II. Travaux imprimés
ô*^ De la déclaration de bâtardise des enfants de l'épouse dans le cas d'absence du mari (Revue du droit français et étranger, publiée ù Paris par MM.
(*) NypeU, p. 40.
(■ ) Procès^verbal de la séance du M jaillet
(*) Nypels, p. 2S.
DUP
Foeîis, Valette et Duvergier, 1. 1, p. 725 à 755, et Revue des revues du droit, publiée à Bruxelles, t. VIII, p. i et suiv.).
Lorsque leofant dont on Tent Caire déclarer la bâtardise élait conçu au moment de la disparition ou des dernières nouvelles du mari, sa légitimité doit être combattue par l'action en désaveu , parce qu'alors l'enfant est protégé par la règle : Paier ii est, quem nuptiœ demouttrant. Lors , an contraire , que la conception de l'enfant est postérieure a la disparition ou aux dernières nouvelles du mari, cet enfant ne peut invoquer la règle : Pater it ett, etc., et par conséquent on peut agir contre lui par la contestation de légitimité proprement dite. — Mais qui peut exercer l'action en désaveu ? Ici Du prêt 8*écarte de l'opinion commune , et soutient que l'action n'appartient ni à l'envoyé en possession provisoire, ni à l'envoyé en possession définitive. Cette action, d'après lui, est tout-à-fait personnelle (peraonnalissime) au mari et non transmissible aux héritiers. Pour ce motif , il dénie également l'action en désaveu au tuteur d'un mari interdit. Cette dernière partie de la solution est-elle incontestable? (V. Dalioz, Rec, périod. 1844, i, 455).
4* En droit français , le tiers délenteur a-t-il Texception cedendarum actimum, c'est-à-dire, est-il libéré de Faction hypothécaire, lorsque le créancier a rendu impossible sa subrogation aux droits hypothécaires qu'il avait sur d'autres immeubles pour sûreté de la même créance? (Rev. du droit français, etc., t. il, p. 401 à 416, et p. 505 à 528; et Rev, des revues de droit, t. VI 11, p. 169).
Dissertation d'un grand intérêt pratique. Dumoulin, et après lui Loyseau et Poihier accordaient au tiers détenteur le môme droit qu'au fidéjusseur. En présence du silence du Code civil, les modernes ont généralement adopté la théorie de Dumoulin. Du prêt prouve à l'évidence qu'elle est inadmissible, et se fonde principalement sur ce principe, que la possibilité de la subrogation n'entraîne pas nécessairement l'existence de l'exception cedendarum actionum. Et, en efl'et, la subrogation et l'obligation de conserver ce qui a été conféré par subrogation sont deux choses fort différentes. — La Cour de cassation de France, convaincue par la force des arguments de Dupret, a changé sa jurisprudence sur ce point (De Villeneuve, 4847, 1,86.— Dalioz, i847, i , 5). — La dissertation de Dupret est aussi remarquable au point de vue de l'érudition
historique qu'au point de vue de la vigueur du raisonnement.
5^ De la modification des servitudes par la prescription. — Interprétation de Tart. 708 du Code civil {Revue du droit français, etc., t. III, p. 8(7à84i, et Revue des revues de droit, t. X, p. 32).
La doctrine admet généralement les solutions suivantes: I*» Si le propriétaire du fonds dominant a joui, pendant trente ans, d'un droit plus étendu que ne le comportait son titre, il a acquis l'extension, pourvu qu'il ne s'agisse que d'une servitude continue et apparente ; mais non, s'il s'agit d'une ser> vitude discontinue ou non apparente ; 2° Si l'on a exercé le droit d'une manière restreinte, la servitude, quelle qu'elle soit, sera réduite par la prescription; 3° Enfin, lorsque la servitude dont on a usé pendant trente ans diffère du droit concédé, par le lieu ou par le temps de son exercice, on décide, dans tous les cas, que le droit primitif est éteint, et que le droit concédé est acquis s'il constitue une servitude continue et apparente. — Dupret accorde le premier point, mais trouve trop absolue la solution des deux autres. Elles ont le tort, à ses yeux, d'isoler complètement la possession du titre. Pour que la possession puisse modifier le droit, dit-il, il faut qu'il soit certain que cette possession n'est pas conforme au droit ; car, si elle est de nature à pouvoir s'accorder avec le titre, il ne peut être question ni de prescription acquisitive» ni de prescription extinctive. Ainsi, en ce qui concerne la restriction de ta servitude, le droit sera conservé dans son entier, malgré l'usage restreint, toutes les fois que la possession s'accordant avec le titre, l'exercice du droit n'aura trouvé des limites que dans la volonté, les besoins ou les convenances du propriétaire dominant. Le droit, au contraire ysem restreint, lorsque la possession prendra des caracières qui devront la faire envisager comme ayant été réglée par un droit moindre que le droit établi. ]\ n'y a plus dèslors à résoudre qu'une question do fait, laquelle doit être appréciée par le juge. — Môme conclusion dans la troisième hypothèse mentionnée ci-dessus.
Le juge aura à examiner si l'assignation de temps ou de lieu a été un des éléments constitutifs de la servitude, ou seulement un pacte accessoire pour en régler l'exercice. Dans le premier cas, l'exercice de la ser\'itude avec une autre assignation pourra éteindre le droit primitif, et l'assignation nouvelle faire acquérir un nouveau droit s'il s'agit d'une servitude prescriptible. Quand la servitude est imprescriptible, l'assignation
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nouvelle ne peut donner naissance à un nouveau droit, et conséquemroent la servitude est éteinte. Dans le second cas, c'est-ài-dire lorsque Tassignation de lieu ou de temps n'a élé stipulée que pour régler le mode d'exercice de la servitude, le changement d'exercice n'influe pas nécessairement sur l'existence du droit de servitude en lui-même.
6^ Note sur le sens des mots : par amtribution avec les héritiers naturels^ dans l*art. 1015 du Code civil (Revue du droit fr., t. Il, p 881 à888, et Rev, des revues du droit, t. IX, p. 211).
Contre l'interprétation de M. Duranton. — Ce dernier jurisconsulte, sans avoir connaissance de l'opinion de Du prêt, est revenu spontanément sur sa première thèse, et s'est trouvé pleinement d'accord avec le professeur de Liège, dans la nouvelle édition de son Cours de droit civit,
V Analyse de la première partie du Traité des privilèges et des hypothèques de M. Valette, professeur à TEcole de droit de Paris (Revue du droit fr.^ etc., t. IV, p. 59 à 68).
C'est le dernier travail imprimé de Dupret.
8*^ Dor4iments divers, relatifs à Tinstruction publique, etc.
a) Mémoire adressé au roi, par le Conseil académique de l'Université de Liège (6 avril 1858), à l'occasion du projet de loi sur les pensions, présenté à la Chambre des représentants pendant lasession de 1857-1858.
(MËuvre d'une Commission dont Dupret faisait partie.
b) Note sur la question relative A renseignement du droit civil élémentaire et
du droit civil approfondi (Documents de la Chambre des représentants. Session de 1841-1842. Annexe au Rapport de la section centrale sur le projet de révision de la loi du 27 septembre 1855).
c) Rapport à M. le Ministre de Tlnlérieur sur renseignement du droit civU à V Ecole de droit de Paris (Annales des Universités de Belgique, t. III, p. 1087- 1110).
Rédigé à la suite d'une mission oflicielle confiée k Dupret en 1845. L'auteur se préoccupe incidemment de la ligne de démarcation à établir entre l'enseignement élémentaire et renseignement approfondi du droit civil.
M. Nypels, dans la notice qu'il a consacrée à Dupret, relève avec raison le mérite peu ordinaire du style de son ancien collègue et ami. « Il est impossible, dit-il, d'exprimer
> sa pensée avec plus de netteté et de préci-
> sion. C'est le style à la fois simple et élé- » gant, dont Pothier et Touiller sont les plus » parfaits modèles parmi les juriscensuUes » français. »
Ki«n»t (Jean-Gérard-Joseph) naquit à Aubel, province de Liège, le 12 octobre 1782, et mourut à Louvain le 6 octobre 1842. Il était parent du célèbre curé d*Afden (*) et Tainé de quatre frères (*) dont deux se distinguèrent, comme lui, dans renseignement du droit, à Liège et à Louvain (v. les art. Ant.-N.-J. et Lambert Ernst). Ernst a^fi^ commença ses études préparatoires à Tabbaye de Sainte-Croix et les acheva à Aix-la-Chapelle (*). L^ancienne Aima Mater de Louvain avait disparu
(*) Simon-Pierre Ernst, chanoine régulier et professeur en théologie à l'abbaye de Rolduc (Herzogenrath) , puis curé d*Afden (vers 1757), près d'Aix-la-Chapelle, a mérité une place dans toutes les liiographies unirersetles. On lui doit un grand nombre d'ouvrages estimés, entre autres le Tableau historique des suffragants de Liège iiSQS)^ VHistoiredu Lim^our^/, éditée par M. Ed.Lavalleye (v.cenom),7 V. in-8o« plusieurs chronologies historiques dans le t. III de l'Art de vérifier les datêJi, des brochures sur le Serment et une apologie du nouveau Catéchisme publié par ordre de Bonaparte (v. Barbier, Examen critique et complément des dict, historiques , et Becdelièvre , Biogr, liégeoise , t. II, p. 665-670).— S.-P. Ernst fut nommé,
en 1814, membre de l'Institut des, Pays- Bas; il mourut le 11 décembre 18Ï7, ftgé de 73 ans. Après la révolution, il était devenu propriétaire des bâtiments de l'abbaye de Rolduc ; il en disposa en faveur de Tévèché de Liège, à condition qu'on y établit un petit séminaire. Sa riche bibliothèque fut léguée au grand séminaire du mémo diocèse.
( * ) Ulric Ernst, qui se place entre Gérard et Antoine, se retira au pays natal et mourut notaire à Montzen. Il avait fait de bonnes éludes juridiques k l'Ecole de droit de Bruxelles, oii il fut reçu docteur en 1817. Sa thèse de droit romain roule sur Cemphythéose; sa thèse de droit civil, sur la reconnaissance des enfants naturels.
(*) Nous empruntons ces détails et pla-
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au milieu de la tourmente révolutionnaire : c'est à Liège , sous la direction de l'avocat Jean-Hubert- Vincent (*), qu'il acquit ses premières connaissances juridiques. Survinrent la loi du 22 ventôse au XII , qui institua des écoles de droit à Paris, Dijon, Turin, Grenoble, Àix, Toulouse, Poitiers,Rennes, Caen, Bruxelles, Coblence et Strasbourg, et le décret (daté de Mayence, le 4« complémentaire de la même année) qui en régla Torganisation. L'Ecole de droit de Bruxelles ayant été solennellement installée le 25 mars iSOG, Ernst fut un des premiers à s'y faire inscrire (*). Il prit le grade de bachelier le 9 mars 1807 et celui de
licencié le 21 avril suivant, après avoir soutenu , conformément à l'art. 48 du décret organique précité, un acte public sur le droit romain {qui potiore* in pignore vel kypotfieca habeantur, et de his qui in priorum creditorum loco 9ucceduttt), sur le droit civil français (sur la loi du i5 floréal an XI : (te to portion des biens disponibles) et sur différentes positions du Code de procédure civile. Le 22 janvier i8i0, sur la demande du doyen de la Faculté , il fut autorisé par Fontanes (grand-maître de l'Université) à remplacer, comme professeur suppléant, Maurissens, qui venait de quitter l'enseignement pour la magistrature ('). Le ii juin 1810,
ftiears autres à Télogede J.-G.-J. Ernst par le chanoine de Ram, recteur de l'Cniversilé d* Louvain(Louv., 1849, in-S») ; mais la présente notice a été rédigée, pour la plus grande partie, d'après des documents authentiques mis gracieusement à notre disposition par M. Tavocat-général Ernst, fils de l'honorable professeur
( * ) Premier de Louvain^ en philosophie, le 19 août 1783, ensuite Ucencié en droit civil et en droit canon, Vincent était venu s'établir à Liège, où il jouissait d'une considération méritée comme avocat et comme jurisconsulte.
(*) L'enseignement y était confié à cinq professeurs {Taru, substitut du procureurgénéral à la Cour de Bruxelles; vanGobbelschroy, doyen, ancien professeur en droit à Louvain ; van Hoogien, qui avait été instituteur de l'archiduc Charles d'Autriche; CahuaCf ci-devant professeur à l'Université de Douai ; Jacquetart, ancien titulaire d'une chaire de droit romain à Louvain) et deux suppléants [Mauristens et Heuschting, également venus de Louvain). Van Bavière remplissait les fonctions de secrétaire-général de l'Ecole. — V. le Manuel dei étudiants en droit de Bruxellet^ par Ign. Timmermans, appariteur. Bruxelles, 1813, in-iS*.
( ' ) Charles-Lambert Maurissens ou plutôt de Maurissens (il avait émigré et brûlé ses titres par prudence avant de repasser la frontière), né à Namur en 172K), avait enseigné le droit romain dès 17$3, en qualité de professeur agrégé, à l'Université de Louvain. C'est en cette ville qu'il fit imprimer, en 1789, ses Recitationes in L libros Digestorum (5 vol. in-S^I et ses Questiones juris romani tam in IV institutionum librox , quam in praseipuos Digestorum litulos, ouvrages qui furent longtemps populaires parmi les étudiants en droit. A la révolution
brabançonne , il dut quitter l'Université , avec ceux de ses collègues qui avaient adhéré à la rénovation décrétée par Joseph II. En 1791, il fut nommé auditeur à la cour des comptes. L'invasion française le ramena dans sa ville natale, d'où il vint à Liège, lors de la restauration, envoyé par le prince de Mettemich pour sonder l'opinion publique sur la réunion éventuelle de Liège à la Belgique. La |)olilique changea ; la seconde invasion française le força de prendre le chemin de l'exil. Il n'attendit pas sa radiation de la liste des émigrés pour rentrer à Namur (1800;, où le jury d'instruction du département le chargea d'un cours de droit. C'est de là qu'il passa en 1806 à Bruxelles. En 1809, il devint juge au tribunal de cette ville et fut presque en même temps nommé membre du jury de concours, pour les leçons qui viendraient à vaquer aux écoles de droit de Bruxelles, de Coblence et de Strasbourg. Il fut plusieurs fois présenté à la Cour pour la place de conseiller : mais on connaissait trop son attachement pour la maison d'Autriche, avec laquelle la France était en guerre. En 1815, le roi des Pays-Bas le nomma maître des requêtes à la Chambre des comptes de Bruxelles ; mais cette charge fut supprimée avant qu'il y entrât. Il fut plus tard question de l'envoyer à la Cour supérieure : Tàge était venu , et avec l'âge les infirmités ; de Maurissens obtint sa pension en 18^2 et se relira dans sa propriété de Pellenberg, près de Louvain, encore habitée par ses neveux. Il mourut à BruxeUes en 1832 , âgé de 82 ans. C'était un grand travailleur et un homme austère. Nous lui avons consacré quelques lignes à cause de l'influence qu'il exerça sur Ernst, son élève et son successeur, et parce que ses ouvrages ont été en leur temps très-répandus à Liège.
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il subit avec ane distinction toute particalière les dernières épreuves exigées par la loi : son diplôme de docteur est daté du 6 juUet suivant. Dans la séance du 14 juin, le recteur Van Hulttiem et le doyen Van Gobbelschroy lui adressèrent , Fun en français, Tautre en latin , des allocutions où ils lui promettaient le plus brillant avenir : le procès-verbal de PÂssemblée fut imprimé par ordre de la Faculté, pour être envoyé au grand-maitre (*). Ernst aîné est le premier docteur en droit qui soit sorti de TEcole de Bruxelles. A ses succès comme étudiant, il Joignait déjà, lors de sa promotion, une réputation légitimement conquise en chaire , et il jouissait de l'estime et de Famitié de ses anciens condisciples, qu'il avait en toute circonstance aidés de ses conseils et stimulés par son exemple. On appréciait en lui une rare candeur et une modestie qui relevait Téclat de son talent et de son savoir. Une chaire de Code Napoléon devint vacante en 18H ; Emst était trop jeune pour prendre part au concours (il fallait être âgé de 30 ans) ; on lui accorda une dispense d'âge, mais le concours fut ajourné jusqu'en 4813 (10 mars). Les épreuves, selon l'usage, furent écrites et orales : pour les premières, on déposait dans l'urne trois séries de questions , dont Tune était désignée par le sort ; on tirait également au sort les sujets des leçons (quatre matières différentes).
Ernst obtint la chaire de Code Napoléon en remplacement de Cahuac, décédé le 8 mai 1813. Faveur alors trèsrare, il obtint le 5 juin 4815, du commissaire général de l'intérieur, «à raison des services qu'il rendait à la Faculté de droit, » un subside destiné à « faciliter son remplacement » dans la milice nationale. Sur ces entrefaites, il avait décidé sa mère veuve à lui conûer ses jeunes frères. Tous trois vinrent le rejoindre à Bruxelles : il leur prodigua dévouement et affection, surveilla luimême leurs études et en un mot se montra pour eux un second père : ses efforts furent plus tard noblement récompen-
sés par la manière dont ils tinrent leurs promesses d'avenir. Ernst aîné ne prit aucune part aux événements qui amenèrent la création du royaume des Pays-Bas ; mais bien qu'il restât à l'écart, le Gouvernement comprit qu'un mérite tel que le sien ne pouvait être laissé dans l'ombre. Lorsque les trois Universités de l'Etat furent créées (de l'avis d'Ernst, la centralisation eût été préférable), on lui laissa l'option : il choisit naturellement Liège, pour se rapprocher de sa famille. Sa nomination de professeur ordinaire à la Faculté de droit fut confirmée par arrêté royal du 3 juin 4847.
Il enseigna le droit civil moderne, le droit naturel et le droit public. En 4849- 4820, il remplitles fonctions de recteur; le t. III des Annales de TUniversité renferme un discours étendu De jure civili quo hodiè utimur, qu'il prononça au moment de remettreà son successeur les faisceaux académiques, le 2 octobre 4820. Ses frères l'avaient suivi à Liège: deux d'entre eux, ainsi quenousl'avons dit plus haut, entrèrent tour à tour dans la Faculté de droit. Il s'était marié en 4848 : entouré de douces affections , jouissant d'une réputation brillante, arrivé aune position en rapport avec le mériteetlesaptitudesquil^aractérisaient, il semblait n'avoir plus rien à désirer ici-bas, lorsque la mort lui enleva coup sur coup deux enfants et, plus douloureuse épreuve encore, sa compagne chérie. Sa constitution, déjà affaiblie parle travail, se trouva vivement ébranlée par les longues veilles et par le chagrin ; cependant sa religion lui rendit du courage : il reporta toute sa tendresse sur les deux enfants qui lui restaient et se dévoua plus que jamais â l'accomplissement de ses devoirs et â la pratique de la charité. Il n'était pas moins recommandable comme professeur que comme homme privé. Nous reviendrons tout â l'heure sur son enseignement; qu'il nous suffise de dire, quant à présent, que son cours de droit civil lut un de ceux qui contribuèrent le plus à jeter de l'éclat sur l'Université naissante.
( * ) Acte public de doctorat en droite etc. BroxtUes, MaUly, 4840, in-^ de 40 p.
