KOU
d'examiner la question relative aux moyens prophylactiques à suivre contre le cboléra-morbus asiatique (t. Vil, 1848, p. 335-377). ~ Disc- sur les altérations pathologiques rencontrées dans les cadavres des cholériques (t. VllI, p. 507); Rapp. de la Commission chargée d'examiner les Mémoires envoyés an concours sur la question : Faire Phistoire de ral^mnerie,eic. (t. IX, i849, p. 675; V. ci-dessus, n), — Rapp. sur des essais d'inoculation faits avec du cowpox recueilli dans la commune de Hinghene (t. IX, 1849, p. 622).
Le Bull, de V Académie de médecine renferme encore une vingtaine de rapports sur différents travaux communiqués à cette Compagnie par les docteurs Van Heerbeek, A. Sovet, J. Ansiaux, Meunier, Moreau, Brasseur, A. Baze, Delcour, Desiderio, Heuse, Graux, Tardini, etc. Ces rapports, dit H. Marinas , sont faits avec conscience et peuvent être cités comme des modèles d*exaclitude et de judicieuse appréciation.
q. Annales médico-légales belges, publiées par le D' Crommelinck (i843^:
le tiré à part n? 8.
r. Mémoires de V Académie royale de médecine de Belgique : les tirés à part D~ 10 et 42.
s Annales des Univers, de Belgique, voir les numéros 9 et 47. — Discours prononcé sur la tombe de E. Y. Goda (ill« année, 1854, p. 934).
r Annales du Conseil de salubrité publique de la prov. de Liège : les tirés ù part numéros 44 et 44.— Rapp. relatif à une note de M. le docteur Sovet, de Beauraing, sur la bière considérée au point de vue de Thygiène publique (t. II, 4845, p. 65).
v. Annales d'oculistiaue de Th. Cunier : Traductions de 1 italien : sur un nouveau procédé opératoire du docteur Cappeletti pour exécuter la blépharoplastie (4846). — Sur l'emploi des verres convexes chez les opérés de la pupille artificielle, par le docteur Trincbinetti (4846). — Sur l'helminthiase dans ses rapports avec l'oculistique (4855), etc.
V. Annales delà Société de médecine de Liège : Rapport sur le travail du docteur Collette relatif aux inondations à Liège (t. III. 4848, p. iî7-45).
M. U. Capitaine nous apprend encore que Raikem a laissé quelques travaux inédits, pour la plupart inachevés, notamment une traduction commentée de la partie de l'ouvrage de clinique du prof. Bufalini , de Florence, relative aux maladies du cœur.
Rouille (Louis-Pierre) , né à Versailles le 20 mars 4757, naturalisé belge le 48 mai 4845, mourut à Liège le 47 octobre 4844. Il appartenait par son père à une ancienne famille de robe, et par sa mère, Marie-Madeleine Gaillard, à la famille de Thistorien de François I , de Cbarlemagne et de la Rivalité de la France et de ^Angleterre (*). Son éducation terminée, il fut, suivant un usage assez général à cette époque, placé chez un procureur (vers 4779), où il rencontra François-Stanislas Andrieux, dont la carrière devait avoir avec la sienne une étrange ressemblance. La similitude de leurs goûts, de leur caractère, de leur génie les prédestinait en quelque sorte à courir les mêmes chances de fortune. L'un et l'autre déployèrent, dans Vétude de leur patron, plus de zèle et d'aptitude à faire des plans de tragédies et de comédies — qu'à grossoyer. Ils abandonnèrent la procédure presque en même temps, pour entrer , Andrieux , chez le duc d'Uzès , en qualité de secrétaire ; Louis Rouillé , à l'hôtel des chevaux-légers, en qualité de secrétaire aussi, sur la proposition du petit-fils de d'Aguesseau et de M. de Ségur.
