‹ LibériaChapitre 4 sur 9 · HILARY R. W. JOHNSON · texte numérisé non relu

HILARY R. W. JOHNSON

tJie son of the soil.

« L'honorable Hilary R. W. Johnson, né à Monrovia le 1er juin 1837, est le fils de l'illustre Elija Johnson, dont le nom occupe une place importante dans l'histoire de la colonie, aujourd'hui république de Libéria.

« Le père de M. Johnson mourut lorsqu'il était encore dans l'enfance. Elija Johnson n'avait pas grande fortune, et l'orphelin eut à supporter toutes les privations, les peines, les épreuves et les difficultés qu'on rencontre dans les colonies et particulièrement une colonie dont l'existence est aussi difficile. Cependant, après avoir complété son instruction avec ardeur et persévérance dans l'école locale, il est arrivé par ses remarquables talents et son intelligence à la position la plus éminente.

« Il acquit ses grades scolaires dans la Alexander ïïigh Schoolde Monrovia en 1 8 5 7 , mais fu t nommé secrétaire particulier du président Renson dès janvier 1856, office qu'il remplit pendant sept ans. En avril 1858, il fut nommé principal du BaptistHighSehool et conserva cet emploi trois ans. En novembre 1857, il avait encore accepté la rédaction en chef du Libéria Herald et dirigea ce journal deux ans et demi. Il fut nommé

membre de la Chambre des représentants en 186 1 . Il accompagna en 1862 lé président Benson en Europe, visita l'Exposition de Londres et diverses cours du continent et prit pari aux négociations relatives aux frontières à Londres. Rentré en Afrique, M. Johnson reprit, en janvier 1864, la direction du Libéria Herald et, en juillet, fut élu principal du Comité directeur de Libéria Collège et occupa cette fonction deux ans et demi. En février 1865, il fut nommé ministre d'État, mais donna sa démission au mois de juillet de la même année. Il occupa de nouveau la position de ministre d'État en 1866 et 1867, sous le président Warner. En janvier 1867, il fut nommé professeur de philosophie et belles- lettres au Libéria Collège et occupa cette chaire pendant onze ans. En 1870, il fut élevé au poste de ministre de l'intérieur et se rendit avec le président Royc en Amérique et en Angleterre, où il prit part aux négociations relatives aux frontières (]). 11 occupa de nouveau les fonctions de ministre d'État sous le gouvernement provisoire de 1871 et, sous le gouvernement du président Roberts, conserva cette fonction simultanément avec celle de ministre de l'intérieur pendant les années 1872 et 1873.

(■') Â la suite d'un dissentiment avec le président Roye au sujet de la négociation sur les frontières, il se sépara de lui et le précéda en Afrique.

« M. Johnson a reçu les honneurs de Masier of Arts par le Board of Trustée of Libéria Collège en 1872 et en 1882 ceux de Doctor of laws.

« M. Johnson est arrivé actuellement dans la plénitude de la vie, jouit d'une excellente santé, possède la confiance du peuple, a une carrière politique à l'abri de reproches (]) et semble destiné par la Providence à guider Libéria vers les plus heureuses destinées. »

A l'origine de la colonie, les cultures affectaient plutôt la forme de grands jardins que celle de fermes. Plusieurs causes semblent expliquer cette particularité. Le colon doit tout d'abord pourvoir à ses propres besoins, très limités; une apathie naturelle l'empêche de développer ensuite sa culture. L'absence de betes de trait et de somme pour effectuer les transports nuit également à son extension. Des chevaux ont été amenés des États-Unis et des ânes du cap Vert, à la demande de Roberts, mais aucun de ces animaux n'a survécu (*)..

(!) En 1878, il refusa les fonctions de commissaire dans la Commission des frontières, que lui offrit le président Gardner. Son refus, fortement motivé, fut publié dans les journa'ux de Monrovia, ainsi que nous l'avons dit.

