PARIS
Al' SIËGE OK LA SOCiËTË
3, BUB cHRisnxc. ::
■ Son
§ 1. — PRÉLIMINAIBES.
Messieurs,
Vous avez tous appris par les journaux, et plus particulièrement par l'un des numéros du Bulletin de notre Société, qu'un Comité de patronage, institué dans le but de favoriser une expédition au pôle Nord, avait adressé un appel à nos compatriotes.
En sa qualité de groupe scientifique spécial, la Société de géographie était au premier rang sur la liste de ce Comité.
Votre Commission centrale, à l'occasion de notre séance annuelle, a jugé utile et opportun de vous soumettre les raisons qui ont motivé sa décision; elle m'a chargé de ce mandat, estimant que le promoteur du projet avait personnellement à remplir ce devoir.
Il y a un an, à pareille époque, j'étais autorisé à vous donner lecture d'une note rapide que vous avez accueillie avec une grande bienveillance, et qui a servi de premier point de départ à la publicité.
J'arrivais de la mer depuis peu. Je revenais d'un voyage dont le but spécial et précis était une reconnaissance des mers Arctiques du côté du détroit de Behring.
Pendant ma croisière dans les glaces, en étudiant scrupuleusement et avidement les spectacles étranges qui se déroulaient sous mes yeux, je scrutais le sens des choses, et je cherchais à établir la règle théorique des phénomènes en même temps que je constatais leur caractère pratique.
A mon retour, profondément convaincu de la possibilité d'atteindre le pôle Nord, après avoir assis ma conviction sous son double aspect, scientifique et technique, je fis
tons mes efforts pour h favre partager ù d'antres, et pour organiser une expédition. Je n'osais pas espérer, au début et dans mon isolement, de pouvoir placer la question devant tous, sur son terrain de réelle et poétique grandeur.
fe songeai donc d'abord à déterminer des bâilleurs de ibnds, par le double appât de Thonneur et de Tor, à me faciliter l'accomplissement d'une tâche glorieuse, et que l'on pouvait rendre lucrative aussi, bien que le gain ne dût intervenir que comme moyen d'action.
A ce moment, je qualifiai de rêve brillant et chimérique la possibilité d'eflFectuer cette campagne, avec l'aide des ressources dues à l'entraînement du seul mobile scienti^ fique.
Pourtant, quelques communications bienveillantes m'avaient fait entrevoir an moyen de succès dans la constitution d'un Comité de patronage, dont les membres seraient les parrains de mon projet.
J'avais force et courage ; je marchais résolument dans cette voie.
Tout n'a pas été roses dans ce sentier difficile et nouveau ; mais rien ne pouvait me décourager * et si mon pas s'est heurté parfois aux aspérités de la route, le succès du moins a couronné mes efforts, grâce souvent aux causeries particulières et aux bienveillantes recommandations de quelques-uns de ceux qui déjà m'avaient accordé leur concours.
Armé d'une liste de noms hautement recommandables, j'ai pu me représenter à nouveau devant la Société de géographie, et solHcîter son appui, en m'étayant des résultats obtenus. Cet appel fût entendu; et sur la proposition de son président^ votre Commission centrale décida, sans discussion et par acclamations, qu'elle prenait lait et cause désormais pour la question du pôle Nord.
La Société de géographie fut alors inscrite en tète de la liste du Comité de patronage pour l'expédition scientifique et française au pôle Nord. Le Comité était constitué ; la question était posée.
Un peu plus tard, le président de votre commission cen* traie a saisi directement le comité de Y Association scienti" fique de France^ et cette association a pris le second rang sur la liste.
Permettez- moi, messieurs, d'insister sur le caractère qui distingue cette liste du Comité.
La science est chose sereine ; elle ne doit tenir aucun compte de toutes ces nuances d'opinions qui semblent par* fois séparer les divers membres de la grande famille française.
n fallait nous placer en dehors et au-dessus de toutes ces nuances.
Or, il suffit de jeter un coup d'oeil sur la liste du Comité pour être convaincu que ce but a été atteint ; et c'est pour moi un honneur inestimable que d'avoir pu réunir ainsi en un seul groupe tant dliommes distingués, éminents ou considérables, et de les avoir associés à la réalisation d'un projet tout de science et d'honneur national (1) •
Un appel rédigé par une Commission spéciale fut adressé au public, au nom du Comité. Les noms inscrits à la suite de cet appel offraient dès lors une garantie sérieuse à tons ceux qui ne pouvaient se rendre un compte exact de l'importance scientifique de l'expédition projetée; tous nos
(i) Dans les rangs du Comité de patronage, la mort a déjà brusquement frappé, n y a quelques mois, c'était M. le conseiller d'État Herbet, vice-président de la Société de géographie ; hier, c'était M. le duc de LuyneS| grand nom grandement potré. Je me permets de joindre ma voix à des voix autorisées, parce que mon silence serait de roubli, ou bien de l'ingrati tude.
compatriotes devaient avoir une pleine confiance dans l'opinion de juges dont la haute conopétence était indiscu* table.
