‹ Liberté, autorité, Église considérations sur les grands problèmes de notre époque (volume 2)Chapitre 61 sur 71 · L'AVENIR · texte numérisé non relu

L'AVENIR

Ces conséquences, ces dangers se réaliseront-ils T Nous rignorons. Il est possible que suivant ce proverbe : Qui sème du vent récoltera de la tempête, de terribles orages se préparent pour TAUemagne et l'Europe; il est possible que nous marchions vers des événements qui agiteront le monde entier. Mais peut-être pouvons-nous encore les prévenir, et c'est le devoir de chacun de nous d'y travailler selon ses forces. Nous avons une con6ance sans bornes dans l'amour avec lequel la divine Providence dirige les destinées des peuples, où à côté de sa justice éclate surtout sa miséricorde. Nous avons une confiance illimitée dans la divine vertu du christianisme, qui ne cesse de reconstruire, quand les

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hommes les ont ébranlés ou détruits , les fondements moraux sur lesquels reposent les Etats. Nous avons une grande confiance dans la mission que Dieu a donnée au peuple allemand. Nous avons confiance dans l'aptitude des races qui composent l'Etat prnssien. Nous nous souvenons ici de Topinion d'un homme remarquable^ devenu par Finfluence de ses écrits le mcdtre de plusieurs^ et qui n*a point encore été remplacé. Feu Jarke, dans ses conversations familières, rattachait volontiers, à propos de la Prusse, toutes ses espérances et ses craintes aux deux couleurs de ce pays. La couleur noire était pour lui l'emblème de toutes les idées prussiennes qui lui semblaient funestes, et la couleur blanche le symbole de toutes les bonnes et vitales aspirations de la Prusse; et il énonçait chaleureusement cette conviction que dans la lutte ardente de ces deux principes contraires la couleur blanche finirait par triompher. Nous nous rattachons volontiers à cette espérance, car nous avons peu de goût pour les idées sinistres de ces hommes qui, dès qu'un fait injuste se produit, ne songent qu'à la vindicte divine. Si Dieu traitait les princes et les peuples selon sa justice , aucun prince ni aucun peuple ne pourrait subsister devant lui. Aussi, tout en condamnant la dernière guerre et tout en reconnaissant que ses conséquences recèlent de grands dangers pour l'avenir de l'Allemagne, nous trou-

voas qu'il y a là pour quiconque aime sa patrie d'autant plus de raisons de chercher par tous les moyens ce qui peut nous préserver de la ruine qui nous menace. C'est là désormais notre tâche.

Nous avons déjà exposé^ dans nos deux chapitres d'introduction, le point de vue où nous entendions nous placer. Nous avons dit qu'il n'y avait ici-bas aucun acte humain qui fût mauvais absolument et sous tous les rapports; car si un acte est mauvais pour rhomme qui l'accomplit, il peut arriver cependant, par une permission de Dieu ou par une conduite de sa providence, qu'il ait de bons résultats, car souvent Dieu punit le mal par le mal, et fait jaillir une vie nouvelle de ce qui n'était que malheur et désastre. C'est sous la garantie de ce principe que nous allons rechercher les moyens de détourner de notre patrie les dangers qui la menacent. Nous ne pouvons point, on le comprend, faire intervenir ici des événements futurs et incertains, encore moins l'affreuse possibilité d'une nouvelle guerre fratricide. Sans doute, de nouvelles guerres, des révolutions, pourront renverser complètement ce qui a été fait l'année dernière et établir de tout autres relations. Mais de tels événements n'entrent point dans nos désirs et ils échappent à nos calculs. Nous préférons prendre pour point de départ des situations que nous n'avons point créées et que nous ne saurions changer, pour y chercher

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ensuite et pour utiliser, avec tout Pamour que nous portons à notre patrie, les germes d*un développement heureux et prospère.

Si périlleuse en effet que soit notre situation présente, nous ne devons point méconnaître les graves inconvénients qu'offrait l'ordre de choses antérieur à la guerre, ni oublier que la situation présente renferme quantité de choses qui peuvent tourner au salut de l'Allemagne. Nous croyons que cette remarque s'applique aussi bien à TÂutriche qu'au reste de l'Allemagne.