« L'un et l'autre traversèrent honorais blement la tourmente /évolution- » naire; l'un et l'autre se 'réfugièrent » dans l'étude des lettres, qui leur pro- » cura plus tard des chaires sembla- » blés , d'où, sans s'être revus, ils fai- » salent descendre en même temps,
(* ) Noos résumons la notice biographique publiée dans la Revue de Liège (t. 11, 1844, p. 625-662) par M. Félix van HuUt, gendre de RouiUé. — Voir aussi Van Hollebeek ,
Let Poète» belges, Bruxelles, 4864, ln-8*, p. 27 et suiv. et le Journal de Uége du 48 octobre 1844 (art. de M, CI. Muller).
ROU
» Tun à Paris* Tautre à Bruxelles et » ensuite à Liège, avec la même grAce 9 et la même aménité, des enseigne- » ments également dictés par les inspi- » rations les plus nobles et par le goût » le plus pur, et recueillis des deux » parts avec le même zèle et le même n amour. » —On possède neu de détails sur la jeunesse de Rouillé : il fallait pour ainsi dire employer la ruse, ou ré- Teiller chez lui un souvenir de reconnaissance, pour ramener ji parler de ses anciennes relations avec Thomas, avec Marmontel, Chamfbrt, Tabbé de Roismont , Tabbé Morellet , Suard , Saint-Ange, Dncis, Florian, qu*il voyait fréquemment chez M"» d*Angivilliers, dont le salon réunissait tout ce que la Cour avait de plus aimable et les lettres de plus distingué. Rouillé s'attacha surtout à Thomas, puis à Ducis, parce que Ducis aimait Thomas. Ils ne dirent pas les seuls à lui reconnaître de Faptitude et un jugement délicat en littérature; en 1783, Saint-Ange, Télégant traducteur des Métamorphoses , pria Rouillé, Ducis et Mistelet de corriger sa comédie intitulée YEcole des pères ou VHeurenœ échange. Le secrétaire des chevau-légers partageait son temps entre Taccomplissement des devoirs de sa charge, la culture des lettres et la fréquentation assidue des gens d*élite : pour tout concilier , il était obligé de prolonger ses veilles outre mesure, ce qui finit par compromettre sa santé, au point qu'on fut obligé de lui interdire tout travail et de le mettre au lait d*ânesse. 11 avait fait une comédie ; on ne lui permettait même pas de la relire.
Enfln arriva Fheure bénie de la convalescence; Rouillé la salua par une charmante invocation à la Santé, qu1l adressa sous forme de lettre à J.-B.
Lesbroussart, son oncle par alliance (*). Il était encore souffrant lorsqu'il écrivit ces vers; à peine osait-il compter sur Tavenir :
Aimac moi, mon ami, je prendrai patieorc.
Adiea. De celle que j'encea^e Je eesse d*e:$pérer an traitemeot plu^t doux ;
Hais j*apprend» quVUe eat près de Tou.t :
Je regrette rooing non abfeoce.
( * ) Cette pièce a été insérée dans la Hevue de Liége^ t. tt, p. 210, et dans le vo-
Lesbroussart, appelé en Belgique par Marie-Thérèse, avait publié à Bruxelles, en 1785, sous le titre De Véducation belgique, des réflexions sur le nouveau plan d*études que Joseph II venait d*adopter pour le Collée Thérésien. L*idée lui vint, en 17&7» de se faire un titre aupi'ès du Musée de Bordeaux, en faisant hommage à cette Académie d*un exemplaire de son ouvrage; il y joignit une pièce de vers de Rouillé, sollicitant pour celui-ci le titre de membre correspondant qu'il ambitionnait lui-même. Tous deux furent nommés : inconnu la veille à Bordeaux, Rouillé s*y vit porter aux nues Ior$qu*on eut donné lecture du Moment^ petit poème d'une conception vralmeat ingénieuse et d'une grâce dont aou*e si^ïle a perdu le secret.
dioi te* hamaimi, pliu qu'où oe peoee, To«t mi Touvre^je d'un nomeat Un moment non« donne la rie.
