forme de vers libres.

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