SITUATION DE L'ÉGLISE CATHOUQDE
Après avoir jeté un regard vers Tavenir, manifesté nos craintes et nos espérances, il convient que nous nous occupions aussi de la situation actuelle de l'Eglise catholique, des difficultés qui l'attendent et de la mission que Dieu lui impose an milieu des transformations qui viennent de s'opérer. L'Eglise catholique, que Dieu a placée sur la terre pour tous les temps et en vue de la rédemption de tous les hommes, restera dans l'avenir le foyer intime de tous les grands combats intellectuels qui se livreront sur la terre. Il en était déjà ainsi dans les premiers siècles. A peine le Fils de Dieu eut-il paru dans un coin obscur de Tunivers et dans les conditions les moins brillantes, que les hommes se virent
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forcés â*entrer en contact avec cette divine lumière qui commençait à luire sur le monde, et ce qui ne fut d'abord dans l'Eglise qu'un grain de sénevé prit un accroissement si prodigieux qu'il devint comme le pivot des grands mouvements du puissant empire romain.
n en fat ainsi durant tout le moyen-àge; l'Eglise était le centre de tout développement, de toute lutte intellectuelle. Il en sera encore de même à l'avenir. Les attaques incessamment dirigées contre la vérité dont Dieu a commis le dépôt à son Eglise pour qu'elle en fût jusqu'à la fin des siècles le fondement et la colonne ; le triomphe de cette vérité, malgré toutes les défaites apparentes, et les fruits heureux qui accompagneront cette victoire, tel est l'axe autour duquel s'agiteront jusqu'à la fin des âges la vie et l'activité du monde.
n est donc impossible de parler de l'avenir sans parler aussi de l'Eglise. Quelque bien que l'on ait en vue, il faut commencer par en asseoir les fondements : et d'abord les fondements intellectuels, qui s'appuyent sur les vérités divines et sur les enseignements de Jésus -Christ que la révélation a conservés fidèlement au sein de l'humanité comme une flamme céleste et une lumière divine ; les fondements moraux, c'est-à-dire les devoirs qui découlent de ces enseignements. Ces devoirs sont contenus dans les commandements de Dieu, et l'Eglise
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ne cesse de les annoncer aux hommes dans tous les états et dans toutes les conjonctures de la vie.
Si nous portons d'abord nos regards sur la situation extérieure de TEglise catholique en Allemagne et hors de rAUemagne, noas apercevons une immense différence entre le présent et un passé encore tout récent. Un siècle s'est à peine écoulé depuis que l'Eglise catholique, dans presque tous les Etats catholiques, était reconnue, même dans la lé^lation civile, comme Torgane de la vraie reli^on. II n'y a pas encore un siècle que TEglise catholique était encore proclamée dans tous ces Etats comme la seule religion autorisée par le pouvoir, et que les princes et les peuples chrétiens considéraient comme leur premier devoir de la protéger et de la garantir contre d'injustes attaques. Grâce aux institutions que l'esprit de sacrifice avait fondées dans une longue suite de siècles, l'Eglise possédait, sur une vaste étendue, toutes les ressources nécessaires à l'accomplissement de sa mission. Toutes les contrées catholiques étaient couvertes d'établissements grandioses consacrés au progrès de la science dans tous ses degrés, aux œuvres de miséricorde, à la culture supérieure de la vie et de la perfection chrétiennes. Telle était encore, il y a un siècle, la situation extérieure de l'Eglise dans toutes les contrées catholiques de l'Europe. Quelle différence quand nous regardons à l'état de l'Eglise dans le temps présent!
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Autrefois l'ancienne et catholique maison impériale était encore à la tête de l'Allemagne^ maintenant elle en est séparée comme une puissance étrangère; autrefois les pays catholiques étaient gouvernés par des princes catholiques, aujourd'hui la plupart des catholiques d'Allemagne sont placés sous des gouvernements protestants; autrefois les catholiques prédominaient dans les ordres de l'empire qui participaient au pouvoir suprême, aujourd'hui ils ne sont presque plus représentés dans les hautes régions; autrefois l'Eglise possédait dans toute l'Allemagne, au service de ses œuvres m«ltiples, une fortune considérable, aujourd'hui il ne lui reste absolument qu'un maigre bénéfice tout personnel; autrefois tous les catholiques et tous les évêchés catholiques de l'empire étaient unis entre eux par une vaste confédération, aujourd'hui les diocèses sont disséminés dans une foule innombrable de petits pays, et jusqu'à ces dernières années, ils ont été le plus souvent isolés, délaissés, voués à l'oppression tyrannique d'une bureaucratie haineuse. Autrefois il existait encore à l'est de l'Allemagne un peuple catholique grand et fidèle, la Pologne, qui propageait au loin, du côté de Test, Tinfluence catholique ; aujourd'hui ce peuple a disparu de la carte et est exposé, lui et sa foi, aux plus barbares persécutions. Autrefois l'EgUse catholique régnait encore sans conteste dans toutes les contrées romanes
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de rEoTope, aujourd'hui tous ces peuples vivent sons des gouvernements qui, tantât ouvertement et franchement, tantôt par des voies détoamées, oppriment et persécutent l'EgUse catholique. Ce prodigieux changement dans les conditions extérieures de l'Eglise s'achève et se complète dans ce que nous voyons aujourd'hui en Italie. Après avoir, presque partout, bouleversé eotièrement l'existence extérieure de l'Eglise, l'esprit révolutionnaire tourne maintenant sa fureur contre le chef de l^glise afin de lui ravir ce que lui a donné, dans le cours des siècles et sous la direction de la Providence, le respect des princes et des peuples chrétiens. Le temps approche peut-être où le père de la chrétienté, semhlal>Ie à Celui dont il tient la place, ne saura plus où reposer sa tète. Yoilà ce qu'est devenue la situation extérieure, de l'Elise dans le court espace d'un siècle.
Si triste que soit cette devinée, si incommensurable que soit l'iniquité de ceux qui ont réduit l'Eglise à cet état, nous n'en devons pas moins appliquer ici les principes énoncés dans notre Introduction. Si Dieu dirige avec une tendre sollicitude la vie de chaque individu, cela est vrai à plus forte raison de la vie de l'Ëglîee, puisqu'il lui a promis de rester avec elle jusqu'à la fin des siècles. Soyons donc persuadés que ces événements exceptionnels dans l'histoire de l'Eglise ont leur source dans des
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jdesseins profonds de la Providence. Toutefois^, si Ton nous demande pourquoi Dieu a permis tout cela, nous pouvons , sans présomption, faire plusieurs réponses. Nous répondrons d^abord par cette profession de foi sortie de la bouche même de Dieu : a Que ses jugements sont incompréhensibles et ses voies impénétrables I Qui a connu la pensée du Seigneur y ou qui a été son conseiller*? » Jamais .nous ne pourrons sonder la sagesse qui préside au gouvemeqpiçnt divin de ce monde , et c'est dans l'étemjjlé seulement que nous seront révélées toutes les voies de Dieu. L'Eglise de Dieu est merveilleuse dans toute sa carrière terrestre, et nous y saisissons partout la trace des desseins mystérieux d'en haut. C'est précisément par là que Dieu veut éprouver notre foi et notre leonfiance^.
Nous pouvons stjissiy pour <lxpliquer ces souffrances de l'Eglise, invoquer les prophéties si claires que l'Ecriture contieql^sur (^ sujet. Dans l'Ancien Testament, Dieu ne s'était pas contenté de promettre un libérateur, il avait encore décrit d'avance sa vie tout entière, afin que le monde, quand il serait venu, le reconuùt à ce portrait. Jl en a été de même dans le Nouveau Testament : Dieu y a prédit les destinées de soa Eglise, afin que, quand elles se vérifieraient, nous y reconnussions le doigt
* Rùm,, XI , 88 et soiv.
de Dieu» bieu loin d'être ébranlés dans notre foi. Or, de tous les signes de TEglise, aucun ne parait plus souvent dans l'Ecriture que celui de la croix, des luttes, des souffrances qu'elle devra supporter jusqu'à la fin du monde et jusqu'à son triomphe sur la croix. Ce qui devrait nous étonner^ quand nous lisons cette histoire tracée par la main de Dieu, ce ne sont pas les persécutions et les attaques auxquelles l'Eglise a été en butte, c'est qu'il y ait eu des siècles où elle a joui ici-bas d'une sorte de paix extérieure. L'une et l'autre prédictions s'accomplissent également : lutte des portes de l'enfer contre l'Eglise, et impuissance de tous ces assauts contre le roc sur lequel l'Eglise est bâtie. La croix est donc, dans la vie de l'Eglise, un des caractères divins qui attestent qu'elle a pour fondateur Celui qui a vaincu le monde par la croix.
D'autres raisons, tirées également de la mission et de la nature du christianisme, expliquent en un certain sens ces voies merveilleuses par lesquelles Dieu conduit son Eglise , et pourquoi surtout il permet ces sortes d'événements dont nous parlions plus haut. Quand les anciens Germains, convertis au christianisme, eurent fléchi le genou devant le Fils de Dieu et reconnu l'Eglise comme une institution divine, ils se sentirent tout naturellement obligés à la défendre de leur vaillante épée. C'est de ces dispositions qu'est née la position de l'Eglise
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au moyen-âge. Elle était le résultat immédiat et nécessaire de la vivacité de la foi. Cependant , quelque légitime que fût cette position dans Torigine, il en résulta dans le cours des âges, sous l'empire de diverses circonstances et par la perversité des hommes, divers obstacles qui entravèrent l'Eglise dans l'accomplissement de sa mission divine, notamment depuis que l'apostasie du seizième siècle eut si profondément divisé la chrétienté. Parmi ces obstacles, il y en a quatre que nous voulons citer.
En appliquant aux parties séparées de l'unité de l'Eglise Tancienne constitution chrétienne qui réglait les rapports de l'Eglise et de l'Etat, en accordant à ces parties détachées la protection légale due à l'Eglise seulement, les princes avaient soustrait tous ces pays à l'influence de TEglise catholique. C'est ce qui arriva d'abord pour l'Eglise schismatique grecque, puis, après la réforme, pour toutes les Eglises protestantes. Ce qui avait été dans le principe une protection pour l'Eglise catholique devint une arme contre elle. Le glaive temporel qui avait d'abord servi à sa défense, servit alors à protéger ces membres arrachés à son propre corps, et empêcha l'Eglise d'accomplir sa mission dans toutes ces vastes étendues de territoire. Une fois cette situation légalisée, l'Eglise catholique, selon les lois du saint empire romain, se vit exclue d^ territoire
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de toas les Etats non catholiques (en tant qu'elle n'était pas prot^ée par- la paix de Westpbalie). Et c'est ainsi qu'une protection si légitime dans son origine fut remplacée justement par son contraire. Comment y remédier? Fallait-il que ces contrées échappassent pour jamab à la mission divine de FEglise? Les divisions dogmatiques déjà si profondément enracinées dans la jurisprudence des peuples chrétiens devaient-elles être maintenues en même temps que cette jurisprudence , ou plutAt par le moyen de cette jurisprudence? Quand on y réfléchit et qu*on jette un regard sur les ruines de Tancien ordre légal, on se sent forcé d'adorer les voies mystérieuses de la Providence.
La protection légale qu*on avait continué d'accorder à l'Eglise dans les pays catholiques était souvent un obstacle au déploiement de sa vie divine. La tendance de plusieurs souverains catholiques, notamment des Bourbons S allait, dans les derniers siècles, à se faire payer en quelque sorte cette protection par des privilèges et des droits qui leur permettaient de se mêler des intérêts les plus intimes de l'Eglise. Ils ne la protégeaient plus uniquement pour des motifs puisés dans les hautes et saintes convictions de la foi, mais pour favoriser leurs vues absolutistes et réaliser leurs projets am-
< « De tou» les Bourbons, » dit l'aoteor. {Note du trad.)