Un moment nous donne la mort.
Un moment fixe no«re aert.
Un moment comJJe notre enrie.
Un moment non* rend meikeareoz, ^ Un moment nous rend odieux.
Un moment nou« réconcilie...
Le mouient à aon gré ae joue De notre eapoir, de no« Main :
Du sort, il fait tourner 1« roae...
... Au mortel le plus malkabile
14 prête Itt dextérité,
Bt dana l'esprit le pws stArilt
U porte la réconditi...
U embarra^e U prudence.
Excuse la témérité.
Éteint la seoiùbUité,
Anime La froide indolence.
Fait triompher Paridité
Où tient «ndboaer U icieoce,
Et donue à la stupidité
Le ton Tuinquenr de rdoqnenœ.
D*an guerrier toat.£liai^ d'kinoeara
Le moment obscurcit la gloire.
Et d'un Erostate A vapeuri
H éternise la mémoire.
D*un poltron, il fait un héros.
De U fade Klmire, une idolo;
U Toue menu an aa^e A Paphoe,
Et frère Looe an capitole.
Belten, vous Mentez comme moi
Le prix d*an moment de délice...
Beau sexe, assez sonreni
L*instsnt, dit-ou, a itur tous quelque empire. Je n*en cron rien : point ne roudreis médire; Point ne Tondrais m'exposer à Totre ire: Trop bien sauriec punir le médisant...
L*abbé Sicard, le célèbre instituteur des sourds-muets, fut chargé de notifier leur nomination à Lesbroussart et à Rouillé. Le diplôme de ce dernier lui donne la qualification de Secrétaire
lame de poésies I<5gôres doDt il sera qoçstioa ci-apr^8.
ROU
de rétat^mqjor des gardes-du-^orps du Roi. Il ne parailpas que celui-ci, malgré les înslances réitérées de son correspondant, ait rien communiqué ultérieuremenl à TÂcadémie de Bordeaux.
Sa santé, toujours inégale , lui servit d'excuse. G*est pourtant de cette époque que datent les principaux écrits qu'il a laissés, deux petits recueils de poésies légères publiés par ses amis sans son agrément, et une comédie en trois actes et en vers (le Connametirj, représentée à Versailles, puis à Bruxelles.
Rouillé écrivait en quelque sorte pour lui-même : il n'aimait pas qu'on parlât de lui ; il avait peur d'être en évidence. Il racheta, pour les anéantir, tous les exemplaires de ses poésies qu'il put découvrir, et de même il retira sa comédie, imprimée également sans sa participation. Le Connaisseur est moins remarquable, il faut le dire, sous le rapport de l'invention que sous le rapport du style, toujours naturel, élégant et délicat. On y trouve des portraits finement dessinés, des saillies spirituelles, des vers qui se retiennent et qui, s'ils étaient plus connus, obtiendraient fréquemment les honneurs de la citation : quant à la donnée, c'est tout simplement celle du conte de Marmontel qui porte le même titre, et le dénouement fait trop penser au dernier acte de la Métromanie. Evidemment, Rouillé n'avait composé cette pièce que pour essayer ses forces; ainsi encore s'explique sa discrétion. En tout cas, il pouvait se promettre une brillante carrière littéraire, lorsque la tourmente de 1789 vint faire trembler jusqu'en ses fondements l'édifice social, et rompre en un moment la chaîne des traditions de la France de Louis XIV et de Louis XV : les coups de foudre de l'éloquence révolutionnaire étouffèrent le fllel de voix des poètes de cour.
