MONSIEUR
Encor, dit-il à cette trouppc, Que je demande de la souppe A ce grand Motuieur aujourd^huy, Je suis autant Mormeur que luy :
Ma naissance est assez connue.
Fr. Gollbtet, Juvénal burl,, 1667, p. Si.
Testedienne ! parce que vous êtes Montieur, vous viendrez caresser nos femmes à notre Wbel - Ghamphbsl^, Fragm, de Molière, I, 5, p. 3i.
Allons, petite babouinc, vous aimez donc les Montieur? Ohl je vous apprendray qae les Moiuieur ne sont point pour vous. - Id. , ibid. , p. 36.
Vostre Moniteur le Montieur ne sera pas pour vous, ma fille. - Id., ibid», p. 87.
Montieur du Qaartanl, vous n'en aurez peut-être que la baissièrc. — Oui, Montieur du Beau-Père. — Regrard, Coquette, II, a.
Je trouvay dans une boutique, au Palais, un Montieur de condition, qui me dit que j*étob bien à son gré. - Id. , Hom, à b, fort. 5 1 , 5.
Aimes-tu mieux, dis-moi, toujours être un pied-plat,
Un apprenti servent, petit clerc d*avocat,
Que de te voir Montieur, par les soins de Lëandre? - Id., Vendangée, se. 5.
*■ M0.1SIBDR. Ce mot, pris absolument, désignait le frère unique ou Talné des frères in Roi. On remployait, dans les relations ordinaires, d'égal à égal, ou d'inférieur à supériear, surtout en s'adressant à une personne noble.
L'anonyme qui a publié une critique de la vie de Molière par Grimarest, dit : (rApjparemnaent que l'auteur a eu l'intention de ne faire son livre que poiu* les gens d^anticbambre H pour le menu peuple. Il n'y a que ces sortes de personnes qui puissent appeler Molière Montieur; c'est un comédien, à qui la qualité de Montieur ne convient nidlement. . . n Et Grimarest, dans sa Réponte, s^excuse ei) disant que ce n'est pas au comédien, mais à l'auteur dramatique qu'il a donné du Montieur. Déjà cependant, Monlfleury, dans le Prologue dm ConMien poète, a cette réplicpie : «rEbl bien, Montieur, vos messieurs et vos demoiselles soot-tls bientôt en état de faire la répétition de ma pièce?» — Le poète Saint-Amant dit modestement : tr Je n'ay pu me résoudre à me montieuriter dans les titres de mes ouvrages.» — Richelieu , d'après Tallemant , faisait asseoir l'académicien Desmarets dans un fauteuil devant lui, et voulait qu'il l'appelât simplement Montieur et non Monteigneur. Ge fut un grand étonnement pour un prince d'entendre dire fx Montieur Gujas» , en pariant du célèbre jurisconsulte. Aucun courtisan ne put justifier cet usage, qui venait de ce que Gujas avait une dignité dans une Gour souveraine. - Voir Jacq. Brillon, Diction, det Arrête, V* Gdjas.
«Je ne puis encore souffrir ces airs d'incivilité cpi'ils (certains jeunes gens) se donnent dans leurs conversations ordinaires; ils ne se contentent pas de n'y plus donner de Montieur k personne et de s'appeler entre eux par leur nom , comme s'ils appeloient leurs valets, ils disent encore en pariant des duchesses et des autres femmes de la première qualité : la celle-cy, la celle-là, la Iwnne une telle.» - Da GALuàRzs, Mott à la mode, 1699, p. 53-5/î.
<rU est vray, dit la Marquise, qu'il y a des gens fort entêtez de certaines chimères. . ., et quand j'en vois qui se donnent d*un air de princes, sans l'être, en disant : n Montieur ^mon père et Madame ma inèreu^ je dirois volontiers, comme fit M. le Prince devant un de ces faux Princes, qui fut assez vain pour user de ces termes en sa présence : rx Montieur mon Escuyer, allez dire à Montieur mon cocher qu'il mette Mettieurt mes chevaux à mon carro^e.» - Jd., ibid., p. 127-138.