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bitieux. A la fia de cette malheureuse périodei le gallicanisme y le fébronianisme , le josépbisme se sentaient assez forts pour présenter an pouvoir civil toutes leurs prétentions sous la forme d*un système qai, tout en maintenant encore les apparences de Tordre que Dieu a établi dans son Eglise, le détruisait de fond en comble. Les honneurs et les droits que des souverains et des peuples chrétiens avaient accordés à TEglise par esprit de foi ne furent plus, entre les mains des princes des derniers siècles, que des instruments de servitude : c*est par eux que furent forgées les chaînes dont on garrotta l'Eglise. On ne songe pas sans frémir à ces rois très-chrétiens, immoraux jusqu'au dernier excès, entourés de leurs cardinaux et de leurs évèques de cour qui, tout en paraissant étroitement unis à l'Eglise, étaient plus funestes à son action divine que ces empereurs romains qui jetaient les chrétiens aux bêtes de l'amphithéâtre. On ne songe pas sans frémir que de tels rois et que les créatures de ces rois prétendaient nommer arbitrairement à tous les évèchés et à toutes les abbayes de leur pays I On ne songe pas sans frémir à tant d'actes qui ont si essentiellement contribué à produire l'esprit qui s'est révélé dans l'Encyclopédie et dans la Révolution française. Ici encore, nous voyons des situations légales qui étaient légitimes et salutaires dans le principe, mais qui, après être tombées dans l'état de dégénérescence
OÙ elles étaient à la fin da dernier siècle, ne furent guère moins funestes à l'Eglise que ces prétendus droits qui exclurent TEglise de pays tout entiers. Voilà encore un ordre de choses qui, à partir de ce moment, ne pouvait plus avoir aucune valeur aux yeux de Téternelle Vérité ; car là même où il montrait encore au dehors quelque apparence de foi, il n'était plus au fond que le plus complet étouifement la vie divine de l'Eglise.
Voici un troisième obstacle que cet état légal opposait au véritable esprit de TEglise. Non-seulement cette protection oiSicielle se changeait souvent pour l'Eglise en camisole de force, mais trop souvent aussi elle devenait pour ses ministres et ses enfants une occasion de s'appuyer sur elle et d'oublier la vertu surnaturelle et divine que Dieu a déposée dans le christianisme. Sur la terre, on peut abuser de tout, on peut tout dénaturer. On voyait des ministres de l'Eglise compter plus sur la puissance de l'Etat que sur la vertu de l'Eglise, avoir plus de confiance au secours de Thomme qu'en l'assistance que Dieu a promise à son Epouse. De là ces esprits scrviles, plus soucieux de vivre en bonne intelligence avec les serviteurs de l'Etat qu'avec Dieu ; de là ces âmes lâches, profanes, pusillanimes qui ne connaissent plus rien de la vertu divine de l'Eglise, constamment aux abois, irrésolues, déconcertées, toujours disposées à croire que c'en est fait de l'Eglise
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si les secours ordinaires de TEtat viennent à leur manquer. Nous savons bien que de tels sentiments ne sont qu'un excès, mais ils n'étaient malheureusement que trop répandus, et ils ont fait à la vie chrétienne de profondes blessures. Le rocher sur lequel TEglise est bâtie n'est point de la terre, il n'a pas été placé par la main des hommes mais par la main de Dieu. Plus les membres de l'Eglise, et surtout ses ministres, seront animés de ces convictions, plus ils combattront avec la vertu de Dieu, plus aussi l'Eglise sera victorieuse en face du monde. Peut-être Dieu nous a-t-il retiré Tappuî des hommes, afin que nous comptions davantage sur le sien ; peut-être a-t-il rejeté le glaive temporel, afin que nous saisissions avec d'autant plus d'ardeur le glaive spirituel et l'armure de Dieu.
n y a enfin un quatrième obstacle auquel l'Eglise, sous l'ancien ordre de choses, se heurtait fréquemment : la difficulté de remplir sa mission à l'égard de ceux qui ne lui appartiennent pas. H y avait donc, outre l'obstacle extérieur qui empêchait l'Eglise de franchir ses frontières, un obstacle intérieur. L'Eglise a pour mission d'amener tous les hommes à la connaissance de la vérité que Dieu lui a confiée, afin que tous puissent participer aux effets de la rédemption. La Providence pousse donc aussi les destinées de l'Eglise dans cette direction.
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car elle veut ouvrir à tous les voies qui condmseiit à elle.' Or voici, résumés en quelques mots, tous les obstacles qui empêchent ceux qui sont séparés d'elle de reconnaître qu'elle a le dépôt de la vérité : ils n^admettent point que la force et la sagesse de Dieu soient en elle : ils ne voient en tout cela qu'œuvre et sagesse humaine. Tant qu'ils restent séparés de l'Eglise, ils éprouvent le besoin invincible de tout expliquer en elle naturellement ; tous les faits de Dieu dans l'Eglise, toute son existence merveilleuse, ils les attribuent à des causes naturelles, autrement ils servent forcés d'y voir Tœuvre de Dieu et de rentrer dans son sein. L'Eglise esttholique, avec son admirable unité au milieu d'un monde si morcelé et si divisé ; avec sa fidélité à la doctrine surnaturelle du christianisme, dans un temps qui honnit et conspue le surnaturel; avec sa tranquille et inébranlable confiance dans l'avenir, au milieu de toutes les attaques et de toutes les hostilités; avec .son esprit de sacrifice, dans un temps tout d'égoîsme et de cupidité ; avec ses milliers de prêtres qui choisissent la continence, dans un temps où Ton flatte toutes les passions; avec cette foule innombrable de religieux qui aban* donnent tout pour devenir les serviteurs des pauvres et des nécessiteux, dans un temps où la pauvreté est estimée le plus grand des maux, ce sont là des faits qu'on est bien obligé de voir, tout en fermant
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les yenxy c'est là un problème qu'il faut bien expli* qaer. Un tel phénomène doit avoir sa raison d'être : ou il est Tcenvre de l'homme, et il faut alors lui trouver des motifs naturels ; ou il est l'œuvre de Dieu, et dans ce cas il faut que tous le reconnaissent pour une institution divinement établie en vue du salut des hommes. Tous nos adversaires -s'efforcent donc de lui assigner des causes naturelles, afin d'expliquer par là la vie et les manifestations, de l'Eglise. Mais avec tous leurs effofts ils ne trouvent guère d'autre argument que celui qu'ils tirent de la position extérieure de l'Eglise. Son unité, cette puissance merveilleuse qui rattache à un seul chef visible tant de millions de catholiques répandus dans le monde entier ; cette unité que le Christ luimême a demandée à son Père dans sa dernière prière, lorsqu'il l'a conjuré de faire que l'Eglise fût une comme lui et. son Père sont un ; cette unité qu'il a désignée ensuite comme le signe caractéristique auquel le monde pourrait reconnaître son Eglise^ on ne vent point l'admettre pour ce qu'elle est, pour l'effet du Saint-Esprit^ pour une protection de Jésus-Christ; on vent l'expliquer par la puissance temporelle du pape, quelque insensée que soit cette explication. On fait du Vatican je ne sais quelle puissance temporelle; on parle des foudres de Rome, et Ton fait semblant d'expliquer par ce mot terrifiant le respect et l'amour que le pape reçoit dans
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le monde entier. Toutes les œavres de FEgUse sont interprétées de la sorte.
Les incrédules sont vraiment pauvres en arguments puisés dans Tordre naturel. Saint Jean les ramène à trois : la concupiscence des yeux^ la concupiscence de la chair et Torgueil de la vie. C'est par de tels motifs qu*on expliquerait volontiers toute la vie de TEglise, afin de n'être pas obligé d'en glorifier Dieu. Evèques, prêtres, religieux, bons catholiques, nous tous qui témoignons à l'Eglise notre amour et notre fidélité, nous n'agissons que par des vues égoïstes, vulgaires, terrestres; toutes ces belles apparences n'ont qu^une source commune, la position extérieure de l'Eglise.
Or, il nous semble que pour ramener les hommes à la connaissance de la vérité. Dieu veut reprendre les voies qu'il avait autrefois choisies lorsqu'il se fit homme dans le même dessein. S'il avait paru sur la terre avec un éclat et des moyens humains, le monde ne serait pas arrivé à la connaissance de sa divinité ; il aurait attribué ses œuvres à sa puissance terrestre. Mais en renonçant à toutes les ressources humaines et en surmontant le monde du haut de la croix, il a forcé le monde à voir dans son œuvre la vertu de Dieu. H semble qu'à la fin des temps il veuille de nouveau conduire son Eglise par les mêmes voies qu'il lui a fait suivre dans les premiers siècles, afin de convaincre le monde que
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l'Eglise n'est point un ouvrage fait de main d'hommes et avec des matériaux ordinaires, mais l'œuvre de Dieu. La glorification de Dieu dans son Eglise n'en sera que plus grande.
 ]a vue de tous les obstacles que l'ancien ordre de choses suscitait à l'Eglise et à sa divine missioUi nous comprenons en quelque sorte pourquoi Dieu a laissé ravir à l'Eglise la position qu^elle occupait depuis Constantin. Nous savons bien, et nous ne voulons certes pas le dissimuler, quen soi cette position convenait à l'Eglise, et que tous les obstacles qu'elle a fait naître depuis ne sont pas venus de cette position même, mais de la corruption des hommes qui en ont abusé. Loin donc de nous la pensée de blâmer les hommages que le monde chrétien a rendus à l'Eglise de Dieu dans la vie civile ; nous les considérons plutôt comme un résultat nécessaire de la conversion des peuples au christianisme et de l'unité de la foi. Nous n'avons garde surtout de vouloir autoriser par notre langage ces spoliateurs de l'Eglise qui, poussés par l'esprit d'incrédulité, se vantent, moitié par hypocrisie, moitié par sarcasme, d'avoir rendu service à l'Eglise en la dépouillant et en la maltraitant.
Nous ne comprendrons jamais la conduite de Dieu dans l'histoiro de son Eglise, si nous la jugeons seulement d'après les lois d'un rigoureuse justice. La rédemption, l'incarnation, la vie de Jésus, la vie
de FEglise, sont autant d'œuvres d'amour et de miséricorde. Si le monde agit injustement envers FEglise, Dieu peut, dans sa miséricorde, permettre cette injustice afin d'exercer sa miséricorde envers le monde; s'il laisse crucifier l'Eglise, c^est pour racheter le monde, de même que c'est pour l'amour du monde qu'il a laissé crucifier son Fils. Il attend le grand jour du jugement pour accorder à l'Eglise, en sa qualité de corps de Jésus-Christ, les droits et les honneurs qui lui reviennent à cause de Celui qui est son chef. Id-has il la laisse gémir sous l'injustice et la persécution des hommes, comme Jésus-Christ lui-même, et dans son amoureuse providence, il fait tourner toutes ses souffrances au salut des hommes. Sa divine providence tire le bien du mal, et ce qui semble une défaite de l'EgUse finit toujours par se changer en triomphe.
Dans cette conviction, nous envisageons l'avenir de l'Eglise, au milieu de tous les bouleversements dont nous sommes témoins, avec une entière confiance. Les yeux de tous les catholiques sont en ce moment tournés vers Rome et nous attendons avec impatience les événements qui menacent d'y éclater, n y a quinze ans déjà que noas voyons s'y préparer ce qui est sur le point de s'accomplir; une politique d'une hypocrisie, d'une dupUcité, d*ane lAcheté telles que le monde n'en^vit jamais, toujours enveloppée des apparences du plus grand
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respect et du plus profond amour pour le Saint- Père, y a tendu aux yeux de tous, et rétréci de plus en plus, les filets qui doivent concourir à la consommation de l'attentat. Les successeurs de saint Pierre ont déjà eu bien des ennemis depuis que le Sauveur leur a confié^ dans la personne de Pierre, le soin de paître son troupeau ; ces ennemis ont souvent envahi la capitale du monde par la force des armes, afin de soumettre à leurs caprices le chef de la chrétienté ; mais un système d*hostilité semblable à celui que nous avons sous les yeux , TEglise n'en a jamais vu de pareil. Nous trouverions volontiers un air de grandeur à ces souverains d'Allemagne qui marchaient contre Rome ouvertement et bannière déployée, quand nous les comparons
Si Dieu deyait permettre que te Père de la chrétienté fût renversé du siège de saint Pierre; s'il devait arriver, comme l'ont
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cru certains commentateurs de rEcriture, que le paganisme célébrât de nouveau à Rome un triomphe momentané, et, asseyant sa domination sur le Calvaire, se vengeât de la défaite qu*il a essuyée sur la croix, notre cœur, sans doute, en ressentirait une indicible douleur, mais loin de voir là une victoire pour les ennemis dil Christ, nous y verrions le triomphe assuré de son Eglise. Le monde comprendrait alors que les liens si étroits qui unissent an pape les cœurs de tous les catholiques de l'univers n*ont rien de commun avec les foudres du Vatican. n verrait que ces liens surnaturels sont d'autant plus intimes et plus fermes que les motifs extérieurs de respect ont disparu davantage. H reconnaîtrait à son grand étonnement que le Saint-Père a trouvé dans tout l'univers catholique d'autant plus de respect, d'amour et de soumission, que par ses souffrances et ses abaissements il a été plus conforme à Celui dont il tient la place. Nous ne doutons point que si le pape devait réellement quitter Rome pour quelques années, l'amour et la vénération de tous les cœurs catholiques prendraient un essor dont le monde n'a aucune idée. On verrait que l'Eglise, indépendante des foudres du Vatican, est fondée sur ce roc dont Jésus-4^hrist a parlé, et que ce ne sont point des considérations humaines, mais la foi et l'amour qui nous attachent à lui. Il se peut que bien des préjugés s'évanouiraient.
