‹ Liber memorialisChapitre 3 sur 336 · II BANQUET · texte numérisé non relu

II BANQUET

A cinq heures, les autorités et les anciens étudiants de l'Université de Liège qui avaient assisté à la cérémonie de la Salle Académique se retrouvaient dans les magnifiques salons de l'Hôtel-de-Ville, ornés de draperies, d'arbustes et de fleurs, étincelants de lumières. La cloison qui sépare la salle du Collège de celle des mariages avait été enlevée; l'ensemble présentait un splendide coup-d'œil.

A cinq heures et demie, les convives se mirent joyeusement à table.

M. de Guyper, recteur, occupait le centre de la table d'honneur.

A sa droite étaient placés MM. Dolez, président de la Chambre, Frère-Orban, Forgeur,le Général commandant la division territoriale, le Gouverneur de la province , le Général commandant la division d'infanterie, l'Évéque de Liège et M. Spring, pro-recteur.

A sa gauche, MM. Rogier, de Tornaco, de Brouckère, Beltjens, le Gouverneur militaire de la province, le Bourgmestre de Liège, M. MûlleretrAdministrateur-inspecteurde l'Université.

Venaient ensuite , aux trois marteaux placés dans la salle du Collège : d'un côté, au marteau de droite : MM. Bottin, Dehasse,

(O A part quelques changemeaU de détails et quelques additions, nous reproduisons le compte rendu très-fidèle qui a paru dans le Journal de Liège, (no du 4 novembre 4867).

Elias, Gernaert, Hanssens, de Koninck, Fallize, Bayet, Thiry et Arntz; de Tautre, MM. Lamaye, Dereux, Pety, Putzeys, Prinz, Schwann et le colonel de Libert ; au marteau du centre : d'un côté, MM, Moreau, vice-président; Borgnet, Malou, Orts, Trasensteret Vervoort ; de l'autre, MM. de Rasse, Van Schoor, Nypels, Vandermaesen, Dolez, sénateur ; de Savoye, Sacqueleu et Aug. Visschers ; au marteau de gauche : d'un côté, MM. Lonbienne, Dupont, profes- 3eur, Emile Dupont, Laloux, Jaminé, Dewildt, Strens, Roeler et Gloesener ; de l'autre, MM. F. de Rossius, Lion, de Bavay, Warnant, Merchie, inspecteur-général, Pyro, lauréat du concours universitaire et Reuleaux, étudiant.

MM. Lesoinne, Vilain XIIII, Mouton, Braconnier, Preudhomme, représentants; de Looz, sénateur ; Grandgagnage , président de la Cour; Piercot, ancien bourgmestre; de Rossius-Orban , Thiéry, directeur-général de l'instruction publique, et Gérard,auditeur-général, avaient été empêchés de se rendre au banquet.

On remarquait, en outre, aux quatre grandes tables placées dans la salle des mariages, dont la cloison avait été enlevée : MM. Jottrand, ancien membre du Congrès; Mersman, Allard, et plusieurs autres avocats de Bruxelles ; plusieurs conseillers de la Cour d'appel de Liège; plusieurs membres du parquet de la Cour et du tribunal; M. Keppenne, président du tribunal, et plusieurs juges et avocats de Liège ; M, Capitaine, ancien président de Chambre de commerce, plusieurs directeurs et ingénieurs de nos grands établissements industriels, et des notabilités appartenant à toutes les professions libérales.

Quarante professeurs étaient présents (i ).

(*) Savoir : H. le recteor Ch. de Cutper et M. Is. Kupfferscblaeger, secrétaire du Conseil académique ; de la faculté de philosophie, MM. Bobgmet, Burggraff, Loomàrs, TROisFOMTÀiifES, Stecher, Le Roy et Delboeuf ; de la faculté de droit , MM. Dupont, Mypels, Tbjry, de Savoye, F. Macors, de Laveleye, Namur et Maynz ; de la faculté des sciences, MM. Gloesener, Lacordaire, Brasseur, Cbandelon, de Konikck, Trasenster, Catalan, Dewalque, £o. Morren, Gillon, Schmit, Fossion et Pérard ; de la faculté de médecine, MM. Spring, Ansuux, Sauveur, Schwann, Vaust, Péters-Vadst , Borlée, Heuse, Wasseige et Masius.

Les invités présents étaient : MM. les ministres Rogier et Frère ; MM. Forgëur , Beltjbns , le général Lecocq . le Gouvemcar civil do la province , le général Jakbers ,

L*entrain le plus cordial n'a cessé de régner pendant toute la fête. Les anciens condisciples, heureux de se revoir, retrouvaient la gatté et l'animation de leurs jeunes années.

Les toasts portés au dessert méritent d*être conservés. Le premier de tous, au Roi ! a été chaleureusement accueilli, et d'autant plus que

l'Évèqae de Liège, le colonel Bottin (de la garde civique), le général PoswiCK, le Bourgmestre de U ville, rAdministrateur-inspecteur de rUniversité, les sénateurs Dehassb et LoNHisiiifE, les représentants Muller, Em. Ddpomt, Elias el F. de ROssius ; Gernaert (inspecteur-général des mines), Prirz (directeur de l'Ecole normale des humanités), Laloox (greffier provincial), Fallize (secrétaire communal), Pyro et Reuleaux (étudiants); enfin MM. Gilson, capitaine, et Dresse, lieutenant de place.

Souscripteurs qui ont assisté au banquet. MM. Allard, g., avocat à Bruxelles. Détienne, Servais, médecin de régiment

Ansiaux, 0., Dr-méd., conseiller oom- (3* chasseurs à pied),

munal à Liège. De Tornaco (baron), vice-président du

Ansudx-Rutten, banquier à Liège et Sénat, à Vervoz.

ancien bourgmestre.

Arntz, professeur à l'Université de Bruxelles.

AuBERT, notaire à Ciney.

AuDENT, avocat à Charleroi.