(2) On attribue l'insuccès de ces essais à l'absence d'une bonne nourriture appropriée au bétail. Dans ces climats, les herbes

Dans ces dernières années cependant, la culture a été pratiquée sur une plus large échelle et l'on voit actuellement à Libéria des fermes de plusieurs acres d'étendue. Les plus grandes sont affectées à la culture du café, du riz, de la canne à sucre, de la cassave (espèce de tapioca). Elles commencent à donner d'importants produits pour l'exportation. On lit dans un rapport du pasteur Curley en date de 1850 : « Les principaux articles d'exportation sont : L'huile de palme, le camivood (bois de teinture rouge), l'ivoire, le riz, la poudre d'or. On a fait des essais de plantation de tous les végétaux des climats chauds et tempérés : le coton, la canne à sucre, le café et le cacao, qui n'exigent pas de fortes dépenses et paraissent devoir être une source de gros bénéfices. Le caféier croît naturellement dans la forêt et donne des produits que l'on compare à ceux de l'Yemen, connus sous le nom de café moka. Il suffit de brûler la terre et après un léger labour, d'y planter des boutures de caféier indigène. Au bout de trois ans, on récolte trois à quatre livres de café par pied ; au bout de six ans, on obtient le maximum de production, qui est de 6 livres anglaises en moyenne. Le comté

atteignent rapidement deux à trois mètres de hauteur, acquièrent une contexture ligneuse et cessent de convenir à l'alimentation, Il paraît cependant qu'en quelques points on a pu créer des prairies et que les essais d'élevage des chevaux y ont réussi.

de Bassa est celui où cette culture réussit le mieux. Le cacao semble aussi destiné à devenir l'objet d'une forte exportation. Les végétaux purement alimentaires, tels que la cassave, l'igname, la pomme de terre, l'arrowroot, le blé même ont parfaitement réussi. »

Le café deviendra probablement, dans l'avenir, la véritable source de fortune de Libéria. Le caféier y croît dans les terrains humides sous forme de véritables arbres. Il produit une fève très grosse et fort estimée aux États-Unis, où Libéria fait des exportations de café considérables. Tout récemment, des plantes de caféier de Libéria ont été importées avec succès au Brésil, à la Guadeloupe, aux Indes, pour y renouveler les cultures attaquées par les vers blancs (]). — Le gingembre de Libéria est également d'un excellent produit, recherché par le commerce.

(') Des boutures de caféier de Libéria, cultivées à Gand, dans l'établissement horticole de M. Van Houtte, ont été vendues à très haut prix au Brésil.

Le caféier de Libéria se retrouve également aux Indes orientales, dans la grande plantation de Buket-Timals. « L'excursion la plus intéressante que j'ai faite, » dit M. Ed. Cotteau, dans une lettre adressée au Temps, « est celle de Buket-Timals, district qui occupe à peu près le centre de l'île de Singapore. Un Bordelais, M. Chasseriau, possède une propriété de 1,300 hectares, dont la moitié, en plein rapport, est cultivée en manioc et café de Libéria. Cette plantation, sur laquelle travaillent un millier de coolies

L'industrie de Libéria reste encore à l'état rudimentaire. Tous les objets de consommation, vêtements, meubles, vivres, armes, papiers, etc., proviennent d'importations. Des efforts ont été faits cependant pour développer la fabrication; depuis 1858, une loi a institué des expositions annuelles de produits de l'agriculture, de l'industrie manufacturière et des arts (nationals fairs), qui se tiennent dans les divers chefs-lieux de comté. Des prix variant de 1 jusqu'à 10 dollars sont accordés aux producteurs des meilleures denrées et aux fabricants des meilleurs produits manufacturés.

La liste de ces récompenses et leur valeur ont un caractère typique; nous en indiquerons quelques articles :

Au producteur du meilleur coton ... 10 dollars.

— sirop 7 —

— mélasse 2 —

chinois, malais et indiens, est tenue avec un soin infini ; c'est un jardin et un superbe jardin.

" Le café de Libéria est en grande vogue en ce moment. L'arbuste, d'un port élégant, croît avec une rapidité merveilleuse ; il fleurit et fructifie d'une façon luxuriante ; en trois ans, il est en plein rapport, alors ses branches disparaissent sous une multitude de fruits, deux ou trois fois plus gros que ceux du café d'Arabie. La culture de cette belle variété de café a été introduite tout récemment en Malaisie. Son succès est manifeste. D'après les calculs les plus modérés, M. Chasseriau compte sur un produit net de 500 dollars par hectare. »

Au producteur du meilleur sucre. . . .10.00 dollars.