Le concours de la Presse ne nous a pas fait défaut. Des comités locaux commencent à s'organiser en province, tantôt sous des incitations individueUes, tantôt sous le couvert des Sociétés académiques des principales villes. Nous avons marché lentement, toujours, dés le début, mais toujours d'un pas sûr, et toujours en progressant.
Dès aujourd'hui, je crois pouvoir afiirmer que nous réussirons; le plus difficile est fait.
Quant au succès même de l'expédition, quant au but à atteindre, j'espère vous convaincre que nous n'avons pas à redouter de mécomptes ; et l'honneur de ce succès rejaillira sur tous : Comité de patronage, Société de géographie, souscripteurs, depuis le plus haut jusqu'au plus modeste d'entre eux.
Je dois nécessairement ajouter un mot tout particulier, à propos de ce plus haut souscripteur auquel je viens de faire allusion.
Je parvins à obtenir une audience du chef de l'État; je fus accueilli avec une bienveillance attentive, et un intérêt marqué.
Et, plus tard, lorsque l'homme d'État qui nous préside, accompagné du président de votre Commission centrale, est venu rappeler ce sujet au chef de la France, en lui présentant la liste des membres du Comité, et en appuyant notre cause avec sa double autorité d'ancien ministre de la marine et de président de la Société de géographie, le résultat fut ce que vous savez.
J'ai rappelé ce souvenir avec la réserve qui se doit, mais avec le dessein de vous associer à mon sentiment de grati<tude pour cet acte de haute et généreuse initiative.
levais maintenant, messieurs» passer à Tezamen du projet, en suivant Tordre méthodique des divers paragra* phes de l'appel adressé au public au nom du Comité*.
§ £• — BÉSimÉ HISTORIQUE,
Pour permettre au lecteur de suivre à travers les siècles Tordre chronologique des tentatives d'exploration dans les parages du nord de la terre, nous donnons ici une note succincte (i), reproduisant la liste à peu près complète de tous les chefs d'expédition, en mentionnant la date du départ, et quelques brèves indications. Les premiers navigateurs devaient se faire remarquer par la puissance d'initiative, la hardiesse et le courage, dans des conditions bien supérieures à celles que pourraient revendiquer leurs successeurs. Noir comme le danger! Terrible comme la nuit! disait Homère; et quelle nuit que cette nuit d'ignorance et de ténèbres où des superstitions étranges assaillaient T esprit inculte des matelots ! A chaque heure, le marin voyait se dresser devant lui, comme un vivant obstacle, de hideux et imaginaires épouvantails ! Grâce aux devanciers, la tâche qu'ils no^is ont laisséeà terminer devient facile; cette tâche n'exige plus qu'un peu de savoir et beaucoup de volonté.
D'après les Sagas Scandinaves, Naddoc découvre Flslande, en ^60. INGOLF et HiORtEiF, cbcfs norvégiens, y retournent en 87^. Fils d*un chef norv^ien, Érick le Rouge découvre le Groenland vers 986, et il y passe trois ans. Fils d*Érick, Leif se fait chrétien, €t il porte sa foi, en Tan 1000, dans la colonie groenlandaise. Cette colonie devint prospère par la suite, jusqu'à avoir douze paroisses, deux couvents et un évêque. Thorwald, frère de Leif,
(1) Voyez entre autres, ShillinglaW; Brown et Hayes, g}
esttuéparles£squiamux.£a 1007, les Pïormands visitent l'Islande et le Groeolaiid ; il ea est de menue de Madoc, prince de Galles vers il 70.
On croit également que Pythêâs, de Marseille, antérieurement vit le Groenland auquel il donna le nom de Ultima Thulé de Ptolémée. On croit aussi qu>Dn Normand, Ochter , avait réussi à atteindre la mer Blanche. En 1380, NicOLO Zeno, Vénitien, a pu atteindre le Groenland, inais oa admet que son voyage est une invention. £n 1441, on autre Vénitien, Pierre Quirino, a peut-* être naufragé sur les côtes de Norvéga
L'histoire réelle ne commence qu'avec les deux Cabot.
1496-97. Jean Cabot. Nord-ouest.
Marchand vénitien, établi à Bristol Enflammé par l'exemple de Christophe Colomb, il résolut de faire un voyage de découvertes dans les mers septentrionales. Le roi Henry VII l'autorise à naviguer sous le pavillon d'Angleterre, avec le titre de lieutenant du roi, mais en se réservant le cinquième des bénéfices. L'expédition devait être armée aux frais de Cabot. Il découvre l'île de Saint-Jean, et revient.