Batet, conseiller à la Cour de cassation.

Beltjens, procureur du roi à Hasselt.

BiAB, notaire à Liège.

BouGARD, avocat-général à la Cour d'appel de Liège.

BofiY, AuG., avocat à Liège.

Capitaine père, ancien président de la chambre de commerce, ibid.

Capitaine, Ulysse, administrateur de la Banque nationale, ib,

CoxHAiRE, avocat, ib,

D'Andrimont, LtoN, ingénieur et administrateur de la Banque nationale, ib.

De BAVAY,procureur-général à Bruxelles.

De Brouckère, Henri, ministre d'Etat.

Dejaer, Ant., procureur du roi à Yerviers.

Delbouille, Louis, notaire à Liège.

De Lhonneux, Hyacinthe, banquier k Huy.

De LiBERT, colonel, k Mons.

Del Marmol (Baron Gh.), avocat à Liège.

De Molinari, avocat à*Bruxelles.

De Basse, sénateur et bourgmestre de Tournai.

Dercdx, père, avocat à Liège.

Desoer, Emmanuel, id.

De Wandre, avocat à Liège.

Dewildt, id. et ancien bourgmestre.

De Zantis de Frymersom, ancien magistrat, à Liège.

DOGNÉE aîné, avocat, ibid,

Dohet, avocate Namur.

Dolez , président de la Chambre des représentants, à Bruxelles.

DoLEZ, sénateur et bourgmestre de Mons.

DoNCKiER, précepteur des postes à Liège.

Dubois, Ernest, substitut du procureur du roi, k Liège.

DuGUET, G., ingénieur, à Liège.

DuLAiT, id., à Charleroi.

Dumoulin, D^en médecine, à Maestricht.

Dupont, secrétaire des travaux publics.

Falloise, juge k Liège.

Fassin, professeur émèrite de l'Athénée cl conseiller communal à Liège.

Fayn, i,, ingénieur, directeur des établissements du Rocheux, à Theux.

Flechet, J.-F., notaire à Verviers.

Frankinet, professeur émèrite de l'Université de Liège.

Franquoy, J., ingénieur, au Bleyberg.

Frédérix, Alph., ingénieur à Liège.

Fréson, g., id.

Fuss, Th., conseiller à la Cour d'appel, ib,

Gaede, h., Dr en médecine, ib.

Gillieaux, D' en médec. et bourgmestre d'Angleur.

Gobbrt, avocat k Liège.

M. de Gayper a traduit en excellents termes les sentiments des

assistants. M. le recteur s*est exprimé comme suit :

ce Messieurs,

» Dans cette fête jubilaire, qui réunit autour de TUniversité de Liège rélite de ses anciens élèves, le premier toast appartient au Chef de l'Etat ; mais en acclamant la santé du Roi nous obéirons moins à un sentiment de haute convenance qu'à notre dévoûment au pays, et, dans les vœux sincères que nous formons, nous ne séparerons pas les destinées du Trône de celles de la Belgique.

MM. GoDDYN, Em., substitut du procureur du

roi, à Bruges.

Grandgagnage, Cb., avocat il Liège.

Grahdjeam, h., sous-bibliothécaire de

rUniversité.

Hamal, avocat à Liège.

Hamssbks, avocat et èchevin de la ville

de Liège.

Hennau, prof^ èmèrite de l'Université.

Hubert, avoué à Liège.

Jacqdé, avocat à Bruges.

Jahiné, avocat à Tongres elanc. membre

du Congrès national.

JoTTRAND, id. à Bruxelles, anc. membre

du Congrès.

Keppenne, président du tribunal de i^e

instance de Liège.

Klewermann, Dr en médecine, à Liège.

KoELER, conseiller des mines, au château de Froidcour.

KuBORif, H., Dr en médecine, à Seraing. Lahaye, g., avocat à Bruxelles.

Lahaye , avocat et vice-président du

Conseil provincial à Liège.

Lequarré, prof., à l'Athénée royal, ibid. LiBERT, W., ingénieur, ib.

Lion, L., èchevin de la ville de Liège. Malou, Jules, sénateur, à Bruxelles.

Marcotty, h., avocat- général à la Cour

d'appel de Liège.

Hassbt, L., bourgmestre de Herstal.

Merchie, insp.-général du service de

santé, à Bruxelles.

Mersman, avocat à Bruxelles.

MM. MoREAU , vice -président de la Chambre des représentants, ibid,

Nagelmackers, Charles, à Liège.

Neuville, avocat et ancien bourgmestre de Liège.

NicoLAî, bourgmestre d'Âubel.

Orts, membre de la Chambre des représentants, à Bruxelles.

Paquot, directeur-gérant des établissements du Blflyberg.

Pety DE Thozée, président de chambre à la Cour d'appel de Liège.

Picard, 4d., conseiller à la même Cour.

PuTZEYS, èchevin de la ville de Liège.

Sacoueleu, sénateur, à Tournai.

Sagehomme. commissaire d'arrondissement à Verviers.

Strens, procureur-général à Maestricht.

Van Aubel, D' en médecine, à Liège.

Vander Maesen, membre de la Chambre des représentants, à Verviers.

Van Scherpenzeel - Tbim , ingénieur, directeur d'établissements métallurgiques, à Hulheim-sur-la-Ruhr.

Van Schoor, sénateur, à Bruxelles.

Verducbêne, avocat à Maestricht.

Vervoort , avocat , ancien président de la Chambre des représentants, à Bruxelles.

VisscHERS, A., conseiller des mines,i6id.

Warnant, Julien, avocat et èchevin de la ville de Liège.

Wasseige père, D' en médecine et conseiller provincial, à Liège.

» Au Roi dont la sagesse , continuant les exemples laissés par son auguste Père, comprend que le premier devoir du gouvernement est de développer les facultés morales de la nation, de former et d'enrichir ses facultés intellectuelles !

