‹ Liberté, autorité, Église considérations sur les grands problèmes de notre époque (volume 2)Chapitre 36 sur 71 · GERMANISME ET ROMANISME · texte numérisé non relu

GERMANISME ET ROMANISME

orgueil national^ cet engouement germanique exclusif et bomé^ qui, méconnaissani les qualités et les servieëH dfts peuples romains^ les traite avec fierté et dédain, ne se doutant pas que la civilisation et Thistoire occidentales reposent tout entières sur le catholicisme d'une part, de Fautre^ sur le mélange réciproque et la pénétrayon mutuels des éléments germaniques et romains.

Oui, sans doute, il y a dans la région sociale et politique deux ordres d'idées contraires auxquels con<^ viennent parfaitement les termes de germanisme et de xomanisme. Si nous regardons au gouvernement de l'ancienne Rome tel qu^il existait surtout sous les empereurs ^ et si nous le comparons avec Tétat social de k Germanie chrétienne au moyen-àge, nous trouveron» pour résultats :

1*" L'incompatibilité de l'autonomie et de la centralisation. Le sentiment de l'autonomie, singulièrement dévdoppé dans l'esprit de tous les peuples germaniques, était comme imprimé dans toutes les institua tioDs gouvernementales. Nous n*en trouvons aucune qui n'ait été pénétrée de cet esprit. Au ccmtraire, l'absolutisme centralisateur ne perce dans l'histoire d'Allemagne ^ — si nous faisons abstractbn des Hohenstaafiba, qui, du reste, avaient puisé leurs inspirations aune tout autre source, — qu'au moment où le génie romain, les institutions et les idées de Rome païenne commencent à se propager. Nous trouvons en<5lre :

2* Que l'incompatibilité de l'autonomie et de la centralisation a sa source, comme nous l'avons vu aux chapitres précédents, dans l'opposition qui existe entre les institutions organiques et les institutions purement

118 GERMANISME ET ROMANISMB.

mécaniques. Les institutions sociales et politiques de FAllemagne ont toujours eu pour base la £eunille et la parenté y puis les corporations et les états formés à rimage de la famille. Le génie romain, au contraire, .a été constamment favorable aux institutions purement extérieures et machinales. Aussi les états sont-ils une création essentiellement germanique, tandis que le mécanisme constitutionnel appartient surtout au génie romain.

Qu'on nous permette de retracer ici en terminant le magnifique tableau qu'un historien romain, Tacite, a fait des anciens Germains. S'il Ton est autorisé à croire qu'il a un peu embelli une peinture qu'il se proposait d'étaler aux yeux des Romains dégénérés, nous ne pouvons pas douter cependant qu'elle ne soit vraie et exacte dans ses traits essentiels.

Voici les qualités qu'il met surtout en relief : Les Germains étaient un peuple craignant Dieu. Chez eux, il n'était permis à personne d'infliger des punitions, excepté aux prêtres, parce que la peine était alors regardée comme la volonté même du ciel^. Dans leurs assemblées, les prêtres exerçaient le droit de coercition et commandaient le silence '. — Ainsi, les vieux Germains plaçaient déjà en Dieu le fondement de l'obéis^ sance et de l'autorité. Des hommes qui obéissaient à leurs prêtres païens comme si Dieu lui-même les eût commandés, velut Deo imperante, selon le mot de

i Geteram neque animadvertere, neque vincire, ne Terberare quidem niai sacerdotibos permiasum : non quasi in poenam, nec ducia jussu, sed velut Deo imperante. Taciti Germania.

* Silentiom per sacerdotea imperatur. Ibid.

GERhlÂNISME ET ROMANISME. 119

Tacite, devaient compreodre facilement cette autre obéissance dont parle le christianisme lorsqu'il dit qu'il faut obéir comme si a c'était au Christ , comme des serviteurs du Christ, à cause de Dieu, comme des serviteurs de Dieu : » Simt Christo^, ut servi Christi^, propter Deum^y sicut servi Dei^. L'idée malheureuse que l'obéissance ne se rapporte qu'à l'homme était toutà-fedt inconnue aux anciens Germains.

Chez eux, les bonnes mœurs avaient plus d'empire que n'en ont ailleurs les bonnes lois ^ : — autre contraste remarquable avec notre temps. On ne savait pas encore apprécier à sa juste valeur l'importance des faiseurs de lois.

Etre corrompu et corrompre ne s'appelait point la mode du siècle*, et personne n'y riait des vices'. — Que ce témoignage est honorable pour les anciens Germains! Quand on voit tant de journaux n'avoir d'autres moyens de subsister, ni d'autres ressources pour amuser leurs lecteurs que de spéculer sur le vice et la corruption, on a quelque peine à croire que la plupart des hommes voués à cette œuvre soient issus du sang germanique, et n'aient pas apporté de l'étranger la corruption dont ils infectent le peuple allemand.

L'honnêteté était une des qualités distinctives des mœurs germaniques. La vie de ce peuple était comme enveloppée de chasteté ; il fuyait le contact corrupteur des spectacles et le tumulte des festins. Les hommes

^Ephés., VI, 5.—* Ephéfl., VI, 6, — • I Pierre, ii, 13. — ♦ I Pierre, ii, 16. 'Plus ibi boni mores valent qnam alibi bonœ leges, cap. zix. • Mémo illic vitia ridet, nec comimpere et corrumpi sceculum vocatnr. — ' Ibid.

Page 1