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Ses premiers audiieuf s avaient éié,iM>ur la plupart, ses anciens élèves de Brur xelles : la fidélité des disciples est rbommage le plus flatteur qui puisse être rendu au talent d'un maître et à ses qualités sympathiques. Quelques années s*écoulèrent paisiblement. En 1826 , sous le rectorat de M. Van Rees(v. ce nom). Tordre fut tout d*un coup troublé à lUniversité par la promulgation d'un nouveau règlement sur la fréquentation des cours (v. le discours de M. Nypels). Le projet de ce règlement, élaboré par une Commission composée de D. Sauveur, Destriveaux et Denzinger, avec le recteur comme président et Ernst aine comme secrétaire, fut adopté le 10 décembre, sauf quelques modifications, par le Conseil académique. Il y était stipulé, entre autres, que les examens auraient lieu désormais^ époquesfixes ; que les absences seraient constatées par des appels nominaux (au moins deux fois par mois) ; que celles qui ne seraient pas justifiées entraîneraient la peine de Tadmonition rectorale, etc Ce document fut traduit en latin par Van Limburg Brouwer, dans le langage dur et rebutant delaloi des XII tables( *) , puis distribué aux étudiants. Ce fut le signal d'un violent orage. La jeunesse d'alors commençait à entrer en effervescence; elle était disposée à regarder comme tvrannique toute mesure d'autorité; les ferments de l'agitation politique qui prit trois ans plus tard un caractère si grave n'étaientpas encore en travail; mais le gouvernement commençait à perdre sa popularité, et l'esprit d'opposition se laisait jour partout où il trouvait une issue, encore inconscient du but k poursuivre, mais disposé À résister énergiquement k toute com-
Îiression. Le Mathieu Laensbergh (v.
'art. Yak Hulst) florissait alors; k en croire le directeurde la police, ce journal n'aurait pas été étranger à la surexcitation qui se manifesta parmi les étudiants. On ne cessait de leur répéter, dîsaix ce fonctionnaire au professeur Ernst, qu'ils ne devaient pas se laisser traiter comme des enfants. Quoi qu'il
en soit, le rédacteur de la réclamation qui fut remise au recteur au nom dBs âèves était lui-même l'un des correspondants de la feuille en question. Le recteur promit de convoquer le Sénat, à condition qu*on s'abstiendrait de tout désordre. Les étudiants délégués déclarèrent (qu'ils feraient leur possible, mais ajoutèrent qu'il y avait une cabale organisée contre Fohmann (v. ce nom), et qu'ils ne pouvaient répondrede rien.
Le recteur engagea Fohmann à retarder sa leçon et convoqua le Sénat. Van Limburff Brouwer et Kinker demandèrent T'abolition pure et simple des statuts; ils furent seuls de leur avis, et une nouvelle Commission, composéede Destriveaux,Comhaire,BronnetBouillé, eut mission de composer une proclamation aux élèves. Rouillé s'abstint pour raison de santé ; Destriveaux présenta un projet, qui fut accueilli malgré les protestations des deux adversaires des statuts. On eut la malencontreuse idée de TafiElcber, au lieu de le distribuer aux élèves. Le matin même, une autre affiche avait été placardée à l'entrée de l'Université ; on y lisait : « Ce » sont des jeunes gens qu il faut fléchir » par la fermeté et la ligueur, a dit un » professeur qui seprétend libéral; qui, » antagoniste des nouvelles dispositions » lorsqu'il est en chaire, devient leur » plus 2^1é défenseur au Sénat. — Dp- » posez à la fermeté le mépris, l'énergie » aux rigueurs : voilà. Messieurs, ce » que l'on attend de vous. » Lorsque la proclamation des professeurs parut ad valvas^ de bruyantes clameurs ébranlèrent les voûtes du grand corridor.
Ernst aîné venait de donner sa leçon de droit civil; il rencontra M. Van Rees et le dissuada de donner la sienne. Le recteur n'en voulut rien faire : il entra dans son auditoire, occupé par une masse d'élèves étrangers à son cours.
Ils le toisèrent et restèrent couverts.
M. Van Rees voulut parler : sa voix fut étouffée par les frottements des pieds et par les sifflets. Il sortit sous les huées et alla retrouver Ernst aîné. La fou)e se porta ensuite cbezDestriveaax, àqui
( ' ) Nous trouvons cette expression dans vi) caliiar autographe é'ErAsi aîné, oti sent
minutieusement rapportés tous (es détails d^ cotte afttife.
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Ton aUnJi>ttait (à tort) les propos relevés dans Taffiche des insurgés, el chez Emsi junior. Ces deux professeurs flrent annoncer qu'ils ajournaient leur leçon, et se réunirent à leurs collègues pour délibérer. Il fut convenu que le Sénat serait convoqué lelendemain, d*urgence.
La conférence terminée, on se sépara.
La place de TUniversité regorgeait d'étudiants : ils gardèrent le silence, mais restèrent couverts. Warnkœnig, qui venaitd*arriver pour donner sa leçon, Ait seul poursuivi jusqu'à sa demeure : on le regardait comme Tun df s principaux inspirateurs du règleânent (').
Cependant le gouverneur s'émut et se plaipit au recteur de n'avoir pas été informé (*) de ce qui se passait. On aurait pu lui répondre, dit £rnst aîné, par les art. 100, i06, i07. 178 el 179 du règiement de 1816; à son avis, toutefois, le Hiieux était de s'expliquer dans lue audience. L'audience fut accordée; mais, avant l'heure fixée, arriva un arrêté suspensif des statuts. Le recteur indigné écnvii au gouverneur que les professeurs allaient être mis k la discrétion des élèves, et que l'audience était inutile. La eontenaoce forcée de certains professeurs faisait croire, d'autre part, qu'ils étaient pour quelque chose dans l'arrêté. Erast aine engagea le recteur St rester calme et lui demanda la permission de se rendre à Bruxelles, |)our exposer l'affaire aux autorités supérieures. « Il y va de ma place, dit-il ; a mais ma santé, mon système nerveux, • ma sensibilité extrême, duc k des a éludes inconsidérées et â des acci- 9 dents fâcheux, ne me permettent plus » de me présenter devant des élèves qui a ont triomphé par des voies de fait, «quils renouvelleront quand bon leur » semblera.» Le recteur déclara qu'il voulait accompagner son collègue et que la résolution de celni-ci, en cas de non réussite, serait également la sienne; en attendant, le secret devait être gardé.
Le Sénat s'assembla; le recteur posa la question de savoir u si les Curateurs » avaient le droit de suspendre provin soirement les statuts, sans avoir en- 0 tendu le Sénat, m Destriveaux demanda la division ; le vote fut le même sur les deux points: 9 voix pour l'arrêté, 8 contre, deux abstentions (Gaëde et Fuss). On décida ensuite que les faits seraient portés à la connaissance du Ministre. Ernst aîné intervint activement pour amener une solution sauvegardant la dignité rectorale et ménageant en même temps, de fait, la susceptibilité des Jeunes gens. On fit droit à quelques réclamations légitimes de ces derniers, et de leur côté ils adhérèrent aux statuts, qui furent officiellement mis en vigueur, mais avec un caractère provisoire : en réalité, on les oublia bientôt. La conduite d'Ernst dans toute cette affaire lui valut, non seulement les remerciments chaleureux de l'autorité , mais une nouvelle nomination de recteur pour l'année académique 1827-1828.
Son mandat expiré, le ministre Van Gobbelschroy voulut le prolonger d'une année encore : mais toutes les insistances échouèrent: le 13 juillet 18âH, Ernst obtint, non sans peine, d'être déchargé de sa présidence ('). Le roi des Pays- Bas le créa, Tannée suivante, chevalier de l'Ordre du Lion belgique (*). Cette distinction lui était due à toutes sortes de titres, non seulement à raison de son mérite comme professeur, non seulement en souvenir de la sagesse et de la fermeté qu'il avait déployées dans les moments difficiles, et de l'influence qu'il avait eue sur le rétablissement de la discipline universitaire, mais encore comme récompense des service^ particuliers qu'il avait rendus à l'instruction publique en dehors de ses fonctions.
En 1816, il avait fait partie de la Comsion instituée pour rendre aux familles et aux collèges la jouissance des anciennes fondations boursières, détour-
( * ) Ces avanies précipitèrent sa réaolation 4e quitter Liège pour LÔuvaio, bien qu'il al< I^IbAC d'aetres oiotife (v. l'art. Wabnkoebig).
(* ) CaaMwe président du Collège des Curateurs.
(*) 11 eat pour suçcfys^eur KûUier(v. ce
nom). — En 1834-1835, Ernst alnë occupa pour la troisième fois le fauteuil rectoral.
(M 4 juillet 1829.— L'Ordre de Léopold lui fut offert plus tard : il fU entendre qu'il Ae croyait pas avoir assez fait, sous le oouvaau régime, poar le mériter.
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nées pendant quelques temps au proflt des Ecoles centrales. Il s'était acquitté de sa tâche avec tant de zèle et de conscience, que le ministre Falck le supplia, en 1819, d'accepter le titre de membre d'une nouvelle Commission, chargée d'aider le Gouvernement dans la recherche et le rétablissement des anciennes fondations. Ernst habitait alors Liège : il n'accepta point; le ministre lui déclara formellement qu'il tenait à le conserver, au moins comme membre correspondant, pour l'exécution d'une mission dont il ne voulait investir que des personnes dignes de la confiance générale par leurprobité, leur instruction et leur amour pour le bien public (*). En 1829, un arrêté du 22 février l'avait placé dans la Commission chargée de rédiger un projet d'organition de l'instruction moyenne (') : il supporta à lui seul la plus grande partie du fardeau ('). Plus tard, maintenu dans ses fonctions professorales par l'arrêté du 16 décembre 1830, il fit encore acte de dévouement, malgré sa mauvaise santé, en acceptant le mandat de membre de la Commission nommée le 51 août 1831 par le Ministre de Tintérieur ad intérim Teichmann, « pour discuter le projet d'une loi relative à l'instruction publique » (*). Le zèle et les lumières dont il fit preuve dans l'accomplissement de cette nouvelle tâche lui valurent la confiance toute spéciale de M. de Theux, qui lui proposa, en mai 1852, la place de secrétaire-inspecteur de l'Université, — « un . surcroit de besogne, » lui écrivait le Ministre. Ernst aima mieux rester exclusivement occupé de ses cours : Walter (v. ce nom) fut maintenu jusqu'à la
promulgation de la loi organique de
Au lieu de s'attacher par un nouveau lien à l'Université de Liège , Ernst accepta, le 15 juillet de cette dernière année, la chaire de droit national et de droit civil approfondi à l'Université de Louvain, où ses frères Antoine et Lambert allèrent encore une fois le retrouver plus tard. Cette résolution s'explique d'un côté par son zèle religieux, de l'autre par les instances réitérées du chanoine de Ram, recteur de Louvain ('). Les étudiants de Liège virent avec déplaisir leur ancien maître les quitter; M. Lambert Ernst (v. ce nom) faillit subir le contre-coup de leur mécontentement. Ernst aine réussit â Louvain comme à Liège : ses leçons de droit civil, toujours préparées avec le plus grand soin, remarquables surtout par une logique serrée et par une sagacité critique peu ordinaire, méritèrent littéralement l'admiration du célèbre jurisconsulte Blondeau , qui voulut l'entendre lors de sa visite à Louvain (*). Malheureusement le digne professeur soufi'rait d'une affection grave des poumons, qui s'aggrava tout d'un coup ; il mourut â peine sexagénaire.
Quelques mots sur son enseignement.
Ernst aine n'appartenait pas à cette école historique, dont Isi tradition, longtemps interrompue en France et chez nous, remonte jusqu'à Cujas, et que les grands travaux des Savigny, des Hugo et de tant d'autres illustres représentants de la science allemande ont rendue de nos jours plus florissante que jamais. Tandis que Warnkœnig (v. ce nom) importait à Liège les doctrines et les méthodes de ses maîtres d'outre-Rhin
(M De Ram, p. 46.
('} Avec le dacd'Ursel, président, C. Lehon, L. G. Luzac, M. R. Mctelerkamp, le baron Rengers, le baro« de Sécus, J. Van Focrs, P. F. Nicolal et A. L. DugnioUe, secrétaire.
(') De Ram, p. 20.
( *) Il eut pour collègues, dans celte Commission, Arnould, Belpaire, Gauchie, Gh. Lecocq et M. Quelelet. Le Ministre écrivit à Ernst, en lui expédiant l'arrêté : < Vous ôles le premier de ceux qui se sont présentés k mon esprit. > — Le projet de la Commission
de 4831 a été imprimé par ordre du Gouvernement. (Bruxelles, H. Remy, 4832, in-8* de S06 p.).
{*) c Le Gorps épiscopal attachait l'io- > térèt le plus vif à pouvoir acquérir, pour » son Université, un homme si éminemmeat » distingué par son savoir et par sa piété. » (De Ram, p. 22).
(*) Blondeau , doyen de la Faculté d« droit de Paris, était Namurois. Il revenait volontiers en Belgique , où il comptait beaucoup d'amis, surtout à Liège (v. la Biographie nationale, t. II}.
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Ernst, en droit civil, restait fidèle aux habitudes de l'école française. Sa manière se rapprochait de celle de Merlin ; îl s'attachait essentiellement au texte du Code, le scrutait dans les moindres dét;nls et s'appliquait, à force de le serrer de près, à en exprimer pour ainsi dire la sève. Le cours de droit civil approfondi devait durer plusieurs années :
tous les ans, il en détachait un ou deux titres ; mais il savait rapporter si heureusement à l'ensemble du système les sujets spéciaux qu'il traitait, que les élèves auraient pu s'imaginer qu'ils avaient entendu expliquer tout le Code. L'exposé de certains principes générateurs et de quelques controverses capitales trouvait place, par ce procédé, dans rétude de n'importe quel titre. C'est en considérant le Code comme un tout complexe et indivisible, dont un même souffle pénètre et vivifie tous les organes, qu'il se distinguait de la plupart des commentateurs ordinaires. Tandis que les élèves s'initiaient, dans le cours de droit civil élémentaire, à la langue juridique et aux éléments du droit, le cours approfondi leur montrait c4)mment on applique les principes , leur apprenait à étudier les questions spéciales, les habituait aux polémiques savantes : en un mot ils s'y présentaient les armes à la main ; on les y exerçait à s'en servir. L'érudition d'Ernst était peu commune; mais il n'en était point acc*4iblé. Quand il avait réduit une question controversée à sa plus simple expression et cité les autoritésqui avalenttraité la matière, il exprimait en termes lumineux et concis sa propre opinion. Cette introduction terminée et dictée, il abordait la discussion proprement dite. Son improvisation était pleine de verve ; sa parole libre, véhémente, sincère ; sa logique serrée et impitoyable. 11 ne savait ménager ni l'éloge ni le blâme.
L'apostrophe, le sarcasme, les saillies imprévues, les mots heureux, toute Tartillerie légère du discours étaient
mis en œuvre à certains moments par l'ardent polémiste (*). Touillier surtout n'était pas ménagé; en général, du reste, Ernst aimait à se prendre corps à corps avec les autorités les plus accréditées. On lui a fait un reproche de ce rigorisme inflexible qui l'avait mis, sur un grand nombre de points, en désaccord complet avec la doctrine et la jurisprudence. Mais peut- on lui en vouloir de n'avoir rien accepté sans contrôle? C'était un homme de théorie, et comme professeur il devait l'être :
il pesait les autorités au lieu de les compter ; il voulait la vérité et rien que la vérité : excellent exemple pour les avocats, si aisément portés à faire violence à la loi pour avoir raison quand même. Les circonstances, d'ailleurs, avaient contribué à développer l'esprit militant d'Ernst aîné ; à l'époque où il débuta dans l'enseignement, le Code civil venait à peine de paraître ; la Cour de cassation n'avait encore été saisie que d'un petit nombre de questions ; sa jurisprudence était parfois incertaine et hésitante. « En 1840, la situation était modifiée sans doute ; mais en 4840 les opinions d'Ernst étaient formées, et il eût été absurde d'en attendre ou d'en exiger le sacrifice » (*)• Ernst fut pour la Belgique ce que Touillier, Delvincourt et Merlin furent pour la France : il déblaya en quelque sorte un sol vierge. Imbu de l'esprit de Pothier, pour lequel il professait un profond respect , et d'autre part également versé dans la science du droit romain et du droit coutumier, il se sentait sur un terrain solide et il marchait en avant sans timidité. Quelques-unes de ses théories paraîtraient surannées aujourd'hui; mais n'en est-il pas de même de celles de bon nombre de ses contemporains? En publiant après sa mort, pendant la minorité de son fils, certains fragments de son cours, on l'a exposé à être mal jugé, car on n'a pas rendu la dernière expression de sa pensée. Chaque fois
{*) Ces appréciations se rapportent autant aux leçons données à Louvain qu'aux leçons données à Liège. Nous les empruntons partiellement à M. Schoitaert, ancien élève d'Ernst , qui a bien voulu , k notre in-
tention, consigner par écrit les impressions qui lui sont restées du cours de son digne maître.
( * ) Schotlaert, lettre citée.
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qu'une matière se représentait dans son enseignement, il l'étudiait à nouveau, comme s'il ne s'en était jamais occupé : c'est même ce désir sincère de faire toujours mieux qui l'empêcha jusqu'à la un de prêter Toreille à ses amis, qui rengageaient à mettre au jour ses excellentes dissertation (*), Bien qu'ayant certaines idées arrêtées, il progressa donc avec la science, et il serait injuste de fonder une appréciation sur d'anciens cahiers d'élèves. Cependant son exemple prouve, une fois de plus, que le mieux est l'ennemi du bien, et que la modestie doit avoir des limiles. Si Ernst avait donné une forme définitive aux parties les plus importantes de son cours, il resterait de lui un souvenir plus durable que celui de ses qualités personnelles. -— Son couis de droit naturel était très-simple, très-pratique et essentiellement chrétien. Ernst répugnait aux systèmes des nouveaux philosophes:
sincèrement religieux, il cherchait un critérium dans la révélation comme dans l'évidence. Il tenait surtout en défiance le transcendantalisme allemand ; il ne le ménageait pas plus qu'en droit civil il n'épargnait Touiller.
Ernst avait été, à Liège, membre du Collège électoral, sous le gouvernement des Pays-Bas ; pendant quelques années, il siégea au Conseil communal.
A Bruxelles, en i8i6, il avait succédé au comte de Ficquelmont (nommé commandant de Spa), comme conseiller de fabrique de l'église SS. Michel et Gudule.
Voici, d'après le chanoine de Ram, la liste de quelques-uns de ses ouvrages, tant imprimés que manuscrits :
i^ Thèses proposées à la discmsiott publique pour oUenir le grade de licencié en droit, Bruxelles, 1807, 8 p.
in-4^
2® Thèses proposées à la discttssi4)n publique pour obtenir le grade de docteur en droit, Bruxelles, 1810, 55 p.
in-4^
y* Thèses juris romani , de acquirendà vel amitlendâ hereditat£, quas in certamine publico , ad obtinendam cathedram juris Napoleontei , aut virarii munus, quae vacant in Facultate juridicâ Bruxellensi, public» disceptationi proponet J.-G.-J. Ernst (iO avril 1813).
Bruxelles, 16 p. in-4*».
4*» Thèses sur les successions irrégu- Hères, soumises à la discussion publique du concours, le 22 avril 1813.
/Wrf., 28 p. in-4».