1498. SÉBASTIEN Cabot. Nord-ouest.
Ce jeune homme n'avait que vingt-trois ans. L'expédition était composée de deux navires armés à ses frais, avec trois cents corn* pagnons. Il dirige sa course assez loin vers le Nord pour trouver des monceaux de glaces flottantes, et un jour presque continuel. Il va ensuite dans l'Ouest jusqu'à la longitude de Cuba. On croit qu'il atteignit le 67** 30' de latitude nord.
1500. Gaspard Cortereal. Nord-ouest,
Noble Portugais; il part de Lisbonne à ses propres frais, touche anx Açores, exécute un voyage qui n'avait jamais été fait par personne, jusqu'à une terre qu'il nomma Terra- Verda. C'est une partie de la côte du Labrador. Il explore au-dessus à une distance de plus de •ix cents milles. Le point le plus septentrional atteint par Cortereal fut le golfe de Saint-Laurent, ou tout au moins la pointe Sud du Labrador. L'atmée suivante, Cortereal partit pour un second voyage avec deux navires; il dirigea sa course vers les contrées les plus extrêmes qu'il eût d'abord atteintes. A la suite d'une tempête, il
fui séparé de ses compagnons, et Ton n*en entendit pins parier. Lorsque la nouvelle de ce désastre parvint en Portugal^ Michel Gorte* real, grand chambellan du roi, partit aGn d'aile rà la recherche de son frère. Il ne revint jamais.
1517. SÉBASTIEN Cabot. Nord-ouest.
Sous le règne de Henry YIII, seconde expédition qui échoue à cause de la couardise et de la pusillanimité du chef, sir Thomas Pert. Il est presque certain que dans ce voyage Cabot entra dans la baie d*Hudson, ou tout au moins dans le détroit qui porte le nom de ce navigateur ; plus tard, Frobisher et Hudson furent guidés par ce qu'on savait des tentativesMe Cabot.
152A. Verazzano. Nord-ouest.
Première apparition des Français. Sous le patronage de François I*', quatre navires sont confiés au Florentin Verazzano, qui longea l'Amérique du Nord du 3^« au 50* degré. Il manqua de vivres et revint à Dieppe.
1527. John Rut. Nord-ouest.
Il part avec deux navires; il atteint 53 d^rés de latitude; il est arrêté par les glaces ; la tempête détruit un de ses navires et le jette avec l'autre dans le port de Saint-Jean, où il trouve des vaisseaux de pêche espagnols, français et portugais.
1534. Jacques Cartieb. *
Il part de Saint- Malo avec deux navires, navigue autour de Terre- Neuve. Le premier des Européens, il visita la baie de Saint-Laurent. La saison étant trop avancée, il revint à Saint-Malo où il fut reçu avec distinction. — On organise une seconde expédition.
1535. Jacques Cartier.
Nouvelle expédition composée de trois navires de vingt-cinq, quarante et soixante tonneaux. Ils étudient le golfe dans lequel Cartier était entré à son premier voyage. Ils découvrent Hic de l'Assomption.* Ils donnèrent le nom de Saint-Laurent au canal qui est entre cette île et le Labrador, et depuis ce nom a été donné à tout le golfe. Les Français, parfaitement reçus par les Indigènes, remontèrent jusqu'à la cité indienne d'Hochelaga. lis furent attaqués du scorbut ; re-
xnède indien composé d'une décoclion de feuilles cl d'écorccs du pin blanc de l'Amérique du Nord. Ils virent du tabac pour la première fois, et ce fut a?ec stupeur qu'ils virent fumer les naturels» On quitta Hochelaga , auquel les Français donnèrent le nom de Mont Royal, d'où, par corruption, Montréal.
1536. HORE. Nord-ouesL
Expédition anglaise malheureuse. Il atteint le cap Breton. La famine fait cruellement souffrir les équipages. Un des explorateurs est mangé par ses compagnons. Ils sont enfin sauvés par un navire français.
15/i9. RORERVAL. Nord-ouest.
Roberval et son frère Achille entreprennent un voyage. On n'eniendit plus parler d'eux.
1553. HUGH WiLLOiJGHRY. Nord-est.
Expédition armée par les soins du vieux Sébastien Cabot. Trois navires sont pourvus de tout ce que l'expérience pouvait suggérer. Le commandement est confié à sir Hugh Willougbby avec Richard Chanceler. Ils arrivent au milieu des iles qui bordent les côtes de la Norvège Une tempête s'élève à la hauteur du cap Nord; Willougbby et Chanceler sont séparés pour ne plus se revoir. Deux ans plus tard, des pécheurs russes retrouvent le journal et les cadavres 4e Willougbby et de soixante-dix de ses compagnons morts de faim €t de froid à l'embouchure de la rivière Arzina, près de Kagor.
