LANGUE DE SAINT-SIMON
ABAISSER (S') (XIII-29). — La Reine s'abaissait à dire. — Descendre à faire une chose inférieure. — Étym. : a et baisser, du latin bassus.
ABEILLES (XII-3). — Les grâces, la beauté le faisaient distinguer comme le roi des abeilles. — Insecte hyménoptère ou mouche à miel. — Saint-Simon prête au roi des abeilles la souveraineté attribuée habituellement à la reine de la ruche qui y est toute-puissante comme seule chargée de la reproduction de l'espèce. Pline l'Ancien parle également du roi des abeilles (Liv. xi, 17). — Étym. : latin a pieu la.
ABIME (VIII-406). — Madame la Duchesse fut d'abord abîmée dans la douleur. — Jeté dans le fond. — Étym. : abîme, latin abyssus.
ABORDÉE (D') (1-90). — Us attaquèrent le village, d'abordée avec furie. — Action d'arriver au bord; mot employé autrefois adverbialement. Étym. : a et border, lequel vient de bord emprunté au bas allemand bord (H.).
LEXIQUE. i
ABOYÉ (1-453). — Le prince de Conti faisait un triste et humiliant personnage, accueilli de personne, aboyé de tous et n'osant mettre pied à terre. —Aboyé : celui contre lequel chacun crie. — Étym. : a et l'ancien verbe baier, avoir la bouche ouverte.
ABOYER. — Donner de la voix. — Verbe actif autrefois : aboyer quelqu'un, le poursuivre en criant. — Au figuré : l'attaquer fortement, le déchirer.
ABOYER A LA LUNE (V-431). — Enfin Rouvroy, las de crier et d'aboyer à la lune, prit le parti de se taire. — Crier inutilement après quelqu'un, comme font les chiens qui hurlent en voyant la lune.
ACADÉMISTE (XIV-85). — Aussi parfaitement débauché et aussi ouvertement qu'un jeune académiste. — Académie se disait d'un lieu d'exercice pour les jeunes gens, Académie d'équitation, etc. — Étym. : latin académie us.
ACCOMMODER (XI-268). — Je ne pouvais m'accommoder d'être le marteau du peuple. — Accepter une chose comme pouvant convenir. — Etym. : latin accommodais.
ACCORTISE (XIV -344). — Son accortise, ses ambages et sa finesse y échouèrent. — Étym. : vient Raccord, avisé, habile.
ACCOUCHEMENT (XIII-262). — C'était pour lui un accouchement que de se déterminer. — Mise au monde d'un enfant. Au figuré : élaboration pénible. — Étym. : a et coucher, qui vient du latin collocare, placer, étendre.
A COUP (VI 1-449 ). — Tel fut le coup de foudre qui tomba sur Madame la Duchesse à coup, au premier voyage de ses
filles à Marly. — Mouvement saccadé, arrêt brusque. — Étym. : a et coup (L.).
ADOMESTIQUER (111-385). - Huxelles accrochait de jeunes officiers qu'il adomestiquait. — Sens : attacher à sa maison. — Étym. : latin domus, maison.
AFFRES. — Je n'avais envisagé le règne de Monseigneur qu'avec toutes les affres pénibles, générales et particulières. — Grand effroi qui pénètre jusqu'aux moelles, fait dresser les cheveux. — Étym. : anc. allemand eiver, acre, hérissé.
AGIOTEUR (V1II-157). - On appelait ces gens agioteurs, et leur manège, suivant la presse où étaient les porteurs de billets, de donner, par exemple, trois ou quatre cents francs pour un billet de mille francs, par exemple, s'appelait agio. — Étym. : agio en italien, aise, ou aggio, j'ai. — Saint- Simon écrit agiot. C'est le bénéfice entre la valeur nominale et la valeur réelle des monnaies, le prix au comptant ou à terme des effets (H.).
AHEURTEMENT (XIV-298). - Le régent prétendait n'avoir trouvé que aheurtement dans le chancelier. — L'action de s'arrêter devant un obstacle, l'état d'un homme butté, opiniâtre. — Étym. : a et heurter, autrefois hurter, origine incertaine. Le substantif heurt a le sens de choc. La Fontaine (Fables, VU, 29) écrit : « un heurt survient. »
AIGUIÈRE (XVI-214). —Dubois craignait de ne pas être maître de son aiguière. — Vase à bec et à anse contenant de l'eau. — Au figuré : être maître de son action. — Étym.' : aiguë, ancien français signifiant eau; vient du latin aqua.
AILES (Couper les) (VJII-52). -On s'était réveillé sur moi pour me couper les ailes. — Au figuré : couper ou rogner
les ailes (plus usité) c'est ôter à quelqu'un son autorité, ses richesses ou sa force.
AILE (VII-149). — On ne voulait pas que j'eusse des ailes. — Aile : membre qui sert aux oiseaux à voler. — Au figuré : avoir la forc^ d'entreprendre une chose et de se soutenir dans une action. — Étym. : latin ala.
ALAMBIC (VIII-34G). — Les raisonnements du duc de Chevreuse étaient tellement tirés à l'alambic qu'ils impatientèrent le chancelier. — Appareil à distiller. — Au figuré : tirer à l'alambic, distiller subtilement un raisonnement et un discours. — Étym. : arabe al-ambiq, emprunté du grec ô à[/.6t;, le vase.
ALERTE (III-313). — Melac avait réussi à tenir alerte vingt lieues à sa portée de pays ennemi. — Étym. : italien al'erta, sur la hauteur, d'où Ton peut guetter. — Saint-Simon écrit al'erte. — Sens figuré : en éveil, en garde.
ALOI Parallèle des trois Rois, page 201). — Richelieu qui voulait couvrir la nudité d'un homme si jeune et de si bas aloi. — Aloi, titre légal de l'or et de l'argent. — Au figuré : ce qui a de la valeur réelle, ce qui est bon. — Étym. : se rattache aux mots a et loi (sur les monnaies), ce qui est conforme à la loi. D'autres disent que ce terme vient d'alliage (L.).
AME (porter son) (IX-383). — Jamais homme ne posséda son âme en paix comme le duc de Chevreuse; comme le dit le psaume, il portait son âme dans ses mains. — Allusion au psaume cxvin, verset 109. L'âme est le principe spirituel de l'homme. — L'âme est ici considérée comme le principe des sentiments. — Étym. : latin anima.
AMORTISSEMENT (VII- 101). — Mme de Saint-Simon me représentait doucement l'amortissement du dépit. — Acception peu usitée de ce terme qui veut dire adoucissement ou extinction d'un sentiment. — Ce mot vient de amortir, rendre comme mort. — Étym. : a et latin mors.
AMPHIBIE (XVI-387). — Les ecclésiastiques se livrent à une puissance étrangère pour en obtenir une dignité amphibie qui les élève à un rang monstrueux. — Qui a une double nature. — Ici qui vit de la France et de Rome. — Étym. : grec a (x .p \ des deux côtés, pioç vie.
AMOURACHER (S') (XII-94). — Elle s'amouracha du comte de Marsan. — Devenir amoureux. — Étym. : italien amoraccio, latin amor.
APOLLON (XVIII-187). — Robin était l'Apollon sans lequel Maulevrier ne pouvait faire des vers. —Apollon, dieu de la poésie. — Qui donne l'inspiration poétique. — Étym. : latin Apollo.
APOSTUME (VI-455). — Piqué de ne pouvoir déterminer la véritable apostume ni son remède je voulais quitter la Cour.
— L'Académie fait masculin ce mot généralement employé au féminin par les auteurs. — Il a le sens d'abcès.
— Étym. : grec ArroVcriua, de airo indiquant écartement et de ffiaw se tenir. Écartement et par suite abcès. — Apostume est une corruption du mot apostème, terme de chirurgie qui a le même sens. — Au figuré, il a le sens de mal intérieur envenimé.
APOTHÉOSER (Parallèle des trois Rois, page 209). — Ces bienfaits jusqu'alors inouïs apothéosèrent à jamais les continuelles perfidies et les ingratitudes monstrueuses des La
Cour. — Verbe créé par Saint-Simon; vient & apothéose, mise au rang des dieux. — Étym. : grec àrcoOeWiç.
APRÈS (D') (X-7). — C'était un bon et honnête homme, mais moins un homme d'esprit que d'après un esprit. — Après signifie : plus loin que quelqu'un ou que quelque chose dans le temps. — //après, en se conformant à, en voulant ressembler à, sans y parvenir quelquefois. — Ici Saint- Simon indique un personnage qui veut avoir l'apparence d'un homme d'esprit. Saint-Simon, dans le môme sens, appelait Dangeau (IV, ,'>56) un homme d'après un seigneur, et il <il ail avec éloge ce passage de La Bruyère (chapitre des Grands qu'il appliquait à Dangeau : « Un Pamphile veut être grand, il ne l'esl pas, il croit l'être, il est d'après un grand. » Étym. : composé de a et de près, latin pressura, serré contre.
ARCHIFAIT (V1I-101). — Cela est fait et archifait. — 11 n'y a pas d'exemple de ce terme ailleurs qu'ici. — Etym. : archi, préfixe, venant du grec ap/t qui marque le premier rang — fait, de faire, latin facere.
ARRAISONNER (VU 36 Tandis que j'arraisonnais le duc
d'Orléans. — Raisonner avec quelqu'un. — Étym. : latin ratio.
ASSÉNER IX- 10). — Je n'oubliai pas d'asséner sur M. d'Epinay le terme d'apprenti prince. — Porter un coup bien appliqué. — Étym. : latin assignaré, distribuer, donner.
AVALER SON CHAPERON (XI-275). — Quand quelqu'un auprès du Roi avalait son chaperon, les plus près du Roi lui faisaient place parce que c'était une marque qu'il voulait parler au Roi. — Faire descendre. — Étym. : a et val qui
vient du latin vallis. — Chaperon dérivé de chappe, qui a pour origine le mot latin cappa, désignait au moyen âge une coiffure à bourrelet et à queue.
AVENUE (1-104). — Mmc de Maintenon voulait' tenir le Roi par toutes les avenues. — Voie par laquelle on arrive, au figuré comme au sens propre. — Étym. : à venir,, arriver — du latin venirc.
BABIOLE (XV- 100). — On lui montrait de loin une babiole, et
s'il ne l'acceptait pas on le menaçait de lui déclarer la guerre.
- Bagatelle sans importance. — Étym. : italien babbola.
BAGATELLE (XII-50). — La vie de son frère se noyait dans la bagatelle. — Chose de peu d'importance, galanterie légère. — Étym. : italien bagatella.
BAGUETTE (XIII-16). — Les étrangers regardaient Alberoni comme maître à la baguette. — La baguette était le signe de l'autorité chez les huissiers comme chez les fées. — Étym. : italien bacchetta, latin baculus.
BAIGNÉ (XII-15). — On le voyait baigné dans sa louange. - Être plongé dans l'eau. — Au figuré, être rempli d'une chose. — Étym. :- latin balneare.
BALAYEUR (VIII-251). — Ils montraient bien à leur air de quelle boutique ils étaient balayeurs. — Salage tw, celui qui nettoie un lieu avec un balai. -- Étym. : de balai, mot venant du celtique balan, genêt, et de balain dans l'ancien français (L.).
BALLOT (V-48). — Le Roi trouva que c'était là son vrai ballot qu'il ne trouverait de longtemps et le saisit. — Petite balle
de marchandises. — Ce qui fait l'affaire de quelqu'un : Un dit aussi saisir la balle au bond, dans le sens de profiter de l'occasion favorable. — Étym. : balle; ancien haut allemand bal/a, boule.
BANDER (Se) (VIII-116). — La Cour d'Espagne se banda contre la fortune. — Se bander : se raidir, en tendant fortement Tare, ou la volonté. — Étym. : bande, vient du germanique binden, lier.
BARBES SALES (X-20). — Il était trop initié pour épuiser la fantaisie d'une troupe de barbes sales. — Saint-Simon appelle souvent ainsi les prêtres de Sainl-Sulpice, à la barbe négligée. — Étym. : latin barba.
BARBICHET (IX-193). — M. Bailly, prêtre de la mission de la paroisse, n'était pas net de soupçon de jansénisme, quoique fort rare parmi ces barbichets. — Qui a laissé pousser la barbe de l'extrémité du menton, la barbiche, à l'exemple de saint Vincent de Paul. — Étym. : latin barba.
BARBOTER (VIII-135). — Le laquais de l'abbé de Pompadour barbotait le bréviaire de son maître dans un coin des antichambres où son maître allait. — Au propre : s'agiter dans l'eau en la troublant. — Au figuré : prononcer entre les dents dune façon confuse (Hatzfeld). Étym. : probablement, pdpêopoç, boue.
BARBOUILLER (XII-302). — Besons barbouilla et proposa une cote mal taillée. — Au propre : couvrir de couleur grossière. — Au figuré : ici parler d'une manière peu intelligible. A l'origine, se barbouiller signifiait se salir la barbe, se souiller en général (Brachet, Dictionnaire étymologique). — Étym. : latin barba.
BARRER LA VEINE (XI-20). — Le roi Guillaume parla à Torcy de l'éloignement du roi Jacques... Torcy n'en fit point à deux fois, il lui barra tout aussitôt la veine. — Barrer, consolider à l'aide d'une barre, couper une veine après l'avoir liée au-dessus et au-dessous (Furetière-). — Étym. : en latin barra, en celtique bar.
BARRICADER (XIX-217). — Il se barricadait contre le public.
— S'enfermer derrière une barricade. — Au figuré : se rendre invisible pour tous et inaccessible. — Étym. : peutêtre en français barrique, en italien barricala.
BASSET (XI-152). — M. de Brissac avec une figure de plat apothicaire grosset, basset et fort enluminé. — Un peu bas; ne s'emploie plus que pour désigner une petite espèce de chiens courants. — ■ Étym. : italien bassetto.
BASSETTE (La) (XVII- 135). — Dangeau s'appliqua à savoir parfaitement les jeux qu'on jouait à la cour, la bassette, etc.
— C'était un jeu de cartes, une variété du pharaon apporté d'Italie au xvir9 siècle. Le pharaon était un jeu de hasard où le banquier tirant deux cartes qu'il met l'une à sa droite, l'autre à sa gauche, gagne tous les enjeux mis à droite sur les cartes de même valeur et les double à gauche. — Étym. : italien bassetta.
BASSIN (XVII-2). — C'était un fort petit homme blond comme un bassin. — Récipient portatif quelquefois en métal jaune, ce qui explique sans doute la comparaison ci-dessus. — Étym. : bas latin bacchinon.
BASTANT (IV-435; . — Le comte de Toulouse n'avait pas une flotte bastante pour les atteindre. — Suffisant. — Étym. : baster suffire, de l'italien bas lare.
BATARDEAU (VIII-41). — Nous assistâmes à cette réception avec cette singularité d'y avoir eu à notre tête bâtards et bâtardeaux. — Petit bâtard. — Étym. : Bâtard, engendré sur le bât, par allusion aux rapports fréquents des muletiers avec les servantes d'auberge (Uatzfeld).
BATEAU (XVII-126). — Le duc de Villeroy suivait le bateau de sel. (Il refusait comme quelques grands seigneurs et à leur imitation de participer au système de Law). — Au propre : embarcation dont on se sert principalement sur les rivières. — Au figuré : suivre le bateau, suivre le courant, n'avoir pas de direction propre, imiter les autres. — Étym. : l'anglo-saxon bât,
BATER ou BASTER (XI-167). — Quand cela bâte mal elles se croient perdues (11-236). — Celte affaire bâtait mal aux Jésuites à Rome. — Étym. : Baster, de l'italien bas tare, sutïire, donner satisfaction, réussir. Sous l'influence italienne, au XVIe siècle ce mot remplaça le terme ancien : Suffire.
BATON HAUT (Le) (XI-.l'i Le chevalier de Lorraine mena Monsieur, le bâton haut toute sa vie. —Au propre : long morceau de bois, pris d'une branche d'arbre. — Au figuré : user de force et d'autorité contre quelqu'un. — Étym. : en bas latin bastonem.
BATON (Sauter le) (XI-16).— Les ambassadeurs sentirent bien qu'il fallait sauter ce fâcheux bâton. — Au figuré : sauter le pas, se résigner à une action difficile et désagréable.
BATTERIE (VII-142). — Cela fit changer de batterie aux Jesuites. — Au propre : lieu où l'artillerie est à couvert, on état de tirer. — Au figuré : moyen qu'on emploie pour réussira quelque chose. — Étym. : battre.
BATTRE L'AIR (XII-339). — Nous résolûmes de ne plus battre l'air en vain. — Au propre : donner des coups répétés sur quelque chose. — Au figuré : faire une chose vaine et inutile. — Étym. : lalin battuere.
BATTRE LA CAMPAGNE (XIV-128). — Je battis la campagne sur l'ancienne amitié. — Au propre : fouiller çà et là pour faire sortir le gibier et par extension explorer le pays, en parlant des éclaireurs qui surveillent l'ennemi. - Au figuré : s'étendre sur des détails étrangers à la question. - Étym. : campagne : italien campagna, ancien français Champagne, latin campus.
BATTRE L'EAU (1X-359). — C'est battre l'eau que de répéter toujours la même chose. — Au figuré : ici, perdre sa peine ; on dit aussi battre l'air.
BATTU DE L'OISEAU (IV-107). — Le duc de Gramont, battu de l'oiseau à son départ sur son mariage, craignit tout. — Rebuté par une suite de mauvais succès, ou par quelqu'un obstiné à lui nuire (Académie). — L'origine de cette expression vient de la fauconnerie : battre un faucon de l'oiseau, c'était le battre pour le dresser avec un mannequin représentant un oiseau (Halzfeld) ; suivant d'autres, cette expression rappellerait l'oiseau de proie battant de l'aile quand il poursuit à la chasse un autre animal.
BATTU DU DIABLE (111-391). — Tallard sans cesse battu du diable par son ambition, ses vues, ses menées. — Littré ne donne pas le sens de cette expression qu'on peut rapprocher de la précédente. — Le sens est clair d'ailleurs, cela veut dire : agité du démon de l'ambition et de l'intrigue, ayant le diable au corps.
BAYER (XIV, 31). — Je m'en allais chez d'Antin bayer tout à mon aise. — Regarder avec curiosité. — Étym. : latin populaire, batare.
BAYEUR (11-106). — Jusqu'aux bayeurs les plus inconnus tout était retenu. — Celui qui s'arrête à, contempler un spectacle, un badaud à la bouche béante. — Étym. : voir supra : bayer.
BÉAT (1X-181). — Il fit le béat et amassa force écus. — Le béat est l'homme dont le ton et la mine exprimaient une dévotion outrée et suspecte. — Étym. : latin beatus.
BEC A BEC (X-101). — Je le voyais bec à bec. — Au propre : la bouche des oiseaux. — Au figuré : la bouche de l'homme. Bec à bec est l'équivalent familier de tête à tête ou face à face. — Etym. : latin beccum.
BEC Se faire le) (XVI-399). — J'avais fort fait le bec à l'Archevêque dont je craignais la hauteur. — Bec est l'équivalent de bouche. — Le sens est ici : préparer le langage à tenir.
BEC (Se prendre de) (XVI-171). — Sans qu'ils osassent se prendre de bec avec M. le Duc. — Au figuré : se prendre de bec, c'est se disputer, comme les oiseaux qui se battent avec le bec.
BÉGUIN (11-234). — Il ne manquait à l'évêque de Senlis qu'un béguin et des manches pendantes. — Coiffe unie que portaient les religieuses des Pays-Bas. — Le béguin était au moyen âge le chapeau de Folie et la Mère Sotte avait les manches pendantes (Petit de Julleville). — Étym. : béguin est dérivé de béguine, mot qui a pour origine le nom de
Lambert Le Bègue, fondateur au xne siècle, des premiers couvents de béguines (H.).
BELLE (1-35). — Ce fut là où il arrêta son affaire^ Luxembourg eut son érection nouvelle et attendit sa belle. — Au jeu, quand chacun des joueurs a gagné une partie, la dernière qui décide du succès se nomme la belle. — Étym. : latin populaire bellum.
BESICLES (Parallèle des trois Rois, page 151). — Un roi qui avait passé quatre années avec les besicles que Luynes lui avait attachées. — Au propre : lunettes à branches qui se fixent à la tête. — Au figuré : n'avoir pas de vues personnelles, et juger d'après celles des autres. — Ëtym. : ancien français bericle qui signifie à la fois cristal et lunettes ; ce terme vient du latin beryllus que l'on trouve avec le sens de cristal ou lunettes dans les textes du moyen âge (Brachet).
BÊTE (Jeu de la) (XVII-35). — Dangeau s'appliqua à connaître parfaitement les jeux qu'on jouait alors, la bête.... — Jeu de cartes, chacun des joueurs, lorsqu'il a perdu un coup ou fait une faute, dépose une somme qui reste au jeu pour être payée au gagnant (H.). — Étym. : latin bestia.
BILBOQUET (XI-291). — Le duc d'Orléans, qui se prenait assez aux figures, me répondait sans cesse (en parlant de la Vrillière que Saint-Simon appelle un nain monté sur de hauts talons) : mais on se moquera de nous avec ce bilboquet. — Au propre, ce mot a divers sens. — Jouet composé d'un bâtonnet pointu d'un côté, plat de l'autre, au milieu duquel est suspendue une boule. — Figure en sureau ou en liège lestée de plomb au pied pour reprendre son équilibre. — Au figuré : personnage ridicule, pantin. —
Étym. : hil est l'équivalent de bille, boule. Le sens de boquet est inconnu.
BILLET (Tiré au) (111-381). - Rosen simple cavalier fut pris avec d'autres et tiré au billet. — Au propre : écrit contenant quelques lignes. Tirer au billet, être compris dans les maraudeurs que le chef fait tirer au sort pour savoir lequel sera pendu dans le nombre. — Étym. : billet, autrefois bullet, vient de bulle, rescrit ou cédule; lai in bulla.
BISCUIT MANQUÉ (1-390). — M"1 de Castries était un quart de femme, une espèce de biscuit manqué, extrêmement petite. — Pâtisserie légère faite avec des œufs, de la farine et du sucre. — Au propre, ce mot, avec son qualificatif, signifie un gâteau non réussi par le pâtissier. — Au figuré : personnage à l'apparence physique irrégulière et disgracieuse. — Étym. : latin bis, deux lois; cuit vient de coquere dans la même langue.
BISQUE i\ Il H)i. — Je voulus au moins profiter de ma bisque. — Terme tiré du jeu de paume; c'est l'avantage qu'un joueur fait à un autre, lui rendant La points avec la faculté de les placer à son choix dans la partie (Hatzfeld). — Étymologie incertaine : se rattacherait peutêtre à un jeu du pays de Biscaye, et en aurait pris le nom.
BISTOURNER (XVII-422). — Le duc de Noailles était à mon avis de ceux qu'il ne fallait jamais bistourner. — Placé devant le mot tourna-, bis a un caractère péjoratif. — Le sens est : contrarier, tourmenter, malmener (Hatzfeld). — Étym. : latin bis, deux fois; tornare.
BLONDASSE (XIX-195). — Lauzun était un petit homme blondasse. — Blond d'une teinte désagréable. — Étymologie inconnue. r
BŒUF (Franc) (1X-397). — Elle trouva Mouchy homme de qualité avancé en âge et dans le service franc bœuf à embâter. — Bœuf, mammifère ruminant, taureau châtré. — Franc, non douteux, naturel. — Étym. : latin bos; frajic vient du nom propre semblable.
BOHÊME iduvres inédites, V1I-268). — Son mari fait de l'hôtel de Soissons une maison de bohèmes; on ne le voit jamais nulle part, il ne fréquente personne qui puisse être nommé. — Nom de bandes vagabondes, disant la bonne aventure, Egyptiens, Zingari, gens de mœurs déréglées. Maison de bohème où règne le désordre. — Étym. : Bohèmes, individus ainsi nommés parce qu'on croyait qu'ils venaient de la Bohême
BOMBARDER (1-19). — Enfin les protecteurs de Dubois le bombardèrent précepteur (M1!o de Montpensier a employé ce terme très familier à Saint-Simon). — Au propre : assaillir en lançant des bombes. — Au figuré : introniser quelqu'un subitement dans une place, l'y lancer comme une bombe, à l'étonnement général. — Étvm. : bombarde, mortier lançant des bombes; vient du latin bombum, bruit.
BON (III-192). — D'Harcourt sut être l'ami de Chamillart jusqu'à ce qu'il trouva son bon à le culbuter. — Au figuré : avantage. — Étym. : latin bonum.
BONBON (VIII-217). — L'Évêque, à vingt-huit ans, en était pour ainsi dire à recevoir encore du bonbon de sa main. - Au propre : dragée ou sucrerie habituellement donnée aux enfants. — Au figuré : Etre traité comme un gamin. — Étym. : bon répété dans le langage enfantin, latin bonum.
BONHOMME (1-146). — L'amitié qu'il avait eue avec le bonhomme La Force. — Homme qui commencé à vieillir,
terme usité, autrefois sans aucune nuance irrespectueuse. Cependant dès 1692, ce mot se prenait déjà en mauvaise part ; Audry de Boisregard écrivait à cette époque, dans ses réflexions sur l'usage présent de la langue française : « Ce mot se dit rarement en bonne part; quand on dit un Bonhomme, c'est comme si on disait un homme qui n'a pas beaucoup d'esprit, c'est pourquoi ce terme est fort injurieux quand on le dit malicieusement. » — Étym. : latin bonus homo.
BONNE (D'une) (XIV-349). —Le duc d'Orléans venait de m'en donner d'une bonne où j'avais donné tout de mon long. — Plaisanterie d'une nature particulièrement marquée et originale.
BONNE FEMME (IV-199). —La bonne femme Gamaches veuve du chevalier de l'Ordre. — Au xvne siècle on qualifiait ainsi une dame âgée et respectable. — Étym. : latin bona et femina.
BONNES (de) XII-183. — Il tenait le dé à les amuser et souvent il en faisait de bonnes. — On peut ajouter le mol « plaisanteries » ou « farces » pour compléter le sens.
BONNETER (VI-135). — d'O et Gamaches bonnetèrent les officiers généraux, leur représentèrent qu'il s'agissait, etc. - Combler de coups de bonnet, de marques de respect. — Étym. : bonnet, dont le sens originaire était étoffe. On a dit un chapel de bonnet, on Ta abrégé en un bonnet comme on dit un feutre pour un chapeau de feutre (Brachet). Bonnet vient du Celtique gaélique bonnet et du breton boned (Le Héricher, Les Etymologies difficiles).
BORD (IV -297). — La connétable Colonne ne contraignit pas ses mœurs, ni de courir le bon bord du vivant et surtout
après la mort de son mari. — Cette expression a une certaine analogie avec le terme vulgaire courir des bordées qui est employé pour qualifier les actes des marins qui louvoient de cabaret en cabaret. En terme de marine le bord est le coté d'un vaisseau, le bon bord est celui qui rapproche du but; courir à bon bord signifie aussi se livrer à la piraterie, faire des siennes (L.). — Etym. : le bas allemand bord.
BORD (Petit) (XIX-46). — Je tiens l'affaire faite et sur le petit bord d'être déclaré. — Partie extrême d'un objet. — Au figuré : sur le petit bord équivaut à « sur le point ».
BORDÉE (ÏX-126). — Il essuya ma bordée. — Décharge simultanée de tous les canons d'un vaisseau. — Étym. : bord venant de l'allemand bord, planche (L.).
BOTTE (X-196). — Elle disputait volontiers et quelquefois allait à la botte. — Au propre : coup de fleuret que dans l'escrime on porte à son adversaire. — Au figuré : attaque soudaine et vive. — Étym. : italien botte.
BOUCCON (111-45). -- Le marquis d'Effiat se détourne, va à l'armoire, l'ouvre, jette son bouccon. — Bouchée empoisonnée (Littré). — Étym. : italien boccone,
BOUCLIER (Faire) (VII-2). — Pour faire tomber cet éternel prétexte des affaires d'Espagne, dont ils faisaient bouclier contre toute proposition. — Au propre : plaque bombée garantissant des coups, dans le combat. — Au figuré : une arme défensive et protectrice contre une attaque. — Étym. : vient de boucler, dérivé de boucle, en latin buccula.
BOUDIN (VIÏI-1G5). — Le premier médecin de Monseigneur était boudin de figure comme de nom. — Au propre : mets fait avec un boyau rempli de sang et de graisse de porc — Au figuré : rouleau ou autre chose dont la forme rappelle le boudin alimentaire. — Étymologie inconnue : peut-être le latin bolulus.
BOUFFÉE (XIII-122). — Il se remit par bouffées de fantaisie par ci par là dans le grand monde. — - Au propre : jet d'haleine. — Au figuré : sensation passagère. — Étym. : bouffer qui est dérivé d'un radical bouf représentant le bruit de la bouche qui, étant gonflée, s'ouvre brusquement (H.).
BOUFFER (V-222). — Le Grand Ëcuyer regarda toute la cour, toujours bouffant. - Gonfler et dégonfler ses joues en maugréant.
BOUFFONNER (V-214). — La Princesse toujours bouffonnant. mais allant son train. — Faire des bouffonneries. — Étym. : italien bu //'une.
BOUGEOIR (Parallèle des trois Rois, p. 390). — La misère d'être nommé à son coucher pour tenir le bougeoir. — Chandelier bas de corps avec un pied large et un anneau. C'était une grande faveur pour un courtisan de porter le bougeoir du Roi, à son coucher. — Étvm. : bouger, parce que c'est un chandelier portatif.
BOUGER (11-78). — M. de Turenne ne bougeait de chez Mme de Rohan. — Bouger dans le sens de remuer, quitter une place ou une maison est d'un emploi constant chez Saint- Simon. — Étym. : latin populaire bulicare dérivé de bullire, bouillonner, remuer.
BOUILLIR (du lait) (11-325). — Le Roi lui donna ordre de chasser Desmaretz, de lui faire une honte publique. C'était bouillir du lait à une créature de Louvois. — Bouillir du lait à quelqu'un, lui préparer un aliment à son gré, lui faire plaisir. On dit encore dans la langue populaire de notre temps de quelqu'un qui éprouve une satisfaction complète, notamment de la perte d'un ennemi : il boit du lait à cette nouvelle. — Étym. : latin bullire.
BOULE ROULANTE (VIII-282). — Monseigneur était une boule roulante au hasard par l'impulsion d'autrui. — Au propre : corps rond en tout sens. — Au figuré : un homme mobile, sans ressort personnel, cédant à toutes les influences.
— Étym. : latin bulla.
BOURBIER (XV-391). — Vous voilà pris dans le bourbier que je vous avais prédit. — Au propre : mare pleine de bourbe.
— Au figuré : vilaine et sale affaire. — Étym. : bourbe, boue épaisse, d'origine inconnue.
BOURLE (XIX-20). — Il s'y plaisait à placer quelques bourles et quelques disparates pour m'impatienter. — Plaisanterie.
— Molière a dit de même (Le Bourgeois Gentilhomme, IIi-13) : « Je prétends faire entrer certaine mascarade dans une bourle que je veux faire à notre ridicule ». « Molière, écrit Livet (Lexique de la langue de Molière), a pris ici le mot italien hurla au lieu du mot bourde qu'on trouve de tout temps dans notre langue avec le môme sens ». — Étym. : italien hurla d'où vient burlesque.
