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RÉORGANISA L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR EN BELGIQUE

Les quinze années qui ont suivi immédiatement la chute du premier Empire, forment une époque remarquable dans l'histoire du dix-neuvième siècle. De là datent originairement tous les grands progrès qui ont été réalisés plus tard.

L'Europe, délivrée du fléau d'une longue guerre, va se livrer aux

travaux de l'intelligence avec d'autant plus d'ardeur qu'elle avait dû les abandonner longtemps.

En France, une nouvelle école philosophique entame une rude guerre contre les sèches et désolantes doctrines du dix-huitième siècle, et bientôt une nouvelle école littéraire va étendre les idées, par l'étude des chefs-d'œuvre étrangers restés inconnus ou incompris jusque là.

En Allemagne se produit, avec éclat, cette grande école historique à la tète de laquelle brillent les noms des Niebuhr, des Heeren, des Mœser, des Hugo, des Savigny.

Les sciences exactes Tout des progrès inouïs dont profiteront l'industrie et le commerce.

Enfin, la pratique du gouvernement représentatif, en France et en Belgique, va réveiller l'esprit public trop longtemps endormi, et les théories étroites des publicistes de l'école de J. J. Rousseau vont faire place aux vrais principes qui doivent présider à l'organisation politique des sociétés.

La Belgique (il faut oser le dire) n'a eu qu'une faible part dans ce grand mouvement intellectuel ; mais elle en a largement profité; pour elle surtout, les années de la Restauration ont été des années d'apprentissage et de progrès.

Des témoignages irrécusables portent qu'à la fin du dix-huitième siècle, l'état intellectuel de notre pays laissait infiniment à désirer. Ce n'est pas durant l'administration française que cet état de choses a pu se modifier sensiblement. Les moyens d'instruction étaient trop imparfaits sous la République, et nous avons à peine connu les lycées de l'Empire.

C'est dans ces circonstances que furent établies, en 1817, les trois Universités.

Treize années s'écoulent. 1830 rompt le lien qui nous attachait à Hollande. Un Congrès national se réunit, et ce Congrès, composé en grande partie d'hommes sortis des Universités, donne au nouveau royaume qu'il vient de fonder des institutions qui font sa gloire, qui lui ont assigné dans l'esprit des peuples libres un rang que des nations plus puissantes peuvent lui envier.

Quel est, dans tout cela, la part de l'Université de Liège? Quels sont les hommes qu'elle a fournis au Congrès national ?

La liste n'est pas longue, mais la valeur des noms supplée au nombre.

Qu'on en juge :

Ch.Rogier, J. Lebeau, P. Devaux, H. de Brouckere, J. B. Nothomb, Jos. Forgeur, S. Fleussu, le comte de Theux, le comte Ch. Vilain

XIIII, J. Jaminé, L. Jottrand, J. B. Bruant, Barbanson, Alex, de Robaulx, Fr. Van Snick, Gh. Zoude (de Namur).

Tous ont pris une part considérable aux travaux du Congrès. Plusieurs y ont brillé au premier rang.

Mais ce n*e8t là qu'une page de Yétat de services de Tancienne Université.

Que de noms je pourrais citer encore! Que d*bommes distingués rUniversité a donnés à toutes les carrières ! A la magistrature, au barreau, à l'administration, à l'enseignement, à l'art de guérir, aux lettres, aux sciences, à l'industrie, à l'armée même ! Si je m'abstiens de les nommer, c'est afln de ne pas blesser ceux que je pourrais oublier.

Mais, ouvrez les yeux. Messieurs; jetez vos regards sur cette assemblée d'élite devant laquelle j'ai l'honneur de parler, et vous suppléerez à mon silence.

Elèves qui suivez aujourd'hui les cours de l'Université, que ces souvenirs de vos devanciers restent présents à votre pensée ! Ils vous prouvent que le travail procure toujours une position honorable dans la société, et que, parfois, il mène aux plus grands honneurs et aux fonctions les plus éminen tes. Vous en avez des exemples vivants sous les yeux...

A partir de 1830, une ère nouvelle s'ouvre pour l'instruction publique , dans notre pays. La liberté de l'enseignement est proclamée C®). Ce grand principe va recevoir immédiatement son application, avec toutes les conséquences qui en découlent et même avec celles qui n'en découlent pas.

Le gouvernement provisoire se trouvait en Tace des questions irritantes qu'avait soulevées, naguère, l'enseignement supérieur.

Réorganiser les Universités sur les bases nouvelles de notre droit public, c'était une œuvre ardue réservée au législateur ; mais le gouvernement ne pouvait se dispenser de trancher immédiatement certaines questions qui préoccupaient plus vivement l'opinion publique.

