‹ Liber memorialisChapitre 2 sur 336 · I. sAangb agadAmiqus · texte numérisé non relu

I. sAangb agadAmiqus

Le Corps proressoral au grand complet, en robe, se réunit à 11 1/2 heures du matin, dans la Salle de lecture de la Bibliothèque, pour y recevoir les invités.

MM. les professeurs de Savoye et Trasenster, envoyés à la station des Guillemins au devant des hauts dignitaires attendus de Bruxelles, furent de retour à midi. Un détachement de ligne formait la baie entre les bâtiments de l'Université et la Salle académique. Au moment où les voitures tournèrent Tangle de la place, les tambours battirent aux champs. MM. Frère-Orban, ministre des finances et Cb. Rogier, ministre des affaires étrangères (>), firent leur entrée accompagnés de MM. Dolez, président de la Chambre des Représentants, de Tornaco, vice-président du Sénat, H. de Brouckère, ministre d'Etat, et de plusieurs membres des deux Chambres, tous, ainsi que les ministres eux-mêmes, anciens élèves de l'Université

('] L'Université de Gand célébrant le même jour son cinquantième anniversaire, le cabinet ne pouvfft être que partiellement représenté aux deux cérémonies.

et désireux de lui donner, en ce jour solennel, un témoignage public d*estime et de sympathie. M. le recteur Gh. de Cuyper, suivi du Collège des assesseurs, se porta au devant des visiteurs et leur souhaita la bienvenue ; H. Dolez lui répondit par quelques paroles chaleureuses et cordiales. On rentra dans le salon de lecture, où se pressait une foule d*élite : les autorités civiles et militaires du ressort de Liège, Monseigneur TËvéque du diocèse avec un de ses vicairesgénéraux, nombre d'hommes distingués appartenant aux professions libérales ou à la grande industrie; en un mot, un groupe dont en aucune autre circonstance peut-être on n*aurait pu rassembler les éléments. Toutes les forces vives de la nation , tous les pouvoirs étaient là personnifiés, et la Hollande donnait la main à la Belgique. Bientôt les conversations s'animèrent; les rangs, les âges se confondirent; un sentiment unique domina tous les assistants. Les condisciples d'autrefois ne pouvaient dissimuler leur satisfaction de se retrouver ensemble, sous le toit qui les avaient abrités au temps de la jeunesse et des ardentes espérances ; les préoccupations, les combats de la vie active, les dissidences d'opinion, tout était oublié ; les liens d'amitié se renouaient, les confidences s'échangeaient comme entre les fils d'une même mère, se revoyant après une longue séparation et légitimement fiers les uns des autres. C'était là véritablement la fête : de pareilles heures sont des jalons dans la vie ; il en reste au cœur une impression qui ne s'efface point.

Le cortège se forma pour se rendre à la Salle académique. Au bruit des tambours et aux accords d'une excellente musique militaire, se joignirent les salves d'applaudissements des étudiants de 1867 et de la foule qui encombrait les abords de l'édifice. Suivant l'usage, les appariteurs ouvrirent la marche, portant les niasses ou sceptres universitaires et précédant M. le recteur qui , accompagné de M. l'administrateur-inspecteur, des autorités académiques et des membres du corps professoral, introduisit les invités dans l'hémicycle. Les autorités et les anciens élèves prirent rang en face des tribunes ; les professeurs se dirigèrent vers leur place habituelle, à droite, tandis que les étudiants de l'année, pénétrant par i^s couloirs.

venaient occuper les gradins qui leur avaient été réservés dans la galerie inférieure. Les loges latérales, au-dessus de la première colonnade, étaient garnies de dames élégantes ; la masse du public remplissait le reste de la salle. On remarquait la décoration des murs et des tribunes, à la fois riche et pleine de goût : des tentures en velours rouge fhingées d'or, des faisceaux de drapeaux aux couleurs nationales , des guirlandes et des massifs de verdure ; au-dessus de la tribune la plus élevée, où devait siéger le recteur, le buste de Léopold II ; vis-à-vis, le buste de Léopold I«% ceint d'une couronne

de lauriers.