Chanceler attendit son commandant pendant sept jours, vers Wordhuys. Ensuite, malgré les prières de son équipage effrayé, il irogue vers le Nord. Il découvre la mer Blanche et aborde à Archangel. Des pêcheurs lui apprennent que cette terre appartient k «m souverain nommé Ivan Yasilovitch, résidant à Moscou. Chanceler, sans se laijsser effrayer par le péril, se rend auprès de ce monarque et ensuite revient en Angleterre, après avoir conclu un important traité de commerce entre les deux nations.
1555. Richard Chancelor. Nord-e&t.
Second voyage de Chanceler; il revient en Angleterre avec un ambassadeur russe. Il repart et perd la vie.
1556. Stephen Burkough. Nor4'^.
n arrive au milieu de juillet au détroit de Vaîgatz, où il est entouré de tous cfités par d'énormes blocs de glace qui hii font eotttfr de grands dangers. Il pénètre à environ 15 lieues au-delà defenH bouchure de la rivière Petchora, point qu'il ne peut dépasser malgré tous ses efforts; il a atteint 80° l' de latitude nord. Il revint en An|^ terre avec T intention de renouveler sa tentative dans de meilleures conditions.
4 576. Fkobisheb. Nord'Ouest .
Après beaucoup de déboires, sir Martin Frobisher trouva enfin un appui chez Dudley, comte de Warwick. Il put armer trois navires H'un tonnage insignifiant^ dix, trente et trente-cinq tonneaux î II découvre une terre qui doit être In partie méridionale du Groenland. Il essaye vainement d'atterrir dans une tempéle ; un des bâtiments se perd corps et biens, et un autre, effrayé, fait voile pour l'Angleterre. Frobisher navigue ensuite vers le sud-ouest pendant di:!ir-sept jours, et il pread torre sur un point supposé def U côie du Labrador, arrêté par une insurmontable barrière de glaces, la sOttde ne trouvant pas le fond à une profondeur de cent brasses. Dans toirtes ces épreuves, Frobisher déploya un courage et une énergie admirables. Il donne le nom de la reine Elisabeth à un cap découvert à la httitude de 62^30\ Plus au nord, par ôS^'d^ il trouve un autre proroofitoire, pointe eitrême du passage qut porte én€orf sou nom aujourd^oi. Il pénètre rinquante à soixame lieue» plus hMt et trouve un petrple sauvage dti type tartare. Il perd dnq bommes dont il n'a phis de nouvelles ; par représailles, it enlève un des natifs du pays. A son retour, Frobisher reçoit un accueil flatteur; d'après ses tentatives, on conçut un grand espoir de trouver un pai^sage pour atteiau Cathay. Oh Cite ce fait d'un matelot qui avadt rapporté une pierre fort lourde ; jetée au feo par hasard, cette pierre parut contenir de For. Ce fut assez pour faire organiser une seconde expédition.
4577. Frobisher. Nord^oue^.
Seconde expédition entreprise avec un navire de la marine royale de deux cents tonneaux et deux des navires du premier voyage. Ils arrivent à l'entrée du détroit de Frobfeher, qu'ite dépassent sans re\p]orer f onr essayer de pénétrer \^\^ loin. Apre» avoir recoeifli
deux teuis tamn^ia Métal déské et donné le dchb de bdy Anne^ cemftette de Wwinck, à rile4»à se tn»? ece méui, ils reatreuttoos ea Angleterre. On ^eéfêrt 8or4eHdiav^ une tioisîèine expédiikMi.
157ft. Fbobisheb* Nord-Que$L
On rasseoibb pour ceUe expédition quinze navires Vers le uàr lien d'août, ia flotte, après awir échappé à faeaaoonp de dangers, se trouve rassemblée dans le détrok de la coaitesse de Warwkk» à Texception de deux navires, l'on qui avait sombré avec une eaiigaisoo de maisons de bois, et Tantre qui avait furtivement fait vmie pour TÀDgieterre»
AI a^ré les glaces et les dangers de Tautonine, Frobisher continoe son voyage et se lance dans l'intérieur do détroit; pendant vingt jows , sous uo épais brouillard, ses navires sontdroesés par les courants; il se met un flésordre complet dans la marche de la flotte. FrcJiisher, dissiimilant adroitement, fait croire à ses équipages qu'ils sont dans la vraie voie. Depuis, il déclara que, sans la crainte de coospromeltre les hommes et ks navires qu'on lui avait confiés, il aurait léossi à trouver le passage pour aller au Cathay. U est probable que Fkû« bisher entrevit le détroit connu plus tard sous le nom de détroit d'Hodson. Au retour en Angleterre, malgré Tinsuccès de ce voyage signalé par de nombreux accidents, on parla d'une quatrième eipédilion, mais die n'eut pas lieu, quoique sir Francis Drake ea {ât le promoteur chaleureux.