SITUATION DE l'ÉGUSE CÀTHOUQUE. 175
qae plus d'un cœur aurait le pressentiment de la nature divine de l'Eglise; son abaissement ouvrirait peut-être des yeux que son exaltation n'avait pu dessiller.
Mais si nous envisageons l'avenir avec une pleine confiance y nous ne saurions oublier que l'Eglise peut rencontrer dans ce nouvel ordre de choses de graves dangers et de terribles combats, que si Dieu lui a enlevé les secours extérieurs, les appuis humains, nous avons le devoir d'autant plus impérieux d'employer la force divine et les moyens surnaturels dont l'Eglise est dépositaire, afin de nous rendre dignes de la protection d'en haut. Ce que nous perdons en protection du c6té de l'Etat sera compensé abondamment par l'assistance divine que Dieu nous enverra par les canaux surnaturels de l'Eglise, si nous avons confiance en lui et si nous savons employer utilement les ressources surhumaines qu'il a déposées dans son Eglise. Si nous ne sommes plus abrités par le glaive temporel d^un empereur romain sacré et béni, nous le serons par le glaive de Celui qui a mis l'épée aux mains des rois et des empereurs et devant qui toute leur puissance n'est que cendre et poussière : il suffit que nous nous en rendions de plus en plus dignes. Ces étonnantes permissions divines sont une VQix céleste qui nous avertit, nous surtout ministres de l'Eglise, que ce n^est plus dans les
hommes, mais en Dieu et en la verta divine de TEglise, que nous devons placer toute notre confiance. « Notre secours est dans le nom du Seigneur! » tel doit être désormais le cri de guerre de TEglise, après que le monde et les puissances du monde lui ont retiré leur appui.
n ne saurait être de notre dessein d*entrer dans les détails et d'indiquer les voies que TEglise traversera dans ces conditions nouvelles, d'une part pour qu'elle se prémunisse contre les dangers qui la menacent, et de l'autre pour qu'elle utilise le surcroît de liberté qu'elle vient d'obtenir. Le Saint- Esprit, qui l'inspire et la dirige, saura bien lui montrer ces voies et surtout donner aux pasteurs qu'il a préposés au gouvernement de l'Eglise de Dieu les lumières nécessaires pour les découvrir. Cependant il peut être opportun d'indiquer au moins sommairement les nombreuses occasions que les circonstances actuelles fournissent à l'Eglise pour déployer sa vertu divine, et de signaler quelques dangers.
L'unité n'est pas seulement le caractère distioctif de l'Eglise du Christ, elle est encore le principal moyen qui sert à l'expansion de sa vie divine. C'est surtout dans l'unité que réside sa force. Plus l'Eglise ne formera qu'un cœur et qu'une âme, plus elle sera invincible dans le monde; plus l'esprit d'unité sera entretenu par chaque chrétien en particulier,
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plus la vertu de Dieu opérera en lui ; comme aussi rien n'énerve plus la vie chrétienne dans les individus ^et dans les masses que l'afEûblissement de Tunité. Un des moyens de cultiver cet esprit d'unité^ ce sont les grandes assemblées ecclésiastiques, notamment les conciles, depuis les conciles universels jusqu*aux sjmodes diocésains. La multiplication de ces assemblées a toujours été un signe du réveil et de Taccroissement de cet esprit. Or, il nous semble que ce phénomène se généralise de nos jours, et qu'entre les obstacles qui s'opposaient autrefois à ces rassemblements, plusieurs ont aujourd'hui disparu.
Nous avons eu à Rome, dans ces dernières années, un exemple de ces réunions extraordinaires de tous les évèques catholiques. Peut-être est-ce là le prélude de quelque grande réunion dont l'Eglise aura vu peu d'exemples. Peut-être le Saint-Père expulsé sera-t-il en mesure d'assembler un concile tel que n'en virent jamais ses prédécesseurs.
Les conciles provinciaux et diocésains reparaissent aussi sur une vaste échelle et se propageront de plus en plus. Nous recevions il y a quelques jours la nouvelle d'un concile mémorable tenu à Baltimore, preuve éloquente de l'unité et de la vigueur qui régnent dans cette jeune portion de l'Eglise. Notre pays aussi a vu disparaître les obstacles qui s'opposaient au congrès de ses évèques. Au temps de saint
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Bonifaee, FÂllemagne prescpie toat entière ne formait qu'une province ecclésiastique, et cette unité opéra si puissamment, qu'elle devint la base du lien national de tous les peuples germaniques. De nos jours, la situation de TÂllemagne a donné un résultat tout opposé. Le démembrement des anciens diocèses, qui furent circonscrits dans les frontières de chaque petit Etat, et Tautorité dont celui-ci était investi en matière civile, mirent les diocèses en contact avec les situations les plus hostiles et les lais^ seront souvent dans un complet abandon. Les derniers siècles avsdent vu disparaître à peu près tous les conciles autrefois si nombreux. Séparé du reste de TÂllemagne par les frontières de son pays, chaque petit diocèse pouvtdt être vexé et persécuté presque à rinsu du reste de T Allemagne. Cette situation, qui était juste le contraire de ce qui existait du temps de saint Boniface, a fait à TEglise un mal incalculable. La période des églises provinciales a été une période malheureuse. Complètement entravées pendant des siècles par des difficultés extérieures, les assemblées ecclésiastiques sont libres désormais, et rien n'empêche plus les évêques d'Allemagne de se réunir pour conférer à loisir de leurs affaires. Déjà, outre de nombreux conciles provinciaux, nous avons vu à Wurzbourg, en 1848, une assemblée considérable qui a produit partout l'effet le plus salutaire. Les évêques d'Allemagne sont libres de
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se réunir comme Font été ces évèques du nord de rAmérique^ et rien ne les empêche de multiplier leurs assemblées en proportion des besoins, poar y débattre leurs intérêts communs dans Funité d'un même esprit. Il est incalculable combien ces réunions fortifieront l'esprit d'unité chez tous les catholiques d'Allemagne ; elles seront autrement efficaces que tout l'appui séculier imaginable.
Un antre moyen de faire éclater la vertu divine de l'Ëglise, c'est la libre nomination à tous les emplois ecclésiastiqueS| depuis le sommet jusqu'à la base. Une nomination est libre à nos yeux quand elle est faite selon l'esprit de l'Eglise et sans aucune entrave extérieure. Rien de plus pur et de plus sublime que les principes de TEglise sur la nomination aux charges sacerdotales. L'Eglise veut qu'elle se fasse constamment en dehors de toute préoccupation égoïste et de tout avantage humain : le bien spirituel des fidèles doit être l'unique mobile. Chaque poste doit être occupé par le plus digne, par celui qui représente le mieux l'esprit de Jésus- Christ et qui est le plus propre à paître le troupeau conformément à cet esprit. Voilà la volonté de Dieu et l'esprit de l'Eglise. Qui est-ce qui pourrait résister à l'Eglise si cette règle était appliquée dans toutes les nominations? L'évêque est à la tête de tous les emplois ecclésiastiques de son diocèse ; or, selon la doctrine de TËglise, l'épiscopat est propre-
meut et véritablement l'état de perfection. Cet état, les ordres religieux y aspirent aussi et en sont un des échelons; mais aux yeux de l'Ëglise, Tépiscopat leur est supérieur même à^ ce point de vue, parce qu'il esty dans la hiérarchie ecclésiastique, un état de perfection institué directement par Jésus-Christ. Or, qui dit perfection dit ressemblance aussi complète que possible avec Jésus-Christ. A côté de Tévèque est le clergé de la cathédrale^ puis les prêtres qui le remplacent dans chaque paroisse. Eh bien, à tous les degrés de la hiérarchie sacrée, c'est toujours le plus digne, le plus vertueux, le meilleur, qui doit être appelé à chaque poste vacant.
On n'imagine pas quel essor prendrait la vie chrétienne tout entière, si cette volonté de l'Eglise était constamment observée. L'histoire ecclésiastique atteste à toutes ses pages l'importance qu'ont dans l'EgUse les ouvriers qui travaillent dans chaque poste particulier, et l'influence que de grands hommes, uniquement parce qu'ils étaient des instruments appropriés à la vertu de Dieu, ont exercée sur leur temps et même sur des siècles entiers. Rien ne nuit plus à la vie de l'Ëglbe qu'un abus quelconque dans les nominations ecclésiastiques, comme aussi rien ne lui donne plus de force qu'une bonne nomination. Qu'on ne dise point que cet idéal ne saurait jamais être parfaitement atteint; cela ne nous dispense point d'y tendre loyalement. C'est
SITUATION DE l'ÉGUSE CÂTHOUQUE. iM
sur cette règle divine que nous serons un jour jugés. Aucune persécution sanglante n*a fait autant de mal à la vie divine de l'Eglise ici-bas que les obstacles que la malice des hommes, leur faiblesse, Tusurpation de prétendus droits ou une mauvaise tradition n'ont cessé de susciter à l'Eglise sous ce rapport. L'esprit aiifichrétien et anticatholique n'a jamais trouvé un terrain plus propice à ses funestes manœuvres. Dans l'ancienne Europe, il s'était développé tout un ensemble de situations légales qui, sans empêcher absolument l'Eglise de promouvoir à ses charges d'une manière conforme à son esprit, lui offrait de grands embarras. Les droits des princes sur les élections épiscopales, ceux des patrons dans le choix des curés, appuyés d'une jurisprudence hostile, avaient été interprétés dans un sens éminemment funeste aux intérêts de Dieu sur la terre. C'est par là seulement que s'expliquent, dans une foule de contrées, de diocèses et de paroisses, tant de fâcheuses situations. Aujourd'hui encore, certains pays en sont à rechercher les moyens de remédier à ce déplorable état de choses ; mais on n'y réussira pas, tant que les postes les plus influents, ceux qui impliquent la charge d'âmes, ne seront pas confiés à des mains qui ne paralyseront pas la divine vertu attachée au ministère ecclésiastique. U est donc du plus haut intérêt d'éliminer tout ce qui rend impossible ou difficile à l'Eglise la tâche
183 l'AIXEMAGNB APBÈB Là GGERBS DE 1866.
de pourvoir à tons les emplois ecclésiastiques, depuis répiscopat jusqu'à la plus humble cure, d'une manière conforme à la volonté de Jésus-Christ.
