MARÉES
Vous connaissez tous, messieurs, ce phénomène d'oscillations, ou d'exhaussement et d'abaissement alternatifs, des eaux de TOcéan.
Kepler l'expliquait par une succession de mouvements analogues à celui des flancs d'un animal qui respire, en . attribuant à la terre une sorte de vitalité propre.
Alfred de Musset, dans une phrase élégante, a parfaitement exprimé la vérité : L Océan qui se soulève sous les baisers de la pâle Diane... cela est court, joli et juste.
On sait en efl'et avec certitude que le mouvement de la marée océanienne est dû à l'action principale de la lune, et à l'action secondaire du soleil. Ce dernier corps, quoique d'une masse relativement énorme, agit beaucoup moins que notre satellite, attendu que sa distance à la terre est environ quatre cents fois plus grande que celle qui nous sépare de la lune, et que les actions s'exercent en raison inverse du cube des distances.
La marée est la plus forte dans les époques de syzygies^ ou de conjonction et à^ opposition, parce que la lune et le
( lia )
soleil sont alors à peu près en ligne droite avec la terre^ soit du même côté, soit de côtés opposés, et que les deux astres cumulent leurs actions. Dans les quadraturesy au contraire, la marée solaire nuit à la marée lunaire, et la contre -balance en partie.
Le flux ou flot se dit de la marée montante, et les mots de reflux y ébe on Jusant y expriment le mouvement de retrait.
La loi de ces phénomènes a ime importance capitale, même exclusivement au point de vue de la pratique maritime, pour tous les lieux situés sur les côtes. En tant (]ue science, il présente un intérêt non moins grand.
Laplace a, le premier, donné une théorie mathématique de la marée, et depuis lui la question n*a fait aucun progrès réel. La base de sa théorie, dite de la succion, consiste en ce que les eaux doivent se goafler sous T effort attractif de la lune, dans la direction du coips attirant, et aux deux extrémités symétriques du diajstètre de la terre; de même pour le soleil. Cette théorie rend bien compte de l'ensemble du phénomène, mais elle prête le flanc à diverses objections, et laisse à l'écart quelques fsùts contradictoires.
De Boucheporn, dans son grand écrit, a émis sur ce sujet tout un ensemble théorique qui mérite considération, mais auquel la pderre de touche du calcul mécanique n'a pas encore été appliquée (1).
(1) C'est même à ce propos que j'eus rhonneur d'entendre pour la dernière fois ce penseur hors ligne ; avec une accentuation extraordinaire et fiévreuse, par un dernier essor de vie intellectuelle, il m'expliquait ardemment comment il entendait la mise en équation du problème^ en me chargeant de ce travail. Trois jours après il n'était plus. Abandonnées momeiAanémeiit par suite de cette mort hautement regrettable^ ces redherdies n'ont pas encore été reprises.
Au poiDt de vue expérimeutal, on a été assez heureux, malgré une sorte d'insuffisance dans les détails de la théorie, pour bien séparer le caractère général et le caractère local du phénomène. Cette séparation, à vrai dire, e^ la clef de toutes les recherches de physique terrestre.
Dans les Manches, canaux resserrés, chenaux et détroits, le phénomène s'accélère ou se ralentit , et varie notablement d'amplitude par le frottement des eaux, par leur accumulation dans un étroit passage et d'après r«ipplica^ tifin d'un principe de mécanique qui exige que ce qui se perd en vitesse se gagne en hauteur.
Ainsi, dans la baie de Gancale, le marnage de la nrarée, ou dénivellation totale du point le plus haut gagné par te. mer jusqu'à sa plus basse dépression, atteint 15 mètres, tandis qu'à Cherbourg ce chiffre est de 7 mètres environ.
On étudie leô phases du mouvement au moyen du maréographe, sorte d'indicateur de Watt, de forme cytodrique, sur lequel glisse un style qui suit toutes les variafiotïs du niveau, de la mer. Le contre-poids qui règle le pas du style, pas réduit au dixième, repose sur l'eau dans un puits qui communique à la mer extérieure par un étroit conduit L'agitation de la vague, due à Faction d'un vent violent, est alors sams influence sur l'égalité des niveaux hydrostatiques moyens.
