LÀ FIN SANCTIHE LES MOYENS
la pins sublime dans le christianisme. Le plus haut idéal du droit des peuples serait la réalisation des lois chrétiennes dans les rapports des peuples entre eux. Le plus parfait idéal de la diplomatie et de la politique serait la diplomatie et la politique conformes aux principes du christianisme. Il n'existe point pour les relations des peuples entre eux de sagesse supérieure à celle que le plus simple chrétien observe dans sa vie privée. On a cru élever la haute politique en la séparant de sa véritable base^ la loi morale, et on l'a incroyablement ravalée. La haute politique, considérée dans ses points de vue et dans ses motifs, est véritablement bien basse. Après avoir abandonné les éternels principes de la morale et des commandements de Dieu, on leur a substitué, depuis les derniers siècles, une forme inerte empruntée à la balance où se pèsent les marchandises, et qu'on a nommée le système de l'équilibre. Après avoir déserté les lois éternelles de la morale et de la religion, on a demandé à la boutique du marchand la règle des relations internationales, et l'on a cru avoir trouvé pour ces régions supérieures une règle supérieure aussi. Malheureusement, les formes creuses de cette théorie de l'équilibre cachent le plus grossier égolsme international; la diplomatie est devenue désormais l'art de dissimuler la cupidité et la jalousie des nations sous ses formes aplaties, et de dresser tous les pièges nécessaires au triomphe de
cet égolsme. Cette séparation du droit des peuples d'avec la loi de Dieu, cette fiction qui tend à faire croire que le but et les moyens de la haute politique sont dans un horizon supérieur à ceux de la morale et de la justice vulgaires, sont un immense péril pour la paix du monde. Celui qui ne veut point de la révolution dans la politique inférieure ne doit point en vouloir dans la haute politique. Un droit des peuples sans droit de Dieu, c'est la guerre en permanence ou un simple armistice, prélude de la guerre de tous contre tous. Dans son principe, c'est la guerre, parce qu'il ne renferme aucun germe dont le développement puisse londer la paix parmi les peuples.
Une autre conséquence inévitable de cette théorie c'est de conduire à la glorification absolue du succès^ qui prend une extension si prodigieuse. L'injustice en grand n'est pas moins injustice que l'injustice en petit; la grandeur du succès n'éclipse point la grandeur de l'iniquité. C'est tout le contraire : le pauvre qui vole un morceau de pain est ï)eaucoup moins punissable que le riche qui s'est fait, par sa déloyauté une fortune immense. Notre sentiment moral est vivement blessé de voir que c'est le succès qui maintenant décide de tout dans la haute politique, si injuste que soit le but, si condamnables..^ que soient les moyens. Quel désarroi (J^s. intelligences et des consciences I Dans Tindividu, le mal
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consiste essentiellement à choisir un but et des moyens réprouvés par Dieu et par ses commaudementSy par la loi morale. Ainsi et pour les mêmes motifs, c*est un mal essentiel dans la vie des peuples quand les peuples poursuivent leurs buts et choisissent les moyens de les atteindre en dehors de Diea et de sa loi, en dehors des mœurs et de la morale. G*est la révolution dans la haute politique, c*est la n politique des intérêts, » au lieu de la politique fondée sur la vérité et la justice. Aussi déplorons-nous amèrement que la religion soit rendue solidaire et complice de cette politique séparée de Dieu et de sa loi : au lieu de fortifier la religion elle ra£Eaiblit. On a été bien mal inspiré lorsque, dans ces derniers siècles, on a suggéré à la religion et à ses ministres de donner une sorte de consécration religieuse à toutes les violences de la politique. Pour combien de victoires, depuis les guerres injustes de Louis XIY jusqu'à celles de Napoléon, n*a-t-on pas chanté des Te Deum qui n^allaient nullement à la gloire de Dieu, mais que Dieu maudissait du haut du ciel! Quelle horreur un Dieu qui est la vérité et la justice .même ne doit-il pas avoir pour ces tentatives qui visent à le rendre complice de méfaits contraires à sa loi éternelle, à ses comxoandements, à sa divine volonté ! Plus la religion est élevée, plus elle peut être utile au monde et aux gouvernements. L'Etat, dans son propre intérêt, ne
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devrait pas susciter à la religion de pareilles tentations. Ces prières publiques, ces fêtes religieuses d*actions de grâces et d^allégresse, ces serments sans cesse renouvelés ne viennent point d'une bonne source.
