I. H. Esticnne, p
iO LEXIQUE.
fut appris un armet, une bourguignotte, un aocoustrement de teste. Pour le plumail, luy Ait reproché pennache ; pour capitaine, queytaine ; coronel, collonnel ou coUumel ; pour dizenier^ caporal ; cinquantenier^ cap-d'escouade, etc^ ».
Je n'ai point le dessein^ comme aurait dit Oudin *, ce de déterrer les morts ni d'offenser les vivants », mais il me semble assez curieux à ces vocables, dont l'introduction scandalisait si fort H. Estienne^ d'opposer quelques-uns de ceux qui font encore très bonne figure dans Brantôme, et que les caprices de la mode ou le pédantisme des grammairiens ont rejetés^ bien qu'ils fussent^ pour la plupart, d'une bonne^ ancienne et logique faicture. Certaines familles de mots^ qui étaient alors au grand complet, ne nous sont parvenues que démembrées. Elles ont perdu en route, les unes leur verbe ou leur substantif, les autres leur adjectif ou leur adverbe. On retrouvera tous ces pauvres proscrits dans le lexique; je me bornerai ici à en citer quelques-uns.
jiccroissance.
Admonestement, remplacé par admonestation qui ne le vaut pas.
Adulater. Nous avons adulateur et adulation.
Appreneur^ que Ton aurait pu garder comme on a gardé preneur.
Argut^ subtil. Nous avons conservé argutie.
1. Contu et Discours iTEutrapel^ paV le feu seigneur de la Hërissaye, Rennes, i585, in-8<*, p. igo. Voyez aussi sur ces changements de noms, H. £stienne, p. 378 et suiv.
1. Curiosiiez françaises y 1640, 8; Avis atts étrangers, Cest l'ourrage que nous citons souvent dans le Lexique.
Assiduer (j*), se rendre assidu.
Àssiègement.
Assoleillery se mettre, se chauffer au soleil.
Bënévolence. Nous avons encore bénévolement.
Braillement. Formé de brailler, comme bâillement de bâiller.
Briganderie. Nous avons gardé le verbe brigander.
Chalanderie, marchandise. Nous avons gardé chaland et achalander.
Computer. Tout en remplaçant ce verbe par supputer, nous avons conservé comput.
Considéré^ sage^ avisé. Nous n'avons plus que le négatif inconsidéré.
Contrecarre^ opposition. Il nous est resté le verbe contrecarrer.
Défaiforiser. Nous avons défaveur et défavorable.
Desseri^ice. On a gardé desservir.
Disposition^ agilité. L'adjectif dispos, aujourd'hui sans féminin^ en avait un^ disposte^ qui a disparu.
Émerveillahle.
Entr'ouïr. Nous avons les verbes voir et entrevoir. La nuance qui sépare ces deux mots où il s'agit du sens de la vue, on la possédait pour le sens de l'ouïe avec ouïr et entr'ouïr. Rien n'a remplacé ce dernier verbe^ dont la perte est vraiment regrettable.
Entourner. Nous avons, dans un sens restreint, conservé le lûot entournure.
Fiance. Nous avons ses composés^ confiance^ défiance et méfiance.
Courmander, s'adonner à la gourmandise.
Hautaineté, hauteur (de caractère).
Impériery commander. Imperiosite\ domination.
Nous n^avons conservé que l'adjectif impérieux.
InscierUy ignorant.
Larrormer.
Uî^rance. Nous avons : livrer, délivrer et délivrance.
Maavaisiiéy mauvaise action.
Orer^ haranguer. Nous n'avons plus que le composé pérorer.
Pérégriner, Pérégrination et pérégrinîté nous sont demeurés.
Perturber. Nous avons les substantifs dérivés de ce verbe, perturbateur et perturbation.
Pourchas. Nous n'avons plus que pourchasser.
Ilompurey son pit)che parent rompemeni ne tardera probablement pas à disparaître, car il ne s'emploie plus que dans une seule locution, qui est même peu usitée : rompement de tête.
