FUNEUAILLKS DE L'HON. JUGE A.-X. MORIN
" Hier, à Notre-Dame de St-Hyacinthe, ont eu lieu les funérailles de l'illustre et regretté défunt : l'honorable A.-N. Morin. Un convoi spécial, parti de Montréal, avait amené les citoyens les plus influents, tandis qu'un autre, venant de Que» bec, avait apporté également son contingent d'étrangers.
" Parmi les assistants laïques, on remarquait : Thon. proc. général, G.-E. Cartier, et l'hon. M. McG^e ; les honorables juges Caron, Badgley, Mondelet, Drummond et Sicotte ; les honorables MM. Chauveau, Cauchon, Etienne Parent, Laframboise, Dumouchel, L.-A. Dessaulles, Charles Wilson : MM. le Dr Meilleur, A.-M. Delisle, Dr Beaubien, T.-K. Ramsay, McCord, Ls. Bétourné, R.-A. Hubert, T.-U. Beaudry, Jos. Doutre, V. Sicotte, P. Moreau, P.-U. Piché, Alphonse Meilleur, Jos.- Olivier Joseph, H. Mercier, Gladu, rédacteur du Courrier de &t- Hyacinthe, Girard, L.-N. Duvuoay, Ls. Taché, shérif pour le district de St- Hyacinthe, C.-A. Terroux, N. -jî. Desmarteau, I). PeUeti r, P. Delvecchio, snr, P. Delvecchio, jur, Jos. Robillard, J.-C. Robillard, CE. Belle, Jnltd Eournier, Jos/
Barcelou, T -A. Grave!, L.-C. ( iravel, Hubert Pan', Aug. Laberge, N.Valois, Dr. Hubert, H. Laparre, Serafino Giraldi, U. Beaudry, jur, T.-H. Daley, P.-L. LeTouraenx, Ant. Lèves |ue, etc.
" Parmi les membres du clergé, on remarquait : M. le Grand-Vicaire Cazeau, Québec; M. le G.-V. Raymond, St-Hyacinthe ; M. le chanoine Leblanc, Montréal ; les RR. PP. Michel et Lanfrlois, de la Compagnie de Jésus ; les Rvds MM. Roussel et Lenoir, de la maison de St Sulpice ; les RR. PP. Desdebant et Bournigal, de la Compagnie des Oblats : M M. Valade et Lamarche, évêché de Montréal ; MM. Tétreault, économe, et Gendron, professeur de philosophie au collège de St-Hyacinthe ; MM. Lafrance, Moreau, Dupuis et Poulin, évêché de St-Hyacinthe, et une trentaine de prêtres et ecclésiastiques.
" Le corps du défunt reposait près de l'égliser dans une maison qui avait été ea propriété, et autour de laquelle on remarquait, inachevées, des réparations que feu M. Morin avait ordonnées luimême, une semaine auparavant, dans l'intention d'y établir sa résidence en permanence.
" M. le G.-V. Raymond vint faire la levée du corps. Les porteurs du poêle étaient : les houorables juges Caron, Badgley, Mondelet, Drummond, Sicotte, et l'hon. M. Dumouchel.
" On fit entrer le corps dans la maison des soeurs du Précieux Sang, et là les religieuses chantèrent un libéra. Après quoi, le convoi funèbre se rendit
à l'église. En pénétrant dans l'enceinte sacrée, les assistants retrouvaient dans les décorations la fidèle expression du deuil qu'ils portaient dans le cœur.
