ALTR
le caractère distinctif est la raison, et à la sociélé dont, avec la parole (ratio, oratio), elle est le lien et l’âme. Mais étranger ne signifie pas indifférent ou abandonné :
l’aliéné est un malade qui a droit non seulement à des soins médi- Caux, mais aussi à une protection spéciale. C’est encore un homme ou tout au moins une ruine humaine, une ruine sacrée : puisque les aliénistes reconnaissent des degrés dans la folie, c’est que l’éclipse ou la mort de la raison n’est jamais totale ; d’ailleurs fûtelle entière et définitive, nous n’en serions pas moins tenus envers l'aliéné à la pitiéetàla compassion, car se survivre à soi-même est le plus grand des malheurs qui puissent frapper un homme.
ALTÉRATION. Mouvement ou changement dans l’ordre de la qualité ; transformation qui atteint les accidents oules manières d’être sans atteindre la substance même.
Les scolastiques définissaient l’altération : une transformation dans les qualités extrêmes ou moyennes, le sujet sensible restant d’ailleurs le même.
ALTRUISME (alter, l’autre, autrui). Ce mot a été créé par Auguste Comte et signifie l'amour d'autrui, comme égoïsme signilie l'amour de soi. Comie résumail toute sa morale par cette belle maxime : « Vivre pour autrui ».
AME
Altruisme et égoiïsme prennent quelquefois un sens légèrement différent, on dirait volontiers emphatique : comme égoïsme signifie dans le langage ordinaire amour excessif de soi, il était naturel que le mot altruisme prit aussi le sens d'amour dominant de ses semblables. Mais l’altruisme est un fait avant d'être une verluet, pour bien comprendre Auguste Comte, il faut donner aux deux expressions leur sens élymologique et primitif.
Ainsil’animallui-même est capable d’altruisme : c’est l’altruisme qui limite ou suspend la lutte pour l'existence et rend possibles les sociétés animales.
Dans le langage ordinaire, on dit plutôt sympathie qu’altruisme, et Leibniz a défini la sympathie « être heureux du bonheur d’autrui, malheureux desonmalheur ».
AMBIGUÏÎTÉ. Le sophisme dit de l'ambiguïté des termes consiste à prendre un même mot en deux sens différents : le rat ronge, rat est une syllabe; done une syllabe ronge.
AME (anima, le souffle). La définition de ce molexigerait, pour être justifiée, tout un traité de psychologie : disons simplement qu'à notre époque l’âme se dit tantôt du principe réel et substantiel qui pense et s'oppose à la matière, tantôt de l’ensemble et de la succession régulière ; en un mot,
AME
de la synthèse des faits de conscience. Dans le premier sens, la conception de l’âme est mélaphysique, dans le second elle est phénoménisle.
Aussi emploie-l-on souvent pour remplacer le mot âme des expressions non pas plus claires ou plus précises, mais qui semblent n'impliquer aucune solution métaphysique de la nature de l’âme; on dit esprit, psychique, psychologique.
C'est un scrupule vain et une précaution superflue : si ceux qui ont fait la langue croyaient à la spiritualité de l'âme, vous n’avez pas à vous en enquérir et surtout vous n’en êtes pas responsables.
Quand Vauvenargues écrit « qu'il faut avoir de l’âme pour avoir du goût», il ne fait nullement, par le seul emploi du mot dme, une profession de foi spiritualiste.
L'âme n'est pas le moi : ce dernier mot a moins d'extension et ne se dit de l'âme qu’en tant qu’elle est consciente et maitresse d’ellemême. Outre les phénomènes que le moi s’attribue, il se peut que l’âme produise une foule de phénomènes inconscients et qu'elle soit, comme le soutiennent les auimistes, le principe de la vie dans l'homme et dans l’animal.
L'âme du monde des anciens et particulièrement des stoïciens est un principe universel de vie et d'intelligence, un dieu immanent qui est au monde ce que notre âme est à notre corps.
AME
Le problème de l'âme des bèles, agité surtout dans l’école cartésienne, consiste à se demander si l'animal sent et connaît par un principe analogue à notre âme, principe que les scolastiques appelaient l’âme vile : Descartes faisait des animaux de pures machines ou automates. Aristote, au contraire, dans son Traité de l’âme, professait qu'il fallait étudier l'âme dans la plante, dans l'animal et dans l’homme, l’âme nutritive, sensitive, motrice, appétitive et rationnelle. Getle opinion est celle des psychologues de nos jours : toute manifestation psychique relève de la science de l’âme.