» Au Roi, juste appréciateur des bienfaits de l'instruction et dont la bienveillante protection ne fera jamais défaut à la mission qui nous est confiée !

» Nous répondrons à la sollicitude royale pour des intérêts qui se rattachent si intimement à la gloire et à la prospérité du pays, en continuant à inspirer à la jeunesse, avec l'ardeur pour l'étude, l'amour de la patrie, le respect de la loi; à lui apprendre, par l'exemple comme par la parole, qu'il n'est pas de drapeau qu'elle puisse placer au-dessus du drapeau national ; c'est en nous serrant autour de ce drapeau, qui depuis 37 ans abrite nos libertés, que nous affirmerons nos droits et nos devoirs par le cri de vive le Roi !

» A ce cri, l'écho de vos cœurs a déjà répondu par ceux de vive la Reine ! vive la Famille royale !

)> A notre jeune Reine, dont la Belgique entière admire et bénit le noble dévouement ! à la digne héritière des vertus de Louise-Marie, et qui saura, comme Elle, former les cœurs qu'elle a donnés à ses enfants, par les généreuses inspirations qu'elle puisera dans le sien!

» Au Roi, à la Reine, à la Famille royale ! »

Les applaudissements éclatent et les cris patriotiques qu'on vient d'entendre sont répétés avec énergie par tous les convives.

M. Spring, pro-recteur, s'adresse ensuite aux invités et aux anciens étudiants et se fait interrompre, presque à chaque phrase, par des explosions d'enthousiasme.

ce A NOS INVITÉS !

» Aux anciens étudiants, dont la présence honore l'Université !

» Messieurs,

» On vous a exposé ce matin les titres qui justifient cette solennité semi-séculaire.

» Parmi ces titres, il en est deux surtout sur lesquels j'ai mission d'insister :

» C'est, d'abord, l'estime dont l'Université, depuis sa fondation , n'a cessé de jouir auprès de tous les dépositaires de l'autorité

publique; c*e8t, ensuite, raffection que lui ont conservée ses anciens élèves.

» Aussi avons-nous tenu à réunir autour de ces tables, et les amis de la maison et les aînés de la famille.

» Vous avez bien voulu, messieurs, vous rendre à notre invitation :

» Vous qui siégez à présent dans les conseils de la nation , de la couronne ;

yi Vous, messieurs, qui brillez au premier rang des carrières libérales ;

» Vous , les guides du monde des affaires ;

» Vous, l'ornement des hautes conditions sociales :

» Présidents et membres des Chambres législatives ,

)> Ministres du Roi^

D Anciens membres du Congrès national,

» Chefs des administrations civiles, militaires et religieuses ,

» Magistrats, avocats, médecins,

» Écrivains et savants,

» Ingénieurs et professeurs,

» Toutes les illustrations dont nous sommes fiers !

» Tout en rehaussant l'éclat de cet anniversaire, vous lui avez communiqué le caractère qui lui convenait le plus : celui d*une fête de famille où, tout en se glorifiant d'une longue carrière parcourue, on aime à se retremper dans les souvenirs de la jeunesse , et d'où il semble à plusieurs d'entre, nous qu'une nouvelle foi, une nouvelle espérance, un nouveau courage doivent renaître.

» Vous êtes revenus au foyer qui a nourri vos jeunes intelligences.

» Vous avez salué de nouveau ces lieux qui furent jadis les témoins de vos premiers succès.

» Hélas ! en revoyant ces lieux, la plupart d'entre vous n'ont plus rencontré les maîtres d'autrefois. Leur piété a dû en souff'rir ! Cependant, messieurs, serions-nous assez heureux, nous qui avons eu l'insigne honneur de leur succéder, pour recevoir votre approbation, pour lire dans vos regards que l'honneur de l'institution a été maintenu?

» Car la réputation de l'Université , réputation de science , de sagesse et de patriotisme, vous appartient autant qu'à nous-mêmes. En la transmettant intacte aux générations futures, nous remplissons un devoir envers les générations passées. Le souvenir de cette journée nous le redira constamment.'

» Merci, messieurs, au nom de l'Université que vous aimez et dont vous êtes l'orgueil ! — Merci d'être venu répandre autour de cette fête un sentiment inexprimable de douceur et d'élévation !

» Je bais à nos invités !

» Je bois aux enfants de l'Université de Liège ! »

C'est Phonorabie M. Doiez, président de la Chambre des représentants, qui a répondu au toast de M. Spring. II Ta fait avec éloquence, d*uDe voix vibrante et sympathique, qui a produit une grande impression sur les convives. M. Dolez parlant d'abondance , nous ne pourrons malheureusement donner qu'un résumé bien incolore de sa touchante improvisation.

M. le président de la Chambre s'est à peu près exprimé en ces termes :

« Messieurs ,

» Cest un ancien enfant de la famille qui a le bonheur de parler aujourd'hui devant vous ; c'est à l'un des enfants les plus dévoués et les plus reconnaissants de l'Université de Liège qu'incombe aujourd'hui l'agréable mission de répondre, au nom des anciens étudiants, aux éloquentes paroles que vient de prononcer votre éminent pro-recteur.

» Permettez-moi de rappeler ici un souvenir qui m'est personnel. Pour moi, le retour aux moments heureux de la jeunesse est aujourd'hui complet. Il y a trente-huit ans, j'avais, jeune étudiant, l'honneur d'être l'organe de mes compagnons d'étude : aujourd'hui, du poste éminent où vient de m'appeler la confiance de mes collègues de la Chambre, j'ai encore le bonheur de porter la parole au milieu de vous , au nom des anciens étudiants de l'Université de Liège.

» Ma chère Université, je vous ai toujours aimée, parce que c'est h vous que je dois d'avoir mérité peut-être la confiance dont le pays m'a plusieurs fois honoré ; je vous aime plus encore, parce que c'est à vous que je dois le bonheur de prendre part à cette fête émouvante. {Applaudissements,)

» Merci à l'Université de Liège d'avoir pensé à nous convoquer à cette fête de famille ! {Acclamations prolongées.)

