‹ Lexique de philosophieChapitre 102 sur 176 · KANT · texte numérisé non relu

KANT

ginalité et aussi la faiblesse du kantisme. Les épopées métaphysiques qui suivirent (Fichte, Schelling, Hégel) furent une éclatante protestation contre cette mutilation de la raison humaine. Le scepticisme spéculatif se concilie mal avec le dogmatisme moral et s’il n'y a pas dans l’œuvre de Kant la « sublime contradiction » qu’on a prétendu y reconnaître, il est vrai toutefois, que la raison, divisée contre elle-même, perdrait toute autorité, qu'on essayerait en vain de la sauver par une sorte de coup d'État dialectique qui restaurerait la spéculation au moyen de la morale, et que les conséquences les moins contestables du kantisme pourraient bien être le scepticisme et le pessimisme.

LANGAGE. Le langage est un système de signes naturels et surtout arlificiels dont les hommes se servent pour communiquer leurs pensées (V. Signes). Il y a un langage naturel constitué par les signes naturels de la mimique et de la physiognomie, et un langage dit artificiel ou conventionnel qui se compose de sons articulés et significatifs, c’est-à-dire de mots.

La philosophie du langage se pose les questions suivantes L'homme a-t-il possédé de toul temps la faculté de parler ? D'où lui vient-elle? S'il a naturellement cette faculté, est-ce par sa propre initiative ou sous une impulsion venant du dehors qu'il en a tiré parti et qu'il a développé le langage ?

Lessolutions sonttrès variables :

les uns prétendent quele langage est une invention ou convention; d’autres qu'il est une révélation divine; d’autres qu'il est un instinct et que nous possédons naturellement une sorte de faculté expressive et interprélative.

Une chose semble hors de doute :

c'est que le langage est aussi naturel à l’homme que la pensée et qu'il pense sa parole avant de parler sa pensée. S'il ne l’a pas inventé dans le sens trop artificiel qu’on donne à ce mot, il l’a développé et perfectionné : le mot primitif n’est peut-être qu’une simple interjection ou bien un pronom démonstratif traduisant l’acte de montrer.

Les rapports du langage avec la pensée consistent dans ce triple service qu’il lui rend de l’éclaircir, de la fixer et de la simplifier, car les langues sont des instruments d'analyse et d’abstraction.

LATENT (latere, se cacher). Ce mot s'emploie quelquefois comme synonyme d’obscur et d’inconscient.

LEMME. Spinoza est presque le seul des philosophes qui emploie cette expression empruntée à la langue des mathématiques : elle signifie remarque, proposilion préliminaire ou accessoire et explicative.

LIBE

LÉTHARGIE (297, oubli, et doyse, inactif). Il ne faut pas confondre la léthargie avec la mort apparente ni avec le sommeil somnambulique.

C’est, dit M. Charles Richet, un élat spécial des centres nerveux, caractérisé essentiellement par l’excitabilité exagérée des nerfs moteurs et des muscles, telle que le contact léger d’un corps avec un nerf moteur ou d’un muscle provoque la contraction de ce muscle. État cataleptique, état léthargique, état de somnambulisme provoqué, voilà, selon M. Charcot, les trois périodes successives fondamentales de l’hypnotisme.

LIBERTÉ. La liberté morale consiste dans le pouvoir de choisir entre deux actes. C’est une donnée primitive de la conscience et les preuves qu'on propose de la liberté sont plutôt des réfutations du fatalisme que de véritables preuves. |

Liberté physique ou absence de contrainte, liberté civile et polilique, liberté de conscience, toutes ces libertés impliquent la liberté morale, l'initiative personnelle empêchée ou favorisée par les circonstances extérieures, mais touiours une et identique dans le for intérieur.

Les systèmes qui nient la liberté sont appelés déterminisme et fatalisme.

Le libre arbitre est essentielle-

ro re

LIBE

ment la liberté de choix, la liberté intérieure (V. Arbitre).

La théorie de la liberté de Dieu est une des plus subtiles de l’histoire de la philosophie : pour les uns (saint Thomas, Leibniz), Dieu est soumis,non pasau destin, mais aux lois nécessaires et absolues qui sont sa raison comme elles constituent la nôtre; pour les autres (Duns Scot, Descartes), Dieu est libre même vis-à-vis des vérités dites nécessaires, elles sont sa création, son œuvre, et il les promulgue comme un roi promulgue des lois en son royaume. On veut éviter par cette solution de rendre Dieu dépendant et nécessité; mais ces discussions sont peut-être fondées sur une distinction artificielle des attributs divins.

Elles viennent aussi de ce que l’homme est toujours porté à confondre la liberté avec le caprice, l'arbitraire, qui sontses contraires:

Liberté et raison doivent être considérées comme identiques dans leur fond et, dès lors, l'opposition du thomisme et du scotisme disparaît ou s’atténue.

L'idée de liberté semble corrélative de l’idée de responsabilité :

pour la plupart des philosophes, c’est la liberté qui fonde la responsabilité ; pour Kant, elle en résulte et n’est qu’un postulat de la loi morale.

Il dit encore que l’homme est libre dans le monde des noumènes où il se donne à lui-même son ca’

Page 1