‹ Lexique des œuvres de BrantômeChapitre 9 sur 10 · IX · texte numérisé non relu

IX

Fiçonner^ piquer. Tant cela le piquoit et fiçonnoit, IX, 277,

Fiens^ fientes. Il (Jacques de Bourbon) se faisoit porter par quatre hommes en une civière telle, sans autre différance, que les civières que l'on porte les fiens, fumiers et ordures, YIII, 187.

Fileu^ filleul. Yoiez comme les fileux quelquefois tiennent de l'humeur de leurs parrains, I, 87, note 3.

FiUaude^ petite fille, fillette. Son mary n'en faisant cas, comme d'une petite fiUaude, ne l'aymoit comme il de voit, IX, 157. Et paissent ainsi de bayes ces paouvres fillaudes et femmes servantes, Ibid.^ 546.

Fille^ file. Estant le passage (d'un ruisseau) si estroict qu'on ne pouvoit que passer à la fille, Y, 42.

Filler^ filer. Encor qu'il y ait plusieurs qu'on ne leur sçauroit oster l'opinion [de la teste que ceste fusée (la Saint Barthélémy), n'eust esté fiUée de longue main, YII, 364.

FiUet^ fil. Et n'aurois jamais fait, ny n'en sçaurois jamais sortir,

i 114 LEXIQUE.

non plus que d'un grand labyrinthe qui fut autresfois, enoor que j'eusse le plus long et le plus fort fillet du monde pour guide, IX,, 186.

Fin à dorer ^ adroit, retors. Le capitaine La Chambre n'y ÊûIUt pas (à Tordre de Charles IX), car il vous en emmena dix (des filous], triez sur le Yollet, desliez et fins à dorer, qui les présenta au roy, V, 279.

Finety finaud. Aiosy qu'il (Louis XI) fit un jour d'un petit scribe, fin, finet et bon compaignon.... Luy voiant son escrit(nre pendu à sa ceinture, lui commanda aussitost de luy escrire soubs luy; et ainsy qu'il eut ouvert son gaUemard que l'on appeloit ainsi jadis, II, 334.

Fiollant^ qui aime la fiole (bouteille), ivrogne. (Cinquante soldats huguenots retirés dans un moulin) tirent force harquebusades et si vaillamment que quelques petits arquebusiers qui estoient là, pensez quelques fioUans, n'osèrent approcher, VU, 289.

Fiscaigne^ danse maltaise. Pensez qu'il n'y avoit ny fiscaigne (que les chambrières et esclaves mores dansent les dimanches à Malthe, en pleine place devant le monde) ny sarabande qui en approchast (des danses romaines), IX, 302.

Fisionomiste. Il est évident que dans le passage rapporté à l'article Ejrpochratiste Brantôme, peu familiarisé avec les termes de science, a mis fisionomiste pour fisiologiste. Le mot physiologie se trouve dans Ambroise Paré. — Suivant H. Estienne (p. 139), le mot physionomie était aussi fort estropié par les courtisans qui le ce dépravoient » en philosomiei phisolomie^ philonie^ etc.

Flacque^ flasque. Qui ne fust ny laide, flacque, ny froide, IX, 241. — - Suivant Oudin, un a grand flasque » était un lâche, un poltron.

Flambant^ flamme, pavillon. Les estendardz, flambantz, banderolies, moytié de mesmes (en velours) et moytié de damas, IV, 149. Il ne faut demander si les flambans, estandarts etban* deroUes manquoient en beauté, III, 234.

Flanqué^ qui a des flancs, des hanches. Et me disoit qu'entre telles beautez c'estoit la dame la mieux flanquée et le plus haut qu'il eust jamais veue, IX, 282.

Flasque^ flasquet, poire à poudre; de l'italien fiascone. Ce n'estoient (l'arquebuserie du temps passé) que meschantz canons... « en forme d'un'espaule de mouton; et le flasque, qu'on appeUoit

LEXIQUE. ii5

ainsi| estoit de mesmes^ voire pis, comme de qiielqae cuyr boully ou de corne, bref toute chose chétifvey VI, 73. Leurs flasquetz ne valoient guères non plus, ihid,

Fleschade^ coup de flèche. En italien freceiata^ en espagnol fUckazo. Voylà donc M. le grand prieur qui se retire victorieux..., blesse de deux fleschades grandement, IV, 153. Fleurissant^ florissant. Voy. Entretenu.