Le fauteuil d'honneur, au centre, avait été réservé au président de la Chambre des représentants. A la droite de M. Dolez s'assirent MM. Ch. Rogier , ministre des affaires étrangères ; le baron de Tornaco, vice-président du Sénat ; Beltjens, procureur-général près la Cour d'appel de Liège ; de Luesemans, gouverneur civil de la province ; M«^ de Montpellier, évéque de Liège, et M. Polain, administrateur-inspecteur de l'Université. Du côté gauche se trouvaient MM. Frère-Orban, ministre des finances ; H. de Brouckère, ministre d'Etat et représentant : le général Lecocq, commandant la division territoriale; Forgeur, sénateur; de Rossius-Orban, président du Conseil provincial; J. d'Andriraont, bourgmestre de Liège; le général Jambers, commandant la division d'infanterie, et Bottin, colonel de la garde civique. Parmi les autres notabilités, nous signalerons MM. les sénateurs Dehasse, Dolez, Lonhienne, Malou, de Basse, Sacqueleu et Van Schoor ; MM. Moreau, vice-président de la Chambre des représentants, Orts et Vervoort, anciens présidents ; MM. les représentants Dupont, Elias, MuUer et Vandermaesen ; MM. Bayet, conseiller à la Cour de cassation ; de Bavay, procureurgénéral à Bruxelles ; Pety , président à la Cour d'appel de Liège ; plusieurs conseillers de la même Cour; MM. Lamaye, vice-président du Conseil provincial, et Laloux, greffier de la Députation ; plusieurs membres du Conseil provincial et du Conseil communal de Liège, notamment MM. les Échevins ; M. Arnlz, ancien recteur de l'Université de Bruxelles ; des membres du barreau liégeois, entr'autres

M. Tavocat Dereux, étudiant de 1817 (i); des fonctionnaires des diverses administrations ; des membres du clergé, entr'autres M. le vicaire-général Warblings et M. le recteur du collège S^-Servais ; des consuls des puissances étrangères, etc. La Hollande était représentée par M. Strens, procureur-général à Maestricht, et par plusieurs avocats ou magistrats éminents du Duché de Limbourg.

M. le recteur, revêtu des insignes de la dignité, monte à la tribune, où prennent également place, à sa droite, M. Is. Kupfferschlaeger, secrétaire du Conseil accadémique pour Tannée 1867-1868, et à sa gauche, M. Em. de Laveleye, secrétaire de Tannée écoulée. Le chef de TUniversité ouvre la séance par Tallocution suivante :

Messieurs ,

Mes premières paroles à cette tribune s'adresseront aux anciens étudiants de TUniversité pour leur souhaiter la bienvenue et les remercier de leur présence à celte solennité. L'empressement qu'ils ont mis à répondre à notre appel témoigne mieux que je ne puis le dire de la grandeur de la fête qui nous réunit.

Nous n'avons pas, il est vrai, à glorifier des extensions de territoire acquises au prix du sang et de Thumanité ; mais aux conquêtes plus pacifiques qui réveillent nos souvenirs, nous ajouterons avec fierté celle de Tindépendance nationale. Aussi n'est-ce pas seulement l'étude, la science, les arts et Tindustrie qui en ce jour soulèvent notre émotion commune, élèvent notre pensée et nous inspirent des sentiments de profonde gratitude. En voyant aux premiers rangs de cette assembla les fondateurs de notre nationalité, les hommes éminents qui, par nos institutions constitutionnelles, ont fait de la Belgique le foyer de toutes les libertés, nous saluerons la mémoire des anciens maîtres qui nous ont légué un si glorieux héritage.

Une voix plus autorisée que la mienne vous dira tout ce que TUniversité de Liège a fait pour remplir la mission qui lui était dévolue, la part qu'elle réclame à juste titre au développement moral et intellectuel du pays, les grands caractères qu'elle a formés, cette trempe

(i) On cite quatre ëtadiaots de i 81 7 présents à U cérémonie : MM. H. de Broackère , Fety, Dereux et Hubert (avoué).

solide qu'elle a donnée au co&ur de la jeunesse, cet amour noble, pur et désintéressé de la vérité qu'elle lui a toujours inspiré.

Mais permettez-moi de remonter quelques instants aux premiers jours de sa fondation et de vous montrer, accourant vers ce nouveau foyer d'instruction, une jeune génération excitée en tous sens par les grands événements qui avaient changé la face du monde, avide de science et pleine d'espoir dans l'avenir. Ardente au travail, disposée aux fortes études, elle s'élançait avec impatience vers les horizons nouveaux ouverts à son esprit, comme si elle pressentait que les jours de la lutte étaient proches.

Lorsque l'heure fut venue, la patrie la trouva prête. Ces étudiants, hier si avides d'érudition, aujourd'hui soldats enflammés d'un sentiment d'héroïsme, se rallient pour le combat dans une même pensée d'honneur. Plus tard, les jours des grands dangers étant passés, nous les voyons, au Congrès national et dans les assemblées législatives, aborder et élucider les questions les plus ardues, défendre les motions les plus généreuses ; dans la magistrature, interpréter et appliquer les lois avec cette indépendance morale qui fait la force de la justice ; dans l'armée, former une pépinière de savants officiers ; dans les administrations civiles, occuper avec éclat les positions les plus élevées ; dans les carrières libérales, briller au premier rang. Quelques-uns, passionnés pour les grandes luttes, continuent d'affronter les orages politiques à la tribune et dans la presse.