11 I sur du temple, d'un style sévère, u'ad-
met aucune dorure, et les lugubres décorations se détachaient ainsi avec plus d'eff t sur la pâle couleur dos murs, do ia voûte et dos colonnades. Au-dessus du cattfalqm, d; noires draperies, retenues à la voûte par une croix noire, s'associaient à la douleur générale, et semblaient s'incliner sous le poids de l'amertume. Les murs, tapissés de sinistres insignes, mêlaient leur langage expressif à ce concert de rogrets, qui s'exhalait, à la fois, de l'âme et du regard des assistants, de l'autel et du catafalque, de la voûte et des parois assombris. La lumière des cierges reflétait une vague lueur sur ces graudes ombres, et l'imagination semblait retrouver, dans ces vacillations, le vol d'une âme assistant aux douleurs exhalées autour du corps qui l'avait port(
••Quelques amateurs de Montréal, entre autres MM. Guenette, S. Valois, Valade, Grave] et Mailloux, sous l'habile direction de M. l'abbé Valade. de l'évêché, s'étaient chargés de la partie vocale et réussirent, par leurs accents touchants, à jeter sur ce tableau navrant, une nouvelle teinte de tristesse.
" Le service fut chanté par M. le G.-V. Cazcau, isté de M. C. Poulin, comme diacre, et de M.
Guillaume Raymond, fils du représentant, comme
sous-diacre.
11 Bientôt les mots solennels lu paradièutn re tentirent, et la foule partit à la suite du cercu< il, vers la fos?e pratiquée dans les caveaux de l'église,
mais accessible par l'extérieur."
Nous l'avons vue, cette fo-se, où reposent, en attendant le grand jour, les restes mortels du citoyen dont nous avons raconte La vie, dans ses traits principaux. C'est là qu'il dort, en face de l'autel de saiut Joseph, qu'il a imité dans son humilité et sa candeur ; c'e^t là qu'il dort cet homme de Bien, en attendant que le son éclatant de la trompette vienne réveiller les Morts au fond de leurs tombeaux, et les rassembler tous devant le trône du Seigneur. ("Tuba mirum spargenssonum per sepulcra regionum, coget omnes ante thronum,")
Ce jour de la colère, ce jour terrible (dies irae) n'aura rien d'effrayant pour le juste qui repose sous ce marbre, dans l'église paroissiale de Saint- Hyacinthe ; car, durant toute sa carrière terrestre, il a été un modèle de vertus chrétiennes ; son àme était marquée du sceau divin : l'amour de ses frères, et plus particulièrement l'amour de ceux qui avaient faim et soif, formant les membres privilégiés d'un Dieu compatissant. Le dies irae. le dics i/h, n'aura donc rien de terrible pour Augustin-Norbert Morin, au graud jour de la liétribu- Uon universelle i à ceux qui vivent comme il a
; romis un bonheur éternel, et ce Juge ne prut se tromper ni nous t-ouipr.
Quant a sa digne compagne, cette épouse pour lelle il a été si bon, voilà déjà vingt ans qu'elle p'eure celui qui n'est plus. Ses larmes, cependant, ont êié les larmes d'une chrétienne qui sait que la Mort se- aie sans désunir. Le grand écrivain catho'ique, Louis Veuillot, l'a écrit :
'"' On «.lit que le bonheur n'est plus, quand la
mort a frappé sur des cœurs qui n'en taisaient plus
qu'un, et les a séparés ; mais c'est une erreur : le
heur que Dieu a tait, et que l'or, a voulu
comme il l'a voulu, est ajourné, il n'est pas détruit ;
la mort sépare et ne désunit point» La douleur,
c'est l'am >ur, et cet amour-là est le bonheur."
C'est cette pensée consolante qui a soutenu
•lorin, et qui l'a empêchée de succomber
au coup cruel qu'elle recevait, le 27 juillet, 1865.
Close étrange : que nous aimons à consigner ici, eu {lassant,
''- ; : "rois, presque jour pour jour, avant sa
mort. M. Morin di«a:t, dans le su'on d'un ami, à
:— •' ll le diriez vous si, dans deux mois,
3 appreniez mon décès ? " Cute demande
étrange et faite sans à-propos avait frappé Mme
Morin et ?es a
Tr 1rs avant son départ de Québec pour
\déle, où il devait niourii subitement. M.
Morin était descendu dans sa paroi-se natale, et à
- parents, à toutes 5es nombreuses connais-
sances, il avait fait ses adieux comme devant i les derniers qu'il leur ferait.
