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User ses talents et son zèle, en prodiguant ses soins aux malheureux atteints d'une épidémie qui décimait alors la population de cette ville. Il faillit être lui-même victime du fléau ; pendant quelque temps, sa famille et ses amis conçurent des craintes sérieuses. Enûn il put se remettre k Tétude et partir pour Leyde, où il se flt recevoir docteur en médecine, le 16 septembre i816.Âprès un nouveau séjour de deux ans à Paris, il rentra définitivement dans son pays, où sa prudence, son habileté et son dévouement lui firent une réputation précoce. Dès 1849, les administrateurs des Hospices civils de Liège le chargèrent de suppléer, gratuitement, le docleurN.-J.-A Ânsiaux (v.Tart. N.-G.-A.- J. Ansiaux, note 4), médecin des hôpitaux, alors octogénaire ; bientôt il fut chargé, par intérim, du service de Fhôpital de Bavière, dont le titulaire était le docteur Dupont, valétudinaire depuis un certain temps. Ânsiaux étant venu à mourir en avril 1825, M. Frankinet le remplaça définitivement pour THospice des femmes incurables et celui des filles orphelines ; enfin, en 1 833, la mort du médecin en chef de Bavière mit rintérimaire en possession du titre vacant : il dirige encore aujourd'hui le service médical de cette institution, sans que son activité se soit ralentie pendant plus d'un tiers de siècle.

En 1835, lors de la réorganisation universitaire, le gouvernement fit appel aux lumières de M. Frankinet, qui reçut le titre de professeur ordinaire et la mission d'enseigner la pathologie médicale, précédemment confié au docteur D. Sauveur (v. ce nom). Par suite d'un remaniement de cours, il fut ensuite désigné pour faire les leçons de clinique médicale, fonctions laissées vacantes par Comhaire (v. ce nom). Fidèle à la doctrine physiologique, alors en grande vogue, il a continué pendant de longues années, k en transmettre les traditions à ses élèves, avec la double autorité du savoir et de l'expérience, et sous le contrôle incessant

d'une sérieuse observation des faits.

Il a également rendu des senices à l'Université, en se chargeant, en sus de ses occupations principales, d'abord du cours d'hygiène, puis du cours des maladies nerveuses, jusqu'au momentoù son âge lui a donné droit à l'éméritat. L'arrêté royal qui le déclare professeur émérite est daté du 15 septembre 1856.

Le même jour, M. Frankinet recevait la croix d'officier de l'ordre de Léopold; il était chevalier depuis 1846. Cette dernière, ou plutôt c^tte première distinction, avait été obtenue dans des circonstances qui méritent d'être rappelées. A deux reprises différentes, le 25 fév. 1857 et le 30 janv. 1839, la santé de l'un des princes ayant inspiré des inquiétudes, M. Frankinet avait été appelé à la Cour comme médecin consultant La première fois, le roi avait envoyé un témoignage de satisfaction personnelle ( ' ) ; quand il eut achevé de se montrer digne de l'auguste confiance dont il était l'objet, l'Ordre national vint décorer sa poitrine. A bien des titres , au reste , M. Frankinet avait droit à une consécration publique de son mérite : il jouissait depuis longtemps, à Liège, dans tous[les domaines où s'exerçait son activité, d'une considération justement acquise. Bientôt il ne se contenta plus de soulager physiquement et moralement ses malades: médecin des Hospices, Il résolut d'y laisser des traces durables de son zèle pourUhamanité souffrante. Appelé dans l'humble demeure du pauvre pour secourir des enfants malades, il reconnut l'impossibilité d'abandonner, dans des habitations malsaines, l'application de la médication à des mains inhabiles. 11 voulut fournir à ces jeunes êtres un asile satubre,où des soins intelligents leur seraient donnés. On lui doit la fondation, à l'hôpital de Bavière, d^s premiers lits réservés à V enfance »(•).— M. Frankinet a payé de sa personne dans tous les moments difficiles. Lorsque le choléra sévit à Liégè en 1849, il fut des premiers, comme dans sa jeunesse, à affron-

( ^ ) Une tabatière en or aa chiffre royal enrichi de diamants.

(*) Discours de H. N. Ansiaux, cité ci-

après. — Ce travail nous a fourni plusieurs» renseignements utiles.

ter le daoger; en 1866, ii ne se montra pas moins ardeni à l'œuvre : il s'offrit de nouveau pour diriger un service spécial. Le gouvernement lui envoya, la première fois, une récompense nationale ; la seconde fois, ses services lui valurent la Croix de première classe.

Mais en celte môme année 186G, comme sa 50* année d'exercice ou de pratique de la médecine venait de s'accomplir, le corps médical et le corps pharmaceutique de la province se réunirent pour lui décerner une récompense plus rare et plus touchante. Une Commission fut formée de MM. Spring (v. ce nom), Putzeys, Wasseige père, Bihet (de Huy)et Simon (de Verviers),sous la présidence de M. N. Ansiaux (v. ce nom). Le 27 Juin 1867, k la Salle académique de rUniversité, M. Ansiaux porta la parole et rappela, dans un langage qui émut les nombreux assistants, les titres de l'honorable Jubilaire à la reconnaissance publique. Alors un voile tomba, et les applaudissements redoublèrent quand on reconnut, fidèlement et fièrement taillé i dans le marbre, les traits du maître et du collègue vénéré. Le beau buste qui fut remis à cette occasion à M. Franklnet est dû au ciseau de M.

Nopius , de Liège , Jeune sculpteur d'avenir; les médecins et les pharmaciens qui avaientcoopéréà cette manifestation voulnrentégalement que le procès-verbal de leur décision, accompagné de la liste de leurs noms, fût calligraphié avec un grand luxe, à l'instar des riches manuscrits du moyen-âge, et remis solennellement au héros de la fête ( ' ). M. Franklnet trouva quelques paroles profondément senties, pour dire qu'il n'osait se croire digne d'un tel honneur : mais il fut seul de son avis.