tt Intelligent et généreux, dit Ph. Lesbroussart (*), Rouillé avait salué avec transport cette grande rénovation ; mais bientôt il fut réduit à détourner ses regards des scènes déplorables qui com-
mençaient à la profaner. Dans Tune de ces occasions , il fit preuve d'un dévouement trop honorable pour que nous omettions de le signaler. Lorsque, dans les sanglantes journées des 5 et G octobre, Versailles fut envahi par la populace parisienne, et le quartier des gardes livré au pillage, Rouillé sau\a la caisse de l'hôtel et parvint à déposer les fonds dans une sûre retraite, non sans avoir plusieurs fois, au péril de sa vie, traversé les rangs de cette multitude également avide de meurtre et de rapine. Il parvint aussi à protéger les jours menacés de quelques gentilshommes ; double service qui , après le rétablissement momentané de l'ordre, fut récompensé par la croix de Saint- Louis, que du reste il ne porta jamais. »
Il resta employé au ministère de la guerre jusqu'au moment où J.-B. Lesbroussart, devenu son beau-frère, le décida (en l'a^ V de la République) à venir le rejoindre à Bruxelles et à s'y fixer définitivement. Le jurisconsulte Lambrechts (*), commissaire du pouvoir exécutif, le nomma chef dans ses bureaux. Enfin la carrière de l'enseignement s'ouvrit pour lui, lors de l'organisation des Écoles centrales. A la suite d'un concours, il fut appelé à professer les belles-lettres dans celle de la Dyle. Lambrechts fit tous ses efforts pour le retenir et chercha même les moyens de concilier les fonctions des deux places: Rouillé ne se laissa point convaincre ; par conscience il refusa le cumul, et par goût il opta pour la chaire
Il débuta, le l*' messidor an V, par un discours qui fit d*emblée pressentir en lui un professeur distingué. A une époque où l'on jetait volontiers pardessus bord tout ce qui semblait rappeler rancien régime, il se fit le courageux défenseur des Rollin et des Condillac, il enseigna le respect de la pureté classique. L'insistance sur ce point était alors d'autant plus nécessaire, que les Collèges avaient été désorganisés depuis la révolution, et que le soin de la forme n'avait guère été jusque là, même avant
( * ) Dincoars proooncé aax fanëraiUes de Rouillé.
(*) V. la biographie de Lambrechts par
M. Van Hulst, dans les Vies de queiques Belgei.l'ié%e, Oudart, 1843, in-8*.
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les derniers événements, la qualité dominante des Beiges. Bientôt Rouillé et Lesbroussart constatèrent même que, parmi leurs auditeurs les plus zélés, beaucoup manquaient des connaissances préliminaires indispensables pour profiter de leurs leçons. Ils eurent le courage d*y suppléer et de sMmposerla târhe de faire des cours d*humanités, répartis et gradués selon les besoins des élèves. Ce zèle désintéressé et sans éclat fut pourtant divulgué par la reconnaissance des élèves, et en Tan X, le préfet du département de la Dyle, M. Doulcet de Pontécoulant, transmit collectivement aux deux professeurs Texpression officielle « de Vestime et de h reconnaissance que leur conduite avait inspirées au ministre de rintérieur. » Ce témoignage était d'autant plus honorable que Rouillé n*avail jamais, dans ses discours de distribution de prix, saisi l'occasion d'encenser le héros « qui avait ramené Tordre dans Tempire et la victoire sur toutes les frontières. » Quand il avait parlé de Napoléon, il s'était contenté de le représenter commedestiné à faire fleurir la paix en affermissant la liberté^ cette liberté qui avait coûté tant de sang.
En Tan XI (1803), lors de l'organisation des Lycées, Rouillé devint professeur en litre des classes de 5" et 4', qu'il avait jusque là volontairement dirigées. Quand l'Université impériale se constitua, un arrêté du grand-maitre, Fontànes, le nomma professeur de littérature latine à la Faculté des lettres de Bruxelles. En exécution des nouveaux règlements, il se munit en 18i0 du diplôme de licencié ès-lettres, et l'année suivante de celui de docteur
Dès l'an VII, il avait été désigné par l'administration départementale pour
faire partie de la Société libre des arts^ des sciences et dvs lettres^ qui fil place en 1816 à la nouvelle Académie de Bruxelles (*). Nous ne sachions pas qu'il aitété affilié, depuis, àaucun corps savant, si ce n'est à la Société royale des beaux-arts et de la littérature de Gand (1816).