» La jeunesse est rentrée ce matin dans mon cœur ; en revoyant cette belle Salle Académique, je retrouvais les émotions d'un cœur de 18 ans.

» L'Université de Liège a fait immensément pour la liberté de notre patrie. Qui a paru au premier rang en 1830, lorsqu'il a fallu l'établir sur des bases solides? Ce sont vos enfants, MM. de l'Université. Gloire et reconnaissance aux professeurs qui avaient préparé de tels hommes à une pareille tâche ! Gloire aux professeurs qui ont su appil^endre à cette jeunesse d'élite que le premier des biens est

rindépendance de la patrie, et le plus grand honneur, celui de la bien servir. (Tonnerre (T applaudissements.)

ï) Avec un pareil corps professoral, le pays est sûr de son avenir, et nous pouvons avoir foi dans la perpétuité de TUniversité de Liège.

» J'aurais voulu terminer par un toast à l'Université, mais je ne veux pas empiéter sur la tâche dévolue à l'honorable M. de Brouckère; il me sera du moins permis de porter un toast que m'inspire la reconnaissance : je bois, et du fond de mon cœur, à la mémoire des professeurs de l'Université qui ne sont plus ! »

Les applaudissements les plus chaleureux couvrirent ces dernières paroles, que l'honorable président de la Chambre prononça d'une voix profondément émue.

Le toast à l'Université fut porté par M. Henri de Brouckère, ministre d'Etat, en termes fort heureux et souvent couverts par les marques d'assentiment de l'assemblée. Voici ses paroles, autant qu'il a été possible de les recueillir :

» Enfant de l'Université de Liège, je suis l'un de ceux que l'honorable M. Spring a appelés les amis de la maison ; je suis l'un de ceux qu'il a signalés comme lui ayant conservé dans leur cœur une vive et profonde affection. Oui, je porte à l'Université de Liège trop d'aifection et trop de reconnaissance, j'ai gardé un trop agréable souvenir de mes années universitaires , période d'un bonheur sans mélange, pour avoir pu hésiter un seul moment à me rendre à cette fête jubilaire.

» Mais j'aurais voulu y pouvoir assister silencieusement et modestement, car à personne ici plus qu'à moi il ne convient d'être silencieux et modeste dans une semblable réunion.

» La Commission organisatrice de la fête et M. le recteur en ont décidé autrement. Simple étudiant aujourd'hui , comme je l'étais il y a un demi-siècle à pareil jour, quand Monsieur le recteur a ordonné, il ne me reste qu'à obéir.

» Aussi bien je n'éprouve aucun embarras à remplir la tâche qui m'a été confiée, tant elle répond à mes sentiments les plus intimes, tant je suis certain que vous accueillerez avec faveur, que vous acclamerez de tout cœur le toast dont on m'a fait l'honneur de me charger :

» A l'Université de Liège !

» A l'Université de Liège, dont le corps professoral, par une si appréciable bonne fortune, a depuis 50 ans été constamment composé

d*homnies aussi éminenls par leur savoir que distingués par leur déYOuement et par toutes les qualités qui honorent le Tonctionnaire et le citoyen !

» A l'Université de Liège, dont l'enseignement toujours progressif, toujours à la hauteur de la science et sans en négliger la moindre découverte, a toujours aussi été empreint d'une telle sagesse, qu'il inspire la plus légitime confiance à tous les pères de famille !

» A l'Université de Liège, du sein de laquelle sont sortis tant d'hommes d'un mérite supérieur, qui se sont illustrés dans toutes les carrières, et qui a exercé une immense influence sur les destinées de la Belgique!

» A l'Université de Liège, dont nous, anciens étudiants, nous nous glorifions d'être les enfants, où nous avons puisé les principes de la science que nous pratiquons, à qui nous devons, pour la plupart, ce que nous sommes et les succès que nous pouvons avoir obtenus!

» A l'Université de Liège, enfin, qui dès son début, brillant entre toutes les Universités du royaume des Pays-Bas, n'a fait depuis lors que prospérer, grandir et progresser, et qui, dans les mains auxquelles elle est confiée aujourd'hui, continuera infailliblement à prospérer, à grandir et à progresser !

» Mais, tandis que nous nous livrons ensemble aux plus douces émotions, un impérieux devoir me prescrit, messieurs, de vous en détourner, de vous en distraire un instant pour réveiller en vous une triste pensée qui ne trouble et n'altère que trop le bonheur que nous goûtons de nous voir réunis.

» Pourrions-nous, en efffet, messieurs, ne pas éprouver un douloureux serrement de cœur, en ne retrouvant à cette fête jubilaire et fraternelle aucun de nos chers et vénérés professeurs de 1817, aucun de ces glorieux maîtres qui ont imprimé à l'Université la marche qu'elle a si noblement suivie depuis lors sans s'en écarter ? Qu'il me soit au moins permis de rappeler encore une fois leurs noms, et de les signaler de nouveau à la gratitude de tous. C'étaient, dans la faculté de médecine, MM. Sauveur, ))remier recteur de l'Université ; Ânsiaux, Comhaire ;

» Dans la faculté de droit, MM. Ernst atné, Destriveaux et Warnkœnig;

» Dans la faculté de philosophie, MM. Rouillé, Fuss, Denzinger et Gall;

» Dans la faculté des sciences, MM. Delvaux,Vanderheyden et Gaëde.

» Tous, messieurs, ils ont payé le dernier tribut à la nature; honneur à ces hommes éminents, si dignes de nos respects et de nos regrets ! leur mémoire est gravée dans nos cœurs ; et si j'avais le droit d'exprimer ici un vœu, je voudrais qu'une inscription, rappelant

-scieurs noms, fût placée dans la Salle Académique et conservât à jamais leur souvenir.