Nous avons considéré les causes de la guerre ; il nous reste à envisager ses conséquences^ la situation où elle nous a placés et les dangers qu'elle fait peser sur nous. Nous les avons déjà étudiés en partie, mais nous devons les concentrer dans un tableau unique afin qu'on puisse se bien rendre compte des nécessités de l'avenir.
La première conséquence de la guerre a été la rupture de Talliance créée par la bataille des nations, à Leipsig, et par les guerres d'affranchissement contre Napoléon et les idées napoléoniennes. Justement décriée pour ses actes postérieurs, la Sainte- Alliance était dans son origine un lien sublime, issu de l'esprit des guerres d'affranchissement. Les
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guerres de délivranoe étaient la latte da génie populaire allemand et ehrétten contre une gallomanie tyranniqoe et impie; c'étaient des gaerres de liberté dans le sens le plus noUe et le pins sablime du mot. Tel est Tesprit qui avait combattu sur les champs de bataille et qui dans le principe animait la Sainte- Alliance. Cet esprit avait trouvé sa plus haute expression dans le célèbre document qui lui servait de base. Ce document reste mémorable tant par les grandes idées qu'il contient que par l'inutilité complète de ses résultats. Il était dicté par le même esprit dont étaient animés les peuples qui versdent leur sang sur les champs de bataille pour leurs plus chers intérêts. Les princes eux-mêmes en étaient si profondément pénétrés qu'ils lui avaient donné une expression dans ce document. Malheureusement, ces idées-là étaient plus grandes que les princes qui les avaient formulées, beaucoup plus grandes surtout que les ministres de ces princes. Que serait devenue l'Allemagne si les idées de la Sainte-Alliance par laquelle les souverains promettaient à la face du monde de prendre le christianisme pour point de départ de tous les actes de leurs gouvernements, de régner de telle sorte que leur peuple a n'eût pas proprement d'autre maître que celui à qui seul appartient toute puissance, Dieu, noire Sauveur Jésus-Christ, le Verbe du Très-Hwt et la Parole de vie, » et d'interpréter dans ce sens la liberté de
leurs peuples, que serait devenue rAllemagne si les gouyemements s'étaient toujours inspirés de ces principes et les avaient pris pour règle de conduite? C'est précisément le contraire qui est arrivé, et rien n'a été tenu de cette promesse.
De même que l'ancien régime, c'est-à-dire la monarchie européenne avant la révolution, n'avait été que le règne des principes de la révolution dans la monarchie, le régime moderne n'a été qu'un écho afifaibli de l'ancien régime. Si les souverains, par la Sainte-Alliance, avaient promis à leurs peuples de gouverner, non selon les principes du christianisme, mais selon les maximes de l'Encyclopédie, ils auraient parfaitement tenu parole. Cette réflexion est encore plus applicable aux autres gouvernements de l'Allemagne. Les principes de l'Encyclopédie affublés d'un costume monarchique, environnés de tout l'appareil gouvernemental, aidés par les petits moyens de la police officielle, avec un point de vue qui s'élevait à peine au-dessus d^un intérêt de famille, tel est à peu près le cercle où se mouvaient alors les gouvernements. Cependant, par cela même qu'elle représentait l'union des peuples contre le napoléonisme , la Sainte-Alliance n'en avait pas moins une grande importance. Cette alliance est maintenant rompue, et c'est là une des conséquences de la guerre e^un danger pour l'avenir.