En développant la feuille de papier placée sur le tambour mobile, on a. une courbe qui représente, dans le lieu, toutes les particularités du phénomène, tant au point de Yue de son amplitude qu^à celui de l'époque où il se pto- ^haâft.
Quand on ne peut pas insitàllertm instrument de ce genre, on se contente d'observer de quart d'heure en qfuart d'heure l'élévation de la mer contre tra poteau divisé; avec un temps fovcnrable, on peut arriver à 'la suite à reproduire
graphiquement le trait qui peint toutes les particularités du phénomène, trait que le maréographe dessine lui-même automatiquement ; ou plutôt, c'est la mer elle-même qui est son propre peintre, et qui accuse fidèlement toutes ses yarialions de niveau.
En examinant une courbe de marée, obtenue dans un lieu quelconque, on se trouve en face de deux problèmes distincts : une question d'heure ou à^époque^ et une question d'amplitude ou de hauteur.
On remarque tout d'abord, que sauf des retards accidentels légers occasionnés par un vent violent, le moment an plein revient exactement à la même heure, le jour de vive eau on de zizigie. Cette heure fixe, pour chaque lieu, s'appelle V établissement du port. Si l'on retranche cette heure fixe de l'heure de chaque maximum suivant, on obtient une succession de nombres variables ; en opérant de la même manière sur les feuilles de marées d'un autre lieu, ayant un établissement du port différent, la succession des nouveaux nombres obtenus est identique avec la première série, à la condition de ramener les résultats à des époques simultanées.
Ainsi, la question d'heure se trouve légiférée par voie d'addition, en ajoutant à un terme local un terme astronomique général.
Voilà bien la distinction établie en ce que le phénomène offre de particulier ou de terrestre, et ce qu'il offre de sidéral. Ce terme général comprend deux parties distinctes. Tune prépondérante, qui appartient à la lune, l'autre secondaire, qui est le fait du soleil. Même sans le secours d'une théorie, il est possible de calculer des formules d'interpolation pratiques en tenant compte de la déclinaison et de Tascension droite de chacun des deux astres, et ces formules permettent de prévoir la venue du phénomène pour
un lieu quelconque, dès que \' établissement du port est déterminé.
Si maintenant on divise toutes les grandeurs de la marée, ou hauteurs au-dessus du niveau moyen, ligne médiane de la courbe sinueuse, par une grandeur d'un jour, on obtient une succession de quotients ; si l'on opère de même pour un autre lieu, on trouve que tous ces quotients ont la même valeur aux mêmes époques, On préfère choisir pour grandeur diviseur, une grandeur fictive qui résulte d'une hypothèse sur les positions relatives du soleil et de la lune, et alors ces quotients prennent le nom de ceiUii-mes de marée, tandis que la grandeur fictive s'appelle imité de lumteur du port.
Ainsi la question à' amplittide se trouve légiférée par voie de multiplication, eu frappant le terme local d'un coefficient astronomique général.
Voilà encore la distinctio» nettement établie entre les caractères particuliers, restreints à un lieu, et les caraC' lères d'ensemble tenant à une loi supérieure.
On peut très-facilement encore, en dehors de toute vue théorique, instituer des formules d'interpolation pour les centièmes de marée; et l'on voit qu'une seule observation d'heure et de hauteur faite dans un lieu, peut permettre de prédire toutes les circonstances ultérieures. En réalité, afin d'atténuer les erreurs d'observations, on a besoin de fdre un grand nombre d'observations pour en prendre la moyenne.