1578. HUNNINGSEN. — CHARLES MEYEN.
1580. ÀBTinm Pet. — Jackman. Nord-esL
Deux Anglais, Arthur Pet et Charles Jackman, cherchent à dé-> couvrir un passage Nord-Est; ils traversent le détroit de Yaigatz. Mais le côté oriental du détroit était tellement rempli de glaces qu'après de grands efforts, ils furent obligés de revenir sur leurs pas. Pourtant, ils trouvèrent une grande profondeur d'eau; jusqu'^ soixante-dix brasses.
1583. GlLBEBT. Nurd^ueèt,
Sir Humphrey Gilbert forma le premier le projet d'établnr des colonies anglaises en Amérique. La reme Elisabeth lui concéda pour toujours les terres qn*il découvrirait ; seulement, il devait lui
on faire bommage et lui donner le cinquième de l*or et de l'argent trouvés. Il fit deux tentatives sans succès; la première fut manquée par Teffetdu mauvais vouloir et de l'indiscipline de ses aventuriers; la seconde, où Gilbert commandait lui-même, accompagné de sir "Walter Raleigh, fut arrêtée par le mauvais temps. La résolution de Gilbert ne fut pas ébranlée. Il partit de nouveau avec cinq navires, afin de prendre possession de Terre-Neuve. Il avait deux cent soixante bommes sous ses ordres.
Trois jours après le départ de l'eipédition, le plus grand navire de la flotte s'en retourna, sous prétexte de maladie, mais, en réalité, par peur. Gilbert poursuivit sa course et arrive enfin à Terre- Neuve. L'un des navires fut renvoyé avec quelques bommes malades, et le bâtiment qu'il montait lut mis en pièces à la côte. Il ne lui restait plus que deux petits bâtiments, l'un de dix et l'autre de quarante tonneaux. Sir Humpbrey Gilbert arbora son pavillon sur le premier, et il fit voile pour l'Angleterre, ayant vu échouer toutes ses espérances ; il sombra avec tout son équipage au milieu d'une tempête. De cette belle expédition^ il ne rentra en Angleterre qu'un seul navire terriblement éprouvé.
1585. John Davis. Nord-ouest.
S^t ans après le désastreux voyage de Forbisher, des marchands^ laissant de côté toute pensée d'or et de métaux précieux, équipèrent deux barques de trente-cinq et cinquante tonneaux, avec dix-neuf et trente-trois hommes d'équipage. John Davis fut nommé chef de l'expédition, ayant sous ses ordres "William Briton. Le bruit des glaces, entendu à travers un épais brouillard, sème l'épouvante ; Davis en constate la cause et rassure les équipages. Ils arrivent en vue de la partie sud- ouest de la côte du Groenland, à laquelle Davis donne le nom de Désolation.
Contrarié par le vent, Davis va mouiller par la latitude de ^k degrés, et reste pendant un mois, entretenant de bons rapports avec les naturels du pays; profitant d'un vent favorable, il file directement vers le détroit et la mer qui portent maintenant son nom, et atteint le mont Raleigh. De là, il suit la côte, se dirigeant vers le Sud et il atteint un promontoire qu'il nomme le cap Miséricorde; il en fait le tour, persuadé qu'il avait découvert le nouveau passage. Il mar^ ' he vers le détroit qui varie, en largeur, de vingt à trente lieues.
jusqu'à la fin d'août, sur des eaux ealièrement dégagées de glaces* Après quatre-vingts lieues, il trouve un groupe d'iles au centre du canal, et au delà desquelles la navigation paraissait très-facile. Mais les brouillards et les gros temps le déterminent à retourner, ren« voyant à une autre époque une nouvelle entreprise.
1586. John Davis. Nord*ouest.
Sa découverte inspira une grande confiance. On le fit repartir avec quatre bâtiments. Il trouve une énorme quantité de glace le long de laquelle il navigue, malgré les réclamations de ses équipages. De là, abandonné par un de ses navires, il poursuit seul son voyage avec une barque de trente tonneaux. Il découvre plusieurs terres en s'avançant juscju'à 66° 19' de latitude nord. De là, il dirige sa course vers le sud ; Davis admire un magnifique bras de mer se dirigeant vers l'ouest; puis le mauvais temps le force à retourner en Angleterre.