M. le docteur Frankinet a rempli différentes missions en dehors de l'Université ; c'est ainsi qu'en i845, il a été nommé inspecteur des eaux minérales de Spa. Il est membre correspondant de la Société médico-chirurgicale de Berlin depuis 1840; le 49 septembre

de l'année suivante , il a été nommé membre titulaire de rAcâdémie royale de médecine de Belgique; en 1845, il a reçu le diplôme de membre de la Société physico-médicale d'Erlangen, et en 1845, celui de membre effectif delà Société de médecine de Liège. En 1843, il a présidé le Comité des sciences de la Société d'Emulation de Liège, dont il fait partie depuis 1820. — Le regrettable Wilmart (v. ce nom) était gendre de M. Frankinet.

Gloesetiei* (MiCHEL), 0. ^ , né à

Haut-Charage (C'-Duché de Luxembourg) le 4 mars 1794 (•), compte aujourd'hui (1S69) quarante-cinq années de services dans l'enseignement supérieur. Du droit que lui ont conféré ses services, il jouit de Votium cum dignitaie; mais il estémérite plutôt nominalement qu'en réalité , puisque son nom figure encore au programme de l'Université de Liège, pour le cours de physique mathématique. Indefeasus agendo : ' cette expression d'Ovide s'applique ici à la lettre. Non-soulement M.GIoesener est resté fidèle à ses habitudes de professeur, mais il poursuit plus activement que jamais, avec une ardeur toute juvénile, les études spéciales qui lui ont fait un nom dans l'histoire de la science. Son infatigable persévérance est comparable à celle d'André Dumonl; et il est assez piquant de noter, en passant , que le premier grand triomphe de l'un et de l'autre a été célébré dans la même fête (v. l'art. Dumont). Les études de M. Gloesener ont été plus étendues et plus variées que celles de son éminent collègue ; mais tous deux ont eu le bonheur, dès leur première jeunesse, de reconnaître clairement leur véritable aptitude, et assez d'énergie pour s'appliquer, de plus en plus exclusivement, à un seul ordre de recherches et d'expériences. C'est ainsi qu'on parvient à creuser un profond sillon dans le champ du savoir humain,

(*) Cette page remarquable a été dessinée et écrite par M. FlorenviUe, aussi de Liège.

(') La famille Gloesener est originaire d'Autriche ou, plus exactement, de Bohème; lun de ses membres paraît être resté dans

le Luxembourg à ta suite des guerres qui ont suivi Tavénement de la maison de Gorlitz (Aitg, Europ. Wappenbueh, Tti. III, fol. 73. Nuremberg, 1496).

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surtout dans le domaine de Tétude de la nature ; mais il est diflirile, en pareil cas . pour ne pas dire impossible , de s'abandonner aux douceurs du repos , parce que rien n'alimente la curiosité plus sûrement que les découvertes.

Sa première éducation terminée, le jeune Michel tut confié aux doctes soins de Tabbé Rodesch, ancien professeur au Collège de St-Hubf rt. Un an plus tard, il entra au Collège im|)érial de Luxembourg. Admis le premier, il garda son rang de classe en classe : la dernière année , il reçut le titre de conférencier, qui impliquait la mission de diriger les études des élèves en poésie. — L'occupation de la ville et du Grand-Duché de Luxembourg par les alliés eut pour conséquence la fermeture momentanée des écoles. En 1816, notre étudiant partit pour Metz, où il s'appliqua particulièrement aux mathématiques, sous le professeur Lesage ; de là, nous le rencontrons au Gymnase de Trêves, continuant à sMnitier aux sciences, s'or^upant déjà de physique et suivant incidemment un cours de théologie. Enfin il franchit, en i8I8, le seuil de l'Université de Lié^e. Tout en se préparant à conquérir le diplôme, alors très-rarement recherché (*), de Matheseos magifttcr et Phil. naturalis doctor, il prit part chaque année au concours universitaire et remporta, coup sur coup, trois médailles d'or , trois victoires dans autant de sciences différentes, comme Ch. Morren D'abord il traita une question d algèbre; puis la botanique eut son tour,puis la chimie. La quatrièmeannée (18âi-18ââ), on posa une question de physique ; il eut occasion d'aborder la théorie de rêlectro-magnétisme, qui commença dès lors à devenir sa préoccupation dominante. La majorité du jury lui vola la médaille; néanmoins elle ne lui fut pas décernée, par égard, paraît-il, pour le professeur Vanderheyden (v. ce

nom), qui avait cru voir on acte d'hostilité dans le fait que le concurrent avait défendu une opinion opposée à la sienne ('). Rien n'était plus loin de la pensée et du caractère de M. Gloeseoer que de donner aux étudiants l'exemple de l'insubordination : en matière scientifique, après tout, quand on croit avoir la main pleine de vérités, il est bien permis de l'ouvrir. Autant vaudrait reprocher à Galilée le cri de sa conscience : E pur si muove ! M. Gloesener ne fut pas médaillé celte fois; mais II persista dans sa manière de voir, comme l'atteste sa dissertation inaug:urale pour le doctorat en sciences (25 février 1825), où il soutint brillamment les idées d'Ampère('). Les encouragements qu'il reçut plus tard de l'illustre savant français le consolèrent de sa déconvenue, et il ne tarda pas à voir les théories dont il s'était fait le champion obtenir le droit de bourgeoisie dans la cité des savants.

Dès cette époque, M. Gloesener avait manifesté le désir d'embrasser la carrière de l'enseignement. Sa famille n'était pas favorable à ce projet ; il résolut de se suffire à lui-même. Il renonça spontanément à toucher les revenus qui lui étaient déjà dûs et y suppléa en donnant des leçons de mathématiques et en traduisant des thèses en latin, langue qui lui était très-familière. Un ecclésiastique de mérite,en même temps son oncle et son parrain, l'encouragea dans ses travaux et ne l'en estima que davantage, pour s'être imposé une vie austère. Le recteur de l'Université lui offrit une bourse d'études : il répondit fièrement qu'il n'en avait pas besoin.

Pour la lui faire accepter, on dut lai persuader qu'il y avait droit à raison des distinctions qu'il avait obtenues.