Sous ce rapport encore, nous avons £ait de grands progrès, et le nouvel ordre de choses a déjà levé plus d'une difficulté. Cependant, il reste encore beaucoup à faire, et nous sommes menacés de graves périls qu'il importe d'éviter. Un de ces périls s'est révélé dans la nomination à plusieurs sièges épiscopaux, notamment en Prusse. La manière dont le gouvernement prussien a usé de son influence, l'interprétation que les journaux officieux ont faite des droits du gouvernement dans cette conjoncture, l'appui que ces exigences excessives ont trouvé chez quelques membres serviles du clergé lui-même, montrent assez de quels dangers l'Eglise est menacée en Prusse sous ce rapport. C'est là un point sur lequel nous ne saurions être trop attentifs; car si le gouvernement parvenait à appliquer les principes qui ont prévalu dans les dernières nominations épiscopales, l'Eglise catholique, dans le nord de l'Allemagne, en recevrait une blessure mortelle. Les égards, les marques d'honneur et de considération que l'Eglise obtiendrait en Prusse, loin d'avoir une influence salutaire sur la vie surnaturelle de l'Eglise, tourneraient à sa ruine, si le gouvernement cherchait là un moyen d'acqnérir sur les nominations épiscopales cette influence dé-
SITUATIOir DE l'éguse CâTHOUQUE. 183
cisive, dans le but de mettre le bâton pastoral aux mains de ses créatures. Ce que nous disons de la Prusse s^applique aussi plus ou moins à d*autres provinces de rAUemagne et concerne également les fonctions si importantes du ministère paroissial. L*état actuel des choses facilite^ à bien des égards, la suppression d'innombrables abus qui s'étaient glissés dans les promotions ecclésiastiques, et permet d*agir à la fois selon Tesprit de TEglise et dans les vrais intérêts du peuple. Â ce point de vue, nous y reconnaissons de nouveau le doigt de Dieu. Il dépend de nous d'utiliser ces circonstances et de détruire tous les abus généraux et particuliers qui existent encore. Ce doit être la tâche des évèques, et tout le peuple chrétien doit leur venir en aide. Dans plusieurs contrées, il conviendrait de soumettre le droit de patronage à une réglementation entièrement nouvelle, aussi bien celui qui est exercé par l'Etat, et dont on a si étrangement abusé en récompensant des créatures serviles du pouvoir et en privant le peuple chrétien de prêtres recommandables, que celui qui est exercé par des parti* culiers, car dans bien des pays, il est étendu et appliqué de façon à paralyser totalement l'autorité épiscopale et la puissance de l'Eglise. Si l'Eglise réussit à recouvrer la liberté de promouvoir à ses propres fonctions, elle trouvera dans la force inhé* renie au ministère pastoral un secours préférable à
lai L'ALLEMAGNE APKÈ8 LA GUERRE DE 1866.
tous les biens ecclésiastiques, à tous les honneurs et à tous les droits qui lui ont été ravis. Il y a des paroisses qui, à raison de cette influence extérieure, ne connaissent plus depuis des années les salutûres effets d'un ministère saintement exercé , et sont condamnées de génération en génération à se passer des heureux fruits qui y sont attachés. On abuse d'un droit historique arbitrairement interprété pour violer les droits imprescriptibles du Christ et du peuple chrétien. Gela est intolérable , c'est une usurpation des biens les plus sacrés.
Un troisième moyen de faire éclater dans TEglise cette vertu divine qui a vaincu le monde , c'est d'accorder la libre existence aux corporations religieuses. Ces corporations sont pour un grand nombre d'âmes des moyens de sainteté éminente, et la sainteté dans une âme est un accroissement de vie pour l'Eglise entière, qui ne forme qu'un seul corps; les congrégations religieuses sont les établissements de la prière, cette arme victorieuse de TEglise. Pendant que le prêtre et le peuple livrent les combats de Jésus-Christ, elles demandent pour eux la victoire. Ce sont les asiles de la science sacrée. Auxiliaires indispensables du ministère des âmes, elles favorisent la sainteté du prêtre et du peuple par leurs exercices spirituels et par leurs missions; elles aident l'Eglise dans Taccomplissement de sa grande œuvre, la pratique de toutes
SITUATION DE l'ÉGLISE CATHOLIQUE. 185
les œuvres nées de Tamour du prochain; elles soignent les malades dans les hôpitaux et dans les réduits de la pauvreté; elles tiennent la place des parents auprès des orphelins, etc.
On peut juger de la vigueur que les corporations religieuses donnent à la vie de TEglise par les attaques que leur livre Kesprit du inonde. Or, dans Tancien ordre de choses, le déploiement de cette sainte milice se heurtait à de sérieuses difficultés ; la liberté de TEglise était souvent entravée ou totalement détruite. L'appui pécuniaire que leur prêtait TEtat servait souvent de prétexte pour les asservir ou les comprimer. A ce point de vue encore nous sommes en mesure de conquérir la liberté. Nous ne devons plus compter, il est vrai, que les congrégations seront reconnues par l'Etat, ni surtout que leurs biens seront protégés ; mais à son tour TEtat ne saurait nous frustrer plus longtemps du droit d'ordonner notre vie comme bon nous semble, et de suivre n'importe quelle règle religieuse, pourvu qu'elle ne contredise pas la loi générale de l'Etat. L'essai tenté aujourd'hui en Allemagne et en Suisse, bien que les principes généraux de la liberté y soient reconnus, pour restreindre la faculté qu'ont les catholiques de suivre la règle religieuse qui plaît à leur volonté et à leur conscience, est une inconséquence; c'est vouloir transporter des idées anciennes dans des situations nouvelles où
186 l'àllemaghe apbès l^ gueuse db 1866.
elles n*ont pins aucane raison d*étre. Celte tactique échouera certainement si noos savons y résister avec Tunion et la fermeté désirables.
Cette restriction de la liberté n*avait de prétexte qu'à Fépoque où l'Etat garantissait aux corporations religieuses leurs droits et leurs privilèges; depuis que ces droits et ces privilèges ont disparu, depub que les corporations religieuses ne les demandent plus même dans les contrées dont il s'agit, depuis que la règle n'est plus pour chacun de ses sujets qu'une a£Eaire de conscience et de libre arbitre, pei*sonne n'a plus le droit d'en empêcher l'observance, de rechercher quelles résolutiojcis nous avons prises dans notre for intérieur, quel genre de vie nous suivons au sein de nos familles. Nous pouvons donc réclamer hardiment la liberté absolue en faveur des corporations religieuses. Ici encore les évêques et le peuple doivent agir de concert pour la conquérir sur les vieux préjugés : cette victoire donnera à la vie religieuse tout entière, à la vertu divine de l'Eglise un élan prodigieux.
Un quatrième moyen de déployer la vertu divine de l'Eglise réside dans la sainteté du prêtre. C'est là une conséquence naturelle de ce qui précède. Pour que les charges ecclésiastiques puissent être exercées selon l'esprit de Jésus-Christ, il faut que l'Eglise ait des prêtres qui soient animés de cet esprit. On amoindrit et Ton exagère tour à tour la
SITUATION DE l'ÊGUSE CATHOLIQUE. 187
puissance du prêtre. Hors de TEglise^ on se fait du prêtre une idée complètement fausse, et ce préjugé est un des grands obstacles qui empêchent de connaître la nature de TEglise. On se figure que le sacerdoce, placé en quelque sorte entre Dieu et le peuple, est un obstacle aux relations immédiates qui doivent exister entre le chrétien et son Sauveur : c'est comme si l'on disait que la main du père qui donne à manger à son enfant, empêche que le corps de cet enfant entre en rapport direct avec le pain qu'on lui offre, ou que le maître empêche par son enseignement que Tàme soit en contact immédiat avec la vérité. Parce que le prêtre catholique appartien à un ordre institué de Dieu pour offrir au peuple le pain de vie par le moyen des sacrements et pour lui enseigner la vérité divine, cela n'empêche pas, évidemment, le commerce immédiat du chrétien avec Jésus-Christ. Quand le prêtre porte et donne au chrétien la sainte Eucharistie, il n'entrave pas l'union du Sauveur avec l'âme fidèle ; or, il en est de même de tous les travaux de son ministère. Le Sauveur, après avoir multiplié le pain, le donna à ses disciples pour être distribué au peuple. Le sacerdoce est là tout entier : c'est une distribution, ou, comme dit l'Apôtre, une dispensation des mystères de Dieu ; ce n'est point une séparation entre le fidèle et le Christ.
On se figure encore que le sacerdoce est investi
188 l'Allemagne après la guerbe de 1866.
d*une autorité doctrinale et d*une puissance illimitées : c*est justement le contraire qui est vrai. Le prédicateur protestant jouit d*une autorité doctrinale et d'une puissance beaucoup plus étendues que le prêtre catholique, car la limite de ses droits dépend tout entière de la manière dont lui même interprète la parole de Dieu ; tandis que le prêtre ne peut enseigner que la doctrine de l'Eglise, il ne peut commander au peuple que ce qui est prescrit dans les dix commandements de Dieu et dans les cinq commandements de l'Eglise. Tout enfant catholique peut, avec son catéchisme, s'assurer exactement de l'étendue des pouvoirs de son pasteur comme docteur et comme pasteur, et ce contrêle a lieu effectivement de la façon la plus complète. Si un prêtre sortait des limites rigoureuses de sa légitime compétence, le peuple catholique s'en apercevrait aussitôt.
D'un autre câté , on amoindrit le sacerdoce catholique. La puissance d'un saint prêtre est beaucoup plus grande qu'on ne se l'imagine ; car elle est victorieuse du monde , irrésistible. Sa puissance ne se mesure point sur retendue de ses attributions : le nombre des vérités de foi et des commandements de Dieu est passablement restreint. C'est dans ses effets que la puissance du prêtre est incommensurable.
Un saint prêtre est investi de la puissance par laquelle le Fils de Dieu a vaincu le monde , il parti-
struATioN DE l'Église catholique. 180
cipe à Tautorité même de Jésus-Christ. Ces pécheurs du lac de Génésareth qui parcouraient le monde enseignant à toute créature la doctrine de Jésus- Christy ces martyrs de la foi qui arboraient triomphalement le drapeau de la croix, dans toutes les parties de la terre, ces grands docteurs et instituteurs de rhumanité, c'étaient de saints prêtres. Le sacerdoce dans un saint prêtre, et le sacerdoce dans un homme qui, pour être irréprochable peut-être aux yeux, du monde, n*en est pas moins un homme ordinaire, c'est au fond le même sacerdoce, mais quelle différence prodigieuse quant à ses résultats dans TËglise et dans l'humanité, dans les progrès qu'il assure au royaume de Dieu I Que de fois la divine semence du christianisuie n'a-t-elle pas été répandue par un saint prêtre dans de vastes contrées de l'univers 1 la vie divine a commencé à germer et à fleurir au loin, elle s'est épanouie dans des régions qui semblaient abandonnées jusque-là à la plus profonde corruption; tandis que la vie d'un prêtre profane n'a pas même laissé de traces dans l'étroite sphère de son action. De là vient qu'en tout temps, même dans les conjonctures les plus difficiles, un saint prêtre est toujours plein d'ardeur et de confiance, assuré qu'il est du triomphe de la croix ; pendant que le prêtre profane, imbu de l'esprit du monde, au lieu d'être animé de l'esprit de Jésus-Christ, désespère et se
190 l'aixemagne après la guerre de 1866.
déconeerte dans les moindres embarras qu'on rencontre journellement dans la lutte contre Tesprit du siède.
Or, s*il fut jamais une époque où la force victorieuse de l'Eglise a dépendu essentiellement de la sainteté des prêtres, ou, ce qui revient au même, de sa ressemblance avec Jésus-Christ, qui a voulu se choisir des instruments semblables à lui afin qu'ils opérassent les mêmes œuvres que lui, c'est assurément l'époque ou nous vivons et en face de l'esprit mondain que nous avons à combattre. Ce n'est point par l'édat ni par la force qui s'empruntent d'une position extérieure que l'esprit antichrétien peut être vaincu de nos jours, c'est par la sainteté du prêtre. Dans plusieurs contrées du nord de l'Allemagne, l'Eglise a été reconnue et traitée fort honorablement, et partout où cela est arrivé, c'est à l'action exercée par de saints prêtres qu'il en faut attribuer la cause. C'est parce qu'il y a eu dans ces diocèses beaucoup de dignes prêtres que FEglise a pu se faire reconnaître. 11 en sera de même dans Tavenir. Notre tâche est d'amener la réconciliation du protestantisme avec l'Eglise; or, ce grand but ne sera pas atteint par des moyens extérieurs, mais par la sainteté du sacerdoce catholique. C'est principalement par la sainteté du prêtre que doivent se résoudre les contrariétés dogmatiques.