Une seconde* conséquence de la guerre a été de
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déiroire cette convictioa si éminemment salutaire qu'une guerre intérieure était impossible en Allemagne. Cette conviction était paiement une soile des guerres d*afiranchissement. Elle s'affermissait d'année en année, et déjà elle étût si bien enracinée dans le cœur du peuple allemand et dans toutes les classes, qu'une guerre en Allemagne, eniie peuples aUemands, passait presque généralement pour une impossibilité. La guerre était sur le point d'éclater qu'on la croyait impossible. D'une extrémité à l'autre de l'Allemagne on entendait répéter : la guerre, au point où en sont les choses, est inévitable, et pourtant il est impossible qu'elle éclate. Plusieurs officiers doutaient encore en partant que des Allemands pussent se battre contre des Allemands, et ils comptaient que la guerre serait éliminée par quelque événement imprévu.
Cette conviction était un de nos grands avantages nationaux. Les guerres fratricides livrées autrefois sur le sol allemand sont à coup sûr ce que nous avons de plus déplorable dans notre histoire. Tant qu'elles restent possibles, des maux incalculables peuvent fondre à tout instant sur notre patrie. Celte conviction semblait avoir pour jamais détourné tous les dangers qui, après trois siècles, ont éclaté parmi nous.
Cette conviction a disparu ; elle a été radicalement extirpée du sol arrosé à Leipsig par le sang com-
muD. Nous avons vu de nouveau que des armées allemandes pouvaient se ruer les unes sur les autres, et que leurs combats sont plus terribles que tous lés autres combats, parce que le peuple allemand est le plus vaillant des peuples. Les batailles les plus sanglantes et les plus acharnées du temps présent ont de nouveau été livrées par des Allemands contre des Allemands sur le sol d'Allemagne; et leurs effets ont été si terribles, elles ont si bien préparé les esprits à de nouvelles luttes fratricides, que c*est à peine si Ton entend encore Texpression de la douleur et de rindignation sur cette guerre entre frères. C*est là une autre conséquence de la guerre et un nouveau péril pour l'avenir. C'est un vrai brandon de discorde agité sur l'Allemagne.
Une troisième conséquence de la guerre, c'est qu'il y a maintenant, en face de l'étranger, six parties allemandes qui n'ont d'autre lien que celui du droit des gens. Les ambassadeurs de Russie, de France, d'Angleterre, etc., ont maintenant dans les cours de Carlsrube, Darmstadt, Stuttgart, Munich, Berlin, Vienne, le même rang que les ambassadeurs des cours allemandes : cette pensée est si offensante pour le sentiment national qu'elle est à peine supportable. Le but de la Sainte-Alliance était, selon sa déclaration formelle, de faire une seule famille de plusieurs peuples : c'était une illusion. Aujourd'hui, c'est le contraire qui se vérifie en AUe-
magne; les membres d'une même famille sont séparés les uns des autres comme des peuples étrangers. L'antique et sainte alliance qui les unissait n'existe plus. Dans les douze siècles de notre histmre allemande il n'y a eu qu'une seule période où ce lien ait été rompu, et où l'on ait vu aussi les diverses portions de ce peuple placées vis-à-vis l'une de l'autre comme des étrangères : c'était pendant l'alliance du Rhin protégée par Napoléon V, Les guerres d'affranchissement avaient supprimé cette division : la dernière guerre a ressuscité cet ouvrage du premier Napoléon sous le patronage du second. Les dangers qui se cachent sous cette situation sont manifestes. L'ère de l'alliance du Rhin fut pour l'Allemagne une ère de honte et d'humiliation profondes. L'intervention de puissances étrangères dans les affaires intérieures du peuple allemand, causCi depuis des siècles , de tant de malheurs parmi nous, est arrivée de nos jours à son point culminant. Le grand peuple d'Allemagne avait perdu tous ses droits d'autonomie, il avait subi la volonté de Napoléon et des puissances 'étrangères. Les princes allemands étaient devenus de simples fonctionnaires, et le sentiment moral s'était tellement émoussé dans une portion notable du peuple, qu'on sentait à peine cette ignominie. Je ne dis point que nous marchions vers un état semblable, je dis seulement que les conséquences de la dernière guerre
exposent rÀlIemagne à d'incommensurables dan* gers. Que de maux n*adéjà pas produits Timmixtion des cours étrangères dans les affaires d'Allemagne, et combien n*est-il pas à craindre que les cours allemandes ne redeviennent, pour la perte de rAlIemagne, le théâtre de toutes les intrigues imaginables ! La confiance des princes allemands doit être complètement éteinte après les événements de la dernière guerre. Combien ils doivent être enclins à soupçonner qu'à la première occasion ils subiront le m^me sort que les autres princes ! Quel vaste champ ouvert à toutes les puissances étrangères pour re* prendre cette politique des derniers siècles qui nous a si radicalement empoisonnés !