Les circonstances le mirent en rapport avec des familles influentes : jamais il ne chercha à profiter de ses relations

(*) De 1817 à 1830, il n'est sorti defUniversitëde Liège que sept docteurs en sciences physiques et malhémaliques : MM. Martens nSât). Gloesener it823;, D. Leclercq, Plateau, Valerius, Brasseur (i8!29; et Jacquemyns (i830).

(*) Vandcrtieyden s'était expliqué sur Vé-

lectro-magDétisme dans un Mémoire publié en 4822 par Ducrolay de Blain ville. — Le Mémoire de M. Gloesener sera prochainement traduit et publié.

(*) Ik identitaie fluidi electrici ei magnelici, deducta ex iheorià à clarissimo Ampère proposiiâ, Liège, Collardin, 4823, in- 4».

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pour lui-même; en revanche, ses condisciples moins heureux eurent à se louer, en plus d'une occasion, de son obligeance et de sa générosité (v. Tart. Meyer).

Avant de subir son dernier examen, il était allé passer quelque temps à Utrecht. N'y trouvant pas les ressources scientiQques sur lesquelles il avait «'ompté, il revint se faire diplômer,puis partit pour Paris, emportant la certitude d*entrer, ù son retour, dans les cadres de renseignement supérieur (*).

M. Gloesener suivit pendant deux ans les cours de Lacroix, de Lefèvre, de Thénard et de Biot au Collège de France ; à la Sorbonnc, il entendit Gay- Lassac, Pouiilel, Dulong, Dinet, Cauchy. Hachette, Francœur, et encore Lacroix, Thénard et Biot ; au Conservatoire des arts et métiers, il fut Télève de Dupin.de Clément et de Say; enfin, d'Arago, à l'Observatoire (•). Incidemment, il fréquenta même des cours étrangers à ses études spéciales : au Jardin des Plantes, il alla écouter Duméril, Brongniart, Chevreul et Cordier ; Orfila et llargelin, à TEcole de médecine : on le vit même assister plusieurs fois, à l'hôpital, à la clinique de Dupuyiren. Les belles-lettres n'étaient pas oubliées : c'était pour lui une fête de courir k la Sorbonne se suspendre aux lèvres éloquentes des Andrieux, des ViUemain ou des Guizot.

Les étrangers n'étaient pas admis aux cours de TEcole polytechnique, où enseignait Ampère; mais M. Gloesener eut la bonne fortune d'être présenté, par Hachette, à celui des savants français qu'il tenait le plus à connaître. Ampère reçut le jeune homme avec beaucoup

de distinction , se montra enchanté de sa thèse de doctorat, lui prêta des instruments etdes piles pour faire des expériences, et donna son approbation à deux Mémoires soumis par M. Gloesener à l'Académie de Bruxelles (').

Dès 18âl,la chaire de mathématiques supérieures et de physique au Collège royal de Bruges lui avait été offerte, avec un traitement de i500 florins dcsP.-B., plus un casuel ; mais alors ses études n'étaient pas terminées, et comme il ne recherchait point l'enseignement pour les avantages matériels qu'il pourrait en retirer immédiatement, il refusa.

Aut Cœsar, aut nihiL Ce qu'il appelait de tous ses vœux, c'était le droit de monter dans une chaire académique. Le Gouvernement tint promesse : M. Gloesener fut nommé, le 6 octobre i8â4, lecteur à la Faculté des sciences de l'Université de Louvain, chargé des cours d'astronomie (^) et de mécanique analytique ("). Il accepta ensuite (28 sept. 1825) une chaire au Collège philosch phiqtte (Introduction aux sciences natuturelles) et la conserva jusqu'à la suppression de l'établissement (1850) :

sa nomination définitive ù l'Université, comme professeur extraordinaire, date du 4 octobre 1825- On lui fit une position exceptionnelle, en lui accordant les droits et les privilèges attachés à l'ordinariat (•); il eut mission d'enseigner la physique mathématique (M et une partie de la physique expérimentale ('). Son discours inaugural : De verà scUntias physkas excolendi methodo et vero illarum studii fine, fut prononcé le 26 janvier 182G, en séance solennelle de la Faculté, selon Tusage.

On peut qualifier d'héroïque la con-

f ' ) Le Ministre le lai promit par écrit, en regrettant qa'il n'y eût point de fonds destinés à envoyer les jeunes gens d'avenir se perfectionner à l'étranger. A propos des titres de M. Gloesener, il ajoutait : <> J*ai rarement vu d*aussi briUanis certificats. »

( * ) M. Gloesener eut ensuite avec Arago des relations personnelles , qui durèrent aussi longtemps que la vie de l'ëminent astronome.

(*) Ses études sur Tëlectro-magnétisme furent également, en 1823, approuvées par (^rsted (v. ci-après la lUbliogr., n» 4).

(*) 11 a fait gratuitement ce cours pendant 23 ans.

{ • ) Pour le prof. Goebel.

{ *] A cette époque, les professeurs ordinaires faisaient seuls partie du Sénat académique. — V. l'art DuPOHT.

( ^ ) 11 n'a pas cessé de faire ce cours, soit k Louvain, soit à Liège, depuis i835 jusqu'à l'heure où nous écrivons.

(') Il succéda à Sentelel, qui ne se retira définitivement qu'en 18!28. M. Gloesener lui laissa la jouissance de I habitation à laquelle avait dro t le professeur de physique.

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duUe que tint M. Gloesener en 1830, dansune circonstance dont les historiens de la révolution belge n*ont consacré le souvenir que la rougeur au front.