Fletute et Allemand^ verre à boire long et ëtroit. Elle (une dame de la cour) ressembloit fort bien une batteleùse, ou pour plus proprement dire, de ces femmes en peinture que l'on porte de Flandres, et que Ton met au devant des cheminées d'hostelleries et cabarets avec des fleustes d'Allemand au bec. (On dit populairement encore aujourd'hui flatter pour boire).

Fleute^ flûte. Pour ce qu'on la (Elisabeth reine d'Espagne) soupçonnoit défaire l'amour et qu'il yavoit quelque poussière dans sa fleute, comme l'on dit , IX» 155. »»0n trouve dans Oudin : Il y a de t ordure à sa fleute^ il y a quelque deflaut en luy, il n'a pas la conscience nette. >»

Florif fleuri. La beauté de la tante desjà en son esté.... vaut plus que tous les fruictz que son aage (l'âge de la nièce), mainte* nant flori, donne espérance d'en venir, IX, 609.

Fluant^ coulant. Elle (Marguerite d'Angoulème) fist en ses gayettez ung livre qui s'intitulle : Les Nouvelles de la reyne de Navarre^ où l'on y veoit ung stille si doux et si fluant, VIII, 125.

Fœuz^ feux. Voy, Cunctation.

Foitter^ fouetter. Si les pages et lacquais luy (à Thony, fou de Henri II) faisoient le moindre desplaisir du monde, il crioit plus, et bien souvant les faisoit foitter, III, 342.

Follet^ mignon. D'autres (femmes) y a-il qui ont.... le sein aussi follet, comme si elles estoyent encor filles, IX, 265.

Follie aux garçons (faire la), se lai^er séduire, faire l'amour, ny en heut une pourtant... qui (à qui) luy eschappa ung jour de faire la follie aux garçons, VIII, 104.

Forhanny^ proscrit. Mais le malheureux (Énée) la trompa (Di-

don)...; ce qu'il ne devoit faire à cette honneste dame qui luy

avoit donné son cœur et son amour, à luy, dis-je, qui estoit un

estranger et un forbanny, IX, 381.

Force^ armée. Ainsi que la force du roy arrivoit par une porte

ii6 LEXIQUE.

à Milan, il n'y avoit pas demie-heure, que M. de Bourbon en sortoit par l'autre, III, 64. /

Force (faire), faire force de rames. Le seigneur Andrë dist à l'empereur, à l'oreille, s'il vouloit qu'il fist lever l'ancre et £ûre yoylle et force à ses forçatz, II, 33.

Foreeur^ dompteur. Les Romains forceurs de (la) nature, 11,57. ^

Formuler^ fourmiller. Bienheureux estoient-ilz au temps passe de nos pères, qu'on les entretenoit en une simple ignorance et ne les abusoit-on de tant de presches qu'on voit aujourd'hui formiller, III, 135. Cf. V, 95 et Frémilier.

Forteresse^ fortification, force. Là (dans Rouen) où il (Montgommery) tint le siège plus longtemps que la forteresse, ne de la place, ne l'armëe devant.... ne le requëroit, lY, 359.

Fortune^ malheur. Voy. Souffrener,

Fortune (courir), courir risque de la vie. Possible eust-il (Furstemberg) couru fortune, si le roy eust voulu; mais il voulut faire parestre en ceste occasion sa magnanimité plustost que le faire mourir par justice, I, 350.

Fortussi^ fortusçx^ banni, proscrit; de l'italien fuoruscito. De bandoUiers, de fortussis, de massacreurs et assasins, il n'en falloit poÎDt parler, YI, 44. Le malheur de la dame fut que.... vint h tumber, en se sauvant, parmy des bandolliers et fortuscys du royaume, VIII, 94.

Fouet. Voy. Repasser.

Fougon^ cuisine; en espagnol fogon. Ce chevalier gascon, résolu et déterminé de mourir par un faict généreux, vint au fougon et là prend un tizon de feu et soudain descend en bas dans la chambre de la munition et mit le feu dans les poudres, IV, 152.

Foulle^ action de fouler, oppression. Ils ont, je croy, l'âme bien chargée pour les grands foulles qu'ils ont fait pâtir au pauvre peuple, III, 338.

• Fourches y gibet, potence. J'ay veu de mon jeune temps.... les soldatz espagnols... • ne passer jamais devant les fourches où il y avoit des pendus et branchez, despuis les plus grandz jusqu'aux plus petis et leurs mochaches (voy. ce mot), qu'ilz ne levassent tous à la file le bonnet, I, 32.

Fourchu. Voy. Arbre.

Fonresty forêt. Un grand lion mort, gissant dessus le sable,

qui soulolt estre auparadvant la terreur de toat un terroir et de toute une grande et espacieuse fourest, IV, 303.