» Un mot encore , un dernier mot de reconnaissance. Il s'adresse aux spirituels et généreux habitants de cette noble ville de Liégp, qui accueillent les étudiants avec une si sympathique courtoisie, avec un si cordial empressement. II n*en est pas un parmi nous, j'ose l'affirmer, qui n'ait conservé un doux et précieux souvenir de ses relations sociales pendant son séjour à l'Université.

» Et maintenant une dernière fois, messieurs, et du fond de mon cœur, à l'Université de Liège, à sa prospérité, à ses succès, à son glorieux avenir ! »

La mission de remercier M. de Brouckère revenait naturellement à M. Dupont, professeur émérite et doyen de l'Université. Voici sa réponse :

» Messieurs ,

» L'honorable M. de Brouckère, avec l'autorité que lui donne son caractère et sa position, vous a retracé, en termes éloquents et convaincus, l'importance de l'institution et les services qu'elle a rendus.

» Permettez-moi, messieurs, en ma qualité de doyen de l'Université, de le remercier au nom de mes collègues et de dire :

» Que c'est avec bonheur et avec respect que nous avons recueilli de la bouche d'un de nos anciens lauréats l'hommage qu'il a rendu à la mémoire de nos prédécesseurs, ces professeurs éminents qui fondèrent la réputation de notre établissement et dont le souvenir restera ineffaçable parmi nous.

» Permettez aussi que nous le remerciions d'avoir apprécié, dans des termes si bienveillants et si honorables pour nous, les efforts que nous avons faits pour maintenir jusqu'à ce jour cette réputation si légitimement acquise.

» Le témoignage d'estime et d'intérêt que M. de Brouckère donne à tout le corps enseignant en cette séance solennelle est d'autant plus précieux que vous vous y êtes associés, messieurs, par vos applaudissements unanimes et chaleureux; que vous avez ainsi affirmé devant le pays tout entier que l'Université, pendant le demi-siècle qui s'est écoulé, a dignement rempli la mission qui lui est confiée.

» Messieurs , nous sommes reconnaissants et fiers de cette manifestation, qui émane de tant d'hommes distingués sortis de nos rangs ;

qui, dans toutes les carrières , dans Tindustrie, au barreau, dans la magistrature , dans les assemblées délibérantes , partout où les appellent le suffrage de leurs concitoyens ou la confiance de la Couronne, occupent les positions les plus élevées. Et, en effet, si, sous un Monarque illustre el vénéré, la Belgique a conquis son indépendance; si, à une époque où une sorte de vertige s*était emparé de toutes les nations, elle a été préservée des dangers qui la menaçaient ; si son nom est respecté à rétranger; si enfin elle vit prospère, libre et heureuse, pour connaître les hommes d'élite à qui elle doit tout cela.nous n'avons pas besoin de sortir de cette enceinte. » En présence d*un passé si glorieux, en présence d*une situation si brillante aujourd'hui encore, l'Université envisage l'avenir avec assurance : confiante en elle-même, fidèle aux sages traditions de nos anciens maîtres, elle continuera à enseigner la science pour la science, et elle s'appliquera comme toujours à développer dans le cœur de la jeunesse les sentiments nobles et généreux, et à lui inspirer l'amour de son Roi, de son pays et de ses libres institutions. — Sur ce terrain, tous les Belges doivent être unis en ne formant qu'une seule famille. » {Applaudissements.)

Le toast à la ville de Liège fut ensuite porté par M. le professeur Borgnet, et M. le bourgmestre y répondit au nom de l'administration communale.

M. Borgnet s'est exprimé comme suit :

« Mes collègues m'ont fait l'honneur de me choisir pour porter un toast auquel, je ne puie en douter, vous ferez bon accueil :

» A l'administration communale de Liège, qui nous a prêté, à l'occasion de cette solennité universitaire, un concours si bienveillant et j'ajouterai si spontané, ce qui nous le rend doublement précieux!

» Il faut aussi le reconnaître, les précédents nous autorisaient à y compter. Quels que soient les * hommes que les vicissitudes électorales aient appelé h ce poste honorable, on les a toujours vus montrer le plus louable empressement chaque fois qu'il s'est agi des intérêts de l'Université. Représentants d'une population généreuse , qui n'a jamais failli à la cause de la liberté ni au développement de l'instruction, son principal auxiliaire, ils n'ont cessé d'apprécier les avantages d'un établissement dont l'existence est intimement liée h la propagation des idées vraiment libérales.

» A l'administration communale de Liège ! »

M. d'Andrîmont , bourgmestre, a répondu:

« Au nom de la ville de Liège, je remercie Térudit historien, le savant proresseur qui vient de s'asseoir, pour les paroles pleines de bienveillance qu'il a bien voulu nous adresser.

» L'Université de Liège peut et doit compter sur le concours sympathique de l'administration communale.

» C'est un honneur pour la Cité de posséder un étincelant foyer de science et d'intelligence.

)> Toutes les Facultés ont droit à notre reconnaissance ; toutes elles ont contribué à la prospérité de notre chère ville de Liège ; toutes elles ont ajouté quelques fleurons à son ancienne gloire.

» Nos médecins, nos chirurgiens ont acquis jusque dans les pays étrangers, comme savants, comme praticiens, comme professeurs, une haute réputation, et ils ont su la justifier par leurs nombreux travaux scientifiques.

» Le barreau s'enorgueillit de compter dans son sein des orateurs, des jurisconsultes de premier ordre.

» Dans les hautes sphères de la politique, nous possédons des noms qui désormais appartiennent à l'histoire, et qui toujours feront l'honneur de la Belgique !

» La philosophie, les sciences, elles aussi, ont apporté leur contingent d'hommes remarquables, érudits, consciencieux, qui, sans souci de la tâche ardue à laquelle ils s'étaient voués, n'ont pas craint de soulever les plus grandes questions de l'humanité, d'aborder les plus vastes problèmes de la nature. Ils ont éclairé ce qui était obscur ; ils ont, en un mot, vulgarisé la science.