^Lupolde répliqua d'un prélat de nostre temps, lequel, pour mourir, ne soufTroit qu'on lappelast Montieur l'Evesque d'un tel lieu, ains Montieur ou Montieur de tel evesclié^ <^mi»en qu'environ deux cents ans sont) il ait esté défendu par arrest à l'Evesque de
112 MONSŒUR
Monlpellier s*appeller Monneur de Montpellier, et quMi n^y avoit que le Roy qui en fusl le Monneur.n - N. du Fail, Contet et Disc, d'EtUrapel; édit. Jouaust, 1876; I, p. 230. — A voir toute la suite du Conte, p. aSo-aSS.
ffCe marchant qui. . . 8*enfloit, triomphoit, 8*engrais6oit de ce butin usurier, souffrait eslre appelle Moniteur, au lieu de ce beau et ancien titre de Sire Pierre, Sire Fiacre. — De nostre ville, dit Lupolde, se sont depuis trente cinq ans retirez et perdus ces beaux et honnestes mots Maùtre, pour le regani des gens de Justice, et de Stre, en Tendroit des marchans, se faisans titrer et qualifier du mot de Montieur, sous le nom de quelque dosérie qu'ils auront : Monsieur du Fossé, de la Vigne, de Capendu, du Chappeau verd, de la Trme qui file , du Blandureau , et autres de telle farine ... Ce mol de Moneieur appartient privativement à la seule noblesse ou juges royaux, et à nuls autres.» - Id., ilnd,, II, p. 1 58-1 69.
Sur Tétymologie des mots Sieur, Moniteur, voir H. Estibnrb, Lang, Jranç,-ital, , édit. Liseux; I, p. i3i et suiv.
a° Monsieur, ironiquetnent.
8 Je dirai, n'en déplaise à Monsieur votre amour. . .
Dép. am.y I, i.
(Test une chose merveilleuse que cette tyrannie de Messieurs les maris. - G. Dand., U, 9.
Ahl ahl vous voilà. Je suis ravi de vous trouver, Monsieur le Coquin.
Fourb. de Scap., II, 3.
Chacun crioit sur nous et sur nos bestes , et il n^y avoit gueux de Thostiere qui ne nous morguast,. . . soit moy, soit ma femme, nous appellant lantost Moniteur Gautier, tantost Madame la Garguille.
Chapelain, Trad, de Guzm, d'Al/ar,, i63o; III, p. &58.
Seigneur Jupiter qui tout voit
Vit le Monsieur et la Madame
Qui s'appeloient mon cœur, mon ame.
ScARROR, Virg, trav., Paris, David, 1706; 1, p. 3oi.
Si du fameux faisant le camarade.
Du plus haut stile on veut faire parade. On a trop d'art, on s'écoute, on est vain, ¥à Ton vous traite en Moniteur TÉcrivain.
Saint-Amaut, Œuvr,, bibl. elzév., 11, p. 67.
Je le prie , Moneieur le Cuisinier, encore un morceau , et puis plus. — Trêve de compliment, Moniteur le Docteur, dit le Cuisinier. . . Ne sçavez-vous pas que Ton me nomme maiitre? - Sorrl, Polyandre, 16/18; II, p. 609.
Il n'eut pas lasché la parole
Que nostre postillon s'envole.
Et fait vers la mer bien et beau
Driller Moniteur le troupeau. - Richbr, Ovide bouffon, i6Ga, p. a6o.
La VicoMTKSSB à César, laquais. — Hé bieni Momieur le Coquin, où estoient donc tous mes gens quand j'ay voulu rentrer chez moy?
SoBLiGNT, FoUe Quer,, 1668; I, 8.
5 Hél bonjour, Momieur du Corbeau. - La Font., I, p. 63 : FabL, I, s.
MONSIEUR — MONSIEUX 113
Ah I le vilain Montieur que ce Montiêur de Beauce I
Mo!(TPLiUBT, GmiUh. de Beauce, IV, ii ; - Cf. Id. , Comed. poèU, IV, â; - Dupe de »oi-mémê, I, a.
Ah! si fen étoia crue! Avant qu'il soit demain,
Ce Momneur le galant verroit bien du chemin. - lo. , FUle capitaine ,1,6.
Le mot de bistoury me fait trembler. Je vay t'attendre dans la rue; là, je ne cniiidray plus Meeneun les bistouris. - HinriBOCHi , Criep, méd. , II, 6.
MOXSIEDR, TOUT COURT.
Apprenez qu'il n'est pas respectueux d'appeler les gens par leur oom, et qu'à ceux qui sont au-dessus de nous il faut dire Monsiewy fnit court. — Hél bien, Monsieur tout court , et non plus Monsienr de Sotenville, j'ai à vous dire que ma femme. . . - 6. Dand.y I, A.