Il décrète que tout Belge qui aspire à l'obtention des grades académiques est admis à se présenter aux examens , quels que soient d'ailleurs le pays et l'établissement où il a fait ses études {^*).

Il abolit l'usage exclusif de la langue latine , dans les leçons et dans les examens ; enfin, ceci est plus grave, à chaque Université, il enlève une ou deux facultés. La nôtre, la moins maltraitée, ne perd que sa faculté de philosophie et des lettres ('*).

Les conséquences de cette dernière mesure ne se firent pas attendre : des Facultés libres s'établirent pour remplacer celles qui

avaient été supprimées. Le gouvernement reconnut ces Facultés, d*abord en leur permettant de s'installer dans les bâtiments universitaires ; plus tard, en instituant près de chacune d'elles une Commission d* examen ( *' .

c< Pendant les quatre années que dura le régime des Commissions » d'examen, les études littéraires, philosophiques et scientifiques » préparatoires aux études du droit et de la médecine, furent partout » presque complètement négligées. » Ce sont les termes dont se sert M. le ministre de l'intérieur, dans son premier Rapport sur le haut enseignement.

Les Universités se traînèrent, sous l'influence de ce régime énervant , jusqu'à la fin de l'année académique 1834-1838.

Mais bientôt la législature va être saisie de la nouvelle loi organique de linslruction supérieure. Tout ce qui se rattache à la confection de cette loi forme un sujet d'études du plus haut intérêt.

Le projet est présenté à la Chambre, au mois de juillet 1834 ('*).

Treize mois se passent avant la discussion.

Dans l'intervalle, deux faits d'une importance considérable, s'étaient accomplis : l'établissement d*une Université catholique dont le siège provisoire était à Matines (") , et l'établissement d'une Université libre, àBruxelles ('*).

La nouvelle loi est publiée le 25 septembre 1835 ("). Quinze jours plus tard, intervient la convention en vertu de laquelle l'Université catholique est transférée à Louvain...

La réorganisation du haut enseignement soulevait deux questions capitales !

Combien d'Universités élablira-t-on ?

De quelle manière les grades seront-ils conférés ?

Le projet rédigé par la Commission instituée en 1833, proposait l'établissement de deux Universités aux frais de l'Etat : l'une à Gand, l'autre à Liège.

Le ministère, tout en se ralliant à cette proposition, avait déclaré « qu'il n'était pas encore entièrement convaincu que rétablissement » d'une seule Université, dans une ville centrale, autre que Bruxelles, » ne serait pas la mesure qui, toutes les raisons étant bien pesées, » offrirait le plus d'avantages et le moins d'inconvénients. » ('*)

C'était le gouvernement représenté par M. Rogier, au moment de la présentation du projet, qui faisait cette réserve. Mais au moment de la discussion, le ministère de l'intérieur était occupé par M. de Theux qui admettait, sur ce point, la disposition du projet.

Cependant la réserve de M. Rogier devint une proposition formelle.

dès le début de la discussion. Elle trouva trente-deux adhésions et ne fut rejetée qu'à la faible majorité de cinq voix ('*).

Créer une seule Université centrale ! C'était une grande pensée. Malheureusement, elle était irréalisable, au moins moralement, en 183S. Si l'opinion de M. Rogier avait prévalu, il est extrêmement probable, pour ne pas dire certain, que nous aurions aujourd'hui cinq Universités au lieu de quatre...

La collation des grades soulevait des difficultés plus sérieuses et d'une autre nature. On n'avait vu jusque-là, dans les grades, qu'une question de garantie professionnelle ; et cette garantie, on avait cru la trouver dans des établissements soumis au contrôle de l'Etat. Désormais la question se compliquait d'un élément nouveau : Uenseignement libre.

Trois solutions différentes se présentaient en 182S :

1® Donner aux deux Universités de l'Etat le droit exclusif de conférer les diplômes, à tous les élèves indistinctement.

Cette solution était inacceptable. Elle e&t créé un véritable monopole au profit des écoles officielles. Le principe de la liberté de l'enseignement, inscrit dans la Constitution, eût été anéanti de fait.

2« Donner aux Universités de l'Etat le droit de conférer les grades à leurs élèves, et établir, pour toutes les autres catégories d'élèves des Commissiofis ou jurys dexameti.

C'était le système en vigueur pour les facultés libres, et peut-être, en ce moment, aurait-on pu le généraliser, en l'appliquant aux Universités libres.