Cette esquisse rapide, et purement expérimentale, étMt essentielle à mon but. Les observations polaires, recueillies en dehors des canaux resserrés de l'archipel du Nord — Amérique, obtenues principalement dans la Po/jm/a, auraient une importance capitale pour infirmer ou justifier l'adoption d'une théorie générale; les actions plus tangen-
on Poisson diable^ parce que les difficultés de la lutte pour s'en emparer ne compensent pas à beaucoup près leur fsûble valeur commerciale. La Bow-head^ au contraire, douce et paisible, devient facilement la proie du pêcheur, et c'est une riche proie. L'examen de l'estomac de ces animaux pourra permettre de rectifier les croyances sur leur mode d'alimentation. Suivant les uns, la nourriture de la baleine consiste en petits crustacés rouges qui pullulent dans les gîtes baleiniers ; suivant Ehrenberg, ce crustacé pourvoit à la subsistance de poissons un peu plus gros, qui sont à leur tour ingurgités par la baleine ; la première hypothèse est plus généralement admise. Les baleiniers se contentent d'enlever l'enveloppe graisseuse, avec les fanons; et ils rejettent à l'eau tout le corps, sans perdre à l'examiner un temps qui leur est précieux. Ils jugent souvent de tout, d'ailleurs, avec des préjugés, des traditions, et sans aucune espèce d'examen critique.
Le morse, WalruSj ou vache marine, animal timide, qui fuit devant l'homme sans jamais l'attaquer, qu'il est même difficile d'atteindre, qui exige pour cela, ruse, adresse, prudence, contrairement aux contes de certains voyageurs qui narrent ce que d'autres n'ont jamais vu, le morse est delà taille d'un grand bœuf normand; il se rencontre en troupeau qui sont des légions. Parfois le navire traverse des bandes qui recouvrent la mer sur des étendues de plusieurs kilomètres.
Us sont à l'eau, dormant la tête en bas, ou s' agitant sur la vague, ou reposant en rangs pressés sur les bancs de glace flottante. L'inspection des estomacs prouve que leur nourriture principale doit consister en crustacés, qu'ils draguent au fond de l'eau avec leurs défenses de bel ivoire, et dont le test se retrouve en fragments dans la poche stomacale. Pour suffire à la nutrition d'animaux aussi grands
et aussi nombreux, il faut une source organique des plus considérables.
Le veau marin se rencontre fréquemment aussi, mais isolé ; il se nourrit de poissons ; timide, rusé, d'approche difficile, le veau marin nécessite toute Tbabileté du chasseur qui veut s'en emparer.
L'ours blanc, Carnivore, ichthyophage, se repaît surtout de veaux marins et même de morses. Malgré la fermeté du cuir de ce dernier animal, les puissantes griffes de Tours savent déchirer cette enveloppe, et j'ai retrouvé du poil de morse dans la poche intestinale d'un de ces grands carnassiers ; sa taille est gigantesque ; elle dépasse souvent 2'",50, et la paume de la patte atteint 60 ou 80 centimètres de circonférence. Tantôt lâche, tantôt agressif, c'est un rude adversaire avec lequel il faut compter, mais dont on a facilement raison au large, avec une embarcation et un peu de sang-froid.
Le poisson, genre salmo surtout, est tellement abondant aux embouchures des rivières que vers Ochotch, il est saisi par bandes dans la glace, au moment de la prise des eaux ; et, au moment du dégel, il dépose un amas de matières putrides qui engendrent des fièvres et transforment les rives en une sorte de Marais-Pontins.
La morue, dans le fond des eaux, doit être au moins aussi abondante qu'à Terre-Neuve.
Et pour suffire à l'alimentation de ces myriades d'êtres doués d'appétits gloutons, je laisse à juger ce que doit être la production des plus petites espèces, et principalement des infusoires !
Le crustacé rouge, grand de quelques millimètres, qui teinte la mer dans les parages fréquentés par les baleines, ressemble à un mince embryon de crevette sans barbes ; en jetant une seille le long du bord, l'eau ainsi puisée
sans précaution, ei ne contenant qu'une faibie- proportion relative d'animalcnles, permet de recueillir utr verre pieio de matière animale, d'un rouge vif, qui frétille sur le mouchoir d'où l'eau a filtré.
