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ce mouvement fut nécessaire, justifiable dans les circonstances, avantageux par la suite au pays tout entier. Les libéraux de notre époque, s'ils sont convaincus de la doctrine libérale, auraient fait comme nos pères en démocratie canadienne. Nous n’avons pas à rougir d'eux. Si nous avons honte de leur passé, passons l’éponge sur notre individualité. Nous ne sommes quelque chose dans ce pays que par eux; nous ne valons Pas mieux qu'eux. Allons nous rougir de ceux qui, au prix de leur sang, nous ont conquis et légué le précieux patrimoine de nos libertés politiques et civiles ?
On imagine peut-être qu'il n’y a pas tout un vaste champ ouvert à l’activité libérale et où les bons ouvriers de la pensée peuvent encore jeter la semence de la liberté. Nous avons les conquêtes politiques ; on ne nous les enlèvera plus que je sache. Mais pensez-vous qu’il n’y a plus rien à faire ? Croyezvous que la liberté civile à atteint le dernier dégré d’avancement ? Etes-vous satisfaits des réformes obtenues dans l’ordre administratif et économique ?
L'œuvre est donc là; il ne sera jamais si parfait qu’il ne faudra plus y porter la main ; il attend l’ouvrier. Libéraux de la vieille école !.serrez vos rangs et confessez haut le front le dogme libéral. Dans le passé jamais vous ne fûtes une menace pour la société canadienne; pour l'avenir vous êtes une promesse !
Pendant que les libéraux travaillaient à mériter la confiance du public, le parti conservateur déversait sur eux les plus infâmes calomnies. Devant le peuple, dans la presse, il les dénonçait comme des ennemis dangereux de la constitution et
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du pays. De quoi donc étaient-ils coupables? Etait-ce d’avoir voulu ramener l’ordre dans nos finances délabrées, d'avoir voulu sanctionner le principe—sauvegarde de la liberté du sujet, qui donne aux Communes le contrôle exclusif des votes d'argent, comme dans le cas des débentures de la ville de Montréal en faveur de la Compagnie du Grand-Tronc ? Ou bien, le parti libéral est peut être coupable d’avoir désavoué l'acte honteux du double shuffle, et par là, d’avoir revindiqué la dignité et la saintété du serment? Bien coupables en effet sont ceux qui dénoncèrent de toute la force de leurs poumons les péculats honteux, la défalcation des deniers publics, l’inconduite des employés civiis, les jobs Baby, les extravagances dans la construction des édifices du parlement, le scandale des Tanneries, la vente de la charte du chemin du pacifique ! C’est sans doute un acte condamnable d’avoir réclamé la réforme postale, demandé la libre navigation du St. Laurent, désiré le traité de réciprocité avec les Etats-Unis et sauvegardé, au milieu d’une société protestante, les droits d’une minorité catholique en établissant les écoles mixtes dans le Haut-Canada! C'est encore un crime d’avoir travaillé à assurer la suprématie législative de la colonie en séparant, autant que possible, sa cause de celle de la métropole ! Egalement coupables, sans doute, sont ceux qui tentent, par tous les moyens légitimes,à assurer au pays son indépendance commerciale ! Oui, ceux qui se montraient plus soucieux des intérêts du pays que du bien être du parti conservateur devaient être de mauvais citoyens aux yeux de ce dernier ! Ils ne pouvaient être évidemment que des traîtres à leur pays, que des ennemis déclarés de la religion de leurs pères! Allez, grands coupables, vous ne serez jamais absouts par le parti conservateur! Vous vouliez toutes ces réformes, il les méprisait ; à force d'énergie vous les avez conquises, c’est avec la même énergie qu'il vous a résisté ; vous vous en glorifiez, i]
vous en fait un crime; pour vous c’est un ornement de gloire, pour lui c’est un deuil national !