Mais les établissements de l'Etat auraient-ils eu à s'applaudir de cette solution? Je n'oserais l'affirmer. Ils se seraient trouvés, à la longue, dans une position délicate et dangereuse. Il est plus que probable que l'opinion publique aurait attaché plus de valeur aux diplômes délivrés par les jurys d'examen, qu'aux diplômes délivrés par les Universités.

Restait la troisième solution : l'établissement d'un jury central pour tous les élèves sans distinction.

C'est celle qui fut adoptée.

Mais par qui, comment ce jury serait-il formé? C'était là le point capital et délicat de la question.

La Chambre se trouvait en présence de six systèmes différents, dominés tous par une question de principe : La Législature intervietidra-t-elle dans la nomination du jury ^.

Quarante-deux voix se prononcèrent pour l'affirmative, quarante et une voix pour la négative, f/ne seule voix de majorité décida cette grave question qui renfermait, dans ses flancs, l'avenir scientifique du pays.

Les quatre ministres qui étaient membres de la Chambre, s'abstinrent de voter (^^). Regrettable détermination dans une question de cette importance ! Le vote des ministres eût écarté peut-être, à jamais, Tintervention des Chambres dans la composition du jury d*examen.

Par cette décision , la collation des grades devenait une question politique avant tout. La science, les études étaient reléguées au second plan, et l'enseignement que le Congrès national avait voulu rendre libre, devenait , en réalité , esclave. Il était asservi aux majorités parlementaires (** )•

On s*en aperçut plus tard; on essaya de porter remède au mal, mais on n'y parvint pas (*•).

Dans la pensée du législateur, le jury central n'était établi qu'à titre d'essai et provisoirement. En réalité, ce provisoire, maintenu d'année en année, a duré quatorze ans.

En 1849, le jury central est remplacé par les jurys combinés. C'était une amélioration; les plus grands inconvénients de Tancien système disparaissaient ; mais le nouveau mode d'examen allait en révéler d'autres non moins graves (^'). La question n'était pas résolue. Quand le sera-t-elle ? c'est le secret de l'avenir. Mais il est fort à craindre que, si on la maintient sur ce terrain, on ne soit conduit fatalement à une situation qui pourrait compromettre des intérêts plus graves que ceux de la science (** ).

A la loi de 1849 se rattachent deux faits importants, qui devaient exercer une influence salutaire sur les hautes études ; la réorganisation de l'enseignement moyen (^*) et la création du grade d'élève universitaire (*®).

En 1857, la loi sur le jury d'examen est révisée pour la troisième fois (^^). Les jurys combinés sont maintenus, mais le programme des examens est gravement altéré.

De cette époque date la division des cours en cours principaux et cours à certificat. Renfermée dans de justes limites et organisée convenablement, cette division eût obtenu l'assentiment général. Elle est devenue une mesure fôcheuse par la manière dont elle a été réalisée.

Les cours à certificat sont, en réalité, des cours supprimés ; or, ces cours comprennent à peu près toutes les matières qui donnent à l'enseignement sa valeur scientifique. C'est matérialiser les études et par conséquent le pays, que de n'accorder une importance sérieuse qu'aux études dont le résultat se traduit immédiatement en profit pécuniaire.

Dans l'intérêt de la science et de la dignité nationale, dans l'intérêt de la dignité des professeurs et des élèves, la loi de 1857 doit être

réformée sur ce point. C'est Topinion des professeurs de toutes les Universités.

Déjà une demi-satisfaction nous a été donnée récemment (**). Elle sera complétée, nous aimons à l'espérer, lors de la discussion prochaine du quatrième projet de révision dont la Chambre est saisie O.

De même que le jury central, les jurys combinés avaient été admis à titre d'essai et pour trois années seulement Mais l'essai se continue depuis dix-huit ans, et, au moment où je parle, ce nouveau provisoire dure encore (*®).

J'ignore si nos successeurs s'occuperont de nous; mais s'ils veulent nous juger par nos actes, ils ne devront pas oublier que, depuis la réorganisation de 1835, nous sommes régis par des lois provisoires ; que notre programme d'études, notre programme d'examen, le mode des examens, leur forme, en un mot tout ce qui constitue la force et la valeur d'une Université, a été soumis à des fluctuations incessantes qui devaient exercer la plus funeste influence sur l'enseignement comme sur les études. Et s'ils trouvent que les résultats ne répondent pas complètement à ce qu'on était en droit d'attendre, ils auront à faire la part de responsabilité qui revient à chacun : au législateur, au gouvernement, aux Universités.