La mer, par moments, est tellement chargée de corps organiques élémentaires, qu'elle devient grasse et comme huileuse an toucher. Quand le temps est calme, ce qui arrive souvent, la surface de la mer est lisse et unie comme l'eau d'un bassin, et l'on voit des plaques huileuses dessiner de toutes parts de capricieux méandres. Là, encore, il se produit en grand des phénomènes de coloration analogues à ceux que l'on remarque sur nos étangs auprès des touffes de nénuphar, et qui donnent lieu à un spectacle ravissant.
Le poisson suffit encore à la voracité d'oiseaux de diverses espèces dont les vols dépassent en grandeur tout ce que l'on peut dire ; ce sont des fourmillentents ailés. L'alouette des glaces, qui i-essemble à la nôtre, reconvre parfois, et d'un seul groupe, des surfaces de plusieurs
Les palmipèdes du genre Canard, l'Eider eritre auti'es. se reocontrent en bandes dont l'aspect étourdit ; dajjs l'air, cela fonne des nnages ; sur Feao, ils se serrent les uns contre les antres, à tel point qu'an moment oi'i lis battent de l'aile pour s'enlever, ils se culbutent et sont obligés de s'étager sur plusieurs rangs ; puis cela forme comme ud ooragan de matière emplnmée.
En vérité, la vie animale des régions polaires est d'une intensité qui dépasse toute limite. Vous voje^ donc que ces régions offrent au naturaliste un champ de recherches des plus vastes.
Le savant Ehrenberg, en ce qui touche aux observations micrographiques, recommande instamment de recueillir
sur lés tonds où la profondeur le permet, les boues ou vases qui récèlent les corpuscnles les plus éléDientaires. Dans ce but, par des brassiages de moins de 50 mètres, j'utiliserai on petit appareil de forme analogue à Textracteur des puits artésien!", après que le trépan a broyé la roche à traverser. On peut employer aussi de petites dragnes particulières; les Tases seront séchées et conservées pour subir an retour un attentif examen ; de pins, sur les hauts fonds, nons inspecterons de notre mieux le spectacle sous-marin au moyen de la lumière électritjue.
Les espèces boréales et australes ne paraissent pas être les mêmes ; ainsi, par exemple, l'albatros qui abonde au Sud, et dont l'aile de plus de 3 mètres d'envergure semble infatigable, ne se trouve pas au Nord; et la baleine du Sud n'est pas la Bow-head.
Je dois indiquer ici une remarque mentionnée dans le voyage de Ross an Sud, remarque qui me paraît contradictoire avec les faits, quoique je ne me permette point de la nier. On a cru voir de puissants dépôts de gnano sur les cotes australes vers 78 degrés de latitude ; or, ces couches si riches comme engrais et qui ont même assez de valeur rémunératrice pour qu'on en charge des navires, existent principalement dans les îles du Pacifique, où elles sont produites par des légions d'oiseaux, en dedans de la zone torride, dans les parages où il pleut rarement. Dans les zones polaires, ces dépôts n'ont pas le temps de s'accroître, qael que puisse être le nombre des oiseaux producteurs, parce que ïes neiges et les pluies doivent entraîner le tout à la mer. Le circtdus est alors plus complet ; l'oiseau mange le poisson qui se repaît d'animalcules inférieurs, et ces derniers retrouvent à leur tour, au sein des eaux, les résidus déposés par les premiers.
La vie végétale, sous-marine et terrestre, malgré le
nombre réduit des espèces dans ces parages, offre un premier intérêt en quelque sorte thermologique. On sait que chaque plante nécessite un certain nombre de degrés de température pour germer, sortir de sa graine, s'épanouir, et fructifier ou se reproduire. Là où le thermomètre peut être un guide infidèle, comme accusant trop les divergences locales, la plante vient témoigner de la climature d'ensemble, en délimitant vaguement, mais sûrement, des zones de chaleur moyenne annuelle. En tenant compte des altitudes et des régions géographiques, le règne végétal peut servir à contrôler des théories physiques ! La confrontation des espèces polaires avec les espèces qui apparaissent auprès des cimes neigeuses de nos montagnes doit donc offrir un vif intérêt.