5° De jure civili quo hodiè utimur (Discours prononcé à Liège, comme recteur sortant). Ann. acad. Leod., vol. III,
6° Mémoire Ms. (en possession de M. l'avocat-général Ernst) sur la question de savoir si la ville de Liège doit conserver son Collège. — La réponse est afiQrmative et justifiée par des raisons solides. Ce travail remonte sans doute à l'époque où Ernst siégeait à l'Hôtelde-Yille de Liège.
7® Réponse aux questions soumises à Vexamen de la Commission de révision des règlements sur rinstruction publique (20 juin 1828. La Haye, 17 p. in-folio).
Mémoire rédigé au nom du Sénat académique de Liège, et signé par Ernst, comme recteur, et par D. Sauveur, comme secrétaire. L'enseignement moyen , y est-il dit , doit préparer exclusivement la jeunesse aux études universitaires. CeUes-ci ne doivent être libres que pour les jeunes gens qui ne visent pas à obtenir des grades. Pour les autres, il y a lieu d'exiger des cerliflcats de fréquentation assidue. — La Faculté des sciences est d'avis que les Ecoles polytechniques doivent être séparées des IJniversités, etc. ( ' ).
8° TUre XVIII du Code civil (livre III) ; Des privilèges et hypothèques.
Louvain, in-8°.
Ouvrage posthume, publié d'après an cahier d'élève. C'est une simple ébauche, rédigée par Ernst lorsqu'il était malade, et ne pouvant donner qu'une idée très-imparfaite de son enseignement et de ses qualités comme jurisconsulte (v. ci-dessus}.
( * ) Nous avons sous les yeux une correspondance de plusieurs profe.sseurs de droit, relative à cet objet. M. l'avocat-général Ernst possède en copie trois dissertations
de son père : les autres peuvent être considérées comme perdues en partie ( " ) Autres temps, autres idées.
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9* Dissertations manuscrites, commnniquèes par Ernst à ses élèves ( * ), savoir :
a. Sur Vart, 6 du Code civil. — Cet article est un de ceux qui offrent les plus grandes difficultés. La plupart des auteurs se réfugient dans des généralités lorsqu'il faut expliquer les mots bonnes mœurs,
b. Sur le système du Code relativement aux actions des mineurs. — L'auteur passe en revue les actes des mineurs et des tuteurs, et discute les principales opinions en présence.
c. Sur les obligations divisibles et indivisibles. — L'indivisibilité des obligations est une matière extrêmement difficile , et sur laquelle il y a eu dissentiment , non-seulement parmi les auteurs anciens, mais aussi parmi les modernes ; Ernst a rendu le système du Code si simple et si naturel, qu'on ne comprend plus ce dissentiment.
d. Sur la résolution expresse et sur la résolution tacite des contrats.
e. Sur la nullité de la vente de la chose d'autrui. — Travail non moins remarquable que les précédents, par la richesse des principes que l'auteur indique et par la profondeur de ses vues.
On avait volontiers recours aux lumières d'Ernst, et les notes qu'il donnait à ceux qui le consultaient formaient souvent de véritables dissertations. (( Pour ma part, dit le chanoine » de Ram (p. 38), je puis citer celles » qu'il eut la bonté de me communi- » quer sur la législation des fabriques I» et des établissements religieux, sur » les effets de la personnification civile, » et sur l'utile distinction du cours de » droit civil en cours élémentaire et en i> cours approfondi, n
Sources : Documents en possession de M. Ernst fils. — Discours de P. F.X. de f^am, prononcé le 10 octobre 1842 an cimetière de l'abbaye du Parc lez- Louvain (Louv., 1842, 59 p. in-8") (■). — Discours de MM. Quirini et Van Bockel, bourgmestre de Louvain (Ibid., 22 p. in-8«). — Discours de M. Schol-
laert (Ibid,, 45 p. in-8<»). — Correspondance.
Efni«t (Antoine - Nicolas -Josepb), frère du précédent, naquit à Aubel le 20 mars 1796 et mourut à Boppart (sur le Rhin) le lOjuillet 1841, quinze mois avant son afné. Nous avons dit que celui-ci fut pour lui un second père (v.
l'art. J. -G -J . Ernst) et un maître éclairé. Ses humanités achevées au lycée impérial de Bruxelles, le jeune Antoine suivit les cours de l'Ecole de droit de cette ville et en sortit le 6 juin 18i6. avec le grade de licencié, obtenu summà cum laude. Il prit immédiatement place au barreau, mais en même temps se prépara au professorat, en donnant des répétitions de droit romain. Ernst afné ayant été appelé à l'Université de Liège en 1817, ses frères l'y suivirent ; Antoine fut nommé professeur extraordinaire à la Faculté de droit le 15 février 1822, |)uis, le 3 juillet 1827, promu à l'ordinariat. Son discours inaugural, prononcé le 15 avril 1822, est intitulé : Dejuris causis diversisque jurisprudentiœ partibus (Ann. Acad. Leod.. vol.
V, 1821-1822). Dans la première partie de sa carrière, il se voua tout entier à l'enseignement; dans la seconde, il devint l'un des hommes politiques les plus influents du pays ; dans la troisième enfin, il occupa de nouveau une chaire universitaire. Rien qu'il n'eût pris aucune part aux événements de 1850, il fut élu membre suppléant du Congrès national; mais on fit de vains efforts auprès de lui pour le décider à siéger dans cette illustre assemblée, après la retraite de M. Nagelmackers. Pendant l'année académii|ue 1851 -1852, il exerça les fonctions de recteur. Il ne consentit À interrompre ses cours pour aller remplir un mandat parlementaire qu'en 1855, ù l'occasion de la dissolution des Chambres. Pour procéder avec ordre, nous le considérerons tour A tour comme professeur et comme homme d*ElaL
Il enseigna successivement le droit
( * ) D'après M. le professeur Itelconr (ap. De Ram).
(•) Et Journal de Ùruxellei, n« du 15 octobre 1849.
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commercial ( ' ), rencyclopédie du droit, le droit civil élémentaire et les Institutes du droit romain. Son cours d'encyclopédie, bien que non obliptoire à cette époque, fut suivi par tous les élèves, qui en appréciaient la baute utilité. C'était un enseignement nouveau dans notre pays, importé d'Allemagne et encore inconnu en France : de précieuses rechercbes sur Forigine du droit, un tableau des législations anciennes, un appendice sur le droit coutumier, la transition du droit ancien au droit moderne parfaitement marquée, le tout mis en rapport avec nos besoins et l'état de notre législation, le tout envisagé au double point de vue de la philosophie et de l'histoire, c'en était plus qu'il ne fallait pour attirer une jeunesse qui commençait à se passionner vivement pour les sciences morales et politiques ('). On n'admirait pas seulement chez le professeur une logique puissante, une clarté limpide dans l'exposition, une grande solidité dans les idées, mais on devinait sous le profond jurisconsulte un penseur et tout à la fois un esprit pratique. Mais où Ernst triompha véritablement, ce fut dans ses cours de droit civil élémentaire et des institutes. Laissons parler son biographe (') : a Avant M.
Ernst, il n'y avait guère dans nos Universités que des leçons approfondies sur une partie du Code ; le jeune professeur comprit qu'il y aurait avantage à placer, à côté de ce cours de haute discussion, un cours plus restreint aux principes, et qui embrasserait en deux ans l'ensemble du Code. Le succès fut tel , qu'aujourd'hui encore ses anciens élèves n'en parlent qu'avec enthousiasme ; ils se souviennent toujours de cette puissance d'analyse , qui permettait au professeur de simplifier les matières les plus compliquées et de les présenter en un tableau succinct qui frappait tous les esprits. — Dans le cours des Institutes, il avait parfaite-
ment saisi la llmile qui sépare ce cours de celui des Pandectes; il réunissait les deux anciennes méthodes presque exclusives : celle du traité, qui ne donnait que les principes sans voir les textes; et celle du commentaire, qui s'attachait à interpréter sèchement la lettre, sans vue d'unité et sans point de départ. Pendant six mois d'abord.
M. Ernst expliquait les Institutes en forme de traité; il résumait avec ordre les principes généraux de tout le droit romain, mais toujours en prenant les Institutes pour base, et ce n'était qu'en passant qu il commentait çà et là l'un ou l'autre passage difficile. Chaque chapitre, chaque titre avait en tête les indications des sources, Institutes, Pandectes, Code, Novelles, où le professeur puisait les principes qui formaient et complétaient le beau plan de cette première partie de son cours. La seconde était essentiellement pra/t^tt^: M. Ernst y aidait ses élèves, fortifiés déjà par le suc d'une saine doctrine, à expliquer la lettre même des principales matières des Institutes. » Malheureusement ces cours n'existent qu'en cahiers ; et s'il devait être un jour déféré au vœu du chanoine de Ram, qui en souhaitait ardemment la public4ition, on devrait user de beaucoup de prudence et s'assurer avant tout qu'on possède bien la pensée définitive de l'auteur (v. l'art. J.-G.-J. Ernst). Il y aurait lieu, en tous cas, de comparer les anciens cours faits à Liège avec ceux qu'Antoine Ernst donna pendant les deux dernières années de sa vie à l'Université de Louvain, où il était ailé rejoindre ses frères (1859), renonçant une fois pour toutes aux affaires publiques et heureux de reprendre sa vie paisible et studieuse.
La période intermédiaire dont il nous reste à parler embrasse six années (4855-1839), qui marqueront dans l'histoire de la jeune Belgique, non qu'elles aient été fertiles en événements retentissants, mais à cause de la gravité des
( ' ) Oc cours était très-élémentaire. L'enseignement du droit commercial ne prit que plus tard une importance sérieuse à l'Université de Liège (v. l'art. Godet).
{*j II est certain que, jusqu'à 4830, cette
tendance fut dominante chez les étudiants de l'Université de Liège.
(*) P. F. X. De Ram, Discours prononcé sur la tombe de M, Antoine-N.-J, Ernsi^ le 47 juillet 4841. Louvain,in-8<>, note 4, p. 18.
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questions agitées au sein du Parlement, et de l'influence des solutions qui y ont été données sur Tattilude ultérieure des partis et sur les destinées de nos institutions nationales. Le traité des vingtquatre articles, onéreux pour la Belgique mais reconnaissant sa neutralité perpétuelle sous la garantie des puissances, avait été ratifié à la fin de 1851 ; mais il s'agissait d'en assurer l'exécution, et la Conférence de Londres, à qui ce soin difficile était contié, voulait faire tout dépendre d'une négociation entre les Pays-Bas et la Belgique (').
La Belgique était pressée d'en finir; mais elle entendait qu'avant tout son territoire ne fût plus à la merci des étrangers. Le roi Guillaume, au contraire, protestait contre le traité et comptait sur une politique de tergiversation. La France et l'Angleterre voulurent lui forcer la main en le mettant en demeure d'évacuer Anvers ; mais l'opinion publique, dans nos provinces, ne vit pas sans déplaisir cetle intervention , et s'indigna de voir la Belgique placée sous une sorte de tutelle. On voulait la guerre avec la Hollande : en vain le ministère fit tous ses efforts pour ménager les susceptibilités populaires, tout en sauvegardant la dignité nationale ; en vain MM. Devaux, Kogîer, Notbomb insistèrent sur Timportance capitale de Tévacualion d'Anvers : la Chambre des représentants répondit par une abstention à la demande d'un vote de confiance. Le Sénat se montra de meilleure composition : sur ces entrefaites, les Français s'étai iit mis en marche et, le 25 décembre 1852, après une héroïque défense, le général bollandais Chassé leur remettait les clefs de la citadelle d'Anvers. Mais Guillaume n'en parut pas plus disposé à traiter ; il lissa pendant cinq ans encore la toile de Pénélope. En Belgique, le Cabinet de 1852 se trouva dans la situation la
plus fausse : suspects de trahison pour avoir accepté le secours d'une puissance amie, les ministres avaient donné leur démission le 26 novembre,- mais s'étaient vus forcés de reprendre leurs portefeuilles, par suite de l'impossibilité de constituer une administration nouvelle ('). Battus sur le budget de la guerre au mois d'avril 1855, démissionnaires une seconde fois et maintenus encore par la volonté royale , ils ne pouvaient plus compter que sur une mesure extrême : l'appel au pays. Un arrêté du 28 avril prononça la dissolution de la Chambre des représentants ; la Chambre nouvelle fut convoquée pour le 7 juin. La presse s'émut, l'orangisme releva la tête ; des désoi*dres eurent Heu à Gand et à Anvers ; les élections ne modifièrent pas sensiblement la majorité parlementaire ; mais le ministère trouva un point d'appui dans la Convention du 21 mai, commencement d'exécution du traité des 24 articles.
Plus ardents que jamais, les adversaires du Cabinet ne reculèrent pas devant des violences : M. Gendebien proposa la mise en accusation du ministre de la justice (Lebeau), qui avait accordé au gouvernement français l'extradition d'un banqueroutier frauduleux. 11 fallut toute leloquence de M. Nolhomb pour faire rejeter la proposition Gendebien (55 voix contre 18). On doit reconnaître, du reste, que Lebeau n'avait pas pour lui la stricte légalité : mais il n'avait fait que suivre l'exemple de M. Gendebien lui-même, qui, étant chef du département de la justice, avait livré à la police prussienne deux forçats parvenus à se réfugier dans l'armée belge.
C'est au milieu de ces débats passionnés qu'Antoine Ernst, porté au Parlement par les électeurs de Liège après la dissolution de la Chambre , dessina pour la première fois son attitude politique, franchement anti-ministériel]e(').
[*} Hymans, liiu, populaire du règne de UopoidI, 3« édition, Broxelles, 1865, in-S», p. 108 et suiv. — Thonissen, La Belgique sous Léopold /, 2* tfdilion, t. I et t. 11.
t *} Hymaos, p. 137. — Thonissen, t. II, p. 119.
( ' , Il importe de rectifier ici une errcar
accrédilde. Ernst entra à la Chambre sans avoir pria d'engagement envers aucun parti, el il tint à honneur de le faire entendre clairement à ses collègues (Séance du 21 juin 1833 ; Moniteur^ n" 174). En jugeant superficiellement sa conduite ultérieure, on l'a représenté comme un transfuge du libéralisme :
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Il attaqua la convention du 24 «lai, reprocha au cabinet la répression insnfflsante des désordres, lui fit on grief de la dissolution de la Chambre et, dans l'affaire Gendebien, déclara que son serment de maintenir la Constitution robllgerait de souscrire à Pacte d^accusation, s'il était formulé. Le ministère, voulant couper court à toutes les controverses, soumit à la Chambre un projet de loi sur l'extradition ; rapporteur de la Section centrale, Ërnst défendit les amendements qu'elle proposait, parce qu'ils étaient à ses yeux des précautions prises contre Tarbitraire auquel le projet du Gouvernement laissait la porte ouverte.
Son rapport n'en est pas moins une oeuvre d'impartialité et de bonne fol, d'autant plus méritoire qu'en somme II y venait indirectement en aide à un cabinet qui n'avait pas sa confiance. 11 était virulent dans la discussion ; mais la modération du langage n'était pas alors chose commune au Parlement; dans tous les cas, s'il est permis de penser qu'il ne tint pas toujours compte des dlflicultés de la situation que les événements faisaient au ministère, on ne saurait méconnaître non plus que son intention ne tut jamais de susciter des tracasseries au pouvoir : Il faisait de l'opposition, non pas quand même, mais à raison de ses convictions; îl était si pu inféodé à qui que ce soit, quMl ne fit jamais difficulté de résister à ses amis politiques, alors qu'il semblait que son intérêt eût été de les ménager. C'est ainsi qu'il soutint contre MM. Dubuset l'abbé de Foere le maiiuien des subsides accordés aux établissements d'instruction moyenne : « Je défends ce que je crois juste et vrai avec tes ministres, dit-il, comme je le défendrais contre eux (') »; seulement, il se hâtait d'ajouter que le cabinet n'avait pas sa con-
fiance : dêlenda Catikafo, Se cfoyàit-11 en présence d'un devoir à remplir, il ne redoutait pas rimpopularité, témoin son discours contre la suppression ée& traitements d'attente accordés sous Fanrien gouvernement : c'était plaider, insinuait-on, la casse des orangist«s!
Ernst avait d'abord étonné la Chambre par ses philippiques ; mieux on le connut, plus on l'estima, ses adversaires comme ses amis, bien qu'il ne les épargnât pas. Son talent, son éloquence, et d'autre part son profond respect pour la légalité lui valurent dès ses débuts une influence considérable: on pressentit bientôt en lui un futur ministre. Il était sans ambition ; mais la lutte qu'il avait engagée, il la poursuivit à outrance, et s'il ne cherchait pas un portefeuille pour lui-même , il avait du moins à cœur la reconstitution du.ministère. L'hésitation ou la faiblesse du gouvernement, en présence des pillages de 4854, porta son irritation au comble; il proposa formeltofnent à la Chambre, conjointement avec M. Dubus, d'infliger anx ministres un blâme dans l'adresse, et d'y faire allusion à loi sur les étrangers, à propos des mesures exceptionneltes que réclamait la sécurité de l'Etat. La Chambre ne le snivit pas sur ce terrain ; eHe se contenta de voter une loi sévère contre les manifestations orangistes, et eHe eat raison. — Le ministère, dans cette circonstance, obtint une majorité imposante; aussi bien sa position paraissait se raffermir: le vote des chemins de fer, la reprise vigoureuse du travail national, l'ordre public rétabli, tout senrt>lalt lui présager une longue existence, lorsqu'à l'étonnement général MM. Rogier et Lebeau, dans la séance du 4" août, vinrent annoncer leur retraite (■). On fit toutes sortes de conjectures: il ne s'agissait en définitive,
c'est une injustice. Ses aspirations étaient libérales comme celles d'un certain nombre de catlioliques au temps de YUnion ; mais il mettait son amour-propre à rester personnellement indépendant. C'était avant tout un homme d'ordre, mais en même temps tm esprit entier et un ardent polémiste, fi se trouva en liostilité déclarée avec les chefs futurs du libéralisme, et sa véhémence dut naturelle-
ment irriter leurs amis. Mais encore une fois il n'avait point donné d'arrhes au parti, et par conséquent on ne peut pas dire qu'il l'abandonna.
( * ) Séance du )1 septembre (Moniteur, no S65).
(■) Thonissen, t. II, p. 497 et suiv. — Hymans, p. 450.
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parait-il, que du général ETaîn, ministre de la guerre, dont les deux démissionnaires avaient inuiilemenl demandé le renvoi. Quoi qu'il en soit, cette dislocation du cabinet de 1832 était chose prévue, puisque des démarches officieuses furent tentées auprès d^Ernst, dès le mois de juillet, pour l'engager A entrer dans un nouveau ministère ( * ). Il repoussa d'abord les offres qui lui furent faites ; mais on savait que son 0(>position n'avait eu pour mobile que le bien du pays ; on comprenait que l'inauguration d une politique nouvelle, politique de conciliation, était devenue nécessaire ; bref, on insista si bien qu'il n'eût pu, sans se manquer à lui-même, refuser de contribuer à faire cesser les embarras du moment. Un ministère mixte fut donc constitué le 4 août: MM. de Tbeux et de Meulenaere y entrèrent comme représentants de l'opinion c^tliolique ; MM. d'IluartelËrnsty prirent place à titre de libéraux ; le général EvaÎJi et Félix de Mérode survécurent seuls à leurs anciens collègues. On glosa beaucoup sur cette combinaison; on prétendit qu'Antoine Ernst, en s'associaotavec M. de Theux, reniait enquelque sorte ses antécédents. 11 laissa dire; aussi bien, en acceptant, restait-il fidèle aux traditions unâonis/f». Ces traditions étaient encore vivantes à Liège, puisque libéraux et catholiques y accordèrent de nouveau leurs suffrages à Ernst, soumis à réélection par suite de l'acceptation du portefeuille de la justice ; elles étaient encore vivantes dans l'esprit môme des ministres démissionnaires, puisque M.