1587. John Davis. Nord-ouest.
Davis obtient trois navires à la condition de payer les dépenses en péchant. Arrivé à son ancien mouills^e, il laisse deux navires pour pêcher; puis, dans une petite barque, il côtoie vers le nord jusquîi la latitude de 72'* 12'. Il voit une mer ouverte vers le nord; le vent étant contraire, il court à l'ouest, pendant quarante lieues, sans voir de terres. Il est pris par les calmes et les glaces. Il découvre l'entrée du détroit d'Hudson. De retour en Angleterre, il lui fut impossible^ malgré tous ses efforts, d'oi^aniser une quatrième expédition, r Pourquoi, disait-on, n'a-t-il pas trouvé, dans les trois premières, le passage qu'il cherche? »
1594. Barentz. Nord-esU
Expédition hollandaise composée de trois navires, dans le but de trouver un passage commercial pour aller aux Indes. Les États-Géné* ràux promirent, en cas de succès, une prime de 25 000 florins, avec le privilège exclusif de huit années pour faire le commerce par cette nouvelle route. Barentz dirige sa course vers le nord-ouest de la Nouvelle-Zemble; les autres navires, sous le commandement de^ Gélestin Nay, passent par le détroit de Yaigatz. Barentz trouve une barrière de glace insurmontable.
L'autre division de la flotte remarqua, flottant sur l'eau, des
arbre», àcè brandies, et pema justement qu*ib prwenaieBt de q«elque iuige rivière; Le rivage éuit embinraé par TodeiK d'b€rt>ee et de fleurs. £tle entra dans la mer de Kara, s«r laquelle eUe parom* rut une eowanUine de Imims. Ils r^gniiem Barentz avec h coo- Ticliun d'avoir troofé le passage oberché.
Les État»-Géiiéraiix OMifient sept navires à Barentz. Les bitîfnents se séparent après avcm* dépassé le cap Nord. Ils constatent une beUe mer bleae, d'une profondeur de plus de cent dix brasses, et beaucoup de baleines. Tout faisait [)résager un suotès quand, après une tempête, des montagnes de glace s'avancent vers enx et les nenacent ; Teffroi les gagne. Ils rentrent eu HoHande.
1596. JBAREiiTZ. Nord-est^
Après cet insuccès, les États refusèrent d'armer «ne antre t ' ipé -* dilion. liais ils promirent une récompense à celui qui découvrirait le passage. Des particuliers équipent deux navires et les confient à Barents.
Un désaccord s'élève entre Cornelisz Rijp et Barentz sur la rente à suivre. Rijp voulait passer par le nord-ouest de la NooveilenZemb)e ; Barentz voulait tenter le passage par les détroits déjà connus. Barentz cède. Us découvrent d'abord llle aux Ours, puis la terre la plus septentrionale qui ait été découverte, le Spitzberg.
Après un nonveau désaccord, les commandants se séjparent. Barentz reconnaît la côte de la Nouvelle-Zemble, le cap Nassau; et, arrêté par les glaces flottantes, il est forcé d'biverner ; ils coni^nisent une butte où ils subissent avec courage un froid intense; Barents meort. Rijp avait égalcMent échoué dans ses projets de d§* couverte du passai
1603. George Waymouth. Nord-ouest.
Expédition entreprise avec deux aavîres de qnaranae et ciiifaante tonneaux, par l'association des marchands de Londres. Les faronil* I jrds, la teoapéle. le h-iût des i^aces, effrayent son éq«pagB qui se révnke. U Yeot ceonaitre les ceufaUes :: âm et tùu$i Inâ répondit-on. Il dompte la révolte, p«s nevieat sans xfea awtiiir 1 ajonter de précis à ce fue l'on savait.
( -23 ) ièOâ, Stephen BiiNNET. Nord-Bit,
L'alderman sir Francis Chérie éqaipe le navire. Slephes Beiiiiet retrowve FËe aux Qnrs; mais ne sachant pas qu'elle a éié éécoaverte par Earentïz, il (ai donne le nom dlle de Gltérie, nem qu'elle a conservé. Ptiis, il se consacre à k pécfae.
1§^, CuNNiNGHAM. — HOLL. Nurd-oiteU.
Le roi de DanenMH k arme detrx navires et une pinasse sous les ordres de deux Anglais. Ils partent de Copenhague, recomiaîsfieBt h côte du Groenland et pénètrent dans le golfe. Les marins refnsent d'aller plus loin. Ils ont avec les indigènes un coiDbat meurtrier. Ils rentrent en Danemark, dont le ixw expé^a, Tannée d'après, les mêmes navires avec les mêmes commandants. Ils expk)^ rent la côte du Groenland pendant un mois et rentrent en Danemark.
IflW. John Knight. Nord-ouest
La Société moscovite et de Tlnde orientale confie à John Knigbt un navire de quarante tonneaux. Par 56^48' de latitude, ii crok reconnaître un groupe de huit îles; son navire est désemparé par un coup de veBt ; il meurt en allant à la découverte.