Le événements de 1814, on le comprend sans peine, ne le laissèrent point indifilérent. 11 avait un frère à Paris ; M*"« d'Angivilliers, sa vieille amie, était rentrée ; la Croix de Saint-Louis, s'il rentrait en France, devait être le prélude d'autres faveurs, de la part de la famille qu'il avait servie dans ses premières années: mille raisons le poussaient à quitter la Belgique. Hais il s'était marié à Bruxelles ; saHlIey était née ; Lesbroussart tenait à y rester ; ses meilleurs amis étaient Belges ; enfin il s'aperçut que son cœur appartenait au pays qu'il habitait déjà depuis vingt ans. Il demanda donc etobtinten 1815, du roi Guillaume, des lettres de grande naturalisation. La même année. Il fut nommé membre de la Commission chargée de préparer un plan de réorganisation du haut enseignement (*). Quand 11 eut été décidé, plus tard,qu'il y aurait trois Universités de l'Etat, le commissaire-général de l'instruction publique, Repelaer van Driel, offrit à Rouillé le choix de l'Université dans laquelle* il continuerait d'enseigner les belles-lettres. Il opta pour Liège et fut en conséquence nommé, par arrêté royal du 3 juin 1817, professeur ordinaire à la Faculté de philosophie spéculative et des lettres établie en cette ville (').
Son enseignement a laissé parmi nous des souvenirs durables. Ceux qui ont entendu Rouillé s'accordent à vanter la
(*) L'administration désigna vingt membres, qui furent chargés à leur tour de s'adjoindre vingt autres collègues. Rouillé fil partie des vingt premiers avec son beau-frère Lesbroussart , Van Mons le chimiste , le peintre François, Heusschling, savant suriout en linguistique, le bibliophile La Sema Santander, l'agronome Poederle, le professeur de législation Wyns, etc. Parmi les collègues qu'ils s'adjoignirent,onciteIe mathématicien et antiquaire de Nieuport, Plasschaert, Gcn-
debien, Dotrenge, çtc. (Van Hulst, yotice sur RouiUé).
( * ) Celte Commission était composée de MM. de La Haroaîde, avocat-général près la cour supérieure de justice de Bruxelles, le baron L. H. de Broeck, le chanoine de Bast, de Gand, le professeur de physique Sentelet, J.-B. Lesbroussart et Rouillé (Arr. royal du 8 novembre 1815).
' ) Le programme de 4817 lui attrikme les cours suivants : littérature française , art oratoire, histoire des provinces beïgiqacs.
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pureté et Taisance de son langage, la délicatesse de ses aperçus, le rare bonheur avec lequel il savait combiner Tordre didactique et renseignement historique: notons en passant qu*en ce temps-là, le cours de littérature française embrassait les préceptes de Fart d*écrire en même temps que l'analyse des chefs-d'œuvre littéraires. Rouillé en voulait beaucoup à l'école romantique, qui lui inspirait de temps en temps des sorties assez vives : cependant il était en un certain sens éclectique, et il savait rendre une pleine justice aux beautés des productions les plus récentes. « Jamais, dit son biographe, jamais vieux professeur peut-être ne se montra plus empressé que lui à citer honorablement des œuvres contemporaines : c'est qu'il était aussi bon que spirituel; mais il faut se hâter d'ajouter que nul ne possédait à un plus haut degré l'art de réveiller l'intérêt en variant le ton de la louange, n Ses leçons étaient publiques : à Bruxelles, du temps de la réunion avec la France, elles avaient même été fréquentées par un grand nombre de dames. Â Liège, beaucoup d'amis des lettres, sans distinction d'âge, se plaisaient â retremper leurs souvenirs en allant écouter l'aimable vieillard.