Rogier accepta du nouveau cabinet le gouvernement de la province d'Anvers, et Lebeau celui de Namur ( " ). Cependant les partis étaient à la veille de
s'affirmer, ch^K^un de son côté, plus fermement que januiis, comme le prouva bientôt la création des deux Universités libres ; mais le |)oint de vue où se plaçait Ant. Ërnsi n'i»\ait rien de commun avec le radicalisme de leurs dissidences : il s'unissait à M. de Theux parce qu'il y avait, entre ces deux hommes, assez de convictions communes, pour qu'ils pussent compter l'un sur l'autre pour assureraupaysune administration répondant loyalement aux aspirations générales. Une des premières œnditions de l'acceptation d Ernst avait été la présentation d'un projet de loi sur l'expulsion des étrangers : à aucun prix il ne voulait de mesures arbitraires, prises par de simples arrêtés. Ce qui avait été adopté pour l'extradition, il le demaiMlait pour l'expulsion et il l'obtint (loi du 22 septembre 1855). On a voulu plus tard mettre le minislreen contradiction avec le dé|)uté, à propos de l'affaire Malafosse , dont il fut fait rapport à la Chambre dans la séance du 26 octobre 1857. Il s'agissait de l'arrestation d'un banqueroutier condamné à Toulouse, en fuite avec des valeurs considérables, et dont l'autorité française réclamait Texiradition. Le ministère avait tout simplement transmis au procureur-général le mandat d'arrêt expédié de France ; ce magistrat devait, d'après la loi sur rextra(Stion, faire déclarer ce mandai exécutoire par le Tribunal de première instance de Bruxelles ; mais le tribunal ne siégeant pas ce jour là, il avait transmis d'urgence les pièces, bien que non régulières, à I Administrateur de la sûreté |)uhlique. Malafosse fut retrouvé h Anvers nanti de24,000rr., en billets et en livres sterlings, ce qui rendait mani reste son intenliim de partir
(*) V. la note S du discours du chanoioc de Ram, p. 26. Celte note est extraite d'une nolice rt^digt^ par une personne 1res -bien informée el dont le manuscrit original nous a été eonfié ; nous y avons puisé quelques détails inédits.
(') Thonissen, p. 204. — Il fut même qocstioD d'introduiro M. Rogier dans le nouveau cabinet. Nous lisons dans une lettre privée d'Ant. Ernst, datée du H août : « Sur ma pro{iosition, Toffre a été faîte hier à H. Rogier de diviser le ministère de l'intérieur
avec M. de Tlieux, et de prendre les travaux publics et le commerce ; il a demandé à réfléchir jus(iu'à ce jour. M. Rogier a beaucoup gagné dans Tupinion de la Chambre et du pays depuis quelque temps; moi aussi je n'ai pu m'empècher de voir en lui un horamo franc, loyal et qui ne manque pas de talent ; Je désire d'autant plus qu'il accepte, que cela Torliflera Topinion libérale dans le Conseil...» — P. S. « M . Lcbeau a donné brusquement sa démission... il a entraîné M. Rogier dans sa dcmarche. »
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pour TAngleterre. On Parrêta donc provisoirement, ei (lès le lendemain le tribunal remplît les formalités léguâtes.
Malafosse adressa une réclamation au Parlement, d'urgence) le ministre différa Textradition par respect pour la Chambre, et répondit aux interpellations qui lui furent adressées, en démontrant que Textradition était régulière , mais que Tarrestation lui était étrangère. — Vous fuyez le débat, s'écria-t-on. — 11 répondit en appuyant énergiquement ses inférieurs et en déclarant que s*il eût été consulté à temps, il aurait donné luimême l'ordre d'arrestation. Les journaux épuisèrent contre le ministre toutes les munitions de leur arsenal : il garda le silence, au risque de compromettre sa popularité. L'affaire n'eut pas de suite ; on finit par s'apercevoir que l'on avait confondu deux faits bien distincts (*).
Nous lisons dans un rapport, d'ailleurs fort remarquable, présenté au Sénat français, en 1867, par M. de La Guéronnière :
n En Belgique, pendant une période » de cinq années, de iSSO à 1854, la » peine de mort, quoique maintenue en )) droit, a élé pratiquement abolie, et n cependant les crimes entraînant cette » peine ne se sont pas accrus. Toule- » fois, le Gouvernement belge n'a pas » jugé pouvoir prolonger l'expérience, » et Véchafaud , qu'on croyait abattu , » 8'est relevé ('). » Cette dernière phrase s'applique à Ant Ernst, qui effectivement, en 1835, remit en vigueur la pratique de la peine de mort. Au Sénat {'), MM. de Mérode et de Sécus s'étant plaint de l'abus du droit de grâce, et ayant attribué la multiplication des crimes à la fausse philanthropie du ministre de la justice, celui-ci répondit que la peine de mort n'était
pas plus abolie en fait qu*en droit. Il ajouta que, pour sa part, il n'avait jamais fait de proposition de grâce pour un assassin (*), Il annonça en même temps qu'on s'occupait dans son ministère d'une statistique criminelle générale : en admettant même son opinion sur la peine de mort, on comprend qu'il avait besoin, pour expliquer son consentementà des rigueurs auxquelles on n'était plus habitué, d'établir que lexpérienc^ en démontrait la nécessité.
D'autre part, dans la même séance, M. de Baillet avait élevé des doutes sur la prétendue augmentation des crimes depuis cinq ans, et soutenu qu'en tout cas la diffusion des lumières servit ait plus efficacement que la sévérité des peines à prévenir les crimes et les délits. M. de Hobiano s'était prononcé sans hésitation contre la peine capitale, au nom du commandement divin : non occides! M le comte d'Aerschot avait rappelé, en revanche, qu'on s'était vu obligé de rétablir la peine de mort en France. Il s'agissait dans tous les cas d'interroger les faits : or, il arriva que le ministre fit paraître au Moniteur^ le 3 février, c'est-à-dire avant que la statistique eût été dressée, une note relative aux condamnations capitales prononcées le 6 et le 25 octobre 1837 par la Cour d'assises de la Flandre Occidentale. Six condamnés obtenaient la commutation de la peine capitale en travaux forcés à perpétuité; mais cette commutation était refusée à l'assassin Nys. « L'arrêt sera exécuté, » disait la note. L'atrocité du crime et » les antécédents du condamné l'ont » rendu indigne de la clémence royale. n La tête de Nys tomba en effet sur la place de Courtrai le 9 février, six jours après la déclaration du journal officiel. Le jour même où cette déclaration avait
(*) De Ram, note 1, p. 30.
(*) Pas cependant à Liège, ni dans tout le ressort de la Cour d'appel. On n'a plus exécuté à Liège depuis 1824.
{^) V. la séance du Sénat du 31 janvier 1835 [Moniteur, no 33), et le Journal de Bruxelles du S3 août 1867 (Lettre de M. Lambert Ernsl)
(*; Y. 1\ioms%eïi y Quelques mots sur Iq
prétendue nécessité de la peine de mor/, dans les Publications de C Association pour l'abolition de la peine de mort, n° i. Liège 1863, in-8o, p. 35. — Le no 3 des mômes Publications contient un compte-rendu ddtaillè et très-instructif des mêmes débats, par M. A. Visschers, notre èminent statisticien philanthrope. Nous renvoyons le lecteur aux réflexions qui terminent ce travail.
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paru, M. H. de Brouckère s'était cm obligé de reproduire à la Chambre des représentants une motion qu'il y avait déjà présentée, pour Tabolition de la peine de mort. La proposition fut renvoyée aux sections; M. Milcamps présenta un rapport au nom de la section centrale ; mais la proposition resta enterrée pendant dix ans , parce qu'on jugea nécessaire de consulter avant tout les Cours et Tribunaux. La statistique criminelle des années 185i à iSoA parut sous la forme d'un rapport au Roi , à la date du 15 octobre 1855; celle de 1855 fut publiée trois ans plus tard, par le même ministre Démontre-t-elie clairement qu'il y avait nécessité de rétablir Téchafaud ? On en jugera en consultant Texamen impartial qu'en a fait M. A. Visschers (M. Nous dirons seulement, quanta Ernst, qu'en refusant d'intercéder pour Nys, il crut remplir un strict devoir et fil certainement violence à ses propres sentiments ( ' ). Onze condamnations à mort prononcées à Bruges dans une seule session ! Ce fait avait fortement frappé son esprit, et de même que le comte de Mérode, il se représentait avec terreur la sécurité devenue proverbiale parmi les assassins. « L'inquiétude, il faut en convenir, s'était répandue dans le |iays; des feuilles étrangères se plaisaient à qualifier la Belgique de repaire de criminels. C'était une calomnie évidente : les condamnations de 1854 se rapportaient ù des bandes de brigands qui avaient infesté le pays pendant plusieurs années et
qu'on venait seulement de découvrir; elles n'attestaient point une recrudescence générale delà criminalité.— L'expérience d'une seule année n'était pas en tous cas décisive; et enfln, pourquoi ne pas attendre la publication de la statistique ? Mais le ministre voyait l'ordre public menacé ; les considérations auxquelles il nous est facile de nous livrer aujourd'hui ne se présentèrent point à sa pensée ; il ne songea qu'à rassurer les honnêtes gens et il se prononça d'urgence, à ses risques et périls, comme les juges inflexibles de l'antiquité.
Les adversaires politiques d'Antoine Ernst sont les premières à faire l'éloge de son intégrité et de son habileté comme administrateur (^). Ennemi des intrigues et des coteries, il mit une attention minutieuse à ne confier les emplois qui venaient à vaquer dans son département, surtout dans l'ordre judiciaire, qu'à des hommes dignes de les occuper, sous te double rapport de la capacité et de la moralité. Il anéantit le principe de la vénalité, qu'il avait attaqué sous le ministère précédent (*). La Chambre rendit un hommage éclatant à sa rigoureuse équité, lorsque, après avoir augmenté le personnel de la Cour d'appel de Bruxelles ( * ), elle conféra au Gouvernement le premier choix des nouveaux conseillers (°).
Tout en s'occupant activement d'introduire d'utiles réformes dans les divers services placés sous son autorité (^), il prit une grande part aux délibérations des Chambres, lorsque furent discu-
( * ) V. la note précédente.
(*) Le faitsaivaot, rapporté par De Ram, le démontrerait au besoin : « On vit plusieurs jours M. Ernst dans un tHat extraordinaire d'inquiétude , et quelle en était ta cause? L'ne vieille mère était venue de bien loin se jeter k ses pieds pieds et solliciter la grAce de son fils, condamné à mort. Le ministre attendait en tremblant les rapports, craignant de devoir repousser la mère ; ce fut pour lui un jour de bonheur, quand i! trouva des circonstances favorables qui lui permirent de solliciter du Roi une commutation de peine » (p. 31).
(») Hymans, p. 157.
(«) Moniteur de 183 i (n» i240 .
(") Momfeur de 183G (no 36 .
(0) De Ram, p. 3â (note S>.
( ^ ) Ernst tu beaucoup pour les établissements de bienfaisance ; il améliora en outre le régime des prisons, où il introduit les sœurs de charité. C'est sous son administration que fut fondé te Pénitencier de Namur, où se trouvent réunies, dans un but d'amélioration morale, les femmes condamnées à un emprisonnemeni de plus de six mois : elles étaient auparavant disséminées dans tes diverses prisons du pays. C'est à lui encore qu'appartient la première pensée du Pénitencier des jeunes délinquants, fondé plus tard à St-Hubert. (De Ram, note S, p. 36; Hymans, p. 458).
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tées, en i855 et 1856, les grandes lois organiques de renseignement supérieur ( * )« de la province et de la commune. Dans le cours de cette dernière année, des difficultés financières faillirent amener la dislocation du cabinet.
De nombreuses questions étaient en litige entre TEtat et la Société générale. Partout surgissaient, sous le patronage de cette dernière, des sociétés anonymes, dont il s'agissait de régulariser la marche et de prévenir les écarts par des moyens légaux. La Société générale, caissière de FEtat, était l'objet d*altaques incessantes : on allait jusqu'à dire qu'elle spéculait avec les deniers des contribuables, et que , le roi Guillaume possédant les trois quarts des actions, les bénéfices étaient transportés à La Haye, d'où ils servaient à solder la contre-révolution à Bruxelles ! La Banque de Belgique fut créée pour lui servir de contre-poids et pour devenir plus tard un établissement national : voulant parer le coup et se rattacher ouvertement au régime nouveau, la Société sollicita pour son gouverneur et l'un de ses directeurs (') le titre de ministre d'Etat. M. de Mculenaere appuya cette prétention, qui fut énergiquement combattue par MM. de Theux, Ernst et d'Huart. Ernst déclara qu'il déposerait plutôt son portefeuille que de consentir à un acte contraire, selon lui, aux intérêts du pays. Les documents que nous avons sous les yeux établissent qu'il fit preuve, en cette circonstance, d'une fermeté et d'une dignité de caractère qu'on ne saurait assez admirer. Il sut résister à toutes les influences : un temps viendra ,
écrivait-il en haut lieu, où l'on me rendra justice. Le cabinet fut maintenu; M. de Meulenaere seul échangea son portefeuille contre le gouvernement de la Flandre orientale.Quelque temps après, les mêmes dissidences se reproduisirent sous une autre forme, à propos du refusd'autoriserla Société de mutualité industrielle; la démission d'Ernst fut de nouveau refusée.
La plus grave de toutes les questions, celle de Texéculion du traité des 24 articles, auquel la Hollande adhéra tout d'un coup, vint créer au cabinet de graves embarras, .en présence de l'explosion du sentiment public et d'une brochure restée célèbre de M. Dumortier, plaidant la nullité des stipulations en vertu desquelles une partie du Limbourjc et du Luxembourg devaient retourner à la Hollande. Le fait est que les négociations n'avaient été que suspendues en 1855, et maintenant il n'était queslion.de rien moins, que de faire passer purement et simplement la Belgique sous des fourches caudines.
Ce n*est point ici le lieu de revenir sur les épisodes palpitants d'intérêt qui pré.!édèrent le douloureux sacrifice de 580,000 Belges (*). Les ministres Ernst et d'Huarl ne crurent pas pouvoir souscrire h la mutilation du territoire : ils déposèrent leur portefeuille le 51 janvier 1859, huit jours après le vole (*). Leur démission fut un acte conscinncieux, accompli sans arrière-pensée.
Ils le prouvèrent le lendemain même ù la Chambre, en aidant de leur parole et de leur vote les ministres restants à sortir de l'embarras où ils se trouvaient (*). Le mandai parlementaire
(*) V. le discoarsdn M. Nypels. — Ernst avait fait partie , avec MIM. de GerJHche, de Theux , P. Devaux, de Behr , d'Uane de Potter et Warnkœnig , de la Commission chargée, le 18 novembre 1833, de préparer un nouveau projet de loi de l'enseignement supérieur.
( ■ ) MM. Meeus et Coghen. — Thonissen, t. Il, p. 27â et suiv. — V. les séances de la Chambre des représestan'.s du â8 et du 30 Janvier 1837.
(') On n'a pas oublié le mot de M. Gondebien ! «Non ! 380,000 fois non, pour 380, 000 Belges que vous sacriflez à la peur l »
{*) Cette démission ne fut cependant indiquée que sous la date du 4 février eX publiée que le lendemain, en mCmc temps qu'un arrêté prorogeant les Chambres d'un mois (De Uam, note 2, p. 34). Ernst fut remplacé au ministère de la justice par M. Baikom, depuis procureur général à Liège; M. Desmaisières devint le chef du département des finances.
(*) « Avant que M. de Theux ne déposât à la Chambre un simple rapport sur la notification des actes de la Conférence en d.itc du â3 janvier, plusieurs députés songèrent k faire cesser le dissentiment qui s'était
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d'Ernst expirait au mois de juin : peu de temps après Tadoption du trailé, il déclara aux électeurs liégeois qu*il renonçait à toute candidature et rentra dans la vie privée. Des fonctions publiques, des distinctions honorîGques (') lui furent vainement offertes : il se contenta d^eniporler dans sa retraite la conscience de n'avoir jamais cherché, dans le cours de son long ministère, que le bien de son pays. On a dit justement de lui qu'il fut toute sa vie plus désireux d*ètre utile que de le paraître : simple dans ses goûts , consciencieux jusque dans les moindres détails des affaires, sévère envers lui-même, sincère, loyal et désintéressé, il n*bésita en aucune circonslance devant Taccomplisseroent du devoir, et ne mit point sa popularité dans la balance, en regard de Tintérêt public tel qu'il le comprenait. S'est-il quelquefois fait illusion au début de sa carrière parlementaire, s'est-il parfois laissé emporter par l'ardeur de ses convictions? En tous cas, son entière bonne foi n'est pas plus douteuse que son zèle patriotique : c'en est assez pour assurer à sa mémoire feslime de tous les partis.
Quand il accepta, en 4859, une chaire à l'Université deLouvain,le Roi daigna lui-même féliciter le recteur au sujet de cette brillante acquisition, et lui exprimer en même temps la haute opinion qu'il avait du talent et du caractt^re de son ancien ministre. Ce témoignage était d'autant plus flatteur
que, comme nous l'avons fait entendre, Ernst n'avait pas craint, à l'occasion, de résister aux plusihautes influences. A Louvain, l'éminent professeur fut œ qu'il avait été à Liège ; plus que jamais il s'attacha, dans son cours d'Institutes, à dégager nettement les principes fondamentaux du droit et à former l'intelligence des élèves. Il faisait comprendre comment le droit, dans ses plus petits détails, doit être constamment l'expression de la justice naturelle. Il ne cherchait pas uniquement k faire de ses disciples de bons avocats ; il élevait leurs sentiments et voulait qu'ils fussent, uri jour, de véritables jurisconsultes. 11 les dominait par ses vues d'ensemble et les habituait à remonter toujours à la source des choses. Quoique surchargé de besogne, il était tout U eux, il leur prodiguait lumière et conseils. Tel on l'avait connu au début de sa carrière : esclave du devoir, advienne que pourra. Un de ses anciens auditeurs de Liège nous rappelle que le jour même où il fut élu membre de la Chambre des représentants, il donna comme à l'ordinaire sa lecou du droit commercial. Son élection était combattue; un bureau électoral se trouvait presque sous les fenêtres de la salle où il enseignait. Ces circonstances si propres à le troubler ne laissèrent aucune impression dans sa parole ni sur ses traits; ses élèves étaient plus agités que lui. Le soir seulement, quand ils se réunirent devant sa maison pour le
élevé entre les ministres : c ëlait de faire déclarer par la Chambre, après la lecture du rapport, séance tenante, qu'elle passait à Tordre dn jour. Il était clair que si, après noe semblable déclaration, le Gouvernement se décidait à proposer l'adoption du traité, il serait forcé de dissoudre la Chambre. M. de Tbeiix demanda rsûourncmeut de cotte motion, qui avait une gravité immense. M. Ernst vint avec sa loyauté ordinaire au secours de son ancien collègue et vota, ainsi que l'honorable M. d'Uuarl, pour l'ajournement. La position des ministres restés au pouvoir était sans doute très-difficile et en même temps très-honorable, puisqu'ils ne faisaient que suivre leur conviction ; mais aussi, ne doit-on pas rendre hommage il la conduite de ceux qui quittent le pouvoir par
conviction, comme l'ont fait MM. Ernst et d'Huart? (Note S annexée au discours de de Ram, p. 34). M. E. Yandcnpeereboom, peu favorable à Ernst, ne peut s'empêcher de s'écrier : « Heureux ceux qui n'ont pas été appelés à se prononcer sur le sort de leurs frères! » {Du Gouvemetnent repréientatif en Belgique^ t. I. p. 315). La majorité adopta le traité, pour ne pas laisser remettre en question l'indépendancede toute la Belgique; mais les dissidents, qui ne pouvaient croire que les puissances seraient disposées k user de moyens de contrainte , ne peuvent être blftmés d'avoir eu le courage de protester jusqu'à la fin.