Cependant, si nous n'avons plus de lien fondé sur le droit des gens, les peuples de l'Allemagne n'ont pas encore perdu la conscience qu'ils sont membres d^une grande nation : lien puissant et qui diminue le danger. Au temps de la domination française, une grande partie des peuples allemands qui habi* tent sur la rive gauche du Rhin avaient singulièrement perdu de leur sympathie pour l'Allemagne. Aujourd'hui, sans doute, il n'en est pas ainsi ; mais on ne peut se défendre des plus vives anxiétés sur ce qui arriverait de nouveau si nous étions à la veille d'événements malheureux, d'une période d'embarras intérieurs, peut-être de nouvelles guerres. Quelque terrible que soit cette pensée, nous ne pou-
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YODS nous empêcher de craindre que, dans ces circonstances, ces parties détachées d'un même peuple n'en vinssent à s'enlre-déchirer de nouveau comme aux époques les plus lugubres de l'histoire d'Allemagne. Dieu préserve notre pauvre Allemagne de pareilles calamités ! Mais les frontières qu'on trace maintenant à travers l'Allemagne pronostiquent des temps orageux.
La guerre a eu pour quatrième conséquence d'altérer les vrais principes sur lesquels repose le bien des Etats : elle les a dissous et pulvérisés. Nous avons déjà signalé ce résultat de la guerre dans nos chapitres précédents; nous ne répéterons point ce qui a été dit. Des relations durables ne s'établissent que sur des principes vrais. La justice, disaient nos ancêtres, est le fondement des Etats et des peuples. La théorie de Tintérêt, aidée de la violation de la justice, la théorie du succès adoptée comme mesure de ce qui est légitime, sont des constructions assises sur le sable, elles seront emportées par le premier orage qui traversera le monde. La dernière guerre a été en Europe le triomphe de ces mauvaises théories sur les vrais principes de la justice. Il y a là un grave péril pour l'avenir. Plus ces funestes principes se propageront, et plus l'existence des Etats sera précaire.
Une autre conséquence qui se lie à celle-là, c'est l'ébranlement du droit historique. La dernière
guerre a derechef emporté une bonne partie de Thistoire, des anciennes traditions, de l'ancien ordre des choses légal de TAllemagne. Nous devenons de plus en plus modernes, nous ressemblons de plus en plus à une table rase, à un vaste terrain nivelé et aplati , comme pour servir de théâtre à toutes les nouvelles expériences qui se pourront imaginer. Avec notre ancienne et vénérable histoire, nous sommes bientôt au même point que d'autres peuples qui n'ont point de passé historique. Depuis un siècle, l'Europe est traversée par un torrent qui menace d'emporter, avec leurs fondements, tous les souvenirs historiques, toute situation légitime. Ce torrent a commencé sa course dévastrice avec la révolution française, et la dernière guerre dérive complètement de ce torrent. Il se peut sans doute que le lit d'un fleuve empêche çà et là ses eaux de se répandre dans la plaine et de la féconder, mais il l'empêche aussi de déchaîner sur les campagnes ses flots destructeurs. Ainsi en est-il du peuple allemand : son histoire, ses droits historiques, ses institutions peuvent bien être un obstacle ; ils peuvent bien, quand ils ont dégénéré, paralyser d'excellentes choses; mais il n'est pas moins vrai qu'ils dirigent et règlent les torrents qui traversent la vie moral d'un peuple : ils sont pour le peuple une providence qui le conduit par la main. Une nation qui a tourné le dos à son histoire, altéré des rela-
lions fondées sar un droit historique, se prépare de terribles tempêtes.