* rQoand il sera ausd question de mespriser quelqu'un en sa présence, il se faudra fcioi garder de repeter le nom de Monsieur en parlant de luy à quelqu'autre qui se trouvai u, comme par exemple, il ne faut pas dire : tr N'entendez-vous pas ce que Monnieur tvods dit?» Mais seulement : tr N'entendez-vous pas ce qu'il dit?» De mesme que si l'on £nil : «ce que celuy-là vous dit» , ce qui tesmoigne un vray desdain. Et en parlant à de tdiesgciis, il ne faut jamais les appeller simplement Momieur, mais y adjouster toujours Inr nom.» - Naitv, Rec. de» pièce» le» plu» agréable» de ce temp» [par Gh. Sorel], Paris, Screy, i6&&, p. 43-&& : Le» Loix de la galanterie.
«Cest anasi une incivilité de joindre après le Moneieur ou le Madame le surnom (c'est- >-(fire le nom) ou la qualité de la personne à qui on parle, comme : trOui, Moneieur CitflffviUe; oui^ Motmewr U Marquiez ^ en parlant à luy-mesme, au lieu de dire simplement «IfMimir.ii
tUne femme se doit bien garder de dire Montieur, tout court, quand elle parle de son Bvi; c'est une faute pourtant qui est assez ordinaire, et surtout parmi les bourgeoises.
cOn passe de même pour ridicule si, eu parlant ou en écrivant de son père ou de sa Bère, on dit : Montieur mon père. Madame ma mère, etc. Cela n'appartient qu'aux princes; i faut dire amplement mon père, ma mère. . . » - Courtim , Traité de la Civnité qui »e pratifM en France parmi U» honne»te» gen», chap. v.
MORSIEUK, langage villageois.
&&1 ... Nous en voyons qui paroissent joyeux
Lorsque leurs femmes sont avec les biaux Motmeux.
Ec. des Fem., II, 3.
Tons les plus gros Montieux me parioienl chapeau bas. - Rac. , Plaid, , I , i .
9 Tous ces grands Mon$ieux-\k sont des gens bien honnêtes.
Rbgfiard, Démocr., IV, i.
Gomme ces gros Montieux, je tenois-là ma place. - Id., ihid., V, a.
♦ L'orthographe Montieux était nécessaire pour la rime avec joyeux, parce que l'r se preiMMifait à la fin du mot.
i«r«ii
114 monter sur ses grands chevaux — montrer Monter sur ses grands chevaux.
:fi Voir t. I, p. 39a, Cheval : tnonter 9W $e» grandi chevaux.
Monter , v. act. , élever.
UU Mariez-vous, ma sœur, à la philosophie
Qui nous monte au-dessus de tout le genre humain.
Fctn, 8<iv,j I, !•
i39u Deux aiis les out tnontéa çn haut degré d^honneur. - Gobn. , llltu. com., IV, s 0.
Monter , conjugué avec avoir.
a 53 ïai monté pour vous dire, et d'un cœur véritable. . .
Misanth., I, s.
C'est beaucoup tirer de notre ami si, at/ant monté à une grande faveur, il est encore un homme de notre connoissance. - La Biut., I, p. 807.
Ceux qui ont vu l'exécution disent qu'elle (la Brinvilliers) a monté sur Téobafaud avec bien du courage. - S^v., IV, p. 5 a 9.
Montre, vue, spectacle.
t i Conserve à nos neveux une montre fidèle
Des exquises beautés que tu tiens de son zèle.
Gloire du VaUe-Grâce.
Si nous avons quelque imperfection, Tivresse la met en sa montra.
Mâlh., II, p. 66 7.
Ce devoit être plutôt pour la montre que pour le besoin.
La Fort., VIII, p. 85 : Pt^ehi, I.
Us vouloient simplement faire montn de leur art.
Id., VIII, p. 3/10 : Sur ^ Dto/. do PtaUm.
Montrer, v. nmt., instruire.
Outre le Maître d'armes qui me montre, j'ai arrêté encore un Maître de philosophie. - Bourg, gent.y 1,9.
Votre Maître de musique est allé aux champs, et voilà une personne qu'il envoie à sa place pour vous montrer. - Mal. imag.. Il, 3.
Mon ciier et bien aimé papa, Qui m'avez depuis pia pia, Jusqu'à la plus haute science,. . .
Montré, non pas comme un pédant , . . .
Mais en m'estaut doux comme sucre.
ScARROif, Virg. ti ttv.9 1706; II, p. 176.