Fourreau^ habillement étroit et tout d'une veaue. Voy. Escarpe,

Fourvoyer de quelque chose (se), s'en écarter. Les Romains, qui ont été les premiers qui ont fait valoir ceste coustume (la mort pour la patrie) et qui l'ont tant louée et approuvée..., s'en sont bien fourvoyez autrefois, YII, 232.

Fauyer^ foyer. Lorsque nous allasmes faire la guerre (aux Espagnok) en leurs fouyers, soubz M. de l'Esparre, Y, 74.

Foy^ confiance. (Le comte d'Egmont) se sentoit tant de foy qu'il luy sembloit advis que jamais le roy d'Espaigne ne luy fairoit mauvais tour, II, 54.

FofCy foie. Cela faisoit grand bien aux foyes de la reine sa mère (Catherine de Médicis, mère de Charles IX) qui..,, s'en esjouissoit beaucoup, V, 240.

Fracas^ perte par rupture; en espagnol fracaso; en italien fractisso. Telz mendians ne sont point pareilz à sept ou huict que je vis une fois à Séville, lesquelz, venans des Indes et ayant fait un fracas de leur navire, et s'en estant sauvez au mieux qu'ilz avoient peu, VII, 57.

FroTichisé^ francisé. Pour fin, et l'un et l'autre (Bourdillon et Birague) se laissarent aller (à la restitution des places du Piémont) avec qu'un très grand mescontentemeut des Piém'ontois franchisez qui les maudirent en diable. Y, 78.

Franciman^ français. Je parlois lors espagnol aussi bien que mon frandman, I, 104.

Frapper au marteau^ heurter à une porte pour se faire ouvrir. Il est croiable que Dieu frapoit au marteau de sa conscience (de Charles-Quint), I, 56, note.

Frasque^ tour, malice. Et voylà la frasque qui fut donnée audict de Montpezac, I, 84.

Fratresquej de moine ; en italien fratesco. Quelle attacque fratresquel (Il s'agit d'une invective d'un cordelier portugais en chaire), YIl, 123.

Frayer^ contribuer aux frais. Il (Charles-Quint) se trouva avoir nouante mil hommes de pied payez et trente mille chevaux ; car tous y avoient frayé, et pape et potentats d'Italie et d'Allemaigoe, 1,19.

Fraze (phrase), façon de parler, de l'italien frase ^ C'est une

us LEXIQUE.

fraze de parler que nous avons dédire : « Il est de grand cœur», 11,381.

FrendUer^ fourmiller. Et le nombre (des chevaliers de la Toison d*or) n'en fremîlle point tant par tous ses pays (du roi d'Espagne) comme il (l'ordre du Saint-Esprit) faict au momdre coing de la France, V, i08, note 2. tf. Formiller.

FrenUllère^ fourmilière. Les huguenots de Poitou, Angoumois et Xaintonge, qui en ont este la fremillère ou pëpinière, tousjours criarent fort après luy (Coligny), IV, 296.

Frescheur^ fraîcheur. Voy. Serée*

Frette^ fret, marchandise. Celui-là (Louis duc d'Orléans) estoit un galant et trafiquoit de toute frette, comm'un bon marchant et marinier, II, dS7.

Friand^ fin, excellent. Il (La ChaStaignerie) estoit fort crainct, .... car il avoit une très bonne et friande espëe, Y, 87.

Fringant^ fanfaron^ bravache. Voy. Fendeur de nazeaux» — Oudin donne au verbe fringuer l'acception de : « faire l'action chamelle ».

Fripperie de quelqu^un (donner sur la), mëdire de lui, le déchirer. Les mocqueurs et oguineurs d'Arras qui donnoient souvant sur la fripperie de nos roys, I, 24. Cf. Draperie.

Frizer^ enlever, emporter. Dragut raffla et friza tout cela et puis se sauva, II, S6.

Frizon^ boucle. Et se les frizonnoit ainsi comme des frizons de perruques, IX, 266.

Frizonner^ friser, boucler. Voy. Frizon.

FroidureuXj plein de froidure. Au beau mitan de l'hyver froidureux, pluvieux et fangeux, IV, 385.

Fronteau^ bandeau. /

L*on Toit soubs blanc atour, En grand deuil et tristesse^ Se promener mainot tour, De beauté la déesse....

Et Amour sans fronteau, Volleter au tour d'elle, VII, 408.

Frueterol^ fruitier. En italien fruttaruolo. M. de Salvoyson.... avoit gaigné quelques-uns de ceste ville (Casai).... et en tira d'eux ri bonne langue et principallement d'un fructerol, IV, i07.

