EN DECEMBRE
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Nous avons commencé la publication des plaidoyers politiques de M. Crémieux par une défense qui est une glorification delà Marseillaise; nous commençons la publication de ses discours politiques par une autre gloririûcation de la Marseillaise, dans la mémorable campagne des banquets. En remplacement du député de Saintes, M. Dufaure, qui avait décliné cet honneur, Crémieux présida cette solennité.
Après avoir porté un toast à la Réforme électorale et parlementaire, il répondit à un toast qui s'adressait à lui et termina sa réplique par une des strophes de notre hymne national et immortel : la Marseillaise.
Nous reproduisons un passage du Courrier français qui rend compte de cette fête :
« Toute l'assemblée a répété, debout, après M. Crémieux, chaque vers de cette admirable strophe de la Marseillaise. L'enthousiasme était au comble. Au
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cri de M. Crémieux : Vive la France! l'assemblée a répondu par le cri unanime et prolongé de : Vive la France! vive Crémieux! suivi d'une triple salve d'applaudissements. »
le président. Messieurs, la parole est à M. Cré-
mieux, pour un toast : A la réforme électorale et
parlementaire !
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Les applaudissements éclatent dans toute la salle; longtemps l'orateur est à la tribune sans pouvoir se faire entendre ; enfin, au milieu du plus profond silence, il prend la parole en ces termes :
À la réforme électorale et parlementaire! (Longs applaudissements)
Messieurs, je suis entouré de drapeaux tricolores, mes yeux voient de toutes parts ce glorieux symbole, ma tête en est ombragée, et pourtant nous sommes réduits à réclamer une réforme élecorale! Quoi donc? est-ce que le drapeau .tricolore n'est pas le signe de la plus éclatante, de la plus merveilleuse réforme? {Mouvement.) Il y a soixante ans, la France brisait Ja chaîne qui la retenait depuis des siècles, le drapeau tricolore racontait glorieusement sa magnifique résurrection, et, soixante ans plus tard, nous 'sommes forcés de disputer au pouvoir le droit de nous réunir pour solliciter du législateur une réforme électorale! Et pourtant, messieurs, que de mémorables événements depuis 1789! que de grandeur dans le passé, que de leçons pour le pouvoir ! Ah! c'est que notre France ?e lève intrépide, mais retombe bientôt comme épuisée; c'est que le pouvoir, obséquieux dans ses jours de crainte, oublie dans le succès promesses et serments \ {Vive sensation.) Ecoutez, mes chers
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concitoyens : la France avait ..conquis en 89 un nouvel état social; elle avait iïiiraculeusëihent traversé l'époque terrible et glorieuse de 93 ; la République était fondée, cimentée par le sang comme par les victoires ! {Applaudissements.)
Uù guerrier dont le nom ne périra plus, Bonaparte, avait pu dire sans jactance : la République française, c'est le soleil, elle n'a pas besoin qu'onla reconnaisse, elle éblouit ceux qui la blasphèment. Mais ce soldat heureux rêva, dans son immense génie, la gloire périlleuse du pouvoir absolu; il voulut en vain le couvrir de lauriers, la main du peuple se retira (le lui, la puissance de Napoléon périt dans une lutte où le génie et la gloire même devaient succomber. Grande faute et grande leçon ! Mais quelles leçons profitent aux gouvernements ! Un gouvernement nous arriva de l'étranger, qui, depuis vingt ans, exilé de contrée en contrée, n'avait pas cessé de régner sur la France {Rire général). Ce roi, qui pourtant ne manquait pa* d'esprit, dafgna nous octroyer une charte; le sang du brave des braves souilla les marches de son trône; et tantôt libéral, tantôt rétrograde, il finit ses jours aux Tuileries, laissant à son premier successeur un menaçant avenir. A ceite charte royale, qu'il devait regarder comme une arche sainte, Charhs X osa porter la main, sa main fut desséchée. Œocrilù* sion d'applaudissements.)
Messieurs, du milieu des barricades sortit alors une royauté nouvelle; elle reçut un immense pouvoir, qui devait, cerne semble, satisfaire même les désirs les plus ambitieux; (Oui! oui!) mais la nation disait au roi : « Nous comptons sur toi pour consolider nos libertés, pour relever notre gloire, »
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La gloire! Ah I Messieurs, quel mot à prononcer en 1847 ! (Vive sensation.) f
Il y a eu, messieurs, une révolution de 1830 ; oh! je vous l'assure! {Rire général.) Oui, et quelle révolution! Jamais plus de courage dans le peuple, jamais plus de sagesse! Aussi tous les peuples furent électrisés, tous les pouvoirs absolus tremblèrent. {Bravo! bravo!)\Jn instant on fit semblant de tendre aux nations qui voulaient être libres une main fraternelle; puis, quand elles se furent levées, comptant au moins sur notre appui moral, on la retira froidement ! (Sensation!) Douloureux souvenir! Oui, si les nations qui voulaient être libres, après 1830, retombant sous le despotisme, n'ont pas recouvré la liberté, c'est que la France ne Ta pas voulu! (Mouvement général. — Une voix : Ce n'est pas la France.)
m. crémieux. — Oh ! non, ce n'est pas la France, c'est son gouvernement. (Applaudissements.) Et pourtant il ne s'agissait pas d'une intervention ar- • mée; non, non, il ne fallait que tenir haut et ferme le drapeau tricolore; il fallait le montrer : sa vue suffisait à l'abolition de la tyrannie, à la résurrection des peuples ! {Bravo ! bravo ! — Longs applaudissements.) La Pologne, l'Espagne, l'Italie, le Portugal, tournaient leurs regards vers la France; la cause gagnée sur la Vistule, sur le Tage, sur le Tibre, quelle tyrannie n'eût pas été brisée? quel despotisme aurdit pu survivre ? Mais on dit de la Pologne : Elle est trop loin ; de l'Italie : Elle est trop près. On fit mine de soutenir la Péninsule ibérique; vous savez comme on abandonna les patriotes espagnols dans leur première lutte. Une seule fois le drapeau tricolore flotta sur les murs