BOURRE (VII-19). — Jetais informé de beaucoup de choses secrètes du sanctuaire de Mm3 de Maintenon, la bourre même en était amusante, et, parmi cette bourre, rarement n'y avait pas quelque chose d'important. — Au propre : amas de
poils. — Au figuré : chose de peu de valeur qui garnit. « Bourre, écrit Furelière, se dit figureraient en morale, de tout ce qui est grossier et inutile dans quelque ouvrage de prose ou de vers, par une métaphore tirée de la garniture des chaises, qui sont mal conditionnées, quand on y met de la bourre au lieu de crin. » — Étym. : latin burra.
BOURSILLER (VII-274). — Chavigny avait épuisé le peu qu'il avait, et boursillé parmi ses amis pour se mettre en chemin de faire fortune. — Faire contribuer, faire paver de la bourse. — Étym. : bourse qui vient du latin populaire bursa.
BOUTE-FEU (XI-259). — Ce sont des boute-feux de toute espèce et de très dangereux scélérats. — Au propre : bâton portant une mèche pour mettre le feu à la charge d'un canon. — Au figuré : celui qui fait éclater la discorde.
— Étym. : hou la-, pousser; bouter vient du germanique botan, frapper. — Feu : latin focum, foyer.
BOUTEILLE (IIWi.'iT). — Sa conduite toujours soutenue rendra toujours difficile à croire qu'il ne fut pas dans la bouteille.
— Ktre au courant, être dans le secret. — Saint-Simon emploie proverbialement ici les termes dont use Sosie, parlant à Mercure, dans Amphitryon de Molière (I, 2) qui lui-même n'a fait qu'imiter le 275e vers de la pièce de Plaute. — Étym. : bas latin : buticula.
BOUTEILLE Maison de; (XIV-118). — D'une maison de bouteille il avait fait le chef-lieu d'une grande et belle terre. — La maison de bouteille ou vide-bouteilles, était une petite maison de campagne un pied à terre où l'on allait boire.
BOUTEILLE (Trou d'une; (IX- 145). — On ne lui avait jamais laissé voir le monde que par le trou d'une bouteille. —
Vase à goulot étroit. — Au ligure : voir peu et imparfaitement.
BRANLER (11-78). — M. de Louvois était trop petit garçon pour oser branler devant M. de Turenne. — Osciller, remuer. - Étym. : ce mot a pour origine le branle ou mouvement, nom qu'on donnait aussi à une sorte de danse et il a été souvent employé. — Au figuré : donner le branle mener la danse. — Branler est une contraction de brandeler, dérivé du radical de brandir. En germanique brand, tison, épée (H.).
BRAS (Affaires sur les) (XV-179). — Le Régent avait sur les bras des affaires. — Au propre, membre supérieur du corps humain qui s'articule à l'épaule. — Au figuré : avoir une affaire embarrassante et difficile à régler. — Étym. : latin brachium.
BRASSIÈRE (11-137). -- Beaucoup de points tenaient M. de Lorraine fort en brassière dans son État. — Vêtement que l'on met aux petits enfants. — Au figuré : tenir et traiter comme un enfant. De nos jours on dit, dans le même sens, tenir en lisière. — Étym. : latin brachium.
BREDOUILLAGE (XV-101). - Il se submergeait en bredouillage. — S'exprimer d'une façon inintelligible en parlant vite. — Etym. : bredouiller d'origine inconnue.
BRELAN (XVI1-135). — Dangeau s'appliqua à savoir tous les jeux qu'on jouait à la cour, le brelan, etc. — Jeu de hasard qui se jouait en donnant trois cartes à chaque joueur, et qui faisait gagner celui qui avait en main trois cartes pareilles. - Étym. : ancien français berlenc. Vient de l'ancien haut allemand brett, planche.
BRELOQUES (XI-53). — Ce magistrat qui était un panier percé, qui jetait à tout et beaucoup en breloques avait toujours grand besoin d'argent. — Au propre : cachets, clefs, menus bijoux. — Au figuré : dépenses futiles. — Étvm. : inconnue.
BRICOLE (XI-304). — J'étais informé par cette bricole de bien d'autres. — A le sens de détour. — Y. Bricoler.
BRICOLER (V-302). — Villars eut à bricoler pour regagner le Rhin. — Cette métaphore est prise du jeu de billard. La bricole est le coup où la bille frappe la bande avant de toucher l'autre bille. — Au figuré : bricoler signifie prendre des détours. - Etym. : bricole, vient de l'italien briccolq^
BRIDÉ (XI-455). — La bécasse demeura bridée à son égard, si j'ose me servir de ce misérable mot. — Au propre : prendre au lacet. —Au figuré : faire tomber dans un piège, réduire à l'impuissance. — Étym. : bride venant du germanique
brida.
BROCARDÉ (XIX-7). — Fréjus fut bien brocardé. - Brocarder couvrir de traits piquants, de brocards. Brocard est une forme dérivée du mot brocher. — Étym. : broepuer était la forme picarde de brocher au sens de piquer. — Littré émet l'opinion que brocard vient de Burcharcl, évoque de Worms, dont le nom était attaché à un livre de droit; les sentences du « brocardium opus » avaient un sens vif et dégagé, si bien qu'une parole railleuse reçut la même appellation. Cette explication nous semble plus ingénieuse qu'exacte.
BROSSER (V-121). — L'Archevêque brossa et ne répondit pas un mot. — Au propre : courir à cheval à travers les bois
les plus épais. — Au figuré : brosser signifie s'esquiver à travers. — Étym. : brosse, a le sens de broussailles et vient du germanique burslja, chose hérissée.
BRUIT (IV-89). — L'épouseur n'avait point acquis bon bruit. — Bruit a le sens de réputation. — Molière dit dans le prologue d1 Amphitryon : « Vous avez dans le monde un bruit, de n'être pas si renchérie. » — Étym. : vient de bruire, dont l'origine est incertaine, peut-être brugere en latin populaire.
BUCOLIQUES (XVI-31). — Je trouvai le garde des sceaux et la Vrillière avec toutes leurs bucoliques. — Au propre : qui appartient au genre pastoral. — Au figuré, familièrement, ramassis d'objets de peu d'importance. — Étym. : latin bucolicus.
BUTER (IV-346). — L'abbé de Polignac butait toujours à toucher le cœur, l'esprit, les yeux. — Viser, chercher à atteindre le but. — Dans l'Etourdi de Molière on lit : « Toutes mes volontés ne butent qu'à vous plaire ». — Étym. : buter ou bouter, d'origine obscure, se rattache peut-être au mot : bout.
CABACET (1-379). — Le cabacet s'échauffa, sa tête se remplit du nom de M. de Chaulnes. — Au propre : arme défensive qui couvrait la tête, espèce de morion. — Au figuré : la tête, le cerveau, l'humeur. — Étym. : cabas, panier ou petit sac en jonc, mot provençal.
CACHERIE (VIII-287). — La même caeherie, la même séparation furent toujours. — Soin de se cacher. — Étym. : cacher, latin coactus (L.).
CADAVRE (Xlll-12'ij. —Ils sentirent le cadavre, à la fin de la vie du Roi. — Au propre : corps mort. — Au figuré : sentir le cadavre, c'est prévoir la fin prochaine, à la façon de certains oiseaux auxquels un vieux préjugé attribue cette faculté de pressentir la mort. — Ëtym. : latin cadaver,
CADENAS (1-31). — Le souper fut pareil au dîner, le Roi d'Angleterre ayant la Reine d'Angleterre à sa droite et le Roi à sa gauche avec chacun leur cadenas. — Coffret de métal précieux contenant la cuillère, la fourchette et le couteau.
— Le cadenas était un signe distinctif des princes et des seigneurs du plus haut rang. (Cheruel). — Etui. : cadenat, en provençal serrure en forme de chaîne, dérivé de cadena, chaîne.
CALEBASSES (VI-465). — Noailles, riche en calebasses de toutes sortes, nageait partout. — Littré dit que les calebasses vidées et séchees servent à se soutenir sur l'eau. La calebasse est le nom du fruit de plusieurs cucurbitacées. — Étym. : espagnol calabassa.
CALICE (VII-315). Je me résolus à ce calice. — Calice vase servant à la messe. — Allusion au calice de Jésus-Christ.
— Au ligure : boire le calice, souffrir une chose douloureuse. — Étym. : en grec : xaXu^, vase à boire.
CALUS (Parallèle des trois Rois, page 359). — Le calus de ces deux cardinaux était à toute épreuve. — Au propre : espèce de soudure qui réunit les os. — Au iiguré : lien qui ne peut être rompu. — Étym. : cal, latin callus.
CAM ARDE (VIII-2C>3) . — Ce n'a jamais été qu'une grosse camarde brune. — Qui a le nez plat et écrasé. — Étym. : camus, latin : camurum recourbé.
CANAILLE (XII-354). — Lui et son frère étaient les rois de la canaille et familiers avec elle. — Gens de rebut. — Ce mot n'avait pas autrefois un caractère souverainement méprisant, quoique d'ailleurs toujours pris en mauvaise part. — Étym. : italien canaglia.
CANONISATION (Parallèle des trois Rois, page 371). — Donner ses derniers moments non à la pénitence de ses adultères mais à leur plus éclatante canonisation. — Déclaration qu'une personne est morte en odeur de sainteté. — Apothéose. — Etym. : bas latin canonisare du latin canon, règle.
CANONISER (XV-374). — Après avoir par ce jugement canonisé leur état. — Mettre au rang des saints, déclarer conforme aux canons de l'Église.
CAPONNE (1-328). — Dune charge caponne de général des carabins %qui n'existait plus, il s'en fit une réelle de Mestre de camp. - - Charge caponne qui n'a qu'un titre sans rien d'effectif (Littré). — Étym. : chapon, latin capo.
CAPRICER (1V-317). — Courtenvaux était peu maître de soi, quand il se capriçait. — Avoir un caprice. — Étym. : caprice, italien capriccio.
CAPUCINE (1-108). —Les sermons du P. Séraphin, qui étaient faits à la capucine, plurent fort au Roi. — Langage simple. Hardiesse populaire (B.). — Étym. : italien capuccino, qui porte le capuce, capuchon en pointe.
CARABIN (IV-63). Tessé s'en alla en poste seul et en carabin, joindre M. de Vendôme. — Êclaireur, batteur d'estrade. — Étym. : Du Cange donne à Calabrien, Galabrin et
Carabin le sens de troupe légère. (Glossaire, Calabrinus). Selon M. Daron (Intermédiaire des Curieux du 28 février 1903), Carabin avait trois sens : blé noir, cavalier portant escopette, et garçon chirurgien. Le mot grec xocakuiç signifie roseau, tube, seringue, tige de blé. Ce mot est devenu peu à peu Kalabin et enfin Carabin. — Le blé noir a une grosse tige, l'escopette du chevau-léger ressemble au tuyau du blé noir, et la seringue du garçon chirurgien s'appelait calamin, d'où on attribue le nom de ce tube au porteur de l'instrument.
CARACOLE (XIX-48). — Peut-être y était-il allé pour m'y faire en particulier toutes ses protestations et ses caracoles.
— Au propre : spirale en limaçon, hélice. — Au figuré : mouvement qu'on fait exécuter en cercle à droite et à gauche à un cheval (IL). -- Étym. : espagnol : caracol, limaçon.
CARAVANES (H-294). — Le chevalier de Villeroy n avait nulle envie de faire ses caravanes. — Série d'hommes qui s'associent pour faire un commerce en Arabie. — Le jeune Chevalier devait, à Malte, faire cinq ans de résidence pour devenir Commandeur, trois ans se passaient en campagne sur la mer contre les Turcs, en caravanes (B.). — Étym. : persan : kârwân, troupe de voyageurs.
CARCAN (XUI-34). - Mon avis fut que les Duchesses fussent mises au carcan. — Au propre : collier de fer avec lequel on attachait au poteau le condamné à l'exposition publique. — Au figuré : vouer quelqu'un à l'infamie. — Étym. : allemand, Querca, Cou.
CARRIÈRE (11-18). — Le Roi d'Angleterre avait passé carrière.
— Au propre : espace à parcourir dans les courses;
course où Ton a parcouru un espace déterminé. — Au figuré : le cours de la vie. « On dit proverbialement, écrit Furetière ; passer carrière à quelqu'un pour dire qu'on lui a fait faire quelque chose haut la main et malgré lui. » — Étym. : italien carriera dérivé de carro, char.
CARTES (prendre des) (IX-435). — Au demeurant s'il n'était pas content il n'avait qu'à prendre des cartes. — Il s'agit de cartes à jouer. — A certains jeux on peut demander des cartes quand on n'est pas satisfait des premières, on demande ou on reprend des cartes. — Au figuré : chercher mieux. — Etym. : latin char ta, papier.
CARTON (XI-397). — Ce Roi de carton pâmé d'effroi. — Au propre : pâte de papier durci. — Au figuré : homme qui n'a qu'un rôle de parade. — Étym. : italien, cartone.
CASAQUE (III-5). — Moles finit en tournant casaque et en se donnant à l'Empereur. — Tourner casaque : changer de parti (Furetière). — Étym. : 'la casaque, suivant Furetière, était un manteau qu'on met par dessus un habit et qui a des manches où on fourre les bras. Suivant Littré, ce mot indiquerait un vêtement de maison (casa) et ce serait son étymologie, les Italiens disent casacca.
CASSE (XVI-31). — Le maréchal de Villars d'une voix casse déplora cette extrémité. — Casse a le sens de faible. — Il se rapproche de cassé. — Étym. : latin quassare, qui vient de quatere, secouer, ébranler. Suivant d'autres, ce terme vient du latin cassus qui veut dire : vide, faible.
CASTEL DE CARTE (IX-369). — Ils s'y ont fait un petit castel de carte, proportionné à la valeur de ce petit bien. — Castel de carte, ou plutôt château de carte, construction de cartes
étagées pour amuser les enfants. — Ici : petite maison. — Étym. : latin castellum, forteresse.
CAUTÉRISÉ (XI- 101). — Voysin, l'âme aussi cautérisée que Mme de Maintenon et M. du Maine. — Au propre : brûlé avec un caustique. — Vient de cautère. — Au ligure : atteint profondément et blessé dans l'âme. — Étym. : latin eauterium.
CAVEÇON (H-241). Plusieurs frasques du Grand Prieur reçurent ce coup de caveçon, dont il eut peine à revenir. - Le caveçon est un cercle de fer qu'on met au nez des chevaux pour les dompter. — Cette métaphore est, avec plus de force, analogue à celle-ci : donner sur le nez. — Étym. : italien cavezzone, dérivé du latin capitium, trou où on passe la tète II. .
CAVER (XIV-297). — Dubois et Law cavaient en dessous auprès du Régent. — Au figuré : agir secrètement et en dessous. — Étym. : latin cavare, tirer, creuser.
CÈDRE (XIII-341). —Ce cèdre tombé que le retour au monde avait gangrené. — Au propre : grand conifère. — Au ligure : ce qu'il y a de plus élevé. — Étym. : latin cedrus.
CENDRE (Cuire sous la) (VII-39). —Tout cela se cuisait sous la cendre. — La cendre est ce qui reste après la combustion du bois; ce qui cuit sous la cendre, brûle doucement d'une façon non apparente au propre comme au figuré, et sans ilamme extérieure. — Étym. : latin cinerem.
CENSE (XII-6). — Les armées se trouvèrent en présence auprès de la censé d'Heurtebise. — Métairie, ferme; cette expression n'est plus en usage. Nous l'avons retrouvée dans
l'ancienne appellation d'une ferme de la commune du Thoult, dans la Marne. — Étym. : latin census, redevance.
CERVEAU BRULE (XV-305). — Il le connaissait pour un cerveau brûlé. — Au propre : organe considéré comme le siège de l'intelligence. — Au figuré : siège de l'intelligence. — Le cerveau est dit parfois malade, fêlé, blessé, ici brûlé a le sens d'exalté, d'un peu fou. — Étym. : latin cerebrum.
CHAFOUIN (XI-175). — L'abbé Dubois était un petit homme chafouin. — Homme a l'apparence grêle et soumise. — Étym. : chafouin, nom dialectique de la fouine composé de chat et de fouin, forme masculine de fouine (H.).
CHAMAILLIS (VIII-233). — Le chamaillis de ce qui gouvernerait Monseigneur et le voudrait dominer. — Combat où l'on se chamaille, où l'on dispute violemment. — Étym. : camail, armure de tête ; frapper sur le camail ou se battre (Littré). Camail vient du provençal capmalh, tissu de mailles pour la tète (If.).
CHAMARRER (1-83). — Le prince de Conti me raconta la retraite du Roi et me la chamarra bien parce qu'il ne se défiait pas de moi. — Étym. : ancien français chamarre : sorte de vêtement, orné de passementerie. — On peut rapprocher ce mot de simarre, en italien cimarra, soutane que le garde des sceaux portait sous la robe. — Chamarrer a souvent le sens de garnir d'ornements excessifs. — Au figuré : habiller de ridicule.
CHAMPIGNON (VIII-428). — Les courtisans n'eurent pas affaires à ces champignons de premiers Ministres tirés en un moment de la poussière. — Au propre : terme de botanique,
plante cryptogame. — Au figuré; on dit : il est venu en une nuit comme un champignon, il a fait une fortune subite et rapide. — Étym. : latin campinionem, qui vient dans les champs.
CHANDELIER (VII-127). — La mort de M. de Chartres mit deux hommes sur le chandelier. — Mettre sur le chandelier, comme un cierge. Rendre la lumière visible à chacun. — Au figuré : mettre en évidence. — Étym. : du latin candela.
CHANDELLES (Bouts de . — Fleury excellait, qu'on pardonne ce mot bas, au ménage des bouts de chandelles. — Au propre : mèche de coton entourée de suif. — Au figuré : bouts de chandelle, choses sans valeur. — On dit familièrement : économiser des bouts de chandelle.
CHARME (III-213). — Une telle distinction fit regarder Harcourt comme celui qui avait levé le charme. — Le1 ver le charme, rompre un enchantement une influence magique.
— Étym. : latin carmen, parole magique.
CHAT AUX JAMBES (XVJI-170). — Je sais qu'on a voulu me jeter le chat aux jambes, dans le public, là -dessus. —
— Au propre : animal domestique Carnivore. — Au figuré : jeter le chat dans les jambes, image tirée d'un jeu où le chat, ou plutôt celui qui en joue le rôle, poursuit les joueurs et est rejeté de l'un à l'autre. — Susciter des difficultés à quelqu'un, diriger contre une personne des accusations. — Etym. : latin cattus. Le chat ne figure sur aucun monument romain, les Syriens firent connaître cet animal à leurs nouveaux maîtres en tant que chat domestique, cattus dérive du syriaque qatô, en arabe quitte (Le Héricher),
CHATOUILLEMENT (XIII-178). — Jamais je ne l'ai surpris en aucun chatouillement là-dessus. — Sensation qu'éprouve celui qui est chatouillé. — Au figuré : chatouiller produire une émotion douce et agréable. — Ëtym. : incertaine, Hatzfeld dit que ce mot vient peut-être de chat. Brachet le fait venir du latin catulliare dérivé de catullire qui a le sens de tilillari.
CHAUDE (V-333). — Mme la duchesse de Bourgogne l'avait conté à mesure et à la chaude. — Au figuré : à la chaude, signifie vivement, avant que l'action et les sentiments qu'elle fait naître soient refoidis. — Étym. : latin caiidum.
CHAUSSEPIED (1-248). — Son goût pour sa naissance l'en pressait et plus encore d'en faire à ce genre le chaussepied de M. du Maine. — Au propre : chaussepied lame en corne qui permet de mettre aisément un soulier. — Au figuré : ce qui facilite une chose. — Étym. : chausser et pied, latin calciare et pedes.
CHAUSSES (X-151). — Mlles de Pons ne bougeaient de chez le maréchal d'Albret, elles n'avaient pas de chausses, il les aidait. — Les chausses étaient une sorte de culotte allant tantôt jusqu'aux genoux (haut de chausses), tantôt avec un prolongement (bas de chausses). — Étym. : latin calcrus, soulier.
CHÊMER (Se) (XVIII-325). — La princesse des Asturies s'écria comme les enfants qui se chêment. — Maigrir, tomber en charte. (Gheruel) se réduire de moitié. — Étym. : latin semis, moitié (H.).
CHEMIN (Battre le) (VII-179). — N'ayant qu'à suivre un chemin que j'avais battu, il le battit à son tour avec force et
justice. — Battre, frapper, fouler, battre le chemin, le rendre praticable, le frayer. — Au figuré : donner l'exemple, être le premier à faire une chose. — Étvm. : battre : latin battuere — chemin : en picard cumin.
CHEMINÉES (Vl-455). — Piqué de tant de cheminées qui m'étaient, pour ainsi dire, tombées sur la tête. — Au propre : une cheminée est l'endroit qui sert de foyer et communique avec le dehors par un tuyau d'où sort la fumée; on nomme ainsi également la partie supérieure, celle qui domine le toit. — Au ligure : ce mot signilie un accident imprévu. — Étym. : italien caminata (L.).
CHEVEUX (Suspendre par les (XVII-90). — Law, comme sus pendu par les cheveux, sans avoir pied nulle part. — Au propre : poil qui garnit la peau du crâne. — Au figuré, ici, être suspendu par les cheveux comme Absalon, et en péril de mort. — Étym. : latin capillum.
CHIEN ENRAGÉ (XVII-232). — Un chien enragé comme le maréchal de Villeroy. — Au figuré : atteint dhydrophobie. — Au figuré : terriblement méchant. — ETYM. : latin cànis.
CHRÊME (VI-382). — Il était toujours demeuré une sorte de liaison de M. le Prince et de M. le prince de Conti au duc de La Rochefoucauld, de l'ancien chrême des Pères, mais sans rien d'apparent. — Au propre : chrême, huile consacrée pour les onclions religieuses. — Au figuré : caractère marqué imprimé à quelqu'un, liaison indélébile par sympathie commune. — Étym. : latin chnsma.
CIEL (Mariage fait au (XIX-58). — Ces mariages conclus avec l'Espagne n'avaient pas été faits au ciel. — Accordés sous de favorables auspices et promis au bonheur par la divinité. — Étym. : latin cœlum.
CIEUX OUVERTS (III-397). — Ces Noailles lui montrèrent les cieux ouverts à la cour, en épousant une de leurs filles. —
— Au propre : le royaume des cieux où Ton trouve la béatitude. — Au figuré : le bonheur complet. — Étym. : latin cœlum.
CIRE (XXH-100). — La cire deviendrait molle entre ses mains.
— Au propre : substance de gomme et de résine servant à cacheter les lettres et les actes solennels. — Au figuré : ce mot indique la disposition à se prêter facilement à sceller, comme magistrat ou chancelier, de la cire royale, certains actes sans résistance suffisante. — Étym. : latin erra.
CITOYEN (IV-28). — Puységur joignit un cœur et un esprit citoyen qui le conduisit toujours uniquement et très souvent au mépris et au danger de sa fortune. — Celui qui jouit de tous les droits de la cité. Ce mot était encore d'un emploi rare, au temps de Saint-Simon, avec ce sens. — Étym. : cité, latin civitas.
CLEF DE MEUTE (XVI-219). — Il se trouva que M. de Laval était une clef de meute. — Les clefs de meute sont les meilleurs chiens qui conduisent les autres. — Au figuré : ce sont les gens qui, dans les compagnies, entraînent leurs semblables. — Étym. : meute, latin populaire movita, tiré de movere.
CLEFS (111-52). — M. de Noailles, tout dévotement, était sournoisement du même goût, sous cent clefs. — Clef indique ici un secret caché, enfermé, demeuré inconnu. — Étym. : latin clavem.
CLEF SOUS LA PORTE XVII-469). — Si le maréchal demeurait dans la place, il n'y avait qu'à mettre la clef sous la porte, ce
fut son expression. — Partir, abandonner la place, comme fait le propriétaire qui s'en va et cache la clef sous la porte, en partant.
CLOCHER (Pierres du) (VI-195). — Voyons le court détail de cette affaire, dont la cabale se battit, comme on dit, avec les pierres du clocher. — Le clocher est un bâtiment fort élevé de l'église où Ton suspend les cloches. Il se prend aussi clans le sens de paroisse. — On dit qu'un homme se bat des pierres de son clocher, quand il plaide aux dépens d'un bénéfice qu'on lui conteste, dont il est en possession (Furetière). — Étym. : cloche, du bas latin clorai, onomatopée.
CLOPINANT (VII-321). — M. du Maine vint clopinant à moi.
— Clopiner, clocher, buter en marchant. — Étym. : ancien français clopin, boiteux, en latin claudipes.
CLOU (XI 11-329). — Il promettait de terminer les différends de la cour, mais pas un clou sans sa promotion. — Au propre : tige, de fer pointue avec une tète. — Au figuré : objet sans valeur. — Étym. : latin clavum.
CŒUR DE JOURNÉE (V-37). — Murcé avait un jeune valet qu'il appelait Marcassin et qui se moquait de lui, à cœur de journée. — Continuellement, du matin au soir, suivant son désir, comme on dit à présent : à cœur que veux-tu?
— Étym. : cœur, latin cor.
COLLÉ (1-114). — Les yeux collés sur moi pendant que je lui parlais. — Coller, tenir attaché ou appliqué une chose sur un objet. — Étym. : colle, latin colla.
COLLECTION SUR M^ LE DAUPHIN. —Écrits inédits, t. Il, p. i09. Saint-Simon donne ce titre à un recueil de faits con-
cernant le Duc de Bourgogne. — Assemblage ou recueil. — Étym. : latin colligere, recueillir.
COLLET (IV-138). — Jamais Marlborough n'eût osé prêter le collet à nos trois années. — Prêter le collet a quelqu'un, être prêt à se colleter, à lutter avec lui. — Molière dit de même dans Y Amour médecin (XI, 4) : « Je vous prêterai le collet en tout genre d'érudition. » — Étym. : col, latin collum. »
COMITE (VIII-143). -- Le Languedoc, quoique sous le joug du comité Basville. — Le comité était préposé aux travaux des galériens. — C'était le chef de la chiourme, il était principalement chargé de la manœuvre de la galère et se tenait debout à la poupe près du capitaine pour recevoir ses ordres. Ici, ce mot est pris au figuré, dans le sens le plus méprisant. — Étym. : italien comité, latin cornes.
COMPASSÉ (11-79). — Ne pas faire perdre du temps à un amant dont toutes les heures étaient compassées. — Compasser, mesurer comme au compas. — Étym. : latin populaire, compassare, cum, passus.
COMPERSONNIER (XV-152). — Je trouvai un grand avantage pour M. le Duc d'Orléans de rendre M. le Duc son compersonnier. — Copartageant — Étym. : cum, avec, — parçonier ancien français, dérivé de parçon, part, en latin partitio.
COMPRÉHENSION (XVII-153). — Il montra l'épaisseur de sa compréhension jusqu'à n'entendre pas la moindre affaire. — Faculté d'embrasser les choses par la pensée. — Étym. : latin comprehensio.
CONJOUISSANCE (XII-77). —Quand ils revenaient de faire de sa part des compliments de condoléance ou de conjouissance.
— Action de se conjouir (réjouir) avec quelqu'un. — Étvm. : latin congaudere.
CONSOMMÉ (VII-417). — L'évêque de Chartres mourut consommé de travail et d'études, sans être encore vieux. — Mené à bout, détruit par l'usage. — Littré fait observer qu'on a souvent confondu consommer et consumer, en prenant ces deux verbes l'un pour l'autre. Aujourd'hui, consommer suppose une destruction utile employée à quelque usage. Consumer ne présente qu'une destruction pure et simple, abstraction faite de tout autre rapport. — Ktym. : latin consummationem.
CONSTITUTIONNAIRE (XII-2ÏI). — Constitutionnaire jusqu'au fanatisme. — Partisan de la constitution unigenitus, bulle papale. — Ktym. : latin conslitutio.
CONTINGENT (Futur) (XIII-177). — On était si intérieurement occupé en Espagne des futurs contingents. - Les futurs contingents, les choses futures qui pourraient arriver, mais qui n'arriveront pas obligatoirement. — Étym. : coutingere, échoir.
CONTRAINDRE (111-205). — Wattevillene se contraignait point sur les demoiselles. — Se restreindre sur un article. - Ivn m. : latin constringere.
CONVY (XI-21). — Maisons pria d'Antin de passer chez lui, je n'ai pas pénétré le projet de ce convy. — Convy ou convi, mot inusité, sens : invitation. — Étym. : latin corivivium.
COQ DE PROVINCE (XVI-295). — Comme un coq de province, il était venu faire un tour à Paris. — Au propre : mâle, dans l'ordre des gallinacés. — Au figuré : le plus important
d'un village, comme le coq dans sa basse-cour. Saint- Simon étend cette expression à la province. — Étym. : l'onomatopée du cri de l'oiseau ; anciennement coc, coccum dans les lois barbares.
COQUE (XIX-3). — Le cardinal Dubois sentait la vile coque dont il sortait. — Au propre : enveloppe de l'œuf de la chenille. — Au figuré : extraction, origine. — Étym. : latin concha, coquille.
CORDE (XI-219). — Comme il n'avait point de sens, il montrait la corde fort aisément aux occasions, même peu délicates, où son peu de cervelle le trahissait. — Au propre : réunion de ficelles tendues. Dans une étoffe, fil de la trame mise à nu par l'usure du poil. — Au figuré : montrer la corde, trahir sa misère, être à bout, montrer ses embarras. — Étym. : latin chorda.
CORDELLE (XIV-392). — On a souvent parlé ailleurs de toute cette cordelle de bâtardise. — Au propre : petite corde. — Au figuré : chaine ou gens liés ensemble. Etym. : chorda.
CORIANDRE (11-220). — Le Roi paya Harlay de ce propos ; il fit semblant d'être content des discours et de cette coriandre. — /Vu propre : coriandre, herbe aromatique qui fait bonne bouche après le repas (Furetière). — Au figuré : propos agréable. — Étym. : latin coriandrum.
CORNES (Montrer les) (XlII-185). — M. de Fréjus commença à montrer les cornes au cardinal de Noailles. — Faire à quelqu'un un geste de moquerie, en montrant des cornes avec les doigts. — Au figuré : se moquer. — Étym. : latin cornu.
COTÉ (Être sur le) (VI-370). — Les plus avisés le jugèrent alors sur le côté. — Au propre : cela se dit d'un homme si mal qu'il ne peut se remuer. — Au figuré se dit d'un homme prêt à perdre sa fortune (Dict. de l'Académie de 1718). — Étym. : latin costa.
COTHURNE (Chausser le) (VII-336). —Des gens, qui n'ont eu que des lacunes en tout genre, chaussent le cothurne. — Au propre : chaussure employée dans la tragédie antique. - Au figuré : prendre un ton enflé et tragique. — Étym. : latin cothurnus. — Lacune. Au propre : espace vide dans la continuité d'un corps. — Au figuré : interruption dans un enchaînement d'idées, dans une série, dans une phrase. — Étym. : latin lacuna.
COUDE (Être au) (111-372). — Saumery fut toujours au coude de l'Archevêque. — Être près de quelqu'un comme les fantassins, l'un auprès de l'autre. — Étym. : latin cubilum.
COUDES (IV-298). — La mère de l'abbé de Mailly lui laissa percer les coudes, dans l'extérieur de ce couvent, jusqu'à ce qu'il fût prêtre. — Au propre : endroit de la manche du vêtement qui correspond au coude. — Au figuré : avoir les coudes percés, être dans un état besoigneux.