Et comment expliquer ces aptitudes diverses que la jeunesse universitaire appliquait alors avec tant de succès ? Comment un enseignement, auquel on faisait le reproche de n'être pas assez pratique, a-t-il pu préparer un passage si fécond de la théorie à l'application, de l'école à la société?

N'est-ce pas parce que, loin de forcer la vocation, il lui donnait, dans les premières années où elle est toujours hésitante, la large base des études littéraires, qu'avec raison on a qualifiées d'humanités, et sans lesquelles le talent moderne peut rarement acquérir toute sa vigueur? N'est-ce pas que, dans toutes les facultés, les études philosophiques, initiant aux questions sociales, formaient le caractère, avant qu'on cherchât à le contenir par les études techniques? En un mot, l'éducation intellectuelle était basée sur le culte pur de la science. Dans son régime libre et uniforme, elle dirigeait toutes les intelligences vers un même but, la véritable civilisation, les principes éternels de la morale et des lois, l'union intime du génie et de la conscience. Dégagée des intérêts et des passions qui l'agitent trop souvent aujourd'hui, elle ne devait pas compter avec les préventions des partis, avec les opinions du jour.

Tous ne suivaient pas rigoureusement la même voie, car à côté

— iode la direction immédiate de la loi se trouvait Tindépeadance de la chaire universitaire; mais tous se pénétraient d'une certaine concordance de principes d*action qui forme le cachet du caractère national.

Il ne suffit pas, en effet, de l'identité des intérêts matériels pour constituer ce caractère, il faut encore Tunité des intérêts moraux, de l'activité intellectuelle.

Cette unité peut-elle se concilier avec la liberté de l'enseignement? Â cette grave question qui nous ramène à la situation présente de l'instruction supérieure , je n'hésite pas h donner hautement une réponse affirmative, dès que la liberté de l'enseignement, acceptant toutes les charges de la responsabilité, respecte la liberté de la science.

La science doit être libre dans son action sur le progrès de l'esprit humain. Elle doit s'élever au-dessus des rivalités qu'excite la convoitise du pouvoir et, dans la recherche de la vérité, repousser également ces principes absolus d'intolérance qui tendent à ramener la société au fanatisme, et ces théories aventureuses qui la précipiteraient dans l'abîme du doute et de la négation.

Dans les anciennes universités, la liberté scieutitique était protégée par des privilèges. Aujourd'hui, pour assurer l'équilibre des quatre éléments politique, religieux, moral et philosophique, elle cherche son point d'appui dans la loi, son expression dans le concours nécessaire de l'enseignement de l'Etat.

Cet enseignement national a donc un double devoir à remplir envers le pays et envers la science. Pour l'accomplir, il dominera le caprice variable des écoles et des sectes ; son unique préoccupation ne sera pas de soutenir l'essor des connaissances exactes, d'assurer le progrès des découvertes; mais en ramenant la jeunesse vers toutes les pensées morales et sociales, vers les nobles goûts de l'intelligence, il fera plus que des savants, il formera des hommes et des ciioyens utiles.

Il ne m'appartient pas ici, messieurs, d'examiner si notre Université maintient les études publiques à cette hauteur ; car si j'ai pu rendre hommage à un passé auquel je suis entièrement étranger, je crois devoir m'abstenir de juger le présent.

Je demanderai , toutefois , si l'éloquence judiciaire brille d'un moindre éclat, si l'art de guérir compte moins de nobles et d'utiles dévoûments, si la science de l'ingénieur n'est plus cette base solide sur laquelle s'appuie la prospérité de l'industrie nationale, et j'attendrai avec confiance le verdict impartial que prononcera le pays^

De ce que le culte des lettres, la splendeur des beaux-arts semblent être momentanément éclipsés par l'éclat des sciences et les productions de l'industrie, devons-nous douter du progrès de l'état social ?

Vous ne le pensez pas, messieurs ; mais vous direz avec moi que, tout en applaudissant aux triomphes de l'expérience et du savoir, nous devons nous garder de négliger les génies antiques, nos maîtres encore et nos éternels modèles.

Si, comme on lesuppose trop facilement, leur étude met la jeunesse en opposition passagère avec les traditions modernes, elle développe en son âme le désintéressement et Tamour de la patrie; elle lui apprend que le vrai lien de sécurité entre les hommes ne réside pas dans la seule force de Tintérét, dans la seule puissance de Tassociation des richesses mises en œuvre par le talent.

Uinstinct de grandeur et de force, le généreux penchant vers ce qui est droit et légitime, que la nature a déposés en son cœur, s'épanouissent plus activement au contact de cette éducation antique, par les pensées élevées qui se rattachent à la poésie, à l'histoire, à la philosophie ; elle lui fait mieux apprécier la nécessité de se disposer aux grandes épreuves de la vie par le développement du caractère, par la soumission de la volonté aux inspirations des sentiments du devoir.