( * ) La croix d'officier de l'ordre de Léopold ; offre brillante, ^squ'il n'était pas chevalier.
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féliciter, il ne put y tenir ; il répondit à leurs acclamations cordiales que la démarche dont il était Fobjet de leur part faisait de ce jour un des plus beaux de sa vie : on peut se représenter Fenthousiasme de la jeunesse universitaire et rémotion du digne roaitre.
1/activité extraordinaire qu'avait déployée Ernst pendant son ministère devait exercer sur sa santé, d'ailleurs peu robuste, une iirfluence désastreuse.
L*Université de Louvain ne le conserva que deux ans. Une inflammation des intestins qui ne cédait à aucun remède lui Gt prendre la résolution de se rendre à Hetdelbcrg, pour y consulter un médecin en renom. Il se mît en route avec M""** Ernst, au mois de juillet 1 84i . Dans le trajet de Cologne à Mayence, il se trouva si mal sur le bateau à vapeur, qu'on fut obligé de le débarquer à Boppart, où M. le docteur Schmidt, directeur de rétablissement hydrosudopatique institué dans cette localité, consentit à lui donner un appartement. On n'eut pour ainsi dire que le temps de lui administrer les secours de la religion; le lendemain (iO juillet), il avait cessé de vivre. Ses restes furent transportés à Louvain huit jours plus tard et inhumés au cimetière du Parc, où sa famille possède un caveau.
Ânt. Ernst était moins écrivain qu'orateur ; mais, sous ce dernier rapport, il a laissé au Parlement la plus brillante réputation. Nous ne connaissons de lui d'autres publications que ses thèses De Confusione, De Fadoplion et de ses effets, etc. (Bruxelles, 18i(», in- 4° de 16 p.), quelques articles remarquables insérés dans la Tfiémis et plusieurs rapports importants imprimés dans les Annales parlementaires, entre autres un rapport sur la proposition de M. Dumortier relative à l'organisation de l'Académie belge (i 4 janvier 1854). Ce document, suivi d'un projet
de loi élaboré par la Commission dont Ernst était l'organe, a été reproduit dans \ Annuaire de V Académie, année 1846, p. 404-117 (*).
Folimann ( ViNCENT) uaqult à As-
samstadt (grand-duché de Bade) le 5 avril 1794 et mourut à Liège le 25 septembre 1857.((ll y a au monde, dit Auguslin Thierry, quelque chose qui vaut mieux que les jouissances matérielles, mieux que la fortune, mieux que la santé elle-même, c'est le dévouement il la science. » Fohmann partageait cette conviction de l'illustre aveugle, et ce fut elle sans doute qui Tempêcha d'interrompre ses travaux lorsqu'il ressentit les premières atteintes du mal qui le conduisit prématurément dans la tombe.
Il pouvait choisir :
... .ou beaucoup d'ans saos );loîre, Ou pon de jours «uivisiru ce longue mémoire. . .
Il n'hésita pas un instant; mais aussi l'oracle s'accomplit à la lettre : les découvertes auxquelles son nom reste attaché lui coûtèrent la vie.
Fohmann était fils d'un accoucheur distingué, qui sut lui inspirer de bonne heure le goût des sciences de lanature. Ses études préparatoires achevées, il se rendit à lieidelberg pour y suivre les cours de la Faculté de médecine. Tiedemann, le grand anatomisle dont les travaux ont provoqué l'admiration de toute l'Europe, remarqua bientôt l'aptitude et le zèle du jeune Vincent, le nomma prosecteur d'anatomie (1817) et le décida aisément ^ prolonger de plusieurs années sonséjourà l'Université, pour se livrer à des recherches délicates et approfondies. Ce fut Tiedemann qui attira le premier son attention sur les vaisseaux lymphatiques, dont la nature était peu connue, et pour lesquels on n'avait rien fait depuis Mascagni. Laissons parler Ch Morren (*) : » Avingt-
( * ) Ernst avait appuyé, dans la séance du 3 octobre 18tS3,la proposition de M. Dumortier, et soutenu que l'Académie devait, au vœu de la Constilution et dans t'intérôt de sa propre dignité, être organisée par une loi. Ce résultai ne fut pas obtenu ; la constitution de l'Académie a été réglée par l'ar-
rôté royal du \^ décembre 1845.
( ' ) Notice sur Fohmann [Annuaire de t'Acad. de llrujrelfe», 1838, p. 79-105). '.e travail a servi de base au présent article. Voir aussi le discours de Vottcm {Journal de Liège, n<> du 28 septembre 1837).
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six ans, nous voyons encore Fohmann auxarophithéâtres, disséquant, avec une ardeur sans relâche, l^homme et les animaux. Tant de zèle fut récompensé par une brillante découverte au printemps de 1820 : à Fouverture des vacances de cette époque, Tiedemann dut s^absenter, précisément au moment où l'on venait d'apporter à FUniversité un phoque qui venait de mourir. Tiedemann le confie à son cher élève et lui demande d'en conserver le plus de pièces possible. Fohmann, seul, livré àlui-même, trouva daus cette occasion, qui avait été perdue pourtant d'autres, et le moyen de satisfaire au vœu de son illustre maître, et les premiers jalons d'une théorie qui, sapant les fondements des opinions alors universellement enseignées, devait donner naissance aux idées contraires que la science a adoptées aujourd'hui. Le mésentère de ce phoque présentait des vaisseaux lymphatiques remplis de cbyle. Fohmann sentit qu'il était facile de les injecter; mais ici, comme tant de fois, le hasard intervint, et notre anatomiste. qui ne voulait faire qu'une préparation curieuse où les glandes auraient été réunies et injectées avec leurs vaisseaux afi'érents et efférents, trouva ce qu'il ne cherchait pas. Le mercure dont il remplissait les glandes, au lieu de s'écouler par les vaisseaux efférents, passa uniquement dans les reines. Il en était de celte nouvelle fonction des veines comme de la découverte elle-même des vaisseaux lymphatiques, que Gaspard Azelli vit pour la première fois en 4622, tout en cherchant autre chose que ces organes absorbauts ; il étudiait le mouvement du diaphragme sur un chien. L'histoire des sciences fourmille de ces hasards heureux qui ne tournent, du reste, au profit de l'humanité que par le génie observateur de ceux qui les fécondent.
L'expérience de Fohmann fut de ce
genre. Pour donner une juste idée de son importance, il faut se reporter au temps où elle fut faite. L'anatomie, pour ce qui regardait les anastomoses des lymphatiques avec les vaisseaux de la circulation sanguine, comptait trois camps et la physiologie se partageait généralement en deux opinions, dont l'une était cependant embrassée par peu de savants. Ce fut celle que Fohmann était destiné à relever. Eustache, en 1565, avait découvert le canal thoracique, ou ce qu'il nommait la veine blanche du thorax, et qu'il prenait pour l'organe nutritif de la poitrine. Slenon, Huysche, Rudbeck et d'autres anatomistes avaient noté plus tard des communications entre les vaisseaux lymphatiques et les veines, mais seulement dans le voisinage de la jonction des veines sous-clavières avec les gros troncs chylifères. W'alœus, Mertrud, le premier professeur de Cuvier, Merckel l'ancien et Lobstein avaient reconnu des anastomoses avec des veines t)lus éloignées, et enfin ce même Merckel, ainsi que son fils, Coster, Abernethy et Vrolik , avaient reconnu que les glandes lymphatiques mettent en communication les vaisseaux de ce nom avec les veines. C'était là l'observation de Fohmann; mais, quoiqu'elle comptât des noms illustres pour se soutenir, la théorie physiologique qui en découlait fut abandonnée ; on attribuait le passage du mercure, si bien vu par Fohmann et avant lui par Merckel, à des infiltrations dues à des déchirements. Les plus grandes autorités dans l'enseignement rejetaient ces communications en déclamant, dans leurs ouvrages comme dans leurs cours, contre ces découvertes consciencieuses.
Quand Fohmann fit sa première observation, il était étourdi y disait-il, du bruit dont l'absorption veineuse faisait retentir lEuropc ( ' ). Le vulgaire, étranger aux
( ' ) En ddpit des observations de Vealing, qui avait poursuivi le trajet dc8 vaisseaux d*Aselli jusque dans le canal thoraeique d'Eustacbcs Harvey s'était obstiné k nier l'existence des lymphatiques; il attribuait aux veines les fonctions de l'absorption. Hunter et Hascagni parvinrent à détrôner sa théorie
et chargèrent les vaisseaux lymphatiques de ce r61e. Mais, au commencement du XIX« siècle, une réactiou s'opéra : Magendie surtout réhabilita le système de l'absorption veineuse. C'est à ses écrits, répandus dans tout le monde savant, que fait ici allusion Fohmann. Il était réservé à Breschet de de-
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discussions scienliflques, aurait peine à comprendre que, dans le champ si trauquille de l'observation, on peut agir avec tant de chaleur et de véhémence, s'il ne savait que les médecins, par Tiufluence sans doute de leur profession , apportent souvent dans leurs procédés une exagération singulière... » Ainsi s'explique peut-être Torigine du caractère éminemment caustique et railleur de notre anatomlste. l/épigramme dominait dans ses écrits comme dans ses conversations ; au reste ce fut plus tard, lors de sa lutte avec Lippi, que ces dispositions d'esprit se développèrent surtout. A l'époque de sa vie où nous sommes parvenus, il songeait moins à combattre qu'à garnir son arsenal. L'observation faite sur le veau marin en provoqua d'autres: Fohmann disséqua et intecta, sous les yeux de Tiedemann, les vaisseaux lymphatiques de l'homme, du chat, du chien, des martres, des loutres,des chevaux et de divers oiseaux. Des liens d'amitié, cimentés plus tard par une alliance encore plus étroite ( ' ), rapprochèrent |>our la vie le maître et le disciple. Tiedemann rédigea la préface du premier ouvrage que |)ublia son élève, en 1821, à Heidelberg, et que Breschet, dès l'année suivante, fit connaître à la France. Tandis que Mai^endie ne parvenait à découvrir de rares lymphatiques au cou du cygne et de l'oie, Fohmann exposait dans un cabinet public de belles préparations démontrant la communication de ces canaux, chez les oiseaux, avec les veines rénales et sacrées; le savant l^auth, professeur d*anatomie à Strasbourg, faisait tout
exprès le voyage de Heidelberg (1825) pour venir les examiner, et se déclarait partisan des vues physiologiques de l'ami de Tiedemann ( ' ). Fohmann démontra le premier l'existence des lymphatiques chez les oiseaux de proie, notamment chez la buse ; il fallut que Blagendie lui-même se rendit à l'évidence. Le jeune anatomiste, ardemment stimulé par ses premiers succès, résolut d'étendre ses recherches aux poissons.
Il partit pour la Hollande, où le célèbre Temninck, directeur du Musée royal de Leyde, mil un local ù sa disposition et lui procura un grand nombre d'animaux.
Le préparateur du Musée était Boié,son ancien condisciple, d'étudiant en droit devenu naturaliste, par l'influence des leçons de Tiedemann C'est le même Boié qui lui envoya plus tard de Java, où il devait périr \ic!inie du climat, des reptiles et autres animaux rares, dont Fotimann montrait avec orgueil, dans les derniers temps de sa vie, les belles préparations, au cabinet de l'Université de Liège ('). Fohmann prolongea son séjour en Nêerlande jusqu'en 1820 ; il injecta et disséqua avec soin, en faisant représenter chacune de ses préparations, les lymphatiques de la torpille, du silure, de l'anarrhiquc, de la morue et du saumon ; il avait déjà trouvé ceux de l'anguille et du brochet. Ces recherches parurent à lieidelberg en 1827 dans son grand ouvrage Sur le systemi:
absorbant des animaux î>eriêbrés,doi\\ ia première partie, celle qui traite des poissons, a seule vu le jour. « J'ai vu chez lui, dit Ch. Morren, une partie des matériaux pour la seconde partie, qui
venir un nouveau Mascagni, en mettant en lumière les travaux de l'anatomiste de Ueidetberg. Cependant on verra plus loin que là victoire ne fut pas facile à remporter.
(* , Fohmann épousa en 1828 la fdle du célèbre professeur de Heidelberg, « femme d'une grande beauté, du caractère le plus doux et de l'éducation la plus élevée * ( Morren, Op, cit., p. 84).
(*) Lauth professait pour Fohmann une véritable admiration*, plus tard, il lui dédia son excellent Manuel de l'tmaiomie de l'homme ^ devenu classique à Strasbourg, à Paris et en Belgique. Cependant un nuage passager semble s'être élevé entre eux, par le
fait de l'insertion, dans les Annales de% sciences naiurelU's, d un mémoire de Laulh sur les lymphatiques des oiseaux. Fohmann crut à tort que cette publication avait eu lieu en verlu d'une décision de i'inslilut, et il lo dit au public, (/était une erreur, lu recueil en question ne dépendaut pas de T Académie pour le choix des articles. Mais Fohmann en voulait à l'Institut, pour avoir couronné le travail de Lippi et non lésion (v. ci-après) — Morren, p. 88.
(') L'éloge de Boié, cet autre Victor Jacquemonl, a été écrit par M. Susanna, administrateur du Musée ix>yal de l>eyde. Amsterdam, \%?^y ia-8<^.
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devait traiter du système des amphibies. Ces rectierches sur les lymphatiques des poissons constituent lè seul et unique grand ouvra(j;e que la scieniuî possède sur celte matière. Blonro a\ait découvert les lymphatiques de la raie eu 1760; en 17G9, Hewson publia son mémoire sur ceux des reptiles et des poissons, et, depuis leurs travaux, rien n*avait paru sur ces organes. Il est inutile de dire que les préparations de Fobmann sont à une distance immense de celles de ses devanciers ; aussi son ouvrage reçut-il un assentiment unanime: Cuvier, Carus, Merckel, les plus gi'ands anatomistes du siècle, lui ont rendu une éclatante justice, et un concert dVloges fut la digne récompense de ses veilles. » — « C'est précisément, continue le savant biogra|)he, c'est précisément à cause de celte unanimité d'opinions sur sa méthode, que Fobmann (ut si sensible à la décision que prit, à regard des travaux concernant les lymphatiques , TAcadémie des sciences de Paris. Un des points fondamentaux de sa doctrine était que, dans les vertébrés supérieurs, Thommc et les mammifères, les glandes absorbantes seules servent de communication entre les lymphatiques et les veines , hormis aux régions ctavicQlaires ; chez les vertébrés inférieurs, où les glandes n'existent plus ou rarement, les communications directes entre ces deux ordres de vaisseaux se rencontrent dans les régions mêmes où, chez les hommes et les mammifères, les glandes existent. Dans les poissons, les communications s'établissent dans le parencbymemème des organes. C'étaient là des points auxquels, dans sa théorie de l'absorption , il donnait la plus haute importance : or M. LIppi avait, en 18â5, fait paraître à Florence un ouvrage devenu fameux sur les mêmes matières ( * ) 9 et ce travail fut couronné par l'Institut, deux ans après la publication du dernier ouvrage de Fobmann. M. Lippi rejetait les communications entre les glandes et les veines, démontrées par Fobmann et vérifiées par Lauth ; il ad-
mettait au contraire les anastomoses directes entre les vaisseaux lymphatiques et la veine porte, la veine honteuse interne, les veines rénales,laveinecaveascendante el Tazygos. Ces comniunicafious ressemblaient aux anastomoses des veines el des artères. Fobmann ne put rester en repos en présence d'un système qui anéantissait le sien, si les faits avances |)ar son antagoniste étaient fondés. Il saisit l'occasioi) de la publication de son grand ouvrage sur les poissons, pour prouver combien Terreur de M.
Lippi avait été grossière. L'anatomiste italien avait confondu les veines des glandes avec les vaisseaux absorbants ; ailleurs, il avait pris des veines fort grosses pour des lymphatiques. Fobmann déclara fausses les anastomoses entre les lymphatiques et les veines par l'intermédiaire des vaisseaux capillaires; et, 0 ce qui est sans exemple, dit-il, ce » qui surpa.sse encore les autres pro- » duits de l'imaginalion féconde deLip- » pi, c'est ce qu'il rapporte à l'égard » du passage des lymphatiques des or- » ganes digestifs dans les bassinets des » reins. Lippi a trouvé plus commode » de faire arriver des matières, que Dar- » wyn et autres faisaient passer des » organes digestifs dans les voies uri- « naires, au moyen d'un nK)uvement ré- » trograde dans les lymphatiques, sans » intervention du système vasculaire » sanguin ; de les faire arriver d'une » manière tout ordinaire, des rameaux » dans les troncs absorbants qui se » rendent de ces organes dans les bas- » sinets des reins pours'y implanter! »
Ënûn, après avoir signalé une foule de mécomptes où Lippi était tombé, Fobmann finit par démontrer que son antagoniste avait pris, pour glandes lymphatiques, les testicules des oiseaux.
il n'a rien aflirmé de vrai, disait-il dans un de ses derniers mémoires, pas plus pour l'anatomie que pour sonhisloire.n Malg'é les assertions catégoriques de Fobmann, les anatomistes hésitèrent longtemps encore entre lui et Lippi :
il fallut que Lauth et Breschet vinssent
' * \ iltuitraxioni flsioiogiche e patoUHjic' e dei siêtema limfatico- chilifero, mediante la scoperia di un gran numéro di commumw-
zioni di esso col veitoso, Florence, 48^, in- 4o.
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à la rescousse pour produire sur les esprits une impression décisive. Ce n'est guère, en effet, que depuis les derniers travaux de ces deux savants qu*on a rendu universellement justic-e aux observations consciencieuses de Tanatomiste de Heidelberg.