On a beaucoup parlé en ces derniers temps de
SITUATION DE l'ÉGLISE CATHOLIQUE. 191
rinstitiition d'un évèché à Berlin. Nons serions infiniment plus heureux d'apprendre qu'on veut y fonder une maison de saints prêtres. L'année dernière^ M, Thiers disait à la chambre qu'il avait connu dans sa vie plusieurs archevêques de Paris; c'étaient tous des hommes d'un grand mérite^ mais tous étaient sujets à un inconvénient très-sensible, c'est que Notre-Dame fût trop rapprochée des Tuileries. Or y Sainte - Hedwige est encore beaucoup plus proche du château royal de Berlin. A Berlin, un évêque de cour qui tiendrait plus à l'étiquette qu'à la sainteté nuirait peut-être plus à l'Eglise que tous les ennemis que TEglise compte en Prusse. Un évêché à Berlin serait à nos yeux une calamité. Nous trouvons un autre danger sérieux dans Taumânerie militaire; nous la tenons pour foncièrement mauvaise dès qu'elle est exempte de la juridiction de l'ordinaire. Les conséquences ne s'en sont point encore révélées en Prusse. C'est dans le corps du clergé diocésain que les excellents aumôniers de l'armée prussienne, dont les travaux ont valu à l'Eglise tant de marques de reconnaissance, avaient puisé leur esprit. Sans doute, l'aumâneri^ indépendante existe déjà en fait, mais elle ne se montre pas encore, dans ses œuvres, comme une institution animée d'un esprit propre. C'est dans l'avenir seulement, et quand l'établissement sera plus ancien, qu'elle manifestera tous ses fruits.
192 L'AIXEliAGNE APRÈS LA GUERRE I^B 1806.
Dieu préserve la Prusse des résultats qu'elle a eus en d'autres pays ! La position de ces aumAniers nous parait singulièrement dangereuse pour la sainteté de l'état sacerdotal^ et pourtant nous sommes convaincu qu'aucune carrière n'exige, pour être efficace, une plus grande sainteté que celle d'un aumânier militaire. Si les aumôniers de l'armée prussienne ont eu plus d'influence que ceux de l'armée autrichienne, c'est à ces causes-là, croyons^ nous, qu'il faut l'attribuer.
Ainsi, dans toutes les positions, l'Eglise a besoin, de nos jours surtout, d'un sacerdoce saint et éprouvé, et nous croyons qu'à cet égard nous avons été bien servis par les événements contemporains. Le danger de voir entrer dans le sacerdoce des hommes sans vocation divine a beaucoup dîoiinué. Partout les établissements destinés à former et à instruire de bons prêtres se sont multipliés à un tel point, que nous sommes obligés d'y reconnaître le doigt de Dieu.
Un autre grand et énergique moyen de favoriser Tesprit de sainteté dans le sacerdoce, c'est la vie des prêtres en commun. Depuis que Jésus-Christ, notre grand Pontife, a vécu et conversé avec ses apâtres, ce genre de vie a acquis une haute importance pour la sanctification du prêtre. Les temps où l'esprit de Jésus-Christ ^'est révélé avec le plus de vigueur dans Tordre sacerdotal sont précisément
. SITUATION DE l'ÉGUSE GàTHOUQCE. 193
ceux où les. prêtres sentaient un attrait irrésistible pour la vie commune. Puissent-ils revenir ces temps où, à commencer par les évéques et leurs chapitres, on verra de nouveau des multitudes de prêtres s'associer pour vivre en commun. Plus que tout autre, ce moyen contribuerait à développer Tesprit de sainteté dans le sacerdoce et à attirer les bénédictions de Dieu sur ses travaux.
Un cinquième et grand moyen de développer la vertu divine dans l'Eglise,- c'est la science, et l'école unie à la science, depuis les plus hauts -sommets jusqu'aux plus bas degrés. En ce qui concerne l'école, l'esprit du temps est encore en opposition flagrante avec les vœux, de TEglise; mais nous avons dit, dans nos remarques sur ce sujet, que cette position ne nous semblait pas tenable. Les principes dont sont imbus les esprits de notre temps n ont pas d'autre source que la théorie de l'absolutisme gouvernemental. Mais si nous marchons véritablement vers un état de liberté, entendu dans le sens de la vraie liberté germanique, il est impossible qu'on refuse au peuple catholique le droit d'avoir, à tous les degrés, des écoles qui répondent pleinement à ses besoins religieux. En attendant, jamais et sous aucun ordre de choses, le christianisme et l'Eglise n'ont plus souffert que dans la situation actuelle des écoles et de l'enseignement, et la plupart de ceux de nos contemporains qui
494 L'ALLBMÂfilVE APBÈS LA GUERRE DE i866«
sont étrangers à la foi ehrétieone, le sont devenus par les écoles. En Allemagne, les hautes et moyennes écoles sont devenues les foyers de Tincrédulité et même d*un grossier matérialisme. Et comme TAUemagne n'a presque plus d*écoles catholiques, il s'ensuit qu'elle n'a presque plus de science catholique. Nous avons un petit nombre de savants dont les travaux sont d'autant plus méritoires qu'ils sont plus isolés; l'influence qu'ils ont acquise prouve combien il serait utile à l'Allemagne d'être appuyée par une science catholique vraiment sérieuse. Malheureusement nous n'avons point de représentants de la science catholique, point de corps catholiques enseignants. Aussi les efforts que l'on tente pour fonder une université catholique sont si bien justifiés par la nature des choses et si nécessaires à la vie de l'Eglise, qu'ils méritent d'être généralement soutenus et finiront certainement par aboutir.
Voilà quelques indicatiqns sur la manière dont l'Eglise s'efforcera sous le nouvel ordre de choses de remplir sa haute mission; voilà comment, malgré les nombreux inconvénients qui naissent pour elle des circonstances présentes, elle y trouvera des éléments favorables au développement de sa vie et de son activité. Il nous est malaisé, tant notre vue est courte, de parler de l'avenir, et nous devons le faire avec une extrême modestie; mais quand il s'agit de l'avenir de l'Eglise, nous savons du moins
SITUATION DE l'ÉGUSE GÂTHOUQUE. 195
ceci : c^est qu*étant bâtie sar le roc^ elle résistera à toutes les attaques^ et qu*après tons les assauts que lui livrera le moude^ elle restera victorieuse du monde. Ce u^est donc point trop présumer de soimême que d'expliquer^ dans ces sentiments de confiance, Tétat actuel des choses, et d'entrevoir à travers toutes les défaites le soleil radieux de la victoire.
L'Eglise a reçu comme gage de sa perpétuelle durée sur la terre une promesse divine déjà réalisée en partie dans une histoire de dix-huit siècles. La monarchie, ni à plus forte raison aucune famille régnante, n*a point reçu de promesse semblable.
Un professeur d'université allemande* résume épi- eu ces termes le développement intrinsèque de l'histoire moderne de TAllemagne : Les princes allemands, en se séparant de TËglise catholique et en aspirant au pouvoir absolu, ont eu pour mission d*abattre la puissance du pape et de Tempereur germanique; par conséquent, l'absolutisme des
1 Gerrinus, Introdueiion à t histoire du 4*»'4mwiéme siéeie. Uipiig, 1S58 (en allemand).
princes qui ont régné dans les derniers siècles^ en tant qu'il était un moyen d'atteindre ce but et de délivrer rÂllemagne de ce double fléau, se légitimait par sa nécessité. Quant à la démocratie, à laquelle on n'avait fait que frayer les voies, sa tâche est d'agir maintenant envers les princes comme les princes avaient agi à l'égard du pape et de l'empereur, et de les remplacer dans le gouvernement. Ainsi, à en croire ce professeur^ le régime démocratique serait le résultat nécessaire du progrès des peuples contemporains; ce serait le régime de Tavenir et du progrès, le ré^me définitif. Les professeurs à qui les ministres des princes ont commis la charge d'instruire le peuple ont fait en sorte que cette opinion ne restât pas isolée, et elle domine aujourd'hui dans une portion considérable du public lettré. Nous ne connaissons aucun autre ouvrage où elle soit exposée aussi complètement, avec autant de franchise et de vérité que dans celui-ci. Nous pouvons donc le considérer comme une profession de foi collective. Plus on essaie, par des motifs de prudence, de dissimuler ces désirs, surtout aux princes qui doivent les réaliser, plus de tels aveux ont de prix à nos yeux et plus il est nécessaire de s'y arrêter pour découvrir le secret de tant de mouvements politiques qui agitent notre époque.
n y acbns cette manière de voir une conséquence que nous ne saurions dissimuler ; elle est compar
rable à une avalanche qui, détachée du sommet d'une montagne, entraine avec elle dans les abîmes tout ce qu'elle rencontre sur son passage. Nous ne saurions dissimuler que les princes qui l'ont adoptée en vue d'affaiblir l'autorité spirituelle et temporelle ont déchaîné un torrent qui dans sa course naturelle ira se heurter contre leur tr6ne et le renversera; nous ne saurions dissimuler enfin que les derniers événements ont rendu beaucoup plus vraisemblable l'accomplissement des prédictions de notre profes* seur. Ces principes, que tous les moyens sont bons pour atteindre un but, que l'injustice devient le droit et que tous les droits historiques doivent se taire quand il s'agit d'appliquer un système politique, ces principes, dont la démocratie a besoin aussi pour exécuter ses plans, ont remporté dans la dernière guerre une victoire immense, et la démocratie ne manquera pas de les invoquer en temps opportun.
Toutefois, il n'est pas vrai que les monarchies disparaîtront aussi aisément que ce professeur le prophétise, ni surtout qu'une constitution démocratique durable et permanente soit pour les peuples la condition d'une haute prospérité politique. L'histoire atteste que les Etats démocratiques sont condamnés à une prompte décadence et à une corruption intérieure plus prompte encore. Il n'existe point de &it historique plus évident qœ celui-ci :
LA MONAIICHIB. 199
c'est qu'entre tontes les formes possibles de gouvernement, la monarchie est de beaucoup la plus fr^ quente, celle qui a le plus de durée, celle enfin qui, comparée non à un idéal arbitraire, mais à la réalité, aux avantages et aux inconvénients des autres formes de gouvernement, offre le plus de garantie pour la félicité des peuples. Si donc nous consultons l'histoire et si ses résultats nous apparaissent comme légitimes et nécessaires, nous devons admettre que la monarchie tempérée est relativement la meilleure forme de constitution. De plus, la monarchie a jeté de profondes racines dans la vie des peuples allemands, et ces racines sont encore vivantes dans le cœur du peuple chrétien, bien qu'elles soient mortes dans le cœur et dans l'intelligence des classes qui ont été élevées selon les principes modernes et surtout dans les hautes écoles de l'Etat. Ajoutons que c'est dans l'histoire d'Allemagne que nous trouvons le modèle de la meilleure constitution monarchique, la monarchie tempérée, qui admet l'autonomie du peuple et qui est le contraire de l'absolutisme. Aussi, quand même les trônes allemands devraient être renversés à la suite de quelque révolution, ce qui n'est point impossible, quand même on devrait faire l'essai du régime démocratique , ce ne serait pas là le point de départ d'un établissement durable, l'aurore de la paix et de la prospérité générale, mais le commencement de luttes
200 l'àllebuonb apbAs la gubbre de 1866.
intérieures iaterminables d*où Bortirait de nouyean la monarchie.
Quelle que soit la marche des éyénemeots, les princes et leurs familles n'en continueront pas moins à exercer une influence considérable sur les destinées de notre patrie, et de là vient que les aptitudes personnelles des souverûns contribueront beaucoup au bien-être des Etats. Si nous recherchons la cause des grands événements accomplis dans les quatre derniers siècles, nous ne la découvrirons pas tout entière tant que nous oublierons la part qui est due aux souverains. Gomme le schisme religieux, la ruine de l'empire germanique est avant tout leur ouvrage. Jamab.la révolution française n*eùt prédominé daaa le monde sans Tappui que les cours ont prêté à la diffusion de ses principes. La révolution a suivi les mêmes principes essentiels qu'avaient adoptés la plupart des souverains européens; seulement, au lieu de les faire servir à des intérêts dynastiques, elle les a appliqués à des intérêts particuliers. Les souverains étaient souvent les premiers représentants, ou du moins les instruments des idées en vogue dans ce qu'elles avaient de plus avancé.
