‹ Lexique de philosophieChapitre 49 sur 176 · CONN · texte numérisé non relu

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Plus généralement on distingue la connaissance sensible et la conuaissance rationnelle, c'est-à-dire la connaissance par les sens et par la raison.

Quand on joint au mot connaissance l’épithète intuilive, on veut désigner la connaissance immédiate, sans intermédiaires, par vue directe de l'esprit; quand on emploie l’épithète discursive, on veut indiquer la connaissance indirecte et démontrée; enfin l’épithète compréhensive ou adéquate s'applique à la connaissance complète de l’objetconnu. Comme «nous ne savons le tout de rien », il y a peu de connaissances adéquates.

On appelle théorie de la connaïssance les recherches qui ont pour but d’expliquer l’origine de nos idées, la source première des principes directeurs de la faculté de connaître. Elle énumère nos idées premières et formule les principes de la raison; elle donne aussi le criterium de la vérité et les règles essentielles de la démonstration, sans se confondre avec la logique

proprement dite. Elle a un caractère spécialement métaphysique et psychologique : la psychologie seule peut nous renseigner sur l’origine de nos idées.

CONNOTATIF (de cum, avec, el notare, marquer). Ce mot désigne les caractères, qualilés, épithètes qui servent à spécifier un objet et à le distinguer de tout autre objet.

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CONSCIENCE (de cum, avec, et sScire, connaître). La conscience, élymologiquement, est la connaissance que nous prenons d’un fait en même temps qu'il se produit.

A. Bain a distingué jusqu’à treize sens du mot conscience. Son acception varie en effet du sens vague de savoir, se rendre compte (j'ai conscience de mes forces), jusqu'au sens précis d'observation intérieure, d'instrument propre de la psychologie ou réflexion. On peut néanmoins rattacher à deux principales toutes les acceptions de ce mot el distinguer la conscience psychologique de la conscience morale.

1° CONSCIENCE PSYCHOLOGIQUE. — C'est la facultéque nous avons de nous observer nous-mêmes, selon les uns; selon les autres, ce n’est pas une faculté distincte, mais le mode fondamental de toutes nos facultés : non seulement je sens, je sais, je veux, mais je sais que je sens, que je sais et que je veux.

Je suis un témoin de ma propre vie ou plutôt ma vie psychique est consciente d'elle-même. On a supposé qu'un cerveau serait encore une excellente machine intellectuelle, si la conscience était absente, pourvu qu’un instrument enregistreur notât ses vibrations ; mais il faudrait toujours une conscience pour interpréter ces vibrations enregistrées. Qu'on doive dire « il pense dans mon cerveau » et non « je pense », c’est là un paradoxe inintelligible. .

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La conscience n’est pas, comme on l’a prétendu, un simple épiphénomène ou phénomène surnuméraire de la pensée c'est la pensée même, en tant qu’elle se connaît.

Peut-être l'inconscient n'est-il luimême qu’une moindre conscience.

Les psychologues distinguent la conscience spontanée, celle de l’enfant qui n’a pas encore réfléchi et de l’homme qui ne fait point effort pour s'éludier, et la conscience réftéchie ouréflexion proprementdite, dédoublement des faits internes, retour de l'esprit sur lui-même. On désigne encore la conscience réfléchie par l'expression plus moderne d'introspection qui se prend souvent en mauvaise part : Maudsley dit de l'introspection que « c’est moudre du vent ».

Herzen croit pouvoir démontrer que la condition physiologique de la conscience est la désintégration des éléments nerveux : elle s’affaiblit en effet pendant la période de réintégration, par exemple celle du sommeil. La syncope est la disparilion momentanée de toute conscience ; le retour à la conscience passe par trois phases successives, selon Herzen : vague sentiment d'existence en général, sans distinction du monde extérieur et des impressions individuelles ; connaissance toute passive d’impressions isolées flottant sans lien, senties sans être connues et pour ainsi dire stupides; enfin réapparition de l’unité du moi qui

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fusionne les impressions sensorielles et révèle l'individu à luimême.

La conscience psychologique, quoique simple, nous paraît dédoublée dans certaines maladies, mais simplement parce que la connaissance totale du moi individuel varie dans un de ses éléments, à savoir l’aperception du corps propre, profondément modifiée dans l’état pathologique : l’aperception du 7e pense et du je suis est restée au fond identique à elle-même.

Les psychologues varient sur la portée et les limites de la conscience: les uns lui assignent simplement la connaissance des phénomènes internes; les autres lui attribuent en outre laconnaissance de l’âme comme substance quand elle est passive et comme cause quandelle estactive. La conscience est la source des idées d'unité, d'identité, de liberté, de personnalité.

Dugald Stewart fait remarquer avec Justesse que les circonlocutions de sens intime, sens interne ou intérieur par lesquels on la désigne quelquefois, n’offrent rien de plus clair et de plus précis que le mot conscience. Il est certain que l’équivoque des mots conscience et réflexion a causé bien des discussions et prolongé bien des polémiques : ainsi, pour Locke, la réflexion n’est que la connaissance que l’Ââme prend de ses propres opérations, tandis que pour

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Leibniz c’est la conscience que l’âme, vis sut conscia, prend d’ellemême et des changements de ses états internes.