Elèves de l'Université de Liège, que ces nobles inspirations continuent à vous soutenir dans la voie du travail, et vous saurez vous montrer dignes de marcher sur les traces de ceux qui vous ont précédés à cette école ; comme eux vous comprendrez que c'est par des méditations fortes et puissantes que l'intelligence acquiert toute sa plénitude, les facultés de l'àme toute leur énergie. — Et à cette heure, applaudissant au récit que vous allez entendre d'un passé que vous vous efforcerez d'égaler, vous y trouverez les leçons du présent, les espérances de l'avenir.

De vifs applaudissements accueillent ce discours.

M. le recteur donne ensuite la parole à M. Nypels, chargé par le Conseil académique de résumer les annales de l'Université depuis sa fondation. L'honorable professeur rappelle les circonstances qui ont amené la réorganisation de l'instruction supérieure dans les provinces méridionales de l'ancien royaume des Pays-Bas ; sans dissimuler les fautes qui ont aliéné au gouvernement de Guillaume I l'esprit des populations belges, il rend un légitime hommage aux efforts de ce monarque ; il évoque le souvenir des professeurs d'élite qui l'aidèrent à relever dans notre pays le niveau des études ; entrant alors au cœur de son sujet, il insiste sur l'influence qu'exerça sur la jeunesse,

avant 1830, renseignement donné à TUniversité de Liège dans un esprit vraiment libéral. Lorsque l'orateur proclame les noms de quelques-uns de ces généreux enfants qui devinrent, au sortir des bancs, les fondateurs de Tindépendance nationale, les promoteurs de nos institutions libres et plus tard leurs plus fermes soutiens, l'assistance tout entière tressaille comme sous le coup d'un cboc électrique; un tonnerre d'applaudissements frénétiques ébranle les voûtes de la salle. Les étudiants surtout sont fiers de compter parmi leurs prédécesseurs ces grands citoyens ; la présence de MM. H. de Broukère, Ch. Rogier et Forgeur surexcite leur enthousiasme. C'est une ovation, c'est un triomphe. La séance est suspendue pendant quelques minutes....

M. Nypels, d'une voix émue, poursuit sa revue rétrospective. Il fait l'historique de la législation universitaire depuis 1835 ; il rappelle les nombreux tâtonnements, les incertitudes, les ménagements qui ont empêché jusqu'ici les jurys d'examen d'être organisés d'une manière définitive ; tout en déplorant l'influence de ce long provisoire sur les études, il réfute l'opinion des pessimistes qui les regardent comme entrées dans une période de décadence en Belgique; en même temps il n'hésite pas à reconnaître qu'il reste quelque chose à faire pour développer l'esprit scientifique dans nos Universités. Cette franchise dans la critique, cette équité dans l'appréciation des faits sont accueillies par l'assemblée avec des marques d'approbation non douteuses. Après avoir rappelé les progrès accomplis depuis quelques années, M. Nypels évoque le souvenir des anciens professeurs, définit en quelques mots l'esprit de sagesse de l'Université de Liège, restée fidèles à son passé, étrangère aux passions d'un jour et par là digne de la confiance que les pères de famille lui accordent plus que jamais. Le plus éclatant témoignage de cette confiance n'est-il pas dans ce fait, que Léopold I a choisi le précepteur de son fils parmi les professeurs de l'Université de Liège ? L'éloge bien mérité de notre jeune roi est ainsi amené tout naturellement : « Ce n'est pas flatterie, nous n'avons jamais connu ce défaut, s'écrie l'orateur ; c'est justice ! » A ces mots les acclamations éclatent de nouveau avec un entraîne-

ment irrésistible; à peine a-t-il été possible d'entendre les dernières phrases du discours (i).

A M. Nypels succède M. J. d'Andrimont, bourgmestre de Liège, ingénieur sorti de notre Ecole spécialedes mines, et à ce double titre» empressé de manifester ses sympathies pour la grande institution nationale dont un ancien recteur vient de dresser le bilan. Sa parole chaleureuse provoque à diverses reprises d'ardents applaudissements, surtout dans les rangs de la jeunesse, dont il semble avoir pris à tâche de formuler les aspirations. 11 s*est exprimé en ces termes :

Messieurs,

L*administration communale ne saurait rester indifférente à cette fête de Tintelligence, à ce jubilé demi-séculaire de la science, qui réunit en ce moment tant d*hommes distingués.

Sans doute, ce n*est pas h nous que la loi a confié la mission de veiller aux besoins de Finstruction supérieure. L'Université est une institution nationale, et TEtat est chargé du soin de ses intérêts.

Est-ce à dire, messieurs, que nous n'ayons pas à nous préoccuper de tout ce qui peut rehausser Téclat d'un établissement qui a rendu au pays et à la ville de Liège en particulier tant et de si grands services?