Un grand changement s*opéra dans Texistence de Fohmann pendant qu'il travaillait à la publication de son grand ouvrage sur les poissons. La Faculté de médecine de TUniversité de Liège ne comptait, en i826, que trois professeurs : renseignement, par suite, restait élémentaire au delà de toute expression ('). Il fallait en finir avec ce système ; mais où trouver des professeurs capables? Â celle époque, ils étaient rares en Belgique, et d'autre part, l'opinion générale était ouvertement hostile à l'introduction d'éléments étrangers dans le personnel des Universités nationales. Cependant un cours aussi important que l'anatomie ne pouvant rester confié à un professeur déjà surchargé d'autres occupations, le gouvernement passa outre et consulta Tiedemann, déjà précédemment appelé à désigner un naturaliste. Fohmann, docteur en médecine et en chirurgie pro meritis, chef des travaux anatomiquesà l'Université de Heidelberg, professeur agrégé pour l'ostéologie ; Fohmann, qui à trente ans commençait à marcher de pair avec les illustrations de la science , s'offrait naturellement au choix du maître qui l'avait formé et connaissait toute sa valeur. Il fut donc nommé, sur la fin de 1825, professeur ordinaire d'anatomie, eu remplacement de Comhaire (v. ce nom), qui conserva
le cours de physiologie, et fut en même temps chargé de celui d'hygiène. Grand émoi dans l'Université, aussi bien chez certains professeurs que parmi les élèves : on eut lieu de craindre que des manifestations bruyantes n'éclatassent à l'ouverture du cours. Une grande agitation régnait à cette époque à l'Université : l'opposition au régime hollandais prenait de plus en plus consistauce et saisissait tous les prétextes pour se produire : on le vit bien au commencemenl de l'année suivante (v. l'art. J.-C- J. Ernst). Fohmann était alors peu au fait de la langue française, et son accent germanique rortement prononcé, trahissant à chaque root son origine étrangère, ne pouvait manquer d'exciter la passion de ses auditeurs, fomentée du reste par les excitations du dehors. Mais il était phlegmatique et caustique tout à la fois : il parut d'abord ne s'apercevoir de rien ; puis, quand il se trouva suffisamment orienté , il prit lui-même l'offensive et retourna contre ses adversaires l'arme du ridicule ('). On rendit bientôt justice à la droiture de son caractère, à la profondeur de ses connaissances ; on lui pardonna ses saillies parfois vives, mais au fond très-innocentes. Les suffrages des savants, qui se ralliaient de plus en plus à ses conclusions, imposèrent finalement silence à l'envie. Il fit venir de Heidelberg une bonne partie de ses préparations, dont il se servit pour donner à ses leçons un intérêt pratique inconnu jusqu'alors dans les Universités belges. 11 voulut « nationaliser l'art de faire des découvertes », et dans ce but il projeta la création d'un Musée anatomique, à l'instar de ceux dont s'enor-
(M 11 en était de même dans la Faculté des sciences : il n'y avait qu'une seule chaire d'histoire naturelle! (v. l'arl. Gaede).
( ' ) Il commença sa première leçon par une phrase que personne n'a oubliée : On tU que j'ai lit ce que je n'ai pas tit. « Un rire inextinguible s'empara de l'auditoire et chacun, selon le proverbe, put se dire désarmé. La haine avait néanmoins envenimé les contes absurdes qu'on avail à dessein répandus dans le publie, et lorsque Fohmann connut ceux qui avaient le plus blâmé sa nomination, il s'amusa à leurs dépens de manière à mettre les rieurs de son côté. L'Université
de Liège possédait alors un instrument qu'on montrait avec ostentation au cal>inct : c'était une énorme seringue à injecter, mue par des manivelles. Celui qui avait poussé si loin l'art des injections feignit de ne pas comprendre l'emploi auquel on disait cet instrument destiné, et il le représenta à ses auditeurs comme servant à Tusage personnel et hygiénique de celui que la malignité publique lui donnait pour adversaire. Toute sa vengeance se bornait ainsi à des traits malicieux, mais qui n'attaquaient nullement l'honneur de ses ennemis... * (Morren, p. 93-94}.
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giieillîssait la Hollande. « La gloire d*avoir amené à bien une. entreprise si grandiose lui appartient tout entière, et nous pouvons dire que depuis le moment où il mit la main à l^œuvre, Folimann a tenu en Belgique le sceptre de Vanatomie. De 4827 à 1852, il se consacre tout entier à raccomplîssement de son dessein. Dès le lever du soleil jusqu^au soir, il se trouve dans les amphithéâtres de dissection ou dans son cabinet particulier, et en moins de six ans, il achève 150 préparations pour les injections des lymphatiques, 100 squelettes, au-delà de 900 préparations molles, 60 appareils organiques, sans compter la série d'embryons , de fœtus et de monstres qu'il recueille de toutes parts. Tout cela est préparé de ses propres mains, sans le secours d'aucun aide et dans le silence le plus absolu... » (*). La révolution de 1850 interrompit ses travaux; il craignit même un instant pour sa place ; mais averti à temps par un ami (*), il parvint à déjouer les intrigues dont il allait être victime. Cependant ses droits ne furent pas immédiatement reconnus.
11 n'avait commencé ses travaux pour le musée que sur la promesse de l'administrateur de rinslructlon publique (*)y que le Gouvernement acquerrait la collection pour FUniversité de Liège moyennant une rente viagère : or cette convention se trouvait rompue par le fait des événements (*). Ce ne fut que sous le ministère de Theux, et ;grâce aux soins et à Tinsistance toute particulière de radministrateur D. Ârnould, (v. ce nom), que les préparations de de Fohmann furent tirées du coin humide et sombre où on les avait reléguées, pour occuper enfin une salle convenable, et que fauteur de tant de précieux travaux put espérer d'être indemnisé de ses peines. À l'époque où cette affaire fut conclue, Fohmann 'semble avoir déjà pressenti sa destinée : le
contrat prévoit le cas où il viendrait à mourir avant 1845. Il ne pouvait plus, en effet, se promettre de longs jours.
La mauvaise disposition des locaux (^) où il travaillait sans relâche dans une atmosphère insalubre , aspirant incessamment des vapeurs délétères ; le maniement quotidien du mercure, les émanations cadavériques, tout avait contribué à compromettre sa santé. Dès 1855, il éprouva les premières atteintes d'une myélite, qui passa à l'état chronique.
Les abondantes salivations qui le tourmentèrent depuis, les douleurs fréquentes qu'il ressentait aux poignets et aux mains, ne prouvent que trop l'influence du mercure. Bientôt un de ses membres fut paralysé : il n'en continua pas moins â faire deux leçons par jour (*); il n'en reprit pas moins le cours de ses publications, momentanément interrompues par ses travaux d'amphithéâtre. En mars 185i, l'Académie de Bruxelles le reçut dans son sein; le 4''' août 1856, il fut nommé président de la section de médecine, et il justifla ces nouveaux titres par des services actifs et efficaces. La mort de Bekker (v. ce nom), son compatriote et son ami de cœur, l'affecta profondément :
il dit à M. Dupont, lorsque celui-ci, en qualilé de recteur, eut prononcé le discours funèbre : Je suis maintenant le premier candidat de la mort, n Le souvenir du boiteux qui conduisait l'aveugle, dit avec émotion Ch. Morren , vivra toujours parmi ceux qui ont connu ces deux malheureux , mais inséparables amis, et si la poésie des temps anciens nous prêtait encore les charmes de ses rêves, nous les verrions dans l'Elysée d'un monde meilleur , sous cette touchante image de l'amitié »(').
Fohmann passa les vacances de 1857 à Heidelberg, chez Tiedemann ; il revint à Liège au commencement de septembre. Le 16, il sortit par un temps
( * ) Morren, p. 95-96.
(*j Le docteur Dcwild.
{ » ) Van Ewyck.
* * ) Fohmann s'était en outre engagé à faire une collection semblable pour l'Université de Gand.
( *) Les bâtiments de TUniversité n'étaient pas alors ce qu'ils sont aujourd'hui.
{*) Après la mort de Gaêde, il fut chargé du cours d'anatomic comparée.
C) V. les art. RouiLLé et Ruth.
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froid et humide, pour se mettre à la recherche d*un jeune homme qui logeait chez lui, et qui n*était pas rentré à son heure accoutumée. U rentra avec la licvre ; son collègue el ami Raikem l'entoura de soins. Le mal s'aggrava : le 21 , arriva de Paris Breschet, « Thomme pour lequel Fohmann professait la plus haute estime , l'homme qui le comprenait le mieux et qui depuis quinze ans avaitfait connaître ses travaux en France (*). Celle visite réjouit le cœur du moribond; mais Breschet dut partir le lendemain pour Bonn, et la maladie fit de rapides et funestes progrt'S. Le docteur Poncelet fut appelé en consultation ; le âo, le délire commença ; dans la matinée du â5, il perdit l'usage de la vue et de l'ouïe ; à onze heures moins cinq minutes du matin, il expira après avoir donné à la religion catholique, qu'il professait, tous les gages de sa foi et de sa piété. » Il avait vécu 43 ans. — Nous reproduisons, d'après Ch. Morren, la bibliographie de ses ouvrages :
1» Anatomischc Untersuchungen ùber die Verbindung der Saugadern mit de»
Vencn. Heidelberg, «841, in-8^
La préface de cet ouvrage est de Tiedemann.
— Recherches atiatomiques sur la communication des vaisseaux lymphatiques avec les veines, précédées d'une préface par M. Tiedemann ; trad. de Tallemand par M. Breschet. Paris , 1822, in-8«.
Celle traduction est insérée dans les Mémoires de la Société médicale d'Emulation, avril 1822, p. 136.
2" Dos Saugadersystem der Wirbeîthiere, Erstes Heft, Dus Saugadersystem der Fische, mit X VU! Steindrucktafeln. Heidelberg et Leipzig, 1827, in-folio.
La seconde partie do cet ouvrage : Doê Saugadersystem der Àmp'ibien^ annoncée dans la préface , n*a point paru.
— Sur Vétat présent de nos connais-
( * ) La Gazette médicale de Paris (année 1837 1 contient une notice de Raikem (v. ce nom) sur la maladie de Fohmann, el le procès-verbal de l'autopsie de son cadavre, par
sances relativement au système lymphatique, Paris, 1827, p. 123-157 du /o«rnal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales^ t. XXVII.
C'est la traduction de la majeure partie de rintroduction de l'ouvrage précédent. Ch. Morren y a relevé les erreurs suivantes, corrigt^es de la main de Fohmann dans l'exemplaire déposé à rUniversilé de Liège :
P. 130, l. 2. Veine cave, lisez : reine porte,
P. 135, 1. 19. En ont agrandi. Usez : n*en ont pas agrandi,
— Sur le mécanû^me de Vabsorption, diaprés la disposition anntomique du système lymphatique des poissons, Paris, 1827, p. 226-239 du Journal complémentaire, etc., t. XXVll.
C'est la traduction de la dernière partie de l'ouvrage Sur le système absorbant des poissons.
3*» Notice sur la texture de la cornée transparente (T. YI de la Correspondance matliématiquc et physique de M.
Quetelet, 1831).
Reprod. par M. Quetelet dans les notes de la traduction du Traité de la lumière, par HerscheU, t. IL p. 407.
io Mémoire sur le^ communications des vaisseaux lymphatiques avec les veines et sur les vaisseaux absorbants du placenta et du cordon ombilical, Liège, Desoer. 1852, in-4^ 52 p., avec une pi. lithogr. et coloriée.
C'est le dernier travail qu'ait publié Fohmann dans la plénitude de la santé.
5** Mémoire sur les vaisseaux lymphatiques de la peau, des membranes muqiwuses, séreuses, du tissu nerveux el musculaire, Liège, Desoer, 1833, in-4« (28 p., la Uible et 10 pi. gravées part- Jehotte).
6** Considérations sur rœilde rhomme^ relatives à Vophthalmie, Liège, Dessain.
1835. 12 p. in-8°.
Ces considérations font suite aux Rtcherches sur les causes, Chistoire et le traitement de Cophthalmie militaire, par H. Vandcrmeer. Liège, Dessain, mai 1835, io 8*.
Raikem, Vottem et M. le docteur Poncelet. Ces documents ont été livrés k la publicité par les soins du professeur Breschet.
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7** Note sur VAcrochordus javanicus.
Bruxelles. 1835, in-8« {Bull, de VAcad.
royale de Belgique, l. II. p. 17}.
Toutes les pièces anatomiques de ce reptile rare, communiqué à Fohmann par son ami Boié, sont conservée» au cabinet de l'Université de Litige.
8^ Sur Vorgane de la vue chez les animaux etcfiez rhomme{lh'nï , t. III, 1856, p. 275).
Cette notice fut lue par Fohmann au Congrès scientifique de Liège, le \" août 1836. L'auteur constate la présence dupecten dans l'œil des reptiles.
9" Rapport sur un mémoire de Bl. Van Beacden,inlitulé : Remarques sur le siège du goût dans la carpe (Ibid., t U, p. 105).
10** Rapport sur un mémoire de M.
Desvignes, traitant de Vodorat des poissons (Ibid., t. Il, p. 169).
Ito Rapport sur un mém(ire de M.
Ch. Morren, intitulé : Ohnervations osléologiques sur Vapparcil contai des batraciens (II)., t. II, p. 258)-
là'* Rapport sur un mémoire de M.
Van B^neden : Sur VHelix algira (Ib., t. II, p. 576)
13« Rapport sur un os fossile trouvé à Tuyvenberg (Ib., l. III, p. iO).
C'était, croyait Fohmnnn, une vertèbre de ce lacé.
li** Rapport sur les mémoires de BI.
Burg^raeve (deGand) relatifs aux numstruùsités humaines (Ib., t. III, p. 240).
15** Rapport sur le mémoire de M.
Lambotte, candidat en médecine à rUniversité de Liège, sur la question jjroposée par TAcadémie: DHei-miner les modifications que sulfissent les appareils sanguin et respiratoire dans les métamorphoses des batraciens anoures; mémoire qui a obtenu une médaille d'argent (Ibid., t. IV, 1857, p. 180).
Nous avons dit que Fohmann dtait membre de l'Académie de Bruxelles. Il Taisait en outre partie des Sociétés suivantes : Académie royale de médecine de France ; Société
d'histoire naturelle de Strasbourg ; Société de médecine de Gand ; Geseltschaft fur Naturwissenschaftf de Heidelberg ; Senkenifergiwtiê naturforschtnde Gesellgchafi , de Francfort ; PhUomphischrmediciniiche GcseUschaJt, de Wûrzbourg.
Fu«*H (Jean-Dominique), né à Dûren le 2 janvier 1782, mourut à Liège le 31 janvier 1800. Professeur érudit, philologue éminent, poète latin, un des derniers successeurs des Sarbievski, des Jean Second , des Hosschius , des Vanière, Fuss mériterait une notice plus étendue que celle-ci. Tous ses travaux, sans être également distingués, portent un cachet d'originalité qui donnerait certainement lieu à des observations intéressantes ; malheureusement à cause de leur caractère spécial , ils ne sont connus que d'un public restreint. Ce public môme a la mémoire courte; les préoccupations purement littéraires ne sont pas le fait d'une société inquiète. Aussi bien l'idée dominante de Fuss , ridée d'exprimer en latin la pensée moderne, semble être venue trois siècles trop tard ; il a fallu tout le talent de celui qui l'a émise pour qu'elle ne parût point un paradoxe. On peut galvaniser un cadavre, mais non lui rendre la \ie. Les Poèmata latina de Fuss ont d'ailleurs une haute valeur intrinsèque ; espérons que tôt ou tard ils reparaîtront au grand jour. L'auteur en avait préparé avec soin une nouvelle édition ( ' ) ; celui qui entreprendrait de la publier rendrait un véritable sei*vice à la république des lettres.
Fuss appartenait h une famille honorable, mais qui éprouva des revers de fortune. Orphelin dès l'âge de douze ans, il fut placé chez les jésuites de Duren et fil sous leur direction d'excellentes humanités. Son quatrième lustre révolu, pour nous servir de son expression ('), il dit adieu k sa ville natale, plein de confiance dans sa bonne étoile. En 1801, nous le trouvons à AViirzbourg, fréquentant les cours de
( * ) L'exemplaire annoté dans ce but a étû disposé à la bibliothèque de fUniversilé de Litige.
(*) Hic cgit vilœ lustra quatenm suse.
IHtren und xeiue Vmffrbttnff,p, 8 (v. ci-après la bibliographie;.
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philosophie et (Inesthétique de Sciielling ; l*année suivante, à Halle, coinplèlanl sous W'olff ses études philologiques. C'est vers la même époque ou un peu plus tard qu'il fit la connaissance d'Âug. Guillaume Schlegel(^), et vraisemblablement c'est à celui-ci qu'il dut d'être mis en rapport avec M°"' de Staël, qui commençait alors Outre-Rhin ses pérégrinations d'exilée. Le discours prononcé sur la tombe de Fuss par M. Th. Lacordaire nous apprend que le jeune érudit eut la bonne fortune de rendre quelques services littéraires à l'auteur du livre de r Allemagne, M"*« de Staél lui conseilla de se rendre à Paris, où sa protection l'accompagna. Grâce à ce patronage illustre, Fuss ne tarda pas à trouver de l'occupation. Le sénateur comte Rigal lui confia l'éducation de son fils, qui fut admis à l'Ecole polytechnique ; il devint ensuite précepteur chez le banquier Antoine Odier, dont il se fit un ami(*). Une autre liaison qu'il contracta bientôt avec le savant Hase exerça sur son avenir une influence décisive. Us publièrent ensemble à Paris, en iSlâ, d'après un manuscrit du IX' siècle appartenant au comte de Choiseul-Gouffier, VédUion princeps de l'important traité de Jean Laurentius Lydus sur les magistrats romains^ ouvrage longtemps considéré comme perdu, et qui n'est pas l'un des moins précieux de la collection byzantine. Fuss le traduisit en latin , tandis que le profond helléniste se chargea de la révision du texte, de la rédaction d'un commentaire et d'une notice sur la vie et les travaux de l'écrivain du Bas-Empire. La réputation de Jean-Dominique était fondée
('); il fut attaché ià la Bibliothèque impériale , avec le titre de secrétaire du savant archéologue Millin , alors conservateur du Cabinet des antiques et rédacteur du Magasin fnqfehpédi^uô.
Fuss fit insérer dans ce recueil, de 1813 à 1815, un assez grand nombre d'articles littéraires (*),
Le 5 mars 1815, le gouvernement prussien lui offrit une chaire degrec(*) au gymnase de Cologne^, il accueillit cette proposition, fut nommé le 6 avril professeur de littérature ancienne et quitta immédiatement Paris (*). Deux ans plus tard, lorsque le gouvernement des Pays-Bas s'occupa de recruter le personnelenseignant de nos Universités, Fuss, un des premiers, attira l'attention royale, il fut nommé professeur ordinaire à la Faculté des lettres de Liège, chargé des cours de littérature ancienne et d'antiquités romaines. La lecture de son élégante traduction en vers latins de l'élégie d'Âug. G. Schlegel sur Rome servit de péroraison à son discours inaugural (Ann, Acad. Leod , vol. 1 ; v. ciaprès). Il coopéra, en 1820-1821, à la fondation de V Ecole propédeutique(\\ les art. Denzinger et Wagemann). Les nombreuses occupations officielles qui absorbèrent Fuss à cette époque entretinrent sa fécondité littéraire,alors qu'on eût pu le croire tenté de déposer sa plume. Fuss ne sortait de son cabinet, pour ainsi dire, qu'aux heuresdes repas ; il lisait énormément, et toujours la plume k la main : certains volumes de sa bibliothèque, surchargés de notes parfois en plusieurs langues, surtout son Horace, sont restés de véritables curiosités. Avec ces habitudes studieuses et une bonne distribution du temps, on finit
( * ) Ha t^^s- souvent entretenu l'auteur de la présente notice de ses relations avec cet homme célèbre.
