L'ÉGLISE ET L'ÉTAT. ALLIANCE ET SÉPARATION
Une opinion contraire à toutes les saines idées qu*on doit se faire des relations de TEglise et de l'Etat est celle qui prétend que le pouvoir temporel peut se séparer de TEglise et Tabandonner complètement à ellemême, sans garantie et sans appui. Cette erreur est déjà fort accréditée de nos jours ; elle est admise par un parti de la presse et des représentants du peuple. H importe donc de la combattre résolument et de rappeler à l'autorité civile ce qu^elle doit à la croyance de ses subordonnés.
Au chapitre vin de l'ouvrage déjà cité, M. Guizot a exprimé sur ce point des idées très-justes, et qui méritent d'être prises en sérieuse considération.
Liberté 4e la Cunille.
Les relations de rhomme à Dieu sont le premier fondement de la nature sociale de Thomme. De ces relations primordiales découlent tous les rapports des hommes entre eux. Si Dieu a voulu que Thomme développât sa vie dans le commerce de ses semblables et avec le secours des autres créatures, c'est parce que rhomme est tout entier sous sa dépendance. L'homme ne peut subsister par lui-même , parce qu'il ne tire pas sa vie de son propre fond; les relations multiples qu^il entretient avec ceux qui l'entourent sont destinées à lui rappeler sans cesse qu'il n^a pas en lui-même la source de son existence. Tout le reporte incessamment vers les autres hommes, parce que tout le ramène à son Créateur.
Le plus noble et le plus élevé de tous les liens sociaux, c'est l'amour bien entendu et bien ordonné, selon cette parole du Sauveur : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et
de toat ton esprit. C'est là le premier et le grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi et tous les prophètes *. )» L'amour , tel est le nœud qui doit rat^ tacher ensemble Dieu et les hommes; cet amour a son fondement dans la vérité, et Dieu nous Ta enseigné dans toute sa perfection. Toutes les relations des hommes, toutes les associations qu'ils forment entre eux doivent être imprégnées de son parfum et marquées de sa divine empreinte.
La première société de l'homme ici-bas, celle où il reçoit la vie, c'est la famille. Parmi les nombreuses et admirables institutions qui enlacent la vie de l'homme, la famille est la première et la plus indispensable ; elle offre une fidèle image de la société qui existe entre Dieu et la créature raisonnable. Le nom par lequel Dieu exprime les rapports affectueux qu'il entretient avec l'homme est le même que celui du chef de la bmille : Dieu veut être le père de tous les hommes, et donner son nom à celui qui est chargé de le représenter dans la société domestique. Nous pouvons juger par là de l'excellence et de la valeur de la famille.
La famille est en même temps le fondement naturel de l'Eglise et de l'Etat ; leur prospérité est intimement liée à la sienne.
Nous avons vu de quelle profonde vénération la famille était entourée chez les Germains. C'est dans la situation de la famille qu'on trouve le secret de l'an-
* Matlh., xxn, 87.
tagonisme profond qui exisfadt entre ce paganisme qui s'abîma dans la corruption morale, et cet autre paganisme qui s'ouvrit à la lumière de l'Evangile et en reçut tous les genres de bénédictions.
La famille est encore le premier et le plus nécessaire établissement d'éducation. Fondée par Dieu même, cette école est infiniment plus importante que toutes celles que les hommes peuvent instituer. Les germes^ bons ou mauvais^ que la vie de famille dépose aa cœur des enfants, grandiront un jour et porteront des fruits de vie ou de mort. Dans la famille, l'enfant croit en corps et en âme, par conséquent en bien ou en mal, suivant la coupe qu^on lui présente. Les impresâons qui surviendront dans la suite n'agiront plus qu'à Textérieur et à la superficie.
Enfin, la famille existe aussi «c par la grâce de Dieu, » et l'autorité qui s'y exerce est d'origine divine. L'Ecriture en parle dans une multitude d'endroits; Dieu a même assigné aux devoirs envers les parents la première place parmi les préceptes qui se rapportent à l'homme. La famille est donc, à côté de l'Etat et de l'Eglise, la troisième institution dans laquelle nous trouvons un ordre et un pouvoir établis de Dieu.
La liberté, selon le caractère essentiel que nous lui avons reconnu, consiste, pour la famille, dans la bcolté de gérer et de diriger ses propres affaires en dehors de toute participation étrangère ; et, pour l'autorité paternelle en particulier, dans le droit de se mouvoir librement selon les lois de sa propre nature. Cependant, ici encore, il est bien entendu que la liberté ne saurait être sans limites. Elle ne doit point empiéter sur les droits
d^autrui, notamment sur ceux de TEglise, de l'Etat et des enfants.
Mais, renfermée dans sa sphère naturelle, Fautorité du père est sacrée et inviolable; la restreindre, c'est empiéter profondément sur l'ordre établi de Dieu.
Or, l'absolutisme n'a pas plus épargné la famille que le reste ; comme sa nature le pousse à tout diriger, il a envahi le foyer domestique et blessé les droits les plus essentiels des parents et de la puissance paternelle. Nous devons surtout mentionner ici les lois civiles relatives à l'éducation des enfants nés de mariages mixtes, lois qui limitent la volonté des parents même dans les cas où ils sont d'accord entre eux. Mais le droit des parents est principalement méconnu et violé par l'établissement de ces écoles publiques où la conscience et la foi reçoivent les plus graves atteintes, sans que les parents puissent toujours se dispenser d'y envoyer leurs enfants. Comme nous nous réservons de traiter encore ce sDJet, nous n'en dirons pas davantage.
Plus sont hostiles les attaques que l'esprit du temps dirige contre la liberté de la famille et contre les prérogatives de la puissance paternelle, plus c'est notre devoir de les défendre avec énergie et persévérance. La haine de l'autorité paternelle est un des traits caractéristiques de notre âge. L'esprit moderne, détestant toute oi^nisation sociale, doit par cela même répudier la famille. Ce qu'il lui faut, ce n'est pas une société, c*est une machine. Il veut briser tous les liens naturels, afin de n'avoir plus que des individus en face de lui. Défendre la famille contre ses attaques, c'est donc défendre les droits de la raison et les traditions les plus respec-
tables de la patrie ; c'est défendre une institution que le christianisme a comblée de ses dons les plus excd* lents y et qui est l'un des biens les plus précieux de rhumanité.
Mmrimge.-^ IndlMolobllIté da mariage. — Mariage eivii«
Gomme la famille est la base naturelle de l'Eglise et de TEtat^ le mariage est à son tour le fondement de la Aunille. Tout ce qui affermit ou ébranle le mariage', consolide ou dégrade aussi la société domestique.
Si la vie de famille était si bien constituée chez les anciens Germains , c'est parce que les grands principes du mariage y étaient respectés et honorés. Les barrières sacrées dont Dieu avait entouré le mariage dans l'origine y avaient été maintenues chez eux dans tout ce qu'elles ont d'essentiel. La pliuralité des femmes leor était à peu près inconnue, et ils se faisaient une si haute idée de l'indissolubilité du lien conjugal, qu'après la mort de son mari une femme ne convolait point à de secondes noces.
Hais il était réservé au christianisme de restituer au nûriage le rang où Dieu l'avait placé, en le mettant à Vabri des instincts mauvais et des funestes passions du