Etait-ce là un pressentiment du simplement au hasard, ou à un avertissement secret que Dieu envoyait au cœur de son bon serviteur ? Quoi
qu'il en soit, la prophétie s'est trouvée vraie : le pays devait perdre, deux mois plus tard, un «le ses plus nobles enfants.
Nous donnons en entier l'article nécrologique
du Journal Je l 'Instruction Publique, quoiqu'il ne s'applique pas à M. Morin seulement. Les deux autres personnages distingués dont parle M. Chaureau, MM. Taché et Beau jeu, étaient, surtout le premier, des amis intimes du sujet de cette biographie. Comme on le verra, ils avaient, pm de temps avant leur mort, dîné ensemble chez un ami, à Québec. L'amitié qui unissait. ces trois compatriotes nous engage à donner intactes les bélier, remarques que M. Chauveau a écrites sur leur compte et dans le même article.
11 L'espace de temps qui s'est écoulé depuis notre dernière causerie est ordinairement celui des fêtes et des plaisirs de l'été, des célébrations nationales, de la villégiature. Rien de cela n'a manqué, sans doute, cette année, mais 'ces gaietés ont été tellement brisées, tout a été tellement assombri par le décès d'hommes importants dans la société, que
nous ne nous sentons guère le courage de parler aujourd'hui d'autre chose que des grandes pertes que nous venons de faire.
" Dans une même semaine, la politique, la magistrature, la vieille noblesse canadienne, ont été frappées. On s'informait avec anxiété, à Montréal, de la santé du premier ministre, sir Etienne Taché, depuis quelque temps dangereusement malade, lorsque, faisant une cruelle diversion ù l'inquiétude publique, deux cris douloureux retentirent : M. de Beaujeu se meurt,. M. Morin est mort : Quand la la nouvelle de la mort de M. Morin fat malheureusement confirmée, on se dit que tant de sinistres ne pouvaient pas arriver à la fois, et l'on espéra quelque temps que l'une ou l'autre des d ux existences menacées nous serait conservée. Le lendemain, cependant, on apprit la mort de M. de Beaujeu, le surlendemain celle du premier ministre.
" M. Morin est mort a Ste-Adcle, dans ces établissements nouveaux du comté de Terrebonne qu'il avait lui-môme fondés, et qu'il affectionnait tant ; sir Etienne Taché a terminé ?es jours dans cette petite ville de Montmagny qu'il avait vue se former autour de sa résidence, et qu'il avait . i énergiquement aidée dans ses rapides développements ; enfin, l'héritier des de Beaujeu, le petit neveu du héros do la Monongahéla, est mort dans >on manoir du Côt-au-du Lie, et a été r ses ancêtres, dans la vieille des Cèdres-, chef-lieu de •a seigneurie. Quelques semaines ird, la
t les eut frappés au ?ein de la capitale, l'un di ibérations du ctbioet et les séances du con itif, l'autre mettant la dernière
n à la g Code, le troisième, en-
fin, siégeant au sénat, "à il était l'un des derniers représentai I .ne noblesse franco cana-
dienne. Il n'y avait pa lemainea, nous assure-
le tuas tmis dînaient ensemble chez un ami, à {} même, et, quelques jours après, ils
pari bacun de son ir résidence
I rite, d'où ira! ,ir.
•I. le M. florin ont été trans-
I ivai-inthe, en passant par Montréal ; ils étaient .nés d'une escorte
se recrutant dans i paroisse que traversait le
convoi funèbre. Les populations entières accouraient sur le pa- ig • homme si bon, si généreux, si honnête, que son nom restera comme une le dans les souvenirs populaires ; on it, dit un journal, les cultivateurs s'agenouiller le long de la route comme devant la châsse d'un saint. M Morin, en se rendant à ses terres, avait promis aux messieurs du collège de Ste-Thérèse de passer une journée chez eux à son retour. Sa parole fut tenue ; le corps de M. Morin fut déposé dans la chapelle du collège, des prières et des offices funèbres y furent récitées.
