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DOGM

DIVISIBILITÉ. Propriété de ce qui peut être divisé en parties de même nature. Les métaphysiciens discutent la question de la divisibilité à l'infini de la matière.

DIVISION. Partage d'un tout en ses diverses parties. La division doit être complète ou adéquate(c’està-dire que les parties réunies doi-

vent reconstituer exactement le

tout), et distincte, c'est-à-dire que les différentes parties ne doivent pasrentrer les unes dansles autres.

La division logique est une proposition dont l’attribut développe toute l'extension du sujet.

On appelle, en économie politique, loi de division du travail celle qui consiste à distribuer les différentes opérations d’un même travail à différents ouvriers, de telle sorte que chacun faisant toujours la même besogne la fasse mieux el plus vite.

DOGMATISME (doyua, opinion).

La philosophie dogmatique admet des principes certains et des con-

clusions incontestables. Le scepti-

cisme, au contraire, déclare que tout est douteux et que rien n’est démontré. Le criticisme soutient qu'avant de procéder dogmatiquement il faut fixer les limites de nos facultés de connaître et faire passer la raison par l'épreuve d’une sévère critique.

Bacon oppose les dogmatiques

, aux empiriques dans une compa-

DROI

raison célèbre : le dogmatique ressemble à l’araignée qui tisse sa toile de sa propre substance el ne construit qu'une œuvre fragile; l’'empirique, à la fourmiquiamasse et consomme et ne se trouve pas plus riche qu'avant; le vrai savant doit ressembler à l'abeille qui, du suc des fleurs, fait le miel qui n’est plus telle ou telle fleur: il doit, de l’amas des faits, tirer la science qui n’est plus tel ou tel fait, parce que les faits sont transformés et organisés par notre faculté de connaitre.

DOUTE. État de l'esprit qui demeure en suspens entre l’affirmation et la négation. Le doute envisagé comme l’état définitif de l'esprit humain, «un mol oreiller pour une tête bien faile », est le scepticisme (V. ce mot).

Le scepticisme provisoire de Descartes est un doute momentané employé comme moyen d'arriver à la science. Descartes appelle son doute hyperbolique, c’est-à-dire exagéré, poussé à ses dernières limites.

DROIT. Le droit, dans son sens général, est la faculté naturelle ou légale de faire une chose, d’en jouir ou d’en disposer. Le droil nalurel est promulgué par la raison, inhérente à notre nature : les droits de l’homme, dit la Déclaration de 1789,sont « inaliénables et imprescriptibles »; le droit positif

DUAL

est fondé sur les lois, inscrit dans les codes.

On distingue encore les droits civils, ceux que possède l’homme comme membre de la société, et les droits politiques, ceux qu’il possède comme citoyen et qui lui permettent de prendre part aux affaires publiques.

Le droit des gens ou droit international règle, ou bien les rapports des nations entre elles, el alors il rentre dans la science du droit naturel, ou bien ces mêmes rapports en tant qu'ils résultent des traités et des contrats, et alors il rentre dans le droit positif.

DUALISME. $e dit en deux sens très différents :

1° D’un système philosophique etreligieux d’après lequelle monde serait l’œuvre de deux principes opposés el coéternels, l’un bon et l'autre mauvais; c'était, par exemple, l'opinion des manichéens;

2° Des théorics qui posent en principe la distinction, la dualité de la pensée et de létendue comme essences des esprits, d’une part, des corps, de l'autre; par exemple, le système cartésien.

Ce mot s'oppose à monisme : le monisme admet un principe unique et désigne spécialement un système analogue au spinozisme d’après lequel toute réalité serait à la fois matérielle et spirituelle, tout élément matériel élant doué d'activité psychique.

-DYNA

DURÉE. La durée est la succession des phénomènes; l'élernité exclut la succession et le changement : c'est, disent les métaphysiciens, un éternel présent. Le temps est l’ensemble des durées considérées abstraitement.

DYNAMISME (ôivews, force).

Admettre dans les choses qui se manifestent ou se développent un principe interne de développement, une force immanente qui en est en quelque sorte le ressort intérieur, c’est être dynamiste; admettre que les choses sont naturellement inertes, qu’elles ne peuvent êlre modifiées que par une force extérieure qui est l’ouvrière de leurs transformations, c’est être mécuniste.

Ces deux systèmes se montrent dès l’origine de la philosophie, mais c’est surtout chez Descartes et chez Leibniz que leur opposition est bien marquée : Descartes ex-

DYNA

plique tout par la matière et le mouvement, mais le mouvement vient du dehors, c'est Dieu qui donne «la premièrechiquenaude», comme dit Pascal.

Leibniz explique tout par ses monades, forces simples qui se développent spontanément et portent en elles-mêmes cette loi de la série de leurs opérations que Leibniz appelle appétilion.