— meilleure qualité de café 10.00 —

— gingembre 5.00 —

— arrowroot 3.00 —

— bœuf, taureau ou vache 5.00 —

— mouton, porc, chèvre, couple de dindons 3.00 —

— beurre , 2.00 —

— bœuf préparé à Libéria 3.00 —

— jambon 5.00 —

— spécimen de briques 25.00 —

— — de pierre de taille . . . . 5.00 —

— — de planches sciées . . . . 5.00 —

— — de bardeau (tuiles) . . . . 5.50 —

— joug pour bœufs . . . - . . . . 10.00 —

— charrue 5.00 —

— voiture à roues 5.00 —

— chaloupe 10.00 —

— rames 5.00 —

— chaises . . . . 10.00 —

— poêle en fer d'Afrique ou poterie. . . 2.00 —

— coffre en bois ou cuir 5.00 —

— moulina café ........ 10.00 —

— serpe, hache ou coutelas en fer d'Afrique 5.00 —

— souliers de cuir faits à Libéria. . . . 2.50 —

— bottes 3.00 —

— chapeau . . • 3.00 —

— pièces d'habillement 10.00 —

— travail à l'aiguille ....... 2.00 —

Plusieurs armateurs de Libéria ont fait construire des navires de fort tonnage aux États-Unis et déjà

des bâtiments au pavillon libérien contribuent à accroître le commerce et la richesse publique. A Libéria même, on construit de petits bateaux de 30 à 80 tonneaux, qui servent au cabotage et naviguent sur la côte. Un chantier à Monrovia a déjà produit plus de cinquante de ces petits bateaux.

« La République est assez florissante, » écrivait M. le lieutenant de vaisseau français Bernard, en 1873; « les transactions commerciales prennent d'année en année une importance plus considérable. Les principales denrées d'exportation sont les amandes et les huiles de palme, quelques cuirs, des arachides, et enfin le café, d'excellente qualité, dont la réputation sur le marché européen ne fera que grandir, à mesure qu'il sera mieux connu, il y a à Monrovia quatre factoreries étrangères : deux sont hollandaises, la troisième est anglaise et la quatrième américaine. Le commerce français n'y est pas représenté. »

Jusque dans ces derniers temps, le commerce principal de Libéria se faisait avec l'iVngleterre, l'Amérique, les Pays-Bas et Hambourg. Il tend à se développer également avec la Belgique. Un service de navigation régulière a été établi par YAnglo-Afriean Steam Ship Company, avec escale à Anvers ; de plus, une société de commerce, la Compagnie belge-libérienne, au capital d'un million de francs, a été fondée, et cette société possède des comptoirs à Monrovia, au

Grand Bassa et au cap de Palmes (T). Ces efforts du commerce belge rencontrent le concours sympathique des Libériens, qui apprécient hautement les tentatives du roi des Belges pour la civilisation de l'Afrique. On lit, en effet, dans le message du président de Libéria, .adressé à la 19e législature, en décembre 1883 : « Un traité est négocié actuellement entre Libéria et la Belgique pour développer rapidement leurs relations de commerce. Grâce au dévouement et à l'esprit d'entreprise du consul général de Libéria à Anvers, le baron de Stein, il est à espérer qu'un commerce actif s'établira entre la Belgique et nos côtes et que l'attention de l'Association internationale, dont le roi des Belges est l'illustre président, se portera sur cette partie de l'Afrique. »

L'établissement de factoreries blanches a été autorisé en divers points de la côte, au cap Mount, à Monrovia, au Grand Bassa, au Cestos, au cap de Palmes, et leurs relations avec les Libériens sont des plus cordiales (2).

(*) Il est curieux de constater qu'après la découverte de la côte des Graines par les Portugais, le principal commerce de poivre, dit malaguette ou graine de paradis, ainsi que le rapporte l'historien portugais Barros, se faisait avec Anvers. (Malte-Brun, t. I, p. 206.)

(2) Un nouveau port vient d'être ouvert' à l'embouchure du Rio Cavally.

En 1879, la république de Libéria a adhéré à la convention postale internationale.

« Il y a quarante ans, » dit M. Casimir Leconte, « quand les bâtiments de nos stations à la côte occidentale d'Afrique parcouraient le littoral de Guinée, quel spectacle y trouvaient-ils? Une région presque déserte, partout des bois, des marécages. Quand ils pénétraient dans les anses reculées, dans les embouchures des petits cours d'eau, ils avaient à détruire quelques établissements où les chefs indigènes entassaient des malheureux amenés du fond de l'Afrique, en attendant que les bâtiments négriers pussent en sécurité y venir charger leur cargaison humaine. Aujourd'hui, des ports y ouvrent leur refuge, la traite a presque disparu ; des villes se dressent avec leurs magasins, leurs hôpitaux et leurs autres établissements d'utilité publique ; nombre de petits bâtiments entretiennent entre elles un commerce actif et leur portent les produits mutuels de leur industrie. Voilà ce qu'en peu d'années sont devenus, sous la tutelle de quelques philanthropes américains, de malheureux nègres qui végétaient dans l'abjection et la misère, sur le pavé des grandes villes de la Confédération. Et là même ne se borne pas le bienfait : en dehors de Libéria proprement dit, il y a une nombreuse population indigène qui subit, d'une façon plus ou moins directe, l'influence de cet État. Des mœurs moins