" Dès l'arrivée du convoi à Montréal, les cloches de l'évêché sonnèrent, et quelques amis et admirateurs du défunt se rendirent à la hâte à la chapelle
de l'évèché, où un filera fut chanté par les chanoines, après quoi le corps fut conduit à la gare du chemin de for. L'incertitude où l'on avait été de l'heure où le convoi arriverait, empêcha une démonstration plus ïm| osante.
" Les funéraii es eurent lieu à St- Hyacinthe, le lundi, 31 juillet ; un grand nombre de personnages importante de Québec et de Montréal y assistaient : les hons. juges Caron, Drummond, Moudelet, Badgley et Sicolto, et »'hon. M. Dumouchel, conseiller législatif, étaient les porteurs des coins du poêle. Paiitii 'es ] n/rnts se trouvait l'hon. M. Cartier. Le service fut chanté par M. le grandvicaire Cazeau, de Québec.
M Les funérailles de sir Etienne Taché et celles de M. de Beaujeu eurent lieu le 2 août. L'église de Montmagny était remplie d'une foule immense, venue de toutes les parties de la province ; d'un nombreux clergé, dos représentants de tous les départements publics. Les honneurs militaires furent rendus au défunt, qui, à sa position de ministre de la milice, joignait le^ titres d'aide-de-camp de Sa Majesté la Reino et de colonel dans l'armée anglaise. S. E. le gouverneur-général s'était fait représenter par son secrétaire et un de ses aides-decamp. Les coins du poêle étaient portés par les hons. MM. Cartier, Macdonald, Campbell, Galt, Brown, Macdougall, Chapais et Langevin, tous collègues du défunt. Uae oraison funèbre fut prononcée par M, le grand vicaire Cazeau, qui, en ex-
posant la perte que le pays venait de faire, fit aussi allusion à la mort de MM. Morin et de Beaujeu.
"Si les funérailles de sir Etienne Taché firent déployer toute la pompe civile et militaire de notre époque, on peut dire que celles de M. de Beaujeu présentèrent un spectacle qui rappelait les temps de la féodalité. Les habitants de toutes les paroisses des seigneuries du comté de Vaudreuil s'étaient rcudus au manoir, les uns à cheval, les autres en voiture : la procession funèbre qui se forma pour se rendre à la paroisse voisine, lieu de sépulture de la famille, se déployait sur une immense étendue L'église des Cèdres était toute tendue de noir, et chaque personne présente ayant un cierge allumé, une multitude de lumières vacillaient dans l'étroite enceinte. Les porteurs des coins du poêle étaieul les bons, juges Aylwm et Mondelet.l'hon. M. Chauveau, le major Campbell, et MM. Delisle et Bouthillier. LTne députation de la Société St-Jean- Baptiste de Montréal, dont le défunt avait été président, assistait aux funérailles.
" George-René Saveu^e de Beaujeu naquit en 1810. Il y a quelques années, le dernier comte de Beaujeu étant mort, en France, M. de Beaujeu se trouva avoir droit au titre. Le 21 novembre, 1848, il fut nommé au conseil législatif. Il avait épousé Mlle de Gaspé, fille de M. Aubert de Gaspé, auteur des Anciens Canadiens. Très versé dans l'histoire du pays, M. de Beaujeu s'est beaucoup occupé de recherches historiques et généalo-
giques , il était uu des membres les plus actifs de la société historique de Montréal, et il laisse une bibliothèque contenant beaucoup de livres et de documents précieux sur l'histoire de l'Amérique. Il avait à peine*55 ans lorsque la mort est venue l'enlever : il 'laisse, outre Mme de Beaujeu, deux tils et plusieurs fille?, dont l'une est entrée dans l'ordre des sœurs de la Congrégation de Notre- Dame.