La maison du commandant de Louvain, voisine de la sienne, fut envahie et pillée par la populace en furie. M. et M"* Gloesener osèrent recueillir M"* Gaillard, avec son argenterie et tout ce qu*elle parvînt b sauver, même les minutes des ordres du gouvcmemeni des Pays-Bas. On sait qu'une troupe de forcenés s'emparèrent de la personne du malheureux major, et qu'ils inventèrent des tortures pour le martyriser lentement jusqu'il la mort. L'horrihie nouvelle de cet acte de cannibalisme parvint h BI. Gloesener avant que M™* Gaillard en fût informée .elle se trouvait alors chez une de ses amies. Ne rencontrai que dos autorités hésitantes et voyant la révolution triompher, notre professeur s'entendit avec le docteur Baud, dont le courage civil fut aussi, danc> toute cette affaire, au-dessus de tout éloge : il fut convenu que Tinforlunée retournerait i\ son pi»emier asile. Il n'y avait pas un Instant à perdre : on pouvait tout craindre de l'exaltation des masses ; d'autre part, la difficulté était de persuader M*"' Gaillard sans lui laisser soupçonner la vérité. Ne voulant pas compromettre M. Gloesener, qui vint la chercher à la faveur de la nuit, elle hésita longtemps à accepter : enfin elle se décida, sur l'assurance qui lui fut donnée qu'il s'agissait de la conduire auprès de son mari, à Bruxelles, où (soidisant) on allait le juger. Ils se rendirent effectivement en cette ville, où d'activés démarches furent faites pour régler la position de la veuve du major et ménager son départ pour la France, son pays natal. Nous laissons ^ penser de quelle reconnaissance elle resta toute sa vie pénétrée envers M. et M"* Gloesener; ce sentiment aurait sans doute été partagé à la cour de Hollande, si les détruis que nous venons de rapporter y avaient été connus. Mais il n'est que juste de

signaler au gouvernement belge hiimême la conduite du sauveur de M** Gaillard : c'est peut-être à son courage et à sa présence d'esprit, que notre révolution doit de ne s'être souillée que d'une seule tache de sang.

Le 1G décembre 1830, M. Gloesener fut maintenu dans sa qualité de profe.sseur extraordinaire, mais transféré à l'Université de Liège. Le gouvernement provi<ioire lui confia les cours de physique expérimentale, de physique appliquée k la vie domestique, ù la médecine et aux arts (v. le Rapp. de M. Nothomb, t. I, p. 690), d'astronomie physique (populaire) et de physique mathématique. Après la mort de Gaêde, sur la demande de la Faculté des sciences, il consentit, non sans peine, à donner le cours de minéralogie pendant Tannée académique 1854-1835; seulement, ne voulant à atiyi^un prix consener celte nouvelle charge (')« il n'accepta point la responsabilité du cabinet, dont les clefs furent remises au lecteur Lesoinne (v. ce nom). La résolution de M. Gloesener au sujet de la minéralogie eut pour conséquence d'ouvrir les portes de l'Université à notre illustre Dumont ; à ce titre, on ne saurait trop s*en applaudir. L'intelligence précoce d*Ândré Dumont avait fra|)pé M Gloesener, qui, ayant entendu parler de lui, s'était empressé de visiter et d'examiner ses collections. Remarquant d'autre part sa faiblesse en mathématiques, il l'avait fait venir chez lui pour le présenter à Lemaire (v. ce nom), et pour lui donner le conseil d'aborder des études régulières et de subir des examens. Le voyage de TEifel dont il est question ci-dessus (col. ^0) fut entrepris avec Dumont parM.Gloesener,dans les conditions les plus favorables. Les deux touristes se convenaient : ils rapportèrent des trésors (*) et d'agréables souvenirs. M. Gloesener, dont les relations étaient dès lors fort étendues, eulFoccasion de présenter son Jeune compagnon d plusieurs hommes distingués :

(M L.6 cours de mioéralogie avait été un instant confié à Davreux (v. ci-dessus, col. lâO); mais la Faculté revint sur cet arrangement.

(*) Une partie de la collection formée alors par M. Gloesener a été donnée, depuis, à rétablissement des Joséphites de Nelle.

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vers la fin de sa vie, Damont se plaisait encore à raconter les épisodes de ces belles journées.

M. Gloesener fut, avec Brasseur (v.

ce nom), Fun des premiers organisateurs et le premier président de FAssociation qui devint, comme nous l'avons dit(*), la Société royale des Sciences de Liège ^ et qui remplaça Tancienne Société des Sciences naturelles , fondée en i822.

Le 1^ septembre i835, Tinspecteurgénéral de rarlillerie fit offrir au professeur de physique de Liège, par une lettre des plus flatteuses, une chaire (également de physique) à TÉcole d'artillerie créée par décision du 5 août précédent. Le 5 décembre de la même année, un arrêté royal régla de nouveau ses attributions à l'Université (par suite de la réorganisation de l'enseignement supérieur) : physique mathématique, physique expérimentale, astronomie, mécanique céleste, physique appliquée aux ails. La même année encore, il fut nommé secrétaire du Conseil académique. En i837, il obtint Tordinariat ; il revêtit l'hermine rectorale en 4846-1847. Trois ans plus tard, a le généreux acquiescement donné par M. Gloesener à un partage du cours de physique expérimcniale et de phy'si(}ue mathématique, » dit M. Borgnet (*), procura à M. Bêde tt les moyens de se former à l'enseignement d'une science qui compte aujourd'hui un fort petit nnmbrt* de représentants. » En outre, M. Gloesener céda entièrement à son ancien élève le cours de physique industrielle (arr. minist. du iSnov. 1850). Enfin, sur sa demande, le 7 janvier 1857, il fut autorisé à ne conserver que le cours de physique mathématique (v.

l'art. Pérard).

En se réservant ainsi la libre disposition d'une plus grande partie de son temps, M. Gloesener ne songeait en aucune façon à prendre du repos.

