‹ Lexique de philosophieChapitre 101 sur 176 · JUST · texte numérisé non relu

JUST

l'a confié a le droit d'exiger la :

restitution exacte du dépôt; je dois faire l’aumône,mais nul n’a le droit de l’exiger à son profit et la mesure même de ma charité reste à mes yeux indéterminée.

Dans la langue platonicienne, le mot justice ne désignait pas seulement une vertu sociale, mais aussi une vertu individuelle : l’accord des trois parties de l’âme ou leur harmonie. Ces trois parties sont la raison (qui a pour vertu la science), le cœur (qui a pour vertu le courage) et l'appétit (qui a pour vertu la tempérance). De là une division parallèle de l'État en philosophes, guerriers et artisans : la justice rêgne dans l'État quand ces trois classes d'hommes remplissent leurs fonctions et vivent en harmonie.

Leibniz a défini la justice la charité du sage, c’est-à-dire l’amour d'autrui réglé par la connaissance exacte de ce que nous devons à nos semblables.

KABBALE. On donne ce nom à une doctrine théologique dans sa forme et métaphysique au fond, qui a pris naissance chez les Juifs deux cents ans avant l’ère chrétienne, s’est transmise par tradition et circulait encore secrètement parmi eux vers la fin du xv® siècle, époque où elle commença à préoccuper l'érudition chrétienne : telle est la définition qu’en donne Adolphe Franck.

Ce qui parait faire le fond dela philosophie kabbalistique, c’est une sorte de panthéisme idéaliste qui n'exclut pas la croyance à la liberté humaine, mais l’admet comme un mystère qu'il s’agit de concilier avec la destinée inévitable des âmes : cette conciliation s'opère par la théorie de la métempsycose, suite d'épreuves qui ramènent l’âme à sa destinée première.

Les allures mystérieuses de cette philosophie, que d’aucuns rattachaient à une tradition divine aussi ancienne que le genre humain, sont presque tout le secret de son succès au xvi° siècle.

KANTISME. Philosophie de Kant (V. Criticisme).

L'influence de Kant, ou, pour mieux dire,larévolution kantienne est comparable à la révolution s0-

cralique et à la révolution carté-

sienne. La révolution socratique avaitété préparée parles sophistes qui, d’une part, avaient ruiné les spéculations des philosophes antérieurs par leur scepticisme, d’autre part, avaient ramené la philosophie à l’étude de l’homme et de la société. C’est, de même, le scepticisme de Hume qui contraignit Kant à critiquer et à répudier le dogmatisme de Leibniz et de Wolf : 1l voulut faire au scepticisme sa part légitime et la fit très large puisqu'il lui sacrifia toute recherche transcendante. Comme Socrate, il fut ainsi amené à subordonner la spéculation à la morale.

Descartes avait comme annoncé el préparé la révolution accomplie par Kant : le kantisme, en effet, est avant tout une critique, c’està-dire un retour de l'esprit sur luimême pour se juger el mesurer la portée exarte de ses facullés; or

KANT me

Descartes avait ramené l'esprit à l'étude de lui-même, d’une part, en formulant son principe je pense donc je suis, d'autre part, en demandant à l'examen attentif du sujet pensant cette idée de perfecion qui lui sert pour s'élever jusqu'à Dieu. Lui aussi avait rencontré au début de ses spéculations le doute et le scepticisme, mais il l'avait déclaré provisoire, hyper” bolique, insoutenable, tandis que Kant fut amené, en matière métaphysique, à supprimer la science pour édifier la foi.

Le caractère propre du kantisme est donc bien marqué par ce divorce radical entre la raison spéculative et la raison pratique que Descartes unissait au contraire étroitement : c'est ce qui fait l’ori-

Page 1