Les sympathies de tous nos prédécesseurs ne lui ont jamais fait défaut. Ces vastes constructions, ces collections nombreuses sont là pour attester le vif intérêt que l'administration communale a toujours porté à rUnîversité.

Et nous, les derniers venus, qui, pour la plupart étions, il y a peu d*années, fiers de nous asseoir sur ses bancs, n'avons- nous pas plus impérieusement encore le devoir de suivre ces excellentes traditions?

Fondée en 4817, TUniversité de Liège a provoqué un large mouvement intellectuel.

Depuis cinquante ans, elle sème, avec les principes immortels du vrai et du juste, ces notions d'égalité civile et politique, de liberté et de dignité humaines, qui sont devenues le code imprescriptible du peuple belge.

Elle a créé un foyer permanent d'où n'ont cessé de jaillir les clartés

( * ) Le discours de M. Nypels» annoté par l'autevr, a dû être reporté, vu son étendue, à la fin du présent compte-rendu.

de la science. Elle a été une école de démocratie véritable, où tous, assis sur les mêmes bancs, sans acceptation de classe, ni d'opinion, ni de parti, nous avons appris, avec le respect de nous-mêmes, le respect d'autrui, la tolérance réciproque, Tamour de tous nos semblables, des heureux de ce monde comme des déshérités de la fortune, où nous avons juré de ne rien négliger pour leur assurer à tous, à Taide d'une instruction solide, l'instrument indispensable de leur émancipation.

Ainsi le soleil inonde d'abord de ses feux: la ctme des montagnes ; mais peu à peu ses rayons plongent jusqu'au fond des vallées et vont y porter, avec de chaudes brises, la vie et la fécondité.

L'Université n'est-elle pas l'asile inviolable de la vérité ? N'est-ce pas ici que l'on peut et que l'on doit cultiver la science pour la science ? Que, sans souci d'attaques injustes, toujours attentif au progrès des idées, l'on peut et l'on doit marcher en avant, et planter chaque jour de nouveaux jalons sur la route du progrès ?

Lorsqu'en 1817, Guillaume P', ce prince à qui, en ce moment du moins, on ne pouvait contester ni un esprit éclairé, ni une certaine largeur de vues, résolut de créer àLiége une pépinière d'intelligences d'élite, son but était de relever le pays de l'abaissement où l'avaient plongé l'intolérance religieuse et la domination étrangère.

Quand plus tard, infidèle à son propre passé, il voulut à son tour pratiquer l'absolutisme, il vit se tourner contre lui ces hommes qu'il croyait avoir façonnés à sa guise, mais qui avaient reçu la trempe énergique que donne toujours aux âmes le culte des hautes idées.

Glorieux rénovateurs de la nationalité belge, vous êtes au milieu de nous.

C'est ici que vous avez conçu le dessein d'affranchir votre patrie.

Ces murs ont été les témoins de vos serments ; ici vous avez jeté les bases de cette Constitution qui, se proclamant elle-même perfectible, est pourtant un des plus beaux monuments que l'esprit libéral ait élevé à la liberté.

Non, Liège n'oubliera jamais ces vaillants cœurs qui, fidèles aux traditions du pays, ont établi sur le roc du self-gouvernement le fondement inébranlable de notre nationalité.

Vous avez été, messieurs, les continuateurs de ces généreux patriotes qui, à toutes les époques de notre histoire, n'ont cessé de lutter pour la défense des prérogatives populaires.

Et permettez-moi de croire que l'esprit libéral qui a toujours animé les Liégeois n'a pas été sans influence sur les résolutions que vous avez prises à cette époque.

Dans cette cité qui, depuis des temps reculés, n'a cessé de fournir des martyrs à la cause de la liberté, où, malgré l'absolutisme des

princes, le levain démocratique fermente toujours, vous avez puisé cette énergie que donne le bon droit et qui devait vous assurer le triomphe.

Votre œuvre, œuvre de justice et d'avenir, a porté ses fruits, et vous pouvez vous dire que vos successeurs n'ont pas démérité de vous.

C'est par milliers que se comptent les hommes intelligents et dévoués qui, après s'être formés à cette grande école, ont payé leur dette au pays.

Que dis-je?

La réputation de l'Université et des écoles spéciales annexées s'est étendue au delà de nos frontières. Sur les ailes de la reconnaissance, son renom a pénétré dans le monde entier.

De tous les points du globe, les étrangers viennent se désaltérer à cette source vive de rinielligence, et, lorsqu'ils retournent dans leur pays, leurs souvenirs se reportent avec complaisance et amour vers celte bonne cité de Liège, où ils ont trouvé, avec la science, une hospitalité toujours empressée , une cordialité généreuse et un patriotisme d'autant plus ferme qu'il plonge ses racines dans un sol chaque jour mieux préparé.

C'est à l'Université, messieurs, que nous sommes redevables de tous ces bienfaits. C'est elle qui a fait en quelque sorte de Liège un centre vers lequel, à tout âge, on se sent attiré et dont on garde précieusement le souvenir.