Jamais, ce semble, il n'a été aussi actif, aussi fécond que depuis qu'il a le droit de ne plus l'être. Il faut du zèle à un professeur ; il en faut plus encore, il faut une persévérance infatigatUe à celui qui travaille à perfectionner les applications de la science, surtout si l'on songe aux déboires de toute nature qui sont, jusqu'à un moment parfois bien tardif, le lot ordinaire des inventeurs. La collaboration assidue de M. Gloesener à divers recueils scientifiques (v. ci-après), ses communications à l'Académie royale de Belgique attestent qu'il s'est de plus en plus adonné,surtoutdans c^s derniers temps , à des recherches spéciales d'une utilité immédiate. Fidèle aux prédilections de sa jeunesse, il a entrepris des expériences délicates et variées surréleciro-magnéiismeet a élé graduellement amené à modifier, ou plutôt à transformer le système des télégraphes, des chronographes et des horloges électriques. Il s'appuie sur le principe de la solidarité des attractions et des répulsions simultanées et conspirantes de deux électro-aimants sur les deux pôles contraires d'une armature ou palette aimantée; et réciproquement, de deux |)ôles temporaires contraires sur un seul pôle permaneilt, et de deux pôles permanents sur un seul pôle temporaire mobile ('). Ce principe, il a eu l'honneur de le découvrir (dès 1857) et de l'appliquer le premier. C est encore lui qui a eu Thonneur d'avoir le premier conçu, construit et décrit un télégraphe à écrire fonctionnant avec renversement du courant (^); malheureusement, il n'est point parvenu à faire adopter son

{* ) Col. 80. — NouB avons omis de tenir compte, dans Tari. Brasseur^ de celte période intermédiaire de 1835 à 18ii (date de la publication du t. I des ilémoires de la Soc, royale des sciences). Cette abstention est aaaez naturelle : pendant ces sept années la Société ne parait guère avoir eu qu'une existence nominale. — En 1842, M. Gloesener s'entendit avec Brasseur, MM. Lacordaire, Spring, deKoninck, etc., * pour lui imprimer une activité nouvelle. — M. Gloese-

ner est aujourd'hui le seul membre fondateur survivant de la Société de 1835.

(*) Discours de réouverture, 1851.

( * ) Traité général des applications de l'é* lectriciié, t. I, p. 70.

(*) En revanche, la priorité de l'introduction de ce système dans le service public peut être revendiquée parle savant directeur de la télégraphie à Londres, M. Varley, qui a appliqué, en 1854 ou vers la fin de 1853 (longtemps après que M. Gloesener eut pris

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appareil en Belgique : on lui a répondu qu*il fallait s'en tenip aux systèmes adoptés dans les pays voisins avec lesquels nous sommes en correspondance.

(*). En revanche,la disposition proposée par M. Gloesener pour supprimer le ressort de rappel, dans les télégraphes avec letlres,foncUonnedepuis 1851 surtoutes les lignes des chemins de fer belges. On lit dans le Cosmos du 17 novembre 1858 : « Ce ressort (le ressort à boudia dans Tancien système) ne doit être ni trop tendu ni trop lâche, et il faut que son degré de tension soit en rapport exact avec Tintensité sans cesse variable du courant de la ligne. De là, la nécessité de régler souvent TappareiL et cette nécessité est un inconvénient d'autant plus grave que, pour rendre les services qu'on en attend, le télégraphe à cadran doit pouvoir être manié par les mains les moins exercées, n — Il fallait donc absolument supprimer le ressort antagoniste, et c'est ce que M. Gloesener a appris à M. Lippens (*) à faire, en mettant à sa disposition (') l'heureuse idée qu'il a eue le premier de recourir à des renversements successifs de courants, en remplaçant l'armature enfer doux par une armature aimenlée. De cette manière, l'appareil est toujours équilibré ; quelles que soient les variations d'intensité du courant, un effort sera toujours suivi d'un effort égal, ou du moins efiScace, exercé en sens contraire. Le principe posé par M. Gloesener, qui caracl élise et différentie les nouveaux appareils, a été parfaitement appliqué par M. Lippens n

<^). Les idées de M. Gloesener ont donc fait leur chemin; seulement, le véritable inventeur est resté dans l'ombre, en ce sens qu'il n'a retiré de ses labeurs aucun avantage personnel (*).

Il ne s'est |)Oint découragé, alors même que d'autres étaient obligés de se servir de son nom pour exploiter sa découverte. Il a fait publiquement appel aux savants, et les savants lui ont donné raison sur tous les points ; puis il s*est remis noblement, naïvement pour ainsi dire, à l'œuvre. Ses Rechercher sur la télégraphie électrique, publiées en 1853, ont eu un grand retentissement ; l'édition en a été rapidement épuisée. Une médaille d'honneur en or (de i" classe), décernée à cet ouvrage i^^fV Académie natUmale^n Paris, a été pour l'auteur, sinon un dédommagement, du moins un de ces sujets de satisfaction qui sont Inappréciables dans certaines circonstances données (*).

On verra plus loin qu'il avait envoyé à l'Académie belge mémoires sur mémoires : à mesure qu'il arrivait à un résultat nouveau, il avait soin d'en faire part à cette compagnie savante, afin de s'assurer un droit de priorité; son intention était de refondre le tout quand son travail serait achevé. Il eut tort peut-être de procéder ainsi, on du moins il montra qu'il avait moins de savoir-faire que de savoir : on ne lui accorda pas même l'insertion de ses notices dans les Bulletins de l'Académie. Cependant tout n'était pas dit. Le succès des fiecherches décida M. Gloesener, d'ailleurs stimulé par l'approba-

date de ses découvertes), au télégraphe à écrire de M. Morse, une disposition de son inveniion pour écrire avec renversement du courant alternativement en sens contraire {Ibid,, p. 75). — Il n'est pas tiors de propos de noter qu'en Angleterre, les lignes télégraphiques ne sont pas exploitées par le Gouvernement.

( * ) Le service international n'en eût pas souffert, une disposition spéciale de M. Gloesener lui permettant de mettre son appareil en concordance avec les télégraphes à écrire de l'autre système.

(*} Constructeur d'instruments de physique à Bruxelles.

(') V. ci-après, bibliog., no ^i.

{*) tbid, , note. — Pour se faire une juste idée de la part qui revient i ce dernier, le lecteur devra recourir aux notes additionnelles insérées à la fin des Recherches {tfi â1), p. 116 et suiv., et p. ftS, 53 et 58 du dernier ouvrage de M. Gloesener (Bibliog., no 36).

(") La législation belge a voté plus de 16,000 frs. pour contribuer à la somme de 400,000 frs. accordés au professeur Morse par les gouvernements qui emploient son télégraphe il écrire ; les droits d'auteur de M. Gloesener n'ont pas même été respectés.