Sir Etienne-Pascal Taché était né à St Thomas, le 5 septembre. 1795. A la guerre de 1812, il entra, d'abord, comme enseigne dans le 5e bataillon des milices incorporée?, puis passa dans le ps des chasseurs canadiens, avec lesquels il prit part à plusieurs engagements, et notamment à la bataille de Plattsburgh, où il perdit dix-huit homme* de sa com] agnie. Il avait commencé, dans ics « des études médicale?, qu'il continua au
innée, sou- la direction de feu le Dr de Laterriére ; il alla compléter ses cours à Philadelphie. Il s'établit, comme médeciu, à St-Thomaf, où il épousa, eo 1820, Mlle Sophie Morcncy, dont il eut 15 enfants, dont six seulement lui survivent. I! ne tarda pas a se faire une grande clientèle, due à Ses Connaissant rj énergie, à son infa-
tigable activité. En 1837, lors du soulèvement d'une partie du district eîe Montréal, M. Taché était partisan de M. Papineau ; il fut au nombre mais une visite que la police fit chez lui ne donna aucun résultat. Aux élections qui
suivirent la promulgation de L'Union, Vi. Taché fat
élu pour le comté de i'Islet. Il suivit la politique du parti La Fon t ai ne-Bal dwin au pouvoir et hors du pouvoir jusqu'en juillet, 1S46, où il accepta la charge d'adjudant général des milices. En chaml il avait toujours été parti-an des bus municipales et de l'instruction publique, et il ne craignit point d'encourir une certaine impopularité, dans son comté, en luttant contre ceux qui s'opposaient à toute c>péce de taxes locales. Le bon peuple finit par lui rendre justice, et la plupart des améliorations qui ont été faites dca\=- son district sont dues à son initiative et à son énergie. Ii cupa la charge d'adjudant-général des milices jusqu'en 1S48, où il entra dans la seconde administration La Fontainc-Baldwin, comme ministre des travaux publics, et fut en même temps appelé au conseil législatif. Il fit partie du ministère Hincks- Morin et du ministère MacNab-Morin. Lors de la résignation de M. Morin, en 1855, M- Taché fui choisi pour remplacer ce dernier tt chargé de reconstruire la section bas canadienne du gouvernement. Plus tard, sir Allan MacNub ayant signe', ii forma, en 1856, l'administration Taché - MacDonald. Dans l'automne de 1857, il résigna, et donna son appui au ministère Mac Donald-Cartier ainsi qu'au ministère Cartier-MacDonald. En 1858, il fut appelé en Angleterre et fait chevalier par la reine ; en 1S60, il fut fait colonel dans l'armée et aide-de camp de Sa Majesté, et élu prési-
•->■■> Ci
dent du conseil de l'Instruction publique, et, en 1862, il reçut du Souverain Pontife la décoration de l'ordre de St-Grégoire-Ie-Graud. Lors de l'af-
. du Trent, il fut nommé membre de la cornj de préparer un projet de loi pour la réorganisation de la milice.
' L • de la crise politique qui accompagna ".a chute du ministère Sanfield MacDonald-Dorion,. en 1S64, sir Etienne fut successivement recherché par les deux partis. II refusa d'entrer dans une coalition avec l'opposition bas-canadienne, et consentit à former, avec le parti conservateur, la second-- administration Taché-Mac Donald, dans laquelle il occupa les charges de receveur-général et de ministre de la milice. En i864, il présida les
férencea pour la confédération d ' s provinces, composées des ministres et hommes d'Etat délé»
i par toutes ces colonies. Quelque longue que soit cette liste de dignités et de fonctions publiques, nous en avons encore omis plusieurs et d'assez importantes pour qu'on s'en purât volontiers.