C'est grâce à vous, messieurs les professeurs, que se sont établies ces relations cosmopolites qui ont influé et influeront chaque jour davantage sur notre prospérité et sur nos destinées.

Nous vous connaissons tous, messieurs. Vous persévérerez dans l'œuvre que vous avez entreprise.

Vous n'hésiterez pas à rester à Tavant-garde de la civilisation et à favoriser la propagation des grandes idées modernes.

Vous lutterez sans fiel, mais avec énergie, contre les tentatives insensées de cette réaction qui, trop souvent, n'invoque la liberté que pour la maudire.

Loin de vous effrayer de ces aspirations généreuses et démocratiques du pays, vous les encouragerez, vous vous en ferez les apôtres dévoués ; en un mot, vous serez toujours à la tête du progrès, et l'administration communale de Liège sera fière de vous accorder ses sympathies, et le pays tout entier se souviendra de vos éloquentes leçons.

Un des anciens élèves dont l'Université s*honore le plus, l'éminent avocat, l'honneur du barreau liégeois, M. le sénateur Forgeur, l'un

— Iodes auteurs de ia Constitution belge, Tait entendre à son tour sa parole éloquente et respectée. L'auditoire est suspendu à ses lèvres et reste sous le charme jusqu'au dernier moment ; puis de toutes parts les battements de mains retentissent et se prolongent, et l'orateur aimé reçoit une nouvelle ovation. Voici son discours :

Messieurs,

Il y a SO ans, à pareil jour , dans cette belle église des jésuites trop hâtivement détruite, avait lieu une cérémonie imposante : l'inauguration de cette Université, qui devait bientôt briller d'un si vif éclat.

C'était un événement heureux pour notre bonne ville de Liège et qui devait exercer une influence considérable sur son avenir.

C'était un grand bienfait pour tous les déshérités de la fortune, qui voyaient s'ouvrir devant eux des carrières qui paraissaient leur être à toujours fermées.

C'est grâce à notre Université, messieurs, qu'il m'a été donné d'aborder cette noble profession du barreau dans laquelle j'ai rencontré tant de témoignages d'affectueuse sympathie. {Applaudissements).

En créant l'Université, le gouvernement des Pays-Bas répondait à cette belle prescription de la loi fondamentale . « L'instruction publique est un objet constant des soins du gouvernement (art. 226). »

Mais il ne suffisait pas de créer, il fallait peupler l'Université de professeurs capables, et il dût bien le reconnaître, la tâche était difficile.

Quinze années de domination étrangère venaient de peser sur la Belgique, quinze années pendant lesquelles le plus pur de son sang avait été répandu sur le champ de bataille ; quinze années pendant lesquelles la pensée avait été étouffée et l'enseignement restreint aux plus humbles proportions.

La Belgique possédait des praticiens capables; les hommes de science faisaient généralement défaut.

Le gouvernement n'hésita pas ; il prit à la Belgique tout ce qu'elle put lui donner. Il demanda à l'Allemagne une pléiade de savants, et, dès les premiers jours, l'Université put montrer avec orgueil un corps enseignant distingué.

Ma pensée, celle de mes anciens camarades d'Université, si rares, hélas! aujourd'hui, se reporte avec bonheur sur ces figures aimées.

k côté d'Ërnst aîné, cet éminent juriste, ce redoutable antagoniste de l'illustre professeur de Rennes; de Destriveaux, si spirituel

causeur et dont Féloquence dans les débats criminels était toute puissante; de ces médecins renommés qui avaient nom Ansiaux, Comhaire, Delvaux, Sauveur (Sauveur, notre premier recteur magnifique); de cet aimable Rouillé, dont les leçons sur la littérature avaient tant d'attrait, je vois défiler devant moi le grave Denzinger, dont le traité sur la logique restera un ouvrage de valeur ; le grand helléniste Gall ; ce bon et candide Gaëde, le premier botaniste de l'époque ; Fuss, le savant classique par excellence ; je vois surtout deux grandes individualités : Warnkœnig , devenu, si jeune, professeur de droit romain ; Warnkœnig, qui a promené son esprit inquiet dans tant d'Universités, en laissant partout une trace lumineuse, et ce sympathique Wagemann, économiste sans rival et dont la mort prématurée nous avait tous frappés au cœur.

Tous ces hommes, messieurs, ne vivent plus que dans nos souvenirs.

Et la génération qui leur a succédé a été, elle aussi , moissonnée presque tout entière.