L'âme, chez les premiers philosophes, se confond avec la vie, le sang, le souffle : Socrate se contente encore d’opposer les sens à la raison, et Platon décrit une âme triple ou douée de trois facultés :
l'âme raisonnable, dans la tête ; l'âme irascible, dans la poitrine; l'âme appétitive,dans le bas-ventre.
Le problème du siège de l’âme consiste non pas à déterminer le lieu qu'elle occupe (si elle est spirituelle,elle n’en occupe aucun), mais à chercher quel est son premier organe. On sait que Descartes, pour de faibles raisons, la logeait dans la glande pinéale.
La science de l’âme s'appelle la psychologie, et le grand problème psychologique est celui-ci : Les phénomènes psychiques doivent-ils être simplement observés, classés,
AMNÉ
ramenés à des lois, ou bien faut-il en outre les rapporter à une force.
spéciale, à l’âme connue directement dans l'acte de réflexion « comme substance quand elle est passive, comme cause quand elle est active »? Si l'âme est immatérielle, sa spiritualité se perçoit et ne se démontre pas: l'unité, l’identité, la simplicité sont les attributs et non pas les preuves de la spiritualité.
Enfin, le problème de l’immortulité de l'âme est intimement lié au problème dela spiritualité de l'âme :
c'est même pour cela que Descartes refusait l’âme à l'animal, ne voulant pas concéder l’immortalité « aux mouches et aux fourmis »
(V. Conscience, Psychologie, etc.).
AMNÉSIE (« priv.; mvñous, mémoire). Diminution notable ou perte totale de la mémoire. L’amnésie est partielle ou totale, subite ou progressive, constante ou périodique. Dans la ctaalepsie, le somnambulisme, l’oubli de tous les faits qui ont eu lieu pendant la période de crise produit un apparent dédoublement de la personnalité : les souvenirs se réveillent pendant la crise suivante, tandis que l’état normal est une période d’'amnésie de ces mêmes souvenirs el que, réciproquement, les souvenirs de l’état normal semblent disparaîlre pendant la crise. Le contraire de l’amnésie est l’hypermnésie ou exaltation de la mémoire.
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AMOUR. Dans un sens général, l'amour est, selon certains philosophes, la passion fondamentale et génératrice de toules les autres passions : « Otez l'amour, dit Bossuet, il n’y a plus de passions; et posez l'amour, vousles faites naître toutes. » Il définit l’amour « la passion de s'unir à quelque chose ».
Pour Descartes, la passion fondamentale estnon l’amour, mais l’admiration; pour Spinoza, cest le désir (V. ces mots).
Dans un sens moins général et qui se rapproche plus de l’acception ordinaire, Leibniz dit que l'amour consiste à se réjouir du bonheur d'autrui ou à faire de la félicité d'autrui sa propre félicité.
« Le véritable amour, dit Maine de Biran, consiste dans le sacrifice entier de soi-même à l'objetaimé. »
. L'amour-propre, où toutes Îles vertus vont se perdre, prétend La Rochefoucauld, comme les fleuves dans la mer, est l’amour de soi, l’égoïsme.
Spinoza appelle amour intellectuel la connaissance intuitive de Dieu accompagnée de « la plus parfaite Joie que l’âme puisse ressentir », c'est-à-dire de la béatitude et de la conscience de notre immortalilé.
AMPHIBOLIE (éuo&caia, ambiguité). Kant donne ce nom à une sorte d’amphibologie naturelle et fondée sur les lois mêmes de la pensée, qui consiste à confondre
ANAL
avec les objets de l'expérience les notions de l'entendement pur.
L'identité, par exemple, est une notion à priori : il y a amphibolie quand on prétend que c'est en outre une qualité réelle des objets. |
AMPHIBOLOGIE (même étymologie). Proposition qui présente un sens douteux, un double sens.
L’amphibologie est donc une sorte de sophisme; Aristote la distingue de l’équivoque en ce que celle-ci porte sur les termesisolés, tandis que l’amphibologie est l’équivoque ou l’ambiguité dans les propositions.