De plus, cette vie végétale des régions polaires, quoique bornée en général aux espèces dites Acotylédonées, n'en a pas moins une intensité supérieure, même dans la zone des plus grands froids. Au moment des chaleurs extrêmes, dès que les glaces ont absorbé leur part d'insolation, la plante se développe avec une rapidité telle qu'on la voit en quelque sorte grandir! L'hiver ne détruit pas tous les germes de vie, et les variétés de mousse sont assez abondantes pour suffire à la nourriture de nombreux troupeaux de rennes. Dans leur hivernage au port Foulque, vers le 78' degré de latitude, les compagnons de Hayes ont pu tuer plus de 600 rennes ; or, ces rennes vivaient, et ils sont herbivores.
L'étude comparée des organismes, dans les régions extrêmes, a surtout un caractère important parce qu'elle permet de jeter quelque jour sur cette grande théorie des milieux^ largement ébauchée par Lamark, et qui a été récemment reprise avec ampleur par nos contemporains. Malheureusement, dans des inductions trop hâtives
et anticipées, on fait intervenir, soit pour approuver, soit pour combattre, des notions qui n'ont que voir en matière scientifique. Ce ne serait pas un des moindres résultats d'observations polaires que de pouvoir en conclure avec certitude le rejet ou l'adoption de telle conclusion crue prématurée, par suite de l'examen des conditions organiques à l'extrême limite observable de l'échelle thermométrique.
La géologie et la paléontologie, ces deux jeunes sœurs nées d*hier, mais déjà grandes et imposantes, qui sont l'œuvre de nos contemporains, qui comptent parmi leurs fondateurs des hommes vivant au milieu de nous, dont l'un d'eux même, et des plus considérables, président honorsdre de notre Société, a bien voulu faire partie du €t)mité de patronage, la géologie et la paléontologie, dis-je, doivent espérer une riche moisson de notre voyage au pôle Nord.
Ces deux sciences, vous le savez, messieurs, ne peuvent se disjoindre. Les diverses couches géologiques de notre écorce terrestre, ou succession de ses assises à peu près reconnues au nombre de quinze ou vingt, de formation tantôt plutonique, tantôt neptunienne, révèlent leur histoire plus encore par la nature des êtres organisés enfouis dans leurs profondeurs que par les caractères purement minéralogiques.
Pallas, chargé d'une mission scientifique par Catherine II, eut la rare bonne fortune de trouver, vers les embouchures de la Lena, un mammouth entièrement conservé ; le poil tenait encore à la peau, et l'on peut dire, avec une très-légère nuance d'exagération, qu'il n'est pas impossible de faire un repas avec un mets antédiluvien. Cette découverte eut un contre-coup considérable sur les spéculations scientifiques. A ce moment, le Français Yicq-d'Azyr créait
fer ; que rintérieur sera partagé en compartiments é tanches par des entre-toises destinées aussi à résister à un écrasement du dehors; que de grands charniers en fer seront disposés dans les divers compartiments ; que la machine sera très-réduite en force, eu égard à l'impossibilité de renouveler les approvisionnements de charbon ; que la pêche accidentelle de la baleine pourra nous permettre d'utiliser comme combustible un corps gras fort riche en calories-; combustible très-cher, qui revient à 1200 fr. la tonne, mais que l'on peut trouver sur place et au large; que toutes les précautions les plus propres à assurer de bonnes conditions matérielles et hygiéniques seront prises avec soin ; que toutes ces précautions ont été étudiées au sein même des glaces, en profitant de l'expérience de nos devanciers ; que nous serons munis des moyens énergiques nécessaires pour briser ou scier la faible ligne de glace qui sépare l'eau libre vers Behring de l'eau libre vers la Pôlynia, etc., etc.*
