SUR I/INSTRUCTION PUBLIQUE
m. crémieux. Ce sont des hommes antireligieux ! [Rires à gauche*)
Quelques voix à droite. Oui! oui !
m. crémieux. Ils ont dit oui ! Messieurs, permettez-moi de n'avoir pas entendu.
Une voix à droite. Vous avez raison !
m. crémieux. Seulement, laissez-moi vous rappeler un fait, et, dans ma bouche, c'est absolument sans arrière-pensée; je vous le dis exprès, non pour attaquer quelqu'un, mais pour moi; ma présence à cette tribune l'exige. La révolution est si éclatante, qu'en vérité il faut avoir la cataracte sur la vue pour ne pas l'apercevoir. [Eclats de rire à gauche.)
Non, la religion n'a pas manqué à l'éducation. Si, malheureusement, ce qui ne me paraît pas possible, vous vouliez entendre par la religion, la religion catholique, vous me mettriez dans un grand embarras; car je ne connais pas, moi, une religion seule, unique; ce n'est pas possible ici; vous ne pouvez pas, vous, plus que moi, ne connaître qu'une seule religion, ou même ne discuter qu'une seule religion; car l'honorable évêque deLangres, dont le talent est remarquable, comme sa foi est douce, l'honorable évêque de Langres parlait avant-hier; je parle aujourd'hui, et l'honorable M. Coquerel me remplacera peut-être à la tribune : voilà les trois cultes. [On rit.)
m. coquerel, de saplace. Je demande à l'orateur la permission de l'interrompre pour dire simplement que je suis inscrit coatre la loi.
m. crémieux. Vous voyez donc bien qu'il ne faut pas vous occuper de ce mot religion comme expri-
2«Si DISCOURS
• f mant la religion catholique; car alors, permettezmoi de vous le dire, nous serions exclus...
m. thiers. Ce n'est pas contesté, cela!
m. parisis. Cela n'a pas de sens.
m. de kerdrel. Des exclus ! On vous admettra quand vous voudrez! (Rire général.)
m. crémieux. Sacs répondre à cette douce interruption, je dirai simplement que la religion, c'est la foi. Or, s'il y a une chose certaine pour tous, c'est que la foi ne peut pas se commander, il faut qu'elle vienne ; et celui qui m'éclairera, recevra immédiatement mon abjuration , cela n'est pas douteux ; mais, pour passer dans une autre Eglise, il faut nécessairement qu'on me prouve que celle dans laquelle on m'appelle est meilleure que la mienne ; faites-le, vous ne trouverez pas de résistance. (Très bien.)
Maintenant revenons à la loi. Je dis donc que la religion n'a pas manqué à l'éducation; et si je voulais vous le prouver par des faits, ils sont tous dans vos souvenirs. Je n'ai qu'à rappeler vos souvenirs de collège ; assurément, tous ceux d'entre vous qui ont suivi les collèges universitaires savent très-bien que la religion n'abandonnait pas l'éducation. Il y avait une éducation laïque, et puis la religion venait comme morale de l'éducation; il n'en pouvait pas être autrement. Nos professeurs, par exemple, ne nous parlaient pas le moins du monde de religion, ce n'était pas leur affaire ; ils nous enseignaient la science; et puis, à côté de ces professeurs, il y avait,;pour la religion, le ministre du culte, qui avait son heure, à laquelle il venait enseigner la religion. Et remarquez que je