U est difficile de parler des mortels à qui Dieu a imposé un fardeau presque trop pesant pour des forces humaines, sans courir le risque ou de tomber dans l'adulation ou de manquer de respect. Dans le
temps où-toas les princes étaient encore enfants de l'Eglise catholique, on leur annonçait au nom de Dieu la vérité avec la même indépendance qu*au peuple, n n*en est plus ainsi maintenant, et quoiqu'il n*y ait pas d*bomme sur la terre à qui il soit plus nécessaire de rappeler leur devoir et leur responsabilité, il n*en est point qui soit plus dépourvu de ce puissant moyen d'éviter les plus terribles écarts. Depuis que Tunité de la foi a été rompue, les princes ont presque toujours perdu la fermeté de leur^^rincipes et la vraie connaissance de leurs devoirs: Or, tonte hésitation dans les principes, dans le but, dans lés moyens, dans l'appréciation de ce qui est bon ou mauvais au pays, est d'autant plus laneste à la masse entière du peuple, que les souverain» sont plus haut placés et plus influents. Qu'il est difficile de voir clair dans les affaires de ce monde et dans les grands problèmes qui suivissent journellement, de discerner ce qui est salutaire ou nuisible au peuple! Qu'il est difficile de bien connaître les hommes, de choisir les meilleurs, d'éviter les esprits artificieux, menteurs, égoïstes I Qu'il est difficUe, au milieu de toutes les séductions du siècle, de se préserver d'eux, surtout dans un temps où chacun n'obéit qu'à ses propres inspirations, où toutes les voies de l'histoire sont désertées, où le souverain est obligé de prendre des résolutions sur tout un ensemble de faits entièrement
202 l'Allemagne afbès la guerre de 1866.
nouveaux ! Et pourtant, nous le répétons, de quel poids ne sont pas ses décisions, et quels effets heu* reux ou déplorables ne peuvent-elles pas avoir!
Deux vérités nous paraissent donc parfaitement évidentes : la première, c'est que le sort des peuples et des Etats dépendra essentiellement des princes qui les gouverneront; la seconde, c'est que les princes qui n'ont plus ni foi ni crainte de Dieu sont plus exposés que le reste des hommes à perdre le droit chemin et à précipiter les peuples dans l'abîme. C'est dans la foi, et là seulement, que le prince trouvera une sauvegarde contre les dangws de sa position, une solidité de principes inébranlable et ces convictions vraiment princiëres qui le feront combattre, non pour des vues égoïstes, mais pour la vérité et la justice, lui fallùt-il mourir dans le combat. Les princes sans foi et sans crainte de Dieu deviennent le fléau de leurs peuples et le jouet des partis ; ils sont, au témoignage de Dieu luimême, la verge dont le Seigneur châtie les nations.
Peut-être ne sera-t-il pas hors de propos de rapporter quelques-uns des plus importants passages de l'Ecriture, où le Seignear expose les devoirs des souverains, trace le portrait des mauvais princes et dépeint les calamités qu'ils attirent sur leurs sujets.
Le Seigneur, parlant à tous les rois par la bouche d'un seul, leur tient ce langage : « Ecoutez, ô rois, et comprenez; apprenez, juges de la terre; prêtez
ToreiUe, ô vous qui tenez les peuples sous votre empire et vous plaisez à voir la multitude qui vous enviromie! C'est Dieu qui vous a donné la puissance ; votre force vient du Très-Haut ^ qui interrogera vos œuvres et pénétrera le fond de vos pensées. Parce qu'étant les ministres de son royaume, vous n'avez pas bien jugé et n'avez pas marché selon ses volontés, il vous paraîtra bientôt d'une manière terrible : car à ceux qui commandent est réservé le châtiment le plus dur. On aura pitié des petits et des faibles; mais les puissants seront puissamment tourmentés. Car Dieu ne redoute la puissance de personne, parce qu^il a fait les grands et les petits, et qu'il a soin également des uns et des autres. Aimez mes discours et désirez de les entendre,, et vous aurez la science. La sagesse est toujours lumineuse et sa beauté ne se flétrit point. La sagesse se laisse voir facilement à ceux qui Taiment
et se laisse trouver à ceux qui la cherchent Le
secret de cette conduite, c'est l'amour; et l'amour, c'est l'observation de ses lois ; et l'observation des lois, c'est la plénitude de l'immortalité; et l'immortalité a pour conséquent le voisinage de Dieu. C'est ainsi que le désir de la sagesse conduit au royaume éternel. Si donc vous aimez les trônes et les sceptres, ô souverains des peuples, honorez la sagesse, afin que vous soyez éternellement rois^ i»
1 Sagesse, ch. vi.
204 l'allehagne après la guerre de 1866.
Les mauvais princes, au contraire, sont un fléau pour leurs peuples et la verge dont Dieu châtie les nations. Tel est le sort qu*Isaïe prédisait aux Juifs lorsqu'il s'écriait : oc Le dominateur, le Seigneur des armées va ôter de Jérusalem et de Juda le courage et la vigueur, tout ce qui est fort et puissant héros et guerriers, juges et prophètes,
conseillers et sages Je leur donnerai des enfants
pour princes, et des efféminés les domineront. L'homme se lèvera contre l'homme, et l'ami contre l'ami; l'enfant se soulèvera contre le vieillard, et l'inférieur contre le supérieur ^ x> L'Ecclésiaste s'exprime dans le même sens : « Malheur à toi, terre, dont les rob se gouvernent en enfants et mangent dès le matin. Heureuse la terre dont le roi n'a que de grandes pensées, dont les princes mangent dans le temps, pour la nécessité et non pour la délicatesse*. »
Tels sont les avertissements que Dieu adresse aux princes et aux peuples. Ils nous montrent quelle part les souverains ont eue et auront encore à l'avenir dans les succès comme dans les revers des peuples.
* /*., m, 1 et suiv. — * Becle., x, 16.
voyant qu'il pénètre de plus en plus le sens de la parole divine et qu*il y trouve des lumières ton-
â06 L'AIi.£MÀGNE APRÈS IJL GUBRRE DE 1866.
jours nouvelles pour saisir la raison intime des objets qui s'offrent à sa méditation. Il y trouvera aussi un gage de la vérité de sa foi. Une de ces divines paroles qui nous ouvrent Tintelligence de Thistoire humaine se trouve aux premiers feuillets de la Bible, où Dieu explique la chute de nos premiers parents par cette parole du tentateur : « Vous serez semblables à Dieu. » Cette parole révèle à la fois la sublime destination de Thomme et les dons dont Dieu Tavait orné, puis les dangers qu'il allait courir : sa destination sublime, car comment expliquer autrement la tendance de l'homme à s'élever jusqu'à Dieu et à lui ressembler; son péril, car il courait risque de s'élever an-dessus du rang que Dieu lui avait assigné comme créature et enfant de Dieu. Or nos premiers parents ne sont pas les seuls qui aient éprouvé cette tentation; il n'est pas un seul enfant qui lui échappe. Cette parole : « Vous serez semblid>les à Dieu, y> l'esprit du mal l'adresse à tous indistinctement. Pour chacun de nous comme pour nos ancêtres, tout dépend de savoir si nous céderons à cette voix ou si nous lui résisterons.
Mais la portée de cette parole séductrice ne s'arrête pas à l'individu. Les forces que Thomme a reçues de Dieu, la mission qui lui a été imposée, les aptitudes qu^il doit déployer dans toutes les sphères de la vie ne se concentrent pas dans l'horizon de sa vie personnelle : l'homme appartient aussi à l'ho»
cmasT ou aittechrist. WI
manité. hmn d'un même përe^ nous ne formons tous qu'une même société indissoluble. C'est dans cette société seulement que nous trouvons la pleine jouissance des facultés que nous avons reçues de Dieu et que nous réalisons complètement notre des* tinée. C'est là que nos aptitudes bonnes ou mau* vaises éclatent dans toute leur énergie. Sur la tenre^ le royaume de la lumière et le royaume des ténèl>re8 se réalisent sous forme d'association. La révolte de la créature contre son Créateur, que l'esprit du mal suggère à l'bomme quand il l'invite à s'égaler à Dieu y cette révolte ne se termine pas à l'individu, mais elle s'étend à toute la communauté du genre humain. A la tentation que l'individu éprouve de s^élever au-dessus de Dieu, succède pour l'humanité tout entière, avec une sorte de nécessité relative, la tentation de s'élever au-dessus de son auteur. Après la déification de l'homme vieat la déification du genre humain.
A en juger par tous les signes du temps, nous avons le droit de conclure que nous sommes entrés dans cette phase ; et c'est même là la cause réelle de tant de phénomènes contemporains. Cette parole de TËcriture explique donc à la fois l'histoire de l'homme dans le passé et dans le présent.
Or la forme qui s'adapte le mieux à cette glorification de l'humanité, c'est la forme de l'Etat, et c'est là en effet qu'aboutissent de nos jours, comme
208 L'ALLEMAGNE APBÈ8 LA GUERBE DE 1866.
autant de petits ruisseaux ^ les opinions les plus diverses. Le Dieu-Etat, FEtat sans Dieu, l'Etat représentant de Thumanité pure, dont il est la réalisation et la glorification suprême , voilà le trait distinctif de TEtat moderne, et, si je ne me trompe, la tendance des sociétés secrètes ; c*est là que vise la franc-maçonnerie, non point il est vrai dans les loges de cour, lesquelles ne sauraient donner une juste idée de la franc-maçonnerie, et que les autres loges ne tolèrent que pour des raison^ de prudence, mais dans toutes celles où la franc-maçonnerie se révèle telle qu'elle est. ^
Yoilà pourquoi quelques-unes des loges les plus avancées ont supprimé la Bible et Tont remplacée par un livre qui n'a que des feuillets J>lancs avec cette inscription : Dieu I Un tel livre caractérise mieux, à coup sur, l'esprit de cette société qu'une Bible étalée sur une table. H fallait bien en venir là. Saint Paul, prêchant dans l'aréopage, se prq>o^it d'initier les païens à la connaissance du Dieu inconnu qu'ils honoraient, en leur annonçant 1^ doctrine de Jésus-Christ. C'a été depuis la milieu du chrisU^nisme. Dieu, après s'être manifesté en Jésus-Christ, ne devait plus rester inconnu aux hommes. Or, nous assistons à un mouvement tout opposé, et par conséquent essentiellement antichrétien. Ce que le christianisme a fait connaître de Dieu, on veut qu'il redevienne inconnu. Ce livre avec cette unique
CHRIST OU ANTECHRIST. ÎOft
inscription : Dieu! ce livre à feuillets blancs où Tathée lui-même sera libre d'écrire sa théorie du Dieu-humanité, voilà bien le symbole authentique et naturel de la franc-maçonnerie contemporaine. Plus cette tendance vise à obscurcir la notion de Dieu, et plus elle apparaît comme le représentant du pur humanisme. Cette altération préalable de Tidée de Dieu était nécessaire avant que le séducteur osât crier de nouveau à Thomme avec un redoublement de force : Vous serez semblable à Dieul La déification de rhomme telle que Tentend le christianisme puise toute sa mérité et sa force dans la vraie connaissance de Dieu; tandis que la révolte contre Dieu y source de tous les maux et de tous les péchésy n*est possible que par Tobscurcissement de la notion divine. Pour qu'une humanité ose commettre le crime de se diviniser elle-même, il faut d'abord qu'elle ait perdu la notion de Dieu.