Furette^ femelle du furet (prise pour l'hermine). Elles (les

femmes) désirent en guërir (de l'amour] et en tirer du plaisir^ et ne mourir du mal de la furette/ comme on dit, IX, 79.

Fuye^ fue^ colombier ; et par bon encontre va trouver une fuye qu'il contourna plusieurs fois. Y, 29. Cf. IX, 556.

Gaigner pqjrs^ gaigner chemin, avancer. Cependant son fils (le père de Brantôme) gaigne pays et ne demeura que six jours des* puis Bourdeille jusqu'à Lyon, X, 38. Voy. Tirer.

Gaigneur, envahisseur. Les Anglois sont grands remueurs et gaigneurs de terres, VI, 222.

Gaillard ou gaillardetj pavillon ëchancré ' à deux pointes. Voy, Corne.

' Galantj Galanterie. Voy. Gallant, Gallanterie,

Gallant, alerte, vert. J'ay veu d'autres fois un vieux maistre de poste dans Novare, qui avoit plus de 90 ans, mais pourtant gallant, gaillard et sain vieillard, III, 5.

Gallani^ malin, coquin. M. le mareschal (Strozzi).... avoit bien veu, espië et recognu son cabinet où il (Brusquet) mettoit sa vaisselle d'argent, car il en avoit, le gallant, II, 245. Voy. Notre,

GalloTit (petit), injure équivalente à petit compagnon, homme de peu. Voy. Gallant (faire du).

Gallant (faire du), faire l'important. Sacs le roy et moy (dit Henri III à Biron) que seriez-vous? Et vous vous oubliez ; vous voulez faire du gallant!... vous m'avez trop intéressé le mien (mon honneur), petit gallant que vous estes, V, 137. Cf. X, 6, 21.

Gallaniementy gallamment, adroitement. Enfin il (Maulevrier) se sauva gallantement, V, 29.

GàlUmterie^ fourberie, tour, affront. II faut un peu parler de luy (Louis XI)..., par de petits contes..., de sesdictes dissimulations, fainctes, finesses, gallanteries^ II, 328. Mondict sieur d'Oisel estoit bonhomme d'espée, brave, vaillant, collère.... et pcnnt endurant la moindre gallanterie qu'on eust voulu faire à son maistre, III, 97. Il (Biron) fit la guerre au roy de Navarre.... et luy fit tout plain d'afirons et gallanteryes, V. 142. Voy. Chantpisserie»

GaUéCj galée^ galère. Le livre dict qu'il avoit unze carraques, deux cents gallères et vingt-six gallées à voilles, II, 300. — a II me souvient, dit Celtophile, que vous avez tantost dict galées aussi bien que galères. Ouy, répond Philausone, et toutesfois on dit aussi

galères; mais galëes s'accorde mîeax avec le langage italien» (H. Estienne, p. 3i2-3i3).

GaUemardj calernart^ étui contenant ce qu'il fallait pour écrire, caïamarium, Voy. Finet,

Galoche ^ poulie employée sur les navires. Ce fut lui (La Garde) qui fit faire ceste belle galère qu'on appelloit la Béalle et qui l'arma à galoche, IV, 147.

Ganiveij canif. Peuser par le ganivetj lacérer. Un gentilhonune que je sçay ayant une lettre à faire sceller à M. le chancelier, et luy aiant esté refusée et par deux fois passée par le ganivet, m, 310.

Garber (se), se donner bon air ; en espag. garbar, en ital. garbare. Je l'ay (Strozzi) veu souvent luy monstrer (au soldat) ainsi qu'il se faloit garber et se façonner en ses armes, VI, 78. Voy. Guarbe.

Garbouilf grabouily grabuge, querelle, trouble; en italien gorbuglio. De peur qu'en son absence n'arrivast quelque garbouil, sédition, mutinerie, parmy ses capitaines, VI, 8. Elle (Gathprine de Médicis) fust très aise que soubs le grabouil et rumeur d'armes^ elle fust en sauveté, et le roy son fils et ses enfants, VII, 358.

Garçons (faire la folie aux). Voy. Follie,

Garçonnementj habillement et manière de vivre à la façon des hommes. Voilà pourquoy je ne veux ny estime trop tel garoonnement; mais je veux et aym^ une dame qui monstre son brave et valleureux courage.... par de beaux actes féminins, IX, 412.

Garçbnner (se), s'habiller en homme. Voilà pourquoy il n*est bien séant qu'une femme se garçonne pour se faire monstrer plus belle si ce n'est pour se gentiment adoniser d'un beau bonnet avec la plume à la guelfe ou à la gibeline, IX, 313.