(*} Cette nouvelle, apportée à Liège, valut à M. Gloesener une ovation de la part des étudiants.

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tion de quelques membres de rinstilot de France, à exposer à Paris, en i855, quelques appareils de son invention. Il s*y prit un peu tard ; mais les difiScullés furent aplanies par Cb. de Brouckere, le type et le modèle des présidents ( ' ), et M. Raimbaud eut pour le savant belge les égards les plus délicats. M. Gloesener trouva donc place dans une annexe du Palais de Tindustrie. Toutes les médailles étaient déjli votées : ce ne fut qu'après les vacances, au mois d*octobre , lorsqu'on procéda à un travail de révision, qu1l fut question de ses travaux. Un Jury composé de MM. Wbeatslone , Babinet, Péclet, L. Foucault, Edm Becquerel, Clerget, Magnus, Hessier et Niel Arnolt lui décerna la seule médaille dont il pouvait encore disposer. 225 médailles d'or décernées n*avaient point été accordées par le gouvernement français; point de possibilité d'en réserver une à M.

Gloesener, comme Teussent désiré lf*s membres du jury. Il reçut donc Tunique médaille de 1" classe que la Belgique ait obtenue pour Télectricité. M. de Decker, ministre de Pintérienr, lui fit sans relard obtenir la croix de chevalier de l'ordre national. Ses collègues de rUniversité s'émurent ; un splendide banquet, dont il fut le héros avec André Dumont, et auquel ashistèrent les plus hautes autorités du pays, fut donné dans la grande salle de la Société d'Emulation, en vertu d*une décision du Conseil académique ('). La Jeunesse, de son c6té, ne resta pas en arrière ('), et le bourgmestre de Liège, au nom de la cité, remit au lauréat une médaille d'argent, dans une cérémonie publique (^).

Les travaux de M. Gloesener ont été récompensés postérieurement par un

grand nombre d'autres distinctions. Tantôt c'est VAcadémh natianaie de Paris qui lui décerne une seconde médaille d'honneur en or de l'hélasse (29 janvier 1857), pour son nouveau ckronotcùpe électrique^ ou qui rappelle sa première médaille ( \^ juillet 1858), ou lui délivre un diplôme d'honneur (20 mars 4861), deux fois rappelé (2i déc. 1864 et 20 Juin 1866), ou enfin lui en accorde un nouveau, à la suite de la dernière Exposition universelle (18 nov. 4868); tantôt c'est la Société (^encouragement pour rindustrie nationale^ de Paris, qui lui vote (4862) une médaille de platine pour son chronographe électrique; c'est le Jury de l'Exposition de Londres (4862) qui lui remet une médaille grand module (*), ce qui lui vaut une mention extrêmement élogieuse en séance de VAcadémie natûmale et la mise hors concours (4K65). A l'Exposition universelle de 4867, M. Gloesener n'a reçu qu'une médaille d'argent (sans décision du jury), par suite d'un enchaînement de circonstances des plus fâcheux. Une caisse adressée à la Commission belge, et contenant des instruments entiers et le complément des autres appareils, n'a pu être retrouvée que le 29 juin ; son contenu était endommagé. Le jury étant dissous, à l'époque où la montre de M Gloesener s'est trouvée enfin aussi complète que possible (au mois d'août), il n'y a pas eu possibilité de revenir sur le passé. Faute de révision des récompenses distribuées et d'examen des objets non exposés, il n'a pu, d'autre part, être donné suite au projet de la Commission impériale et de quelques membres de l'Académie des sciences qui faisaient partie du Jury, de proposer M. Gloesener pour la Croix d'officier de la Légion d'honneur (*). C'eût été un

(*) L'ëminent bourgmestre de Bruxelles était à la tète de la Commigsioo de TExposilîQD belge.

( *) Un extrait (sur parcbemio) du procèsverbal cooetatant cette décision fut remis, à ^acoQ des deux lauréats, par une Réputation do Conseil.

( ') C'est à cette occasion que U. Gloesener a reçu son portrait Utbographié.

{*) Les six instruments et appareils couronnés à Paris en i8ft5 ont été acquis par le

Gouvernement, sur la proposition spontanée de M. Cbandelon (v. ce nom), moyennant un subside extraordinaire de 4155 frs., pour le cabinet de physique de l'Université de Liège.

(*] V. le rapport du colonel Fleming ienking, trad. dans les Annotes léliyraphiques (1865).

{ *) Le mérite des travaux de M. Gloesener a été hautement reconnu, entr'autres, par le célèbre physicien de Jacobi, de St-Péters-

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insipe bien mérité, à placer sur sa poitrine auprès de ceux que plusieurs souverains y avaient déjà attachés ( * ). M. Gloesener est ofiicier de l'ordre de Leopold depuis le 4 février iK61 (*), commandeur de l'Ordre impérial de Saint-Stanislas de Hussie depuis le i9 octobre 1803, euûn officier de rOrdre royal-grand-dural de la Couronne de ctiéne depuis le 19 février 4864. — Les Sociétés savantes auxquelles il a été suc(-4sssivement affilié" sont : la Soc. des ne, naturelles de Liège (correspondant, lel«rdéc.l824); V Académie de Metz (id., 1829); VAcad. Stanislas de Manr.y (id., 25 déc. 1829); la Soc, royale des scietices de Liège (membre fondateur et président en 18-i5); la Soc. des se. phys.^ chim. et départs agricoles et indmOi«/« de France (corresp., 4 fev. 1857}; la Soc. d'Emulation des Vo.sges (corrésp., déc. 1844); [Institut polytechnique de Wûrzbourg (membre bon., i2 lév. i«i5i); VAcad. /. et R. des sciences de Bobème (corresp., 2 fev.