" S une n'avait reçu qu'une instruction in-
complète dans me âge 3 il a dû son avance-
ment à S'.'S talents naturels, aux études qu'il sut faire de lui-même, à son énergie et à l'heureuse
ibinaison des qualités qui formaient son caractère actif et courageux, mais en me* me temps pru- :it. Dans les rangs de l'opposition. (1.; législative, il nt plusieurs exdiscours, pleins de feu et débités avec un?
grande éloquence, mais aussi bien nourris d
et d'argument--. Transporté au conseil législatif,
chargé d'expliquer 1 ires du gouvernement
à un auditoire difficile à passionner, obligé de parler le plus souvent une langue qui lui • familière, il s'acquitta de cette nouvelle tâche ; ■ tact et succès , mais sans pouvoir y déployer, I souvent, les qualités oratoires qui lui élaient propres. Sir Etienne est mort à l'âge de 70 ans, et laisse deux fils *et plusieurs fiilcs. On a de M. Taché quelques écrits remarquables, entre autres une lecture sur l'éducation physique, que nous reproduirons prochainement,
'; Ii'houorable Augustin-Norbert Morin était né le 12 octobre 1S03, à St Michel de Bellechasse, d'une famille d'honnêtes et pieux cultivateurs. Dès son enfance, il montra les plus grands talents et les plus heureuses dispositions. Ses qualités furent remarquées, et, un jour, on amena à une institution que l'on avait entrepris de fonder à Pierre de la Rivière-du Sud, un jeune enfant très précoce, qui savait déjà beaucoup d'histoire, d'arithmétique et de géographie, et dont l'arrivée créa la plus grande Bensat'on dans le nouvel établi ment. C'était le jeune Morin, qui passa, quelques années plus tard, au séminaire de Québec, où il remporta les plus brillants succès. M. Morin, après avoir terminé son cours, hésita quelque temps entre l'état ecclésiastique et l'étude du droit. Sans ressources pécuniaires, il fut accueilli à Montréal
par l'hon. D.-B. Viger et par d'autres citoyens influents qui lui vinrent en aide. En 1825, il révéla à la fois son talent et son patriotisme dans une lettre adressée à l'honorable juge Bowen et publiée sous forme de brochure. M. Bowen avait décidé que les brefs des cours de justice ne pouvaient pas être formulés en langue française. Pju de temps après, M. Morin fonda La Minerve et en fut le premier rédacteur en chef. En 1828, il fut admis au barreau ; en 1830, il fut élu au parlement par le comté de Bellechasse. Il fut de ce moment l'organe littéraire de son parti ; les principaux articles qui paraissaient dans les journaux étaient dûs à sa plume, et aucun document important ne se rédigeait sans sa participation. On peut dire qu'il créa parmi nous la langue diplomatique ; il sut trouver en français plus d'une tournure heureuse, quelquefois souvent au prix d'un néologisme, pour rendre les idées constitutionnelles et parlementaires anglaises. On se tire d'affaire plus facilement et moins patriotiquement, même en France, aujourd'hui, en empruntant tout bonnement les mots anglais-
" En 1834, M. Morin, conjointement avec M. Papineau, rédigea les 92 résolutions. A cette époque, il se fit une scission dans le paiti canadien ; M. Neilson, à Québec, MM. Cuvillier et Quesnel, à Montréal, se séparèrent de M. Papineau et entraînèrent avec eux un grand nombre d'hommes instruits et la plus grande partie du clergé.
11 M. Morin fut délégué e i A 8 pour rc-
enter les griefs du paya ; il était porteur de la
requête fondée sur les 92 rc*s Mutions, qu'il remit à
M. Viger, agent de la province. Tous deux échouèrent dans leur mission et revinrent au Canada, décides à pousser aussi loi ; que e la résis-
tance à l'oligarchie qui nous gouvernait.