Affable avec tout le monde. Rouillé se montrait peu prodigue du titre d'ami. Surtout il était avare de ses lettres, « si enviées par tous c^ux qui en avaient lu quelqu'une, n Plasschaert resta finalement son unique correspondant et l'unique confident des gracieux caprices de sa fantaisie littéraire. Plasschaert le consultait sur le choix des devises ou des inscriptions dont il ornait les bustes des grands hommes de son Elysée (*) :
Rouillé lui indiquait Carpe dkm pour Horace, et pour Molière :
Je T^ui qne Voa «oit homoie...
Cest k Plasschaert qu'il adressait les jolies fables que M. Van Hulst nous a partiellement fait connaître dans la Revue de Liège; en revanche, c'est à lui
{*) Le célèbre parc de Wespelaer, entre Louvaio et Malines. — V. la biographie de Plasschaert dans les Vie* de quelques Belges,
(' ) II doit avoir continué, l'année suivante, & faire son cours de littérature française à
que Plasschaert soumettait son Essai sur la noblesse, son Esquisse sur les langues, son charmant conte en vers du Vieux baron et du Jeune chevalier , et son appel à l'exilé Arnault, imitation heureuse d'une pièce qui est dans la mémoire de tout le monde {La Feuille).
 Liège, sa vie devint de plus en plus studieuse et retirée. Il vint un moment où ses forces ne secondèrent plus son zèle : l'éméritat lui fut accordé par le gouvernement provisoire (le 16 décembre 1850)('). <( Depuis lors, il vivait doucement, libre de soucis, mais non pas oisif, au milieu de tout ce qu'il chérissait : sa famille, quelques amis, et ses livres, qui étaient aussi pour lui d'anciens et de précieux amis : car, à l'exemple d'un illustre contemporain (Royer-Collard), il lisait peu, mais relisait beaucoup ('). 11 était aussi versé dans les littératures de l'antiquité classique que dans la littérature française; Horace était son ami inséparable, mais il n'en aimait pas moins le langage profond et sévère de Tacite. Il possédait un talent de plus en plus rare : il savait lire. Les inflexions de sa voix, les nuances de son débit, variées à l'infini, toujours fines et toujours justes, contribuaient mieux qu'un commentaire à l'intelligence des beautés littéraires. »
Sa modestie d'auteur était sincère.
« H y quatre ou cinq ans, dit M. Van Hulst, que nous étions parvenus à rassembler quelques feuilles éparses de sa jolie comédie du Connaisseur. Voulant lui faire une surprise agréable au jour de sa fête, quelques amis s'étalent réunis et avaient appris cette pièce par cœur. Le jour venu, on l'invita, dans la soirée, à passer au salon, où l'on avait dressé un petit théâtre à l'aide de paravents. On se mit donc k jouer sa pièce : il écoutait altentivemeotet avec plaisir; mais plusieurs scènes avaient déjà été jouées lorsqu'il dit â ses voisins :
a Mais c'est singulier ! Je connais cela, j'en suis sûr, j'ai vu cela quelque part ; aidez-moi donc à le retrouver, n
la Faculté libre. En lous cas, son nom figure parmi ceux des membres de la Commission dexamen nommée tout exprès, pour lesélèveâ de celle Facullé, le 23 octobre 1831.
(*j Discours de Ph. Lesbroussart.
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Bon, indulgent, délicat, il avait Tart de mettre tout le monde à Taise. C'était uii homme de mérite, etpourtant il n'eut jamais ni ennemis ni détracteurs. Ce témoignage d'un de ses anciens élèves qui fut aussi toujours son ami (*) vaut tout un panégyrique. — 11 avait, ajoute Fuss, tout ce qui rend Fhomme digne d*être aimé,
Coi peutu», qioret eoi Mpîtntii erat (*).