( * ) H resta pendant longues années en correspondance avec la famille Odier, si douloureusement éprouvée plus tard.
( * ) Letronne, dans un article sur des fragments d'autres écrits de Lydus publiés par E. Hase, se plut, entre autres, à reconnaître que Fuss était profondément versé dans tes deux idiomes. D'autres critiques, en Allemagne et ailleurs, vantèrent sa pure latinité, son jugement impartial , et exprimèrent le
désir de le voir poursuivre ses études philologiques.
( * ) Alph. Le Roy, Notice sur Fuss, dans la Revue de l'instruction publique en France^ 1860 (reprod. dans la Revue de tinst. publique en Belgique , mars 1860, p. 87). — U. Capitaine, Ndcrol. liégeois pour iB^. — Discours de M. Lacordaire.
( " ) C'est par erreur qu'on a imprimé une chaire de latin dans les notices précitées.
(*) 11 venait de s'y marier; il s'en fallut de peu que la France ne devint sa patrie d'adoption.
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par posséder des trésors d'érudition.
C'est ainsi que tout en faisant ses cours, en annotant les anciens, en devenant un latiniste et un helléniste de premier ordre, Fuss put rassembler les matériaux de son traité classique dVln/i^/ui/^^ romaines, écrire une foule de dissertations sur toutes sortes de sujets et composer ses Carmina^ dont la première édition parut en 1822. Cette dernière publication faillit lui couler cher. Fuss avait Tesprit satirique, et Ton sait que les savants, même les plus paisibles, ne brillent pas toujours par la modération du langage, une fois que la pomme de discorde est tombée entre eux. Laissons parler M. Capitaine : « Parmi les pièces insérées dans les Carmina latina de 18âi, il s'en trouve trois. PygolichUiy Vulpums et In homines ventôsos, qui semblèrent avoir été dirigées contre un honorable professeur de rUniversitéde Liège, M. W... ( ' ). Fuss non-seulement fut blâmé d'avoir publié ces vers d'un goût équivoque, mais un critique du Journal de Bruxelles^ abrité sous l'initiale (t., accusa l'auteur, en termes d'une extrême violence, d'abuser de l'hospitalité que le gouvernement lui accordait. Ce compte rendu éveilla l'attention des autorités supérieures, et peu de jours après, Fuss fut appelé dans le cabinet de M. Falck, alors ministre de l'instruction publique. Le poète, interpellé, protesta de l'innocence de ses intentions : il avait voulu censurer un vice inhérent à l'espèce humaine; mais il n'était point entré dans sa pensée d'en faire l'application à persoiiitc. Cette explication ne satisfit pas le ministre. Fuss fut placé dans l'alternative de se létracteroude voir proposer àson égard one mesurede rigueur, ilétaitsurle point lie donner sa démission de professeur pon r accepter la place de sous-conser-
vateur de la bibliothèque royale de Bruxelles, qui venait de lui être offerte, lorsque ses collègues, MM. Gall et Destriveaux, parvinrent à faire accepter, comme transaction honorable pour les deux parties, une Réponse au Journal de Bruxelles (') , dans laquelle Fuss se défend d'avoir voulu attaquer dans ses vers un membre quelconque de l'enseignement supérieur n (').
Ces dissentiments s'oublièrent avec le temps : les orages violents n'ont jamais longue durée. Quant à Fuss, il vit de nouveau sa position menacée en i850, lorsque les professeurs hollandais durent quitter l'Université.
Bien que n'appartenant pas à cette nationalité, il figura un instant sur la liste de proscription : il protesta avec une énergie qui étonna tous ceux qui connaissaient son calme habituel ; enfin il fut maintenu, mais tout d'un coup la Faculté dont il faisait partie se trouva supprimée. Fuss prit place dans la Faculté libre (v. l'art. Rouillé), qui fonctionna jusqu'à la réorganisation de 1855. Au mois de décembre de cette dernière année, le Gouvernement le réinstalla dans sa chaire :
seulement on ne lui laissa que les cours d'antiquités romaines et d'archéologie (celui-ci facultatif). Fuss regretta longtemps ses cours de langues, surtout celui de latin : il se consola en composant de nouvelles poésies et en élargissant chaque jour le cercle de ses études privées. 11 écrivait le latin mieux que toute autre langue; cependant son style allemand n'est pas sans mérite, témoin la traduction en vers de la Lucrèce de Ponsard, qu'il publia en 1844. La même année (1844-1845), il fut nommé recteur. Son dernier acte public est le discours qu'il prononça en déposant les faisceaux académiques :
(*) Wagemaon. — La pièce intitulde Pygotichia avait paru d'abord dans Viu-n d'Okcn JcDa, 1821, IS* cahier). Le Vuipurus étail une critique de la nouvcUe loi sur les ionputs, défendue par Wageniann.
(') Lidge, CoUardin, iSââ, in-8o de 16 pages.
{ * j L'auteur du Nécroloye iiégeoh fait remarquer que les trois pièces ccneurées ont
été reproduites in extenso dans l'édition des Poimata latina de 1837. L'édiliçn de 1845- 1846 les renferme également; toutefois, dans cette dernière . au tilre Pygolichia, l'auteur a substitué celui de Lambentis prœcepta deœ; il a aussi supprimé les 80 derniers vers, qui avaient été maintenus dans l't^dition précédente.
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il y essaya une nou?elle démonstratioR de sa thèse favorite : Que le latin moderne n'a rien perdu de son importame. En 1847, il reçut la croix de chevalier de Tordre de Léopold ; Tannée suivante , il demanda et obtint son éméi'itat, dont il jouit pendant onze ans encore. Relire de Tenseignement, il ne cessa pas de fréquenter de TUniversité : on Ty revoyait presque tous les jours, venant s'informer de la marche des études, s'intéressanl aux jeunes, professeurs, encourageant leurs travaux, se tenant au courant des publications nouvelles. Dans les derniers temps de sa vie, il lut beaucoup le Dante, et Timpression finale que lui laissa la divine Csomédie donna lieu à un réquisitoire (*) en vers latins, dirigé contre tes admirateurs outrés du grand poète. Il traduisit cependant lui-même en hexamètres les épisodes de Françoise de Rimini et du Comte Ugolin, Fuss était loin de vouloir rabaisser la taille du colosse; mais son propre esprit était coulé dans le moule de Tantiquité classique et n'en pouvait plus sortir.
D'autre part, c'est au point de vue du fond qu'il se prit surtout à combattre l'enthousiasme des écrivains modernes pour le Dante, surtout de ceux qui se servaient de ce prétexte, à ce qui lui semblait, pour remettre en honneur la scolastique et nous ramener au catholicisme du moyen âge. Insensiblement cette dernière préoccupation devint dominante chez Fuss : il s'était toujours vivement intéressé aux questions théologiques ; le Dante le ramena aux livres bibliques, dont il se remit à faire une étude assidue dans le texte hébreu. 11 exprima ses doutes en vers latins, suivant sa coutume:
Qdiiiqitiii ti'nl>il»nt stiibprc, vci-stus or.it.
Il mourut peu de temps après, dans toute la vigueur de ses facultés, sans avoir pu trouver le dernier mot des redoutables problèmes auxquels il son-
geait sans cesse, mais la conscience tranquille, parce qu'il avait cherché la vérité sincèrement et honnêtement. Fuss était aussi tolérant envers les autres que sévère pour lui-même ; il estimait ioutcs les convictions loyales et il n'avait, quant ù lui, rien tant à cjcmr que de s*éclairer. Il y avait en lui de la candeur et de la finesse tout ensemble, le sens de Tart, la religion du beau, du juste et du vrai, pas l'ombre de pédantisme ni do prétentions, mais une ténaciié extrême une fois qu'il s'était attaché à une idée ou engagé dans une controverse. Il était très-versé dans la plupart des littératures deTEurope,cequi rendait sa conversation instructive et souvent pittoresque. En dépit de l'incident rap|M)rté plus haut, s'il puisa quelquefois des armes dans le carquois d'Archi loque, il y avait en lui un fonds de bonté véritable ; mais il fallait le voir dans l'intimité pour l'apprécier. Pour achever de le faire connaître, c'est à ses œuvres que nous devons nous adresser (*). Il a |)ublié:
1° Joannis Laurcntii Lydi PhUadelpheni de maghtratibus reipublicœ Romance lïbri 1res, vunc primum in Incem edifi et versione, notis indicibusque aucii à J.-D. Fuss. Pra*fatus est C-B. Hase, codd. grœc. et lat, in Bibliolhecà ImjKriali Parisiensi sub conservât ore cusios, Paris, Eberhart, 1812, !n-8«deLXXXVl et 316 p.
2° Roma, elegiaA.'G, Schlegel, lutinitatedonata notisque illustrataàJ.-D.
Fuss. Adjectus est textus g.rmanicus.
Cologne, Rommerskirchen, 1817, in-i».
Ce morceau a é\6 reproduit, comme nous Tavons dît, daos les Ammlet académiques (vol. I), et séparément, in-4«. On le retrouve dans les Poëmata latina, précédé de quatre vers grecs.
3° Prœlectionibus in fac, philos, et litt. human, pcr hune annum habendis exhoriaiione ad ejus alumnos prœlus^it J,-D^ Fuss. Accessit versio latina car-
{*) Expression employée dans le Rapport de M. de Ram à l'Acadëroie. V. aussi les Rapports de MM. Bormans et Ph. Leshroussart {bulletin, l. XX, n» 3;. — (Voir, dans le Moniteur de l'enseignement du iO juin 1853,
p. 273-280, nos observations sur lo poème de Fuss et sur les vives attaques dont il fut robjcl dans la presse bruxelloise).
(') Nous reproduisons en général la liste dressée par M. U. Capitaine.
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mtJiM elegiaci sermone germanico cornpositi ab Aug. Guil. ScMegel. Liège, CoIJardin, «820, in-S».
Démonstration de l'atilitë de l'étude des langues anciennes. Le poème de Schlegel iur l'art grec termine la brochure.
*• J.-D. Fuss ttd C.'B, Hase eptstola, i» quâ Joannvn Laurentii Lydi demagistratilms reipublicœ Romanœ textus et versio emendantur^ locidifficitioresillttstrantur. Liège, Collardin, 1820, in-8».
5** Amimlatio^ elegia Fred. Schiller, ègermanicà inlatinam linguam translata à J,-D. Fuss. Accessit de SchUleri poesi ode, Cologne, Dumont-Schauberg, i 820,
in-8^. — Dédicace aux mânes de Schiller
Réimprimé dans les Poêmata latiua,
6® Antiquitates Romanœ compendio leetianum suarum in nsum enarratœ à J. D, Fuss, Liège, Collardin, 1820, in-8* de XX et 282 p. — 2« édition, corrigée et considérablement augmentée.
îhid,, 4826, in-8" de XXII et 565 p.— 5' édition, également revue et corrigée.
ïbid,, 1836, in-8« de XV et 521 p.
Ouvrage important, plein de renseignements et bien coordonné, rédigé dans la forme ordinaire des manuels allemands, au courant de la science si l'on se reporte à l'époque où il parut. Les grands travaux accomplis depuis, dans le domaine des antiquités romaines, lui ont ôté une grande partie de sa valeur ; cependant on peut encore le consulter avec fruit. II a été classique dans plusieurs Universités, en Allemagne comme en Belgique, et pendant plusieurs années à Oxford et à Cambridge. L'édition de 1836 a été traduite en anglais par A. W. Street sous ce titre: Roman antiquitiex, by J.-D, Fuss, prof essor in the Univcrsity of Liège, Translated front the tant édition. Oxford, Talboys, 1840, io-80 de XIV et 608 p.
7"* /. D. Fuss carmina latina, additis è germanico ver gis ^ in quibus Roma etArs Grœcorum A, W, Schlegel et Ambnlatio Fred. Schiller, eîegiœ, denuo etnendaiiores vutgatœ. In cœleris Schilleri Campana^ Goethei Alexis et Dora, Prœcedil de iinguœ latinœ cum universo ad scribendum dissertatio, Cologne, Dumont- Schauberg, 1822, ln-8'' de CIV et 176 !>., et deux feuillets d*errata, manquant à \'À plupart des exemplaires. — Dédicace à Kinker (v. ce nom).
La dissertation finale a été tirée k part
(Cologne, lëSS) et réimprimée plus tard, avec de nombreux changements, à la tète de l'édition des Poêmata latina de 1837.
8° Réponse à un article du Journal de Bruxelles du 5 octobre i%^, adressée à M. R. auteur du même article, Liège, Collardin, 1822, iî)-8*. — V. ci-dessus.
9® /.-D. Fuss ad Lycocriticum épistola^ in quâ loci Metamorphoseon et Fastorum Ovidii, nec nm aUi nonnulli sive defhnduntur et illustraniur, sive emen-dantur, Chr. Conr Sprengel cmcndationes exempli causa refutantur, Adhœrent anonymi è reperlorio Beckidno mendacia, Ibid., 1823, in-8''.
Les Mendacia sont une reportée très-vive à des observations cMtiqoes dont la dissertation citée sous le n» 7 venait d'être l'objet dans VAUgem. Repert, der Uteraiw^ 1823 (t. I, p. i60). Fuss se préoccupait beaucoup des jugements qu'on portait sur ses compositions.
10» Goethei elegiiÈ XXÎll et Schilleri Campana, latine, servatâ archet y pi forma, redditœ à J,-D. Fuss, Adhœrent epigrammatan4>nnulla,necnon odœ très, et de Goethei elegiis, deque Lydo ademto ad amicum epistola. Liège, Collardin, 1824,in-8«.
Edition publiée aux frais de l'auteur. Le Chant de la Cloche avait déjà paru dans les Carmina latina de i8â!2 ; mais le texte de 1824 présente de nombreux changementi.
H*' Fred. Schiller Carmen de Campana, sive das Lied von der Glocke, latine redditum, iterkmque et emendatins editum à J, D. Fuss. Adhœret ejusdem de Schilleri poesi ode. fbîd., 1824, in-8«.
\i,^ Dissertatio J,-D. Fuss, versuum Itomœoteleutorum sive consonantiœ in poesi neolatinà usum commeudans, Adhœrent Schilleri Festum Victoriœ et C^ssandra versibus homœoteleutis, nec non Gœthei elegia XII latine reddita, Ibid., 1824, in-8".— 2« édition, 1828, considérablement augmentée.
Fuss poursuivit toute sa vie un seul but : réhabiliter le latin et perpétuer sa littérature à côté des littératures modernes. Il ne cessait de répéter que le latin est assez riche et assez flexible pour exprimer, en gardant sa pureté classique, toutes les idées nouvelles, tout ce que les anciens n'avaient pas même pressenti. A peine faisait- il des réserves
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pour les scieoces naturelles. Il est pennis de voir là uoe étrange illusion ; mais la conscience qu'avait Fuss de la flexibilité de son propre talent le fortifiait dans cette manière de voir ; et comment lui répondre qo'il soutenait un paradoxe , alors qu'il prêchait d'exemple? Cette alliance souvent heureuse d'une forme immobile et d'une inspiration toute pénétrée des sentiments des générations nouvelles, donne un attrait particulière quelques-unes de ses poésies, surtout à ses traductions des ballades les plus populaires de l'Allemagne. Mais ici, pour tout dire, il a pris quelque liberté. A côté de ses vers épiques, de ses distiques, de ses strophes horatiennes, il s'est plu à ressusciter la forme poétique des hymnes de l'Église et à l'appliquer à toutes sortes de pièces, voire ù des chansomf. Il avait un faible pour les vers rimes et rhythmés , tels qu'il en rencontrait chez les écrivains germaniques ; il en transporta les combinaisons les plus variées dans la poésie latine, et se persuada sincèrement que ce système était destiné il rendre tôt ou tard leur éclat aux muses romaines. Sa traduction de la Cloche de Schiller est un tour de force sous ce rapport; on a vu quelque chose d'analogue chez certains peintres contemporains, qui donnent le costume antique à des personnages évidemment modernes, et en nous représentant nos scènes d'intérieur," nous feraient croire que nous avons sons les yeux un tableau détaché des murs de Pompei. Ceci s'appliquerait surtout aux poésies que Fuss a jetées dans le moule d'Horace, mais est vrai aussi, jusqu'à un certain point, de ses traductions rimées. André Chénier, Goethe et d'autres dont le génie est essentiellement païen lui offraient plus de prise; mais Schiller, à part ses ballades dont les sujets sont empruntés à la légende grecque, Schiller, dans le Chant de la Cloche surtout, semblait résister à toutes les tentatives. Il ne se rebuta point, remit vingt fois son ouvrage sur le mélier et finit par ne plus connaître d'obstacles. Un fragment de la Cloche, sans commentaire :
Eoge, masse jam liqoate; Bnlia ciioB emicaut; Sale citô satnrat* Alcalino cœant.
Silque spameo
Para mistio Ut liqaente rox ab asre l'Iena clangAt et sincère.
i^onore feato nam nascentezn Caram aalotat p«rtnlam.
Ad limen vite qoem gemeatem Pacavit somni brachiaio :
Coi sinos «evi cam beatin Commista ceiat ni((ra fatis; Stib matre euro ridet boni.
It ritm blandiens aarora.
Ct telum, tr.insit MscDlaai, Cjetam cnatemneus paellarom, In mundom paer irrait, Ferox va^ator orbe, laram Sub patns bospes rediit, iEriqoe foUçidam décore.
De coelo vefnt speriem.
Caste gênas sparwam robore Coràm tnetnr rirginem.
Cupido gliacen5, en, tnenti r.or tentât ineiTabilis :
Fratrnm procnl cboro frejnentî Rigon» it ora lacrymîs.
Trnbit padeotem Tenerata, UeAt salatans tenoram (<), U prata pcr, quarens, amats, Qno ntleat, palcberrimam.
O flammn miti.*, sprt.«, amori:i Soles repentis itarei î In c«li lumen baret oris; Tor rore pleonm gandii.
O prima pal^bro flamma Tere, 2Etema poosis si vigerel
En, nt tnbi jam rervesnint! etr.
Un autre fragment, dans la pure forme d'Horace (les premiers vers du Lac, de Lamartine) :
sic Yocat pnisos uota sempcr ora.
Noxqae non nlli remeanda ; rasto NuUa nos horam retinebit «tï A nchora ponto !
0 Ucua, vernis redacem sab acri<<, Rope me solam, en, propè te sedentem; Non Yenit caras, nt amanat, undas llln rovi.«cns,..
La Dissertation sur les vers latins rimes est très-curieuse : l'auteur explique l'éloignement des anciens pour la rime, en faisant remarquer que leurs vers sont essentiellement quantitatifs, c'est-à-dire que l'accent tonique y tombe aussi bien sur une brève que sur une longue ; or la rime ne plaît à l'oreille que dans les versus accentiviy où la syllabe accentuée est toujours une longue, comme en allemand. En français, où la quantité est peu marquée, on ne saurait se passer de la rime. Après le siècle d'Auguste, on vit apparaître insensiblement à Rome des vers à assonances, symptôme de décadence si l'on veut, si Ton songe aux œuvres des grands poètes classiques ; mais les modernes se trouvent placés dans une condition toute différente, et l'on ne voit pas pourquoi ils
{*) Dans l'exemplaire annoté que nous avons sous les yeux, nous remarquons, écrite de la main de Fuss, une observation qui caractérise bien les préoccupations antl-dantesqnes de ses dernières années. « On pour-
rait croire, dit il, que Schiller a emprunté ce trait à la Vita Nuova ; mais il semble que le Dante ne devait pas plaire beaucoup à notre poète ».