1853); VAcad jiationaU agricole, manufacturière et commerciale de Paris (id., 30 juin 1853) ('); la Soc. impériale des sciences de Cherbourg (id., 2 juillet 1855); la Soc. philonuttique de Paris (id., 23 fév. 1856); VAcad. royale de Belgique (corresp., le 15 déc. 1856, membre titulaire le 15 dec. i864); la Soc. royale des se. y des lettres et des arts du Hainaut (5 no\. 1858); la Soc. de physique et de médecine de Wûrzbourg (corresp., 30 déc. 1859j; V Association scientifique d'Anvers (id. 14 déc. 1861); \2LSoc.des naturalistes de Riga(id., 4fév. 1863); VInstitut arcliéologique liégeois (membre associé, 25 fév. 1863); la Soc.

bourg, dans deux rapports, dont l'un a éié lu devant \'Acad. imp, des sciences de celte vUle, le â8 nov. 1867 (v. le Journal de Si- Pèiers ourg , n« 61); l'aulrc a paru par extraits dan» le Cosmos (âS sept. 1867).

{')Ceci est littéralement exact pour la Croix de chevalier de l'ordre de Léopold,que le roi des belges lui remit en mains propres, le 16 décembre l8oi>, dans la séance publique tenue à l'Eglise des Augustins, à Bruxelles.

(*) Celle promotion coïncide avec son admission à rémtfritat.

( ') Vice-président honoraire le 49 janvier 18S9; président honoraire en 1861.

[*, Société littéraire fondée par M. l'abbé

ray.-g^^ucale des se. naturelles de Luxembourg (membre bon., 18fév. 1864); entin le Cercle Ozanam C)de Liège (id., 24janv 1868).

M. Gloesener a élé déclaré émérite le 4 fé\rier 1861. Par décision ministérielle du 1 7 du même mois, il est resté, comme nous Tavons dit, chargé du cours de physique mathématique. Le 16 novembre suivart, jugeant le moment venu de donner suite à un projet qull nourrissait depuis longtemps, nous le voyons insister, auprès de la Faculté des Sciences, sur l'importance et même la néi*4;ssilé quMl y aurait d'exercer à la manipulation des instruments de physique les étudiants inscrits aux cours du doctorat en sciences physiques et mathématiques, et plus spécialement ceux qui se destinent au professorat. H offre de rçmplir gratuitement cette mission ; la Faculté adopte sa proposition, le Recteur partage l'avis de la Faculté. Mais un léger subside est nécessaire (*): là est la difficulté. L'affaire instruite, le Gouvernement ne croit pas pouvoir se rendre au vœu exprimé par M. Gloesener : si le cours dont il s*agii, dit M. le Ministre, s'adresse aux jeunes gens qui aspirent au professorat dans les athénées, c'est à I Ecole normale de Gand qu'il doit se faire ; s'il ne s'agit que des rares élèves du doctorat en sciences physiques et mathématiques, ces élèves peuvent trouver, comme aides -préparateurs du cours de physique expérimentale, les moyens de s'exercer à manier les instruments, sans qu1l en résulte aucun frais pour TEiat — En France, depuis que M. Duruy est aux affaires, on en a jugé autrement ; un

Bodson, et principalement composée d'étudiants de rUaiversité. Elle est sur le point de publer le t. Il de ses Annote*, composées de Mémoires lus dans les séances. CeUes-ci sont consacrées, en outre, k des conférences ou à des discussions sur les questions philosophiques, littéraires ou scientifiques à l'ordre du jour ; on y apprécie les auteurs, les opinions qui se produisent, «itc. — Il existe ou il a exisié à Liège d'autres Sociétés analogues, de tendances diverses ; nous les notons à mesure qu'elles se présentent sur notre chemin.

(*) 250 frs., pour achat d'acides, etc.

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superbe laboratoire affecté aux manipulations de physique a été installé à la Sorbonne sous la direction de M. Jamain (de rinsiitul), professeur de physique à la Faculté et à TEcoie polytechnique. Ce qui est possible à Paris ne Test pas toujours sur un théâtre moins vaste * cependant il est permis de souhaiter que, même au prix de quelques sacrifices, le gouvernement favorise non seulement les travaux pratiques des élèves, mais les mette en mesure d'entreprendre des expériences nouvelles et de contribuer, en unissant leurs efforts à ceux des professeurs, an perfectionnement des sciences. Depuis longtemps les Universités allemandes sont entrées dans cette voie, et Ton sait si elles ont à s'en féliciter. Les élèves du doctorat sont peu nombreux, il est vrai ; mais si Ton veut que nos Universités forment des savants, il est indispensable de mettre à leur disposition des ressources suffisantes.

Etendue dans le sens de Tinstituiion de laboratoires de recherches pour les sciences physiques et chimiques . .

la proposition de M. Gloesener nous paraît appelée à être prise tôt ou tard en sérieuse considération. Les Universités ne sont pas exclusivement des écoles professionnelles.

L'œuvre capitale de M. Gloesener, celle qui résume pour ainsi dire toutes ses éludes piéférées, a fait son apparition dans le monde scientifique en 184ÎI : nous voulons parler du Traité général des applications de l*électricité^ dont la seconde partie ne tardera plus longtemps à paraître (v. ci-après). On peut considérer cet ouvrage comme une seconde édition des Recherches^ corrigée, refondue et considérablement augmentée (*). Un supplément au premier volume a vu le jour en 1868; c'est une démonstration théorique De Vimportance du principe du renversement alternatif du courant dans les électroaimants. L'auteur y revendique, comme de raison, la priorité de ses découvertes et fait voir comment il a construit lui-

même, ou donné l'occasion de construire une foule d'appareils qu'on n'aurait jamais |)u exécuter sans son principe, notamment son télégraphe à écrire double sur deux lignes parallèles avec deux molettes ou plumes, te premier de ce g nre en un seul appareil, La solution du problème des horloges électriques par M. Gloesener (•) n'est également qu'un corollaire de sa théorie. C'est encore lui qui a remplacé le premier les multiplicateurs par les électro-aimants, dans les télégraphes â aiguille (système anglais), et accru ainsi sensiblement leur force ; enfin, il a construit le premier un translateur, renversant alternativement en sens contraire le courant d'une batterie locale. Son livre ne renferme point d'hypothèses :

théories et applications, tout a été rigoureusement vérifié, contrôlé, passé au creuset de l'expérience. M. Gloesener est à la veille de pouvoir dire :

Exegi monumentum.