COUP DE PARTIE (YI-296). — Ce fut un coup de partie. — Coup décisif qui règle le gain ou la perte de la partie. — Étym. : latin populaire colapum.
COUP (Petit) (XVI-169). — Le cadet aimait* à boire le petit coup. — Au propre : mouvement par lequel un organe fonctionne. — On dit : vider son verre d'un seul coup — dans ce sens, boire un verre de vin d'un coup, et enfin boire un petit coup, aimer à boire.
COUPE-CHOUX (VlII-425). — Le duc de Béthune, son mari, n'était qu'un frère coupe-choux qu'on tolérait à cause d'elle.
— Frère religieux sans considération. — Par extension un homme sans valeur, peu estimé. — Étym. : couper, diviser d'un coup, — chou, latin caulem.
COUPELLES (XI-182). — Mon désintéressement lui avait été mis en évidence par les plus fortes coupelles. — Au propre : petit vase dont on se sert pour épurer l'or et l'argent. — Au figuré : épreuve. — Étym. : coupe, latin cappa.
COUR (VI-6). — Mmc la duchesse douairière d Elbeuf vivait beaucoup, avec Mme de Dangeau, à la cour, et lui faisait la sienne par rapport à Mme de Maintenon. — Résidence du souverain. — Se dit aussi de l'hommage présenté à un prince, à une femme, etc. Les deux sens sont mêlés ici. — Etym. : latin cohortem; au moyen âge curia est la traduction de cour, au sens féodal.
COURIR (XIV-85).. — Il courait également après les sentences.
— Chercher à atteindre. Étym. : latin currere.
COURIR SUR DE LA BRAISE (XVI-23). — Celui-ci parla peu, mais comme chien qui court sur de la braise. — Saint-Simon dit plus souvent : comme chat, avec le même sens. Rabelais a écrit : (II, 16) « dancer, comme iau (coq) sur braise. » — Au figuré : se hâter pour sortir d'une position difficile.
COURRE (VIII-233). — II se leva pour aller courre le loup. — Infinitif ancien du verbe courir, n'est plus usité qu'en langage de chasse. — Étym. : latin currere.
COURTEMENT (X 1-210). — En bonne compagnie; courtement.
— D'une manière brève, sommaire. — Etym. : courte et ment. — Court vient du latin curtum.
COUSSINET (X-211). — Maisons jeta son coussinet sur moi. — Au propre : petit coussin. — Au figuré : mettre son dévolu sur quelqu'un dont on s'empare; cette locution est tirée de l'usage de retenir sa place en mettant un coussin. — Étym. : Coussin — latin populaire coxinum, dérivé de coxa cuisse (M.).
CRAQUETER (HI-350). — La princesse d Harcourt priait qu'on ne cessât plus de s'amuser avec elle. Quand on l'avait bien fait craqueter, Mmc la duchesse de Bourgogne se laissait toucher. — Craquer produire un bruit sec en grinçant les dents de rage; ce bruit rappelle le cri de la cigogne qui heurte sa mandibule (B.). — Étym. : craquer — dérivé de crac onomatopée.
CRASSE (1-80). — Mmc d'Aubigné demeurait dans la crasse de quelques commères de son quartier. — Au propre : malpropreté et saleté. — Au figuré : condition basse , grossière. — Éty.m. : latin crassus.
CREVER (Se) (IH-2). — Monseigneur, au souper du Roi, s était crevé de poisson. — Se crever : être sur le point d'éclater à force d'être gonflé. — Ëtym. : latin crepare.
CRIEUSE (XVI-190). — Elle était faite comme une crieuse de vieux chapeaux. — Marchande ambulante qui crie sa marchandise. — Étym. : cri, du latin critare pour quiritare, appeler les citoyens, quintes, h son secours (H.).
CROCHETER (IX-ooo). — Ils ne m'ont laissé rien ignorer de ce qui se passa là dessus et je n'ai pas cru devoir crocheter des amis si respectables et qui avaient en moi la plus entière confiance. — Au propre : ouvrir avec un crochet, une serrure, une porte fermée exactement. — Au figuré :
arracher un secret par force. — Étym. : croc, venant du latin populaire croccum, d'origine inconnue , paraît avoir signifié chose recourbée (H.).
CROSSER (XVII-280). — Tôt ou tard les Ducs seraient crosses par Dubois. — Au propre : chasser avec un bâton recourbé (une crosse). — Au figuré : renvoyer brutalement. — Étym. : crosse dérivé de croc, latin croccia.
CROUPIR (VII -426). — M,ne la duchesse d'Orléans croupit longues années sur son canapé. — Au propre : être dans l'ordure. — Au figuré : se trouver dans l'abandon, la misère. — Étym. : croupe, partie des reins du cheval depuis la région lombaire jusqu'à l'origine de la queue; vient du celtique crup ramasser, conglomérer (L.).
CRU (A) (X-130). — Il eût été moins énorme de lui donner à cru cette pension de 25.000 francs. — Au propre : ce qui n'est pas cuit, naturel. — Au figuré : ce qui n'est pas tempéré, atténué, ménagé, et se produit brutalement. — Étym. : latin crudus.
CUIDER (Se) (XII-188). - Ils regrettèrent de n'avoir plus à se cuider parmi les sots, les ignorants. — Cuider. — Croire, s'en faire accroire, d'où est resté outrecuidant. — Étym. : latin cogitare.
CUIRE DANS LA CENDRE (VII-39). — Tout cela se préparait et se cuisait dans la cendre. — Au propre : rendre par le feu, une chose apte à l'alimentation. — Au figuré : rendre propre à un usage. — Sous la cendre : ce qui se prépare peu à peu et en secret. On dit aussi : couver sous la cendre pour désigner ce qui doit éclore à un moment donné. — Étym. : latin coquere et cinis.
CUISTRE (1-413). — Le cardinal de Bouillon dédaignant de regarder l'évêque de Chartres que comme un cuistre violet. — Cuistre, surveillant subalterne. — Sens primitif, valet de collège, par extension pédant de collège. — Le violet est la couleur du vêtement épiscopal. — Étym. : Violet vient de violette, dérivé du latin viola; cuistre latin custos, en allemand Kuster, sacristain.
CUL ET DE TÊTE (DE) (VI-77). — M. de Vendôme les fait donner d'arrivée de cul et de tête, sans ordre et sans règle. — On dit proverbialement d'un homme qui se tourmente extrêmement pour venir à bout d'une chose, qu'il y va de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. — (Académie, 1718). — ËTYM. : cul, latin culum.
CUL (Montrer le) (XVII-88). — Cela fit ce qu'on appelle, en matière de finance et de banqueroute, montrer le cul. — Au
propre : le derrière du corps. — Le fond de quelque chose. — Au figuré : révéler les parties honteuses d'une affaire.
CUNCTATION (VII-39). — La cunctation de M. de Chevreuse l'arrêtait. — Ce mot est un latinisme. Il signifie temporisation. 11 était autrefois usité avec le sens de retard (Glossaire de Lacurne "de Sainte Palaye). — Ëtym. : latin cunclatio.
CYCLOPE (Grâce du) (XIX-55). —Il me faisait la grâce du cyclope, il me réservait à manger le dernier. — Géant mythologique, n'ayant qu'un œil, qui dévora les compagnons d'Ulysse et promit à celui-ci de ne le manger que le dernier. — Étym. : latin cyclops.
DAMNÉE (Ame) (XI-123). — Cette libéralité était bien due aux services de cette âme damnée de la Constitution. — Au
propre : âme condamnée aux peines de l'enfer. — Au figuré : être l'âme damnée de quelqu'un, se dévouer, jusqu'à se perdre, pour lui. — Étym. : damnare, latin ecclésiastique.
DANSER (11-110). — Lauzun fit danser le Comte de Tessé et se fit prier longtemps. — Au propre : faire une série de pas cadencés. Au figuré : rester insensible aux démarches, faire attendre le demandeur, se jouer de lui. — Étym. : ancien allemand, danson tirer, d'où faire une chaîne de danse (H.).
DÉ (VIII-124). — Vendôme ne balança pas à jouer la couronne d'Espagne à trois dés. — Au propre : petit morceau d'os ou d'ivoire cubique servant à un jeu où l'on usait autrefois de trois dés. Ce jeu venait d'Italie où il était nommé jeu de lazara; on voit le lien avec le mot jeu de hasard. — Au figuré ce mot signifie s'en rapporter à la chance et au hasard dans une entreprise. — Étym. : latin populaire datum.
DÉ (Tenir le) (XII-183). —Il tenait le dé à les amuser tous deux. — Le sens est : diriger la conversation, garder seul habituellement la parole.
DEBAGOULER (XVI1-198). — M. le duc d'Orléans me débagoula (car c'est le terme qui convient à la façon dont il se déchargea) que je voulais qu'il fît tout ce qui me plaisait. — Au propre : rendre ce qu'on a sur le cœur. — Au figuré : s'abandonner à une loquacilé vulgaire. — Étym. : bagou mot d'argot, qui vient de l'ancien français bagouler, parler à tort et à travers.
DÉBANDER (Se) (Œuvres inédites, t. II, p. 415). — Un délassement autant seulement qu'il en aurait besoin pour se débander
la tête et pour se remettre en état de travailler de nouveau.
— Au propre : ôter un bandeau. — Au figuré : donner à l'esprit quelque relâche. — Ëtym. : de et bande qui vient du haut allemand bindà.
DÉBANQUER (XVIl-lïH). — Le duc d'Orléans avait débanqué Law de tant de millions. — Retirer de la banque, décaver.
— Etym. : de et banque qui vient de l'italien banca.
DÉBARBOUILLÉS (IX-450). —Ils s'étaient enfin débarbouillés de l'étude de notaire. — Au propre : nettoyer en enlevant ce qui salit. — Au figuré : faire disparaître les traces d'une tache ou d'une origine obscure. — Ëtym. : de et barbouiller, couvrir grossièrement d'un enduit de couleur, (origine inconnue).
DÉBELLER (V-122). — Le comte de Gramont, avec tous ses vices, avait débellé la cour. — Au propre : soumettre par les armes. -Au figuré : dompter, dominer par son esprit ou son influence. — Étym. : latin debellare.
DÉBIAISER (XVI-53). — Villars débiaisa sur le parlement pour nous montrer sa vraie douleur. — Parler en biais, de travers, à côté — mot créé par Saint-Simon. — Étym. : de et biais — latin bifacem à double face.
DÉBONDER (XVII-158). — Le duc d'Orléans n'osa trop rire du torrent que je débondai. — Au propre : ouvrir en lâchant la bonde. — Au figuré : manifester les sentiments qu'on contenait. — Étym. : de et bonde, vient de l'allemand spund.
DÉBONNAIRE (XI-160). — Depuis Louis le Débonnaire il n'y eut jamais un si débonnaire que vous. — Homme dont la
bonté excessive est de la faiblesse. — Étym. : de, bon, et aire, ancien français, signifiant disposition, selon Hatzfeld. D'après Le Héricher (Les Étymologies difficiles), Louis le Débonnaire a sans doute aidé à retirer à ce mot son sens noble, car débonnaire en vieux français était uti terme de fauconnerie, appliqué au noble oiseau le- faucon; il était opposé a de pute (sale) aire, oiseau vulgaire.
DÉBOURBER (11-225). -- Colbert, l'ennemi de Pontchartrain, débourba son fils. — Au propre : tirer de la bourbe. — Au figuré : tirer de l'obscurité d'une condition basse. — Étym. : bourbe, boue épaisse. Origine inconnue.
DÉBOUTONNER (Se) (IX-2). — Le duc se déboutonna sur tous ceux qui avaient part aux affaires. — Au propre : défaire ses boutons, se mettre à Taise. — Au figuré : parler librement, s'ouvrir à quelqu'un. — Étym. : de et boulon qui vient de bouter, pousser ou mettre.
DÉBUCHANT (XI-240). — Effiat fut particulier et obscur à Paris avec des créatures de même espèce, débuchant parfois en bonne compagnie courtement. — Au propre. : enferme de chasse sortir du bois. — Au ligure : se montrer, apparaître. — Étym. : de et huche, au sens de bois. — Bûche vient du bas latin busca.
DÉCONCERTEMENT (VII-497). — Je remarquai même une espèce de déconcertement. — Action de déconcerter. — Au propre : troubler un concert. — Au figuré : troubler quelqu'un dans ses desseins. — Étym. : de et concerter qui dérive de concert, mot tiré de l'italien concerto.
DÉCRASSER (IX-447). — Pour décrasser l'existence des secrétaires d'État. — Au propre : débarrasser de la crasse. — Au figuré : faire disparaître la roture, en admettant un
homme dans la noblesse. On parlait dans le même sens de la savonnette à vilain. — Étym. : de et crasse — en latin crassus épais.
DÉGRILLER (IV-144). — La mort du comte de Vérue dégrilla sa femme qu'il tenait dans un couvent. — Tirer des grilles, mot peu usité. — Étym. : de et grille qui vient du latin populaire graticula.
DÉGUINGANDÉ (X-186). — Jamais personne si peu soigneuse d'elle-même, ni si déguingandée. — Marcher d'une manière irrégulière, disloquée. — On disait autrefois délingander, aller de travers et de guingant. On se servait aussi des mots giguer ou ginguer, dans le sens de gambader. — Étym. : Littré fait venir ce mot de (figue, jambe.
DÉIFIER (XlI-22). — La plus insigne flatterie le déifia. — Faire de quelqu'un un Dieu. — Etym. : latin deifieare.
DÉLECTER Vlïl-248). — Je ne laissai pas d'y délecter ma curiosité. — Faire pleinement savourer un plaisir. — Étym. : latin delectare.
DÉMÉRITE Œuvres inédites) (VIII-297). — Le seul dont les qualités ne tinrent pas auprès du Roi du plus fondamental démérite. — Ce qui fait perdre de son mérite. — Ce qui attire l'improbation, Saint-Simon ici donne à ce terme le sens d'absence de mérite, lequel est inusité. — Étym. : latin merilum.
DEMOISELLES (XIV-29). —Ils menèrent avec eux des demoiselles. — Ce terme signifie d'abord : fille ou femme d'un gentilhomme qui est de noble extraction, — puis fille de naissance bourgeoise par opposition aux paysannes; par
extension femme qui n'est pas mariée. — Ici il est le synonyme de fille, pris dans un sens péjoratif. Furetière indique que, déjà de son temps, ce mot avait été employé ironiquement et en mauvaise part. Il vient de damoiseau ou damoisel, gentilhomme qui n'est pas encore reçu chevalier. — Étym. : latin populaire dominicella, dominicellus est le diminutif de dominus, seigneur.
DÉNIAISER (Parallèle des trois Rois, page 14). — La beauté et l'esprit des nièces étaient fort propres à ce qui s'appelle déniaiser un jeune homme. — Rendre moins niais, moins gauche, faire connaître l'amour. — Étym. : de et niais terme de fauconnerie : — oiseau qui n'est pas sorti du nid. - Au figuré : simple et sans usage du monde, vient du latin nidus, nid.
DÉPECER (Se) (VIII-308). — Le duc du Maine se dépeça en excuses de la peine qu'on prenait de le visiter. — Au propre : mettre en pièces. — Au figuré : montrer le plus grand empressement par tous les moyens en son pouvoir. — On dit encore se mettre en quatre et vulgairement se décarcasser, dans ce même sens. — Étym. : de et pièce, qui vient du latin pelium pièce de terre. (Brachet).
DÉPÊCHE (Œuvres inédites, 11-422). — La dépêche plus lente des affaires. — Le sens est ici l'action de dépêcher, d'en finir avec une affaire. — Étym. : incertaine, italien dispacciare, peut être.
DÉPERSUADER (VIII-231). —Depuis cette rare crédulité de Monseigneur, dont Mme la duchesse de Bourgogne l'avait dépersuadé, je n'avais osé me commettre à Meudon. — Oter une persuasion. — Étym. : de privatif et persuadere , latin persuasio.
DÉPIQUER (11-177). — Le chevalier de Coislin qui connaissait son frère voulut se dépiquer et se vengea bien. — Consoler quelqu'un de ce qui le mécontente, apaiser quelqu'un qui est piqué. — Étym. : de et piquer venant de pic, qui est d'origine celtique, gaélique, et signifie pointe.
DÉPRIS (XVI-423). — Ébranlé, mais non encore dépris de sa résolution. — Se déprendre, se détacher. — Étym. : dr el prendre, lalin prehendere.
DÉPRISER (XIV-296). — Son louche et son gauche en matière d'État déprisèrent beaucoup Daguesseau. — Déprécier. — Étym. : de péjoratif, priser (estimer) latin preliare qui vient de pretium,
DERNIER (Donner le) (lïl-.'J08). — Le duc de Coislin avait la fantaisie de ne pouvoir souffrir qu'on lui donnât le dernier. — Terme de jcu\ de course, ne pas avoir le dernier, ne pas être le dernier touché (L.). On peut considérer cette expression, à notre avis, comme une abréviation de la phrase : le dernier mot, dont le sens est clair; si on laisse l'adversaire donner le dernier mot, on lui cède par là même. — Étym. : ancien français derrenier, dérivé de de rétro, derrière (11.).
DÉSESPÉRADE (V-33). — Ceux qui surent cette désespérade ne doutèrent pas quelle fût un jeu. — Action à la manière d'un désespéré. — Étym. : mot emprunté à l'italien; il dérive de désespérer, à l'imitation de la locution italienne : alla disperata (H.).
DÉSHONORÉ (XIV-362). — Broglio était un homme déshonoré sur sa valeur. — Déchu de l'honneur. — Étym. : des et honorer, latin honor.
DÉSINVOLTE (X-178). — Jamais aussi ne vit -on M. du Maine si solaire et si désinvolte qu'alors. — Étym. : espagnol, desenvuelto, débarrassé de ce qui enveloppe, dégagé dans sa manière d'être (H.).
DÉSOCCUPATION (VII-238). — Je me hâtai de me servir de sa désoccupation ennuyeuse et pénible. — Mot vieilli. État de celui qui n'est pas occupé. Mmo de Sévigné a employé aussi ce terme (IX-525). — Étym. : de et occupation, qui vient du latin occupalio.
DESSERVICES (IV-48). — J'en pris l'occasion de dire au Roi qu'on ne cessait de me faire auprès de lui les desservices les plus noirs. — Attaquer, discréditer, rendre de mauvais services. — Étym. : dos et service, latin servitium.
DIABLE AU CORPS (XIII -269). — Avez-vous le diable au corps? — Au propre : le diable est l'esprit du mal, Satan. Au figuré ici : agir avec passion, avec furie comme un possédé par le démon. — Étym. : latin diabolus.
DIRECTION (XVIII-448). — Ses terres étaient de longue main en direction. — Direction de créanciers. — Sorte d'union et de syndicat pour administrer la fortune d'un débiteur en déconfiture , non commerçant. Cette institution de l'ancien droit a disparu du droit civil. — Étym. : latin directio.
DISCERNEMENT (Parallèle des trois Rois, page 23). — Il n'eût pu porter la couronne par l'imbécillité de son discernement. — Au propre : action de séparer ce qui est confondu. — Au figuré : faculté de bien apprécier les choses. — Étym. : latin discernere.
DISTILLER (VII-264). — Villars se distilla chez lui en respects pour le maréchal de Boufflers. — Faire couler goutte à goutte. — Étym. : latin distillare.
DITION (XVI-153j. — Voir la duchesse du Maine rager entre quatre murailles de la dition de M. le duc. — Pays soumis à l'autorité, à l'empire d'une personne. — Étym. : latin ditionem autorité, qui vient de dare, donner.
DIVINE (A la; (X-287. — Accoutumé à régner à la divine sur son royal pupille. — D'une façon merveilleuse, surnaturelle. — Etym. : latin divinus.
DON QUICHOTTE (XV-169). — Il n'était pas assez Don Quichotte pour attaquer le genre humain. — Chevalier errant du roman de Cervantes, défenseur des opprimés. — Étym. : don (autrefois dom) titre d'honneur donné aux seigneurs espagnols.
DOS. — Faire pénitence sur le dos d'autrui (VII-137) — Le Roi, ne sachant pas sa religion, s'était flatté toute sa vie de faire pénitence sur le dos d'autrui. — Au propre : le dos partie du corps, des épaules aux reins; mettre quelque chose sur le dos de quelqu'un, l'en rendre responsable, Mme de Sévigné a écrit : « Je suis bien aise de savoir que le pont d'Avignon est encore sur le dos du Coadjuteur. » Dans ce passage de Saint-Simon sur la pénitence de Louis XIV, l'auteur se rappelle probablement celle de Sancho Pança, qui feignait de se donner les étrivières, en battant l'écorce des arbres. — Étym. : latin dorsum.
DOS (Passer la main sur le; (XIII-271). — La visite n'avait pour but que lui passer la main sur le dos. — Caresser, flatter, comme on fait à un cheval.
DOUBLET (XII-88). — Quelque étrange que fût ce doublet de maîtresses, il n'était pas nouveau. — Action de doubler, de mettre en double. — Étym. : latin duplare.
DYSCOLES (VIIM68). — Ducs dyscoles. — Difficiles à vivre.
— Étym. : vient du grec SuaxoAoç, d'humeur chagrine.
ÉBRAIER (S'), (XVI-29). — Estrées se secoua, s'ébraia, regarda la Compagnie comme un homme qui revient de l'autre monde. — Etym. : s'ébraier, suivant Ghéruel, est un mot de l'art vétérinaire et de manège pris au figuré. Ce mot ne se trouve pas dans nos Dictionnaires courants. Il s'emploie dans certains pays comme synonyme de braire crier, en parlant de l'espèce asine. En patois bourguignon s'ébraier est usité pour dire : s'écrier, s'exclamer. On peut rapprocher ce mot du terme ébrouer, que Furetière définit comme il suit : « Terme de manège qui se dit des chevaux pleins de feu, qui font une espèce de ronflement, comme s'ils voulaient faire sortir de leurs naseaux quelque humeur qui les empêche de prendre leur haleine. On l'a dit autrefois des hommes qui avaient de la peine à se moucher et à éternuer ».
ÉBRENEUSE (XVI- 37). — La Vrillière lié avec les bâtards par la Maintenon, leur ébreneuse. — Qui enlève les excréments.
— Etym. : mot formé de ex et bran ou bren. Bran, gros son écorce séparée des graines par la mouture, par extension : rebut, excrément, du latin populaire brennum, mot d'origine gauloise (H.).
ÉCHASSES (XI- 234). — Canillac était toujours sur les échasses pour la morale, l'honneur, la plus rigide probité, le débit des sentences et maximes. — Au propre : bâton avec un étrier en bois sur lequel on s'exhausse pour marcher. — Au figuré : ce par quoi on se guindé, pour paraître plus élevé. — Étym. : le hollandais schaats, patin.
ÉCONDUITE (XI-402). — Je dis que je ne voulais jamais entendre parler de Desmaretz. Cette éconduite fut suivie d'une
lettre de la duchesse de Beauvillier. — Action d'écarter quelqu'un. — Étym. : escondire, excuser, en bas latin. On est arrivé du sens de s'excuser à celui de refuser, de congédier quelqu'un.
ÉCORCE (XII-165). — Cet attachement à l'extérieur de la loi, à l'écorce de la religion. — Au propre : enveloppe de la tige d'une plante. — Au figuré : côté superficiel des choses.
— Etym. : latin ex et cortex.
ÉCORCHER (IX -311). — Noailles écorchait la superficie de tout. — Enlever la peau, blesser en ôtant la peau, détériorer un objet en éraflant la surface. — Au figuré : s'attacher à un objet et le dégrader. — Étvm. : lalin r.rcoriicare, enlever l'écorce.
ÉCORNE (IV-413). — Cette première écorne mortifia tous les maréchaux. — Action d'écorner, atteinte. - Étym. : e et corne qui vient du latin cornu.
ÉCUMER (1-200;. — M. de Luxembourg, qui avait le nez bon, Técuma. — Au propre : enlever ce qui bout et fermente.
— Au figuré : prendre l'écume d'une chose, en retirer la première mousse comme d'un liquide en ébullition. — Étym. : ancien haut allemand scûm.
EFFILÉ (XI-175). — Labbé Dubois était un petit homme effilé.
— Aminci comme un 01. — Etym. : e et ///, qui vient du latin filum.
ÉGARER LA BOUCHE (11-49;. — Les Noailles connaissaient M. de Paris, ils auraient craint de lui égarer la bouche. - Se dit d'un cheval dont on gâte la bouche, en le conduisant mal. — Étym. : e et l'ancien substantif allemand ivara d'où vient le verbe moderne : wahren, garder (H.).
ÉGOUT (XIII-252). — Paris, l'égout des voluptés de toute l'Europe. — Au propre : canal par lequel s'écoulent les immondices. — Au figuré : lieu où affluent les gens les plus vils. — Etym. : e et goutter qui vient du latin guitare.
ÉGUEULÉE (1-51). — La duchesse de la Ferté était une égueulée, sans aucun ménagement. — Grossière en paroles, se fatiguant la gorge à crier. On dit vulgairement à présent : forte en gueule. — Étym. : e et gueule qui vient du latin gula.
ÉGUISER (Œuvres inédites, t. I. Parallèle des trois Rois p. 5). — Une nécessité continuelle appliqua le prince et l'éguisa.
- On écrit aujourd'hui aiguiser. — Au propre : rendre pointu. — Au figuré : rendre plus vif. — Étym. : latin acutus.
ÉLIXIR (111-379). — Ce fut une bombe tombée au milieu de cet élixir de cour. — Quintessence, la substance la plus pure d'un corps. — Étym. : arabe el-iksir, la pierre philosophai.
EMBABOUINER (VI-251). - M. de Senlis brusqua un superbe enterrement, embabouina le curé qui ne se douta jamais de la cause réelle. — Prendre par des singeries, de fausses démonstrations. — Étym. : en et babouin, espèce de singe, mot dérivé de baboue et de babine, radical germanique bab.
EMBALLER (X1II-362). — Il fut si bien veillé qu'ils l'emballèrent. — Au propre : mettre en balle pour transporter.
- Au figuré : circonvenir. — Étym. : en, balle, lequel vient de l'allemand balla boule.
— ôï —
EMBARQUER (Vl-299). -- Charost se laissa embarquer. - Au figuré : pousser quelqu'un à quelque chose qui comporte un risque. — Étym. : en et barque qui vient de l'italien barca.
EMBARRASSER (XII-142). — Il ne tarda pas à embarrasser dans ses toiles le Cardinal de Noailles. — Gêner pour agir. — Envelopper. — Étym. : italien imbarazzare.
EMBATER (IX-125). Le chancelier déclara à M. de Chevreuse qu'il pouvait faire son fils duc et pair, du Roi à lui, s'il le voulait, et lembâter de tous ces beaux raisonnements, car le chancelier poussé laissa échapper ce terme. — Au propre : garnir du bât une bête de somme. — Au ligure : embarrasser, ennuyer, assommer quelqu'un par ses discours. — Etym. : en et bât bas latin hnslum.
EMBLER (1-46). — M. le prince embla à mon oncle la capitainerie des chasses de Senlis. — Prendre, ravir, enlever. - Ce mot n'est plus usité, il nous en reste d'emblée, ce qu'on enlève du premier coup. — Étym. : latin involarr, voler.
EMBOUCHÉ (Bien) (VII-7). — Ce prince bien embouché par Villeroy et La Roche Guyon) parla au Roi. Emboucher, se dit figurément en morale, et signifie : instruire quelqu'un qu'on envoie, de ce qu'il doit dire ou ne pas dire (Furetière). — On dit mal embouché d'une personne qui parle d'une façon injurieuse ou indécente. Ici bien embouché a le sens de bien stylé. — Étym. : en et bouche, latin bucca.
EMBOURBÉ (Vl-463). — Le duc, embourbé dans son humeur qui éloignait tout le monde. — Au propre : ce terme a le sens d'engager dans un bourbier. — Au figuré : il signifie
— oo —
mal engagé et enfoncé dans une affaire ou un sentiment fâcheux. — Étym. : en et bourbe, qui signifie une boue telle qu'on la fait bouillonner en la foulant. — Vient du latin bullire (L.).
EMBROUILLER (XVII-205). — Il m'a embrouillé l'esprit. — Brouiller les choses les unes avec les autres, les emmêler, mettre la confusion dans la pensée. - - Étym. : en et brouiller dont l'origine est incertaine; ce mot vient peutêtre de l'allemand brodeln bouillonner.
ÉMOUSSER (Parallèle des trois Rois, page 6). — La liberté qu'on lui laissait lui étendait l'esprit, au lieu de l'éteindre et de l'émousser. — Au propre : rendre moins tranchant moins pénétrant. — Au figuré : affaiblir, énerver. - Étym. : e et mousse, ce qui n'est pas aigu ou tranchant vient du germanique mutsch. émoussé (L.), ou, suivant d'autres, de l'italien mozzo.
EMPAUMER (1-177). Les Jésuites empaumèrent l'autre fils, et le Pape le fit prêtre. — Au propre : saisir dans la paume, se rendre maître de quelqu'un. On dit vulgairement : mettre la main dessus. — En langage de vénerie, empaumer la voie, c'est suivre la piste, la voie droite du sanglier. En terme de jeu de paume, c'est recevoir une balle ou un esteuf dans le milieu de la paume de la main; — Au figuré : prendre en main. Livet, (Lexique de la langue de Molière.) — Étym. : en et paume qui vient du latin palma.
EMPORTER LA PIÈCE (VI-466). — Il était sans milieu, nul ou emportant la pièce. — Au figuré : déchirer quelqu'un par son langage, enlever le morceau. — Étym. : en et porter, du latin portare.
ENCENS (Retour d') (Œuvres inédites, VI-136). — Toutes les lettres de Bussy sentent la rage et le faux et un retour d'encens à soi qui répand le dégoût partout. — Au propre : mélange d'oliban et de gomme, résines que l'on brûle comme un parfum dans les cérémonies religieuses. — Au figuré : louange et flatterie excessives. — Étym. : latin incensum, brûlé.
ENCHANTER (Œuvres inédites, IV- 453). Non content d'avoir charmé la toute puissante Mmr de Maintenon, il voulut l'enchanter, et, par ce chemin raccourci, arriver à tout.
— Captiver comme par une opération surnaturelle. — Étym. : latin incantare.
ENCLOUURE IX- 103). - Marier des cadets et les voir sans rangs, était l'enclouure qui faisait faire tant de vacarme. — Dérivé d'enclouer. — Au propre : blesser avec un clou un cheval, mettre un canon hors d'usage en enfonçant un clou dans la lumière. — Au figuré : obstacle qui arrête. Molière [L'Étourdi, xi-4) dit dans le même sens : « De l'argent, dites-vous, ah! c'est donc l'enclouure. » — Etym. : en et clou qui vient du latin clavum.
ENCUIRASSÉ (X1V-357). — Cette vieille peau jésuitique de plus en plus collée et encuirassée en lui. — Au propre : revêtu d'une cuirasse. — Au figuré : ce qui adhère fortement à l'esprit et au caractère et en demeure inséparable.
— Étym. : en et cuirasse qui vient de cuir, en latin corium.
ENFANCES (IX-200). — Elle avait cent enfances pour amuser le Roi. — Enfance est synonyme d'enfantillage, manière d'agir d'un enfant. — Étym. : latin infantia.
ENFERMERIE (V1I1-287). — La même enfermerie, la même cacherie, la même séparation, furent toujours. — Affecta-
tion de s'enfermer. — Étym. : en et fermer, du latin fîrmare.