» L'Ecole des mines, cette sœur puînée des quatre Facultés, vient à peine de naitre : elle n'a que peu d'années d'existence ; elle n'a pas, comme ses quatre atnées, le droit de fêter la cinquantaine, et cependant elle a su conquérir une renommée universelle.

» La brillante pléiade d'ingénieurs qu'elle a formés par un enseignement solide, profond et varié, s'est dispersée dans l'un et dans l'autre hémisphère, et, par ses travaux, elle a fait connaître, apprécier, honorer notre Belgique.

» Et si notre pays figure maintenant au premier rang des nations industrielles, s'il est riche et prospère, le mérite et l'honneur en reviennent pour une large part à l'Ecole des mines.

» Cette brillante phalange d'hommes remarquables : avocats , orateurs, politiques, philosophes, géologues, botanistes, ingénieurs, qui, après s'être frayé un chemin à travers les incertitudes de la science économique, politique et sociale, a su établir sur des bases solides notre nationalité et porter haut le renom du pays, cette briN

lante phalange, dis-je, servira d*oxo:nple à la jeunesse universitaire.

» Elle comprendra , cette jeunesse , que tout en marchant sur les traces de ses devanciers, elle se doit à elle-même de Taire plus encore.

» Qui ne progresse, décline.

» Je bois donc au brillant avenir de FUniversité de Liège !

» Â ses professeurs éminents, qui, par leurs travaux, le préparent dès à présent !

» A la jeunesse universitaire , qui doit les seconder dans cette grande œuvre pour la continuer après eux ! » (Applaudissements. )

Pendant tout le banquet, la musique du l""' régiment de ligne, sous Thabile direction de M. Simar, a joué, avec un ensemble parfait, des morceaux de choix de son répertoire varié (*).

La Salle académique et les bâtiments de TUniversité, ainsi que FHôtel-de-Ville et le Palais, sont restés brillamment illuminés pendant toute la soirée, la Société d^Emulation avait aussi fait illuminer son local. Une grande animation régnait en ville.

Après le banquet, MM. Dolez, Rogier, de Brouckère et un grand nombre d'autres notabilités se sont rendus au théâtre, qui avait pris aussi un air de fête. Les sénateurs et les représentants étrangers à la ville de Liège, ainsi que plusieurs autres personnes, avaient été gracieusement invités à s'y rendre par M. le bourgmestre, qui avait mis plusieurs loges à leur disposition.

Un grand nombre d'anciens étudiants de l'Université (avocats,

( * ) Poar ne rien omettre, rappelons que la carte placée devant chaque convive était aux armes de Belgique et de Hollande. En dessous, le péron de Liège, brochant sur les faisceaux académiques, laissait déborder des deux cùtés l'inscription : Universis dUciplinis, On lisait sur des banderoles les noms des quatre Tacullés et une inscription rappelant la signification de la fête. Voici la composition du menu, qui a valu à M. Bernay, restaurateur, des éloges mérités.

IluUres anglaises. — Potage à la Reine. — Bouchée à la Jotnvillo. — Turbot à la Hollandaise. — Filet de bœuf k la Monglas. — CôtcleUes d'Agneau k la Villeroy. — Chapons de la Bresse k la Pompadour. —Selle de Chevreuil à la Solférino. — Punch royal, — Petit» pois à la Française. — Faisans do Bohème truffés. — Bécasses bardées. — Chaud-froid de Coq de Bruyère. — Groupe de Homards. — Terrines de foies gras de Strasbourg. — Bavaroise à la Léopold II. — Suédoise de fruits au kirsch. — Glaces. Ananas. Fruits. — Dessert. Café. Liqueurs.

ingénieurs, etc.), qui n'avaient pu trouver place à THôtel-de-Ville , se sont réunis le même soir dans les salons du restaurateur Lanhay, où était préparé un magnifique banquet.

Dans toute la force du terme, c'était véritablement une fête d'amis, toute cordiale, pleine d'expansion et de gatté.

Le toast suivant a été porté à l'Université, par M. l'avocat Houet :

Messieurs ,

Réunis dans ce banquet par l'amitié qui nous lie, pour fêter en famille le cinquantième anniversaire de la fondation de l'Université de Liège, dont tous ici nous sommes anciens étudiants, je vous propose de boire au passé glorieux et à la prospérité future de cette institution, qui nous est chère à tant de titres.

Nous devons joindre nos souhaits à ceux que des voix éloquentes ont formé aujourd'hui pour l'avenir d'un établissement auquel nous tenons encore ou par des relations scientifiques, ou par des amitiés précieuses, ou enfin par des souvenirs pleins d'affection et de gratitude.

Faisons aussi des vœux, messieurs, pour que les étudiants de l'Université de Liège vivent toujours dans cet esprit d'union, de solidarité et de tolérance qui leur a déjà fait faire de grandes et belles choses.

Je parle surtout, vous le comprenez, de cette Association générale des étudiants, fondée sous l'impulsion des sentiments patriotiques les plus ardents, et j'en parle avec le souvenir de ce qu'elle était dans ses beaux jours : nombreuse, disciplinée, admirée dans ses manifestations, approuvée par tous les hommes sincères.

L'utilité d'une pareille société ne peut être complètement appréciée que par ceux qui en ont ressenti les excellents effets.

Enfin, messieurs, s'il nous est encore permis d'exprimer cette espérance, souhaitons aux étudiants qui sortiront de notre Université le dévoûmeni îi l'œuvre de l'émancipation intellectuelle des classes laborieuses, le goût des institutions qui ont pour but de moraliser et d'instruire peuple. C'est d'ailleurs par le zèle qu'ils mettront à répandre la lumière et la vérité qu'ils feront le plus d'honneur aux leçons de leurs maîtres.

