AU BANQUET RKKORMISTK T)K SAINTES
d'Ancône, ils annoncèrent qu'il llottait sous les murs ! (Rire général.) Et ne croyez pas d'ailleurs que notre oriflamme protégeât le peuple contre le pape; non, non, il flatta le peuple qui se confiait à sa magie, et le souverain victorieux vit bientôt disparaître les trois couleurs de son territoire. (Oui, oui, c'est vrai!) Aujourd'hui, un pape libéral comptait sur la France, il nous trouve avec l'Autriche! (Sensation.)
Un mot sur l'Espagne : Dans deux siècles, nous y avons trois fois porté notre puissance. Louis XIV avait dit : Il n'y a plus de Pyrénées ; le mot nous valut la guerre de succession. Napoléon, dans ses rêves de conquêtes, voulut, à son tour, dominer l'Espagne ; il y perdit son titre d'invincible et vit diminuer son prestige. Louis XVIII chargea le duc d'Angoulême d'y établir la honteuse puissance de Ferdinand VII : cent mille Français imposèrent à l'Espagne ce roi sanguinaire. Ainsi, trois fois nous avons fait à l'Espagne une guerre d'invasion. Une fois, on pouvait intervenir pour la liberté ; le gouvernement de Juillet s'y refusa. (Vifs applaudissements.) Pardon, messieurs, nous sommes intervenus naguère pour des agréments de famille. (Rire général). Nous savons déjà ce qu'il nous en a coûté ; nous ne savons pas ce que nous prépare encore l'Angleterre, qu'on s'est vanté d'avoir si habilement jouée. (Bravo! bravo!) Quelle cruelle revanche ce gouvernement anglais vient de prendre ! Oh ! pour vous la raconter, il faut retracer une ignominie de ces derniers jours. (Mouvement d'attention.) Je veux parler de la Suisse. Vous savez notre lamentable histoire avec le Sonderbund. (Rire général.) Ecoutez, messieurs, la suite de notre intervention. Nous donnons des armes, non, nous
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vendons 'il s armes, (Nouveaux r ries.) nous vendons des armes à la ; révolte ; Jious fomentons la guerre civile ; nous poussons des frères à combattre des frères ; nous excitons des colères qui se seraient peut-être apai-ées sans nos trames homicides. (Bravo ! bravo !) Nos protégés sont vaincus : le'Sonderbundest,unrêve, une illusion, il s'évanouit. C'est assrz de honte, sans doute, pour ce ministère c(u 29 octobre. Que nous le connaissons peu ! En fait de honte, il dépasse toutes les limites. (Mouvement.) Pendant cette lutte de quelques jours entre la Diète et les sept cantons, M. Guizot est frappé d'une noble idée ; il veut une intervention en Suis?e ! Il avait été si fort, si triomphant dans l'intervention en Portugal ! Contre un peuple généreux près de renverser une reine parjure, il avait obtenu, lui troisième, une si grande victoire ! (On rit.) Messieurs, le ministre dirigeant du 29 octobre fait revivre la S linte- Alliance ; non pas la S date-Alliance des peuples, si facile à former après la révolution de Juillet, mais la Sainte-Alliance des rois, que les pavés de nos barricades avaient brisée. (Applaudissements.) Il appelle cette monstrueuse coalition une médiation.
L'Autriche, la Prusse, la Russie l'acceptent avec ardeur, notre ministre est radieux ; l'Angleterre hésite, il est impatient, il presse, et l'Angleterre, toujours habile, appose sa signature au traité de médiation, mais sous cette condition décisive, qu'elle sera acceptée par les deux parties ; si l'une des deux refuse, point de contrainte, (On rit.) Qu'importe à M. Guizot? voilà le concert européen rétabli. Mais pendant les protocoles, la Diète marche et le Sonderbund fuit; le patriotisme se réveille partout et les jésuites disparaissent. Il n'y a
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plus ni jésuites ni Sonderbund. Qu'importe encore à M. Guizot? Il expédie sa médiation à bride abattue. (Rire général.) Un ambassadeur la propose à la Diète et cherche le Sonderbupd pour la lui proposer. [Nouveaux rires.) L'Autriche fait comme la France. Oui, nos deux ambassadeurs, en tendez- vous? nos ambassadeurs à nous deux, tendres sœurs, l'Autriche et la France, (Rire général.) la Gallicie et la Pologne ! (Acclamations, longs et bruyants applaudissements.) A ..
Savez-vousce qu'ils ont dit? Ecoutez, c'est notre diplomate à nous qui a porté la parole : (On rit,) « Nous demandons que les deux puissances belligérantes posent les armes. » La Diète a répondu : « Sur deux puissances, comme vous les appelez, une n'existe plus; l'autre, après la victoire, licencie ses soldats. »
Très-bien, les armes sont déposées, (Explosion
de rires.) ^ ^Qià\\l^Hii
ce Chacun des deux, reprend le diplomate, enverra un député à la conférence des cinq puissances. » La Diète reprend : « Le Sonderbund est mort, il ne peut envoyer personne ; pour nous, il n'y a pas de motifs. » (Rire général.) Notre diplomate ajoute enfin : « Les cinq puissances prononceront souverainement sur votre différend» » La Diète réplique : « Il n'y a plus de différend, sur quoi voulez-vous que les cinq puissances ^rdtiôiiLTcent? » (Nouvelle explosion de rires.) Vous riez, messieurs, mais jugez quel rire inextinguible a dû gagner la .Suisse! *
Ce n est pas tout. Dans ce touchant accord entre M. de Metternich et M. Guizot, la Russie et la Prusse se taisaient, mais lord palmerston va parler, il va prendre sa ..revanche des mariages espagnols. Un
im iuscours prononcé
membre du Parlement l'interpelle : Que deviennent les affaires de la Suisse et la médiation ?«Les affaires de la Suisse, répond le ministre anglais, elles sont terminées. Et comme l'une des deux parties n'existe plus, il n'y a plus de médiation possible, la médiation s'est évanouie. Un éclat de rire général et de longues acclamations ont terminé cette misérable comédie. Quel beau rôle M. Guizot vient de jouer! [Une longue agitation, suivie de plusieurs salves d "applaudissements , interromvent V orateur.)