ENFERS OUVERTS (VII-389). — Ils lui montrèrent les enfers
ouverts sous ses pieds par le mariage de Mllli* de Bourbon,
- Au propre : enfer, lieu souterrain habité par les morts
— lieu de supplice réservé aux damnés. — Au ligure : spectacles ou choses déplaisantes et pénibles. D'autre part, Saint-Simon, pour parler de choses heureuses, emploie souvent le terme : les cieux ouverts. — Étym. : latin in fer nus.
ENFILER (IX-62). — J'enfilais les uns et les autres doucement à raconter ce que je m'étais proposé à tirer d'eux. — Au propre : enfiler, passer un fil dans le trou d'une aiguille.
— Au figuré : engager adroitement dans une partie, pousser habilement à un acte. — Étym. : en et fil, latin filum.
ENFOURNER (XI-264). — Louvois enfourna la guerre par la double élection de Cologne. — Au propre : mettre au four de la pâte, commencer la cuisson, — Au figuré : commencer une affaire en bien ou en mal (Académie 1118).
— Étym. : en et four qui vient du latin furnum.
ENGONCÉ (VIII-433). — On vit cet homme engoncé se déployer peu à peu. — Au propre : qui a le cou enfoncé dans les épaules. — Au ligure : d'une allure gênée, d'une conduite embarrassée. — Étym. : en et gond — comparaison avec l'état d'une porte mal mise sur ses gonds, gond vient du latin gomphum cheville.
ENROUÉ (XVI-205). — D'une voix enrouée comme un homme réveillé en pleine nuit en sursaut. — Au propre : enrouement altération de la voix rendue rauque et sourde. —
• Etym. : latin raucus.
ENTENDRE A (I-2W). — MI,U la maréchale de Lorges connaissait trop M. de Lauzun, et aimait trop sa fille pour entendre à un mariage qui ne pouvait la rendre heureuse. — Entendre à, prêter attention. Exaucer (exaudire) avait d'abord le même sens : faire attention à la prière de quelqu'un. On donna ensuite à ce terme le sens d'acquiescer à une demande. — Étym. : latin inlendcre.
ÉPAULES (Être sur lest (XV-398). -- M. de la Force n'en était pas moins sur les épaules du régent que sur les miennes. - Au propre : partie du corps par laquelle le bras s'attache au tronc. — Au figuré : être porté sur les épaules ou être sur les épaules de quelqu'un a le sens d'être supporté avec peine. — Étym. : latin spathula.
ÉPINE (Vil-379). — Le Portugal était une si dangereuse épine à l'Espagne. — Au propre : piquant de certains végétaux. Au figuré : chose embarrassante et pénible. — Étym. : latin spina.
ÉPLAPOURDI (XVIII-ioO). — La jeunesse me parut tout éplapourdie de ce que je m'en étais tiré si bien. — Ce mot ne se trouve dans aucun Lexique. (Chéruel). 11 paraît avoir ici le sens de stupéfait. En Normandie, s'éplapourdir s'emploie encore dans le sens de se débander, se disperser, après un choc.
ÉPLUCHURES (XIIÏ-418). — Dangeau ne voyait plus que des restes d'épluchures. --Au figuré : ce qu'on enlève de l'extérieur d'un végétal. — Au propre : les restes d'une chose qui n'ont plus aucune valeur, la partie substantielle en étant retirée. — Étym. : éplucher est composé de la particule e et de l'ancien français pelucher, d'où reste encore peluche, qui vient de poil, en latin pilum.
ÉPONGE (VIM14). — Leurs exploits passés n'étaient qu'une manière d'épongé passée sur ceux par lesquels ils avaient travaillé à la ruine de l'État. — Au propre : substance légère et poreuse absorbant les liquides, que l'on passe sur un objet, qui le nettoie et qui efface ce qui s'y trouve. — Au propre : résolution de considérer une chose comme effacée, oubliée, dont on ne parle plus. — Étvm. : latin spongia.
ÉREINTÉ (111-360). — Mœe de Maintenon, peu à peu avec les Jésuites, éreinta le chancelier auprès du Roi. — Au propre : rompre les reins. — Au figuré : délruire la réputation par des attaques, ruiner un crédit. — Étym. : e et rein du latin renum.
ESCABELLES (XII-119). — Godet, évéque de Chartres en renversa les escabelles. — Renverser. — Au propre : jeter par terre un meuble. — Au figuré : mettre tout sens dessus dessous, détruire les projets arrêtés. — Étym. : renverser, composé de re et enverser, qui vient du latin inversas retourné. Escabeau (seul usité à présent) du latin scabellum, siège en bois sans dossier ni bras. On a dit proverbialement : déranger les escabelles chez quelqu'un.
ESCALADE (IX-381). — Une rapide mais naturelle escalade d'induction dont il ne reconnaissait pas l'erreur. — Au propre : assaut au moyen d'une échelle. --Au figuré : action d'atteindre un endroit ou un but avec un effort. — Étym. : latin : scala.
ESCARMOUCHER (S') (IX-21). — Je lui répondis que le chancelier s'escarmoucherait avec le duc sans cesse au Conseil. — Combattre par escarmouches, comme des tirailleurs détachés. — Étym. : italien scarramuccia.
ESCOUSSE (XI-434). — Je retournai chez moi prendre haleine et, comme on dit, mon escousse. — Mouvement par lequel on prend de l'élan. - Étym. : l'ancien verbe escourre, secouer, du lalin excutere (H.).
ESPACER (S') (V-424). -- Brissac raconta au Roi ce qu'il avait fait, non sans s'espacer sur la piété des dames de la cour. — Au propre : espacer, disposer sur un terrain étendu. - Au figuré : s'étendre complaisamment en paroles. — Étym. : latin spalium.
ESPÈCES (X1I-868). - Une de ces espèces qui ne pouvait guère être caractérisées sous un autre nom. — Personne pour laquelle on affiche le mépris, à raison de sa condition, de sa nature. — Étym. : latin species.
ESSEULÉ (11-53). — Mesdames de Chevreuse et de Beauvillier se trouvèrent fort esseulées. — Resté solitaire. — Étym. : o et latin solus.
ESSUYER (VIIl-27()i. — Elle essuyait aussi des sécheresses, quelquefois des duretés. — Au propre : ôter l'humidité en frottant. — Au figuré : ce mot rend le sens de subir, supporter. Le sens original se perd; on dit : essuyer le feu, ce qui exclut toute idée d'humidité. Saint-Simon arrive à dire : essuyer une sécheresse, ce qui ne semble pas être un terme irréprochable. — Étym. : latin exsuccare, ôter le suc.
ESTRAMAÇON (11-219). — M. de La Rochefoucauld donna au premier président (Harlay) tant de coups d'estramaçon, qu'il vint à bout de ce qu'il voulait. — Au propre : l'estramaçon est une longue épée frappant d'estoc et de taille.
— Au figuré : attaques violentes et perçantes de langage.
— Étym. : italien stramazzone ; stramazzare , renverser violemment.
ESTRANGER OU ÉTRANGER (IH-iO). - Ils se séparèrent très piqués, le Roi ne voulant pas estranger Monsieur. — Éloigner, écarter. — Etym. : étrange, latin extraneus, d'un autre pays, ce mot, avec la signification d'éloigner; était usité à la chasse : étranger le gibier. On disait également détranger.
ÉTEIGNOIR (IX-268). — Il l'aurait forcé à jeter l'éteignoir sur le feu qu'il avait allumé. — Au propre : ustensile qui sert à éteindre le feu, la lumière. Saint-Simon lui donne ici le sens d'étouffoir. — Étym. : latin extingere.
ÉTRÉCIR (VI-96). — Sa dévotion extrême, le rapetissait et rétrécissait. — Rendre étroit. — Étym. : latin strictus.
ÉTRIER (VIII-283). — Toujours le pied à l'étrier, non seulement pour tous les voyages à Meudon, mais pour tous les dîners. — Au propre : anneau pendant de chaque côté de la selle. — Au figuré : avoir le pied à l'étrier, être toujours prêt à partir. — Étym. : en flamand striepe; lanière de cuir (L.).
ÉVANGÉLISTE (XIII-35). — Me voilà à feuilleter les pièces et à me faire son évangéliste. — Au propre : auteur d'un Évangile. — Au figuré : celui qui annonce la vérité. — Par extension Conseiller au Parlement qui tenait les pièces d'un procès, pendant que le Rapporteur lisait son rapport. — Étym. : latin evangelium.
ÉVENTER (XVI1-253). — Dubois s'éventait là-dessus et ne pouvait finir sur ce chapitre. - Jouer de l'éventail, se flatter. — Étym. : e et venter, du latin ventum.
EXCOGITATIONS (V-242). — On peut juger de la rage de l'oncle et des nièces d'une pareille issue de tant d'habiles
excogitations. — Combinaisons laborieuses. — Êtym. : lalin. ex-cogitare.
EXCRÉMENTS (XIII-291). — D'Estrées et Mazarin étaient les excréments de la nature humaine. — Au propre : déjections alvines. — Au figuré : rebut vil et infect. — Etym. : latin excrementum.
EXHALER (XIX-46). — Je me hâtai de me sauver à Meudon et de m'y exhaler seul à mon aise. — Au propre : dégager une odeur. — Au figuré : laisser échapper un sentiment, vider son âme. — Étym. : latin exhalare.
EXPECTORATION (1X119). — Le Roi consentit donc à l'expectoration. — Au propre : l'action «l'expectorer. — Au figuré : publication d'un acte d'abord renfermé en secret.
EXPECTORÉS (IX-403). Arias, Polignac, Odescalchi
expectorés cardinaux. — Au propre : expectorer, rejeter loin de la poitrine. — Au figuré : publier une nomination de cardinal faite in petto. — Étym. : latin expectorare.
EXPRESSIF (VÏII-2i7). -- Tous les assistants étaient des personnages vraiment expressifs. — Qui a de l'expression, une apparence marquée et caractéristique. — Étym. : latin exprimere.
EXTRÊME ONCTION (XIV-298). - La séance fut l'extrêmeonction des deux amis. — Sacrement donné aux mourants par l'application des huiles. — Au figuré : la fin d'une chose. — Étym. : latin extrema et unctio.
FACIENDE (11-379). — La plupart, gens de faciende et de manège. — Vieux mot : occupation, intrigue, cabale. — Étym. : latin facienda, choses devant être faites.
FAIM (Mourir de) (XVII-78). — En attendant, il mourait de faim, car les Nonces ont fort peu. — Au propre : faim, besoin de manger; mourir de faim : avoir une faim excessive. — Au figuré : vivre péniblement, dans le dénûment. — Étym. : latin famés.
FAIRE LE FAUT (XV-391). — Ce serait un faire le faut à tous risques. — Composé de : faire, le, faut. — Chose qu'on ne peut se dispenser d'exécuter. — Étym. : faire, facere, le et faut du latin populaire fallire.
FANFARONNER (IV-213). — Villars n'avait pas cessé de fanfaronner. — Célébrer avec vantardise ses actes. — Étym. : espagnol fanfarron, celui qui se vante. L'origine de ce mot est le nom donné à l'homme de guerre, se présentant, avec la fanfare, à la vue d'un camp ou d'une garnison pour provoquer au combat.
FANGE (XVIM17). — Votre peur du Parlement nous a mis dans la fange. — Au propre : boue épaisse. — Au figuré : ce qui est abject, position dégradée et méprisable. — Étym. : incertaine; dans l'ancien français on disait fa ne, en picard : fangue.
FAQUIN (XIV-237). — Il lui dit qu'il n'était qu'un petit faquin. — Au propre : portefaix — figure de bois qu'on cherchait à atteindre dans les joutes. — Au figuré : personnage peu estimé qui fait des embarras. — Étym. : italien facchino.
FARCIR (VIÏ-99). — Les ennemis avaient farci notre centre de beaucoup d'infanterie. — Au propre : remplir de farce, viande hachée et épicée. — Au figuré : remplir une chose ou un lieu, comme on garnit un aliment d'une farce (H.). — Étym. : latin farcire.
— Gi —
FAUBOURG (1-296). — Lassay espéra s'initier à la cour sous la protection de M,nc la duchesse, il n'y fut jamais que des faubourgs. — Au propre : ce qui n'est pas dans l'enceinte de la ville, lieux qu'habitaient les classes de la société les moins élevées. — Au figuré : qui n'appartient pas au beau monde, à la cour. — Étvm. : fors au dehors de la ville; bourg, qui vient du latin borgum.
FÉE (1-290). — Sa mère, héritière des Gondi, était une fée solitaire qui ne laissait entrer presque personne dans son palais enchanté. — Femme fantastique, divinité champêtre, magicienne qui connaît la destinée et la prédit. Dans le sens préjoratif : femme vieille, puissante et méchante.
— Étvm. : latin fatum.
FERS AU FEU (VIM41). — Les fers furent mis au feu pour la destruction de Port-Royal. — Au propre : mettre les fers au feu, pour repasser aussitôt. — Au (iguré : se disposer à agir avec vigueur. — Étvm. : latin ferrum.
FERS (Être auxi IX-170). — Il le sentit, mais il était aux fers. — Au propre : fers est synonyme de chaînes. — Au figuré : état d'oppression, d'esclavage.
FERRÉ A GLACE (XV1I-94). — Le duc de la Force et Canillac étaient venus ferrés à glace. — Au propre : ferré, garni de fer. — Cheval ferré à glace celui dont les fers sont couverts de crampons, pour l'empêcher de glisser sur la glace.
— Au figuré : celui qui connaît à fond une matière qu'il a préparée pour n'être pas pris en défaut. — Étvm. : ferré, latin ferrum; glace, latin populaire glacia.
FÉTARDISE (XIX-43). — Le Prince n'est opprimé que par sa fétardise. —Paresse, indolence. (Chéruel.) — De nos jours on appelle vulgairement fêtard, celui qui se livre
habituellement à l'oisiveté et aux plaisirs. — Étym. : fête, latin festum.
FÊTE (faire de) (XII-371). Il voulut y assister, pour se faire de fête, auprès de M. le duc d'Orléans. — Au propre : s'introduire dans une fête sans y être invité. — Au figuré : s'entremettre où l'on n'a que faire (H.). Se mettre en avant, se glorifier d'une chose, en tirer vanité. Corneille a dit : Examen du Cid. « Les Maures semblent se venir faire de fête exprès, pour être battus par Rodrigue ».
FILASSE (XVI-222). —Avec dépit de ne trouver que de la filasse pour ne pas dire du fumier. — Au propre : matière textile du chanvre, non encore préparé, grossier. — Au figuré : un caractère mou et faible, sans résistance. — Étym. : fil, latin filum.
FIOCQUES (XV-131). — Alberoni disait que la flotte et l'armée de terre marcheraient avec les fiocques. — Le sens est : s'il était nommé cardinal. — Étym. : in fiocchi, italien, en houppes. Fiocchi signifie les houppes qui garnissent le chapeau d'un cardinal et in fiocchi se dit d'un cardinal en grand costume.
FLAQUES (XII-262). — Une bouteille qui vomit des flaques et des gros bouillons épais. — Petite mare d'eau sans profondeur. — Étym. : forme picarde de flachc, mou, sans consistance, venant du latin flaccus.
FLUX DE BOUCHE (11-55). — Marsin était complimenteur sans fin, babillard de même, il ne laissait pas, malgré ce flux de bouche, d'être de bonne compagnie. — Au propre : action de couler. — Au figuré : flux de paroles intarissable, loquacité. — Étym. : latin fluere.
FORLONGER (VI-296). — Le temps se forlongea. — Au propre : terme de vénerie. — Éloigner, distancer. — Au figuré : tirer en longueur. — Étvm. : fors et longer. Fors vient du lai in forts et longer de longum.
FORT A TOUTES MAINS (1-27). — Une femme si connue et si fort à toutes mains. — Fort a le sens de fortement. — Etym. : latin fortem.
FOUDRE (La) (XV-199). — La foudre allait tomber sur la Sicile. — Au propre : feu électrique. — Au figuré : ce qui frappe d'un coup soudain e! terrible. — Étym. : latin fulgur,
FOUGASSE (VHI-103). - L'abbé Maulévrier était un homme à qui il ne fallait pas marcher sur le pied, pétulant et dangereux, qui ne pardonnait point et capable de toute espèce de fougasse. — Au propre : mine passagère destinée à faire sauter des murailles. — Au figuré : piège, coup de tête, incartade. — Étym. : italien fuoco, feu.
FOUILLE AU POT (X-296). — Les fouilles au pot de la cuisine d'Henri IV furent heureux. — Marmiton ou galopin, chargé des moindres travaux de la cuisine. — Étym. : latin fodiculare.
FOURMILIÈRE (XII-61). — Il a fait dans chaque promotion une fourmilière d'officiers généraux. — Au propre : habitation des fourmis, et fourmis qui la peuplent. — Au figuré : grand nombre d'hommes qui se meuvent. — Étym. : latin formica.
FOURRER (IX-396). — Elle avait marié sa fille unique au fils de Dangeau, pour se fourrer à la cour. — Au propre : doubler un objet de quelque chose qui le garnit ou le déguise. —
Au figuré : entrer où l'on ne doit pas être. — Étym. : l'ancien français fuerrc, fourreau (H.).
FRAIS (De si) (XIV-.'i41). — Les bâtards, princes de si frais. — Le sens est : d'une origine tout à fait récente. — Ëtym. : allemand frisch.
FRAPPEURS (VII-13). -- Il ne devait pas se laisser frapper, sans montrer le sentir, et enhardir les frappeurs. — Celui qui frappe. Mot peu usité. — Étym. : frapper, qui vient du Scandinave hrappa, rudoyer (Brachet).
FRÉTILLER (XIV-197). — Je le vis frétiller doucement sur son siège. — S'agiter par petits mouvements, ainsi qu'une anguille, suivant l'adage populaire. — Étym. : les uns font venir ce mot de fruillus, cornet à dés, les autres disent que l'origine est une onomatopée.
FRISER (X-144). — Il mourut à la peine, après avoir frisé la corde plus d'une fois, d'être appelé et disgracié. - Au propre : enrouler, passer tout près de quelque chose. — Au figuré : friser la corde, la potence, être près d'être pendu. — Saint-Simon élend encore cette métaphore du sens de manquer de subir une disgrâce. — Étym. : inconnue.
FRONCER (V-226). — Mme des Ursins craignait surtout de laisser rien apercevoir au Roi qui le fronçât et qui le tînt en garde. — Faire plisser le sourcil en contractant le fronl. — Saint-Simon emploie aussi le mot froncement : « Je sentis ses froncements mollis (VII-238) ». — Étym. : fronce, faux pli. Selon les uns vient peut-être de l'allemand runzef, ride, selon d'autres du latin frontiarè, dérivé de frontem fronl.
FUMANTE (Tête) (Parallèle des trois Rois, page 105). —Il avait affaire à des têtes encore fumantes de la figure que leur père
et elles-mêmes avaient faite. — Au propre : qui jette de la fumée. — Au figuré : excité au point de sembler exhaler du feu et de la fumée par l'animation du visage. — Étym. : latin fumare.
FUMÉE (XI- 176). — Tout cela gâté par une fumée de fausseté qui sortait malgré lui de tous ses pores. — Au propre : vapeur qu'exhale un liquide plus chaud que l'air, qui produit la transpiration. — Au figuré : apparence qui se manifeste légèrement. — Étym. : latin fumure
FUMET (YI-466). --Un fumet de jansénisme écartait Beauvillier et Chevreuse de Torcy. - Au propre : vapeur agréable à l'odorat qui s'exhale de certaines viandes ou de divers vins. — Au figuré : défaut léger qui peu à peu se révèle discrètement. — Étym. : latin fumare.
FUMIER (XIV-298). — Il en est mort sur un fumier. — Au propre : engrais formé de la litière des animaux. — Au figuré : mourir sur un fumier, dans une extrême misère, analogue à celle de Job, souvent représenté sur son fumier. — Étym. : latin femarium.
FUNESTEMENT (Œuvres inédites, VII-277). — M,ne de Montespan, funestement féconde. —Qui porte malheur et désolation. — Etym. : latin funestus.
FURETER (XVIII-179). — L'Inquisition furète partout. — Au propre : fouiller un terrier en y introduisant un furet. — Au figuré : s'introduire, rechercher de tous côtés pour faire des découvertes. — Étym. : furet 9 latin furilum, le petit voleur, dérivé de fur.
FUSÉE (V-387). — Chamillart fut extrêmement tenté de se défaire de tout à la fois, et d'en laisser démêler la fusée à son
fils. — Au propre : quantité de fil enroulé autour du fuseau. — Au figuré : l'ensemble d'une affaire embrouillée,
— Étym. : latin fusum.
GAGNER PAYS (VII-72). — Le maréchal d'Uxelles gagna pays, en homme qui n'aimait pas le bruit et à se fourrer parmi ce désordre. — Au propre : conquérir, occuper, atteindre. — Au figuré : gagner les devants. Gagner pays, prendre de l'avance. Molière dit dans le même sens : « J'en serai moins léger à gagner le taillis » [Dépit amoureux, v-i). « Je m'en vais gagner au pied » [Précieuses ridicules, scène ix).
— Étym. : l'ancien haut allemand waidanjan, forme allongée de weidon, allemand moderne iveiden, paître, latinisé sous la forme vuadaniare , d'où le français guadagnier, gaaagnier (H.).
GALOPIN (Œuvres inédites, 11-420). — Ces galopins de cuisine qui mangent, dorment et passent leurs vies sur les degrés et à découvert. — Petit garçon employé à faire des commissions dans les maisons royales, petits marmitons qui tournent la broche et courent ça et là. — Étym. : galoper qui vient du germanique : Idaupan courir, on y a ajouté le préfixe ga.
GALVAUDER (XIX- 147). — Le cardinal était auprès de la cheminée, avec une femme qu'il galvaudait. — Maltraiter de paroles, humilier par des reproches. — Étym. : en Normandie, galvauder signifie vagabonder, il est formé du péjoratif gai et du français vaguer., [ Le Héricher, Les É tymologies difficiles.)
GAMME (Hors de) (XIII-183). — Dangeau hors de gamme par le grand changement de la Cour. — Au propre : les notes de la musique. — Au figuré : mettre hors de gamme,
déconcerter. — Étym. : le grec yocppa, nom de la lettre 1\ employée au moyen âge par Guy d'Arezzo pour désigner la première note de la gamme (H.).
GANT (Souple comme un) (XIV-341). Le matamore Villars, souple comme un gant. — Au propre : gant, enveloppe de peau. An figuré : pliant, très docile. — Étym. : haut allemand want.
GARÇON BLEU l VII-6). - Ses entrées avaient fait Beauvillier, à l'égard du Roi, une espèce de garçon bleu renforcé. -- Petil oflicier qui était dans la chambre du roi pour recevoir ses ordres, et dont l'uniforme était bleu. — Étym. : bas latin garcio, en vieux français gars; garçon a eu autrefois une acception injurieuse, restée au féminin garce.
GARÇON DE BOUTIQUE (XIII-62). — Le Roi a craint les seigneurs et a voulu des garçons de boutique. — Au ligure : de simples serviteurs vulgaires, toujours pliants "sous ses ordres.
GAUCHE (1-29, 111-32). — La nouvelle comtesse de Mailly avait apporté tout le gauche de sa province. — M"" la duchesse de Chartres se trouvait tout empruntée comme en pays inconnu avec tous ces visages, qui tous étaient pour la plupart fort sur le pied gauche avec elle. — Au figuré : être sur le pied gauche, c'est être en mauvaise posture, être mal vu. — Étym. : gauche vient de gauchir, fléchir, qui s'y prend de travers, qui présente une déviation, qui a de la maladresse. L'origine de gaucher : est le mot germanique ivenkjan, fléchir, céder, dévier (H.).
GAUDIR (111-207;. — Watteville se plaisait à aller voir quelquefois les Chartreux, pour se gaudir d'avoir quitté leur froc. — Se réjouir en se moquant. — Étym. : latin gaudere.
GAUFRE (1-253). — Fort en gaufre entre ces deux camps. - Au propre : pâtisserie faite dans un moule divisé en cellules. — Au figuré : être pris entre deux extrémités fâcheuses, comme la pâte entre les deux, fers d'un gaufrier.
— Étym. : allemand ivabe, gâteau de cire des abeilles.
GAUSSERIES (XVIII-241). — 11 me contait force gausseries.
— Acte de se moquer de quelqu'un à sa barbe. — Étym. : gausser vient de l'espagnol gozarse, se moquer. (Brachet.)
GAVION (XIX-147). — Lettre à Chamillart du 9 août 1713). Je vous permets bien de leur serrer le gavion, comme il faut.
— Gosier. — Étym. : ancien français gave, gosier; on dit encore : gaver.
GLACE (Œuvres inédites, VIII-297). — M. de Chevreuse dut à M. Colbert la rupture de cette glace, dont il sut si bien cultiver la fonte, qu'il fut l'unique seigneur savant et de beaucoup d'esprit que ces qualités n'éloignèrent pas. — Au propre : eau congelée. — Au ûguré : froideur, hostilité. — Étym. : latin glacia.
GLACES (11-341). — Avec le respect qu'il devait au Roi, le maréchal de Lorges était hardi à rompre pour des malheureux des glaces qui auraient fait peur aux plus favorisés. —
Au figuré : rompre la glace, faire cesser la froideur; on emploie actuellement plutôt le singulier.
GNOSE (11-433). — M",e de Mortemart, amie intime de tout temps et de gnose de la maréchale de Gramont. — Perfection de la science chrétienne en théologie. — Au figuré : communauté parfaite de sentiments et d'opinions. — Étym. : latin glosa.
GOBELET (XVII-61). — A force de tourner et de retourner ce Mississipi de tous sens, pour ne pas dire à force de jouer des
gobelets. — Au propre : vase en fer dont se servent les escamoteurs. — Au figuré : tour d'esprit ou de raisonnement. — Étym. : ancien français gobel qui vient du latin cupellum, forme masculine de cupella petit broc.
GODANT (VIII-231). — C'était à eux que je devais cet inepte et hardi godant qu'ils avaient donné à Monseigneur et qui l'avait mis dans une si grande colère. — Conte, tromperie. - Étym. : en picard godant signifie hâbleur; il vient de gaudir, mot tiré du latin gaudere. (Etudes sur le patois picard par .Jouancoux.)
GORGÉ (XIV-H). — Villars gorgé de toute espèce de biens. — Au propre : empli jusqu'à la gorge. — Au figuré : comblé à l'excès. — Étym. : gorge, latin populaire gorga.
GOULOTTES (XVl-66). — J'entrai dans cet appartement des goulottes de Madame la duchesse d'Orléans. — Rigole pour l'écoulement des eaux placée sur la cimaise d'une corniche. — Étym. : goulot venant de gueule, latin gula.
GOURFOULER (XV11M78). — La colère du cardinal alla jusqu à gourfouler les majordomes avec son poing. — Maltraiter, menacer. — Étym. : inconnue. — Ce terme se rattache peut-être à affoler auquel Ducange donne le sens de blesser (Glossaire, affolare).
GOURMETTE (11-24). — Monsieur, dont la gourmette s'était rompue, fit souvenir le Roi des façons qu'il avait eues pour la retenir. — Au propre : chaînette qui fixe le mors du cheval. — Quand la gourmette est brisée, le cheval ne peut plus être aisément conduit. — Au figuré : lien ou empêchement. — Étym. : gourmer, d'origine inconnue.
GOUSSAUT (111-377). — Le maréchal Chateaurenaud était un petit homme goussaut. — Trapu, à l'encolure épaisse. — Étymologie incertaine : le nom de gousse qui est donné à un chien de l'espèce dite mâtin, présente un certain rapport avec goussaut.
GRACIEUSER (IV-27). — Le roi d'Espagne fit venir de Flandre quelques officiers généraux qu'il gracieusa en passant. — Dérivé de gracieux. — Traiter d'une façon avenante. — Étym. : latin gratia.
GRASSET (11-405). — Le Père d'Aubenton était un petit homme grasset. — Un peu gras. — Étym. : latin cmssum.
GRATTECUL (JII-346). — Les grâces et la beauté de la princesse d'Harcourt étaient tournées en grattecul. — Au propre : c'est le nom populaire du fruit de l'églantier sauvage qui est piquant. — D'après Ménage la bourre piquante qui entoure cette graine, se mettait par méchanceté dans le lit, elle piquait les fesses, et de là le nom de grattecul. — Au figuré : laideur. — Étym. : gratter et cul. — Gratter mot d'origine germanique allemand moderne kratzen (H.). — Cul du latin culum. — D'autres font venir le mot grattecul de cratœgus, nom latin de l'églantier, par corruption du terme scientifique.
GRECQUE (débauche) (XII-451). — Le marquis par son goût d'obscène débauche grecque. — Vice contre nature. — Saint-Simon emploie également pour le désigner, le terme : goût italien. — Étym. : latin grœcus.
GRELUCHON (XVII-28). — Mme de Parabère raconta cette histoire à son greluchon. — Greluchon, mot admis dans le dictionnaire de l'Académie de 1762. — Amant aimé et
favorisé secrètement par une femme qui se fait payer par d'autres. — Ce mot a été supprimé dans le même dictionnaire en 1878. - Étym. : inconnue. — Ne serait-ce pas guerluchon? Guérie signifie louche en vieux français; selon le Dr Bougon [Intermédiaire des curieux, 1901, p. 1077) le sens serait : « qui regarde de travers, en greluche ou agreluck, qui voit aigre, qui regarde avec dos yeux aigris par la jalousie ».
GRIPPE (IX-150). — Le duc de Noailles est un homme de grippe, de fantaisie, d'impétuosité successive, qui n'a aucune suite dans l'esprit. — Vient de gripper : saisir avec les griffes ou violemment. — Au figuré : fantaisie soudaine. — Étym. : bas allemand gripan, haut allemand grifan, d'où griffer (H.).
GRIS (Petit) (XVI-51). — Le vil petit gris qui voudrait contrefaire l'hermine, en peinture. — Au propre : fourrure de l'écureuil qui a le dessus du corps gris et le ventre blanc Saint-Simon oppose cette fourrure commune des membres du Parlement à l'hermine des Pairs. — Au figuré : ce terme marque la différence des rangs. — Étym. : ancien haut allemand gris.
GROS (VIII-240). -- La duchesse d'Orléans et moi étions, comme on dit, gros de nous voir et de nous entretenir dans cette conjoncture. — Désireux comme Test une femme grosse qui a des envies. — Étym. : latin grossum.
GROSSET (XI-290). — La Vrillière était un homme dont la taille différait peu d'un nain grosset. — Un peu gros, diminutif.
GUÊPE (XVII-182). — Le maréchal de Villars était une guêpe qui l'infestait. — Au propre : insecte de la tribu des hymé-
nopteres armé d'un aiguillon. — Au ligure : homme déplaisant et dangereux. — Etvm. : latin vespa.
GUEULE (X-203). — Mesmes avait tourné vers cette première charge de la robe une gueule béante. — Au propre : bouche des animaux, considérée comme servant à dévorer; familier en parlant d'une personne. — Au figuré : expression violente d'un désir. — Étym. : latin gula.
GUEULE FERRÉE (XV-47). - Il eut fallu y trouver des gueules bien fortes et bien ferrées pour vouloir opérer haut.
— On dit populairement d'un homme capable de tout dire et violent que c'est une gueule ferrée. - Étym. : latin rjida et ferrum.