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o'aeeomaoderaieat pas io latio à leur goût, ■ans tooeber do reste à la pureté du langage. Des beautés nouvelles se sont révélées, et pour être rimées, beaucoup de pièces de vers écrites en langue vulgaire, sur des siiy^ts classiques, ont un parfum d'antiquité qui fait illusion. Pourquoi ne pas en composer aussi en latin, mais conformément aux usages de la poétique moderne? Ce qui, au quatrième siècle, attestait la perversion du sens esthétique, peut au contraire, de nos jours, rendre une seconde jeunesse au vieil Eaon. — A la dissertation de Fuss sont annexées quelques observations philologiques, particulièrement sur l'emploi du mot nempé : c'est une réponse explicite aux objections d'un critique allemand.
13® Réflexions sur Fusage du latin moderne en poésie et sur le mérite des poètes latins modernes, suivies de poésies en partie traduites du français. Litige, Collardin, 4829, in-8^
C'est un complément naturel de la dissertation précédente ; car la première question est toujours de savoir s'il convient, à notre époque, de continuer k écrire en latin. Fuss déclare franchement que cette langue lui sert mieux que toute autre à rendre sa pensée, et il ne voit pas pourquoi on lui reprocherait de s'en servir : aussi bien, d'autres peuvent se trouver dans le môme cas. D'ailleurs la littérature néolatine n'est nullement à dédaigner. L'autour passe en revue les principaux poètes de la latinité moderne et reproduit quelques-uns de leurs meilleurs morceaux.
14" Aquisgrani regionis amœnitas, in eâque mons Francorum, Caroli Magni arcis ruinœ. Ibid , 1829, in-8»
Pièce de vers réimprimée dans les Poëmata latina.
15® J.-D Fuss Carmittum latinorum pars nova, cum nonnuUis hic denuo edUis, Ibid., 1830, in-8®.
Edition publiée aux frais de l'auteur. — 2* éd., ibid., 1833, in-go (Dédicace ù B. Willmann). — H. B. Willmann avait lui-même dédié à Fuss, en 1832, en souvenir de leur séjour à Paris, sa traduction en vers allemands du poème d'Apollonius de Bbodcs :
Y Expédition det Argonaufe$,
16^ Un mot touchant Vusage du latin dans les leçons académiques. I^iége , (s. d.), in-8®.
A propos d'une brochure de Warnkœnig sur les Universités, publiée en collaboration avec le baron de RcitTenberg (v. l'art. Warn- KCERic). Fuss combat l'opinion do son col-
lègue, qui en était venu k soutenir qu'enseigner en latin, c'était infliger aux étudiants le supplice de Mézence :
Morta.'i qninetiam jiingelMt (rorpor* rivis.
17®. D&ren und seitie Umgelfung^ hesungen mit Bezugaufdes Yerf assers Leben, von /.-/). Fuss; abgedruckt aun di'ssen Canninum latinorum pars nova (Leodii 1852), nebst Uebersetzung im Versmasse desOriginals von P. /. Fischbach, Dûren, Knoll, 1853, in 16®, avec portrait de Fuss.
M. Fischbach, de Bonsberg, rédigea cette traduction (en distiques) à la demande de plusieurs concitoyens de Fuss. KUe a été réimprimée à Liège, in 8® (s. d.). Le texte latin se retrouve dans les Poêmata latina, éd. de 1846, t. II, sous le titre : Hœc ptaceant patriœ quœ pia dona fera (p. 3-9;.
18** Badekur in Aaciten, seine Unegebung^ und in dieser der Frankenberg mit dem Màhrchen vom Zauberringe.
Âix-la-Chapelle, Urilchs, 1855, in-12.
Poème latin de Fuss, traduit par lui-même en allemand.
19® La Cloche de Schiller, traduite en vers français (et suivie d'observations). Liège, Collardin, 1854, în-8®.
Fuss a essayé de conserver la mesure et le rhythme de l'original : sa version n'est pas précisément élégante.
SO® J.-D. Fuss poemata Intina, adjectis et grœcis germanicisque nonnullis, hoc volumitie primum conjuncta, fnsunt Schilleri, Gœihei, G. Schlegelii, Klopstockii, de Lamartinii aliorumque pœtarum carmina,vertendo aut imitando latine expressa.Accedit,pvœter notas in carmina, de linguœ latinœ cum omnino ad scribeudum tum in poesi usu, deque poësi etpoëtis neolatinis dissertatio, Liège, Dessain (aux frais de rauleur), 1857, grand in-8® de XLVIII et 214 p. à 2 col. — Dédicace à M. U. Nisard.
21® Lettre à M. le docteur Bovy sur quelques objets d'antiquités découverts à Poulseur (dans les Promenades historiques de Bovy). Liège, 1859, in-8*, t. II, p. 154-159.
22® Dos Lied von der Ruhr (Roêr).
Dûren, 1845, 4 feuillets in-8®, lithographies
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Douze strophes allemandes de J. Blum, de Maubach, avec traduction latine par Fuss.
25'* Lucretia. Trauerspiel in fûnf ActeHy von M, Ponsard. Ans dcm Franzôsischen ûbersetzt von J.-D.Fuss, professor, Dûren, Knoll, 1844, in-i2^
Traduction bien écrite, composée à la demande de quelques personnes de Liège qui s'occupaient de littérature allemande et publiée au profit des pauvres de Dûren.
24** De umbiliciSf comibus, frontUms in veterum libris disceptatio^ Tibulli inter geminaspinganturcornua frontes iUustrans , contraque tentntam emendationem defendens (TIrlemont , J.-P.
Merckx, 1845,in-8»).
Extrait ùuJournal de Vlmiructitm publique (n^ du 5 septembre 1845).
25** J.-D. FuHS poëmata latina, adjecîis et germanicis grœcisqne nonnuUis^ partim hic denud atque emend^itiora , partim primiim édita, Liège, Oudart, vol. l, 1845, in-8<' de XVIU et 410 p.; vol. ir, i84G, in-80 de XIV et 552 p.
En 4849, Fuss publia des addenda k cet ouvrage (p. 4H-4S0pourle premier volume, p. 333-384 pour le second). Des exemplaires du vol. I, contenant les traductions, ont été mis en vente sous ce titre : Carminum quœ J.-D, Fuss de germanicd alUsque Unguis latine vertit pars /, elegis composita, pteraque argumenta quoque elegiaca continem, — Cette édition est beaucoup plus complète et plus soignée que les précédentes. Le vol. II est exclusivement consacré aux compositions originales de Fuss. L'auteur n'a cessé, jusqu'à la On de sa vie, de réviser le texte de cette édition. L'exemplaire annoté qu'il déposa lui-môme à la Bibliothèque de Liège porte les lignes suivantes : c Si » quelqu'un veut, n'importe pourquoi, savoir » exactement ce que j'ai, soit changé seule- » ment, soit approuvé ou condamné dans le » texte de mes Poëmata latina publi<''S en > i 845-46 et dans les addenda foulés trois » ans plus tard k cette édition, je l'engage à » s'adressera M. le bibliothécaire de l'Uni- • versité de Liège, qui, Tavorable à mon in- » Icnlion k cet égard, a bien voulu recevoir
9 un oxemplaira des deux volnmea chargés i> de notes et indiquant, d'ane manière par-
• tout claire et exacte , comment je donne-
• rais le texte si je publiais une édition, ce m à quoi du reste je ne songe nullement... » C'est à mes compositions en vers latins que
• j'ai consacré une grande partie de ma vie, « toujours convaincu que , si je parvenais à » donner k ces compositions un mérite réel, » ne fût-ce que celui d'un langage latin peu 9 commun k notre époque, elles ne seraient » pas inutiles dans une réaction , peut-être
• moins éloignée qu'on ne pense , en faveur » de la poésie latine moderne, dédaignée au-
• jourd'hui et pourtant, ce me semble, très- » digne d'intéresser, et par ce qu'elle a été » et par ce qu'elle pourrait devenir, quel- » ques-uns de nos philologues renommés. » Un autre exemplaire, aussi tout chargé de notes, est en possession de M.Th . Fuss, conseiller t la Cour d'appel de Liège; il devrait être également consulté par le nouvel éditeur, ainsi que plusieurs liasses contenant des notes critiques sur des points délicats de latinité, cl dilTéreotes compositions inédites. Les Poëmata latina renferment des morceaux réellement très-distingués, surtout dans les traductions ; si la lecture des œuvres de Fuss demande parfois un certain effort, cet effort accompli, on est amplement récompensé. Le style est pur et souvent bien ciselé ; le choix des termes est habile et délicat. Fuss possédait une connaissance rare de toutes les finesses de la langue latine : il en était venu au point de pouvoir justifier l'emploi de chacune de ses expressions, de chacune de ses tournures de phrase (*). Il travaillait avec la même facilité tous les rhythmes et se jouait de toutes les difficultés avec la même franchise d'allure. Nous citerons, parmi les versions les plus remarquables, celles de la Cloche de Schiller (v. ci -dessus) et de quelques ballades du même auteur ; les XXIil élégies de Goethe, i'ÀmyntaSy aussi de Goethe ; la Borna de Schlegel, la Chute des feuilles de Millevoye, trois Méditations de Lamartine, la Jeune captive d'André Chénier, etc. — Au second volume (compositions originales) , les connaisseurs reliront avec plaisir Tuo, natura, in tramite tendam (p. 9;; yaturœ et Musis (p. Î5); Est aliquid, calcare solum gro creveris infans (p. 27); Te beet ut^puro naturam corde tuere (p. 87) : in corde, quo fidas quœrt
(M Nous nous en référons au jugement que nous avons porté sur les Poëmata latina dans le Journal de l'Instruction publique, t. I, p. i09, 496 et 216. Dans le t. II de cet ouvrage, Fuss a bien voulu répondre k quelques-unes de nos observations ; mais la plu-
part ont été ensuite confirmées (Cf. les Ann, liti. et philos, de Liège, t. 1, 4837, p. 348 et 372 ; la Revue de Liège, t. IV, 4845, p. 464; le Procès-verbal de la séance pu" blique de la Société d'Emulation de Liège, tenue le 29 décembre 4850. etc.).
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(p. ii8) ; Tria tenenda (p. 420) ; Ipsa mihi patriœ dulce loquela meœ (p. iH), etc. Ces titres disent assez qa'il ne faut pas s'attendre k rencontrer ici en général de grands éclats de passion, des élans d'enthonsiasmo, des appels chaleureux et persuasifs : la poésie de Fdss est essentiellement intime ; il faol la lire quand on est calme, quand on veut s'encourager soi-même dans la voie des bonnes études , quand on a besoin d'un noble écho pour les pensées de la solitude, après la vie du mouvement et de l'action :
Non mibi diviti», neo clarant nomeo avonsin Tontiuerant, Roimî S4sd mcliora bon.*).
CoDtrntam modicîs me jumit amare quietein, Me stntlia el Htucai jossit aœat-e Den».
Fuss n*a point l'aimable insouciance d'Horace , mais Horace est partout son modèle : il le relisait sans cesse et il eut même la pensée d'en préparer une édition, comme le témoignent les papiers qu'il a laissés. Ce qu'il lui a emprunté surtout, c'est l'art exquis du rbythme et de l'harmonie ; à ce point de vue, ses oituvres personnelles, où il n'a point mis en pratique son système sur la rime, sont à notre sens plus élégantes et plus aisées que ses traductions, r^ous ne parlerons que pour mémoire des satires académiques; les épigrammes (*)) an contraire, mériteraient une attention spéciale. Les Rûckertiana, entre autres, forment une collection de traits heureux, qui ne s'étendent jamais au-delà d'un seul distique , k la manière des poètes allemands. — Le vers
('or patrÛB detlit ip«e, lyram sibi Yindicat oibijt,
quB l'on n'a pas voulu inscrire, nous ne savons pourquoi, sur le piédestal de la statue de Grétry, k Liège, est de Fuss. Parmi les pièces grecques, Romœ œternœ^ est digne de l'antique. Les poésies allemandes ne sont pas À dédaigner; mais Fuss était surtout poète en latin, ou plutôt habile artiste , amoureux de la forme, et la forme qui lui était vraiment familière, ce n'était point celle que nous comprenons le mieux.
25® Sur Vimportance actuelle de la langue latine et sur la question : S'il faut encore écrire en latin. Tirlemont, J.-P. Merckx(1846),in-8<».
Discussion extraite du discours prononcé par Fuss comme recteur sortant , le 3 novembre 4845. — Exlr. du Journal de Vingirnction publique (29 novemb. , 5, 4 K et 96 décembre 4848 et 5 janvier 4846).
27* Dantis Divinœ conurdiœ poëtica virtus. Bruxelles, 1855, in-8®.
Extr. des Unlletins de l'Acad, royaU de Belgique ^ t. XX. Le poème (543 vers} est précédé des rapports de MM. fiormans, Lesbroussarl et De Ram, commissaires de l'Académie. On lit dans le rapport de M. Bormans : « M. Fuss est connu depuis longtemps » comme le premier latiniste de notre pays, » et je crois qu'il en est aujourd'hui le der- 9 nier poète, jedis le seul qui sache encore se » servir de la langue de Virgile et d'Horace » comme d'autres se servent de leur langoe » maternelle. > — V. ci -dessus.
28o Française de Bimini et le Comte Ugolin, Deux épisodes de VEnfer du Dante y traduits en vers latins par J.-D, Fuss et suivis d'observations sur la Divine comédie. Tournai , Malo et Levasseur, 4854, in-8«.
Extr. du Moniteur de renseignement . Fuss corrigea plus tard avec soin cette traduction ; il se proposait de la réimprimer avec de nouvelles notes.
29* Fuss a revu et corrigé le texte du poème de Placenlîus (Pugna porcorvm), dont M. IJl. Capitaine a donné une nouvelle édition en 4855.
50o Quœstiones theologicœ : Ratio et fides, Dies creationis Mosei^ Beati poupères spiritu^ quas tribus hic carminibus conjunxit J.-D, Fuss. Accedunt ab eodem descripta^ quœ Leodii^ in templo sancti Paulin insignis cathedra, et la-tinè redditapars pi^terior hymni Alfre^ di de Musset : Tespoir en Dieu. Liège, Carmanne, 1859, in-8«.
Les différentes pièces qui composent ce recueil avaient déjà paru séparément, de 4855 à 4857, chez le même imprimeur.
51* Fuss a fait insérer un assez grand nombre de pièces de vers latins de circonstance dans la Revue belge, dans la Bévue de Liège, et plus tard dans le Journal de Liège et dans la Meuse, Nous avons dit qu'il avait collaboré au Magasin encyclopédique de Millin ; YHermione , publiée à Hamm , par le docteur H. Schulz,l7^ d'Iena,etc., ont également reçu de lui quelques communications. Un recueil westphalein doit avoir publié sa dissertation sur parûm, paullum, quoqne, quin et sur le verbe occurrere. Les Annales de
( ' ] Ce mot pris dans le sens antique.
GAE
rUniversUé de Liège ont inséré (t. I) rode latine qu'il composa à Toccasion de rinauguration de TUniversité de Liège (v. les notes du discours de M.
Nypels). Enfin le Journal de rinstructioH publique, outre les dissertations citées plus haut, a publié quelques notes de Fuss sur des passages de Virgile (t. 1, p. 101), d'Horace (Ib., p.
209 et 224) et de Properce (Ibid.). — Dans le volume intitulé : Gedichte in der Aachner Mundart (Aix-la-Chapelle, Urlichs Sohn, 4840, in-12), on trouve une traduction latine des stances en patois d*Aix intitulées de Zogvogel, dédiée par Fuss à Tauteur, M. J. MuUer (*).
Fufts a été, de 1817 à 1830, membre de la Commission administrative du Collège de Liège ; il a fait partie de la Société d'Emulation de celte ville, de PAcad. d'archéologie de Belgique, etc.
Gaëde (Henri-Maurice) , né à Kicl (Holstein) le 26 mars 1 795, mort à Liège le 2 janvier 1854. Voué par son père à Tétude de la théologie, qui semblait convenir à ses aspirations religieuses et presque mystiques, il renonça cependant de bonne heure à entrer dans le sacerdoce, et s*appliqua aux sciences naturelles, notamment à Tanatomie comparée, avec une véritable passion. 11 fréquenta tour à tour les Universités de Kiel et de Berlin et se fit remarquer, dès 1815, par une première publication sur ranaUmie des insectes (Altona , 54 p.
in-4^ et 2 pi.). L'année suivante, il fit imprimer & Berlin son Essai sur Vanfitomie et la physiologie des Méduses (28 p. in-8° et 2 pi.), qui attira sérieusement l'attention du monde savant. On y signala une riche érudition, des dissections délicates, des observations judicieuses. Sa dissertation de doctorat (1817), écrite en latin suivant Tusage, mais plus tard réimprimée en langue allemande et enrichie de nouveaux développements, obtint également du succès. Elle traite de la structure des insectes et des vers (Hydrophilus picetis^ Buprestis mariana , Mygale avicularUt^ etc). Gaêde, à Page de 21 ans, était déjà
un anatomiste distingué; les professeurs de Kiel le signalèrent comme un jeune homme de grande espérance, appelé à rendre des services à renseignement supérieur. Une bourse de 600 thalers lui fut accordée par le gouvernement Danois pour un voyage en Italie : il était au moment de franchir les Alpes (1818), lorsqu'il reçut la proposition officielle de venir enseigner les sciences naturelles à Louvain ou à Liège. Ne connaissant point les Pays-Bas, il décida la question par pile ou face, se hâta d'accourir à Liège et entra immédiatement en fonctions comme professeur d'histoire naturelle, de minéralogie, d'anatomie comparée, de botanique et de physiologie des plantes. Il prononça le 16 novembre un discours d'inauguration (De vero naturœ indagatore ; Annal. Acad. Leod. t. H), où se révélèrent les sentiments religieux dont il était pénétré. Investi de la dignité rectorale en 1822-1825,11 ouvrit la séance solennelle de rentrée par un discours «tir la distribution des êtres organisés sur le globe. Ses difllérentes allocutions aux élèves ont été réunies en trois opuscules qui parurent en 1821, en 1824 et en 1828. Le litre du second : Dieu dans la nature, témoigne assez clairement des sentiments de Gaêde. Sa pensée était toujours élevée et son cœur débordait de sensibilité. On a dit de lui qu'il était autant un moraliste qu'un savant.
Nullement systématique, il opposait les unes aux autres les théories en vogue, et réfutait, par le microscope perfectionné d'Amici,lesconjectures hasardées des naturalistes. Mais, à l'exemple de Bernardin de St-Pierre, ajoute M. Pagani, il ne plaçait pas le but de la science dans la multiplicité et la classification des faits qui servent à l'enrichir chaque jour davantage: autant il s'armait de prudence avant de conclure, autant il cherchait à retrouver, dans les merveilleux phénomènes de la nature, « la preuve la plus sensible de la toutepuissance et de la sagesse infinie du Créateur. » Il considérait la vie comme existant à l'état latent lors de la forma-
( * ) Pour de plus amples détails, v. la no- tice déjà citée de M. U. Capitaine.