‹ Liber memorialisChapitre 53 sur 336 · LXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXVI INTRODUCTION

Ici comme ailleurs, le nombre des sujets d'élite sur lesquels on peut compter pour Favancement des sciences est évidemment restreint; il a été jusqu'ici, il est encore tel cependant, que le moment approche sans doute où ils n'auront plus à compter exclusivement, pour trouver les moyens de perfectionner leurs études, sur les Universités étrangères.

Si nous considérons en général le mouvement de la population universitaire, nous trouverons qu'elle s'est accrue depuis 4884 dans des proportions qui ont dépassé toute prévision. Ge n'est pas un Tait isolé : les quatre Universités belges ont pu constater la même chose; mais chez nous, à coup sur, cette progression a étéparticuliërement rapide. En décomposant les chiffres, on remarque que ce sont surtout nos Ecoles spéciales qui ont acquis une vogue inouie dans le pays; une telle vogue, que l'Université de Louvain, s'inclinant devant les tendances du siècle, a pris à son tour la résolution de fonder une Ecole des mines. Nous n*a\ons pas, jusqu'ici, beaucoup souffert de la réalisation de son projet ; nous en souffririons, que nous ne nous en plaindrions pas. On doit ici se placer h un point de vue élevé : nous n'avons pas un intérêt d'entreprise ; l'abondance des moyens d'instruction ne saurait nous offusquer, et la concurrence est avantageuse pour tout le monde. Mais ceci à part, une telle extension donnée à l'enseignement industriel est-elle aussi opportune aujourd'hui qu'elle l'était il y a trente ans? Alors, il s'agissait de pourvoir nos usines de directeurs capables; aujourd'hui, elles n'en manquent pas, et les jeunes ingénieurs, même les plus méritants, ne trouvent pas toujours immédiatement à utiliser leurs talents, même à l'étranger ('), au sortir des Ecoles. Il est h craindre (ou plutôt c'est déjà un fait) que cette carrière ne s'encombre comme d'autres se sont encombrées, et dans l'intérêt général, il ne parait pas désirable qu'on y pousse trop exclusivement la jeunesse.

La réaction s'est du reste opérée d'elle-même : ce n'est pas l'influence de l'Ecole naissante de Louvain ; ce ne sont pas les besoins de l'armée, qui en 1868, nous a enlevé une trentaine d'élèves, entrés dans le génie ou dans l'artillerie avec des avantages particuliers ; ce ne sont pas ces causes ou quelques autres très-accessoires qui ont diminué , dans ces derniers temps, l'empressement des étudiants à

[i) Sans compter que les pays étrangers où riodustrie a pris du développement commencent à être pourvus de bons ingénieurs sortis de nos Écoles.

Page 1