GUINDÉ (XII-95). — Le précieux et le guindé, ajouté à l'art de ce temps-là qui en tenait un peu, s'était augmenté. — Hausse artificielle et maniérée de la conduite et des paroles. — Étym. : Guindas, mot d'origine Scandinave, signifiant barre qui tourne (H.).
GUINGUETTE (IX-118). — Un palais qui n'était qu'une guinguette ne convenait pas pour sa retraite. — Nom qu'on donne aux cabarets des environs des villes, où le peuple va boire. — Étym. : vient de ginguet, petit vin; puis, dans l'usage, lieu où on le vend.
HAGARDEMENT (XIII-32). — Je le regardai un peu hagardement. — Action d'être hagard. — Au propre : hagard se dit du faucon qui, ayant subi plusieurs mues à l'état sauvage, ne peut plus être apprivoisé et reste farouche, à la différence de l'oiseau niais. — Au figuré : qui a l'aspect étrange et farouche. — Étym. : forme picarde, pour ha iard, dérivé de haie.
HALBRENANT (XIX-265, -Lettres). — Jugez de ce que je pouvais être avec une aussi vilaine et une aussi halbrenante femelle. — Au propre : dérivé de halbran, demi-canard. — Faucon halbrené, celui qui s'est cassé la plume en chassant le halbran. — Au figuré : halbrené, éreinté. — Étym. : halbran, moyen allemand, halberenl, demi-canard.
HAMEÇON (11-34). — Il arriva pour le malheur du cardinal de Bouillon qu'un hameçon, si adroitement préparé n'eut pas l'effet qu'il s'était promis de sa hardiesse. — Au propre : crochet pour prendre le poisson. — Au figuré : appât trompeur. — Étym. : latin hamus.
HANCHE (IX-36). — Il était fort sur la hanche et passa pour un brave à quatre poils. — Au propre : région correspondant à la jonction du membre inférieur et du tronc. Se mettre sur la hanche en escrime, c'est se mettre en garde on appuyant la main gauche sur la hanche. — Au figuré : mettre le poing sur la hanche, prendre une attitude provocatrice. — Étym. : bas allemand hanche, dérivé de kincken, boiter.
HAPPELOURDE (XI-43). — Il usa pour la princesse du mot de happelourde, du terme d'imbécile, qui n'était comptée pour rien. — Au propre : pierre fausse qui a l'éclat d'une pierre précieuse. — Au figuré : personne d'un extérieur agréable, mais dépourvue d'esprit. —Étym. : happelourd, trompe-nigaud; happer, saisir brusquement, du hollandais happen, mordre.
HARENGÈRE (1-130). — M"" de Clermont était une grosse vilaine harengère dans son tonneau. — Marchande de harengs, poissarde grossière. — Étym. : hareng, mot tiré de l'allemand hering.
HAUT A LA MAIN (IV-89). — Son frère n'entendit pas raillerie et fit faire le mariage, haut à la main. — On a supprimé l'a de nos jours, on dit : haut la main, en tenant la main haute. — Tenue de manège. — Au figuré : d'autorité. — Ëtym. : haut du latin altum.
HAUT LE PIED (111-225). — Un duc et pair, comme je l'étais, n'allait pas servir, comme un haut le pied, dans les armées.
— Mettre haut le pied, c'est s'enfuir. — On renvoie les chevaux haut le pied c'est-à-dire à vide. On nomme haut le pied un officier d'équipage, courrier sans charge et sans commission (B.).
HERMÉTIQUEMENT (XIV-321). — Jamais rien de si hermétiquement bouché, en fait de finances. — Fermeture parfaite, mise en usage par les alchimistes. — Étym. : hermétique, dérivé irrégulier du nom propre Hermès Trismégistus, personnage légendaire de l'Egypte, auquel on attribuait la création de l'Alchimie (IL).
HIÉRONYMITE (XVII-431). — J'éprouvai la rusticité et la superstition de ces grossiers hiéronymites. — Nom générique sous lequel on comprend les ordres religieux qui ont pris pour patron saint Jérôme. — Étym.: du grec 'lepo'vujxoç, Jérôme.
HOC (Le) (XVI1-135). — Dangeau s'appliqua à savoir parfaitement les jeux qu'on jouait alors, le hoc, etc. — Le hoc était un jeu de cartes. On lit dans la Maison académique de 165 i : « On joue tant de cartes que l'on a de suite de quelque couleur que ce soit, et si vous jouez une carte et que vos compagnons n'en aient pas au-dessus, elle vous est hoc et l'on vous paye chacun un jeton ». — Étym. : latin hoc, cela.
HOMBRE (L') (XVII-135). — Dangeau s'appliqua à savoir parfaitement les jeux qu'on jouait à la cour, l'hombre, etc. — Jeu de cartes très compliqué, venu d'Espagne, qui se joue généralement à trois joueurs, avec quarante cartes. On a retiré les 8, 9, 40, chaque joueur a 9 cartes. — Étym. : espagnol, hombre, homme.
HOMOGÈNE (XII-.Î99). — Il n'avait d'homogène avec les Italiens que le nom. — Homogène, dont les éléments constitutifs sont semblables. — Étym. : grec fyLOfevTjç.
HOQUET (1V-109). — Le maréchal de Villeroy craignit encore un hoquet, que l'Anglais portât son infanterie en Flandre. — Au propre : contraction spasmodique qui secoue le diaphragme. — Au figuré : choc ou coup à intervalle, comme un arbre qu'on hoche ou secoue. Saint-Simon dit ailleurs « par hoquets » (t. XII, 37). — Étym. : Vienl du picard hocher qui était prononcé hoquer.
HUILEUSE (XI-149). — Le premier président n'avait que deux filles, l'une était noire, l'autre huileuse, laide à effrayer. — Huileuse qui semble frottée d'une substance grasse comme l'huile. — Étym. : latin oleum.
HUITRE (XlI-365). — Il mangea l'huître dont M. de Roucy et M. de Lorges n'eurent que les écailles que je trouvais fort dures. — Allusion à la fable l'Huître et les Plaideurs. Manger l'huître, c'est ne rien laisser aux parties et s'attribuer l'objet du litige. — Étym. : latin ostrea.
IMAGINER (XVI-125). — C'était un plaisant petit drôle, pour imaginer de se faire cardinal. — Concevoir, inventer. Étym. : latin imaginare.
IMBÉCILEMENT (XV-33). — Le cardinal s'est très imbécilement laissé gagner par l'intérêt d'un particulier. — Avec sottise. — Étym. : latin imbecillus.
IMMUTABILITÉ (Parallèle des trois Rois, p. 90). — Sa fermeté, c'est trop peu dire, son immutabilité demeura tout entière. — Absence de mouvement et de changement. — Étym. : latin in-mulare.
INAPPLICATION (VIII-416). — Le froid et l'inapplication furent si marqués pour moi. — Défaut d'attentions et d'égards, sens qui n'est plus usité. — Etym. : in, application, latin applicare.
INCONSIDÉRATION (XV-22). — La déclaration positive qu'il prétendait faire serait regardée comme une marque déconsidération pour l'Angleterre. — Manque de considération pour une personne et d'égards pour elle. — Étym. : latin in consideratio.
INCRUSTÉ (VII1-10). — Il avait un neveu, l'homme le plus incrusté des misères de Saint-Sulpice. — Au propre : garnir un objet d'ornements engagés dans la surface. — Au figuré : analogie de l'âme avec le marbre ou autre matière garnie de croûte ou d'ornements pénétrants. — Étym. : latin incrustare.
INHUMANITÉ (XIII-271). — Je résistai à l'inhumanité de cette proscription. — Manque d'humanité. Étym. : latin
mhumanitas.
INSECTE DE COUR (VI-7). — Lanjamet était de ces insectes de cour qu'on est toujours surpris d'y voir. — Être chétil, méprisable. — Étym. : latin insectum de insectare, couper, par allusion aux étranglements que présente le corps de ces êtres.
INSOLENTE (VII-452.) —Madame la Duchesse soulagée d'avoir au moins insolente sa sœur. — Traiter avec insolence. — Étym. : Insolent, latin insolentem, inaccoutumé immodéré, excessif, insolent (L.).
INTRINSÈQUE (11-195). — Valincour avait passé sa vie dans l'intrinsèque et parmi la compagnie la plus illustre. — Au dedans, dans l'intimité. — Saint-Simon emploie aussi ce mot, à l'adjectif avec le sens d'intérieur ou d'intime (VI- 451). « L'intrinsèque cour de Meudon ». — Étym. : latin intrinsecus.
ITALIEN (Goût) (IX-181). — Le goût italien et fort à découvert l'avait banni de la société des honnêtes gens. — Saint-Simon donne ce nom au vice contre nature attribué en cet endroit, aux Italiens, ailleurs aux (irecs. — Etym. : latin ftalia.
ITALIENNE (A l'j (Xl-124), - Le duc de Mantoue avait un sérail de maîtresses, dont il était fort jaloux. Sézanne ne s'en contraignit pas et on crut qu'il avait été payé à l'italienne. — Saint-Simon désigne ici, par ces mots, la maladie appelée syphilis, nommée autrefois maladie italienne en France, et réciproquement, en Italie, mal français.
JARRETS (XIII-106). — En cérémonie toute pareille il faut avoir les jarrets bons. — Au propre : partie du membre inférieur opposé au genou. — Au figuré : avoir du jarret, être solide et alerte. — Étym. : en celtique garr, jambe.
JOLIER (V-262). — Elle voulait trouver ses femmes, causant, joliant, en mangeant. — Jolier, faire l'aimable, le gracieux, le riant. — Étym. : Joli signifiait joyeux dans l'ancien français du mot Scandinave jul, fête. (Brachet Dictionnaire étymologique.)
LACHER (Se) (XI-217). — Il se lâchait là-dessus à des confidences. — Se laisser aller. — Étym. : latin laxare.
LAISSE (1-279). — Le Roi prit Coislin, évêque d'Orléans par le bras et le mena en laisse à l'autre bout du cabinet. — Laisse, lien avec lequel on conduit un animal. — Étym. : du latin lascus, lâche; corde tenue très peu serrée. (Brachet.)
LAIT (Doux comme du) (XVII-308). — La copie passa doux comme du lait. — Au propre : liquide blanc sucré, de la femelle de certains animaux. — Au figuré : image d'une chose légère, douce et agréable. — Étym. : latin lac.
LANGUAYER OU LANGUEYER (X-160). — Jolie comme cette petite fille du bas peuple, dit la chancelière de Pontchartrain, elle trouvera aisément pratique, je l'ai un peu languayée, demain elle viendra chez moi. — Délier la langue à quelqu'un, le faire parler (H.). — Étym. : latin lingua.
LANGUE (111-221). — Je connaissais fort Dongois et pris langue avec lui de ce que j'avais à faire. — Prendre langue avec une personne, commencer à converser avec elle, pour apprendre quelque chose. — Étym. : latin lingua.
LANGUE (Plat de la) (VI-30). — Villars ne s'était pas contraint de dire en parlant des puissances, que, s'il ne leur fallait que du plat de la langue, il leur en donnerait tout leur soûl. — On dit donner du plat de la langue dans le sens de flatter bassement quelqu'un, comme un chien qui lèche son maître. — Étym. : latin lingua.
LANGUES DE SATAN (IX-61). — Cela donna beau jeu aux langues de Satan. — Au propre : langue, organe de la parole; Satan l'esprit du mal. — Au figuré : paroles haineuses et mauvaises. — , Cette expression qui n'est plus usitée est
remplacée par celle-ci : langue de vipère, avec le même sens.
LANSQUENET (XVII-135). — Dangeau s'appliqua à savoir parfaitement les jeux qu'on jouait alors, le lansquenet, etc.
— Jeu où, autrefois, celui qui pontait retournait une carte pour lui, l'autre pour l'adversaire, puis tirait des cartes jusqu'à ce qu'il en vînt une semblable à la sienne, alors il gagnait, ou à celle de l'adversaire, dans ce cas, il perdait le coup. — Étvm. : allemand landsknecht, serviteur du pays.
LARDONS (XII-329 . — Je lui avais donné souvent des lardons en pleine assemblée. — Au propre : petit morceau de lard.
— Au figuré : traits sarcastiques, salés et piquants. — Étym. : latin lardum.
LARGE (VII-47). — Le Roi le remettait au large avec lui. — Au propre : large signifie ample, étendu. — Au figure : mettre au large, c'est mettre quelqu'un à son aise, faire disparaître la gêne, l'embarras, le tenir moins à l'étroit.
— Étym. : italien largus.
LAVER LA TÊTE (II-3). — Le Roi le trouva mauvais et lava la tête à Sanctot. — Au propre : nettoyer ce qui est sale.
— Au figuré : laver la tête, faire de vifs reproches à un inférieur. Mme de Sévigné dit en parlant d'une femme : laver la cornette. — Étym. : latin /.avare.
LÈCHE DOIGT (XII-117). — Il voyait son père avec ménagement, sa mère fort à lèche doigt. — Au propre : en petite quantité, de manière qu'on puisse seulement se lécher le doigt. — Au figuré : en passant et rapidement. — Étym. : — lécher de l'ancien haut allemand lecchon, doigt; du latin digitus.
LESSIVES (ÏV-395). — Saint-Adon, fort dans le grand monde et dans le grand jeu, et capitaine aux gardes, à force de lessives. — Au propre : eau chaude additionnée de soude, servant à nettoyer le linge — dissolution de caustique dans l'eau, passage de l'eau sur une substance pour en extraire les parties solubles. — Au figuré : pertes considérables au jeu. On emploie actuellement, très familièrement, le mot être nettoyé au jeu, avec le même sens. — Étym. : latin lexiva.
LEURRE (IX-317). — Son dessein se bornait au leurre plutôt qu'à l'effet. — Au propre : morceau de cuir rouge, découpé en forme d'oiseau, auquel on ajoute un appât et qu'on jette en l'air pour faire revenir près de son maître l'oiseau de proie. — Au figuré : artifice pour attirer. — Étym. : allemand luoder, charogne.
LIE (XlV-9). — Dieu sait à quels excès et à quelle lie le carrosse et l'honneur de manger avec le Roi ont été étendus. — Au propre : sédiment du vin au fond d'un baril. — Au figuré : élément de rebut, bourbier. — Étym. : suivant les uns. — Lia, d'origine celtique suivant d'autres lise qui en bas-normand signifie boue, d'où vient le mot enliser.
LINOTTE (Parallèle des trois Rois, page 277). — Ce maréchal était une manière de linotte. — Au propre : linotte ou linot petit oiseau gris. — Au figuré : tête légère, sans jugement. — Étym. : cette sorte d'oiseaux se nourrit principalement de graine de lin dans les bruyères d'où vient son nom, latin linum, lin.
LITIÈRE (XIV-9). — Le duc d'Orléans faisait litière de toute chose. — Au propre : lit de paille des animaux. — Au figuré : faire litière, répandre à profusion les choses,
comme de la paille à laquelle on n'attache aucun prix. — Étym. : lit, qui vient du latin lectum.
LONGUE (11-401). — Le duc tira de longue, mais enfin serré de près. — Tirer de longue, tirer en longueur, prolonger la durée d'une chose, prendre beaucoup de délais. — Étym. : latin longum.
LOUCHERIE (XI-100). — Cette loucherie, qui était continuelle, faisait peur. — État d'une personne qui louche. — Louche, celui dont les yeux ne regardent pas dans la mémo direction. — Étym. : latin lusca.
LOUVETEAU (XIV-204). — On y a trop reconnu les louveteaux du cardinal d'Ossat. — Au propre : petit loup. — Au figuré : rejeton de gens malfaisants. — Étvm. : latin lupus.
LUCIFÉRIEN (XI-381). — L'orgueil luciférien de Mme la Duchesse d'Orléans souffrait. — Né de Lucifer, le démon, type de l'orgueil. — Étym. : latin lux, lumière; ferre, porter.
MACHER (VII-341). — Les choses étant en cet état, j'estimai qu'il fallait les laisser reposer et mâcher. — Au propre : serrer avec les dents sans broyer ou en broyant. — Au figuré : chose que l'évolution du temps prépare, rend propice, acceptable et pratique. — Étym. : latin masticare.
MACHOIRE (XIII-107). — Le duc d'Orléans ensorcelé jusque par cette mâchoire de Besons. — Au propre : dérivé de mâcher. — Au figuré : vieille mâchoire, homme usé et borné — par abréviation : mâchoire.
MAFFLÉ (1X-10). — Son visage long, mafflé, fort lippu. —
Mafflé ou mafflu, qui a de grosses joues. — Étym. : inconnue, se rattache peut-être à mouflard qui a le visage rebondi (L.).
MAGOT (XIX-50). — Le mari était un magot plein d'esprit. — Au propre : gros singe du genre macaque, à taille ramassée, à très courte queue. — Au figuré : homme très lourd. — Étym. : Magog, nom propre dans la Bible (H.). Rabelais parle des races maudites des Goth, Goth-Magoth pour mauvais Goth, Mau-Goth, dans le sens de laid, d'affreux.
MAGOT (XII-253). — Folle de la perte de sa place et de son magot particulier. — Argent serré, mis en réserve. — Étym. : magot est une altération de l'ancien mot mugot, lieu où l'on garde des fruits jusqu'à la maturité, on dit encore : mijoter, faire mûrir doucement (H.).
MAILLOT (IV -59). — Le désir de relever les bâtards avait fait porter le deuil d'un maillot de M. du Maine. — Au propre : pièce de toile dans laquelle on lace les nouveaux-nés. — Au figuré : enfant dans les langes ou nouveau-né. — Étym. : maille, latin macula, boucle.
MAIN (11-285). — Je ne dispute pas la préséance à un ambassadeur qui a la main chez les Princes du sang.
— (11-285). — Le duc de Savoie ne présentait pas la main. — La droite ou la place d'honneur. Saint-Simon emploie toujours dans ce sens les mots : la main.
— (IV-70). — Phélypeaux éloquent naturellement et, avec la grâce, la parole fort à la main. — A la main, être toujours prêt à agir, à parler, être dispos. L'image est bizarre. — Regnard a dit de même « un homme qui a le sommeil si bien en main n'a pas besoin d'être bercé ». (La coquette II, 4.)
MAINS GARNIES (11-392). — Guerre pour guerre, il valait mieux la faire, à mains garnies. — Terme de Palais; le
plaideur détient d'avance ce qu'il réclame. Il est sur la défensive. — Étym. : latin manus.
MAL-ÊTRE (XII-92). — Les appas de Mine de Maintenon élargirent peu à peu ce mal-être. — Ktre dans un état pénible. — Étym. : latin malum.
MALE-GRACE (XIII-278). — Il ne voulait qu'entrer dans ce conseil sans encourir leur mâle-grâce. — Mauvaise grâce.
— Étym. : latin, malum etgratia.
MALE-PEUR (XII-321). — Le Parlement lui disputa toutes choses, jusqu'au rang personnel, qu'il força le Régent, de mâle-peur, à lui abandonner. — Étym. : mauvaise peur. — Rabelais dit : maie paour, à propos de Panurge. Paour était alors un masculin. Ce mot vient du latin pavor.
MANGÉ AUX POUX (XVI-271). — La cour pour plaire à Rome laissa manger aux poux le Docteur de Sorbonne du Pin. —
— Au figuré : qui est dans l'extrême misère. — Étym. : manger, en latin manducare — pou, autrefois pouil, d'où il est resté pouilleux, en latin : prdiculus.
MANGEOIRE [VII-403). — Le duc d'Orléans tournait le dos à la mangeoire, il n'osait aborder le Roi. — Mangeoire, auge pour la nourriture des animaux. Ceux qui lui tournent le dos ne font pas ce qu'on attend d'eux. — Au figuré : faire le contraire de ce qui est convenable, utile et attendu. — Étym. : manger, manducare en latin.
MANGER DANS LA MAIN (VI-176). — Ils étaient devenus polis, caressants, mangeaient dans la main. — Au figuré : ressembler à un animal apprivoisé et familier qui se nourrit de la main même de son maître.
MANQUER (XIII-19). — Si le Roi son neveu venait à manquer.
— Au figuré : être de moins, être perdu, décéder. — Étym. : italien mancare, dérivé du latin mancus, manchot.
MARGUERITES (XIII-275). — On ne tardera pas à voir comment on se trouve de jeter des marguerites devant les pourceaux. — Latinisme : locution proverbiale : (Évangile selon Saint-Mathieu ViI-6). Margarit as ante porcos, avec le sens de perles et non de fleurs. — Étym. : latin margarita.
MARIAGE DE LA FAIM ET DE LA SOIF (11-338). — Mm du Maine fit un mariage de la faim et de la soif. — Ménage fait remonter ce terme à un duc d'Orléans; c'est l'association de deux misères. — Mariage était pris dans le sens de dot, qu'il a gardé quelquefois. — Étym. : latin maritare.
MARIONNETTE (Parallèle des trois Rois, page 234). — Ce furent de pédantes marionnettes sans aucune instruction. — Au propre : petites figures d'hommes mues par des fils.
— Au figuré : personnes ou caractères sans fixité qu'on fait agir comme on veut. — Étym. : altération de marialette, diminutif de mariole qui avait au moyen âge le sens de petite figure de la Vierge Marie, de poupée (Brachet).
MARMITE (111-159). — Le désordre des affaires et la conduite de leur père avaient tellement renversé leur marmite que très souvent elles n'avaient pas à dîner chez elles. — Au propre : vase où l'on fait bouillir les aliments. — Au figuré proverbialement, manque de tout. — Étym. : inconnue.
MARMONNER (XIX-2). — Le maréchal de Villeroy, fort en colère, conduisit le duc d'Orléans quelque temps, marmonnant
et gesticulant. — Murmurer entre les dents. — Étym. : marmotter, onomatopée. Bredouiller des paroles confuses, comme un marmot.
MARMUSER (VII-291). — Le délai de produire la fille de la duchesse d'Orléans commença à faire marmuser. — Remuer les lèvres comme les marmots, les singes; ce terme est inusité (Dictionnaire de Trévoux). On écrit marmouser d'habitude. — Étym. : origine inconnue, peut-être onomatopée.
MARTEAU (Xk208 . — Je ne pouvais m'accommoder d'être le marteau du peuple. —Au propre : outil de percussion. — Au figuré : la force qui opprime. — Étym. : latin martellum.
MASQUE Lever le) (XV-115).-— Le roi d'Espagne voulait voir si la France levait le masque. — Au propre : faux visage de carton servant à un déguisement. — Au ligure : lever le masque, ne plus déguiser ses sentiments. — Étym. : italien maschera.
MATAMORE IX-328).— Montesquiou eut le sens de laisser faire le matamore à Villars. — Faux brave de la comédie espagnole, se vantant d'avoir massacré les Mores. — Étym. : espagnol mata moros qui tue les Mores.
MATIN Se lever plus (XIV-187). — Il n'était pas aisé de se lever plus matin que lui. — Saint-Simon, parle ici de Noailles, alerte et qui devançait les autres pour agir. — Etym. : latin maluiinum.
MATOIS (XYI-317). — C'était le plus délié matois. — Artificieux. — Étym. : littéralement : un enfant de la maie, un lilou. Ce mot vient du verbe français, mate, vente, marché,
nom ancien d'un rendez-vous des filous de Paris. Matois signifia aussi : assassin, de l'espagnol matar, tuer, ou qui fait des folies, de l'italien, matto. fou. On dit souvent : lin matois.
MAZARINS (VIII-346). — Les préjuges du Roi, et ses ombrages mazarins d'autorité qui l'animaient contre les Ducs. — Mazarins. Ce nom était donné par les frondeurs aux partisans du ministre de Louis XIV.
MÉCOMPTER (IX -85). —Le Duc me chargea de dire au Chancelier qu'il était bien aise de montrer à lui et à son fils, combien ils s'étaient mécomptes sur lui. — Au propre : se tromper dans un compte. — Au figuré : faire erreur dans le jugement sur le mérite d'un homme ou la valeur d'une affaire. — Étym. : mes, sens péjoratif, et compter, latin compulare.
MÉDÉE (XV-317). — M. le Duc mené par cette Médée. — (Mme de Prie). — Étymologie : magicienne antique de Golchide, amante furieuse de Jason.
MÉDICINALEMENT (XVI-372). — Il mangeait seul très sobrement et médicinalement. — D'une manière médicinale — pour guérir tout mal. — Étym. : latin medicus.
MEILLEURES (Des) (XVÏ-280). — Riglet, jésuite, qui en savait dire des meilleures. — Suppléer le mot, histoires ou plaisanteries; on a vu plus haut : bonnes (en dire de) dans le même sens. — Étym. : latin melior.
MÉNAGE (XV- 323). — Fleury excellait au ménage des bouts de chandelle. — Administration des choses domestiques, des revenus avec ordre et économie. — Étym. : latin populaire mansionaticum.
MENER LA PAROLE (VII-180). — Le maréchal, prenant en même temps la parole, la mena bien. — Terme vieilli; conduire, ménager, — s'exprimer d'une certaine façon. Mrae de Sévigné dit de même (VIII-320). File mena la parole si bien. — Étym. : latin populaire minare, qui se rattache au mot latin minari, menacer.
MÉSAISE (Parallèle des 3 Rois, page 91). — Le seul plaisir qu'il pût avoir parmi tant de mésaises et de travaux continuels. — Diminution de l'aise, gêne. — Étym. : mes, préfixe qui donne un sens péjoratif aux composés qui l'emploient et aise, sentiment de bien être dont l'origine est inconnue.
MESCOLANCE (IV-161). — Par un mescolance de défendre le mariage de M"' d'Elbeuf et de prêter deux galères pour l'aller faire achever. — Mélange d'éléments contradictoires. - Etym. : italien mescolare, mêler. (L.).
MESSÉANCES (VI-19G). — Il est des messéances qu'il faut éviter. — Nature de ce qui sied mal, vient de messéant. — Étym. : mes, particule péjorative et seoir qui vient du latin sedere.
MESURÉ ME NT (IX-85). — Ils en parlèrent mesurément au Conseil. — D'une manière mesurée. — Étym. : mesurer, et ment, suffixe, — latin mensura.
MÉTIFS (IX-449). — Les secrétaires d'État ont commencé par être des métifs, puis des singes, des fantômes, des espèces de gens de cour et de condition. — Métif a le sens de métis, issu de race différentes dans la même espèce, hybride. — Étym. : latin mixtus.
MEULE (VII-288). — Sa férocité se montrait en tout; c'était une meule toujours en l'air qui faisait fuir devant elle. — Au propre : meule, instrument servant à broyer. — Au ligure : attitude d'un homme dont le langage violent domine et subjugue ses auditeurs. — Étym. : latin mola.
MEZZE TERMINE (X1II-47). — Il était amateur du poison des mezzo termine. — Moyen terme proposé dans un parti à prendre. — Étym. : terme italien, non francisé.
MICHE (XVII-275). — Le duc d'Orléans traitait fort bien les valets outre les miches qu'il leur élargissait volontiers. — Au propre : pain rond qu'on donne aux pauvres. — Au ligure : grâces et dons. — Étym. : mike, pain de froment, en flamand.
MIE (1-340). — La duchesse de Lude avait une vieille mie qui l'avait élevée. — Les enfants appellent ainsi leur gouvernante. — La voyelle des pronoms possessifs, ma, ta, sa, s'élidait autrefois devant un mot commençant par une voyelle. On disait m'amie. Au XIVe siècle, on remplaça ce mot à tort dans ce cas, par des pronoms masculins, mon, ton, son; un débris est resté m'amie, on a fait alors ma mie, en scindant les deux mots puis mie en recoupant plus tard le second en deux (Emile Deschanel, Les Déformations de la langue française). — Etym. : ami, latin amicus.
MISERERE (VII-459). — Je demeurai donc un bon miserere sans parler. — Le psaume 50 commence par les mots : Miserere mei, Deus, ayez pitié de moi, Dieu! Le temps de dire un miserere est quelquefois indiqué pour désigner la durée d'une affaire. La Fontaine a écrit aussi : « La porte s'ouvre, mais ce ne fut d'un bon miserere ». — Étym. : latin miserere, ayez pitié, miser, misérable.
MITRE (VIII-222). — Ces deux animaux mitres n'y avaient eu de part que leur signature. — Mitre qui porte la mitre, la coiffure des évêques, un bonnet rond, pointu et fendu par le haut, avec deux fanons. — Étym. : latin rriitra.
MOELLES (11-288). — Lecardinal de Furstemberg sucé jusqu'aux moelles par sa nièce. — Au propre : moelle, substance molle qui remplit la cavité des os. — Au figuré : la parlie la plus intime de la substance. — Étym. : latin medulla.
MOMERIE XVII-181). —Il voulut se faire honneur de cette momerie. — Mascarade, pratique ridicule. — Etym. : momer} se déguiser. Allemand mummen, d'où vient momon, mascarade.
MONTÉE (XII-92). —Elle prit une chambre dans une montée où elle vécut très à l'étroit. — Endroit par où Ton gravit. — Escalier. Etage supérieur. — Étym. : latin montera.
MURAILLES (X-21). — Le premier plan n'avait été, comme on l'a dit, que pour donner des morailles au Pape. — Espèce de tenailles dont on se sert pour captiver un cheval vicieux, en lui serrant le nez et la lèvre supérieure (Chéruel). Ici ce mot signifie : tenir le Pape serré. — Étym. : mor, museau, mot d'origine inconnue.
MORGUE (X-215). — Le Roi me sembla plus morgue qu'à l'ordinaire. — Hautain.
MORGUER (III-205). — Watteville se plaisait à morguer les chartreux. — Braver en regardant d'un air menaçant. Molière a écrit : « Et de son large dos morguant les spectateurs ». [Les Fâcheux, I, 1.) — Étym. : inconnue, d'après
Littré. Le Héricher, Les Flymologies difficiles, suggère la suivante, « morguer signifie traiter avec hauteur et rudesse, c'est dire à quelqu'un morgue, jurer par la mort de Dieu! Ainsi, en normand, sabouler quelqu'un, le rudoyer, c'est lui dire sacré b. »
MORNE (X-250). — La surprise que ce morne continu avait causée. — Morne, abattu par la tristesse et sombre. Saint- Simon fait de ce mot un substantif. — Étvm. : allemand moman (H.).
MOT (11-144). — M. de Rohan n'était pas à un mot ni aisé à persuader. — Le sens est ici qu'il n'est pas homme à conclure d'un mot (B.). — Étym. : latin, mutum.
MOUCHER (1-336). — Les lettres anonymes mouchèrent. — Moucher dérivé de mouche, aller de çà et de là comme les mouches. — Étym. : latin musca.
MOUCHES (Mangé des) (11-236). — Mon frère tçouva que la chute de Desmaretz était bien assez profonde, sans se trouver encore mangé des mouches dans le lieu de son exil. — Cette métaphore est un souvenir d'un supplice barbare. — Étym. : musca.
MOUSSE (YIII-6.) — On n'oublia rien pour réaliser les soupçons sur le curé, mais on ne trouva que de la mousse qui ne put prendre. — Au propre : mousse, espèce de crème fouettée où l'on mêle d'autres substances; plat léger et peu solide. — Au figuré : acte sans autre valeur que l'apparence. — Étym. : latin musc.
MOUTONS (IX-237). — On fut sans ordre et comme moutons chez les Princes. — Mouton, mammifère ruminant. —
Saint-Simon fait allusion aux moutons de Panurge de Rabelais, sots imitateurs qui suivent à l'aveugle un à un le premier d'entre eux qui se jette à la mer. — Étvm. : bas latin multo. Suivant Diez, le mouton étant un bélier châtré, son nom viendrait du latin mutilus.
