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INTRODUCTION. LXXVII

s'engager dans la haute industrie : le fait est qu'ils ont aujourd'hui plus de chances de se Trayer un chemin dans le barreau, dans la magistrature ou dans d'autres carrières autrefois trop courues, puis momentanément délaissées. La loi sur Téméritat des magistrats, enlr'autres, y est certainement pour quelque chose. Nous subissons ainsi le contre-coup des revirements sociaux; hâtons-nous d'ajouter que ces oscillations sont on ne peut plus avantageuses à la civilisation elle-même. La jeunesse n'est pas seulement guidée ici par un intérêt immédiat, mais par un noble instinct dont elle a peut-être à peine conscience. Elle recommence à songer, en un mot, aux choses de Tespril.

Nos Ecoles spéciales restent aussi florissantes qu'il est souhaitable qu'elles le soient ; mais, au rebours de ce qui s'est passé sous la loi de 1835, nos Facultés se repeuplent graduellement. On ne peut que se féliciter à tous égards de ce résultat, qui rétablira un équilibre nécessaire au progrès normal de nos populations.

La prospérité de l'Université de Liège est due avant tout à la solidité de son enseignement : pourquoi ne le dirions-nous pas? Mais elle est due aussi, répétons-le encore, à son esprit de modération et à sa répugnance pour les aventures scientifiques aussi bien que pour les préjugés d'école. Comme par un ac<*'Ord tacite, ses professeurs se tiennent en garde contre toutes les exaltations malsaines et contre tous les fônatismes; chacun enseigne comme il l'entend , mais tous se rallient autour de notre pacte constitutionnel, dont l'esprit les a profondément pénétrés.

C'est incontestablement à cette altitude, à cette alliance des idées de liberté et d'ordre dont ils ont fait, par instinct ou avec conscience, le but éloigné de leur apostolat, que sont dues en grande partie les dispositions de notre jeunesse, dont le bon sens s'est révélé jusque dans ses égarements passa;{ers. Mais ces dispositions sont dues aussi à l'influence du milieu liégeois, oii l'attachement aux institutions nationales repose sur l'indépendance même des caractères. Ainsi s'explique l'élan spontané, irrésistible, l'enivrement d'enthousiasme des étudiants, lors de la dern!ère visite à Liège du fondateur de notre dynastie. Comme leurs aînés, ils voyaient en Léopold I le gardien de toutes les libertés publiques et pour ainsi dire la personnification de la patrie elle-même.

Ainsi s'explique égaloment la confiance accordée à l'Université de

LXXVIII INTBODLCTION.

Liège dans quelques pays lointains , dont les enfants viennent apprendre chez nous comment on devient digne d'être libre.

Nos prédécesseurs nous ont assigné nos devoirs; ils nous ont montré la bonne voie. Pour y rester, nous n'avons qu'à suivre leurs traces et à prendre soin de conserver de l'huile dans notre lampe.

L'auteur dépose enfin la plume. Il a grand besoin d'indulgence : ce livre a été écrit au milieu d'occupations multiples, et il a fallu de longues et pénibles recherches pour en rassembler les éléments ('). On est venu de toutes parts au devant de nous ; nous avons contracté de nombreuses dettes de reconnaissance; qu'on nous tienne du moins compte de notre zèle à les acquitter.

Qu'on nous pardonne aussi la franchise avec laquelle nous avons exprimé notre opinion sur des questions actuellement pendantes : nous avons cru pouvoir parler sans réticence, parce que notre responsabilité personnelle était seule engagée. En nous honorant d'une mission, on n'a point entendu enchaîner notre liberté de conscience et d'appréciation : c'est pour l'Université, ce n'est pas au nom de l'Université que ces pages ont été écrites.

Rendre hommage aux anciens maîtres, tel était notre premier, mais non pas notre seul devoir : l'essentiel était bien plutôt de dresser une sorte de statistique intellectuelle de nos quatre Facultés. En mettant la main à Toeuvre, nous avons aussitôt reconnu que le but serait imparfaitement atteint si, par un scrupule de délicatesse, nous nous contentions de rappeler les services des collègues que la mort

( ') Les renseignements bibliographiques ont été très-difficiles à recueillir pour ccriaines notices. Nous nous empressons de rappeler à Tattention de qui de droit un vœu exprimé par M. Ul. Capitaine dans son Nécrologe liégeois, art. Fuss (4860) : < La biiiolhèque de l'Université de Liège, fait remarquer ce publiciste, ne possède qu'une faible partie des travaux de Fuss ; celte observation s'applique aux œuvres de plusieurs membres du corps enseignant, notamment à ceux qui ont professé sous le gouvernement des Pays-Bas, et dans les premières années de notre réorganisation politique. Ne pourrait-on former, dans ce vaste dépôt, une collection académique spéciale, dans laquelle on réunirait indistinctement toutes les productions littéraires ou scientifiques émanées de l'Université et de l'Ecole des mines? Chacun, nous n'en doutons pas, s'empresserait d'enrichir celte collection, qui résumerait l'histoire intellectuelle d'un établissement qui fait honneur à la Belgique. •

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