farouches, une certaine tendance toute nouvelle vers l'industrie, dont ces noirs commencent à apprécier les avantages, la suppression des débouchés de la traite, ce honteux trafic remplacé par un commerce d'échange honnête et non moins profitable aux blancs qu'aux indigènes, des dispositions à la civilisation, sinon la civilisation elle-même, tels sont les résultats directs et indirects qui peuvent déjà ressortir de la fondation de Libéria...

«Appuyée sur un sol d'une rare fécondité, trouvant la main-d'œuvre à bon marché (*), animée de l'esprit de la religion, de la liberté et du travail, se recrutant parmi des populations primitives, dont elle adoucit les mœurs sans détruire la puissance productive, dont elle éclaire l'esprit sans obscurcir l'intelligence, la république de Libéria peut raisonnablement compter sur un avenir calme et prospère. »

Que de réflexions ne soulèvent pas ces lignes écrites par un voyageur éclairé, qui a vu les nègres aux prises avec l'esclavage, le mal nécessaire, disait-on dans les colonies hispano-portugaises, qui a vécu au

(*) Un détail donnera une idée du prix de la main-d'œuvre à Monrovia : un ouvrier reçoit un salaire estimé à 20 francs par mois, et ce salaire se paye en nature, c'est-à-dire avec des produits européens dont la valeur correspond au bénéfice de 20 p. c. sur le prix d'achat. Un ouvrier ou un artisan civilisé peut gagner un à deux dollars par jour.

milieu d'eux dans la semi-indépendance américaine avant la guerre de sécession, qui enfin a pu étudier le petit gouvernement fondé par des gens qu'au nom de la religion comme au nom de la science et de la raison on déclarait incapables !

Quel monde de pensées n'évoque pas le tableau d'ordre, d'honnêteté et de progrès que nous offre la côte des Graines, comparé à celui des colonies voisines, dont un illustre voyageur portugais nous dépeint la déplorable situation , malgré ce que cet aveu doit coûter à son ardent patriotisme (l) ! A Libéria, sans doute, il y a encore bien des vertus à acquérir, mais plus loin, sur les côtes de la Guinée inférieure, qu'un triste orgueil de nation s'obstine à fermer au progrès venant de l'extérieur, sans avoir la force de le développer par son initiative propre, on peut dire qu'il n'y a que des vices à détruire (2).

Plus d'une fois cependant, la nouvelle Sainte expérience de la société de colonisation américaine a failli sombrer en présence des civilisés blancs sous prétexte du droit des gens, que l'on serait tenté de croire plutôt le droit des gens habiles que le droit des gens

(*) Serpa Pinto, Comment j'ai traversé VAfrique, t. I, p. 24, 43, 48, 103(Ambriz, Benguela, Caconda). — Voir aussi Cameron, A travers VAfrique, p. 483 et 529. — Charles Jeannest, Quatre années au Congo.

(2) Voir Charles Jeannest, p. 228.

honnêtes, tant une casuistique intéressée peut faire dévier les vérités d'ordre moral. Un noble désintéressement n'a réussi à sauver une première fois Libéria qu'en l'abandonnant aux hasards d'une indépendance prématurée. Espérons que les civilisés ne se montreront pas cruels envers cette petite et intéressante république, si reconnaissante des bienfaits qu'elle a reçus, si généreusement oublieuse des souffrances qu'elle a endurées, qui ne demande qu'à conserver honnêtement sa place au soleil et puise sa force dans le progrès de l'enseignement et dans la connaissance des sciences, dont une politique déplorable avait fermé autrefois l'accès à ses enfants! Espérons que l'Angleterre, si grande en Europe, si digne d'estime par la manière continue dont elle progresse en civilisation sans les à-coup funestes à d'autres pays, saura se relâcher de la politique mesquine, égoïste, injuste qu'elle pratique dans les colonies, politique qui a pesé si lourdement sur Libéria et que les Anglais eux-mêmes condamnent sous le nom de politique impériale.