Oudin donne au mot garçonner le sens de hanter les garçons.

Garde (donner de), donner ou se donner la garde ^ locutions que Brantôme emploie fort souvent avec des acceptions un peu différentes et qui peuvent se rendre par : voir, apprendre, être averti, voici ou voilà que. Estant donc ainsi retiré (le duc d'Albe), il se donna la garde que le roy pour un matin luy envoya un courrier, I, 109. On se donna donc la garde que pour un matin, M. le mareschal de Montmorency et mareschal de Cossé furent encoffrez etfaictz prisonniers au bois de Vincennes, III, 362. Nous nous donnâmes la garde qu'au plus beau de nos belles résolutions et déterminé parlement la mort malheureusement entrevint de ce grand

capitaine (GoUgny), lY, 298. Le roy y depescha aussitost le sieur de Lussan.... pour la secourir (Carmagnole), mais nous donnasmes la garde que nous le vismes retourner, que tout estoit perdu, V, 203. Nous croyons tous qu'il (Charles IX) s'en alloit guery, mais nous donnasmes la garde que, sur le matin, il commança à sentir la mort, Y, 268. MM. l'Admirai et d'Andelot se donnaren la garde qu'ilz virent quatre mille harquebuziers sortir hors des rangs, Y, 429.

Garde (se donner), prendre garde, se garder. M. l'admira avoit mandé et adverty mondict seigneur de Guyze, quelques jours advant, qu'il se donnast garde, car il y avoit homme attitré pour le tuer, lY, 253.

Garde faicte (de), de dessein prémédité. Toute la France se bandoit, comme à Teuvy et de garde faicte, contre son roy, V, 161.

Garder (la), la garder bonne. Tant y a que ledict Chastellier la Iny (à Charry) garda tousjours, jusques alors qu'un matin....,

Garniment^ garnement. Pensez que c'estoit quelque bon gamiment de bas lieu, II, 340. Cf. X, 42.

Garriear^ caution, garant, répondant. Il (LéonX) enst bien voulu faire de mesmes à nos cardinaux françois et leurs partisans, s'il enst peu; maisilz avoient un bon ^arrieur que nostre brave roy, 1, 144.

Garse^ fille (féminin de gars). Le roy la trouva (Louise de Bourdeille) si belle, si jolie, et qui causoit des mieux, qu'estant petite garse...., il la faisoit quasy ordinairement manger à sa table, X, 34.

GassouiUer^ gazomUer^ souiller, salir. Yenant (Bellegarde) d'une fontaine claire de fortune, s'aller baigner dans un*eau bourbeuse et toute gassouillée de disgrâce et deffaveur. Y, 201. Cf. IX, 61.

Gast^ dépense. Auparavant ce grand roy (François I*'), les autres faisoient bien paroistre leurs courts en toutes façons, mais non jamais en telles sumptuositez..., dont aucuns l'ont blasmé pour tel gast, III, 122.

Gasté^ chagriné. Et me jura (BeauHeu) que jamais il ne se fascha tant que de sortir de cette si bonne prison, mais bien gasté de laisser ces belles filles, tant favorisé d'elles, IX» 165.

Gasiure^àéîectnoAté, Enoor qu'elle (Renée de France) apanist n'avoir pas Tapparance extérieure tant grande, à cause de la gasture de son corps, VIII, 113.

Gaucher^ gauchir, se détourner. Mais si l'on me disoit qu'ils fussent bons hypocrites de guerre, et gauchans aux coups, oay bien cela, II, 397.

Gauchère (main), main gauche armée d'un gant de mailles, c'est-à-dire garni de mailles à l'intérieur et à l'extérieur et servant à saisir par la lame Tépée de l'adversaire. Brusquet luymesme, le premier, entre l'espée au poing avec sa main gauchère, faict du compaignon, crie : « Holàl holàl secours! secours! me voicy pour vous en donner», II, 256.

Gaudir^ railler, plaisanter, bafouer. Son plus grand plaisir (à Louis XI) estoit de les gaudir (les femmes de sa cour] , IX, 470. Une belle et honneste vefve.... voulant gaudir un jour avec un honneste gentilhomme, ou, pour mieux parler, le voulant attirer à l'amour, ibid.^ 700.

Gaudisserie^ folâtrerie. Quant aux (langues) estrangères, il les faut réserver par manière de devis, de causeries, de motz à propos, de gaudisseries, bravades et gentillesses, VU, 74.

Gaj, aisé, qui a du jeu. Ny plus ny moins que l'on voit nn canon ou une harquebuse, quand sa charge est bien battue et pressée de sa baguette, faict plus grand effort et faussée que quand ell'est par trop gaye, IV, 24.