Une comparaison farnilière fera sentir la différence du mécanisme et du dynamisme : un meuble est construit mécaniquement par un ébéniste, un gland devient dynamiquement un chêne par une force interne et naturelle.

On appelle quelquefois monodynamisme l'opinion des animistes qui prétendent que l'âme seule produit la vie et la pensée, et duodynamisme l'opinion des vitalistes qui admettent à côté de l'âme pensante un principe vital.

E. Lettre qui désigne les propositions universelles négatives (VA).

ECCÉITÉ (hæcceitas : hæc, cette chose). Mot de la langue scolastique désignant le principe d'individuation, ce qui fait qu’une chose est ceci ou cela, cette chose ou cette autre chose. Il est de Duns Scot.

ÉCHOLALIE. Répétition en écho des paroles ou des gestes. L’écholalie s’observe dans certaines maladies nerveuses et dans les phénomènes d'hypnotisme.

ÉCLECTISME (&aéyew, choisir).

Système qui consiste à faire un

choix dans les doctrines antérieu- !

res et à prendre ce que chacune a de vrai. L’éclectisme sans critique, c'est-à-dire l'assemblage plus ou moins arbitraire d'opinions empruntées à tout système, s'appelle syncrétisme.

L'école d'Alexandrie est éclectique parce qu'elle fait desemprunts à Platon, à Aristote, aux stoïciens.

Leibniz, qui professait que les systèmes sont vrais par ce qu'ils affirment, faux par ce qu’ils nient, était dans un certain sens éclectique, mais il fondait ces éléments empruntés dans une doctrine supérieure et en tirait ainsi un système original.

On ne voit pas que Victor Cousin, qui est chez nous le représentant de l’éclectisme, ait eu ce genre d'originalité.

ÉCONOMIE (cixos, maison; vopos, loi). L'économie politique est la science qui traite de la production, de la distribution et de la consommation de la richesse.

On appelle quelquefois loi d’économie ou de parcimonie la loi d’après laquelle la nature agit toujours par les moyens les plus simples.

ÉCOSSAISE (Philosophie ou École écossaise). Cette école, dont

les principaux représentants sont

Th. Reid, Dugald Stewart, Hamil-

| ton, et qui occupe la seconde moi-

tié du xvir siècle, est caractérisée

EFFE

par sa prédilection pour la psychologie, son goût pour les vérités du sens commun et aussipar sonéloignement pour la métaphysique et sa tendance à tout expliquer par les facultés de l'âme, qu’elle multipliait outre mesure et qu'elle finissait presque par personnifier.

L'école écossaise s’est conlinuée en France par Royer-Collard, Jouffroy et Adolphe Garnier, qui, dans son Traité des facultés de l’âme en résume très fidèlement les recherches psychologiques et en reproduit les tendances el les doctrines.

ÉDUCATION. La pédagogie, l’art d'élever les enfants. C’est une science étroitement liée à la psychologie,une sorte de psychologie appliquée. On distingue l'éducation physique, intellectuelle et morale.

ÉDUCTION (educere, tirer de).

Dans la langue scolastique, éduction désigne l’action de tirer une forme de la puissance de la matière; par exemple, du marbre, la forme de la statue.

Ce mot était surtout employé pour désigner une théorie de la création : la création ne serait pas l’acte qui tire les choses du néant, mais l'acte qui les fait sortir d’une matière préexistante, une transformation.

EFFET. Corrélatif de cause : ce que la cause produit. C'est un

Ars EFFO adage scolastique que la cause supprimée supprime l'effet. On dit, par une évidente tautologie, que tout effet a une cause.

EFFICIENTE. Ce mot s'emploie surtout dans l’expression de cause efficiente, cause productive : le slatuaire est la cause efficiente de la statue (V. Cause). Sur ce mot, les scolastiques avaient modelé l'expression cause déficiente :le mal, disaient-ils, a une cause déficiente (une cause négative, une noncause : il n’est qu’une négation ou une privation).

EFFORT.Toute activiléemployée à vaincre une résistance constitue un effort : ainsi, l'effort moteur est l’activité qui se dépense à mouvoir les membres.

L’effort musculaire, qui joue un si grand rôle dans la psychologie de Maine de Biran, consiste non dans les sensations a/férentes qui, produites par la contraction du muscle, vont de la périphérie au centre et nous renseignent sur le mouvement accompli ou en voie d’accomplissement, mais dans la sensation efférente, sui generis, qui résulte de notre initiative et de notre commandement interne.

Y a-t-ilantérieurement à l'effort musculaire un effort cérébral,

c'est-à-dire une action sentie de l'esprit sur le cerveau, ou bien un effort purement mental, c’està-dire une action sentie de l’âme

ÉGOI

sur elle-même? C’est ce que Maine de Biran n’admettait pas, car nous

n’avons pas, pensait-il, conscience

de notre cerveau comme terme de déploiement de l’activité de l’âme et nous ne pouvons agir sur une idée sans agir en mêmetemps sur le substratum matériel de cette idée.