ANALOGIE ({&va, par; Aïyos, rapport). Analogie peut signifier simplement similitude ou ressemblance, mais une similitude qui n'implique pas identité et une ressemblance qui laisse subsister des différences. L’analogie résulte donc d’une comparaison : deux ailes d'oiseau sont semblables, la nageoire d’un poisson esl analogue à l’aile d’un oiseau.
Le raisonnement par analogie consiste à conclure de la ressemblance de certains objets à quel ques égards de leur ressemblance à d’autres égards. De l’analogie de l’étincelle électrique avec le phénomène de la foudre, on conclut que l'éclair est une étincelle électrique; de la ressemblance des planètes avec la terre
ANAL
on induit cette supposition que les planètes peuvent être habitées. La conclusion du raisonnement par analogie est souvent hypothétique; elle est fondée sur l’uniformité des lois de la nature.
Kant appelle « analogies de l'expérience » les règles de permanence, de succession et de simultanéité qui relient les perceptions aux perceptions, de manière à rendre possible l’unité de l’expérience totale : « L'expérience n’est possible, dit-il, que par la représentation d’une liaison nécessaire des perceptions. »
ANALYSE (ävaxbev, délier, décomposer). L'analyse est la décomposition d’un tout en ses divers éléments. L'opération contraire consisie à reconstituer le tout au moyen de ses éléments et se nomme synthèse. L'analyse est dite expérimentale ou empirique quand elle porte sur un tout matériel (l'analyse de l’eau en chimie), et ralionnelle ou logique quand elle porte sur les idées. Le mot se trouve d’ailleurs souvent précisé par l’épithèle qu'on lui joint analyse mathématique, analyse psychologique.
L'analyse peut être une division, une partition, une abstraction, mais ces termes ne sont pas entièrement synonymes : la division est la distribution d’un genre déterminé par la définition en ses espèces et se prend aussi dans un
A. BERTRAND. — Lexique.
ANAL
sens vague comme dans cette expression, division du travail ; la partition se distingue de la division en ce qu’elle porte sur un tout composé de parties matériellement distinctes : par exemple, quand on brise un morceau de
marbre, c'est unesimple partition;
quand on répartit une maison en appartements, une ville en quartiers, c’est une division; mais il faut avouer que ces distinctions n’ont pas une grande importance.
L’abstraction sépare mentalement les idées réellement inséparables.
L'analyse allant du composé au simple, va par là même du particulier au général : elle répond à l'induction; la synthèse, au contraire, va du simple au composé, du général au particulier et répond à la déduction. Il n’est pas toujours aussi aisé qu’on pourrait le croire, de dire si telle démonstration est analytique ou synthétique.
Descartes préconise l'analyse dans cette règle : diviser chacune des difficultés qu’on examine en autant de parcelles qu’il se peut et qu’il est requis pour les mieux résoudre.
ANALYTIQUE. Kant appelle jugements analytiques ceux dans lesquels l’attribut fait partie essentielle du sujet, et jugements synthétiques ceux dans lesquels l’attribut est surajouté au sujet par le secours de l'expérience. Les rayons d’un cercle sont égaux, voilà un
ANIM jugement analytique; les gaz sont sompressibles, voilà un jugement synthétique.
On sait qu'un des ouvrages d'Arisiote sur la logique est désigné sous ce nom, les Analytiques, et qu’on appelle géométrie analytique celle qui est fondée sur l’application de l'algèbre et du calcul infinitésimal à la géométrie.
ANESTHÉSIE (æ priv.s; aiobnots, sensibilité). Privation de sen- Sibilité, abolition totale ou partielle de la faculté de sentir. Les physiologistes distinguent l’anesthésie centrale et l’anesthésie périphérique: dans la première, les impressions n'arrivent plus au sensorium et il n’y a plus perception ; dans la seconde, les impressions ne produisent plus d'effet parce que les extrémités nerveuses sont altérées ou détruites. L’anesthésie peut être provoquée par suggestion.
L'analgésie est une anesthésie qui porte sur les sensations douloureuses, lesquelles sont ordinairement provoquées à la surface de la peau ou des muqueuses par les agents extérieurs.
ANIMISME. Doctrine de ceux qui regardent l’âme comme la cause première des phénomènes vitaux.
L'organicisme consiste à soutenir que la vie est un effet ou une résultante de l’organisation, mais il ne réussit pas à expliquer l'unité