De là cette nouvelle conséquence de la guerre : Tébranlement profond du principe monarchique. Nous ayons toujours vu une aberration inefiEsble dans cette opinion des princes du commencement de ce siècle et de leurs conseillers, qu'il était loisible à une famille de souverains, dès qu'elle y trouvait quelque motif d'utilité, de rompre le lien historique qui la rattachait à son pays, et que ce lien pouvait au premier commandement se renouer avec d'autres princes. Ce comble de l'absurdité, cette notion si profondément altérée de la monarchie et de la puissance des princes, tel est le résultat que l'influence de Tabsolutisme avait produit dans les cours. Les princes même les plus capables ont été dupes de cette extravagance. Un exemple frappant nous en a été rapporté autrefois par un témoin oculaire. Certaines contrées qui avaient appartenu à TAutriche pendant fort longtemps ayant été cédées à un autre pays, quelques paysans entreprirent le long voyage de Vienne pour se plaindre qu'on eût brisé arbitrairement le lien qui de temps immémorial les rattachait à l'Autriche. Accueillis par l'empereur François avec cette affabilité qui le distinguait, ils reçurent pour toute consolation le conseil de reporter sur leur nouveau souverain les sentiments d'amour et de soumission qui les avaient animés
CONSÉQUENCES ET DANGERS. 6i
josqne-là pour l'aDcienne maison impériale. Le vieil empereur n'avait oublié qu'une chose^ c'était d'indiquer à ces bons paysans de la Forêt-Noire le moyen de transporter des sentiments qui se sont formés pendant une histoire de quatre siècles là où cette histoire manque absolument. Cette façon de comprendre les droits de la monarchie absolue^ cette légitimité bâtarde avait prévalu dans toutes les cours de l'Europe. Droit absolu du souverain sur les sujets, obéissance absolue des sujets envers le souverain, c'est à ce seul point de vue qu'on envisageait les rapports d'une ancienne famille de souverains avec leur pays. Comme on peut vendre une pièce de terre, transmettre une somme d'argent, on peut de même, suivant cette théorie, changer et transférer à fantaisie* les rapports entre le souverain et le peuple. Cette erreur radicale, depuis la sécularisation, a constamment dominé dans les cours.
On n'a pas vu l'immense différence qu'il y a, sons le rapport des relations, entre des peuples qu'aucun lien historique ne rattache à leurs nouveaux souverains, et des peuples qui ont partagé pendant des siècles les destinées d'une ancienne famille régnante. Ces liens historiques entre une famille de souverains et le peuple sont un des grands soutiens du principe monarchique. Plusieurs de ces liens ont été rompus par la dernière guerre.
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L'affection mutuelle du prince et du peuple, née de ce passé historique, disparait de plus en plus, et la monarchie, privée de ces relations immédiates et vivantes, ne reçoit plus, à la place des hommages qui partaient du fond du cœur, que les marques extérieures de respect prescrites par la constitution.
Cette rupture de Tancienne union entre les vieilles races princières de rAUemagne et leurs peuples sont donc un grand danger pour l'avenir du principe monarchique. Le lien qui rattachait à leurs pays les princes allemands qui ont été déposés était souvent beaucoup plus ancien que celui qui unit les rois de Prusse à leur pays. S'il a été permis de le rompre arbitrairement dans l'intérêt d'une soidisant mission, d'une théorie d'utilité ou de convenance, il est fort à craindre qu'il ne vienne un temps où, sur le même sol, on prétendra que le lien qui rattache la monarchie prussienne à son peuple doit céder à la même théorie. Ce serait en tout cas parfaitement conforme à la logique des faits dont nous avons été témoins pendant la guerre.
