‹ Liberté!Chapitre 27 sur 34 · SUR L'INSTRUCTION PUBLIQUE 27M · texte numérisé non relu

SUR L'INSTRUCTION PUBLIQUE 27M

duquel je ne dis pas des courtisans, car les courtisans abandonnent toujours le malheur, mais des hommes dévoués accompagnent celui qui fut roi, quand le peuple n'en veut, plus ; ou bien après l'abandon générai, par tous, de celui qui était sur le trône, et qui part sans trouver auprès de lui un ami, un homme dévoué qui le console et qui le soutienne. {Approbation à gauche)

Ces deux expulsions ont eu lieu, Tune en 1830, l'autre en 1848, cela n'est pas douteux. (A gauche. — C'est vrai ! c'est vrai !)

Qu'est devenue la royauté? Les espérances, nous verrons ce qu'elles deviendront, c'est l'affaire de l'avenir ; mais nous sommes dans le présent, mais c'est d'aujourd'hui que nous nous occupons, mais c'est avec les événements d'aujourd'hui que nous parlons. Eh bien, qu'est devenue la royauté? Elle est remplacée par la République qui est sur un radeau. {Rires à gauche.) Je sais bien que si je devais juger de l'avenir de la République sur un radeau, par comparaison de ce qui s'est passé avec la monarchie sur ce magnifique bâtiment qui voguait à pleines voiles et à pleine vapeur, je pourrais avoir peur pour la République ; mais la République sur un radeau est plus forte' que la monarchie sur un grand vaisseau. (Approbations nombreuses à gauche.)

La République est donc constituée, et, permettez-moi de le dire, car c'est la loi, elle est constituée avec le suffrage universel,, et c'est pour le suffrage universel que nous méditons une loi d'enseignement. Entendez-le bien, messieurs, si vous vouliez vous séparer de ce double résultat désormais acquis, la République et le suffrage univers al, je comprendrais parfaitement votre loi, je com-

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prendrais le rapport qui Fa précédé, je comprendrais toutes ses conséquences inévitables. Oui, sans république, saus suffrage universel, votre loi peut être excellente ; avec la République, avec le suffrage universel, je ne vous dis pas qu'elle est détestable, elle est absurdement illogique, voilà ce qu'elle est. Eh bien, c'est pour soutenir cet illogique projet de loi que nous avons entendu hier un orateur éminent, mais qui n'a pas trouvé pour une si mauvaise cause ces élans d'éloquence qui lui arrivent d'ordinaire avec tant de facilité, et qui peuvent entraîner l'Assemblée après lui, sinon par le vote, du moins par l'attention de l'auditoire. Hier il a été, je ne veux pas dire faible, vous m'accuseriez peut-être d'immodestie, mais enfin il n'a pas été plus fort que le sujet qu'il soutenait. [Mouvement divers.)

Je rappelle à vos souvenirs l^s précédents discours de Me de Montalembert, et je vous dis sans passion : Comprenez et jug^z. Savez-vous pourquoi? Ce n'est pas M. de Montalembert qui a fait faute au discours, c'est le sujet qui a fait faute à l'orateur. On ne peut pas, quoiqu'on le veuille, se reporter à cinquante ans en arrière : nous ne connaissons plus toutes ces choses-là. (Rires à gauche.)

Quand on interrompait quelquefois par là hier (la gauche), est-ce que vous croyez que c'était l'orateur qu'on interrompait? Pas le moins du monde, il savait trop bien la cause qu'il attaquait; mais nous étions tous étonnés d'entendre des paroles qui nous semblaient venir de l'autre monde. (Rires approbatifs à gauche.) C'était Epiménides qui était au mi ieu de nous. Et nous qui avons quelquefois des souvenirs classiques, nous nous rappelions cette époque de la Grèce^ dans laquelle, ce philosophe se réveillait tout étonné de ne rien com-

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prendre à ce qu'il voyait, en parlant comme on parlait cinquante ans auparavant. (Hilarité à gauche.) Je sais bien, messieurs, que M. de Montalembert n'a pas précisément vécu dans ce milieu dans lequel, nous, nous vivons depuis un certain nombre d'années ; je sais qu'il y a toujours eu une séparation d'existence (passez-moi cette expression) entre lui, quelques-uns de ses amis et nous ; mais je vous déclare que j'étais loin de la croire aussi tranchée. Je me figurais qu'il y avait quelques rap-

Sorts, quoique un peu éloignés, entre l'honorable [. de Montalembert, homme si remarquable, et le siècle dans lequel il vit, siècle qui appplaudit si bien à tous les hommes qui se font remarquer. Je me suis trompé, il est complètement en dehors, nonseulement du siècle actuel, mais du siècle qui nous a précédés, il juge le XVIIIe siècle comme le XIXe, .et les juge avec les yeux du XVe siècle. Gomment voulez-vous qu'il le comprenne? (Approbation à gauche.)

Quoi! messieurs, et permettez-moi de commencer par où l'honorable M. de Montalembert a commencé lui-même, quoi! messieurs, cette révolution de 1789, suivie de 1793...

A droite. Ah! ah!

m. crémieux. Est-ce que vous croyez, par hasard, que je veux faire comme M. de Montalembert, effacer l'histoire, ou la présenter par un seul côté? Pas le moins du monde; je veux vous parler de 1793 comme de 1789, et je vous dirai comment se sont exprimés des hommes dont vous ne repousserez probablement pas l'opinion sur 1793.

Eh bien, je vous dis ceci : Quoi T cette révolution de 1789, suivie de 1793, suivie de L'Empire, de laR^s-

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tauration et de Louis-Philippe; quoi! cette révolution, il faut l'anéantir! Il faut, dit l'orateur, conserver celles de ses conquêtes qu'on ne peut pas lui contester. Mais lesquelles? Il ne le dit pas. Je les cherche vainement. Non, non, on veut tout enlever à cette révolution : savez-vouspourquoi?Parce que c'est cette révolution qui a enlevé l'éducation à la religion ; et M. de Montalembert dit : « Le remède à ce mal immense, c'est de rendre la religion à l'éducation. » Il me semble que M. de Montalembert avait dit : ce Le remède, c'est de rendre l'éducation à la religion, » et non pas rendre la religion à l'éducation.

Cette phrase est tout un système, c'est tout le passé. Au contraire, si, comme dit le Moniteur, il a dit ces mots : ce rendre la religion à l'éducation, » je tous dis que c'est un non-sens; parce que jamais dans TUniversité, qu'il a tant attaquée, et sur laquelle il faudra bien dire quelques mots dans cette grande question, depuis l'Université, qu'il a tant attaquée, la religion n'a pas manqué à l'éducation. (Marques jie dénégation.)

Tenez, messieurs, voici ce que je voudrais avant de discuter cette loi : je voudrais que M. le président demandât, par assis et levé, combien nous sommes ici d'hommes qui avons fait nos études dans l'Université. Je ne doute pas un instant que l'immense majorité de cette assemblée, l'immense majorité n'ait fait ses études dans l'Université. (Evidemment!) Eh bien, ces hommes qui composent l'immense majorité de cette assemblée sont des hommes dont l'éducation a été privée de religion!

Quelques voix à droite. Oui ! oui !

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