DEPENSES
Liste civile 26,792.88 dollars.
Justice 16,175.77 —
Législature 13,405.03 —
Intérêt de la dette ...... 2,366.64 —
Réclamations étrangères .... 5,000.00 —
Dépenses diverses 93,725.00 —
157,465.36 dollars.
Soit un excédent de recettes de 16,548.75 dollars ou environ 83,000 francs. Mais cette prospérité n'est qu'apparente à cause de l'emprunt de 1871, qui reste à rembourser, capital et intérêt, en 1886 (T).
« L'emprunt de 1871, disait dans son adresse inaugurale le président Johnson, en janvier 1884, est le plus lourd fardeau qui pèse sur les finances du pays. Il est énorme pour un gouvernement qui ne dispose que de faibles ressources. Et si l'on tient compte du petit bénéfice que la République en a récolté, la charge est encore plus considérable. Il s'impose cependant à la sagesse du pays de chercher à liquider cette dette, qui est exigible dans un avenir peu éloigné.
(l) En admettant qu'il ne soit accordé à Libéria aucune concession, trois années d'intérêt ont été payées, il resterait à payer les intérêts composés d'un capital de 500,000 dollars à 5 ou 7 p. c. pendant douze ans, soit 898,000 ou 1,260,000 dollars.
« Si l'on considère la faible part de l'emprunt que Libéria a touchée, les dépenses considérables auxquelles les poursuites judiciaires ont entraîné la République, il est à espérer qu'un compromis sera accepté au sujet des termes de paiement et des intérêts, par ceux qui possèdent les actions et qui ont profité de nos erreurs, si ceux-ci les ont conservées ; mais il est probable que ces actions ont passé dans d'autres mains.
« Cependant l'emprunt doit être payé peu à peu avec une réduction du capital et une petite augmentation des intérêts. Je suis informé qu'on demandera la concession de monopole pour acquitter cette dette. Une concession de monopole ne peut être accordée qu'avec la plus grande prudence et sous l'empire d'une absolue nécessité. Pour accorder un monopole sur certains produits du pays, il faut observer un principe essentiel : la concession à forfait. Si le concessionnaire profite du bénéfice, quelque considérable qu'il soit, il faut aussi qu'il assure le risque du déficit sans charger le gouvernement des déficits qui peuvent résulter des fautes et de l'imprévoyance de son exploitation.
Des concessions pour l'exploitation des bois, l'exploitation des minerais, l'installation de grandes cultures ont été proposées à des conditions plus libérales que précédemment et si les concessionnaires
s'engagent à amener des émigrants nègres civilisés pour assister nos travailleurs, avec du temps et de l'économie une portion de notre réserve pourra être employée à payer notre dette, si en vérité il n'y a pas d'autre moyen de sortir d'affaire. »
Quelque pacifique que soit le petit État nègre, il a dû subir la loi commune et organiser une milice. Jetons un coup d'œil sur cette organisation et son but.
La race blanche a bien des crimes à expier devant la race noire. Des philanthropes éclairés ont tenté l'œuvre de réparation, et déjà les résultats acquis démontrent surabondamment le néant de la thèse égoïste qui affirmait d'une manière doctrinale que « les races faibles sont fatalement condamnées à périr devant les races fortes». Elles ont péri, en effet, dans le passé, devant les forces de la civilisation employées d'une manière cruelle et sauvage, et non devant la civilisation qui éclaire et vivifie. Quel contraste avec le message du nouveau président Johnson, du 7 janvier 1884, affirmant son respect absolu de la paix devant tous ces peuples nègres sauvages, toujours enclins à la guerre et au pillage : « Je suis opposé à la guerre, » dit-il, « et je crois qu'il ne faut s'y résoudre qu'en cas d'absolue nécessité. Les nations accomplissent mieux leurs destinées en se consacrant aux travaux de la paix. Afin d'assurer la paix, il est indispensable de disposer de la force. Elle est nécessaire pour faire respecter
la majesté de la loi, prévenir les tumultes, assurer l'autorité du gouvernement et maintenir l'ordre. Dans ce but, il faut que la force publique soit établie sur un pied respectable. Mais la règle essentielle à observer dans l'organisation de ce service doit consister uniquement à préparer les moyens de protéger l'industrie pour que celle-ci ne subisse aucun obstacle.» Nobles paroles clans la bouche du chef d'un État qui clans ces dernières années a dû, par la force des choses, se faire conquérant pour assimiler plutôt que pour asservir les sauvages qui entouraient son territoire, et qui, en ce moment encore, a tout à craindre des entreprises de la force du dehors.
La milice se compose de tous les citoyens âgés de 16 à 50 ans, sans exception ni dispense autre que celles nécessitées par certains emplois publics, tels que membres du gouvernement, de la législature, de la justice, etc.
Elle forme une brigade de quatre régiments, commandée par un brigadier général, assisté d'un capitaine aide de camp, d'un major inspecteur de brigade, d'un quartier-maître et d'un commissaire du rang de capitaine. Les régiments sont provinciaux : Monserrado en possède deux, Grand-Bassa et Sinou n'en ont l'un et l'autre qu'un.