Messieurs, si dételles ignominies devaient rejaillir sur la France, je dirais à la France : Mets ta main à la garde de ton épée! {Tonnerre d'applaudissements.) Mais non, non, les ministères passent, même quand ils durent longtemps, et la France est immortelle. Que ce ministère, quia commencé dans la honte du droit de visite et de l'abandon de noire influence en Orient, finisse dans la honte de sa fourniture d'armes au Sonderbund et de son fantôme de la Sainte-Alliance ! Mais qu'il finisse, il en est temps î [Explosions d'applaudissements .) Assez, assez de ce déplorable système, assez d'humiliations !
Voilà sept ans que nous le subissons, c'est trop, c'est beaucoup trop. [Oui, oui!) Eh! quoi! 89 avec sa vaste pensée lie sort pas de terre ! l'Empire avec son immense gloire ne se soulève pas tout entier! 1830, avec son auréole immortelle, ne fait pas entendre sa volonté souveraine contre tant de hontes! [Longs applaudissements.) Messieurs, qu'un cri général s'élève de tous les points de la France : La réforme, la réformel [Toute l'assemblée s'écrie : Vive la réforme!) Qu'elle soit notre salut ; car, sans la réforme, comment, à moins d'une catastrophe,
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sortirons-nous de cette situation si indigne de notre généreux pays ? Vos orateurs demandaient tout à l'heure la probité politique. Eh bien! deux ministres de ce système ont dit : l'un aux députés du pays : Eorichissez-vous ! l'autre, dans un banquet célèbre, à des électeurs rassasiés : (Rire général.) Vous sentez-vous corrompus?
Vos orateurs demandaient la prospérité de l'agriculture, et nos ministres pressurent la terre pour en tirer l'impôt direct; ils pressurent les produits de l'agriculture pour en tirer l'impôt indirect; ils veulent quinze cents millions ; ils iront jusqu'à deux milliards, parce qu'il leur faut de l'argent pour acheter et corrompre. (Longs avplaudissements.) Comment voulez-vous qu'on encourage l'agriculture, quand on emploie si bien l'argent de l'Etat? (On rit.) Les agriculteurs, ils sont bons pour payer l'impôt, qu'ils le payent ! (Applaudissements et bravos.) Vous demandez enfin la grandeur de la France? Est-ce qu'ils comprennent ces mots, les hommes qui nous gouvernent? La grande politique, pour eux, c'est celle dont vous voyez les fruits? (Vive sensation.)
Et nous, messieurs, sans la réforme, que pouvonsnous? Députés de l'opposition, nous nous dévouons avec courage; mais là, messieurs, à notre gauche, des applaudissements qui nous soutiennent, et là, devant nous, aux centres de plus en plus compacts, des convictions enracinées qui se formulent en boules dont la toute-puissance est irrésistible ! (Rire général.) Ils ont deux cent quarante adhérents, ils touchent aux trois cents de M. de Villèle. Eh bien! ceux-là, nous les comprenions. Hommes de la Restauration, ils soutenaient leur principe, chacun d'eux était un adversaire de nos idées patriotiques.
•KvS . DISCOURS ÎMIONONCÉ
Mais ceux qui iious combattent, ils étaient avec nous en 1830, plusieurs luttaient avec nousavant cette belle révolution. Et les voilà qui séparent la France en deux camps, que dis-je? en deux pays : le pays légal et le pays qui ne compte pas aux yeux de la loi, {Mouvement.) Le premier pays, deux cent mille hommes, deux cents mille électeurs ; il y en avait six millions en 89 ; deux cent mille, nous en faisons partie; à nous messieurs tous les droits; (On rit) le second pays, (Applaudissements) trente-six millions d'hommes, à ceux-là rien! (Nouveaux rires)
Et voilà ce qui leur plaît, ce qui leur semble le bonheur et la gloire ! Et dans la crainte de voir s'ébranler ce système, et pour mieux le conserver, ces conservateurs par excellence, ils repoussent toute idée de réforme. Qu'elle vienne, cette réforme, large, grande, digne du peuple de 89 et de 1830; que les électeurs entrent à flots pressés dans les collèges, et la plaie de notre temps, la corruption, disparaîtra d'el]e-mêmec (Bravo, bravo/)
Alors, messieurs, la réforme parlementaire éc fera sans difficulté. Les masses comprendront qu'il ne faut pas envoyer à la Chambre pour voter le budget ceux qui doivent y prendre part, qu'il ne faut pas nommer contrôleurs des ministres ceux qui sont avec les ministres en communauté de budget. (Bravo! bravo! applaudissements.) Messieurs, vous comprenez la nécessité de la réforme, vous en voyez tous les avantages. Aid^z-nous à la conquérir. (Oui! oui!) C'est rendre à l'élection sa pureté, à la France sa grandeur.
La France, pays d'honneur et de loyauté, pays de grandeur et de gloire I Quel peuple , je le demandera de plus bel es annales offertes à l'admira-