Quant au personnel, il se composera d'environ cinquante volontaires, parmi lesquels j'aurai quelques-uns de mes rudes compagnons baleiniers, marins intrépides, habitués aux glaces, et navigateurs consommés. En ce qui concerne l'état-major scientifique et maritime, j'ai déjà reçu des demandes assez nombreuses pour suffire à l'armement de quatre navires ; j'ai répondu à tous avec grand empressement et courtoisie, en prenant note, mais sans me permettre d'engager ma parole avant le moment voulu. Quelque précieuses que soient plusieurs de ces demandes, j'ai tenu à conserver ma liberté d'allure et la liberté de mes choix jusqu'à la dernière heure, qui sera celle de l'armement. Ce qu'il faut avant tout, ce sont des compagnons doués d'une résolution inflexible, dont le dévouement chaleureux^ voire même enthousiaste, soit acquis en entier à la gran-
(leur de notre œuvre. Sur ce point, j'ai déjà de vives et légitimes satisfactions. De pins, mes compagnons devront s'efforcer, comme moi même, d'exhausser le niveau intellectuel et moral de tous les hommes de l'équipage, surtout si l'on hiverne; et, tous, nous aurons à faire notre possible pour donner à tous autant de bien-être matériel que pourront le comporter les exigences légitimes du service.
§ 15. — BUT PROPRE DE l'eXPÉDITION.
J'ai essayé, messieurs, de vous présenter en larges traits les linéaments principaux de ce que l'on pourrait appeler notre bilan scientifique spécial. A cet ensemble vient s'ajouter encore le : On ne sait.
Un des maîtres delà chimie contemporaine, membre du Comité, me rapportait un mot de l'illustre Faraday, dont ' l'Angleterre déplore la perte récente : « Je ne vous parlais pas de ce que je faisais depuis trois jours, lui disait-il, et cela devait vous étonner; c'est que je cherchais quelque chose que je savais être absurde; mais fai trouvé à côté; mon idée préconçue, toute fausse qu'elle était, me servait de fil directeur. »
Celui dont le souvenir plane encore sur l'Observatoire de Paris, François Arago, avait exprimé une pensée analogae sous une forme vive et concise : a V inconnu^ dest la part du lion! »
Que trouverons-nous à côté? Quel sera notre inconnu? Quelle sera notre part du lion?
Nous avons autour du pôle Nord 800 millions d'hectares inexplorés (1).
(1) Au pôle Sud, il y a 1400 millions d'hectares où l'œil humain n'a pas encore plongé. Weddell et Ross aftendent non pas des rivaux, mais des continuateurs
Quelle surprise noua sera réservée? Que pourrons-noi apprendre en parcourant cette avène immense, et viergi de toutre^rd humain?
Nul ne l'a vu; nul ne le sait; nul n'a pu le dire. Nous le Terrons 1 nous le saurons I nous le dirons !
Mais, avons-nous la prétention de satisfaire à Loua les détails de ce large programme? A cela je réponds, avec toute la netteté possible : Non, certainement nonl En principe, noni En principe, le but exclusif de l'expédition est d' river au pôle Nord ; ni moins, ni plus.
En atteignant ce but, nous aurons assez fait pour un premier voyage, et nous aurons lenii tout ce que noua avons promis.
Messieurs, les grandes choses peuvent porter les grands mots; et je ne crains pas d'empnmter aux documenis anglais et allemands l'expression de triomphe géographique, pour caractériser l'œuvre que nous poursuivons en commun.
Et lorsque ce triomphe sera un fait acquis à l'histoire, vous tous, Société de géographie qui avei prêté un concours exceptionnel à la question du pûle Nord, qui aujourd'hui même, conlrairemeut à vos usages traditionnels, lui avez consacré complètement tout le temps de vos lectures annuelles; vous tous, par cela seul que nous aurons atteint le pôle Nord, vous aurez bien mérité du pays, de la science et de tous; je l'affirme hardiment; car vous aurez satÏBt'ait à la solution d'un problème qui, depuis deux cents ans, a vaincu toutes les forces humîdnes.
ipe.^H