Le parti libéral a dirigé les affaires publiques pendant cinq années. Qu'a-t-il fait? A:t-il été ce que de faux prophètes ont dit de lui pendant vingt ans! A-til bouleversé la société, introduit dans la législation des doctrines pernicieuses, mis le trouble dans les consciences, manifesté des tendances hostiles aux diverses croyances religieuses du Canada, gaspillé les deniers publics ? Non, rien de tout cela! A:-til attaqué les droits sacrés de. la propriété, poussé la nation à des aventures périlleuses, à des entreprises folles, compromis le crédit national? Au contraire ! les libéraux ont amélioré les conditions économiques du pays, relevé les finances de l’état, payé les dettes contractées par leurs prédécesseurs, diminué les dépenses du service civil, développé les ressources du pays, fait partout des améliorations publiques, élargi des canaux, bâti des hâvres, creusé des rivières, construit des chemins de fer, ouvert des voies de colonisation, promulgué des lois efficaces, accompli des réformes partout, dans l’ordre constitutionnel comme dans l’ordre administratif. Libéraux du Canada, allez votre chemin! Le peuple vous voit, A l'œuvre on connait l'artisan. Vous n'êtes point ces hommes dangereux que des adversaires couverts du manteau de l’hyppcrisie vouaient à la vindicte publique. Le peuple ne se laissera plus effrayer par le spectre rouge qu’on lui montrait en jetant de la poudre aux yeux des électeurs. Ce moyen de combat est passé; cette arme déloyale est usée ; elle tache la main de qui l’emploie ; elle déteint la honte au front de qui s’en sert,
Voilà l’œuvre de nos pères. Gloire vous soit rendue, glorieux défenseurs des franchises publiques, descendants généreux des libéraux de la vieille Angleterre, démocrates sincères qui avez fait de la liberté le dogme de votre vie! Vous avez combattu
noblement, et vous avez remporté la victoire sur vos ennemis Vous avez élevé un temple où la nation toute entière peut se remuer à l’aise, vivre en paix, répandre les bienfaits de l’éducation, donner le spectacle des vertus privées et des dévouements patriotiques ! vous avez fait plus que cela encore; vous avez honoré la pensée humaine, don précieux de la divinité, en protégeant les libertés individuelles encore plus précieuses que les libertés publiques.
La cause du parti libéral est exposée ; que les esprits modérés jugent ce qu’elle vaut. Je n'hésite pas à croire que chaque fois qu’on écartera les préjugés, les malentendus, l'intérêt personnel ou les attaches de famille on donnera son adhésion à cette cause. Il importe surtout à la jeunesse studieuse de notre pays de bien l’examiner avant de la condamner. Avant d’embrasser un parti politique il faut se convaincre de son mérite.
Jeunes gens qui vous préparez à fournir une honorable carrière, écartez les préventions qu’on a pu faire naître dans vos esprits ; ouvrez l’histoire et jugez vous-mêmes. Prononcez-vous contre la cause libérale si vous trouvez qu’elle a sacrifié les intérêts du pays. Mais délibérez, appelez-en à votre raison; c’est le meilleur instrument que vous puissiez appliquer dans la circonstance, Ecoutezles conseillers, ceux qui se disent vos mentors ; mais ne leur déférez pas la décision que vous êtes appelés à prendre. N’abdiquez pas votre intelligence , elle vaut mieux encore que
. les esprits retors et astucieux de gens intéressés à vous tromper.
Suivez l'instinct de votre âge ; aimez la liberlé qui fera naître en vous tous les beaux sentiments. Et avec une opinion décidée,
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ferme, indépendante, vous poursuivrez une carrière de laquelle vous n'aurez pas à rougir. D'un seul bond vous pouvez vous mettre au-dessus des préjugés et briser ces mille petits liens que la famille, l'éducation, l'entourage, le collége se plaisent à resserrer dès l’enfance. Sur le seuil de la vie active et sérieuse il importe à tout caractère fier de faire un acte d'indépendance et de liberté d'esprit Soyez convaincus que vous ne serez quelque chose dans le monde qu’à cette condition. Si vous commencez par céder et si par nonchalance vous suivez une voie d’où vos instincts et vos convictions vous détournent vous ne serez que des esclaves toute votre vie. Quand une fois on s’est compromis dans un parti politique il n'est plus temps de changer ; vous restez là, attachés, liés, comme Prométhé sur son rocher, par des liens plus forts que vous-mêmes. Ce serait vous condamner à une carrière mal commencée. Bien peu de caractères passent par ces épreuves, et la société, ne tenant pas compte de l'amour propre sacrifié, récompense rarement les désertions. C'est peut-être rigide; mais dans les luttes de parti cela se passe ainsi. Il faut donc bien examiner la cause qu'on ambitionne de servir avant d’entrer dans l’arêne. Choisissez ! Le parti libéral, ce qu’il vaut, son passé, ce qu'il est, ses promesses pour l'avenir sont là! Il ne vous garantira pas toujours le succès et son char ne mène pas toujours au triomphe. C’est la loi des gouvernements constitutionnels de laisser aller le pouvoir alternativernhent de gauche à droite. Maisil ya quelque chose de plus précieux que l’ambition satisfaite: ce sont les contentements de l'esprit et la satisfaction d’une conscience libre.