Ainsi ont disparu Antoine Ernst , digne successeur de son illustre aine ; et Lombard, Simon, Vottem, de Lavacherie, et Fohman, pour qui l'anatomie n'avait pas de secrets et que son illustre successeur fait à peine oublier ; et Baron et Lesbroussart, qui survivent dans leurs ouvrages ; et Ackersdyck, digne successeur de Wagemann, et le colonel Dandelin, et Adolphe Lesoinne, et Morren, signalé par tant de publications savantes, et enfin le plus illustre de tous, Dumont, dont le bronze nous a conservés les traits.

J'en passe et des plus distingués.

Il n'est guère que S^-Beuve, Téminent critique, l'inépuisable causeur du lundi, ce courageux défenseur des droits de la pensée dans le sein du Sénat français, qui soit resté debout !

Messieurs, l'honorable recteur magnifique vous parlait tantôt des anciens étudiants de l'Université en termes trop flatteurs , et dont je le remercie vivement en leur nom ; mais si ses éloges sont en partie mérités, si nous valons quelque chose, si nous avons eu le bonheur d'être utiles à notre chère Belgique et d'être distingués par elle dans les différentes carrières que nous avons parcourues, c'est à nos excellents maîtres que nous le devons; c'est à cette Université, notre mère chérie, qu'en revient tout le mérite. A elle donc le tribut de notre reconnaissance, de notre respect, de notre attachement !

L'Université, messieurs, a eu le rare bonheur de ne pas déchoir un moment dans la longue période qu'elle vient de traverser. Ses représentants actuels, dont la modestie souffrirait trop de mes éloges, ont conservé intacts ses titres de noblesse.

Mais les temps changent, les situations se modifient, et notre

Révolution de 1830, en proclamant la liberté de renseignement, en a nécessairement changé les conditions.

G*est à la faveur de cette liberté que nous avons vu surgir deux Universités libres, déployant chacune un drapeau opposé.

La nôtre, messieurs, n*a rien à redouter de cette concurrence. Elle ne peut être, elle n*a étéqu un stimulant de plus.

La liberté de renseignement ne pourrait être nuisible, pour ne pas dire désastreuse, que si elle enchaînait la liberté du professeur, si renseignement devait s'asservir aux nécessités de l'examen, si ce lit de Procuste devait être le moule dans lequel le professeur serait tenu de se renfermer! Il n'en sera rien, messieurs; on finira par comprendre que chaque Université devra marcher drapeau déployé, sans recourir à des combinaisons qui amoindriraient, tout à la fois, et le professeur et l'enseignement {Àpplatidissemetits).

Messieurs, l'avenir ne nous appartient pas, et dans ces temps troublés il n'est guère donné de le prévoir. Mais, s'il est permis de faire des vœux, le plus ardent de notre cœur à tous est que, dans 50 années d'ici, lorsque l'Université célébrera le 2* anniversaire de sa fondation, elle soit le phare dont la lumière, de plus en plus brillante et pure, attirera les regards de notre chère patrie! {Applaudissements prolongés).

M. Forgeur avait parlé au nom des anciens étudiants. M. Reuleaux, élève de la Faculté de droit, est à son tour appelé à la tribune, où il va interpréter les sentiments de la génération nouvelle. II s'acquitte de sa mission avec une parfaite convenance, et se fait, lui aussi, sincèrement et vivement applaudir. Nous reproduisons ses paroles :

Messieurs ,

Nous assistons aujourd'hui à une de ces belles cérémonies où toutes les personnes présentes, sans distinction d'opinions ni de partis, s'unissent dans une même idée, sont animées d'un même sentiment : professeurs, élèves, anciens étudiants, tous nous aimons à reporter notre pensée vers cette époque où l'Université fut fondée au sein de la ville de Liège, et nous célébrons avec un enthousiasme égal cette fête de l'intelligence.

Mais si tous, en nous réunissant ici, nous avons voulu témoigner

de notre attachement à l'Université, les motifs qui ont fait naître en nous ce sentiment ne pouvaient être les mêmes.

Les hommes vénérables qui sont à la tête de notre enseignement supérieur contemplent avec un orgueil et une joie bien légitimes le solide édifice de science et de raison qu*ils ont élevé par leurs travaux et leurs talents : ils ont la satisfaction de voir en ce moment les anciens élèves de TUniversité, qui forment actuellement parmi les citoyens belges une phalange d*élite, accorder, par leur participation à cette solennité, un éclatant hommage aux services rendus par le corps professoral.

Les étudiants, au nom desquels j*ai Thonneur de porter la parole, s'associent de tout cœur ii cette fête, parce que, faisant partie intégrante de rUniversité , profitant immédiatement des bienfaits de renseignement supérieur, persuadés qu'en se procurant ces jouissances intellectuelles et morales ils contractent, envers TEtat, l'obligation de mettre à son service tout leur savoir, toutes leurs lumières, ils sont par là même le plus directement frappés de l'importance des études universitaires.