î€07. Henry Hudson. Nord-est
Sous les auspices de la Compagnie moscovite, Henri Hudson part a¥ec un petit navire et onze hommes, dans le but de trouver hb pnssa^ en renonçant jjiKiq;i'au pôle. U cêtaie la eôte nord-est du droenlaiul. I^e 27 îuin, il voit le S[Htzberg à traT«rs le brouillard» Iljievient en Augleteroe.
iOOS. Eejk^y Hudson. NordnesL
Il troniFe fa glace à 7^ degf^ d)e lati^nde. Il ne peut traverser. Ls mer paraît abonder en morses, baleines et veaux-marins. Il rentre»
MO^ Henay Hunasm. Nord-mgst.
Ses premiers patrons sont découragés ; Hudson se met au service <le la Compagnie hollandaise des lades orieftiales. U déc^uvrq imm» baie delà côte d'Amérique.
1610. Henuy Hudsox. Aord-ouest.
Sur un bâtiment de cinquante-cinq tonneaux, Huclson revoit la Terre de la Désolation, où la mer était remplie de baleines. Il découvre rile de la Résolution ; il se dirige vers le sud^ où uu courant le pousse vers Touest. Il arrive à rentrée du grand détroit maintenant connu sous son nom, et il y pénètre malgré les glaces ; il domine le mécontentement de son équipage ; il découvre un groupe dlles, à la suite desquelles il voit une large mer devant lui, qui semblait être le but de ses rêves. Il crut voir TOcéan Pacifique. II cherche à hiverner. Tout était gelé ; on avait à craindre de mourir de faim; Hudson encourage ses hommes. Les mécontents le jettent par dessus le bord et le tuent.
1612. Sir Thomas Button. — Ingram. Nord-ouest.
La mort d'Hudson fît une grande impression sur le public, et ce fut en partie afin de connaître les particularités de ce crime que Ton fréta une nouvelle expédition, justifiée d'ailleurs par la découverte du détroit, et placée sous le patronage du prince de Galles. Button pénètre dans le détroit et découvre successivement deux lies. Il répare ses navires à Tembouchure d'une rivière qu'il nomme Port Nelson, et qui devint plus tard une des principales stations de la Compagnie de la baie d'Hudson. Il hiverne à ce lieu ; à la rupture des glaces, il remonte la côte et revient, croyant au passage ouest, quoiqu'il ne l'eût pas découvert.
1610. JONAS POOLE. Nord -est.
La Compagnie moscovite envoie Poole avec un bâtiment de soixante-dix tonneaux, afin de chercher un passage à travers le pôle. Il s'approcha de la côte du Spitzberg; la température devenait de plus en plus douce ; mais son ardeur fut détournée par une Iroupe de morses, et il ne s'occupa plus que de pêche. 11 fît encore deux autres voyages, mais dans un intérêt purement lucratif.
1612. Hall. Nord-ouest.
Des marchands anglais l'envoient par la route du Groenland. Un indigène le tue. On croyait \k de riches mines d'or.
1612. •— Voyage infructueux de Gibbons et de Fotherby. Gibbons reste cinq mois pris dans les glaces.
1615. Bylot. — Baffin. Nord' ouest
Ils entrent dans le détroit d'Hudson, voient de nouvelles îles et communiqaent avec les habitants. Pour la première fois, des observations de distances lunaires furent faites par Baffin. Ils filent vers le Nord par le détroit connu sous le nom de canal de Fox ; ils découvrent le cap Gomfort. Après avoir beaucoup souffert, ils se décident au retour, ayant perdu tout espoir de trouver le passage.
1616. Bylot. — Baffin. Nord-ouest.
Après avoir remonté la côte ouest du Groenland, ils essayèrent enfin d*ailer vers TOuest ; puis la glace qui barrait leur passage disparut brusquement. L'apparence d'une mer ouverte raviva Tespoir de trouver le passage. Ils découvrirent l'entrée du détroit de 'Wobistenholme, ainsi que le détroit de la Baleine, et un groupe d'îles. Un nouveau grand îlot reçut le nom de sir Thomas Smith; Baffin remarque la plus grande variation observée du compas; cette variation atteint 56 degrés ouest. Ils découvrent l'entrée du détroit de Jones, ainsi dénommé, du nom de l'Alderman, puis celle du détroit de Lancastre que Parry devait visiter deux cents ans plus tard. L'espoir de trouver un passage s'affaiblit de jour en jour. Ils revinrent en Angleterre.
1618. Hawrioge. Nord-est.
1619. Adams. Nord-est.
1619. Jens Munk. Nord-ouest.
Les Danois se réveillent; Christian lY fait équiper deux navires sous les ordres de Jens Munk. Il s'engage dans le détroit de Davis ; la glace l'oblige à venir dans le détroit d'Hudson. Il se permet de changer les noms des points déjà découverts. Il prend ses quartiers d'hiver dans le passage de Ghesterfield. L'hivernage les terrifie; et ils reviennent.
