‹ Le̕xpédition au pôle nordChapitre 17 sur 17 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Pour terminer, niessieurs, permettez-moi une courte digression.

Vous avez tous lu ces lîvœs charmants dus à la plume de notre aimablo et ingénieux collègue, M. Jules Vemes, livres où grands et petits se surprennent à être captivés par d'attrayants récits. Je place cette appi'éciation, messieurs, sous le couvert d'une autorité irrécusable, qui n'est rien moins que uotre Académie française.

Plus d'ime fois, on a dit que le voyage au pôle Nord du capitaine Hatteras avait contribué à la r(;ussite de notre expédition, eu lui donnant un gage de popularité.

Dans cette heureuse fiction, l'auteur parle tour à tom- le langage 'du marin, du physicien, du naturaliste; et le lecteiir, s'il n'était prévenu que ce voyage n'est qu'un rêve, que ses acteurs ne sont que des créations littéraires, se surprendrait à croire que M. Jules Vernes s'est contenté de retranscrire les Mémoires inédits du capitaine Hatteras, la correspondance même d'Altaniont, et les notes manuscrites du savant docteur Clawbonny.

En suivant avec un vif intérêt cette lutte passionnée entre le commandant du Forward et celui du Porp»ise, latte ;pi fait image pour symboliser l'éoiulation de deux nations rivales, où chaque capitaine voidait revendiquer poai' son pays natal l'honneur d'une grande conquête géograque, on aime à concevoir, dans la lice polaire, une sorte de noble et pacifique tournoi où les nations maritimes se-? raient toutes conviées.

Faut-il donc qu'Hiitteras et Altamont, seuls, aient vu le

pôle Nord? Et quelque créance que méritent leurs dires, ne devons-nous pas contrôler leurs récits?

Vous avez lu, dans un des derniers numéros de votre Bulletin^ cette remarquable lettre où le docteur Petermann vient lui-même rendre hommage à notre cause, française, il est vrai, mais scientifique avant tout. Dans quelques lignes chaleureuses et fortes, il oppose l'esprit de la guerre à Tesprit de la paix ; il montre les millions prodigués à ces grands duels nationaux qui n'ont même pas l'excuse des duels ordinaires, en regard de la mince prébende parcimonieusement mesurée au culte de la science.

Et, cependant, nous ne pouvons devenir les maîtres du monde, et régner sur la nature, ^'en démasquant le secret de ses lois.

En face de ces trop justes réflexions du savant géographe de Gotha, on ne peut guère se bercer de l'espoir d'assister au spectacle grandiose de pareil steeple-chase scientifique.

L'Angleterre enrichirait d'un nom de plus le livre d'or de ses gloires maritimes.

Les étoiles de l' Union-Américaine, la patrie de Maury, viendraient encore s'éclairer aux lueurs de ces longs jours que respecte la nuit. — Le docteur Hayes, je le gage, est prêt à commencer.

La Hollande, reine autrefois des mers ; les Trois-Royaumes Scandinaves; la Russie, dont la Polynia baigne les glaces riveraines, donneraient de dignes successeurs aux Barentz, Behring, Krusenstern, Wrangel et Anjou.

La docte Allemagne prendrait son rang sous l'impulsion d'Augustas Petermann. — Déjà, grâce au Brémois Rosen" thaï, cette fiction a pris un corps ; c'est la réalité.

La patrie des Barthélémy Diaz, des Vasco de Gama, des Magellan, s'inscrirait dans la carrière ; et l'on n'aurait plus

à craindre que le géant Adamastor, debout sur un écueil, ne vînt barrer le passage.

La jeune Italie se souviendrait de cet illustre enfant de Gênes ,qui, sous pavillon espagnol, inscrivit dans les fastes de rhumanité la date à jamais immortelle du lit octobre 1A92.

Et pour nous, messieurs, si je n'énumère point les brillants fleurons de notre couronne navale, c'est afin de laisser à Y Allemand Petermann l'honneur d'avoir mis en lumière, dans sa lettre récente, la richesse de notre écrin maritime Français,

Ah ! si pareille joute pouvait s'engager, bien que la science n'ait point de patrie, quel est le Français qui ne saurait pas formuler des vœux ardents et faire des efforts énergiques pour que notre expédition française au pôle Nord, pour que le Comité de patronage arrivât premier, battant ses concurrents, ne fût-ce que d'une longueur de navire ?

Quant à moi, mon devoir est tout ti acé, et j'ose dire que je n'y faillirai pas.

" Messieurs, le plus énergique de nos poètes français a dépeint, dans ses ïambes, ceux-là

Qui vont de porte en porte et d'étage en étage Gueuser quelques bouts de galons.

Sauf le but, moi aussi, j'ai été de porte en porte et d'étage en étage, chapeau bas, mais le front haut. Ainsi j*ai fait, ainsi ferai-je.

Il s'est trouvé des hommes pour m' adoucir ce rôle qui pouvait être pénible, et pour me le rendre cher; à eux, et à vous tous, merci, du fond du cœur.

Fort de votre appui, messieurs, confiant dans la gran-

deurde notre cause, j*irai, cet hiver, de ville en ville, réclamer ardemment, de tous, des sympathies actives.

Comment pourrais-je lîoncevoîr un doute sur le succès ?

Je parle maintenant, tion plus seul et inconnu, mais avec l'assentiment d'un Comité de patronage formé d'une élite intellectuelle, et avec le poids d'un nombre croissant de souscripteurs de tous les rangs, de tous les camps, de tous les partis.

Et, pour notre projet, ces listes de souscription déjà longues sont à elles seules, messieurs, des lettres de noblesse.

Paris. — Impritncrio de E. Mariinet, me Mignon, 2.

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