Faisons des vœux pour que l'Amérique ne laisse pas périr l'œuvre qu'enfanta sa haute philanthropie, pour qu'elle persévère dans la conquête de ce qu'on a nommé « la plus belle victoire obtenue pour les opprimés des deux mondes ! » Ne serait-ce pas un crime nouveau de la race blanche, un crime de lèse-

humanité, un outrage à la conscience humaine, que d'entraver l'œuvre de réhabilitation d'une race digne de notre estime? — « Heureux les pacifiques, » dit l'Écriture, « ils seront appelés les enfants de Dieu ! »

Malgré leurs malheurs, les Libériens, s'inspirant de la vaillance qui animait autrefois Elija Johnson, dans une situation désespérée sur l'île de Scherbro et sur l'île Persévérance, n'ont jamais désespéré de l'avenir de leur race.

Écoutons les paroles de modeste et sereine honnêteté adressées récemment, en décembre 1883, au Congrès libérien, par le président Russel, au moment de remettre les pouvoirs à son successeur :

« Il est hors de doute qu'en ce moment toutes les nations de l'Europe et les États-Unis s'intéressent au progrès de Libéria, parce qu'elles considèrent cet État comme le meilleur accès qu'on puisse choisir pour introduire la civilisation à l'intérieur de l'Afrique, et aussi parce qu'elles sont disposées à seconder toutes les tentatives pour étendre les entreprises commerciales et humanitaires clans cette partie du monde. Tandis que les Européens s'intéressent à ces contrées, s'efforcent de les civiliser par des moyens multipliés, nous, la seule nation nègre chrétienne, non seulement du continent, mais du monde entier, c'est-à-dire la seule qui puisse parler non seulement au nom des

nègres aborigènes, mais de tous ceux répartis dans le monde, nous ne pouvons oublier la grande responsabilité qui nous incombe. Cette pensée doit guider tous nos actes et nous oblige à chercher à mériter la faveur de Dieu et des hommes en progressant par notre intelligence, par notre énergie, par notre industrie et par notre haute moralité. »

Puissent les Libériens persévérer dans ces voies de haute sagesse et puissent-ils, à leur tour, élever un jour, sur les hauteurs du Montserrado, un monument semblable à celui que les Américains édifièrent en 1840 sur une colline de Boston, en souvenir des luttes de l'Indépendance, sur lequel on lit cette belle pensée : « Américains, tandis que de cette éminence votre vue se promène sur une contrée fertile, sur les merveilles d'un commerce florissant et sur les asiles du bonheur social, ri oubliez pas ceux qui par leurs efforts vous ont assuré ce bonheur. »

11 m'a semblé consolant, au moment où la civilisation fait un terrible pas de recul à l'orient de l'Afrique, où la conquête violente périt sous la réaction de la barbarie, de montrer les succès obtenus, à l'occident du même continent, par une entreprise généreuse, faite sans idée de conquête, par pur amour de l'humanité, et surmontant des obstacles jugés jusquelà insurmontables.

Libéria ne nous offre pas seulement l'exemple d'un

État libre fondé par l'initiative privée, il nous permet d'augurer favorablement de la grande expérience philosophique tentée de nos jours pour l'émancipation de la race africaine, guidée dans son développement progressif par une tutelle bienfaisante et féconde.

De ce petit État, grand comme la Belgique, dont la population ne dépasse pas, y compris les sauvages, un cinquième de la population de notre pays, partiront peut-être un jour les meilleurs missionnaires que nous puissions imaginer, pour répandre sur le continent noir les bienfaits de la civilisation, et fonder des États-Unis libres d'Afrique assez puissants pour défier les convoitises des blancs et faire régner la justice autant qu'elle- peut régner parmi les hommes !

En terminant cette étude, je suis tenté de m'écrier avec le poète populaire de Libéria, Teage:

Ail hail ! Libéria, bail I Arise and now p'revail O'er ail thy foes ; In trutli and righteousness, In ail the arts of peace, Advance and still increase, Tho' host oppose !

« Salut, ô Libéria! Lève-toi et triomphe de tes ennemis; malgré tous les obstacles, crois en justice et

équité, progresse toujours dans tous îes arts de la paix ! »

« Ce n'est pas par des discours, ni par des « écrits que l'Afrique peut être régénérée. « mais par des actes. »

(Cameron, A travers l'Afrique.)

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