Chaque régiment se compose de six compagnies. Son état-major comprend: Un colonel, un lieutenant-
colonel, un major, un quartier-maître, un commissaire, un médecin du rang de lieutenant et un tambourmajor du rang de sergent.
La compagnie comprend : Un capitaine, deux lieutenants, un enseigne, quatre sergents, quatre caporaux, deux tambours ou musiciens et au moins cinquante hommes.
Il peut être formé, avec l'assentiment du commandant en chef, des compagnies de volontaires de cinquante hommes an moins; dès que l'effectif de ces compagnies tombe au-dessous de ce chiffre, ces compagnies sont dissoutes.
Les miliciens sont habillés et armés au compte de l'État et ne reçoivent une solde et des rations de vivres que pour les jours de présence sous les armes.
Les armes et équipements de la milice ont été offerts à Libéria par l'empereur Napoléon III et distribués par parts égales à tous les régiments, à raison de deux cent cinquante par régiment. Depuis, cet équipement, qui se composait des armes et uniformes pour mille hommes, a été complété au compte de l'Etat. — Les volontaires s'arment à leurs frais et doivent posséder un bon fusil à baïonnette, une giberne à cartouches et un sac à provision. — La ration se compose de : 1 l/2 pinte de riz, l/2 livre de bœuf ou de vivres de nature équivalente. — La
solde mensuelle est réglée par jour de présence sous les armes d'après le taux suivant :
Brigadier général . . . . . 40 dollars, 4 rations.
Colonel 38 — 3 —
Lieutenant-colonel .... 35 — 3 —
Major 30 — 3 —
Capitaine . 22 — 2 —
Lieutenant et enseigne ... 17 — 2 —
Sergent 15 — 1 —
Caporal 10 — 1 —
Soldat 8— 1 —
Les revues et exercices de la milice ont lieu pour les compagnies, une fois tous les deux mois, et pour les régiments deux fois par an, indépendamment des appels sous les armes, qui peuvent être faits pour des expéditions militaires.
Libéria a eu la sagesse d'adopter tous les règlements de manœuvres et de discipline des États-Unis, sans rien innover sous ce rapport.
La République ne possède pas de marine, malgré l'utilité qu'elle pourrait avoir pour réprimer les actes de piraterie commis sur ses côtes, principalement par les étrangers, et qui ont déjà eu pour elle des résultats si funestes. Ses ressources ne lui ont pas permis encore d'acquérir des vaisseaux. Elle y emploie un cutter de la douane et des chaloupes. — « En mars 1884, » écrit avec bonhomie le président de la Repu-
blique, « j'ai dû envoyer un détachement de troupes au cap Mount pour réprimer des désordres intérieurs. N'ayant pas de marine, nos hommes furent embarqués sur des chaloupes à rames. En voyant partir cette petite flottille, je m'en sentais aussi fier que si elle eût été formée de grands vaisseaux. J'appelai ces embarcations, avec orgueil, nos navires de guerre! »
' Par suite d'une certaine mollesse native, qui dérive peut-être du peu de besoins des nègres, les Libériens ne semblent guère portés aux grandes entreprises. On ne peut que les louer davantage d'avoir consacré d'énormes efforts à répandre l'instruction, aussi bien chez les enfants de civilisés que dans les tribus sauvages. Tout centre de 300 habitants possède une école primaire où l'on enseigne la lecture, l'écriture, la grammaire, le calcul et la géographie. L'instituteur reçoit 250 dollars par an, payés par l'État. Des comités scolaires locaux règlent tout ce qui est relatif aux écoles et adressent chaque année un rapport au gouvernement sur leur situation, le nombre des écoliers, leur âge, leur sexe et toutes les matières qu'ils jugent importantes pour le développement de l'instruction.
Autrefois, les jeunes Libériens riches se rendaient en Europe et en Amérique pour se perfectionner dans les arts industriels et compléter leur éducation. Depuis 1862, il a été fondé à Monrovia une école
supérieure, le Libéria Collège, où deux professeurs nègres américains venus des États-Unis et d'autres professeurs noirs enseignent les sciences physiques et mathématiques, les littératures grecque, latine et arabe. Une institution absolument semblable existe pour les femmes, dirigée par une dame américaine. Il n'est pas rare de voir les jeunes gens venir de 600 et 800 kilomètres de l'intérieur pour suivre les cours de ces écoles.
On ne peut demander à une société en formation et toute vouée à des travaux matériels, d'importantes productions littéraires, mais le récit du voyage de Benjamin Anderson à Mousardou (Narration of a journey to Musardou), publié à New-York en 1870, et les cartes qu'il a dressées promettent un sérieux avenir.
Dans plusieurs villes de Libéria, on trouve des sociétés littéraires organisées sur le plan des Lycées des États-Unis et même des bibliothèques publiques.
Pour compléter ce tableau de la vie libérienne, nous reproduisons la biographie du président Johnson telle qu'elle a été publiée au moment de son élection présidentielle, par le Monrovia Observer. Elle nous rend compte de la carrière d'un homme (à la vérité très distingué) de la classe supérieure de la République.