MOZARABIQUES (XVIII-341). —Je voulais voir le rite et la messe si connus sous le nom de mozarabiques. — Liturgie particulière conservée par le? Espagnols, après l'expulsion des Maures. — Étvm. : mozarabe, de l'arabe mostearab, arabisé, par opposition à arab qui désigne l'arabe pur.
MUGUETER (1-41 . — Monsieur muguetait la riche succession de Mademoiselle. — Au figuré : courtiser en faisant le galant, le muguet, nommé de la sorte à raison de l'essence avec laquelle il se parfumait. — Étym. : muguet qui dérive, du latin, muscus, musc.
MUSELER (XVI-366). — Pour gouverner, museler le Roi. — Au propre : empêcher de mordre, par une entrave. — Au ligure : réduire au silence. — Étvm. : museau, anciennement musel, diminutif de muse qui veut dire bouche dans notre ancienne langue. On trouve en latin musus dans un texte du VIIIe siècle, muse a donné en français museler, en provençal mursel qui vient de morsellum. (Brachet.)
NAGER vXVI-53). — Je nageais dans ma vengeance. — Au propre : se soutenir dans l'eau. — Etre baigné dans un liquide. — Au figuré : être en plein dans quelque chose. — Étym. : latin navigare.
NEZ BON (XVIII-287). —Comme ils avaient le nez bon. — Au propre : avoir le nez fin, avoir du flair. — Au figuré : pressentir et deviner une chose. — Étym. : latin nasus.
NEZ TOURNÉ (11-190). - Le comte de Mailly était un des hommes de cour qui avait le nez le plus tourné à une grande fortune. — Au propre : organe faisant partie saillante de la face, siège de l'odorat. — Au figuré : c'est un mot qui est souvent employé aux métaphores les plus diverses. On parle des gens qui ont le nez fin, qui ont bon nez, c'était le cas du comte de Mailly, qui était très avisé. — Ëtym. : latin nasum; on écrivait d'abord nés on a mis un z pour indiquer la prononciation fermée.
NICODÈME (XI-356). — Le duc de Noailles qui ne voyait le duc d'Orléans qu'en Nicodème. — Nicodème est un personnage des Évangiles apocryphes. Son nom est quelquefois synonyme de simple d'esprit. — Nicodème, dont parle aussi saint Jean, visita en secret Jésus-Christ pendant sa vie, et ne révéla son inclination pour la religion nouvelle qu'après la mort de son fondateur. Saint-Simon dit ailleurs (XII-229) : 77 ne paraissait à l'Archevêché que quelques Nicodèmes, tremblants sous V effroi de la synagogue. Ce passage éclaire le sens de l'autre. — Étym; : nom propre d'une origine grecque.
NOISE (VII- 292). — Il y avait une autre noise dans la maison de Condé. — Noise, querelle bruyante et tapageuse. — Étym. : inconnue. En provençal on dit nosa, dans l'ancien espagnol, noxa. — Y a-t-il un lien entre cette expression et nausea, nausée? (H.). Livet (Lexique de la langue de Molière) cite ce passage du livre de Joach. Perion, De linguœ gjllicœ origine. « Que pensez-vous, dit-il, de ce mot que nous avons presque toujours à la bouche dans les rixes et les altercations, quand nous disons : une noise s'est élevée, exciter ou faire noise? — Ce mot, repris-je, estNosos. Nosos en effet ne signifie pas seulement
maladie, comme on le croit d'ordinaire, mais encore tout trouble de lame ».
NON-PLUS (XrX-126). — Ces raisons, qui prévenaient toute réplique, mirent le duc d'Orléans à non-plus. — Étvm. : non plus ultra — ou nec plus ultra. — Rien au delà. — Allusion à la devise d'Hercule gravée aux limites du monde. - Le sens parait être ici : porter au plus haut degré, mettre à bout.
NUE (Fendre la) (XIX-50). — Elle aurait été faite exprès pour fendre la nue à l'Opéra. — Se montrer dans les apothéoses de l'Opéra comme une dresse et traverser ainsi le ciel du théâtre. — Étvm. : latin nubes.
NUES (X-239). — Cette tendresse avait pu amener Louis XIV, à prodiguer aux enfants de son amour les charges et les biens, même à marier leurs sœurs dans les nues. — Au propre : une vapeur suspendue dans les airs. — les espaces des airs — le ciel. — Au figuré : la position la plus haute.
OBOLE (XII-381). — Jamais elle n'en a reçu une obole. - Monnaie grecque valant le sixième de la drachme. On appelait ainsi autrefois, en France, la maille, moitié d'un denier. — Au figuré : très minime somme. — Étym. : latin
oholus.
OBOMBRÉ ( lV-2ri). — M. de Vendôme de sa part ne disputa rien à Tessé et évita sagement d'en être obombré. — Éclipsé
— mis à l'ombre. — Étvm. : latin obambrarc.
OBSERVER (X1II-460). — J'ai eu l'honneur de vous observer.
— Cette forme est peu usitée, on dit mieux dans ce cas faire observer : en effet c'est celui qui écoute qui doit regarder, et observer, non celui qui parle et qui a déjà vu.
— Étym. : latin obseroare.
ŒIL (1-99). — Clérambault étant dans les basses charges chez Monsieur donna dans l'œil de la Comtesse du Plessis. — Donner dans l'oeil : être bien vu — plaire, terme familier resté tel et plus usité au X.YL siècle qu'au XVIIIe. — Étym. : latin oculum.
OILLE (XVIH-263). — Une oille excellente suppléa à d'autres mets dans ce souper à l'espagnole. — Oille, mets espagnol, ragoût de diverses viandes cuites ensemble, — olla podrida, pot pourri. — Éïym. : espagnol olla.
ONÉRAIRE (Tuteur) (IV-183). — Aligre fut le tuteur onéraire du fils du comte de Soissons. — Le tuteur onéraire administrait autrefois les biens du mineur, le tuteur honoraire veillait seulement à son éducation. — Étym. : latin onus.
ONGLES (Oter les) (XVI-229). —Il faut leur ôter les ongles afin qu'ils ne puissent venger leur malheur. — Au propre : lame cornée de l'extrémité des doigts. — Au figuré : rogner ou ôter les ongles, mettre quelqu'un hors d'état d'agir, le paralyser. — Étym. : latin ungula.
ONQUES (VI1I-18). — Onques depuis n'y suis retourné. — One et onques. synonyme de jamais. — Étym. : latin unquam.
ORDE (11-306). — Les mêmes qui l'avaient servie pour faire passer son fils chanoine, avec cet orde quartier, de la Varenne. — Quartier a ici le sens de rang d'après le blason. — Orde, sale, ignoble. — Étym. : latin horridum.
OREILLE (V-275). — D'Antin ne fit que glisser et secouer les oreilles. — Au propre : oreille, organe de l'ouïe. — Ici au figuré : faire un mouvement de tête et s'en tenir là. — Étym. : latin auricula.
OREILLE (VIII-181). — M. de Beauvillier se jeta dans mon oreille et me dit. — Parler à l'oreille, parler bas, en secret, mystérieusement. — L'ellipse de Saint-Simon est plus forte encore. Le sens est : s'avancer rapidement pour parler bas, et en secret.
OREILLE (N'avoir qu'une) (Parallèle des trois Rois, page 11 i). — De sa vie ce prince n'eut qu'une oreille sans jamais vouloir écouter que ceux à qui il fut livré. — Au figuré : n'entendre qu'un avis, qu'une voix, qu'un son, se refuser à écouter un autre conseil.
ORVIÉTAN (XIV-275). —Ainsi se débite l'orviétan de Rome. — Au propre : sorte de thériaque apportée d'Orviéto, au commencement du XVIIe siècle, par un charlatan nommé Jeronimo Ferranti, qui en fit un grand débit sur un théâtre voisin du Palais de justice et du Pont-Neuf. Dans l'Amour médecin, de Molière (II-6) on chante les vertus de l'orviétan. — Au figuré : charlatanisme. — Étym. : italien orvie tan o.
OSIER (XI-218). — Le maréchal de Villeroy sut se maintenir en osier de cour dans les contretemps qu'il essuya. — Au propre : Petite espèce de saule, très souple. — Au figuré : courtisan qui a le caractère souple et pliant comme l'osier. — Étym. : grec, oigoç.
OUTRECUIDER S) (IX-93). — Ce qui n'empêcha pas le maréchal de Boufflers de se faire pesamment sentir à qui s'outrecuidait à son égard. — Avoir une confiance excessive. On n'emploie plus que l'adjectif outrecuidant. — Étym. : Outre, latin ultra : — Cuider, latin : cogitare.
OUTREPASSER (XI-278). — S'il se trouve des traités qui outrepassèrent les règnes des Princes. — Aller au delà. —
Ëtym. : outre, qui vient du latin ultra et passer du latin passus.
PAÏENNE (Parallèle des trois Rois, page 231). La flatterie la plus basse, la plus énorme, la plus païenne. — Païenne née du paganisme ou culte du polythéisme antique, qui persista plus longtemps parmi les campagnards. — Étym. : latin paganus, paysan.
PAILLE (Lever la) (XVII-207). — C'est bien de ceci qu'on peut dire ce mauvais proverbe : Cela lève la paille. — Au propre : tige d'une plante céréale dont on a enlevé le grain. — Ici, au figuré, lever la paille signifie : avoir du succès, l'emporter, par allusion à la vertu de l'ambre qui attire les corps légers. — Étym. : latin palea.
PAILLE (XIX-15). — Son maître n'osait, sans lui, remuer la moindre paille. — Au figuré : entreprendre la chose la plus simple.
PAIN ET FROMAGE (XVIII-185). — L'ambassadeur d'Hollande mangeait son pain et son fromage dans sa poche, c'était un homme qu'on ne voyait jamais. — Au figuré : vivre isolément, d'une façon très étroite et parcimonieuse. — Ëtym. : pain, panis; fromage dérivé de forme, lait caillé dans une forme, latin, forma.
PANADER (Se) (III-336). — M. de Vendôme se panadait et amusait le Roi tantôt d'un courrier, tantôt d'un officier, pour appâter ces grandes nouvelles. — Faire le paon, se pavaner. — Étym. : expression dérivée du latin penna, on écrivait autrefois se penader. Le sens était frapper du pied, piaffer, se redresser, comme l'oiseau qui bat des ailes (penna) avant de prendre son vol. Le cheval au dé-
part fait de même. Rabelais (Livre I, p. 21) applique ce terme à l'homme, comme synonyme de se vautrer, de tirer ses membres. « Puis se gambaioyt, penadoyt, et pailiardoyt, parmi le lict quelque temps pour mieulx esbaudir ses esprits animaux ».
PANIER PERCÉ (IX-429). — D'Aumont avait été toute sa vie
un panier percé qui avait vécu d'aventures. — Au propre :
réceptacle en osier. — Au figuré : panier percé, homme
qui laisse tout échapper et qui perd ce qu'il possède.
- Ét.ym. : latin panarium, corbeille à pain.
PANNE (IX-265 .11 s'en alla à Vichy où il demeura longtemps en panne. — Au propre : panne, étoffe de laine semblable à la peluche, voilure d'un navire. Être en panne, c'est avoir disposé les voiles de telle sorte que le vaisseau soit immobile. — Au figuré : rester en panne, ne pouvoir avancer. — Étym. : latin pcnna, plume.
PANNEAU (XVIII-187). — Je ne sais si ce fut ignorance ou panneau. — Au propre : nappe ou filet pour prendre le gibier. — Au figuré : piège. — Étym. : pan, latin pannum.
PANTALON (XX- 105). — Alberoni se vanta que les revenus des deux églises lui suffiraient pour vivre commodément à Madrid, à la barbe de Pantalon. - - Pantalon désigne ici le Pape. — Étym. : nom propre d'un personnage de la Comédie italienne, à culotte longue, originaire de Venise, où le culte de San Pantalone (Saint Pantaléon) est fort répandu (H.)
PAPEGER (VIII-317). — Harlay premier président, qui papegeait pour la place de chancelier. — Étym. : viser au but, ce mot ne se trouve que dans Saint-Simon. 11 est tiré du mot papegeai, qui signifiait autrefois perroquet d'Ame-
rique, et aussi l'ois'eau de carton placé au bout d'une perche pour servir de but aux archers; on disait également papegaut. Littré dit que ce mot vient de l'arabe babbaga, perroquet.
PAPILLON (V-3). — C'était une étrange folie que de voler le papillon, aux dépens de l'objet si principal, de prendre Turin.
— Au propre : insecte qui a quatre ailes colorées. — Au figuré : voler le papillon c'est s'amuser à des choses frivoles; la locution est prise du faucon, qui, ,au lieu de poursuivre les oiseaux de chasse, s'attache à un papillon-
— Étym. : latin papilio.
PAQUETÉ (V-447). — Monseigneur sera paqueté contre son fils. — Excité contre une personne, emballé comme on dit à présent, monté contre quelqu'un à raison des paquets qu'on a faits. — Étym. : anglais packet, d'un radical pac, d'origine celtique (H.).
PARANGONNER (11-180). — La maison de Rohan n'osa se parangonner aux deux autres. — Parangon, terme de comparaison, modèle. — Étym. : espagnol parangon.
PARENTELLE OU PARANTELLE (XII-235). — La parentelle et le régiment des gardes tinrent lieu de tout. — Parenté. — Étym. 'AdXmparentela.
PARFIN (Parallèle des trois Rois, page 131). — Henri IV se faisait rendre un compte exact de l'exécution de chaque chose jusqu'à parfin. — Parfin, substantif féminin, avait le sens de fin dernière; on disait : la parfin. — Étym. : par dans le sens archaïque du superlatif et fin qui vient du latin populaire finam.
PARTIALISER (Parallèle des trois Rois, page il). — Les Édits causèrent des troubles qui partialisèrent toute la France. — Partialiser, prendre tellement le parti de quelqu'un, qu'on a peine à entendre ce qui lui est contraire. — Ëtym. : partial, qui vient de part partie.
PARTICULIERS (VII-402). — Les fréquents particuliers donnèrent à parler. — Particulier, réunion où ne sont admises que les personnes intimes. — Étym. : latin particularis.
PASSADE (XIX-108). — Breteuil alla descendre chez le curé, faute d'hôtellerie, lui demanda familièrement la passade, comme un homme que la nuit avait surpris. — Au propre : action de passer dans un lieu sans y séjourner. — Au figuré : assistance que quelqu'un demande en passant. Étym. : italien passata.
PASSE-PASSE (XVII-13). — Un tour de passe-passe continuel pour tirer de l'argent. — Escamotage. — Étym. : composé de passe, impératif redoublé du mot passer; le mot muscade est sous entendu. Passer vient du latin passus.
PASSER par les armes ) (XII-87j. — Passer sous les fenêtres de M"10 de Montespan qui n'épargnait personne, les courtisans disaient que c'était passer par les armes et ce mot passa en proverbe à la cour. — Passer par les armes. Passer au fil de l'épée. — Le sens est : traverser, perforer par des traits piquants et satiriques.
PASSE-VOLANT (Lettre de Saint-Simon au cardinal Dubois du 23 février 1722) (L'Ambassade d'Espagne, publiée par Drumont, page 300). — Vos bontés ont su me frayer un chemin de roses, qui, joint aux grâces du passe-volant, fait tout mon mérite. — Intrus, parasite, homme qui s'introduit
dans une compagnie et prend part aux plaisirs sans rien payer. A l'origine les passe-volants étaient des soldats de rencontre que les capitaines, faisaient passer en revue pour compléter l'effectif, ils en touchaient la solde indûment. Étym. : passe et voler, latin populaire passare; latin volare.
PATIENCE (donner). (Œuvres inédites 11-89). — Maintenant que mon testament est fait, ils me donneront patience. — Vertu qui fait supporter tout sans murmure. — Calme, sang-froid, tranquillité. — Étym. : latin patienlia.
PATRIOTE (V-149). — Patriote, comme était Vauban, il avait été toute sa vie touché de la misère du peuple et de toutes les vexations qu'il souffrait. — Dévoué à sa patrie. Ce mot paraît avoir été créé pour Vauban, dit de Boislisle. C'est au XVIIIe siècle qu'il apparaît plus souvent avec le sens de dévoué à la patrie. Littré dit qu'il était connu dès le XVIe siècle. — Étym. : latin ecclésiastique patriola, latin ancien patria.
PATTE (graisser la) (XV-403). — Entre nous, je graisse la patte à son secrétaire. — Au propre : patte, membre de l'animal servant à marcher. — Graisser la patte pour rendre la marche moins pénible et empêcher les déchirures du pied. — Au figuré : donner de l'argent à une personne pour se la rendre favorable. — Étym. : vient d'un radical pat qui se trouve aussi dans l'allemand patsche, patte (L.).
PAVÉ (VI-211). — Chacun se mit à tâter le pavé sur un voyage de 15 lieues chez Vendôme à Anet. — Tâter le pavé. Au figuré : essayer la route, avant de se décider à partir. Étym. : ancien français pavement, latin pavire, paver.
PEAU (XlV-357). — Il ne se dépouillerait pas de cette vieille peau jésuitique. — Au propre : dépouille d'un animal. — An figuré : enveloppe, apparence extérieure. — Étym. : latin pellem.
PEAU D'ESPAGNE (Parallèle des trois Rois, page 117). — Le rétablissement des jésuites fut l'ouvrage de ces trois hommes si unis, si parfumés de peau d'Espagne et dont la Ligue avait anciennement gangrené l'âme. — Les peaux d'Espagne sont les dépouilles d'un animal, bien passées, parfumées, et d'une senteur agréable : Saint-Simon fait allusion aux rapports intimes et secrets des personnages qu'il désigne, avec les Espagnols qui les avaient gagnés.
PÉCUNIEUX (V-251). — Un provincial inconnu et peu pécunieux. — Qui a beaucoup d'argent — n'est plus usité. - Étym. : latin pecuniâ.
PEIGNÉ Mal) (XVIIM86). — Je ne sais où l'abbé Dubois avait pris un animal si mal peigné. — Au propre : nettoyer avec le peigne; tenir propre. — Au figuré : mal peigné celui qui manque d'élégance et dont l'allure, l'humeur et la tonne laissent à désirer. — Étym. : peigne, latin pectinem.
PÈLERIN (V-59). — La d'Heudicourt qui connaissait le pèlerin ne savait que devenir pour s'empêcher de rire. — Homme pieux et adroit (Acad. de 1718). Molière dit « situ connaissais le pèlerin tu trouverais la chose assez facile pour lui » (Don Juan). Étym. : latin peregrinum.
PELOTE (Œuvres inédites IV-451). — Bientôt la pelote grossit de la plus proche famille et des plus anciens amis des ducs de Beauvillier et de Chevreuse. — Au propre : boule que
Ton fait avec du fil, avec de la neige et qui grossit de la sorte. — Au figuré : accumulation d'influences et d'intérêts. — Étvm. : autrefois pilote de l'italien pillotta dérivé du latin pila.
PENDANTS D'OREILLES [IV-113), — Ces deux frères furent de cruels pendants d'oreilles pour Guiscard leur aîné dans sa fortune et dans sa richesse. — Au propre : ce qui pend des oreilles également et pèse sur elles. — Au figuré : ici réunion de deux êtres, se correspondant symétriquement comme les pendants d'oreille, agissant uniformément et à ce titre puissants par leur union. — Étym. : pendre, latin pèndere.
PERCER (XIII-28). — Dubois voulait percer par l'Angleterre. — Se faire un passage, arriver au but. — Étym. : latin pertundere.
PERCER D'UN REGARD (V1I-199). — J'étais infiniment attentif à percer M. le duc d'Orléans de mes regards. — Percer, faire une ouverture, atteindre et blesser quelqu'un. — Au figuré : atteindre profondément avec des yeux vifs et pénétrants.
PERCÉS (Parallèle des trois Rois, page 87). — Les percés de naturel se faisaient jour quelquefois. — Ce terme a le sens de pointes ou caractères distinctifs du naturel.
PERCHE (Se battre à la; (XII-276). — Je me suis battu à la perche, pour en retrancher. — Au propre : un faucon qui se bat à la perche est celui qui est attaché à une longue pièce de bois et qui se débat.. — Au figuré : faire de vains efforts. — Étym. : latin pertica*
PERPENDICULAIRES (Révérences) (1-109). — Voilà une femme qui, entre ses deux poings, lui faisait des révérences perpendiculaires et des compliments tant qu'elle pouvait. — Perpendiculaire, qui se dirige sur un plan, sans pencher ni d'un côté ni de l'autre, c'est-à-dire en faisant avec ce plan deux angles droits (L.). — Étym. : latin perpendicularis.
PERSIL grêler sur le) (Mil- 105). — C'était grêler sur le persil. — Au propre : plante potagère. Au figuré : ici perdre ses efforts sur une chose minime. — Étym. : persil, latin populaire petrositicum. — Grêler, grêle, grain de glace, origine inconnue, vient peut-être du breton gresills (Dictionnaire de Trévoux).
PÉTAUDIÈRE (1-315). — Nous nous assemblâmes... après une longue pétaudière, il fut résolu que le Roi serait informé. — Réunion où personne ne s'entend. — Étym. : dérivé de Pétaud, nom propre de fantaisie, venant de péter. La Cour du roi Pétaud où chacun commande. Ce mot est dans Rabelais (III-6). —Molière {Tartufe, II) dit : « Et c'est justement la cour du roi Pétaud. » Le dictionnaire de Trévoux porte : La cour du Roi Pétaud, curia Jterji.s Pelavii. Peut-être les jésuites voulaient-ils faire une malice à l'un des leurs, le Pétaud, Petavius, auteur du Rationarium temporum. Génin suppose que le Roi Pétaud est le Roi des mendiants qui disent : je demande (peto), d'où l'origine du mot. Au moyen âge les pétauts ou pitauts étaient des paysans, armés, payés de pitres, quarts de deniers; une réunion de pitauts ou pétauds était une pétaudière. La Cour du Roi Pétaud est celle des laquais où chacun, en qualité de Roi Pétaud, est l'égal des autres et veut être le maître. (Livet, Lexique de la langue de Molière.)
PÉTER DANS LA MAIN (VI-5). — Cet avortement de dessein ne faisait qu'irriter davantage ces personnes à qui Chamillart rêvait de péter dans la main. — Au figuré : faire défaut, manquer au moment nécessaire, par allusion au mousquet qui éclate entre les mains. — Étym. : latin pedilus.
PÉTILLER (1X-82). — Le Chancelier à pétiller et à me demander le nom de celui à qui il devait tout. — Au figuré : montrer une impatience extrême, — brûler, griller de faire une chose. — Étym. : peter, laisser échapper de petits bruits secs, latin peditum.
PETIT (XII-41). — Il régna dans le petit. — Le petit, ce qui a un caractère de petitesse. — Saint-Simon reproche au Roi d'avoir préféré les gens de basse condition aux Grands seigneurs. — Étym. : incertaine, peut être du celtique jt?if, qui signiûe une chose pointue, mince.
PHARISIEN (1-349). — M. d'O avait tant l'air, l'austérité, les manières d'un pharisien, que j'étais toujours tenté de lui couper son habit, en franges par derrière. — Au propre : secte des Juifs très attachée au culte extérieur. Les pharisiens allongaient les franges de leurs habits pour se distinguer des autres Juifs. — Au figuré : personnage hautain, orgueilleux. — Étym. : latin pharisœus.
PIAFFER (II-3). — J'y vis Tessé avec un chapeau gris, qui piaffait et se pavanait de son chapeau. — Piaffer, attitude du cheval qui frappe bruyamment du pied en relevant les jambes de devant. — Au figuré : témoigner une vive impatience. — Étym. : inconnue.
PIED DU MUR (XVII-31). — Massillon, au pied du mur, étourdi. — Au propre : base sur laquelle un objet pose. — Au
figuré : être au pied du mur, n'avoir pas d'échappatoire
— Étym. : pied, latin pedem; mur, latin murum.
PIEDS DANS L'EAU (XVM91). — Elle y aurait passé les nuits les pieds dans l'eau. — Au figuré : par analogie avec le soldat en campagne, indique la résignation à une situation difficile.
PIEDS JOINTS (Sauter à) (YII-309). — Ce n'était rien au Roi de sauter à pieds joints les fils de France. — On disait autrefois aussi à joints pieds. — Au propre : s'élancer et franchir un obstacle en rapprochant les deux pieds, et en particulier les talons. — Au tiguré : exécuter une résolution malgré toutes les difficultés pouvant résulter soit des personnes soit des choses. — Étym. : pied, latin pedes, joint du latin j ungere.
PIFFRE (XXH-435 . — Je ne voulais pas faire avec ce piffre de moine une scène ridicule. — Proprement gros homme enflé de ventre et de visage. C'est le même mot que le terme français du XVIe siècle, pitre, joueur de flûte — qui a les joues gonflées comme celles d'un joueur de flûte-
— Étym. : pifre, joueur de flûte vient de l'italien pifero (fifre). Ce mot a eu pour dérivé s empiffrer, seul encore en usage. (Brachet.)
PIGEON PRIVÉ (XI-35). — M. d'Aumont ne se cacha plus guère d'avoir été un pigeon privé. — Au figuré : homme qu'on fait entrer dans quelque complot pour trahir ceux qui y prennent part. On dit aujourd'hui plutôt mouton.
— Étym. : latin pipionem.
PINCÉ (X-277). — Il eu naissait un contraint, un concentré dois-je même dire, un pincé, qui éloignait de lui. — Pincé,
serré fortement. — Au figuré : qui a un air raide, contraint, et peu avenant.
PINCER (IX-152). — Ce raffiné musicien me pinça mélodieusement deux cordes qui rendirent tout le son qu'il s'en était promis. — Terme de musique, faire vibrer les cordes d'un instrument en les tirant vivement avec le bout d'un doigt. (L.). — Ëtym. : germanique pfitzen.
PIQUET (XVII-135). — Dangeau s'appliqua à savoir parfaitement les jeux qu'on jouait alors : le piquet etc. — Jeu qui se joue avec 32 cartes, où, celui qui compte trente points avant que l'autre en ait un, marque 60, ce qui s'appelle faire pic. — Étym. : piquer, entamer, traverser, vient de pic origine inconnue (H.). Pic est un mot d'origine celtique pic, pointe. (Brachet.)
PISSER (11-28). — Mmc de Choisy alla voir la comtesse de Fiesque, l'envie de pisser la prit. — Évacuer l'urine. — Ce mot était parfaitement usité dans la société au XVIIe siècle, comme on peut le voir dans les lettres de Mme de Sévigné.
— Étym. : inconnue.
PISTOLET SUR LA GORGE (XVI-436). — La place de contrôleur ne mit pas Law à l'abri du pistolet sur la gorge, pour ainsi dire, du prince de Conti. — Au propre : arme à feu légère.
— Au ligure : exaction d'argent par contrainte. — Étym. : italien pistolese, proprement de Pistoie.
PITANCE (XVI-204). — J'avais vu sa pitance et jusqu'à ses remèdes. — Portion donnée au réfectoire d'un couvent, consistance d'un repas. — Étym. : pitié au sens de piété, la pitance des moines résultant souvent de dons pieux (H.). En bas latin- pi laneia.
PLAIT-IL, MAITRE? (Xl-410). — Nous n'étions pas là pour être devant lui (Le duc de Noailles), à plaît-il, maître? — Plaît-il? formule de politesse familière. — Que voulezvous? que dites-vous? Plaît-il, maître, était un terme d'usage dans les écoles d'autrefois. On disait d'un homme qui avait une complaisance servile pour un autre, qu'il était auprès de lui à plaît-il, maître? — Êtym. : latin placere.
PLANCHE (VIIÏ-404). — Cet établissement parut à l'oncle et à la nièce une planche, après le naufrage. — Au propre : planche, morceau de bois refendu. — Au figuré : ressource suprême, en cas de naufrage. — Saint-Simon lui donne quelquefois le sens de précédent ou d'exemple, pour un cas diflicile à trancher. — Ëtym. : latin planca.
PLAT COUVERT (XV-392). — Je ne servais pas M. le duc à plats couverts. — Au figuré : ne pas se borner à présenter une chose sans observations. Dans l'espèce, Saint-Simon déclare qu'il se réservait de faire valoir ses propres raisons, en toute liberté, auprès de son Altesse Royale, ce qui explique le sens de l'expression. — Étym. : latin populaire plattum.
PLEUREUX (VIII-249). — Si on voyait le duc d'Orléans avec des yeux pleureux, il n'y aurait personne qui ne s'en moquât. — Pleureux, signifie qui vient de pleurer ou qui va le faire. — Ëtym. : latin plnrarc.
PLOMB (VIII-7). — On peut juger de la rage de la cabale, de manquer un coup si à plomb, pour toujours et si continuellement certain. — Au propre : plomb, métal d'un blanc bleuâtre; — fil à plomb ou plomb, morceau de métal, servant à élever verticalement un ouvrage; — être aplomb
c'est être perpendiculairement. — Au figuré : il s'applique à un acte qui a une base solide, qui est bien conçu et qui atteint le but cherché. — Étym. : latin plumbum.
PLONGEON (VI-5). — Pompadour abandonna la guerre et puis la cour, fit le plongeon au grand monde. — Plongeon. Action de disparaître sous l'eau. — Au figuré : action de disparaître volontairement soit en s'éloignant d'un lieu, soit en faisant un salut très bas. — Étym. : plonger, latin populaire plumbicare. ,
PLUME (Avoir la) (XIV-122). — Verneuil a eu depuis la plume. — Saint-Simon définit parfaitement cette fonction (II- 422} c'est être faussaire public, imiter si exactement l'écriture du Roi, qu'elle ne se puisse distinguer de celle que la plume contrefait, et écrire toutes les lettres que le Roi doit ou veut écrire de sa main, et toutefois n'en prendre pas la peine.
PLUME PAR LE BEC (Passer la) (IX-103). — Charost, plus certain qu'on voulait lui passer la plume par le bec, ne se rebuta pas. — Au figuré : frustrer quelqu'un d'un profit qu'on lui avait fait espérer. Analogie peut-être avec les oiseaux de proie, dressés à voler à la chasse et entravés dans leur désir de tuer leurs prises, parla disposition d'une plume dans le bec. On peut comparer à cette locution L'expression oison bridé, animal auquel on a passé une plume par les narines, pour l'empêcher de traverser les haies. Molière dit, dans les Fourberies de Scapin (III-5) : « Nous verrons cette affaire et je ne prétends pas qu'on me fasse passer la plume par le bec ». — Étym. : plume, latin pluma.
POELE (Mettre sous le) (Parallèle des trois Rois, page 62). — Gabrielle n'oubliait rien pour épouser Henri IV, pour mettre
sous le poêle les enfants qu'elle en avait. — Poêle, lame d'or qui couvrait la tête d'un Pape, d'où le sens de voile que l'on tient sur la tête des mariés pendant la bénédiction nuptiale. — La légitimation des enfants naturels s'accomplissait de la sorte, par le placement sous le voile des enfants nés avant le mariage. — Étym. : latin petalum.
POIGNARDÉ (IX-443). — Je le croyais trop juste pour cesser de m'aimer, pour avoir été poignardé par son traître de fils. — Au propre : frapper avec un poignard. — Au ligure : attaquer avec violence et trahison. — Étym. : poing, qui vient du \a.[in pugnum.