Ici se présente naturellement une question que je ne puis passer sous silence. Elle intéresse toutes les Universités.

On a prétendu qu'on ne fait pas aujourd'hui des études aussi fortes qu'autrefois. L'enseignement, a-t-on dit, est trop pratique ; la science y fait défaut.

Il y a, dans cette allégation, beaucoup d'erreurs à côté d'un peu de vérité.

Les méthodes d'enseignement se modifient comme toutes choses, et le milieu dans lequel on vit exerce nécessairement son influence sur les méthodes comme sur les idées. Si nos leçons ont un caractère plus pratique que celles de nos prédécesseurs, c'est que nous vivons dans un siècle presqu'exclusivement pratique et que nous sommes entraînés dans la voie où le siècle nous conduit.

Ace point de vue exclusif oix je veux me placer un instant, j*aifirmerai sans hésitation que les leçons qu'on fait de nos jours, sont en général plus nourries et plus complètes que celles de nos devanciers et qu'elles conduisent plus directement au but immédiat.

Mais est-ce là tout? Les Universités sont-elles uniquement établies dans l'intérêt des professions libérales ou industrielles? La jeunesse doit-elle y trouver seulement ce que les Allemands appellent énergiquement : les Brod-Studienl

Oh!! non assurément. Les Universités sont aussi les dépositaires do la science, et le feu sacré ne doit pas s'éteindre entre les mains

de ceux qui ont mission de veiller à son entretien. Il faut que les élèves qui veulent étudier la science pour la science, y trouvent les moyens de pousser leurs études dans la direction qui convient à leur esprit.

Peut-être, sous ce rapport, l'état actuel des choses laisse-t-il quelque peu à désirer. C'est la partie de vérité que je signalais tout à l'heure.

Toutes les institutions qui se rattachent à l'Université, ne peuvent être mentionnées ici que pour mémoire :

L'institution des agrégés, organisée deux fois, puis supprimée ( " ) ;

L'institution de cours normaux des humanités (") ;

L'institution d'un cours d'agi'iculture et d'économie rurale (");

L'institution du Conseil de perfectionnement de l'enseignement supérieur (*^);

Les diplômes honorifiques ("); les diplômes scientifiques spéciaux pour les élèves qui se destinent à l'enseignement, et l'autorisation donnée aux docteurs spéciaux d'ouvrir des cours privés (•*) ;

Les moyens d'encouragenent: concours universitaire ("), bourses d'études (**) et de voyage (**) ;

Les lois relatives aux pensions et à l'éméritat (^);

Enfin, tout ce qui concerne nos Écoles spéciales qui, à elles seules, réclameraient un chapitre particulier.

L'administration proprement dite, l'origine et les développements de nos diverses collections scientifiques sont également exclus du cadre de ce discours.

Je dirai seulement que notre bibliothèque ne nous laisse rien à envier aux plus célèbres collections, par l'ordre parfait qui y règne et par la facilité pour les recherches, que présentent des catalogues bien conçus et toujours tenus au courant. C'est un hommage bien dû au laborieux conservateur de ce dépôt.

En dressant notre bilan de cinquante ans, nous avons le devoir de rappeler les services rendus par ceux qui ont été chargés avant nous de répondre à la confiance du pays. Nous avons à payer aussi un tribut d'hommages à nos collaborateurs que la mort a frappés.

Mais ce n'est pas ici qu'une tâche si ardue et si vaste peut être dignement accomplie. Elle le sera ultérieurement, dans une publication spéciale qui nous permettra d'apprécierTesprit de l'enseignement de l'Université de Liège.

Là reparaîtront devant vous des noms qui se rattachent à vos plus lointains souvenirs. Là, vous retrouverez un chapitre de l'histoire

intellectuelle de la patrie, à la veille el au lendemain de son émancipation.

Laissez-moi citer quelques noms qui auront une place dans cette galerie :

Wagemann, dont l'action Fut si puissante sur Tesprit de la jeunesse, et son digne successeur Ackersoyck ;

Fuss, qui, jusqu'à son dernier jour, resta fidèle au culte des muses latines ;

RociLLÉ, qui fit revivre parmi nous les traditions de Versailles et les délicatesses littéraires du dix-huitième siècle ; KiNKER, esprit à la fois profond et caustique, philosophe et poète. Dans un autre domaine : Destriveaux, passionnant la jeunesse par ses éloquentes leçons sur le droit public;

Warnkoenig, le savant interprête de l'école historique du droit, le premier explorateur de nos archives juridiques. Aux Liégeois, il a révélé leurs antiques institutions si originales et si démocratiques. Aux Flamands, il a donné une histoire de leurs institutions politiques et civiles pendant le moyen-âge.