C'est évidemment l'Autriche qui a le plus perdu. Elle a perdu tout ensemble et sa position en Italie et sa position en Allemagne, ce double héritage de l'ancien empire germanique. Et cependant cette perte, tout immense qu'elle soit, peut devenir pour l'Autriche le point de départ d'un renouvellement de forces à l'intérieur.

C'est précisément parce que la maison impériale d'Autriche est étrangère à la politique de la force qu'il s'était accumulé au dedans et au dehors des difficultés que le souverain le mieux intentionné ne pouvait plus guère surmonter. Loin d'être un blâme pour l'Autriche, ces difficultés lui font honneur. Si la Hongrie, au lieu d'un empereur d'Autriche, avait eu pour roi un Louis XIV, un Frédéric-le-Grand ou un Napoléon, depuis longtemps il n'y aurait plus vestige de cette ancienne constitution hongroise

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qui cause aujourd'hui tant d'embarras à la maison impériale et qui est une arme pour la révolution hongroise. Toutes ces luttes constitutionnelles n'ont été possibles que parce que l'empereur d'Autriche a respecté la constitution et la liberté de la Hongrie. Sous les souversâns français dont nous parlons, tous les territoires de l'empire d'Autriche seraient depuis longtemps partagés en départements uniformes, administrés par des préfets. A un prince qui respecte le droit et l'histoire îl est extrêmement difficile, quand les droits historiques ne s'harmonisent plus qu'en partie avec les réalités présentes et sont même devenues un prétexte à des tendances hostiles, de trouver le vrai moyen de concilier sans violence le présent avec le passé. Avec de tels embarras, la révolution ou les princes absolutistes en ont bientôt fini : ils les balayent du sol impitoyablement. Les dominer est une tâche souverainement ardue pour un souverain qui respecte scrupuleusement les droits d'autrui. Cette susceptibilité délicate, cette conscience austère de la justice, ce respect des droits et des libertés de son peuple est indubitablement la raison qui rend si difficile à l'empereur d'Autriche le règlement de ses affaires intérieures. L'Autriche rencontrait encore plus de difficultés dans ses rapports avec la confédération germanique, dont l'origine même se rattachait à des vues peu élevées. La confédération, en efiGst, devait surtout sa

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naissance aux intérêts de la politique étrangère, aux intérêts dynastiques de princes allemands. Il n'était guère question alors de satisfaire sérieusement à des besoins nationaux. On prétend que cette constitution était alors la seule qui fût pos* sible; cela est vrai en ce sens seulement qu'on ne voulait pas ce qui était légitime. Si, après les guerres d'affranchissement, on eût donné à FAllemagne une constitution vraiment en rapport avec ses besoins nationaux, l'esprit qui a suscité les guerres de délivrance aurait rendu impossible toute opposition des puissances étrangères. On ne Ta pas voulu, et cela pour des intérêts qui n'ont rien de commun avec les intérêts nationaux; et de là est née cette constitution fédérale qu'on vient de broyer si impitoyablement. Elle aussi était un obstacle pour la maison d'Autriche, si respectueuse des droits existants. Après que l'essai tenté par l'empereur actuel pour rendre la constitution fédérale plus conforme aux besoins nationaux eut échoué contre la résistance de la Prusse, la politique allemande de l'Autriche ne lui laissait guère d'autre ressource que de conserver la diète fédérale, et elle entrait ainsi dans une sorte d'opposition avec les besoins natio^ naux du peuple allemand, qui ne trouvaient plus dans la constitution fédérale une satisfaction suffisante. Sous ce double rapport, l'Autriche a du moins les mains libres. Elle est affranchie, quoique

au prix de grands sacrifices , de questions extérieures qui Taccablaient et paralysaient son action ; elle est libre maintenant de régler ses affaires intérieures. Si elle y réussit, nous avons Tespoir que rAutriche, avec les grandes ressources dont elle dispose y redeviendra bientôt assez forte pour reconquérir la position qui lui convient en Allemagne. Plus elle sera forte au dedans , plus ses affaires intérieures seront réorganisées avec vigueur et énergie y plus aussi le reste de l'Allemagne éprouvera l'irrésistible désir de nouer avec elle des rapports étroits. Nous ne saurions désirer que l'Autriche rétablisse par la guerre ses rapports avec l'Allemagne^ mais nous croyons que le moyen efficace de recouvrer sa véritable position, est de travailler à sa régénération intérieure.