Ils aiment cette noble institution que nous fêtons aujourd'hui, parce qu'ils comprennent ce qu'il y a de grand dans la mission qu'elle s'est imposée : la recherche sincère du vrai, du bien et du beau. Oui, je suis heureux de pouvoir le proclamer hautement, l'amour de la science enflamme toujours l'esprit et le cœur de la jeunesse ; ce n'est pas un culte égoïste qu'elle lui voue ; elle ne l'aime pas uniquement pour elle-même, mais à cause des grands résultats qu'elle produit ; car tout progrès réalisé par un peuple correspond toujours, sur le terrain des idées, à la découverte de quelque vérité.

Ce qui fait donc, messieurs, la gloire et la grandeur de l'Université, c'est le but élevé qu'elle poursuit ; ce qui contribue à sa prospérité croissante, c'est qu'elle répond à un besoin social impérieux. Un des phénomènes de notre époque, c'est l'expansion d'idées neuves et hardies ; celte tendance grandit toujours, secondée par la presse et les relations sociales.

C'est un fait dont on doit se réjouir ; il résulte de la liberté des opinions, et, pour employer un vieil adage, c'est de la discussion que jaillit la lumière ; mais au milieu de cette tempête des idées, ob le vrai et le faux à chaque instant se heurtent, se mêlent, se confondent, il faut qu'il s'élève des phares dont la clarté puisse guider les esprits incertains et timides ; c'est à l'Université qu'il appartient de remplir ce rôle de pouvoir régulateur ; car aucune idée ne doit pénétrer chez elle qu'après avoir passé au contrôle de la science et de la philosophie.

Il est encore un service éminent que l'Université est appelée à

rendre à FÉtat : celui d*aicler au développement sage et éclairé des institutions belges. Notre pays, parce qu'il est libre, comprend que ses institutions ne peuvent être toutes parraites ; différant en cela des gouvernements absolus, qui par leur nature sont voués à l'immobilisme, il veut toujours marcher en avant. Il faut donc à la tête de l'Etat des hommes capables d'opérer des réformes et de guider la Belgique dans la voie du progrès. C*est là une tâche difficile, que peuvent seuls remplir les hommes qui joignentà un talent exceptionnel un profond amour de la patrie.

Et qui peut à plus juste titre que notre Université revendiquer la gloire de former de tels hommes?

Qui est plus digne d'accomplir une telle mission? Les mots inscrits sur le drapeau universitaire ne sont-ils pas science et progrès?

Et le législateur, en prenant notre établissement supérieur sous sa protection, n'a-t-il pas eu surtout en vue de développer par un enseignement libéral notre attachement aux institutions de la Belgique? Si tel est le but poursuivi, je puis le dire au nom des étudiants de Liège, le but est atteint : la jeunesse universitaire, instruite de ses devoirs, attend impatiemment que le moment soit venu pour elle de s'élancer vers l'idéal que lui montre son amour de la liberté.

La séance fut alors levée. Elle avait duré deux heures et personne ne l'avait trouvée trop longue, tant cette solennité répondait à un sentiment vrai, profond, universellement partagé. On peut juger des dispositions des assistants d'après les regrets exprimés à M. le Recteur par un grand nombre d'anciens élèves absents bien malgré eux, le jour de la fête. Acôté de ceux-ci nous citeronsle derniersurvivantdes professeurs démissionnes en 1830, M. Van Rees, qui n'a pu s'exposer, à cause de son âge, à entreprendre le trajet d'Utrecht à Liège (i). Sa lettre, ainsi que celles de MM. Jules Ansiaux,Barbanson, de Bavay (ancien ministre), Bidaut, Braconnier, Delcour,P.Devaux, de Villers de Pité, Descamps, F. Dewalque, Dohet, Ch. Faider, Foury, Gérard (auditeur militaire à Bruxelles), Gœthals,J. Guillery, Hanquet, Jottrand («), Ch. Lesoinne, le comte de Looz, le baron Misson, Mouton, Nothomb (ministre de Belgique à Berlin), E. Rolin, Sainctelette, Tesch, Thiéry, Tielemans,

( t ) s. M. le roi des Belges a eu rallention délicale de conférer à M. Van Rees la croix de chevalier de Tordre de Ldopold, à l'occasion de la fôte jubilaire de TUniversitë de Liège.

(â) M. JoUrand a pu arriver le soir et assisler au banquet.

Thonissen, celles des ministres partis pour Gand, enfin les lettres d'acceptation arrivées de toutes parts en réponse à l'invitation rectorale, resteront dans les archives de l'Université comme de précieux témoignages des bons souvenirs qu'elle a laissés à ceux qui l'ont fréquentée, et aussi de Tintérét que les hommes les plus considérables du pays continuent de porter à sa prospérité. Rien qu'à ce titre, le 3 novembre 1867 est une date glorieuse dans son histoire ; il a été reconnu ce jour-là qu'on croyait en elle, et qu'elle pouvait hardiment avoir confiance en elle-même.

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