Or, la forme de cette dernière idolâtrie de l'humanité, la pire de toutes, ne saurait plus être, comme chez les païens, l'adoration des œuvres de Di«Q, du soleil, de la lune, des astres, mais l'adoration du génie et des œuvres de l'homme. Le Dieu-Elat, voilà Tincamation de cet humanisme. C'est dans le Dieu-Etat que cherche à se réaliser la dernière et suprême révolte que l'homme puisse commettre contre Dieu avant d'être précipité dans l'abîme étemel. Cette forme de l'antichristianisme,
SiO l'aLLEMAGHE APliS tA Gl!EIBS DB 1866.
tel est Tastre nébuleux dont nons parlions naguère, n y a longtemps qu'il s*est révélé dans la théorie de FEtat^ absolu , et il semble même <pi*en ce moment il subit une légère éclipse; mats la marche des événements peut lui rendre tout-à-coop une influence formidable. Daigne le ciel nous en préserver dans un avenir prochain! Si nos craintes se réalisaient, ce serait un signe que nous touchons à ces temps de combats terribles dont parle TEcriture sainte.
Deuxième remarque. Toutes les directions do temps y bonnes et mauvaises, noua poussent vers un point unique, Jésus-Christ, vers une solution unique : Serons-nous avec ou contre Jésus-Christ? Notre avenir, heureux ou malheureux, dépend de ce choix.
C*est à cette solution que la science pousse tous les esprits. Les anciens appelaient la sagesse la mattresse de toutes les sciences, et tous les grands penseurs chrétiens ont été de leur avis. Suivant saint Thomas, la sagesse nous rend capables de pénétrer la raison intime des choses, elle i^gle et ordonne toutes nos autres connaissances, car pour bien connaître et bien juger une chose, il faut en démêler la vraie nature et le but final. Pour lui, la sagesse est cette faculté architectonique qui fait de toutes les sciences particulières un seul édifice scientifique, de même que Farchitecte construit avec des maté-
riaux é^TA un seul et unique temple. La sagesse est donc aussi cette puissance de Tàme qui nous fait voir en Dieu la cause de tous les êtres ^ et dé* couvrir dans les êtres les rapports qu'ils ont avec Dieu. De là vient que le christianisme place parmi les dons spéciaux que nous recevons du Saint- Esprit au moyen des sacrements^ le don de sagesse, qui élève notre faculté naturelle de connaître à une telle hauteur surnaturelle , que nous devenons ca* pables de voir Dieu aussi clairement que le représente le christianisme, de saisir ses rapports avec tout Tordre naturel et surnaturel, de le reconnaître pour le principe et la fin unique de toutes choses. L'Ëcriture elle-même fait l'éloge de la sagesse dans le livre magnifique qui porte ce nom.
Or, il est manifeste que, malgré les progrès extraordinaires de la science, celte faculté de l'âme, cette puissance architectonique qui fait de toutes les connaissances un seul et magnifique édifice où Dieu reçoit les vrais hommages qui lui^sont dus, se détériore à mesure que la science s'éloigne du christianisme. La «onfime des connaissances s'accroît; maistftoutes les sciences sont comme d'immenses blocs de piefre destinés à l'édifice grandiose de nos connaissaoces : ce qui manque, c^est une science architectonique qui sache disposer toutes ces pierres précieuses en une seule construction consacrée à la gloire du Très-Haut. Ce qui manque aux hommes
212 l'allemagnb après la guerre de 1866.
éloignés de Dieu^ c'est cette vue divine qni pénètre, unit et coordonne la création tout entière, cette chaîne mystérieuse qui descend de Dieu et embrasse tous les êtres de la création. C'est en Jésus-Christ seul et dans sa doctrine que nous retrouyerons cette véritable science; nous l'avons perdue depuis que nous avons oublié Dieu, nous la retrouverons en retournant à lui. De toutes les parties de la terre l'esprit humain rassemble les matériaux de cette construction spirituelle qu^il doit entreprendre à la gloire de Dieu. Ces matériaux gisent encore pèleméle comme dans une confusion babylonienne. Oh! quand Dieu suscitera-t-il le génie qui saur^, comme le firent ces grandes intelligences du moyen-ftge avec les connaissances de leur temps, édifier ce temple spirituel I Celui-là seul y réussira qui, à l'exemple de ces saints personnages, aura trouvé les sources de la véritable science dans la. doctrine de Jésus-Christ et dans la croyance de l'Eglise. Toute la science moderne témoigne qu'elle est poussée vers cette solution. Plus longtemps elle dédaignera de se laisser éclairer par la lumière qui est venue dans le monde pour propager la science de la lumière, et plus elle sentira le poids de cette malédiction qui a pesé sur les architectes de Babylone, plus la confusion grandira à mesure que les connaissances s'étendront. L'accumulation des matériaux ne fera qu'augmenter le chaos. La science
ne peut avoir d'autre fondement que celui que Dieu a posé : le Christ Jésus.
Le droit public nous conduit à cette solution. Ce n'est pas seulement dans la Bible, mais encore au plus intime de son être, que l'humanité lit cette parole : Vous êtes tous issus d'un seul couple. Nul système mensonger, nulle passion terrestre n'a pu encore étouffer ce sentiment dans le cœur de l'homme. Toute âme humaine rend témoignage de cette alliance, de cette sainte parenté du genre humain, et c'est ce qui explique pourquoi l'homme comprend si facilement le précepte qui nous commande (l'aimer tous les hommes comme nousmêmes, de les considérer tous comme des frères et de leur faire ce que nous désirons qu'on nous fasse à nous-m^mes; pourquoi l'homme trouve dans son âme toutes les grandes lois morales qui régissent ses relations sociales, lesquelles ne sont en quelque sorte que les formes particulières de ce lien de famille primordial; pourquoi enfin.il trouve dans son propre fond la loi morale qui doit présider à ses relations avec ses semblables : la conscience du devoir, de la justice et de la bienveillance. C'est dans ces principes que réside la vraie notion du droit public, car le droit public n'est en quelque sorte que la confirmation de cette vérité : que les peuples, issus d'une même souche, doivent offrir dans leurs relations mutuelles l'image d'une grande famille.
n repose sur cette conviction indélébile, malgré les combats terribles des peuples entre eux, malgré toute la puissance des passions égoïstes , si contraires à cette alliance fraternelle des nations, que les rapports des peuples sont soumis à une loi supérieure et doivent être réglés sur les maximes de la justice et de Tamour fraternel. Là où cette conscience s'efface, là règne dans le droit public un égolsme grossier avec toutes ses conséquences. Et comme le christianisme possède la' vraie connaissance de Dieu, et avec elle le principe de toutes les forces morales de l'humanité, c'est lui seul aussi qui assure au droit public son véritable progrès.
Ainsi donc, ici encore, nous arrivons au point décisif. Depuis que le droit public a abdiqué les principes du christianisme, nous en sommes réduits au droit du plus fort, dont nous avons eu l'année dernière un exemple si mémorable. Ce ne sont plus alors les lois morales, les sentiments de justice et de bienveillance, ce n'est plus ce principe : Ne faites pas à autrui ce qui vous déplaît pour vous, qui gouvernent les relations des peuples, qui décident de la guerre ou de la paix, qui résolvent les questions d'où dépend la félicité ou le malheur des peuples ; c'est le pur égoïsme, la cupidité, dont les pervers instincts sont à peine déguisés sous la peau de brebis de quelque système doctrinaire. Sur ce chemin nous avons fait d'effroyables progrès, et si
CHBI8T OU ANTECHRIST. 215
nous y persévérons l'Europe et le monde sont menacés .de guerres incessantes; car la cupidité, toujours inassouvie, conduit à des troubles interminables.
Ici encore, le progrès du monde dépend de Jésus- Christ; toute la question est de savoir si la crainte de quelque affreuse calamité nous fera retourner à lui, ou si nous y serons ramenés par quelque nécessité extrême et à la suite d'un de ces combats gigantesques, comme celui que les princes livrèrent à Leipsig. Nul autre fondement ne peut être posé pour le droit public que celui qui existe déjà, le Christ Jésus.
La vie intérieure des Etats conduit également à cette solution. Nous Tavons dit souvent dans le cours de cet écrit : le bien des Etats dépend de la bonté des lois, de la justice, de la fidélité au devoir, de la bienveillance, de l'esprit de sacrifice, du désintéressement de tous ceux qui, depuis le prince jusqu'au dernier fonctionnaire , participent à la puissance publique; il dépend de la justice et de la bienveillance réciproques, du respect des lois, de la fidélité avec laquelle tous ceux qui appartiennent à l'Etat accomplissent leurs devoirs journaliers. L'Etat qui a les meilleurs citoyens est celui qui est susceptible de la plus grande liberté ; là où les hommes ont perdu leur valeur morale, l'absence de liberté est une nécessité malheureuse. Or, ces conditions
216 L'ALLEMAGNE APRÈS LA GUEllBS DE 1866.
nécessaires du vrai bonheur des Etais, ce ne sont point de pures formes qui les produisent; c'est l'esprit et la vie. Mais où trouver cet esprit vivant qui, rend les lois véritablement bonnes, cet esprit qui préserve les souverains des vices auxquels ils sont si exposés par leur position, Torgueil^ la cupidité, toutes les passions enfin qui troublent le Ixmheur des Etats; cet esprit qui rend les juges équitables, les ministres de TEtat bienveillants, désintéressés, dévoués, fidèles; cet esprit d'où naissent pour les représentants du peuple ces vertus qui les préservent des égarements où se précipitent ces hommes qui ne font que séduire le peuple et le trompera; cet esprit qui porte tous les habitants d'un pays à respecter Phonneur et les droits de leurs concitoyens, à se montrer bienveillants les uns envers les autres, à s'entr'aider et à remplir consciencieusement leurs devoirs journaliers? Où trouver enfin cet esprit, ces grandes forces morales qui protègent contre les vices d'où résulte la perte des Etats tous ceux qui, du haut en bas, concourent au bien réel de la chose publique, cet esprit qui leur donne à tous les vertus morales d'où dépend le bonheur des nations?
* On est surpris qaand os voit toutes les qualités morales que Tantiquité exigeait de l'orateur populaire. Quand un homme voulait parler au peuple et au nom du peuple, on exigeait rigoorensemeut quMl se montrât tout-à-fait digne de cette haute mi»sion, qu'il évitAt avec soin tout excès de parole^ et qu'auparavant il eût bien pesé^ pour le fond comme pour la forme, chaque
CHRIST OU AMISGHIUST. ^i1
fl fant être firappé d'un aveuglement complet (cet aTeuglement est du reste un des obstacles du bonheur des Etats) pour ne pas voir que ce ne sont point des débats, des luttes constitutionnelles interminables, des systèmes doctrinaires, des phrases diffuses et vaporeuses comme on ne cesse d'en trouver dans les journaux et les discussions des chambres, qui peuvent nous procurer ces biens, mais des forces morales et intellectuelles. Aussi le bonheur des Etats dépend-il essentiellement et avant tout de la religion. La vie de l'Etat, avec
mot qu'if prononçait, chaque proposition qu'il émettait. Celui qui était appelé à délibérer sur les lois devait prouver d'abord qu'il les respectait, et celui qui traitait des affaires de l'Etat ne devait pas oublier les graves périls qu'il pouvait susciter par des propositions irréfléchies et inconsidérées. Au temps où l'éloquence politique était le plus florissante à Athènes, les rhéteurs qui parlaient dans les assemblées populaires étaient soumis à des lois d'une rigueur extrême. Les orateurs récalcitrants étaient punis par de lourdes amendes, et quand ils injuriaient les fonctionnaires de l'Etat, notamment les archontes, ils perdaient leurs droits de citoyens. Celui qui , dans un discours public , avait excité le peuple à des actes illicites, ou qui avait cherché à le gagner à ses projets par des promesses restées inaccomplies, était puni de mort comme séducteur du peuple ; avant chaque asseinblée populaire un hérault déclarait maudit quiconque tromperait l'Etat par ses discours {Le procès Twesten, pag. 11^ par Seitz, conseiller secr.). Il en était de même chez les Romains, comme le prouve M. Seitz. C'est juste le contraire que nous voyons dans la plupart des Etats modernes. Ce que les Grecs maudissaient, l'art de tromper le peuple par des discours^ et sans doute aussi par la presse, passe souvent chez nous pour le comble de la liberté.