Gc^ettê^ gaîté. Voy. Fluant.

Gazouiller^ souiller. Voy. GassouiL

Gendarmer (se), s'habiller en gendarme. (Il s'agit d'une Siennoise allant monter la garde pour son frère.) Gentil trait, certes! car bien qu'elle se fiist garçonnée et gendarmée, ce n'estoit pourtant pour en (aire une continuelle habitude, IX, 416.

Général (le), le public. Ou fût que le malheur du général le voulût ainsy, ou son destin l'y poussast, il (Henri II) fut attainct du contre-coup par la teste, dans l'œil, III, 272. Cf. IX, 166.

Générallité^ généralat. Le roy l'alla mescontenter (Doria) et luy oster la charge et générallité de ses gallères, II, 30.

Genetaires^ chevaux-légers. Les Vénitiens appelloient les leurs (leurs chevaux-légers) esiradiots,,.. Les Espaignols appelloient les leujrs genetaires^ II, 410.

Gcnette (monter à la), monter (un cheval) avec des étriers

assez hauts pour que les ëperons portent 'sur jles flancs du cheval. Montez sur de très beaux chevaux ^ les uns à la genette, les autres à la commune, I, 43. Ne sçachant (Azevedo) de quelles armes avoît à combattre, s'estoit garny de tout ce qui luy estoit nécessaire, en homme d'armes, à la genette et à pied, YI, 258.

Genir^ gentille, belle. Vous les voyez (les petits hommes) estandre sur la poincte des piedz, ayans leurs gentes mules ou pour mieux dire leurs eschasses de Uège, VII, 110. Cf., I, 79. Voy. Délibéré.

Gentiment^ passablement, joliment. Voy. Censer,

Gesner, mettre à la torture. Hz les gesnoient si fort et les tourmentoient tant qu'il falloit, quoy qu'il fust, trouver de l'argent, I, 273.

Geule^ gueule. Ces grands ont la geule si grande qu'ils sont insatiables, 1, 170.

Gloire^ gloriole^ orgueil. J'ay ouy dire que ce mareschal de Montejean avoit si bien dresse sa femme à la gloire que...., III, 207.

Gode chère (faire), faire bonne chère. Gomme d'une (servante) que j'en sçay qui, ùisant un jour le guet cependant que sa maistresse estoit en sa chambre avec son amy et faisoit gode chère, IX, 546. — a Ce mot, dit Oudin, est corrompu du flamand. 3»

Goffe^ grossier; en espagnol gofo^ en italien goffo. Car pour lors nos dames françoyses estoyent gofies en leurs habits, ny si gentimant comme aujourd*huy, II, 289.

Goj'atj goujat, valet d'armée. Et ceux qui les portoient (les mousquets) les nommoit-on mousquetaires^ très bien appoinctez et respectez, juaques à avoir de grands et forts gojatz qui les leur portoient, 1, 103.

Gddronné^ godronnë. Pierregourdese trouva bien mort aveoqu'une chemise bien blanche.... et surtout une fort belle fraise, bien et mignonnemênl froncée et goldronnée, V, 428.

GolUy goulu. Il y a passé trop de golus et afiamez, I, 166.

Gorge (rendre sa), vomir. Il (Antoine de Navarre) eut une grand'harquebuzade dans l'espaule...., dont il tumba à demy et rendit sa gorge, IV, 367. Qui fut estonné? Ce fut Brusquet, dont il en rendit sur le champ si fort sa gorge qu'il en cuyda crever, U, 253.

Gorgias^ magnifique. Aussi ne voyoit^on rien ai brave, si bien •

if4 LEXIQUE.

en poinct, ny n gorgias, ilz usoient de ce mot Ion pamiy les soldats du Piedmonty VI, 106.

Gorgiasement^ magnîGquement. On donne ce los à la reine Isabelle de Bavières.... d'avoir aportë en France les pompes et les gorgiasetez pour bien habiller superbement et gorgiasement les dames, VIII, 3i.

Gorgiaseitéy magnificence. Il n*y avoit que pompe et gorgîasetté parmy les soldatz du Piedmont alors, VI, 107. Voy. Gorgiasement.

Gorme^ gourme. Je crois qu'après que ce prince (don Carlos) eust eu bien jette sa gorme, comme ces jeunes pouUins, II, 108.

Goujaty Voy. Gojal.

Gourmander^ s'adonner à la gourmandise. Une infinité de gens d'ëgiise que* je sçay, dont j'en ay honte, qui boivent, gourmandent et jouent tout, III, 113.