POIL ET PLUME (IV-392), — Sur la débauche le grand prieur, avait de plus que M. de Vendôme d'être au poil et à la plume. — A deux usages. Un chien est au poil et à la plume quand il arrête toute sorte de gibier. — (Acad. 1718). Furetière [Roman bourgeois) écrit : « Le nom d'Angélique est au poil et à la plume, passant partout, bon en prose et en vers. » — Au figuré : ici, fréquenter pour ses débauches des personnes des deux sexes indifféremment. — Étym. : poil latin pilum, plume, latin pluma.
POILS Brave à quatre) IX-.'X)!» . — Il passa pour un brave à quatre poils. — Au propre : production épidermique. — Se disait de la soie dans les étoffes de freluche ou soie. — Velours à trois poils, dont la trame a trois fils de soie, et par là est supérieure en qualité à celle de deux poils. A donné naissance au figuré au mot brave à trois poils, homme solide, d'une bravoure éprouvée. — Molière dit « c'est un brave à trois poils (Scène XI, Précieuses ridicules) . On a voulu à tort tirer cette métaphore de l'habitude prétendue d'effiler les deux bouts de la moustache et de la
royale, car au XVIIe siècle la moustache était, non effilée, mais retroussée et ébouriffée ; l'assimilation avec le poil de velours est plus justifiée. — Ëtym. : poil, latin pilum. Brave : italien bravo. Suivant Littré brave viendrait du latin rabidus avec l'addition de la lettre B. Saint-Simon dit : à quatre poils, métaphore également usitée autrefois.
POINTE (11-16). — Le Czar, bien qu'incognito, suivant sa pointe.
— Au propre : extrémité amincie : Au figuré : résolution constante. Pointes a aussi le sens d'objets piquants, de résolutions vives, d'actions de se pousser rapidement en avant (XII-50) : « Un neveu avec des pointes de débauche ». — Étym, : latin punctum.
POINTS SUR LES I (XIV-297). — Les points sur les i qu'y mettait le Chancelier. — Au propre : signe orthographique employé pour rendre l'écriture plus lisible. — Au figuré, ici : insister avec détail sur les choses. — Étym. : latin punctum.
POINTER (XI-49). — Je pointais mes oreilles et mon entendement à pénétrer où il voulait se conduire. — Diriger sur un point. — Étym. : latin punctum.
POIRIER (XVII-254). — Madame de Torcy, accoutumée avec Fréjus, si longtemps poirier, commensal et complaisant de sa maison, l'entreprit à table sur la croix que lui avait donnée Dubois. — Se dit d'un parvenu que l'on a connu dans une situation fort obscure, comme certain paysan le disait d'un saint de sa paroisse, dont il ne voulait pas saluer la tigure, parce qu'il l'avait connu poirier dans son jardin.
— Étym. : poire, latin pira.
POMMÉ (11-234). — Le frère de Chamillart, qui était dans la marine, était un sot et un impertinent pommé. — Au propre : arrondi en pomme. — Le chou, arrivé à la forme ronde, est
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dit pommé. « Est-il fou comme chou à pommer? » écrit Rabelais. Au figuré : achevé. — Étym. : latin pomum.
POMPER (III-367). — Je ne pus m'accoutumer aux grands airs du Maréchal de Villeroy, je trouvais qu'il pompait de l'air de partout et qu'il en faisait une machine pneumatique. — Au propre : pomper, aspirer ou refouler un liquide ou un gaz, avec une machine. — Au figuré : se dit d'une personne gonflée d'importance, qui tire tout à elle. — Étym. : pompe, d'origine incertaine. Ce mot vient de l'allemand pompy dit Furetière. Le terme allemand est en réalité : pumpe.
PORPHYROGÉNÈTE (11-340). — Dans les commencements, le Prélat contraignit son naturel brutal, comme sont tous ceux de sa famille, et plus que qui que ce soit, les bourgeois porphyrogénètes, c'est-à-dire nés dans toute la considération et le crédit d'un long et puissant ministère. — Etym. : on donnait le nom de Porphyrogénètes aux fils des empereurs byzantins, nés depuis l'avènement de leur père au trône, dans un palais de porphyre, où les impératrices faisaient leurs couches.
PORTATIF (XIII-51). — L'argent devenait portatif avec la plus grande facilité. — Chose qu'on peut porter sur soi, avoir toujours à sa disposition. — Étym. : porter, latin portare.
PORTE-LETTRE (VII- 29). — Il pria le commissaire de se charger d'un porte-lettre qu'il lui fit doucement couler. — Espèce d'étui ou de bourse qui est de cuir et quelquefois de broderie, qui sert aux gens d'affaires à mettre leurs papiers (Furetière). Ce mot n'est plus usité, on dit : porte-feuille. — Étym. : latin portare et littera.
PORTE-MANTEAU (IX-333). — La Varenne était le porte-
manteau d'Henri IV. — Serviteur qui portait les vêtements du prince. — Étym. : manteau, latin populaire, mantellum, d'où mantel et manteau.
POSSÉDER (Parallèle des trois Rois, page II). — Un obscur Italien posséda la Reine Mère tant qu'il vécut. — Posséder quelqu'un, le gouverner à son gré. « Ne possédez-vous pas son esprit et son cœur! », a dit Racine dans le même sens (Esther, III-2). — Étym. : latin possidere.
POSTE (courir la! (Œuvres inédites, VII-267). — La femme communie sans cesse et en courant la poste, et prend à toutes mains. — Courir la poste. — Au figuré : agir précipitamment. — Étym. : relai ou dépôt de chevaux; latin posita, mis en dépôt.
POSTICHE V-56). — J'ai vu bien des fois Mmc de Beauvillier, m'avouer ce que lui coûtait le souvenir de la mort de ses enfants, renouvelé à tous les moments par le fils et la bellefille postiches. Qui remplace artificiellement la nature. Mme de Beauvillier voyait ses neveux traités comme ses enfants, sans l'être autrement qu'en apparence. — Étym. : italien posliccio, de poslo placé.
POT (1-323). — Lauzun n'était pas un homme à durer longtemps au pot et au logis d'autrui. — Au propre : vase de ménage — marmite où l'on fait bouillir la viande, pot-au-feu. — Au figuré : nourriture dans une maison. — Étym. : latin populaire pottum.
POT AU LAIT (IX-141). — Ce pot au lait de la bonne femme et qui aussi en eut le sort, ne fait pas honneur aux deux têtes qui l'entreprirent. — Au propre : pot où on a l'habitude de mettre le lait. — Au figuré : espérance chimérique, châteaux en Espagne détruits par l'événement, comme
dans la fable de Peirette (La Fontaine, VJI, 10), ou dans le récit de Rabelais (1-32) du « cordouanier qui, se faisoyt riche par reverye, puys le pot cassé, n'eut de quoi dîner ».
POT AU NOIR (IX-28). — Le nom de janséniste est un pot au noir de l'usage le plus commode, pour perdre qui on veut.
— Au propre : vase de terre ou de métal — pot au noir, où l'on met quelques substances noires, le cirage, etc. — Au figuré : mésaventure, situation dangereuse.
POTENCE (X-67). — J'allai à la noce comme on va à la potence.
— Au propre : poteau vertical et poutre horizontale servant à la pendaison avec la corde qui y est fixée. — Au figuré : tâche fâcheuse et désagréable, supplice qu'on ne peut éviter. — Étvm. : latin potentia, appui.
POU (X-359). — Il était comme un pou entre deux ongles. — Au propre : insecte parasite. — Au figuré ici : être dans la position la plus critique. — Étym. : latin populaire
pediculinn.
POUFFER i Yl-iOl). — Villars se mit à pouffer, à la matamore, et à tenir, à son ordinaire, des propos insensés. — Éclater bruyamment de rire. — Étvm. : onomatopée de pouf, bruit dune chute.
POUILLE chanter; (III-347). — On surprenait la Princesse d'Harcourt à voler au jeu, elle chantait pouille et empochait.
— Pouille, reproche injurieux. — Étym. : pouil, ancienne forme du mot pou.
POUILLER (II- 225). — Leurs amis les pouillèrent et les encouragèrent. — Pouiller. — Dire des pouilles à quelqu'un, le presser d'une façon violente.
POULETTE (IX-398). — Cette Mouchy fut une étrange poulette.
— Au propre : une poule. — Au figuré : fillette. — Étym. : latin pulla, féminin de pullus, petit animal.
POULIER (V-81). — Madame de Soubise ne permettait pas de songer à poulier cette branche de la maison de Rohan au rang que ses beaux yeux avaient conquis. — Élever quelqu'un comme avec une poulie. — Étym. : bas latin polea.
POUPÉE (IV-305). — Le Roi faisait sa poupée du régiment d'infanterie (XIV-39). — C'était une petite poupée manquée. — Au propre : petite figure humaine de carton. — Au figuré : jeu puéril, — femme un peu nulle mais bien parée. — Étym. : vient, comme poupard, de l'ancien français poupe, mamelle, qui se raltache au latin populaire puppa, petite fille (H.).
POURPENSER (VII-426). — Je ne cessais de pourpenser, à part moi, quels pouvaient être les moyens d'émousser, dans ce Prince, tant de pointes hérissées. — Méditer longuement.
— Etym. : pour, latin populaire : por; — penser, latin : pensare.
POURPOINT (IX-384), - Il se hâtait d'y manger quelque pourpoint de lapin. — Partie du costume habillant le torse.
— Ici ce mot signifie la partie de devant de l'animal. (Ghéruel). — Étym. : pour et poindre, piquer.
POUSSER LE TEMPS (VIII-114). - Vendôme poussa, à Bayonne, le temps avec l'épaule. — Pousser, déplacer quelque chose. — Mme de Sévigné dit, ainsi que Saint-Simon, dans une phrase qui se trouve être un vers : « Quand le temps me déplaît, je le pousse à V épaule ». (Lettre 1157).
— Étym. : latin pulsare et tempus.
POUSSOTER (VI- 459). —Ils avaient poussoté Vendôme tant qu'ils avaient pu. — Pousser un peu et doucement. — Étym. : latin pulsare. C'est un diminutif créé par Saint- Simon ; il indique des efforts moins grands et plus doux que ceux que marque le mot pousser. Poussoter quelqu'un de sa place, l'en écarter peu à peu.
PRÉCIPUT (XIX-49). — Les Rohans ont tous, en préciput, une finesse de nez qui les porte, sans faiblir, à l'insolence ou à la bassesse. — Le préciput est, en droit, un avantage particulier hors part. — Saint-Simon en fait un don avantageux de la nature. — Au figuré : — Étym. : latin prœcipum.
PRÉGNANTES (XI-271). — C'est la forte considération de raisons si prégnantes. — Preignant ou prégnant, pressant. — Étym. : latin premere. Littré dit que prégnant signifie violent, pressant comme le besoin d'accoucher, et il indique pour étymologie le mot latin prœgnantem, femme enceinte.
PRESTIGES (XVI-220). — Il était enchaîné par les prestiges de l'abbé Dubois. — Fantasmagorie merveilleuse. — Étym. : latin prœstigium.
PRIME (grande et petite) (XVII-135j. — Dangeau s'appliquait à savoir parfaitement les jeux qu'on jouait alors, la grande et la petite Prime, etc. — Jeu où le coup de partie, dit aussi prime, consiste à avoir quatre cartes de couleurs différentes (H.). — Étym. : latin primus.
PRINCERIE (XVIII-241). — Il me contait force gausseries sur la princerie des Rohans. — - Dignité de prince. — Étym. : latin princeps.
PRINCIPAUX (1-426). — Le Roi était peiné de la division que cela avait mise entre deux hommes si principaux. — Important. Il ne s'emploie plus dans ce sens. — Étym. : latin principalis .
PRIVANCES (VII-350). — Il serait à désirer que la liberté des privances et les familiarités trop usurpées se continssent. — Privance, familiarité particulière, à la Cour. — Étym. : privé, latin privare.
PROCUREUR (XVII-210). — La femme de chambre de la duchesse de Sully disait l'état du mal, à travers la porte, aux chirurgiens, et faisait ce qu'ils lui prescrivaient ; mais cette manière de traiter par procureur la conduisit bientôt au tombeau. — Procureur, qui agit pour un autre. — Officier de justice, qui représente devant la justice ceux pour lesquels il plaide. On disait : plaider par procureur. Saint-Simon applique cette expression à la chirurgie, dans l'espèce. — Etym. : latin procurare.
PROSTITUÉS (Parallèle des trois Rois, page 79). — Les
charmes usés, prostitués à tant de gens connus. — Prostituer, livrer à lïmpudicité, avilir. — Étym. : latin prostituere.
PUAMMENT (XÏV-320).— Il mentit bien puamment. — Dune manière puante — qui sent mauvais. — Étym. : latin populaire putire.
PUCELAGE (XVII-27). — J'osai me vanter d'avoir, jusqu'à ce jour, conservé chèrement toute ma vie mon pucelage entier sur les bassesses. — Virginité. — Étym. : Ducange fait dériver ce mot de pucillagium, quasi puellagium, du bas latin pullicella, diminutif de pulla, jeune fille.
PUISSAMMENT (VII-380). — Je parlai puissamment aux ducs de Chevreuse et de Beauvillier. — Avec force. — Étym. : puissant, — latin posse, pouvoir.
QUARTIER (VII-5). — Voysin était aussi d'avis opposé mais avec faiblesse, soit pour sa nouveauté et son peu d'expé-
rience, soit pour voir démêler la fusée et se tenir cependant à quartier. — Au propre : quartier, portion d'un tout. — Partie d'une ville, d'un lycée. Lieu où l'on se retire, lieu de sûreté. — Dans le sens ci-dessus, quartier, adverbe, signifiant à l'écart, a vieilli. — Étym. : quart, latin quaria.
QUINCAILLERIE (IX-250). — Il parlait au Roi chasses; toutes les anciennes intrigues de la Cour et du monde lui étaient présentes, c'était une quincaillerie à fournir abondamment. — Quincaillerie, commerce de quincaillier ou objet de ce commerce; quincaille, ustensiles de fer et de cuivre d'une valeur médiocre, peu estimée. — Étym. : ancien français clinquaille, dérivé de l'ancien verbe clinquer, d'où nous est resté clinquant. Le peuple, fidèle à l'ancienne prononciation, dit encore : clinquaillerie.
RABAIS (11-10). — Cette conversation fut longue et poussée, Monseigneur toujours sur le haut ton, et le Roi toujours au rabais. — Rabaisser, — baisser le ton, parler désavantageusement. — Étym. : ra, et abaisser, faire descendre, composé de a et de baisser, qui vient du latin bassus.
RABROUER (XIV-202). — Je les rabrouai, au lieu de les écouter. — Rebuter rudement. — Étym. : origine incertaine. « Quelques uns dérivent ce mot du latin : rcprobare. » (Furetière).
RACCOISER (XVII-302). — Le duc d'Orléans crut devoir mettre cet intervalle pour laisser raccoiser les esprits. — Rendre coi, apaiser les esprits. . — Étym. : re et accoiser, latin populaire adquictiare, latin quieius d'où vient coi.
RACCOMMODER (XII-29). — Il raccommodait encore ses chausses. — Remettre en état un objet délabré. — Étym. : re accommoder latin accommodare.
RACCOURCI (XV-371). — Ce que je n'en avais dit qu'en raccourci à M. le duc d'Orléans. — Rendre plus court, abréger. — Ëtym. : re-accourcir, qui vient de court; latin
atrium.
RADIEUX (Panégyrique des trois Rois, page 264). — Un favori si radieux. — Au propre : qui a des rayons de lumière.
— Au figuré : éblouissant, animé par la joie. — Étym. : latin, radiosus, radius, rayon.
RAGE MUE (IX-439). — Des copies répandues comblèrent le Maréchal de rage et de fureur, ce fut pourtant une rage mue.
— Rage, maladie virulente du chien qui devient hydrophobe. — La rage blanche, est celle où le chien écume et mord; la rage mue, celle où il écume sans mordre. — Étym. : rage dérive du latin rabies — mue vient du latin muta, muette.
RAMASSER (1-236). ~ Si on ne lui jetterait point quelque propos qu'elle pût ramasser. — Au propre : resserrer en une masse. — Au figuré : relever et recueillir. — Étym. : re et amasser, a et masse qui vient du latin massa.
RAMENTEVOIR (XIV-32U. — Je ne puis me refuser d'en ramentevoir ici quelque chose. — Remettre en l'esprit, rappeler au souvenir. — Étym. : latin re-mente-habere. avoir de nouveau dans l'esprit.
RAMEUTER (VI -459). — Le premier écuyer les rameutait.
— Au propre : terme de chasse, arrêter les chiens qui donnent trop en avant et les obliger à attendre les autres, pour suivre ensemble le gibier. — Au figuré : réunir des gens épars; vient de re et ameuter, réunir à la meute. Meute s'écrivait autrefois muete (le château de la muete) dérivé du latin populaire, movita, signifiant chose mue
RANCES (VIII-17G). — D'Antin inventa un procès sur des chimères, aussi folles que rances, de l'ancien duché d'Epernon. — Au propre : corps gras qui, sous l'influence de l'air, fermente et pèche par l'odeur et la saveur désagréable. — Au figuré : ce qui est vieilli et ne vaut rien. — Étym. : latin rancidus.
RÂPÉ (11-218). — Boucherat eut la râpé de chancelier de l'Ordre, dont M. de Barbezieux eut la charge. — Titre honorifique d'une charge qu'on n'exerce plus réellement. — Râpé au propre est dérivé de râpe, marc de raisin, reste de la grappe qui a été pressée. On voit le sens de la métaphore. — Étym. : râpe, vient du germanique raspon, gratter.
RAT DE COUR | Xl-240). — Le bel esprit, les vers, le dos des livres, lui servirent à raccrocher Longepierre, rat de Cour pédant. — Au propre : — quadrupède rongeur. — Au ligure : on donne le nom de ce rongeur aux hommes qui vivent souvent solitaires, et dans une demi-obscurité, comme dans les caves, les sacristies, les bibliothèques; rat de cave, rat d'église, rat de bibliothèque. Saint-Simon étend ce sens à la Cour, mais cela n'a pas passé dans l'usage courant. — Étym. : rato dans l'ancien allemand.
RATELEE (XIX-2-4). - Le duc d'Orléans eut la patience d'écouter cette puissante râtelée bien plus longtemps que je ne l'écris. — Au propre : plein râteau. — Au figuré : flux de paroles librement exprimées. — Étym. : râteau, rastel, latin raslcllum.
RATS A DEUX PIEDS (XIII-124). — C'est ce que firent ces rats à deux pieds. — Au figuré : personnage qui ronge et dévore les autres.
REBÉQUER ou REBECQUER (III-358). —M. Simon se rebéqua
par des remontrances. — Tenir tête avec aigreur. — Étym. : re et bec qui vient de beccum, latin populaire, mot d'origine gauloise (H.).
REBROUSSER (VII-212). — C'étaient les deux choses du monde qui le rebroussaient le plus. — Diriger en sens inverse, manier à contre-poil. L'Académie ne mentionne pas d'emploi de rebrousser avec un nom de personne comme complément, quoiqu'elle donne ensuite la locution : à rebrousse-poil, au figuré. Brantôme a employé le terme rebrousser quelqu'un. — Etym. : ce mot vient de rembourser, dérivé de rebours, qui est à contre-poil, latin populaire : rebursum (H.).
RECHARGE (X-272). — Je lui donnai ma parole, encore plus surpris de cette recharge. — Action de revenir à la charge.
— Étym. : recharger, du latin populaire carricare.
RÉCHAUFFÉ (XI-87). — Il avait imaginé de donnera Bordeaux le vieux réchauffé de la statue du duc de la Feuillade et de sa place des Victoires. — Au propre : chauffé de nouveau.
— Au figuré : chose qui a déjà servi et qu'on donne comme nouvelle. Boileau a dit, dans le Lutrin : « Un dîner réchauffé ne valut jamais rien » — Étym. : re et échauffer, en latin : excale facere.
RECORDÉS (VI-335). — Ils amenèrent à M. le Prince quelques gens sûrs et bien recordés. — A qui on avait fait la leçon et remis en mémoire. — Étym. : latin recordare.
RECOUSSE (V-161). — M. le premier (Beringhen) riait d'aise de sa recousse. — Recousse, délivrance, reprise de ce qui a été enlevé. — Étym. : recourre, composé de re et escourre dans l'ancien français secouer, latin excutere.
RECRÉPIR (VII-223). — Pour la recrépir et lui donner du pain. — Au propre : couvrir les crevasses. — Au figuré : cacher les défauts. — Étym. : re et crépir, crépir de nottv veau. — Crépir vient de l'ancien français crespe, crépu, latin crispare.
RECROBILLER (se) (V-452). — Le maréchal de Noailles, le plus valet de tous les hommes, ne laissa pas de se recrobiller. — Le mot encore usité est recroqueviller. On disait autrefois : recroquebiller. Saint-Simon, seul, écrit : recrobiller. On dit cela d'un objet, le papier pur exemple, qui se rapetisse, en séchant. Ici, le mot, au figuré, est synonyme de regimber. — Étym. : re et croc, qui vient du latin populaire croccum. — Ville pour vrille, qui a pour origine le latin vilicula. — Reeroquebiller parait cependant influencé par les termes re et coquille (H.).
RÉDUITS (11-449). — Madame de Maintenon triomphait, dans ses réduits, du départ du Prince de Conti pour la Pologne. — Autrefois, lieu de petites proportions, pour une société de choix. — Étym. : latin reductus, retiré à l'écart.
REFORCER (XIX-108). — Le Curé, charmé de son hôte, ne songea qu'à le reforcer, comme on dit dans les provinces. — Forcer quelqu'un de nouveau d'user de quelque chose, de boire, de manger. — Étym. : re et forcer, qui vient du latin populaire fortia.
REFROGNER (VII-163). — Le Roi, sans se refrogner, s'était refroidi. — Refrogner ou Renfrogner. — Plisser son visage en signe de mécontentement. — Étym. : re et frogner qui signifie froncer la bouche, le front (L.).
REFUITE (III-256). — Je demeurai ferme à l'égard de M. du Maine dans mes compliments et mes refuites. — Refuite,
terme de vénerie, lieu de passage habituel de la bête de chasse. — Au figuré : se dit des lenteurs d'un homme qui se dérobe. — Étym. : re et fuite du latin fugere.
REGIMBER (XI-359). — Elle avait eu trop d'occasions de regimber contre l'éperon pour se payer de ce que je lui répondais. — Regimber, résister en ruant. — Étym. : l'origine de ce mot est inconnue. Y a-t-il quelque lien avec jambe ou gambe, dont il nous reste : gambade'!
RELAISSER (1-413). — M. de Cambray se relaissa chez Malézieu, en ami. — Se reposer à un relai. — Furetière dit : terme de chasse qui s'emploie quand un lièvre est tellement couru, qu'il s'arrête et ne va pas au gîte. — Étym. : re et laisser (en arrière) qui vient du latin laxare.
RELAN ou RELENT IV-01). — Mme de Maintenon avait de ces modesties qui sentaient fort le relan de son premier état, mais qui pourtant ne passaient pas l'épiderme. — Goût de renfermé, écœurant et insipide. — Étym. : re et lent (qui avait jadis la signification d'insipide).
REMARCHER (VIII-127). — Des amis firent prendre le parti au duc de Vendôme de remarcher avec le roi d'Espagne. — Remarcher, marcher de nouveau — se remettre en marche. — Étym. : re et marcher qui vient du latin marcare, dérivé de martus, marteau, qui, du sens de marteler, aurait passé à celui de fouler. Marcher, anciennement, a eu le sens de presser avec le pied (H.).
REMBUCHER (se) (XIX-205). — Le duc de Chartres se rembucha dans son cabinet. — Faire rentrer la bête dans le bois. — Étym. : re et embucher terme de vénerie; en et bûche, bois, qui vient du bas latin, busca. .
REMORA (VIII-11). —La dame d'atour était toujours le rémora.
— On dit aussi : remore, obstacle, retardement. — Étym. : latin rémora, qui retarde. Ce terme vient sans doute du poisson de ce nom, auquel les anciens attribuaient le pouvoir d'arrêter les vaisseaux en s'accrochant à eux.
REMUER (XV-414). - Le duc d'Orléans lui demanda ce qu'il pensait de remuer le Parlement. — Mettre en mouvement.
— Ëtym. : re-et muer, latin mutare.
RENCOGNER (VII-51). - Madame la Dauphine vint m'environner, me rencogner. — Pousser dans un coin. — Étym. : re et cogner, latin cuneare.
RENDRE i VIII-203). — Cela ne promet pas, et toutefois cela va rendre. — Au propre : rendre a le sens de produire, rapporter, ainsi qu'on dit: le jeu rendait à merveille. — Au figuré : il signifie également représenter, exprimer; un tableau rend l'original etc. — Étvm. : latin reddere.
RENGARIER (XII-322). — Je me laissai rengarier. — ■ Charger de nouveau. — Étym. : Saint-Simon francise le verbe latin angariare, charger (Cnéruel). On lit dans l'Évangile de saint Matthieu : « Hune angariavrrunt ut lolleret crucem ejus » .
RENGORGÉ (VII-225). - Le Roi me répondit d'un ton haut et rengorgé. — Avancer la gorge et retirer la tète en arrière avec fierté. — Étym. : re, en, gorge qui vient du latin populaire g or g a.
RENIFLER (1-301). — Cavoye renifla encore, mais il y fallut passer. — Au propre : souffler par le nez. — Au figuré : montrer de la répugnance, renâcler. — Étym. : re et nlffler, ancien verbe, souffler par le nez.
RENITANTS (X-410). — Les années coulèrent parmi plus de Pairs soumis que de renitants. — Qui refusent d'obéir. — Étym. : latin renitens, qui résiste.
RENTOURER (VII-241). — Il ne pouvait se résoudre à donner les moyens et facilités propres à se faire rentourer. — Recevoir de la compagnie. — Ce mot est propre à Saint-Simon. — Étym. : re et entourer qui vient de entour, composé de en et tour, latin turris.
REPLATRER (XIV-248). — Alberoni n'oublia rien pour se replâtrer avec le Marquis. — Au propre : réparer superficiellement avec du plâtre. — Au figuré : se raccommoder d'une façon précaire. — Étym. : re et plâtre, qui vient du latin populaire plastrum.
RÉSOMPTION (XV-38). — Il me dit que toute la résomption de sa part n'allait qu'à ôter M. du Maine d'auprès du Roi. — Résomption ou Résumption, action de résumer. — Étym. : latin resumptio.
RESSASSER (IV-2). — Chamillart avait eu la permission de se servir des lumières de Desmaretz à ressasser les financiers. — Au propre : Repasser au sas, revenir sur une chose. — Au figuré : faire des recherches répétées sur une affaire. On dit éplucher de nouveau des comptes, tirer d'un sac deux moutures, dans un sens qui présente certaines analogies avec ressasser. — Étym. : re et sasser qui vient de sas tissu en toile pour passer la farine, se rattache à setacium, du latin populaire, signifiant soie de cochon.
RESSAUTS (XII-217). — Je profitai du peu de suite et des ressauts ordinaires à sa conversation. — Saillie qui inter-
rompt un plan; ici, conversation sans suite, souvent rompue. — Étym. : ressaillir, ancien mot, signifiant faire saillie, qui vient du latin satire.
REVERSI (XVII-13:>). -- Dangeau s'appliqua à savoir parfaitement les jeux qu'on jouait alors, le reversi etc. — Jeu de cartes où gagne celui qui fait le moins de levées. 11 fut introduit au XVIe siècle par le duc de Savoie. — Étym. : italien rovescino, de rovescio, renversé à rebours.
REVIRER (XIX-147). — Le Cardinal lui saisit les deux pointes des épaules, la revire, la pousse du poing par le dos. - Tourner en sens contraire. — Étym. : re et virer, latin virare.
REVOMIR (VIII-201). — La Maréchale de Noailles et les siens revomirent les compliments reçus. — Vomir ce qu'on a déjà avalé, rejeter ce qui a été englouti. — Étym. : latin removere.
RHADAMANTE (XVII-237). — Une figure de Rhadamante dont les yeux pétillaient d'esprit et réparaient tout le reste. — Étym. : personnage mythologique. — Un des redoutables juges des enfers, fils de Jupiter et d'Europe, frère de Minos.
RINÇURE (XI-194). — Tout montrait, dans la duchesse de Sforze, une rinçure de la princesse des Ursins. — Ce qui a servi à rincer les verres — résidu de vin où Ton a mis trop d'eau. — Au figuré : ici, une créature peu estimée qui a des traits d'une personne plus brillante. — Étym. : rincer, anciennement rinser, reinser mot d'origine germanique; ancien Scandinave kreinsa, nettoyer, d'où le sens de rincer. (Brachet.)
RIOCHER ou RIOTER (VI-390). — Saumery ne parlait plus qu'à l'oreille, souvent riochant et s'enfuyant, toujours des riens qu'il ramonait. — Rire un peu. — Étym. : rire, latin rider e.
RIOTTES (XI-390). — Rien n'avait pu diviser la maison d'Autriche, quoique si souvent pleine de riottes domestiques. — Petites querelles ou difficultés qui arrivent souvent dans le ménage ou dans les sociétés (Furetière). — Étym. : riotter, se quereller. En anglais on dit riot dans le sens d'excès, querelle. En italien riotta, querelle. (Paul Argelès, Intermédiaire des curieux, 16 juillet 1901).
RIRE NIAIS (1-35). — Madame Montchevreuil riait niais. — Saint-Simon dit : rire niais, pour niaisement, par analogie avec rire jaune. — Niais. — Étym. : latin nidum, nid. Le faucon niais est celui qu'on prend au nid, qui est encore simple, sans défense.
ROBINE (XiV-353). — Madame de Rohan, avec beaucoup d'esprit, était insinuante, plaisante, robine. — Étym. : robin forme familière de Robert, nom attribué au paysan qui veut faire le finaud (H.). — Au figuré : personnage sans considération, intrigant, qui a de l'entregent.
ROBINET (XIV-25S). — Ils se raccommodèrent et le robinet de Naples fut ouvert pour Albane. — Au propre : pièce ajustée à un tuyau pour laisser écouler ou retenir le liquide d'une fontaine. — Au figuré : ici, ce qui retient ou laisse aller la source des libéralités. — Étym. : robine, canal; le diminutif signifie petit canal. Hatzfeld dit qu'on a donné à cet objet le nom d'une personne connue, diminutif de Robin. — Littré pense que Robin étant un sobriquet du mouton, les robinets furent ainsi appelés parce qu'ils avaient primitivement la forme de têtes de moutons.
R0CAMB0LE (XVI-152). — Trouver la rocambole plaisante après tous les élans du procès. — Ce qu'il y a de piquant dans une chose, plaisanterie démodée. — Étym. : l'allemand rovken, seigle, bollem, bulle; le sens propre en botanique est ail d'Espagne. D'autres pensent que ce mot vient de rogenbold, arrogant et hardi. [Intermédiaire des curieux 1901, page 1077 . — Dr Bougon.)
RODOMONTADES (IX-109). - - Villars fit des rodomontades pour le lendemain. — Langage de Rodomont, personnage de i'Arioste, altier et insolent. — Étym. : rotare, rouler et monte, montagne. Nous avons eu aussi chez nous des tranche-montagnes, dans les chansons populaires.
ROGNONNER (XVI-19*). — Et elle, de rognonner toujours en face. — Au propre : dérivé de rogner. — Au figuré : grogner entre les dents. — Étym. : latin populaire rotundiare.