Cette longue et studieuse carrière n'a pas été exempte de traverses : plus d'une fois, même comme professeur, M. Gloesener s'est heurté contre des obstacles que rien, ce semble, n'aurait dû lui faire prévoir, et plus d'une fois il a été frustré du fruit de ses efforts. Absorbé par ses recherches, il n'a pas toujours assez songé au profit qu'en pourraient tirer, à son détriment, ceux à qui, dans son enthousiasme naïf de savant, il confiait son Eurêka, Il lui reste du moins la conscience d'avoir rendu des sei vices réels à la science, à l'industrie et à son pays; et sa verte vieillesse permet d'espérer qu'il en rendra longtemps encore. Instruit par une dure expérience, il veillera sans doute, à l'avenir, à ce qu'ils ne soient pas plus stériles pour lui que pour les autres.

Principaux travaux scientifiques de M. Gloesener.

A. Travaux relatifs à rélectricité.

1« Mémoire en réponse à la question du concours universitaire : Exponatur theoria attractionis molecularis seu af-

; * ) On y retrouve en substance la plupart des Hëmotres et des notes qu'il a communiquéa depuis 30 ans à des Sociétés savan-

tes, etc.

( * ) Les horloges de M. Gloesener ont été adoptées par la ville de Liège.

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finitatis chimicœ (Ann. Acad. Leod.

1820-1821, vol. IV). — Aussi à part, 412p. in-4".

Médaille d'or. — L'aoteor explique l'affinité chimique par i'éiectncité; ou n'a nui besoin, dit- il, de recourir à no autre agent pour se rendre compte des phénomènes de la chimie inorganique. Après avoir formulé les lois de l'action électro-chimique, il expose et discute les théories des proportions •t des atomes, et flnit par ramener à des formules algébriques le système des combinaisons. — Ce Mém. a été présenté par M. Gloesener, en 1833, à l'Académie Sianislas de Nancy.

2<* Mémoire en réponse à la question du concours universitaire : Exffonantur prœcipua phœnomena ekctro-magnetica et aecuratè fubjidantur dùquisUUmU Uà ut eorum légitima detur explicatio (182i-i822).

Réponse non couronnée. M. Gloesener y soutenait une opinion opposée à celle de Vanderbeyden, professeur émérite et président du jury (v. ci-dessus, col. 667). Les savants lui ont donné raison plus tard.

3» Mém. sur un Exposé de la théorie de rélectro-magnétiame^ confié en 1822 à OErsted.

Il valut à Tauteur les encouragements les plus flatteurs, notamment de la pari du célèbre savant danois, qui avait découvert, dès 1820 , l'aclion directrice que les courants fixes exercent sur les aimants mobiles, préparant ainsi la voie à Ampère, à Faraday et k Ar&go.

4® Diss. inaugurali» physica : De ideiUitate fluidi eleclrici et magnetici, deducla ex theoriâ à clar. Ampère pro^ posità (20 fév. 1823). Liège, Collardin, 1823, in-4o(Extr. des Ann.Aead. Leod., 1822-1823).

De même que les Mém. précédents, cette thèse attira l'attention de FAcadémie.-- Ampère s'en déclara enthanté,

5* Mém» 9ur des explications d'expériences électro-dynamiques, envoyé à TAcad. de Bruxelles le 4 oct. 1823.

Mentionné honorablement dans les procès-verbaux de l'Académie.

6** Mém. sur IHn/luence du magnétisme sur le corps humain, présenté à la Soc. des sciences naturelles de Liège.

7* flém. sur le magnétisme terrestre, présenté a FAcad. de Bruxelles.

Médaille d'argent. — La question fui remise au concours, mais avec une modification essentielle (la suppression du mot terrtëtre). M. Gloesener ne crut pas devoir rentrer en lice.

8^ Communications diverses à la même Société, â VAcad. de Stanislas de Nancy et à Y Acad roy. des sciences, etc., de Metz.

9^ Mém» sur Caction réciproque du courant électrique et des aiguilles d^acier et de fer non-aimantées, communiqué en 1828 à la Soc. des se. naturelles de Liège.

iO° Mém. 9ur Inaction réciproque du courant électrique et des aiguilles d'acier et de fer aimantées et non-aimoMtées, envoyé à VAcad. de Bruxelles (3 oct. 1829). — Supplém. au dit Mémoire (1830). — Antres communications à la même Académie (v. la table générale des BuUetins, publiée en 1858).

1 1*" Mém. sur la théorie des aimants relativement à rinfiuence qu'exercent sur eux les courants électro-magnétiques, envoyé à l'Académie de Stanislas (1833).

Ce mémoire fit entrer M. Gloesener dans l'Acadcmiede Nancy.

12* Notice sur faction récipr. entre un courant électrique et des aiguilles d'acier non-aituantées (Dans la Corresp.

dephys. et demathém. de M. Quetelel, Brux., Hayez, t. V[, 1830, p. o9i).

13* Mém. ayant pour but d'expliquer les attractions et les répulsions des courants électro-dynamiques, envoyé à l'Acad. de Bruxelles en 1836.

U» Mém. sur les paratonnerres, tédigé pour la Fac. des sciences de Liège, en réponse à une demande du ministre de rinlèrieur (31 juillet 1842).

L'auteur y préconise les pointes multiples, recommandées depuis par l'Institut de France. ;V. le Bull, de VAe. roy, de l'eigique, t. XXV, no 8j.

15* Mémoire sur quelques appareils électro-magnétiques et leur emploi (Mémoires de la Soc. royale des sciences de Liège, 1843, in-8*, avec une pi.).

S 1. Pan-éteetrO'magnetieum ou Panélectro-magnétique. — $ .U. Moulinets et boussoles électro-magnétiques : î* Monlir net horizontal; 99 Moulinet et boussoles

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électro-magnétiques ; 3» Moulinet et boussoles électro-dynamiques verticaux.

16® Notice sur deux petits appareils propres à changer la direction des courants électriques (Ibid., 1844, in-8^ avec 1 pi.)*

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