L’effort musculaire est donc essentiellement le fait primitif de conscience, l’acte qui nous révèle le moi et, du même coup, nous fait connaître ce que Maine de Biran appelle le terme de déploiement de l'effort, le corps propre qui lui résiste toujours avant de lui céder.

ÉGALITÉ. L'égalité n’est ni la complète identité, ni la simple similitude : l'égalité est la qualité des choses qui ont, soit les mêmes dimensions, soit la même perfection.

ÉGOÏSME (ego, moi). Ce mot désigne, en morale, tantôt l'amour excessif de soi, tantôt simplement l'amour de soi. Dans ce dernier cas, il a pour opposé le mot altruisme créé par Auguste Comte.

L'égoïisme métaphysique est une doctrine d'après laquelle notre propre existenceest seulecertaine, celle du monde extérieur douteuse ou plutôt niée formellement. On l'appelle égoïisme à cause de la difficulté qu’il y a dans ce système idéaliste à justifier l'existence d'êtres semblables à nous :1l semble que le moi seul existe. On dit aussi dans le même sens solipsisme.

ÉLÉM

ÉLABORATION. On appelle élaboration des idées les transformations qu’elles subissent pour devenir, de particulières, abstrailes et générales.

On distingue quelquefois les facultés d'acquisition (perception interne et externe, raison), les facultés d'élaboration (abstraction, généralisation, etc.), el les facultés de conservation (mémoire, imagination reproductrice).

ÉLÉATISME. Philosophie de l’école d'Élée, c'est-à-dire de Parménide et de Zénon. Le dogme essentiel du système est celui de l'unité de l'être et de la pensé:

Les Éléates niaient la pluralité des êtres et le mouvement. Les arguments de Zénon contre le mouvement étaient célèbres dans l'antiquité.

ÉLÉMENT. Uutre son sens général de parties constitutives des corps, ce mot a un sens plus spécial dans l’expression les quatre éléments : ce sont le feu, l’air, l’eau et la terre que les anciens regardaient comme constituant toutes choses, soit qu'ils les réduisissent à un seul, tantôt l’eau (Thalès), tantôt le feu (Héraclite), etc., dont les trois autresétaient issus, soit qu’ils les admissent tous quatre comme primitivement distincts (Empédocle), en ajoutant, pour les unir et les séparer, deux principes,

ÉMIN —

l'amour et la haine, c’est-à-dire, au fond, l’affinité et la répulsion.

ÉMANATION (emanare, couler de). Expression métaphorique qui désigne un mode de production des êtres d’après lequel ils ne seraient qu'un écoulement, une extension de la substance universelle :

la métaphore est prise d’un fleuve qui déborde ou d’une flamme qui éclaire.

Le panthéismealexandrin admet

l’émanation; le panthéisme de Spinoza n’a pas recours à cette explication et se contente de dire que les êtres sont les modes des attributs divins.

Leibniz a employé le mot fulguration pour éviter l’expression suspecte d’émanation : ce changement n’éclaircit rien.

On dit quelquefois émanatisme pour désigner la doctrine de l’émanation.

ÉMINEMMENT. Exister éminemment, c'est exister au suprême degré, avoir la perfection et la plénitude de l’existence. Pour bien comprendre ce mot, il faut l'op- poser à ses corrélatifs formellement, virtuellement, tous mots empruntés par Descartes à la scolastique.

Reprenons une comparaison très claire de Royer-Collard : Soit une lettre de change souscrite par un banquier; la somme souscrite est contenue formellement dans la caisse du banquier, objectivement

EMPI

dans la lettre de change qu'il a souscrite, et éminemment dans le crédit du banquier quiluia donné le pouvoir de la souscrire et qui lut permettrait d'en souscrire bien d’autres. Ainsi, la caisse contient la réalité formelle de la somme, la lettre de change sa réalité objective, et le crédit du banquier sa réalité éminente. | | On dira, par exemple, que la science existe éminemment en Dieu, pour dire qu’il possède une science sans limites, infinie, parfaite. | Virtuellement dit en quelque sorte le contraire d'éminemment et signifie en puissance : le chêne est virtuellement dans le gland.

ÉMOTION. Ce mot désigne maintenant tous les phénomènes affectifs ou faits de sensibilité, plaisirs et douleurs. Il désignait plutôt ces mêmes faits en tant qu'ils atteignent un certain degré d'intensité : l’émotion, dans ce sens, élait une passion momentanée (comme la colère) et non pas durable (comme la haine).

EMPIRISME (épretoix, expé rience). Empirique n’est pas synonyme d’expérimental. Il n’a pas non plus le sens défavorable de l'expression médecin empirique ou simplement un empirique, pour dire un ignorant, un charlatan.

L’empirique est un partisan exclusif et absolu de l’expérience

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