Le reste de l'Allemagne peut aussi , dans les circonstances présentes, réparer quantité de choses qui avaient diçparu au milieu des difficultés antérieures, et donner ainsi une sorte de satisfaction au légitime sentiment national du peuple allemand. Nous sommes, quant à nous, toujours parti de cette conviction que la souveraineté des princes d'Allemagne, celle qui a créé l'alliance du Rhin et affermi la constitution fédérale, était aussi illégitime que la rupture du lien historique qui rattachait les princes allemands à leurs pays. Ici encore nous prenons pour guide l'idée selon laquelle la constitution de

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rAUemagne 8*était développée dans le cours de rbistoire^ et non la dernière forme qu'elle avait revêtue et que nous considérons comme tronquée. Le prince allemand qui aspirait à une puissance contraire à lunité de rAUemagne nous semble aussi révolutionnaire que le serait un prince qui violerait les droits légitimement acquis des princes allemands. Le système des petits Etats, tel qu'il avait prévalu en Allemagne, nous parait contraire à la situation qui est due à l'Allemagne au milieu des autres nations, et nous croyons de plus qu'il offre au peuple allemand plus d'un inconvénient. Un des grands maux de la situation intérieure de plusieurs petits Etats d'Allemagne, c'est la prépondérance des partis et l'impuissance croissante du pouvoir en face de ces partis. Ce système fâcheux , qui n'a en vue que ses intérêts et ses tendances, est un mal intérieur qui existe plus ou moins dans tous les Etats modernes, mais il nous semble que c'est dans les petits Etats qu'il a eu les résultats les plus désastreux, et que le peuple et le gouvernement y ont moins de force pour résister que dans les grands Etats. Dans les petits Etats, les partis ont tout dominé, ils ont exercé sur le gouvernement et sur le peuple un véritable terrorisme. Cette influence est d'autant plus pernicieuse que le point de vue où se placent les chefs de partis est moins élevé. Combien n'a-t-on pas vu de petits personnages devenir les

7i L'ALLEMAGNE APRÈS LA GUERRE DE 4866.

hommes du peuple et dominer sur une partie de la foule I II n'y a guère, croyons -nous, que les petits Etats où l'on ait vu de pareils conducteurs du peuple. Quant à se prendre d'un enthousiasme généreux pour la cause populaire, ces hommes-là n'y songent guère, ils ne connaissent que l'enthousiasme de l'esprit de parti , qui n'est au fond que l'intérêt personnel. Ils n'ont rien de commun avec ces hommes de la révolution française qui dans leur enfance avaient été imbus des idées chrétiennes et qui n'en avaient fait que plus tard une application hostile. Ces hommes avaient encore la passion de l'idéal. Rien de tout cela n'existe plus dans les chefs de parti dont nous parlons. La plupart n'ont pas eu une seule grande pensée dans toute leur jeunesse, et à plus forte raison dans l'âge mûr. Le plus grossier matérialisme a été le seul mobile de leur vie. Le christianisme, ils sont incapables de le comprendre; leur haine la plus profonde est réservée à tout ce qui ose s'élever d'un pouce au-dessus du marasme où ils croupissent. Aussi toute la lutte des partis sur lesquels ces hommes exercent leur influence n'est, dans ses moyens comme dans son but, qu'une lutte contre la religion, le christianisme et la morale. Déchristianiser les hommes, les démoraliser, voilà leur progrès et leur civilisation. Telle était la situation de plusieurs petits Etats d'AUemagne; ils gémissaient sous le terrorisme d'un

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parti y sous la conduite de quelques hommes indignes d'un pareil rôle : de là une situation inté^ rieure déplorable.

Si donc les relations nouvelles nous offrent les moyens de donner à l'Allemagne un lien national plus ferme sans nuire aux droits qu'implique pour chaque prince l'idée d'une constitution allemande fondée sur le droit , nous croyons qu'on pourra satisfaire les prétentions légitimes de la nation et guérir peut-être plus d'une plaie intérieure.

C'est à ce point de vue que nous envisagerons l'avenir de notre pays et que nous apprécierons chaque événement qui surgira. Nous voyons devant nos yeux les routes qui doivent conduire l'Allemagne à sa perte : dans notre amour pour notre patrie nous cherchons d^autres voies qui puissent nous sauver.

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