1631. LuKE-Fox. Nord-ouest.
Il part sur un bâtiment de soixante-dix tonneaux avec vingt-deux hommes et des provisions pour dix-huit mois. 11 pénètre dans le détroit d'Hudson, découvre quelques points nouveaux, se rencontre avec Thomas James et retourne en Angleterre, sans oser hiverner^ après avoir donné des noms à quelques îles, caps et pointes.
1631. Thomas James. Nord^ouett*
11 part pour le compte de spécoUtenrs de Bristol, avec uii naïf ire comme le précédenL il ne vent à aoM bord ai bornâtes mariéa, m bommesayaat déjà va les glaças. A. pMtir de Teatreiiae avec Fok, ic journal de TexpéditioBest lugubre ; après avoir découvert «t nunoië plusieurs îles, il biveme sur l'ile Charltoa avec de grandes aouit* frances. C'est à grand* peine qu*on peut réparer le navire. Les ott-*ciers et l'équipage exigèrent le retour. James céda.
1648. DiSHQi£Y. Détroit de Behring.
1652. Danell. Nord-est.
Expédié par Frédéric III, roi de Danemark, Danell se dirige vers la côic orieuiale du Groenland. Puis« il redescend, double le c^ Farev^ell ei suit la côte occidentale ; il essaye encore de repasîtseir dansTËst, échoue et revient. U n'est pas plus heureux dansujx deuxième voyage.
1656. OTTO. ^fhrd^unU
1657. Petshkof. y^d-est»
1667. Groseillier. NorafmÊedL
Ce Français, ne pouvant réussir daos son pays où Ton rejen|f^ plans, va en Angleterre d'où il part avec Gillam. Ils hiveiW^ daos la rivière de Rupert^ au fond de la baie d'Hudson. Il bâÀ^ fort Charles, premier établissement anglais dans ces régions. ^
1670. Axelsen-Otto. Nord-es
1676. John Wood. — Flawes. Nord^est»
Convaincu qu'il existe un passage par ie nord^est, il part sons le patronage du duc d'York avec une frégate et une fiâte de cent viogt tonneaux. U échappe à grand' peine aux glaces et rentre en Angle*» terre. Après lui, les Russes seuls ont tenté le passage Nord-Est.
1707. Qmxs. Nord-^^.
1715. MORKOF. Nord-est.
1719. Knm^hx. ^ Bahlow. — Vaugha», Nord-ouea^
Ils partent aux frais de la C^wapagnie de h baie d'fludson à l'aa-#
noDce de h découverte de riches lames de cuivre que les Esqui* maux avaient assuré exister dans la partie septentrionale de la baie d*Hudson. Ils périssent misérablement de maladie et de faim.
1722. SCBOGe, N&t'd'Ouest.
1725. Behwng(1J. Détroit de Behring.
Il part du Kamtschatka pour une courte et insignifiante exploration.
17^1. Mii>OLET0W. Nord-ouest.
il hiverne avec deux navires ï la fectorerie de la Compagnie de la baie d'Uudson; û détermine quekpies points et, entre autres, fa baie Repalse. A sos retour, Middleton fut «onvatncu, sur la plainte d'un de ses o£Bkieni» de D*avoir pas fait son devoir.
1729. Behrino.
Il fait une teûtative sans succès pour atteindre le continent amé* ricrin.
1741. Behring. — Tsghirikoff. Détroit de Behring.,
Il passe rhiver dans la baie d*Avatcha, qu'il nomme Petropau* lovt^ski, en l'honneur de ses deux navires le Saint-Pierre et le Saint^ Paul II fait voile vers l'Est; un coup de vent sépare les deux na* vires qui ne devaient plus se revoir.
TsohirîkolT gagna la côte américaine; il envoie successivement à terre deux embaicaiiûns 4ont les équij^ges dureat être massacrés « par les naturels.
Behring aperçut le continent trois jours après Tschiiikoff, eu ^ bce d'usé montagne de 8000 mètres, qui est le mont Elias; puis il \ fit voile sur le nord, en suiv«iit la eête.
*■ Après m péaiMe voyage, eè le scorbut décima l'équipage, le na- 1 vire se perdit sur les rodMs^^ et il fallut liiTerner sur la côte da ; Kamtdnika. BehriftgflMwmtirveo de nombreux compagnons. Ce fiit, di(-OD, im grand homoie demer, mais trop doux et trop bon!
17f»6. MOOR.— Smith. Nord-ouest.
(1) On a commèrmlÊÊêf^twfhB la f^lss usuelle de Behring ; oa devrait écrhre ; Béering.