Nous avons dit que Rouillé conservait pour lui, ou pour quelques amis tout au plus, les écrits qu1l n'était point forcé de publier. II brûla même plusieurs manuscrits. M. Van Hulst eut beaucoup de peine âarréter celle œuvre de destruction et à sauver même les cahiers, très-riches en renseignements et en observations remarquables, des cours de son beau-père.
La liste suivante sera donc nécessairement incomplète. — Nons connaissons de Rouillé :
1^ Deux recueils dt poésie* légères^ par M. K'*\ 1787, in-lS, sans nom d'imprimeur ni de lieu, l'un de 8, l'autre de 66 pages. — C*est à grand'peine que M. Van Hulst est parvenu à rassembler les fragments épars de deux exemplaires de ces opuscules. Les pièces ainsi retrouvées ont été réimprimées en 4845 chez F. Oudart, à Liège, en un joli volume in-8*, édité par les soins de M. Aug. Van Hulst flls, squs ce titre : Poésies légères, par L, P. IlouUlé.
^ Le Conmifiseur, comédie eu trois aptes et en vers. — Nous avons dit que la famille elle-mèioen'a pu en retrouver que des fragments.
3** La ooUefilion des IHscours prononcés par les professeurs de V Ecole centrale du dépariem^t de la Byie, à Voaverture des leçons, le i Messidor an V, contient un discours de Rouillé (Bruxelles, Tutot, \%ri^^ de 75 p.). —Nous ne savons si les discours prononcés aux distributions des prix de l'Ecole centrale ont vu le jour.
4« Discours d'ouverture du cours de littérature française (à TUniversité de
Liège) : Sur les progrès de la poésie ei de léloquence (Ann. A(*ad., vol. 1).
5° DesFa^/^«, des Êpigrammes, etc.
quelques-unes très-remarquables , publiées dans la Revue de Liège, t. I (14 fables), H (5 fables et la Lettre à M, Lesbroussart) , IH (2 fables), iV (^ fables), VI (L'ours et le renard, fable ancienne cum notis variorum (sic) et 4 épigrammes).
^^Lausus, tragédie (probablement inédite). — Ph. Leshroussart se souvenait de l'avoir entendu lire dans sa jeunesse; elle lui avait laissé o une impression puissante ». M. Van Hulst n'en a retrouvé que deux actes dans les papiers de Rouillé.
noyer (Jean-Guillacme) naquit à H unsterbilsen (province de Limbourç) le 26 mars 1798, et mourut à Liège Te 20 octobre 1867, quelques jours avant la ( élébration du jubilé universitaire et quelques mois avant l'époque où il comp- Uit obtenir l'éméritat, conformément à la loi. Son nom figure encore au programme de 1867-1868, mais seulement pour mémoire, M. Heuse (v. ce nom), qui le remplace aujourd'hui définitivement comme professeur de pathologie spéciale, ayant été désigné pour le suppléer dès le commencement de cette année académique. Royer était doué d'une constitution robuste : sa famille avait offert de rares exemples de longévité; son père était mort centenaire, accablé sous le poids de l'âge, mais nullement infirme. Selon toute apparence, Jfean-Guillaume devait compter sur une verte vieillesse, longue et paisible; mais une lésion des organes digestifs, dont la cause remontait k quelques années, s'aggrava tout d*un coup pendant les vacances de 1867 et ne laissa bientôt plus d'espoir. Royer avait fait d'excellentes études à J'Athénée de Maestricht , et il en était sorti passionné pour les langues et les littératures de l'antiquité. On peut dire qu'il était né philologue : il écrivait le lalin
( * ) H. Cl. MuUer, membre dç la Chambre des Représentanta,
( * ) Hemoriœ Lud. tLouitli, pièce de vers ÎQsérée dans la Revu^ de Liige^i, II, p. 662,