Malgré Tétendue des ouvrages de Brantôme, l'orthographe de ses manuscrits, que nous avons suivie fidèlement en respectant son irr^ularité, ne nous fournit, sur la manière dont on prononçait le françiiis, que peu d'indications précises. D'abord, il faut tenir compte de la prononciation qui lui était personnelle. Arrivé jeune à la cour, il y avait apporté son accent périgourdin; et il n'en avait certainement riea perdu quand il la quitta au bout de 23 ans, car il n'avait eu ni à en rougir, ni à s'en préoccuper, au milieu de cette foule d'Italiens et de Méridionaux dont il était entouré. La trace de cet accent se retrouve fréquemment dans ses manuscrits, soit qu'il les écrivit lui-même, soit qu'il les dictât à son secrétaire Mathaud, périgourdin comme lui. Ainsi il écrit : aumenter^ adotter^ blap/ufme^ cattif (captif), cours
(course), ditter, dont (donc), espëcialy exatioriypéremtaire ^ etc. L'x « que l'on commençoit fortà quitter^ » dil H. Ëstienne, a pour lui la même valeur que Fs : expire et expion (espier , espion) , excorie , escorte, elc*.
Toutefois en dehors de ces particularités qui lui sont personnelles, les manuscrits nous permettent d'en signaler quelques autres qui sont certainement caractéristiques de la prononciation usitée à la cour et à Paris. Telles sont les suivantes :
L'a remplace l'e : guarir, raparationj sarrurier, sarment (poav serment; ce que H. Estienne (p. 298) appelle un petit parisianisme de la place Maubart) ; demandarent, manquarenty osarent, etc.
\je b est substitué au p dans quelques mots comime accoubler, couble, Constantinoble^ .
L'e prend la place de Ta, mais rarement : cherbony cherbnnnier; merque pour marque.
Le ^ est la consonne dont la prononciation varie le plus. Tantôt il est l'équivalent du j {Digon pour Dijon; rangoit pour rangeoit; songa pour songea); tantôt il est dur {geule pour gueule). Ailleurs il rem-
I. Henri Estienne te trompe (p. 55s et suir., 578) en attribua ot uniquement à Finfluence italienne cette prononciation à laquelle aujourd'hui encore on reconnaît sans peine les gens du midi, qu'ils soient gascons ou prorençaux.
a. « Aucune, foes le p latin se tourne an b, pour Tafinitë qu*iz ont ansemble, comme de aprieus^ abri; combien qu'il sinifie tout le contrere de son origine. Et pourtant ceus me semblet vouloir être trop sutiz (subcils) qui ecriret Conâtaniinopie pour Caïutantinohie ; car combien qu^en ce mot le à nous aporte, ce samUe, autre origine que le rrei, si étce qu'il le faut andurer areq la prolacion, joint qu'il net point autrement mal apliqué. (Dialogue de tortogrmft • prononeiaeion françoeu^ par 1. Peletier, du Mans, Poitiers, iS5o, in-8, p. 95-96.)
ik LEXIQUE.
place soit le q {guet pour quai) , ou le ch {rei^ange pour revanche) y soit le c (cagade pour cacade, gallemard pour callemard)^ qui à son tour le remplace aussi quelquefois (crolte pour grotte). Dans le pronom qui Vi s'élidait devant le (leurs marys qu'estant là bas, IX y 654); dans le pronom // ou Hz l'I ne se prononçait pas et l'emploi fréquent de qui pour qu^il rend parfois obscures bien des phrases de Brantôme. La diphtongue en avait le son u que lui donne encore de nos jours le peuple de Paris.
Avant la seconde moitié du XYI' siècle une lutte avait commencé au sujet de la dipthongue oi que les uns voulaient continuer à prononcer oué, tandis que d'autres^ à la cour surtout, lui donnaient le son de è, qui a fîni par prévaloir. « On n'oseroit, fait dire H. Estienne à l'un de ses interlocuteurs (p. 22), on n'oseroit (à la cour) dire François ni Françoise^ sur peine d'estre appelé pédant ; mais faut dire Francès et Francèses, comme Angles et Anglèses ; pareillement : j'estès, je faisès, je dises, j'allès, je venès^ non pas : j'estois, je faisois, je disois^ j'allois, je venois^ » Brantôme, qui pour rien au monde n'aurait voulu mériter le nom de pédant, a certainement suivi la mode de la cour ; mais il ne faut pas s'étonner si l'on n'en retrouve pas le moindre vestige dans ses écrits^ car le grammairien J. Peletiér, que nous venons de citer, a soin de nous prévenir que, pas un de ceuK qui prononçaient /'a/(^j', y e fesès, n'aurait osé écrire autrement que f allais^ je faisois ". Ce ne
' I. Àilleurt il dit (p. ii4) : a Je dis que bon financés c*e»t mauyals François. »