Ernst atnéj profond jurisconsulte et professeur éminent ; En^sT jeune, le créateur du cours de droit civil élémentaire^ et son élève de prédilection, notre regretté collègue Fr. Kupfferschlaeger, succombant à la tâche par excès de zèle.

Dans un autre domaine encore : Ansiaux et Sauveur, noms doublement chers, portés qu'ils sont, sur notre programme actuel, par des fils jaloux d'imiter leurs pères :

Fohmann, l'illustre analomiste qui, par ses travaux sur les vaisseaux lymphatiques, a porté jusqu'aux extrémités de l'Europe le renom de notre école de médecine;

Et CoNHAiRE, et Delvaux, et Lombard, praticiens désintéressés et expérimentés : leurs noms sont restés populaires parmi les classes indigentes;

Et Simon, et Delavacherie, ces opérateurs si habiles, doni la renommée s'étendait en dehors des limites de notre province.

Dans la Faculté des sciences : Gaede, qui portait, à lui seul, le poids de toutes les sciences naturelles, et Cm. Morren, mort avant le temps, laissant néanmoins de mémorables travaux en anatomie et en physiologie végétales; Morren, qui sut en outre allier à la science Tesprit pratique et dirigea son attention, avec un rare succès, sur les applications de la botanique à l'agronomie et à l'horticulture;

Et plus près de nous Meyer et Schaar, mathématiciens dignes d'occuper la chaire illustrée par Pagani ;

Dans la Faculté des lettres, voyez-vous encore Lesbroussart , le patriote ardent, l'écrivain d'un goût exquis, entouré de jeunes gens

qui seront un jour ses émules et soutenant avec eux YAssociatimpour r encouragement de la littérature nationale;

Et à cdté de lui, Tauteur du beau livre : De la Rhétorique^ Télégant traducteur d'Horace et de Tyrtée, Baron !

Un souvenir pieux aussi à ces hommes précoces , actifs et déjà distingués, qui seraient devenus l'honneur de notre Université, si leur carrière n'avait été brisée avant le temps : Vottem , Godet,

TaNDEL, DuPRET, WlLMART, DE ClOSSET !

Quel est ce jeune pionnier, cet infatigable chercheur, qui accomplit à lui seul un travail gigantesque, à peine réalisé, ailleurs, par de nombreuses Commissions de savants? En sortant de cette enceinte, levez les yeux sur sa figure pensive immortalisée par le bronze... J*ai nommé Dumont.

Je m'arrête

La mort nous a cruellement frappés ; longue sera la liste des noms qui trouveront place dans notre galerie.

La nouvelle Université de Liège compte aujourd'hui trente-deux ans d'existence.

Elle a traversé des temps d'épreuve. Née dans des circonstances défavorables, au milieu de la confusion qui régnait dans les idées sur le sens et l'application d*un principe nouveau dans notre droit public, elle a vécu pendant plusieurs années d'une vie précaire et souvent menacée. « L'enseignement de l'Etat, disait-on, ne peut continuer à vivre à côté de l'enseignement libre. »

Aujourd'hui, ces jours d'épreuve sont passés. L'expérience est faite.

Notre Université est florissante, autant qu'elle peut l'être dans l'état actuel des choses, et la confiance des pères de famille lui est légitimement acquise.

Les passions d'un jour n'ont point accès dans son sein. La voie qui conduit à la science, but exclusif de ses efforts, est son unique domaine.

Se tenir en garde contre les excès et contre les défaillances. — Respecter tout ce qui est respectable : telle est la devise inscrite sur sa bannière.

Dans toute solennité qui réunit les Belges, le nom du souverain doit être prononcé. Ce n'est pas flatterie (nous n'avons jamais connu ce défaut), c'est justice.

Notre Roi, jeune encore et déjà placé si haut dans le respect et l'affection des Belges, a eu pour précepteur un de nos collègues, dont nous ne cessons de déplorer encore la mort prématurée.

Il a appris l'art de régner sur un peuple libre, à l'école de son

illustre père, sous le règne duquel la Belgique a été florissante, heureuse et respectée.

A cette école aussi, il a puisé le goût des études sérieuses.

Puis, comme ce héros fameux par sa prudence qu*a chanté le grand poète, il a, pour acquérir la sagesse, parcouru les cités de peuples nombreux^ sHnstruisant de leurs mœurs^ et, revenu dans sa patrie, il a inauguré son règne par les plus sages paroles qui soient jamais sorties de la bouche d'un souverain....

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