Buvons donc à l'Université de Liège! Buvons aussi, messieurs, au progrès des idées et à la perpétuité des sentiments qui nous unissent !

Les étudiants de Tannée ont voulu célébrer à leur tour la fête académique. Une grande et belle table en fer à cheval avait été dressée dans la salle du restaurant, au Jardin d* Acclimatation. Le président de la commission permanente, ayant été invité au banquet professoral, H. Walthère de Selys, ancien président de la Société des étudiants, a présidé la réunion de la jeunesse.

Le toast porté par M. de Selys à FUniversité de Liège, a été acclamé avec enthousiasme par toute rassemblée. D*autres orateurs ont essayé ensuite, mais en vain, de prendre la parole : Tentrain était trop général ; la gatté débordait.

Les employés de l'Université, enfin, se sont réunis le même soir dans un quatrième banquet à la maison Guérin. Us n'oublieront pas plus que les professeurs et les étudiants la date du 3 novembre 1867.

-•o^a^cMi. —

APPENDICE

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Messieurs,

En confiant à Fun de ses membres Thonorable mission de vous présenter une esquisse de Thistoire de notre Université, le Conseil académique a voulu se conformer à une tradition suivie, de temps inamémorial, par toutes les Universités de TEurope.

Mais, à peine pouvons-nous dire que nous avons une histoire; nos Annales ne remontent pas même au commencement de ce siècle.

Nos prédécesseurs immédiats sont nos seuls ancêtres. Il nous est permis d'être fiers de leurs efibrts ; et le bien qu'ils ont fait nous donne une idée de la responsabilité qui nous incombe à nous-mêmes, chargés de fournir, à notre tour, la carrière.

Puissions -nous pressentir sans crainte le jugement de nos successeurs, quand viendra le retour de cette fête sémi-séculaire !

A la fin du XVIII* siècle, au moment oii le gouvernement de notre pays tomba dans des mains étrangères, l'enseignçment supérieur était concentré dans l'Université de Louvain.

Cet antique établissement, qui avait jeté tant d'éclat pendant les premiers siècles de son existence, gardait à peine une ombre de sa splendeur passée.

La science n*y existait plus qu'à d'état de souvenir ; on y faisait des études médiocres (').

Il ne devait pas survivre à la réunion de la Belgique à la France.

Un simple arrêté de Y Administration centrale du département de la Dyle en prononça la suppression, attendu, est-il dit dans un des

considérants, « qu*il ne doit plus y avoir dans toute retendue de la » République, qu'un seul mode d'instruction publique conforme aux y> principes républicains, celui établi par la loi du 3 brumaire »anIVi)(«).

Que fit-on pour remplacer l'Université de Louvain?

Je dois être bref. Parrive directement à 1814 ( ').

Bruxelles, devenue le siège d'une des académies de l'Université de France (*), possédait à ce moment, à côté de son lycée, une faculté des lettres ('), une faculté des sciences (•) et une école de droit (').

Quant aux jeunes gens qui se destinaient à l'art de guérir, ils ne trouvaient pas, sur tout le territoire belge, le moyen de faire des études complètes (*). Les écoles primaires médicales d'Anvers et de Bruxelles étaient organisées exclusivement pour l'instruction des officiers de santé et des sages-femmes.

Dès 1806 , grâce à l'initiative de deux praticiens éminents , Ansiaux et Gomhaire, Liège avait été dotée également d'une école primaire de médecine et de chirurgie, qui fournit de nombreux* officiers de santé aux armées françaises (*).

La Belgique est réunie à la Hollande pour former te royaume des Pays-Bas.

La réorganisation de l'instruction publique est une des premières préoccupations du nouveau gouvernement. Pour l'enseignement supérieur, il avait le choix entre le système des facultés isolées de l'Université de France, et le système des anciennes Universités.

Il n'hésita pas un instant. Le rétablissement des Universités de Leyde, Groningue et Utrecht est décrété en 1818 (***).

Mais la Belgique n'avait possédé qu'une seule Université. Suffisaitil de la rétablir ?

Une commission est nommée. Elle doit présenter ses vues sur la réorganisation de l'enseignement dans les provinces méridionales ("). Le résultat de ses délibérations ne se fait pas attendre. Le 2S septembre 1816» le Roi approuve le projet qui lui est soumis. L'établissement de trois universités, à Louvain, à Liège et à Gand, est décrété {").

« Priscum, en, refUlget Lovanii decus , Binœque, Belgis, astra velut nova, Surgunt sorores,... » i ").

L'année suivante, le 25 septembre 1817, l'Université de Liège est solennelement installée par le commissaire-général de l'instruction publique, M. Repelaer van Driel (**).

Quelques jours plus tard, parait le programme des cours — Séries Leetianum — où l'on rencontre les noms suivants :

Dans la faculté de philosophie et des lettres : MM. Denzinger, Fuss, Gall, Rouillé et Kinker ;

Dans la faculté des sciences: MM. Vandbrheyden et Delvaux, auxquels fut joint. Tannée suivante, M. Gaeoe ;

Dans la faculté de droit : MM.ERNSTaîné,DESTRivEAuxetWARNKOENiG;

Dans la faculté de médecine : MM. Sauaeur, Ansiaux et Comhaire (*' ).

Avec ce personnel restreint, l'Université entra courageusement dans la carrière qui lui était ouverte.

Il y a cinquante ans — aujourd'hui même — le 3 novembre 1817 — elle ouvrit, pour la première fois , ses portes à la jeunesse studieuse. A la tète du corps professoral était D. Sauveur, qui, par une singulière coïncidence, devait être son premier et son dernier recteur, avant 1830 (*«).

Le 3 novembre, les élèves n'étaient pas nombreux ; mais quelques jours plus tard, on en avait inscrit 259.

Ce chiffre s'est accru d'année en année ; en 1826, il s'élevait à 477; enl830, à540(").