" En 1S36, une seconde scission se lit dans les rangs du parti libéral, a l'occasion du vote des subside?. Presque toute la dlpiiUtion du district de Québec, ayant pour organe Le Canadien, se prononça en faveur de Lord Gosford. M. Morin vint alors se fixer à Québec pour y grouper autour de lui ceux qui étaient restés fujè'es à M. Papineau. Lors de l'insurrection, il fut naturellement soupçouné de complicité avec les insurgés ; décrété d'arrestation, il dut se sauver dans les bois, et passer l'hiver chez ses amis à la campagne. Il vint ensuite se constituer lui-même prisonnier et insista pour qu'on lui fit un procè«, ce qu'on ne jugea point à propos d'entreprendre. Remis en liberté, \\ fut au nombre des premiers députés élus après l'Union. Il ne représenta que pendant peu de temps le comté de Nicolet et accepta la charge de juge de Circuit, qu'il abandonna, l'année suivante, pour entrer dans l'administration La Fontaine-Baldwi •, comme commissaire des terres de la Couronne. Vers cette époque, il épousa (1843) Mlle Raymoncf, sœur de M. le Supérieur du collège de St-Hyacinthe. Aux élections qui eurent lieu après la rési-
gnation de l'administration, lors de la célèbre crise Metcalfr, il eut l'honneur d'être élu par deux comtés, ceux de Bei léchasse et Saguenay. A l'ouverture du parlement de 1S44. il fut le candidat de l'opposition pour la présidence de la chambre contre sir Allm McNab, qui ne fut élu que par deux [1] voix de majorité. Depuis ce moment, il lutta avec énergie et avec d'autant plus de mérite que, n'ayant qu'une clientèle peu rémunérative, il résista à toutes les offres qui lui furent faites par le gouvernement. Nos lecteuri n'ont pas oublié la célèbre corre<pon lance qu'il eut à deux reprises avec l'administration du jour, et les efforts qui furent faits pour le détacher de MM. La Fontaine et Baldwin et lui faire former un ministère de coalition. Lors du triomphï de ses amis, après l'élection générale de 1848, M. Morin fut élu président de l'assemblée législative, po^te qu'il conserva, jusqu'en 185 1, lorsqu'aprés la retraite de M. La Fontaine, ii forma partie du ministère Hincks-Morin, comme s 'crétaire- provinci.il d'abord, puis comme commissaire des terres de la Couronne. Il fut rej -té aux élections^de 1854, dans le comté de Terrebonne, et élu de suite par le comté de Chicoutimi. Après deux vote? adverses, l'un sur l'élection de l'orateur, dans la première session du nouveau Parlement, l'autre sur l'élection contestée du comté de Bagot, MM. Hincks et Morin réii-
[1] Trois, disent les journaux de la chambre.
gnèrent, et ce dernier fut immédiatement invité par sir Allai) McNab à former un ministère Je coalition, qu'il al actionna dans !c mois de janvier suivant pour accepter la charge de juge de la cour supérieure. Quatre ans plus tard, il devint un des membres de la commission du code civil, tâche difficile qui absorba tous ses instants et ne contribua pas peu à abréger sa vie. Il eut cependant la satisfaction de terminer son œuvre et de la voir soumise à l'appréciation de la législature et de l'opinion publique, quelques mois seulement avant sa mort.
" Il y a eu, dans ce pays, peu d'esprits plus vastes et plus universels, peu d'hommes plus instruits et plus curieux de s'instruire sur toutes sortes de sujets, et certainement il n'y a jamais eu d'homme public au^si rempli de dé- intéressement et d'abnégation, de bienveillance et d'urbanité, de modestie et d'humilité. Ces dernières qualités étaient même peut-être poussées à l'excès, et l'emportaient sur son jugement si juste et si fin toutes les fois qu'il ne s'agissait pas de se juger lui-même.
11 M. Morin s'est occupé activement et avec succès d'une immense variété de sujets : droit romain et droit moderne, théologie et droit ecclésiastique, sciences, agriculture, instruction publique, littérature, poésie, finances, statistiques, langues anciennes et langues modernes, rien ne semblait être au-dessus ni au-dessous de ses recherches, ni de son ambition de savoir, d'agir, et, en somme
défaire h bien. Car tel était l'unique but de loues pensées.
M Ces nécrologies, trop longues pour notre Petite Revue, trop courtes pour ce que nous avions à dire, nous forcent à remettre à une autre livraison la mention de plusieurs autres décès qui ont eu lieu, ici et à l'étranger."
Nous donnerons, maintenant, le cornptc-renjn fait par Le Courrier de Saint-Hyacinthe des deux premiers anniversaires des funérailles de M. Morin. Ces quelques pages fournissent àe nouveaux
détails qu'on aimera à lire.