ROGUERIE (11-11). — Le comte d'Auvergne rampait devant Mm< de Quentin, malgré sa roguerie. — Roguerie tiré de rogue, arrogant. — Étym. : germanique hrokr, arrogant i^Brachet).
ROI DE THÉÂTRE (XVI-419). — Il avait repris ses grands airs et ses tons de roi de théâtre. — Celui qui joue le personnage des rois. — Personnage vaniteux. — Étym. : latin rex.
ROMANCINE (IV-33). — La duchesse de Mortemart, fort peinée, quitta la Cour, de dépit des romancines de ses sœurs. - Réprimandes et plaintes. — Étym. : romance, mot qui vient de l'espagnol romance, petit poème. Chez nous, romance ou roman signifiait une composition en langue vulgaire, par opposition au latin.
ROTIR LE BALAI (11-91). - La duchesse de la Ferté avait encore une fille qui avait rôti le balai et qui commençait à monter en graine. — Mener une vie infernale, comme les sorcières se rendant au sabbat sur leur balai. — Étym. : rôtir du germanique rostjan, brûler. — balai vient du celtique balan, genêt.
ROUE (faire la) (XVII-139). — Dangeau faisait la roue au milieu de cette pompe. — Au propre : faire le moulinet en tournant le corps sur la main, puis sur les pieds. — En parlant du dindon, déployer en rond sa queue. — Au figuré : Saint-Simon prend ce mot dans un sens analogue, pour caractériser la vanité excessive et la satisfaction ridicule d'un personnage. — Étym. : latin rota.
ROUÉS (XV-308). — C'était l'heure sacrée des roués et du souper. — Au propre : criminel mis sur la roue du bourreau. — Au figuré : les compagnons de plaisir du duc d'Orléans (le Régent), dignes de la roue. — Étym. : latin
rota.
ROUGIR NOTRE ROTE (VI- 178 ). — Sa Sainteté ne cherchait que le moyen de promouvoir cardinal l'abbé de Polignac, et de rougir ainsi notre Rote. — Rougir : donner le costume rouge, la pourpre. — Rote (de rota, roue) tribunal ecclésiastique de Rome pris dans les quatre nations de l'Italie, France, Espagne, Allemagne, qui connaît, à tour de rôle, des affaires religieuses. — Étym. : rougir, latin rubeus.
ROUILLER (XV-26). — Effiat rouillant les yeux. — Rouiller pour rouler. — Étym. : latin populaire rolelliare.
ROULER D'ÉGAL (X-241). -- Vendôme, dans le commandement des armées, fut refusé d'y rouler d'égal avec les maréchaux de France. — Rouler, se mouvoir dans une
fonction. — Roulement : alternance des charges. — Ici, servir à tour de rôle. — Étym. : bas latin rotulare.
RQYALE (à la) (X-133 . — Le Roi d'Espagne fut extrêmement touché de la mort de la Reine, mais un peu à la royale.
— Royal qui a rapport au roi. — A la royale, indique ici un mélange de hauteur et d'égoïsme particulier qui modifie, chez les Princes, les sentiments naturels. - Étym. : latin régalera.
RUER (111-59). — Monseigneur allait prendre du chocolat chez Mademoiselle de Lislebonne; là se ruaient les bons coups.
— Frapper violemment, comme un cheval avec son sabot.
— Etym. : latin ruere.
RUSTICITÉ (XVII-105). -- Je condamnai sa rusticité. — Manière d'être des campagnards, formes grossières. — Étym. : latin ruslicitas.
SAC (VIII-278). — Voilà comment on travaille, dans ce monde, la tête dans un sac. — Sac, espèce de poche (;n toile ou étoffe ouverte par le haut, cousue ailleurs. — Avoir la tête dans un sac, ne rien voir, ne rien entendre, ne rien connaître de ce qui se passe. — Étym. : latin saccum.
SACCADE DU VICAIRE (11-490 . — C'est ce qui peut se traduire du terme espagnol: la saccade du Vicaire. — En Espagne, la fille âgée de 16 ans désirant épouser un jeune homme, quel qu'il soit, le Vicaire intervient deux fois en présence des parents, et le mariage est célébré sur le champ, sans que la fille puisse être deshéritée. — Le mot Vicaire équivaut au mot Curé. — Étym. : espagnol, sacar por el vicario, tirer une fille de chez ses parents pour la remettre au Curé.
SACRE (XI-175). — L'abbé Dubois était, en plein, ce qu'un mauvais français appelle un sacre, mais qui ne se peut guère exprimer autrement. — Au propre : sacre, en vénerie, oiseau de proie semblable au faucon. — Au figuré : homme sans foi ni loi, rapace, violent. — Étym. : vient de l'arabe saqz.
SAFRANIER (XII-323). — Le beau nom de la haute noblesse, flétri par un tas de safraniers. — Dérivé de safran, par allusion à la coutume de peindre en jaune la boutique des banqueroutiers. — Aller au safran : faire banqueroute. — Étym. : safran, bas latin safranum, qui remonte par l'arabe au persan zaafer (H. ).
SALADE (troupes de) (VI -152). - Boufflers aguerrit les troupes de salade, formées de corps différents, qui faisaient la plus grande partie de la garnison. — Mélange d'hommes ramassés çà et là. — Etym. : salade, mot dérivé de salé, mets composé de diverses herbes ou de plusieurs légumes, assaisonnés avec du sel et autres condiments. — En italien salàta.
SALÉ (11-195). — Valincourt était un homme doux, gai, salé sans vouloir l'être. — Au propre : vif, piquant. — Au figuré : ici et dans un sens rare, rigide. — Étym. : sel, latin sal.
SANGLANT (X-lll). — Il lâcha au parterre un mot sanglant mais fort juste. — Sanglant : au propre, où il y a du sang versé. — Au figuré : qui blesse violemment. — Étym. : latin sanguinolentum.
SANGLIER (XIII-341). — D'Effiat lâchait Besons comme un sanglier au besoin. — Au propre : pachyderme mammi-
fère. — Au figuré : homme sauvage, grossier et violent. — Étym. : latin singularem (sous -entendu : porcum) le solitaire, nom donné souvent à cet animal quand il s'agit d'un vieux mâle.
SARBATANES ou SARBACANES (VI-460). — Les ducs de Chevreuse et de Beauvillier affranchis des sarbatanes par leurs places. — Sarbacane : tube creux servant à lancer des pois, des boules de terre. — Montaigne et Balzac écrivaient sarbatane. L'espagnol dit cerbatana, l'italien cerboilann. Ici le mot signifie : intermédiaires fâcheux et hostiles. — Étym. : arabe zabatana.
SAUCISSON (XIX-20). — Belle-Isle me lâcha ce saucisson dans l'oreille. — Dans le sens de fusée. Cette expression vient ici après la proposition faite par Belle-Isle à Saint- Simon de bombarder auprès du Régent la nomination de Dubois comme premier Ministre. — Étym. : italien salsiccione.
SAUTER EN L'AIR (XXII-54). — A cette dépêche, Dubois sauta en l'air. — Au propre : se lancer pour retomber sur place. — ■ Au figuré : sauter en l'air, manifester la plus vive surprise, par la voix et les gestes. — Étym. : latin saU lare.
SEC (le) (IX-144). — Le sec et le bref de la tante sautaient aux yeux. — Sec, l'attitude d'une personne froide, peu gracieuse, réservée, au langage volontairement laconique. — Étym. : latin siccus.
SEIGNEUR (Le Grand) (XVII-215). — Le Grand Seigneur ne leur envoie jamais d'ambassades. — Ancien nom de sultan de Turquie. — Étym. : latin senior, plus âgé.
SENTENCIÉ (VII-92). — Ces gens-là furent contumaces et sentenciés. — Condamnés par sentence criminelle. — Étïm. : bas lalin sententiare.
SEVRER (IV-76). — Mrae des Ursins avait trouvé moyen de sevrer les Ministres du Roi du secret et du maniement des affaires qui se traitaient réciproquement d'elle à Mme de Maintenon et au Roi. — Éloigner, priver. — Étym. : latin separare, priver d'une chose.
SIBYLLE (IX-400). — Les trois filles du duc de La Rochefoucauld moururent sibylles dans un coin de son hôtel. — Au propre : femme prédisant l'avenir dans l'antiquité.
— Au figuré : femme qui se prétend inspirée et comme douée du don de prédire; vieille fille d'humeur fâcheuse.
— Étym. : latin sibylla.
SIMAGRÉE (XII-2-48). — Il accepta sans simagrée. — Manière d'être artificielle, attitude mêlée de politesse et de grimaces. — Étym. : corruption de l'ancienne formule si m'agrée (ainsi m'agrée), d'où le sens de simagrée, prévenance affectée, obséquiosité. — Si, mot latin; agréer, prendre à gré, terme qui vient du latin gratum, agréable (Brachet). Furetière faisait dériver ce mot du latin simulacrum, apparence fausse.
SOLAIRE (X-178). — Jamais aussi ne vit-on M. du Maine aussi solaire. — Au figuré : un visage riant comme le soleil. — Étym. : latin solaris, qui a rapport au soleil; latin sol.
SOLIPSE (XVIII-389). — Mes anciennes liaisons me rendaient d'autant plus odieux à ce solipse. — Étym. : latinisme forgé par Saint-Simon. En latin solus, ipse — égoïste dans son ambition.
SOMBRE (VII-317). — Le sombre et le repentir saisirent le Roi. — Au figuré : ce qui manque de clarté et de sérénité.
— Étym. : sombra, terme espagnol qui veut dire ombre. (Brachet.)
SOUFFLEURS (X-397). —Voilà comment de simples souffleurs des barons deviennent juges eux-mêmes. — Souiller, envoyer de l'air sur une chose; par analogie, indiquer tout bas à l'oreille de quelqu'un ce qu'il doit répéter tout haut, faire la leçon à quelqu'un. — Étym. : latin sufflare.
SOULIERS (mettre son pied dans tous les souliers) (VI-390).
— Saumery se mit à voir des femmes et à mettre, comme il le fit dire de lui, son pied dans tous les souliers. — Au figuré : recourir à toutes les protections, user de tous les moyens. — Étym. : latin suht<<l<ir<> d'où subtel creux du pied, sotler, soler, soulier (H.).
SOURDAUD (III-356). — Orry était une manière de sourdaud, de beaucoup d'esprit. — Qui est un peu sourd. — Étym. : latin surdus.
SPELONQUE (XV-302). — Élevée dans un grenier de Parme par une mère austère, et passant de là dans la spelonque du roi d'Espagne. — Au propre : caverne. — Au figuré : retraite impénétrable. — Etym. : latin spelunca.
SPR0P0SIT0 (VI-78). — Vendôme opina à ne se point retirer du tout avec ses sproposito ordinaires. — Mot italien signifiant chose dite hors de propos. — Étym. : ex, hors, proposito, propos.
SQUELETTE (XVI-359). — Dissipé par l'âge et le changement il laissa voir en plein le tuf et le squelette. — Au propre :
charpente osseuse d'un animal. — Au figuré : sa nature réelle. — Ëtym. : grec gxsastoç, desséché.
STABILIÉ (XVII-311). — Il s'y était stabilié. — Affermi. — Étym. : latin slabilis.
SUBODORER (XIII-342). — Daguesseau incapable de jamais subodorer les autres. — Flairer, deviner. — Étym. : latin sub et odor.
SUCER (XIV- 298). — Les Birons sucèrent ce richard si parfaitement. — Au propre : aspirer le suc que contient une substance. — Au figuré : épuiser, anéantir, ruiner. — Étym. : latin : sugere.
SUER DE L'ENCRE (IX-4). — M. de Beauvillier suait de l'encre d'entendre Torcy. — Suer de Tencre au figuré : se donner un grand labeur. — On ne dit plus, dans ce sens, que suer sang et eau. — Étym. : suer, sudare, encre, écrit d'abord enque, latin incaustum.
SUEURS (XVI-215). — Profitant des sueurs que l'opiniâtre impétuosité de M. le Duc avait données au Régent. — Au propre : transpiration. — Au figuré : fatigues douloureuses. Étym. : latin sudorem.
SUFFOQUER (1X-214). — La vérité, suffoquée par tous les prestiges des magiciens de Pharaon. — Au propre : tuer en interceptant la respiration. — Au figuré : éprouver un saisissement de surprise. — Étym. : latin suffocare.
SUISSE (rêver à la) (XI-358). — Il ne fallait pas lui paraître, comme on dit, rêver à la Suisse, dans de pareilles conjonctures. — Rêver : laisser aller sa pensée au hasard, bayer
aux corneilles, penser à la Suisse au lieu de songer à ses affaires. Littré, à propos de cette expression, cite ce passage du P. Bufïîer intitulé. Principe du raisonnement : « Penser à la Suisse, s'est dit, pour laisser aller son esprit à de simples idées qui se présentent à l'imagination sans prendre la peine d'examiner l'une par rapport à l'autre ».
— Étym. : rêver. — L'étymologie du mot rêver est incertaine; selon Diez, ce serait le mot latin rabies; d'après Ampère, le verbe français des ver, sortir de la voie; suivant Littré, le mot danois rœve, vagabonder. Le Héricher (Les Ètymolo:gies difficiles) croit que ce mot est une onomatopée ronflante; en normand on dit ravauder, c'est le bruit qui accompagne le rêve. - - Étym. : Suisse, nom propre d'un pays.
SULTANE (XIII-31). — La Sultane manquée avait plus de hâte de se délivrer de ce Ministre. — Épouse du Sultan, favorite; Saint-Simon désigne ainsi Madame de Maintenon, qui aurait manqué, selon lui d'être reconnue Reine. — Étym. : Sultan, mot arabe, écrit autrefois soldan ou soudan.
SUR ACCABLÉ (VII-159). — Depuis l'affaire d'Espagne, meule qui l'avait nouvellement suraccablé. — Accablé, par surcroît. — Étym. : sur; accabler, qui vient de l'ancien français caabler, renverser (H.).
TABERNACLES (XI-162). — Elle espéra fixer ses tabernacles à Gênes et y passer quelques années. — Pavillon ou tente juive. La fête des tabernacles était célébrée après la moisson. Au figuré : résidence, séjour. — Étym. : latin tabernaculum.
TATONNER (V1II-361). — Il tâtonnait toujours en marchant.
— Tâter avec les pieds et les mains, pour se conduire plus sûrement. — Étym. : latin taxare.
TERRASSER (Œuvres inédites, IV- 455). — M. de Meaux le terrassa en plus d'un genre. — Au propre : appuyer un amas de terre derrière une muraille — renverser, jeter à terre avec violence. — Au figuré : mettre quelqu'un dans l'impossibilité de répondre. — Étym. : terrasse, sol, terrain, latin terra.
TÊTE (X-10). — C'était une sage et excellente tête. — Au propre : la tête est considérée comme le siège de la force intellectuelle; bonne tête. — Au figuré : esprit solide, vigoureux. — Étym. : latin testa, pot de terre, qui a pris dans la langue populaire le sens de boite osseuse, crâne, tête (H.).
TÊTE (pleine) (11-24). — Le roi renchérit de sorte qu'ils se mirent tous deux à parler à pleine tête. — Pleine tête : cette expression indique des paroles prononcées violemment. — Elle n'est plus employée. Molière dans les Amants magnifiques (I'V-8) en use encore : « Comme la Princesse Aristione est fort superstitieuse, il ne faut point douter qu'elle ne donne, à pleine tête, dans cette tromperie ». On dit, dans un sens analogue, à tue-tête, c'est-à-dire d'une manière bruyante, qui fait succomber à la fatigue la tête de l'auditeur.
TIC (X1V-31). — Ce fut là où je vis ce tic. — Contraction convulsive, geste habituel. — Étym. : Littré dit que le tic est une contraction brusque des muscles dans le cheval, laquelle est accompagnée d'un bruit, d'une sorte d'éructation; c'est l'imitation d'un bruit qui est tic. Par extension, ce mot s'applique à tout mouvement convulsif, brusque et court.
TIERCELET (XIX-205). —Le duc de Chartres méprit sans doute pour quelque tiercelet des ducs de Guiche de Noailles. —
(11-55). — Pelletier de Soucy était devenu une manière de tiercelet par son emploi de Directeur général des fortifications. — Au propre : (terme de vénerie) Mâle de l'épervier, d'un tiers plus petit que la femelle. Ce mot s'emploie aussi au figuré; Régnier a dit : (Satire II) « tiercelets de poètes. » — Étym. : latin tertiolus.
TIRE-LAISSE (1-12). — Le roi essuya pendant le cours du siège, un cruel tire-laisse. — Terme de moquerie. — Désappointement de celui qui n'obtient pas ce sur quoi il comptait. — Ce mot, doublement impératif, comme quelquesuns de notre langue, tels que passe-passe, chante-pleure, va-et-vient, etc. a vieilli. 11 est composé du verbe tirer et du verbe laisser. — Etym. : tirer a une origine inconnue; il a le sens de chercher à allonger, à faire venir dans une certaine direction. — Laisse, vient du latin laxare, relâcher. Le sens est : faire relâcher quelqu'un en cessant de le tenir ou plutôt faire rester quelqu'un dans un lieu ou dans l'état où il est, ne pas l'en tirer.
TIRER. \Yl-(i). — Il continua d'observer chacun avec des yeux tirants au fixe. — Tirer : suivre une certaine direction. — Étym. : incertaine; en italien tirare, en néerlandais tereu, tirailler.
TIRER DE LONG (XV-350; IX-436). — Il les amusait, tirait de long. — Saint-Simon dit aussi : le Maréchal tirait de longe. — Chercher à allonger, tirer en longueur. — Étym. : tirer, long; latin longus.
TIRER PAYS (III-204). — Il remonte à cheval et tire pays. - S'enfuir. — Étym. : tirer, qui, seul, a déjà le sens de partir.
TOMBER A PLOMB (VI-88). — L'art est employé au dessein de tomber à plomb sur Monseigneur le duc de Bourgogne.
— Aller de haut en bas, comme le fil du maçon, dont la chute est prompte et immédiate. — Étym. : haut allemand tuben, faire la culbute.
TOMBER DESSUS (XII-382). — M. de Vaudemont lui tomba dessus comme une bombe. — Se jeter avec violence sur quelqu'un.
TONDU (1-321). — L'avocat général Daguesseau, pour la première fois de sa vie, fut tondu ; le Parlement ne suivit pas son avis dans l'affaire de Luxembourg. — Au propre : coupé à ras; on disait tondre sur le peigne, quand on coupait ce qui dépassait. — Au figuré : il a été tondu sur le peigne, on a décidé contre lui (H.). — Étym. : tondre, latin foncière.
TONNELÉ (11-31). — M. de Bracciano, tonnelé par les deux Cardinaux, se persuada qu'il était amoureux de Mme de Chalais. — ïonneler (terme de vénerie) attirer les perdrix dans un filet en forme de tonnelle ou berceau fait de treillage et couvert de feuilles. La tonnelle est formée de filets, avec une poche au milieu, que le chasseur pousse devant lui. — Étym. : tonnelle, tonne, du latin populaire tunna, mot d'origine celtique.
TORQUET (XIX-211). — Il n'est personne qui ne soit désolé de tomber sans cesse, malgré toute prévoyance, dans des torquets. — Embûche. — Étym. : inconnue. Ce mot a quelque analogie avec le terme tordre, et le sens de lacet tendu ou tordu.
TOUCHER (XII-184). — Le Roi touchait les malades. — C'était le privilège des Rois de France de toucher les personnes malades, à certaines époques de Tannée; on croyait qu'ils
guérissaient de la sorte les écrouelles en particulier. — Toucher, entrer en contact. — Étym. : incertaine. Ce mot viendrait, dit-on, du terme germanique tukkan, tirer (H.).
TOUFFEUR (IX-194). — Cela empêchait que la touffeur du lieu de la comédie lui fit mal. — Chaleur étouffante d'un lieu. — Étym. : étouffer, autrefois estouffer, composé de es, préfixe et du radical touf, en provençal toufe, vapeur étouffante (L.).
TOUPET (111-70). — Je me défendis avec la modestie et le respect qu'on doit à une femme, puis, voyant le toupet s'échauffer, je me tus. — Au propre : toupet. Touffe de cheveux au-dessus du front. — Au figuré : avoir du toupet, avoir de la hardiesse, avoir du front. On dit : la tête s'échauffe, mais on ne parle plus du toupet. — Étym. : ancien français toup, bas allemand top, haut allemand zopf, sommet d'arbre, touffe de cheveux.
TOUPILLER (XVI-420). — Le Régent se mit à se promener ou plutôt à toupiller dans ce petit cabinet. — Tournoyer comme une toupie. (Cheruel.) — Étym. : toupie, origine inconnue, peut-être même radical que toupet, à cause de la forme en pointe de la toupie (H.). Selon Brachet, mot d'origine germanique ; en anglais top, toupie.
TOURNEMAIN (XV1I-217). — L'affaire fut faite dans un tournemain. — Action de tourner la main. — On dit à présent : dans un tour de main. — Étym. : tourner et main, tourner vient du latin tornare, main du latin manus.
TRAMONTANE (11-175). — Je ne sais pas ce qu'a Canillac, dit le Roi, mais il a perdu la tramontane. — La tramontane est un vent qui, pour les habitants de Rome et de Florence, venait du Nord, traversant les montagnes. On
donne le même nom à l'étoile du Nord. On dit dans le même sens, de perdre la direction; perdre le Nord. — Étym. : italien tramontana, de derrière les montagnes.
TRANSPIRATION (VIII-78). — Ce procès tomba en faiblesse et s'exhala, pour ainsi dire, en insensible transpiration. — Transpiration, exhalation continuelle sur la surface de la peau, — transpiration insensible, nom donné à la portion de sueur qui s'évapore, à mesure qu'elle est versée à la surface de l'épiderme sans pouvoir être recueillie (L.). L'expression figurée de Saint-Simon, si bizarre qu'elle apparaisse d'abord, est, en réalité, une image facile à justifier. — Étym. : bas latin transpiratio.
TRAN-TRAN (IX-170). — Il chercha à suppléer à son ignorance en apprenant bien ce qu'on appelle le tran-tran du Palais. — Tran-tran, la manière ordinaire de conduire certaines affaires, la routine. — On dit à tort : train-train par corruption. — Étym. : l'ancien verbe trantaner, qui vient du hollandais trantan, se promener çà et là.
TRÉBUCHET (IX-103). — Le Roi, pris au trébuchet, se mit à se promener. — Piège à prendre les petits oiseaux par une bascule qui trébuche. — Trébucher, ne pas garder l'équilibre, tomber. — Étym. : vient de trâ et de l'ancien français bue, tronc humain, trébucher est faire dévier le corps de sa direction naturelle (L.).
TRIANGLE (XVII-225). — Alberoni s'y trouva vis-à-vis du cardinal del Giudice, et tous deux vis-à-vis de la prkicesse des Ursins, triangle rare, qui fit souvent, à Rome, un effet singulier. — Au propre : triangle, figure géométrique à trois angles. — Au figuré : ici réunion de trois êtres, dans le même sens on dit plutôt trio. — Étym. : latin triangulum.
TRISMÉGISTE (Écrits inédits, t. II, p. 176). — Infiniment grand dans l'adversité, grand jusqu'au prodige dans sa mort, en un mot, un Louis trismégiste. — Les Romains donnaient le nom de Trismégiste au Mercure égyptien ou Hermès. — Étym. : grec TpiçtAsyiaToç, de Tpiç trois fois, et ^eyiaro; très grand.
TRONQUEMENT (VII-63). — Ses fausses citations, ses tronquements de passages. - Mot propre à Saint-Simon, — changements et altérations de sens dans un écrit. — Étym. : latin truncare, mutiler.
TUÉ A TERRE (XlV-310). — Il fut tué à terre, ne répondit mot, et continua sa promenade. — Tuer avait anciennement le sens d'abattre, de renverser. — Étym. : latin tuditare, frapper.
TUF (1-345). — Mollc de Lovenstein vit le tuf à travers tous les ornements qui couvraient Dangeau, et n'en voulut point. — Au propre : pierre poreuse qu'on trouve dans certains endroits au-dessous de la terre végétale. — Au figuré : le fond du caract ère caché par les apparences (H.). — Ktym. : latin tofus.
VADE (IX-.J97). — Mme de Saint-Simon, pour sa vade, dit à la duchesse de Berry, son avis du procédé. — La somme pour laquelle un des joueurs de brelan ouvre le jeu — par extension, mise dans une affaire. — Etym. : italien vada, qu'il aille.
VALETAGE (VIII-297). — Elle s'emporta contre ce devoir de donner la chemise, qu'elle appelait valetage. — Emploi de valet. — Valet, celui qui est au service d'une personne, laquais, domestique. — Étym. : ancien français vaslet,
qui vient de vassulitum, vassulum, vassum, qui, dans le latin mérovingien, signifie serviteur et qui doit être le primitif de vassal (H.).
VENDRE ET A DÉPENDRE (A) (XVII-G). — Un homme qui ne peut plus qu'être à vous, à vendre et à dépendre. — Homme acheté par une personne et lié nécessairement à elle. — Étym. : vendre, latin vendere, dépendre, latin dependere.
VENT (VII-441). — Je m'étais tenu et couvert sur le mariage, dont je n'avais pas laissé sentir le moindre vent. — Au propre : Courant d'air du fluide atmosphérique. — Au figuré : souffle, bruit léger. — Étym. : latin ventum. Dans un autre sens, vent a le sens de chose vaine, sans valeur (XI-217). « Son esprit était court sans être bête, il était plein de vent, et il me disait des riens du Roi. » .
VENTILER (XVI-111). — A ventiler et à rendre odieux la puissance que cette Cour voulait s'arroger. — Au propre : ventiler, aérer. — Au figuré : agiter une question, fixer la quote part revenant à chacun. — Étym. : latin venti-
lare.
VENTRE A TERRE (XVH-126). — Il ne cessait pas d'être, devant le Régent, ventre à terre. — Au propre : partie du corps contenant l'estomac et les intestins. — Au figuré : ventre à terre, qui s'allonge et a le ventre près du sol, — courir ventre à terre. — Ici au figuré : c'est l'humiliation absolue devant le maître. — On dit de même, se mettre à plat ventre. — Étym. : latin venter.
VERBIAGER (111-38). — Mmc de Ventadour a verbiage, pour laisser à Madame le temps de respirer. — Dire beaucoup
de paroles pour peu de chose. — Étym. : verbier, ancien mot signifiant : parler; latin verbum.
VERNIS (XI-95). — Le guindé s'était augmenté par le vernis de l'importance. — Au propre : enduit vitrifiable dont on recouvre la poterie. — Au ligure : le brillant de l'apparence. — Ëtym. : latin vitnnire, rendre brillant comme du verre, en latin : vitrum (Brachet).
VER RONGEUR (VII-111). - Un ver rongeur mina Boufflers peu à peu. — Au propre : ver, nom donné au lombric terrestre. — Ver rongeur, larve qui détruit les tissus. — Au ligure : tourment, chagrin. — Ëtym. : latin vermen.
VESPÉRIE (V-216). — M"" de Maintenon fit une forte vespérie à la duchesse de Bourgogne. — Acte qu'un licencié soutenait le soir, avant de recevoir le bonnet et qui donnait lieu à des interrogations et critiques. — Au figuré, admonestation (H.). — Étym. : latin vesper, soir.
VIANDE (111-25). — Le roi fut averti que sa viande était partie. — Viande, vivres, aliments en général. — Malherbe a dit {Traduction de Sénèque) : « Que votre viande soit du l>ai)i bis. » Robert Estienne parle « dune sorte de viande faite de farine, eau, miel, avec un œuf, duquel usaient les anciens au lieu de pain. » Nicot écrivait : « viande vient de vivo, c'est ce dont l'homme se paît pour vivre » (Livet, Lexique de la langue de Molière). — Étym. : latin populaire vivanda, ancien latin vivenda.
VIGNE (cultiver la) (XV-212). — Cellamare continuait à cultiver la vigne, sans toutefois porter la main à cueillir des fruits qui n'étaient pas encore mûrs. — Au propre : plante à tige ligneuse produisant le raisin. — Au figuré : tra-
vailler la vigne du Seigneur, par allusion à un passage de l'Évangile, convertir les âmes. — Cultiver la vigne, préparer soigneusement un ouvrage, dont on recueillera plus tard les avantages. — Étym. : latin vinea.
VOLER DESSUS (XIII-36). — Je lui volai dessus comme un oiseau de proie. — Au propre : voler, se soutenir dans l'air. — Au figuré : s'élancer sur quelqu'un et le poursuivre de ses attaques, comme fait l'oiseau dressé à la chasse. — Étym. : latin volare.
VOL DES FEMMES (IV-167). — Le marquis de Vervins est un homme d'un visage assez agréable, de l'esprit, quelque lecture et fort le vol des femmes. — Voler, action dune machine qui fait monter et descendre au théâtre des personnages mythologiques, qui paraissent voler dans les airs. — Le vol des femmes est la protection qui élève aux hautes places leur favori, par leur influence.
VOLTIGER (XII-85). — Lassé de voltiger et de cueillir des faveurs passagères. — Au propre : voler çà et là comme un papillon. — Voltige, exercice sur la corde lâche. — Au iiguré : faire l'aimable auprès de diverses personnes, les courtiser successivement. — Étym. : italien voltegcjione, de voltare tourner.
VOMITIVE (Parallèle des trois rois, p. 84). — Les fadeurs les plus vomitives qui lui étaient sans cesse dites. — Au propre : qui fait vomir. — Au ligure : écœurant et déplacé. — Étym. : latin vomere.
VOYEURS (IX-466). — La multitude des voyeurs, le nombre de ceux qui étaient à table... n'empêchèrent pas la promptitude....
VOYEUSES (XlV-27). — Aucune des Princesses ne virent le Czar que par curiosités, en voyeuses.
VOYEUX (11-212). — Sans laisser entendre s'il avait vu le roi en voyeux, ou d'une autre manière. — Voyeux ou voyeur.
— Curieux de regarder ce qui se passe sur la voie publique — ou curieux de voir. LÉtymologie est double. —
— Voyeux est le môme mot que voyeur, d'autant plus, que, comme au temps de Saint-Simon, on éteignait les Anales, on prononçait voyeu dans les deux cas. Les chasseurs aujourd'hui disent encore pir/ueu pour piqueur, cl dans les mots Monsieur et Messieurs, personne ne fait sonner l'r. Le mot voyou, curieux de la place publique pourrait avoir pour origi ne voyeux (Emile Deschanel. Les déformations de la langue française). On peut comparer à voyeur le mot bayeur indiqué supra.
VUES flV-299). — L'abbé de Mailly avait des vues et une vaste ambition. — Considération d'un but qu'on recherche, vastes projets. — Étym. : voir, latin videre.
YEUX (donner dans les; (IX-372). — La demoiselle lui avait donné dans les yeux. — Donner, ici, a le sens de faire ressentir à quelqu'un l'effet de quelque chose. — L'idée de coup ou de choc est sous-entendue. On dit vulgairement de nos jours : donner dans l'œil, avec le sens de plaire à quelqu'un, le séduire. — Étym. : œil, latin oculus.
YEUX DOUX (XVII-421). — Il se mit à me faire véritablement les yeux doux. — Au figuré : montrer à quelqu'un de la sympathie et de l'amitié par un visage souriant. — Étym. : doux vient du latin dulcis.
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