Une nouvelle conséquence est le trouble des consciences et l'affaiblissement de la force du serment. En Allemagne, la conscience du peuple chrétien est encore pour l'autorité une forme immense et qu'on n'apprécie pas assez. L'Allemagne, quoique les idées les plus extrêmes de notre temps y soient
largement représentées, est peut-être le pays où ces idées sont le moins à craindre, par cette seule raison que le peuple, dans sa grande généralité, est encore un peuple consciencieux. On se trompe fort si Ton croit que la constitution militaire est la véritable barrière qui contient la révolution ; cette barrière, c'est la conscience, ce sont les convictions et les sentiments religieux des masses. La constitution militaire de la Prusse, avec ses trois années de service, serait absolument impuissante devant la révolution si la Prusse tirait ses soldats d'un peuple sans conscience et accessible à toute séduction révolutionnaire. Un apprentissage militaire de trois ans ne suffit pas pour faire d'un homme imbu des principes du radicalisme un sujet dévoué à son roi, bien que ce soit là une opinion largement répandue. Le mur d'airain contre lequel échoue en Allemagne Tesprit révolutionnaire, c^est la conscience du peuple chrétien. La fidélité, la force de l'armée prussienne, ne dépend pas surtout de l'apprentissage des soldats ; elle ne dépend pas de ce qu'ils apportent en arrivant, mais de ce qu'ils emportent de la maison paternelle. Ce sont des jeunes gens consciencieux, capables, qui, au lieu d'avoir été élevés à l'école des mauvais systèmes de notre siècle, ont été formés à l'école du christianisme, et qui reconnaissent comme un devoir envers Dieu d'être fidèles à leurs princes. Or, ces sentiments consciencieux du peuple chré-
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tien ont été, dans tous les pays dont nous parlons, profondément altérés par ce qui vient de s'accomplir. Quel effet ces événements ne produiront-ils pas dans le cœur et dans les dispositions de ces jeunes hommes, obligés de changer tout-à-coup de sentiments, d^opioions, comme on change de souliers ou d*babits? Ce trouble des consciences est encore aggravé par la manière dont le serment est traité dans nos Etats modernes, où chaque pouvoir croit s'affermir en le faisant prêter. Qu'est-ce que le serment sans la conscience? Qu'est-ce que le serment sans Dieu et sans Tordre divin? Le serment emprunte toute sa valeur de Dieu dont on invoque le témoignage; il n'a de vertu et d'importance que lorsqu'on jure ce que Dieu veut et confirme. Plus les choses se transforment en dehors de la loi divine, plus le serment perd de sa sainteté et de sa force intrinsèques pour devenir une forme vide et dangereuse. On ne doit point obliger quelqu'un de promettre à Dieu et au nom de Dieu par serment de faire quoi que ce soit, quand il doute si ce qu'il promet est conforme à Tordre divin. Un serment imposé est le tombeau de la conscience et une sorte de parjure forcé.
Comme dernière conséquence fâcheuse de la guerre, je signalerai la défaite morale qui en est résultée pour le parti conservateur en Prusse. Ce mot de comervmteur est amphibologique; il est
susceptible d*une bonne et d'une mauvaise acception, et en Prusse^ notamment, le parti conservateur renferme plus d*un élément malsain. Il y a là en ce moment un parti conservateur éminemment chrétien, intelligent et capable, qui nous a toujours inspiré le plus grand respect. Ce parti, malheureusement, a essuyé près de Kœniggrsetz une défaite égale à celle de l'Autriche; il a encensé le succès, il s'est incliné devant les faits accomplis; il a renié presque sans exception les principes qu'il défendait depuis de longues années. Il a fait précisément ce qu'il a reproché pendant un an à tous ses adversaires. C'est là une grande défaite morale, car un parti qui veut rester chrétien doit avoir en face de la puissance le courage de la vérité. L'hommage à la puissance uniquement en tant que puissance, la lâcheté en face du pouvoir, sont des choses étrangères au christianisme. Cette épreuve, le parti conservateur prussien n'a pas su la soutenir. Se relèvera-t-il de cet échec? Nous ne le savons pas, nous l'espérons. Nous lui souhaitons qu'il ne vienne jamais un temps où la révolution soit en mesure de lui reprocher publiquement cette abdication avec ce sarcasme et cette logique écrasante dont elle a le secret. En sacrifiant ses principes, en glorifiant les faits accomplis, le parti conservateur a mis aux mains de la rév<Aition une arme meurtrière dont celle-ci saura faire usage en d'autres circonstances.
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