2° CONSCIENCE MORALE. — C’est le discernement naturel du bien et du mal, « l'instinct divin » dont parle Jean-Jacques Rousseau, la « raison pratique » de Kant. De là différentes expressions où entre le mot conscience : un examen de conscience est une méditation pratique sur nos actes et leurs intentions; la liberté de conscience est la liberté de se faire une opinion personnelle sur le bien et le mal, sur Dieu, sur un dogme ou une religion ; on oppose quelquefois la science et la conscience pour marquer le conflit des lois fatales de la nature avec la liberté de la volonté.

Enfin la conscience,comme connaissance des actes et prévision de leurs conséquences, est, pour les aliénistes, un criterium de la responsabilité.

CONSÉCUTION (cum, avec; sequi, suivre). Simple succession ou rapport dans le temps par opposilion au rapport logiqueetau rapportde causalité. Leibniz dit que les animaux neraisonnent pas, mais que les consécutions d'images des animaux imitent le raisonnement ils vont du particulier au particulier sans Jamais passer du général au particulier, comme nous faisons dans la déduction, ou du

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parliculier au général, comme nous faisons dans l'induction.

CONSENTEMENT. Le consentement est l’assentiment de la volonté : c’est un acte libre qui clôt la délibération et se confond à peu près avec la résolution qui précède l'acte (V. Universel).

CONSÉQUEMMENT.Conséquemment signifie par suite, en conséquence. de : Leibniz dit que Dieu veut antécédemment le bien et conséquemment le mal, c’est-à-dire comme conséquence inévitable du plus grand bien.

CONSÉQUENCE. La conséquence est le lien logique qui uuit la conclusion d'un raisonnement aux prémisses : ce n’est donc pas la conclusion, car celle-ci est la proposition finale où aboutit le raisonnement bon ou mauvais.

Cependant conséquence s’emploie souvent, par extension, dans le sens de conclusion et les scolastiques disaient même : je nie le conséquent et la conséquence, pour caractériser un raisonnement mauvais dans la matière et dans la forme.

CONTEMPLATION {contemplare, regarder attentivement). Attention fixée sur un objet du monde idéal.

Ce mot s'oppose souvent à uction : Aristote distingue des vertus

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contemplatives par opposition aux vertus aclives.

CONTIGUITÉ. La contiguité dans le temps et dans l’espace, c'est-à-dire la succession immédiateetle contact, estuneloidel’association des idées(V. Association).

CONTINGENT (quod continoil, ce qui arrive). Ce qui est, mais pourrait nepas être. Lecontingent s’oppose au nécessaire qui ne peut pas ne pas être.

On prouve l'existence de Dieu par la contingence du monde qui n’a en lui-même ni sa raison d’être, ni la nécessité éternelle de son existence actuelle.

On appelle futurs contingentsles faits ou les actes qui ne sont pas prédéterminés par des lois nécessaires : la liberté de l’homme implique qu'il y ait des futurs conlingents.

CONTINU. Se dit d’une quantité dont les parties ne sont pas divisées, séparées, discrètes. Un nombre est une quantité discrète, une ligne mathématique est un continu parce que les points ne sont pas les parties réelles et séparées de la ligne.

On distingue quelquefois le continu permanent, dont toutes les parties sont données simultanément comme dans la ligne, et le continu successif, dont les parties sont données successivement,

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comme le temps, le mouvement.

Continu etcontigu offrent donc un sens {out différent, puisque Îles extrémités (si l'on peut employer ce mot) des continus se confondent, tandis que celles des choses contiguës se touchent.

CONTINUÉE (Création). La création continuée, admise par Descartes, consiste dans cetteopinion que Dieu, pour conserver son æuvre,exerce la même aclion qu’il a dû produire pour la créer. C’est donc l’action providentielle de Dieu, analogue ou plutôtidentique à l’acte créateur : Dieu crée contüinuellement le monde. Pour soutenir un poids que vous avez soulevé, vous continuez l'effort que vous avez fait pour le soulever, :

autrement il retomberait : ainsi retomberait le monde dans le néant si Dieu ne continuait l’acte créateur.

CONTINUITÉ. Le principe ou loi de continuité porte que la nature ne va pas par sauts ou qu’elle ne laisse subsister aucun hiatus dans la hiérarchie des êtres, procédant toujours par degrés insensibles el passant d’un être à un être différent par une infinité d'intermédiaires.

CONTRADICTION (contra dicere, dire le contraire). Ce mot offre un sens général el un sens particulier :

dans sa première acception, il si-

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gnifie simplement qu’on oppose une affirmation à une négation ou réciproquement. Dans son sens logique et précis, il désigne l’opposition qui existe entre deux propositions contradictoires, c’est-à-dire différentes à la fois de qualité (l’une affirmative, l’autre négative) et de quantité (l’une particulière, l’autre universelle). Par exemple : Tous les hommes sont justes et Quelque: hommes sont justes sont des propositions contradictoires. Si l’on opposait à la première celle-ci : Aucun homme n'est juste, les deux propositions seraient contraires. Le contradictoire n’est donc pas le contraire et signifie qu'il y a incompatibilité, répugnance.

On appelle principe de contra-

diction celui quis’énonce ainsi : La méme chose ne peut pas à la fois étre et n'étre pas sous le méme rapport. Il assure l'accord de la pensée avec elle-même, sans pouvoir nous assurer de l'accord de la pensée avec les choses.

CONTRAIRE. Se dit des propositions universelles opposées en qualité (l’une affirmative, l’autre négative). Exemple : — Tous les hommes sont justes. Tousles hommessontinjustes. Siles deux propositions opposées en qualité étaient particulières, on lesappellerait subcontraires. Exemple : — Quelques hommes sont justes. Quelques hommes sont injusles.

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