DURE
« Faites le pèlerinage de la Mecque et la visite du temple en l'honneur de Dieu ». (II, 192).
« Purifiez ma maison pour ceux qui viendront en faire le’ tour, pour ceux qui viendront y vaquer à la prière, aux génuflexions et aux prosternations ». (IT, 120).
Dans les Hadits se rencontrent quelques préceptes que nous avons déjà mentionnés, relatifs aux personnes admises à faire la tournée processionnelle autour du temple, aux vêtements qu’elles doivent porter, ete. Malgré ces multiples ordonnances, il est très probable que Mahomet, au début de sa mission, n’ait pas cru que ee pèlerinage était absolument nécessaire au salut. Mais le temple de la Mecque était depuis plusieurs siècles un lieu que les Arabes tenaient en grande vénération; la Caaba était réputée aussi ancienne que le monde et Adam, par qui elle avait été construite, en fit le premier le tour. Contre une habitude si antique et presque impossible à déraciner, le Prophète n’a pas essayé de lutter : il a agi avec beaucoup de sagesse et de finesse en lui donnant une confirmation éclatante et un regain tout nouveau.
Mais cette coutume qu'ont les Musulmans de se rendre à la Mecque au moins une fois dans leur vie a, au point de vue de l’hygiène, des effets déplorables. Dans les années 1865, 1883 et 1902 le choléra fut transporté de l’Inde en Europe par deux voies différentes : les divers vaisseaux le propagèrent directement par voie maritime, tandis que les Musulmans de l’Inde l’apportaiïent à la Mecque, contaminaient les autres pèlerins qui le répandaient ensuite dans leurs pays d’origine. Dans la ville sainte, toutes les conditions les plus propices au développement du fléau se trouvent réunies : surmenage, entassement, malpropreté des voyageurs, encombrement des abords de la ville et mème de ses rues par les cadavres des animaux immolés à la Divinité. S'ils ne sont pas frappés sur place, les pèlerins emportent dans leurs bagages les germes morbides; sans doute aussi les emportent-ils dans l’eau sainte tirée du puits sacré de . Zem-Zem, situé au nord de la Caaba.
Dans l’Inde elle-même où le terrible fléau ne s’éteint Jamais ce sont encore les eaux saintes où l’on se baigne et que l’on boit aans certains lieux de pèlerinage fameux qui doivent, nous l’avons vu, être incriminés. Si les Brahmanistes et les Buddhistes laissent leurs péchés dans les fleuves sacrés, ils y laissent malheureusement aussi leurs microbes qui, eux, prospèrent dans ces eaux si réputées, au lieu d’y être détruits.
CONCEÉESCOIM
| Arrivée à la fin de ce modeste travail où nous avons
mis toute notre impartialité et notre loyauté, nous ne voudrions pas qu’on se méprenne sur nos intentions véritables et qu’on pense qu’un mesquin esprit de dénigrement ait présidé à nos recherches.
Si nous avons réussi à démontrer qu'il n°y a pas de préoccupations hygiéniques dans les Livres Sacrés, que les restrictions alimentaires, que les abblutions ellesmêmes n’ont rien à voir avec une science relativement récente, nous avons sans doute détruit quelque chose. Mais il uous semble qu’on peut tirer de l’étude des œuvres des fondateurs de religions d’autres enseignements : N°y a-t-1il pas entre tous ces Livres bien des points com- . muns ? Ne sommes-nous pas frappés en constatant qu'à travers le temps et l’espace, le plus souvent en s’ignorant les uns les autres (1), une communauté d'idées et de superstitions des plus remarquables unit les Inspirés divins et que ces idées, ces Superstitions se retrouvent intactes et toujours neuves en plein XX° siècle chez les peuplades sauvages qu'une civilisation trop rationaliste n'a pas effleurées ? Ces éléments, qui sont communs à tous les peuples dans l’enfance de leur développement « sont puisés aux tréfonds de la nature humaine et nourris de ses plus chères illusions » (2). C’est toujours la même chose, toujours le même recommencement. C’est pourquoi nous ne devons pas considérer les religions comme un ramassis de sornettes, destiné à maintenir les esprits faibles dans une terreur salutaire, mais bien
(0 Exception faite pour Mahomet.
(2) $. Reinach.
au contraire, avec Salomon Reinach, « comme des produits infiniment curieux de l’imagination des hommes et de leur raison encore dans l’enfance ». Comment oserions-nous demander à la raison qui ne fait que s’éveiller les préoccupations qui hantent nos cerveaux modernes ?
Nous voulons qu’on soit bien persuadé que c’est avec respect et sans parti-pris que nous avons parcouru les Livres Sacrés. Si quelques lignes ironiques nous ont échappé, ce ne sont pas les textes religieux qui nous les ont inspirées, mais la bizarre prétention de ceux qui ont voulu faire servir ces textes à la cause de la Science. Toutes ces superstitions sont loin d’être méprisables : Elles sont, au contraire, d’un immense intérêt parce que « tout absurdes qu’elles puissent être, elles portent en elles leur enseignement aussi bien qu’en anatomie les monstruosités et les arrêts de développement » (1). Nous devons même les respecter « parce qu’elles sont autant de jalons qu'a laissé l’intelligence sur la Iongue route des faits et des causes ! » (2). Avec notre esprit scientifique moderne,considérons-les comme faisant partie d’une science : celle des Religions, infiniment attachante et vivante; mais ne commettons pas cette grossière erreur . de dire qu’elles se sont éclairées aux lumières de notre science toute récente et bien incertaine, encore qu'admirable.
Le Président de la Thése.