BULLE DE CONCESSION
A Nos très chers fils et fille en Jésus- Christ, Ferdinand et Isabelle, illustres souverains de Castille, de Léon, d'Aragon et de Grenade, salut, etc.
Le dévouement signalé et sincère, l'entière fidélité et le respect dont vous faites profession envers Nous et envers l'Église romaine, méritent bien que Nous vous accordions les faveurs qui vous permettent de poursuivre plus facilement et avec un succès toujours croissant, à la gloire du Dieu tout-puissant, pour l'agrandissement de la chrétienté
(') D'après le texte publié par Raynaldi, Annales ecclés., tome XI, p. 213, § 99. (Lucse, 1754.)
et l'exaltation de la foi catholique, l'œuvre sainte et si digne d'éloges entreprise par vous, dans la recherche de terres et d'îles lointaines et inconnues.
C'est pourquoi, aujourd'hui, de Notre propre mouvement et de science certaine, en vertu de la plénitude de la puissance apostolique, et selon qu'il est déclaré expressément dans la lettre écrite par Nous à ce sujet, Nous avons donné, concédé et assigné, à vous et à vos héritiers et successeurs les rois de Castille et de Léon, toutes et chacune des terres fermes et des îles lointaines et inconnues, situées du côté du couchant et de l'Océan, et qui, n'étant pas actuellement sous la domination temporelle de quelque prince chrétien, viendront à être découvertes ou l'ont été déjà, par vous ou par ceux que vous envoyez à cet effet, non sans grands dangers, non sans peines et sans frais considérables : Nous vous les assignons à perpétuité avec tous leurs domaines, villes, forteresses, postes, dépendances, droits et juridictions.
Auparavant déjà plusieurs rois de Portugal ont découvert près des côtes de l'Afrique, de la Guinée, des mines d'or et ailleurs (<) des îles dont ils sont devenus possesseurs par une semblable concession et donation apostolique. Et comme il leur a été accordé par le Saint-Siège divers privilèges, faveurs, libertés, immunités, exemptions, facultés, lettres et induits, il est juste et convenable que Nous vous donnions à vous aussi, et à vos dits héritiers et successeurs, des grâces, prérogatives et faveurs qui ne le cèdent pas à celles-là. C'est pourquoi, de Notre propre mouvement,
(') In partibus Africce, Guineœ, Min&rœ Auri ac alias, insultes, etiam... repererunt.
25u2 LIBÉRIA.
n'agissant ni à votre prière personnelle, ni sur des instances faites pour vous à cet effet, mais par pure libéralité, de science certaine et en vertu de la môme plénitude du pouvoir apostolique, par les présentes lettres, Nous vous accordons comme faveur spéciale, à vous et à vos dits héritiers et successeurs, pour les îles et pour les terres découvertes ou à découvrir par vous ou en votre nom, le libre et licite usage, la pleine jouissance de toutes et de chacune des grâces, privilèges, exemptions, libertés, permissions, immunités, lettres et induits, accordés aux rois de Portugal. Notre volonté est que les teneurs de toutes les lettres expédiées pour les rois de Portugal soient regardées comme suffisamment reproduites et insérées dans les présentes, comme si en effet elles s'y trouvaient textuellement. Nous voulons qu'en tout et pour tout vous jouissiez pleinement de toutes ces faveurs, comme si toutes vous avaient été accordées spécialement à vous et à vos dits héritiers et successeurs ; Nous étendons en tout et pour tout ces mêmes privilèges à vous et à vos successeurs ; nous vous les accordons à perpétuité, de la même manière et dans les mêmes formes, nonobstant les constitutions et ordinations apostoliques, nonobstant toutes les faveurs semblables comprises dans les lettres données aux rois de Portugal; nonobstant, etc.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, Fan 1493, le 3 des nones de mai, la première année de Notre pontificat.