Gouspiller^ houspiller, 'tracasser. Le roy Louis (XI) la gouspillant (Marie de Bourgogne), sans respect de son noble et beau et foybie sexe, I, 75, note.

Gouspiller^ gaspiller, dévaster. Après qu'ils y eurent (les Allemands à Vitry) tout mange et gouspillé, I, 351.

Goute^rampe^ crampe. D'autres ay-je ouy dire qui roidissent et tendent si violemment leurs nerfs, artères et membres, qu'ils en engendrent la goute-crampe, IX, 522.

Gouttage, maladie de la goutte. Au lieu que je vous deusse dire que je porte mon bras en escharpe pour une harquebuzade et vous pour le gouttage, il ne se peut, III, 403.

Gcjron, goujon. (Mme de Dampierre) ne l'appelloit (Matignon] jamais que Goyon, parce que c'estoit son sumom,^ et que jamais Goyon, fiist ou poisson ou homme, ne valut rien, V, 166.

Graboidl^ grabuge, trouble. Voy. GarbouH,

Grandeur^ morgue, hauteur. Cette princesse (la duchesse de Savoie) eut tort de tenir cette grandeur à l'endroit d'un tel prince de si grande maison et mesme cardinal (Jean de Lorraine), IX, 483.

Grappau^ crapaud. Les jeunes...., pour avoir faîct un ou deux coups de vaillance, en deviennent si insolans et enflez, comme grappaux, de gloire qu'il leur semble n'avoir jamais de peur, II, 196.

Grave ^ grève. Ils vous supplient de leur vouloir donner un na-

LEXIQUE. itH

vire qui est tur la grave^ qui ne vaut rien..., pour le despecer et l'en chauffer, III, 305.

GraveUeur^ qui a la grayelle. Vostre ancien bouffon (Brusquet) gravelleur, pierreux, borgne, bossu et manchot, VIII, 207.

Greigneur^ plus grand. (Le roi de Majorque) s'en alla rendre aa prince de Galles, qui luy promist de luy ayder et eut greigneur fiance au prince de Galles qu'au roy de France, VIII, 162. (Brantôme a emprunte cette phrase à Froissart.)

Grèçey ce mot, déjà vieilli au xvi* siècle, désignait soit le de- Tant de la jambe soit la jambe elle-même. D'après les passages qui suivent on pourrait croire qu'il désigne autre chose, mais Brantôme aunait fort les redondances et quand il se sert d'un mot vieilli ou d'un mot étranger, il l'accompagne fort souvent du mot en usage ou du mot français qui en est la traduction. — £11^ [Catherine de Médicis) a voit.... ung enbonpoinct très riche, la jambe et la grève très belle, VII, 342. Les seigneurs de cette cour s'amusèrent à regarder et contempler les belles jambes, grèves et beaax petits pieds de ces dames, IX, 317. Leurs robes fort courtes, qui monstrent à plein leurs belles jambes et beUes grèves, et leurs pieds affettez et bien chaussez, IX, 324.

Grief, pénible, douloureux. Et c'est ce qu'il (Bellegarde) nous dist un jour..., qu'il eust mieux aymé cent fois que le roy ne l'eust point eslevé si haut, que tout à coup l'avoir précipité..., et qu'une telle et si haute chute luy estoit plus griefve, V, 201. Voy. Griotte.

Grief (être à), être douloureux. Il luy (à Philippe II) estoit à grief de voir tant de chrestiens encadenez et menez esclaves, et traictez misérablement pour jamais, II, 86.

GriottCy cerise aigre. Luy estant grief et amer d'avaler ceste griotte, X, 114.

Gm, petit-gris, fourrure. (Jacques de Bourbon) estoit à demy couché, demy levé et apuié à l'encontre dung meschant orillier de plnme, vestu par (pour) toute parure d'une longue robe de gris de très petit pris, VIII, 187.

Grisorty gris, grisonnant. Capitaines et maistres de camp en bari)e blanche et cheveux grisons, V, 322.

Groissey groise^ grossesse. Bientost après son mariage, elle (une Espagnole) fut enceinte, et en devint estonnée et honteuse, et fit ce qu'elle peut pour cacher sa groisse, VII, 164. Cf. IX, 103.

Grossérie^ lourderie^ balourdise; en italien grosseria^ en espagnol gros€ria,C entoïi une grand'grosserie et mauvaise raison, 111,97,

Grosserie^ chose grossière, mal travaillée. Il se faloyt ayder des canons (d'arquebuse) de Metz et d'Abbeville et fourniment de Blangy.... Certes ce n'estoit que grosserie, VI, 74. Cf. VIII, 31.