Les premières années ne sont signalées par aucun événement saillant (").

Le personnel enseignant est successivement augmenté par les nominations de MM. Wagemann (1820), dans la faculté des lettres. Van Rees (1821), dans la faculté des sciences, et Ernst jeune (1822), dans la faculté de droit.

A un moment donné, les progrès rapides de l'industrie éveillent l'attention du gouvernement. Il est nécessaire, disait le Ministre, dans un de ses rapports aux Ëtats-Généraux , que l'enseignement des sciences exactes soit complété (*^).

Bientôt cette promesse est réalisée.

Un arrêté du 13 mai 1828 prescrit l'enseignement régulier, dans les trois Universités méridionales, de la chimie et de la mécanique appliquées aux arts industriels.

Le même arrêté crée à l'Université de Liège, deux chaires nouvelles, l'une pour l'exploitation des mines, l'autre pour les sciences forestières.

Le gouvernement confie ces chaires à deux hommes d'un haut mérite : Dandelin et Bronn. Dès lors notre faculté des sciences est enrichie d'une section nouvelle qui s'intitule : École des mines (").

Un enseignement spécial d'un autre ordre, la pédagogie , est établi en 1827.

Dès 1820, trois professeurs de notre faculté des lettres, MM. Denzinger, Ft'ss et Wagemann, avaient ouvert spontanément des cours

particuliers pour les jeunes gens qui se destinaient à renseignement moyen (Scholœ propeudeticœ) ; cette utile innovation fut reconnue offidellemetit et étendue h la faculté des sciences ('*).

Cependant le personnel enseignant présentait d*autres lacunes, qui furent successivement comblées par les nominations de MM.

Yan LiNBunc-BRAuwER (1838), dans la faculté de philosophie et des lettres ;

E. Dupont, Ackbrsdyck et Ernest Munch (1825 et 1826), dans la faculté de droit ;

FoHMANN (1826), H. Sauveur, N. Ansiaux et Vottem (1828), dans la faculté de médecine (") ;

Lesoinne et Lévy ( 1825), dans la faculté des sciences.

D'un autre côté, rUniversité perdit, dans le cours des dernières années, MM. Yanderheyden, admis à Féméritat en 1828, et Warn- KOENiG, qui passa à l'Université de Louvain en 1827.

A Liège, comme à Louvain et à Gand, le gouvernement avait confié plusieurs chaires à des professeurs allemands.

Dans le premier Rapport sur l'enseignement supérieur, présenté aux Chambres belges, en 1843, M. le ministre de l'intérieur dit que le choix de ces professeurs avait, à bon droit, éveillé les susceptibilités nationales (").

Je me permets de croire que ces susceptibilités n'étaient pas légitimes. Le recours à des savants étrangers était une nécessité de l'époque.

Sans doute, tous les choix du gouvernement n'étaient pas également heureux. Mais, il y avait, parmi les professeurs allemands, des hommes d'un mérite supérieur et qui ont rendu des services incontestables. Ai-je besoin de nommer Wagemann, Fohmann, Warnkoenig, à Liège ; Haus, à Gand ; Bekker, Birnbaum, Dunbeck, à Louvain ?

C'est grâce à ces maîtres que nous avons connu les méthodes scientifiques, les grandes écoles de l'Allemagne, c'est-à-dire d'un pays jusque-là complètement inconnu pour nous, et qui, dans l'ordre intellectuel, occupe une place qu'aucune autre nation ne peut lui disputer.

D'ailleurs, un motif indiscutable justifiait l'appel fait par le gouvernement à l'Allemagne, c'est que les traditions de l'Université de France ne pouvaient, à elles seules, répondre au caractère et aux besoins intellectuels de populations d'origine germanique (**).

De tous les professeurs qui ont été attachés à notre Université, avant 1830, quatre seulement sont encore en vie :

L'un, M. Yan Rees, hollandais de naissance, a quitté la Belgique en 1830.

Deux autres, MM. H. Sauveur et N. ânsiaux, nous prêtent encore, en ce moment, leur précieux concours.

Le quatrième, M. E. Dupont, aujourd'hui émérite, Taisait naguère encore un des cours les plus importants de la faculté de droit. Il emporte, dans sa retraite, Testime et raflection de tous ses collègues.

L'année 1826 est signalée par des troubles assez graves. Ils sont motivés par de nouveaux statuts sur la fréquentation des cours ("). Les élèves finissent par se soumettre à ces statuts, mais non sans avoir obtenu certaines satisfactions qui leur étaient raisonnablement dues.

A ce moment, l'opposition politique qui devait plus tard renverser le gouvernement, avait pris une importance considérable. Les Universités elles-mêmes étaient l'objet de critiques el d'altaques incessantes.

C'était d'abord leur organisation intérieure, évidemment surannée, qui motivait ces critiques. C'était ensuite I'Union des catholiques et des libéraux qui protestait contre les tendances religieuses du gouvernement (").

En 1828, les accusations dont les Universités sont l'objet, ont pris un caractère assez grave pour qu'on y prête enfin une sérieuse attention.

Une Commission est nommée C*^). Le gouvernement lui transmet une série de cinquante-quatre questions, dans lesquelles toute l'organisation universitaire est remise en discussion ('*).

La Commission avait terminé son travail dans le courant de 1829 ; mais aucune résolution définitive n'avait été prise, au moment ob éclatèrent les événements politiques de 1830 (").

Quelque jugement qu'on porte sur certains actes du gouvernement des Pays-Bas, et sans dissimuler les fautes par lesquelles il s'est aliéné l'esprit des populations belges, on doit reconnaître que, par rétablissement des Universités, le roi Guillaume I" a bien mérité de la Belgique. Un témoignage de reconnaissance lui est légitimement dft. Son nom figure à la première page de nos annales ; il doit avoir aussi une place dans cette fête commémorative.

Honneur a ce Monarque ami des lettres et des sciences, qvi

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