Groulery grouiller, remuer. De plus aucuns (religieux) eslisoient (pour abbé) quelque bon homme simple de moyne qui n'eust osé grouler, ny commander faire autre chose sinon ce qu'il leur plaisoit, III, 107.

Guarhe (pour garbe), prestance, air; en italien et en espagnol garbo. C'estoit un François qui, 8*estant longtemps rafifiné parmy les bandes espaignoUes, enparloit le langage et en avoitles mesmes gestes et mesmes trajes^ comme dict l'Espaignol, qui est la mesme façon etguarbe, VI, 212. Voy. Garber.

Gué. Voy. Guet.

Guerre (aventuriers de), nom qui' jusqu'au milieu du seizième siècle a désigné l'infanterie. M. de Bourbon ne craignoit rien tant que le dict Rance et ses compaignons, tesmoing le refrain de la vieille chanson des advanturiers de guerre d'alors, III, 195.

Guerre (rompre la), y mettre fin. Veux-tu que je te face monarque de tout le monde et que je rompe la guerre? II, 33,

Guet^ guéy quai. Je la prends (la clef dorée de la chambre du roi) et la jette, du gué des Augustins où j'estois, dans la rivière en bas, V, 208. M. d'Estrozze et moy.... le vismes (Bussy) tout seul en Tisle (du Palais) qui attendoit son homme et les deux guetz bordez d'une infinité de monde, VI, 183.

Guet (être du), être trompé. Il est bien vray qu'il (Bourbon) fut fort compris dans le traicté de Madrid, mais le roy le rompit tout à trac quand il fat en France ; si bien que M. de Bourbon fut du guet, I, 260. — Oudin, en citant la locution : je suis du guet, dit que le reste est : je seray demain de la porte.

Guet (s'en trouver du) , se trouver mal de quelque chose. J'en ay cogneu force à nostre cour de telle humeur (des mauvaises langues) et les appelloit-on marquis et marquises de belle-bouche; mais aussi bien souvent s'en trouvoyent du guet, IX, 451.

Guet àquelqu^un (faire faire le), le faire épier, le faire guetter. Au bout de quelques jours, il (Guise) lui faict faire le guet (à Bonnegarde) quand il s'en iroit au parc de Sainct-Germain, luy seul avecqu'un autre se pourmener, IV, 266.

LEXIQUE. i27

Guet^ gué; ierOer le guet^ tflter le terrain, faire un essai. J'aJ ooy parler d'un'autre (dame) qui, luy estant demandé par un gentilhomme qui vouloit tenter le guet pour la pourchasser, IX, 700.

Guières^ guères. Le roy (François I^*) appella le soldat et lui demanda combien son prisonnier luy avoit promis de rançon; lequel la luy dict, qui ne pouvoit pas monter, pensez, à guières,

Guignadesy action de guigner. Le plus souvent il (Louis XI) n'usoit pas d'autres commandemens, sinon par guignades et signes, II, 132.

Guilledine^ haquenëe (en anglais, geldingsigïùB.e cheval hongre). Aussi disoit-on.... qu'il (Louis XII) avoit pris et chevauchoit une jeune guilledine qui bientost le mèneroit en paradis, II, 369.

Guischet (passer le), entrer en prison. Mais pour intëriner sa grâce (de Martigues), si fallut-il pourtant qu'il passast le guischet,

GuiUemey guitare. Un vray maigre bouffon, avec sa guitteme et son braillement de chansons à TespaignoUe qui plaisoit fort maigrement, II, 265.

Habilité^ capacité, intelligence. A l'autre (un ëvêque parti sans argent pour le concile de Trente) faiUoit esprit et habilite, péchant en cela par ignorance et bestise, si ce n'estoit qu'il se fioit à faire la queste estant là, IX, 636.

Habiliter (s'), se rendre habile. Et de fait, ce n'est pas la seule que j'ay veue qui s'est habilitée pour avoir traitté l'amoûr, IX, 217.

Babillé^ équipé (en guerre). Envoyez audict lieu de Montagu trente ou quarante gentilshommes bien sûrs et qu'ils y soient sabmedy prochain, bien habillez et enpoinct (lettre de Louis XI), U, 345.

Habillery arranger, préparer. Faictes habiller la galerie qui est sur ma chambre et faictes faire trois licts pour mes femmes (lettre de Mme deBeaujeu), III, 409.

Habitation j fréquentation, commerce. Encor dit-on que l'habitation de telles femmes (les boiteuses) en est fort délicieuse^

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