toutes les institutions qai s*7 rapportent, avec tons les hommes appelés à la direction des affaires, est une yie essentiellement morale, et, qui plus est, une vie essentiellement religieuse, car les bases de la morale ne se trouvent qu'en Dieu. De là vient que la vie parfaite d'un Etat n'est possible que par le christianisme, parce que lui seul possède la vraie connaissance de Dieu et qu'il contient seul les éléments nécessaires de la vie morale. Ce caractère religieux et moral de l'Etat est complètement méconnu par l'Etat moderne, par toutes les théories politiques modernes. On n'envisage l'Etat que sous sa face extérieure ou au point de vue des intérêts de partis, lequel est précisément le point de vue le plus antipathique à la nature morale et sociale de l'Etat; on ne l'envisage que sous le côté qui favorise les intérêts égoïstes, qu'il s'agisse des intérêts d'une famille régnante, des intérêts d'une corporation, des intérêts du capitaliste ou des intérêts de l'ouvrier. De là sont venues, dans la vie des Etats, toutes ces catastrophes intérieures que nous avons sous les yeux, et qui nous invitent à décider si nous embrasserons, volontairement ou malgré nous, la voie salutaire par laquelle la divine Providence veut nous conduire, la libre connai3sance de la Vérité, ou si nous suivrons la voie qui aboutit aux désastres et aux calamités, et qui sera en même temps, dans les desseins d'en haut, la voie par
laquelle Dieu veut nous punir et nous châtier. Ici encore^ le cours rapide des mauvaises tendances nous conduit au bord de rabime, à ce point décisif où il importe de prendre une résolution ; ici encore, on ne saurait poser pour l'Etat et pour la vie de l'Etat d'autre fondement que celui que Dieu a posé, |^ le Christ Jésus. i
Cette résolution nous est également commandée par une question sociale pleine de gravité, la question des ouvriers. Tous les efforts économiques qui n'ont pmnt la religion et la morale pour foudement ne font qu'accroître Tabime qui sépare le capital du travail, le riche du pauvre, et conduire cette masse prodigieuse d'hommes qui ne vivent que de leur travail vers un état où ils manqueront des moyens de subsistance les plus indispensables, état qui en soi n'est pas seulement une barbarie, mais qui doit nécessairement aboutir à ces luttes sociales e&ayantes entre la pauvreté et la richesse que nous rencontrons dans les Etats de l'ancien monde au temps de leur dissolution.
Nous résumons dans les ligues suivantes les résultats de cette économie moderne et des théories funestes qui lui ont donné naissance :
D'un côté, accumulation du capital ; de l'autre, augmentation proportionnelle de la classe ouvrière, dont le travail est Tunique ressource;
La part du bénéfice qui résulte du concours du
220 l'allebcàgne après la guerre de 1866.
capital y de ripdustrie et da travail ^ rédaite pour roavrier aux seuls besoins de son existence ;
Fixation du salaire uniquement selon le prix journalier du marché^ d'après roflSre et la demande, comme s*il s'agissait de n'importe quelle marchandise, avec cette différence que lorsqu'il j a surabondance de marchandises, on peut attendre des temps meilleurs, tandis que l'ouvrier est forcé, à moins de mourir de £aim, de livrer journellement sa marchandise, c'est-à-dire son travail, à tout prix, quelle que soit l'abondance des travaux et la pénurie des demandes; de là cette tendance à admettre des conditions de plus en plus basses, dès qu'il y a stagnation dans le commerce et les affaires; de là enfin la réduction du salaire au-dessous des plus nécessaires besoins de la vie, ce qui n'est autre chose que la mort à petit feu.
A cette continuelle subordination du salaire à l'état journalier du marché, correspond l'incertitude quotidienne de toute l'existence matérielle des ouvriers et de leur famille ; il ne se passe pas de jour où chacun de ses membres n'en fasse la douloureuse expérience quand il s'agit de satisfedre à ses besoins. Quand les circonstances s'améliorent un peu, l'ouvrier cède aisément à la tentation de s'accorder au delà du nécessaire, ce qui rend les privations plus pénibles encore dans les temps moins favorables. 11 résulte d'un rapport officiel
présenté au parlement anglais a sur les moyens de sobsistance des classes ouvrières les plus pauvres de TAngleterre, » que ces classes manquent d'environ un quart de ce qui est considéré comme le minimum indispensable pour se soutenir. Ce rapport cite plusieurs comtés, non point de l'Irlande, mais de TÂngleterre, où la moitié de la population est privée de la nourriture indispensable à sa santé et à la conservation de ses forces vitales.
Telle est, dès maintenant, la conséquence des doctrines économiques modernes dans les pays où elles sont depuis longtemps en vogue ; et cette con* séquence se produira dans tous les pays où ces doctrines auront longtemps dominé.
De là sont venues, par une suite inévitable, ces situations diverses que nous résumerons par ce mot : Excès de population, soit qu'il &ille attribuer cette augmentation rapide à une aisance momentanée de la classe ouvrière, soit que, ce qui est plus fréquent, les ouvriers niaient plus été en mesure, avec l'abaissement du salaire, de se procurer à eux et à leurs familles les vivres nécessaires, quoique les vivres ne fissent pas défaut. - Voilà, en ce qui concerne la subsistance de la grande majorité des ouvriers, l'inévitable résultat des principes de l'économie libérale ; et quand on réfléchit que sur cent individus il y en a peut-être quatre-vingts qui appartiennent à cette classe, il
222 l'allemagnb après là guerre de 1866.
est impossible de méconnattre la gravité des situations sociales où nous marchons.
Et ces conséquences, si fâcheuses qu'elles soient, les théories de l'économie moderne sont incapables de trouver les moyens d'y remédier. Il n'est point de question sur laquelle on ait autant parlé et écrit, et la seule conclusion qu'on puisse tirer de tous ces débats, c'est que les tendances actuelles, qui méconnaissent les bases religieuses et morales sur lesquelles reposent les affaires humaines, sont complètement impuissantes à arrêter un mal qui ne fait qu'empirer; les remèdes qu'on préconise sont tellement immoraux et cruels qu'il n'en devrait plus être question que dans une société païenne.
Montrons i>ar deux exemples à quelles extrémités affreuses nous sommes arrivés sur ce point.
Voici à quoi se résument les moyens que les partisans du système de Malthus proposent contre l'excès de population : la population tend à augmenter en progression géométrique, et les moyens de subsistance ne peuvent augmenter qu'en proportion arithmétique; comme la population précède l'accroissement des vivres , il en résulte nécessairement un déficit, un malaise, qui entraîne directement ou indirectement la ruine d'une partie de la population. Un être né dans un pays trop peuplé n*a point de droit naturel aux moyens de vivre. Un système d'assistance universelle est un mal, car
il né fait que favoriser Vaccroissement de la population, et engendrer par conséquent une détresse nouvelle. Le seul moyen de soulager la misère générale est d'empêcher l'accroissement exagéré de la population. C'est au gouvernement à y pourvoir par des lois et des mesures de police; pour le reste, il faut autant que possible abandonner la pauvreté à elle-même.
L'économie irréligieuse et antichrétienne en est venue à ce point d'oser formuler publiquement des principes si révoltants. S'il y a excès de population, ail faut sacrifier une partie du genre humain; » c'est là une nécessité naturelle, à quoi bon s'en inquiéter? <i Un enfant né dans un pays surchargé n'a point de droit naturel aux moyens de subsistance; — l'Etat doit empêcher par des lois et par la police l'accroissement de la population ; — il faut abandonner la pauvreté à elle-même. » C'est avec de tels principes qu'on fsdt de l'homme un sauvage; et pourtant ils sont largement répandus. Le langage seul de ces économistes est un outrage au sentiment chrétien; ils parlent de l'ouvrier comme on parlerait d'une chose vénale, d'une marchandise.
Un autre représentant fameux de l'économie moderne, Stuart Mill, établit le système suivant : Tout être humain a un droit naturel d'être entretenu par son auteur jusqu'à ce qu'il puisse se suf-
â24 L'ALLEMAGNE APRÈS LA GUERRE DE 1866.
fire. Engendrer un être qu'on ne peut ou ne veut pas entretenir est un crime. Sans doute la société doit assister ses membres souffrants, mais elle peut exiger que ceux qui sont nourris par des ressources publiques s'abstiennent du mariage. Le seul moyen de détruire la misère sociale consiste à propager partout l'usage d'une modération raisonnable et volontaire par rapport au nombre des enfants à engendrer. Le gouvernement a le droit d*y concourir par des lois. On ne peut rien améliorer tant que les familles pauvres qui engendrent ne seront pas considérées au même point de vue que l'ivresse ou tout autre désordre physique'.
Yoilà) nous le répétons, jusqu'où en est venue l'économie antireligieuse et antichrétienne : à oser enseigner publiquement de pareils crimes.
Yoilà les principes qu'un président, M. de Eirchmann, ne rougissait pas de développer l'année dernière, à Berhn, dans une réunion d'ouvriers, et de recommander comme salutaires*. Ne soyons pas surpris que l'Angleterre en soit arrivée, par
> Opinions de /. S. Mili sur la question sociale, par Lange , Duiabourg, 1866.
* Voici le conseil qu'il donnait aux ouvriers à la fin de son discours sur le communisme dans la nature : u Veillez à ce qu'il n'y ait pas d'eicédant dans la population, cela accroîtrait à la fois le capital et la demande d'ouvriers. Deux enfants suflOsent largement à un ouvrier; pour éviter d'en avoir davantage, il faut qu'il sache se vaincre, sans réprimer complètement l'instinct de la nalnre. » (V. Social-Démocrate, 6 févr. 1866.)
CHRIST OU Am'ECHRIST. 225
suite de ces doctrines, à pratiquer Tinfanticide dans une mesure qui rappelle les mœurs de la Chine'.
* Infanticide. -— C'est là une rubrique permanente dans les journaux de Londres, écrivait il y a un an un correspondant de la Nouvelle Presse libre. Un des chefs de Tinspection mortuaire affirmait dernièrement qu*on tuait annuellement 10,000 enfants à Londres. Les assassines d*eufants sont traitées par les tribunaux avec une douceur extrême. Il y a près d*un an qu'on découvrit sur les tours de plusieurs églises de Londres et dans d'autres recoins, une multitude de cadavres d'enJbnts, dont la présence accusait un état social déplorable. Il y eut d'abord une sensation assez prononcée, car on se figurait à chaque instant apercevoir au fond du moindre trou le ricanement affreux de quelque cadavre. Cependant la chose fut bientôt oubliée. Aujourd'hui l'attention du public a été de nouveau éveillée par une découverte faite dans l'ouest de l'Angleterre, où l'on a trouvé des vieilles femmes qui font métier d'infanticide. Une de ces sorcières se chargeait, ainsi qu'il a été prouvé en justice, de tordre le cou à ces innocentes créatures pour la somme de 5 livres sterlings, et, dans l'occasion, de 2 livres seulement. U y eut même un jour où elle se montra fort accommodante, elle fit cela par amitié..... pour sa sœur.
Dans le « rapport officiel de Nofil » pour 1865^ publié par le docteur Lancastre'^ il est dit : « L'iniiuiticide a pris à Londres des proportions si effrayantes que je n'hésite point à soutenir qu'entre trente personnes du sexe féminin que nous rencontrons par hasard, il se trouve une assassine, c'est-à-dire qu'il existe à Londres 12,000 femmes à qui ce crime est imputable. Dans mes inspections mortuaires, je tombe invariablement sur des enfants morts qu'on a jetés dans les jardins, abandonnés dans les parcs, cachés dans des cours. Les époux eux-mêmes sont souvent coupables de cet attentat. C'est surtout dans le temps de Noël que la plupart de ces mystérieux paquets enveloppés dans des chiffons ou dans le Times, sont relevés par la police. Toutefois ce n'est pas à Londres seulement que ce crime contre nature a pris de telles dimensions. » Cela est affreux à lire, mais c'est la vérité. ^ « Les gémissements de jeunes nourrissons qui ne
C*est ainsi qne dans des oavrages sdentifiqaes, aussi bien qu'à la tribune, on ne craint plus de recommander le crime hideux de la débauche pour empêcher la procréation des enfants^ et de préconiser Tinfanticide comme un remède à la détresse des familles ouvrières. Débauche et infanticide, voilà le plus bas degré où était descendu le paganisme dans sa plus extrême corruption.
Le christianisme nous avait apporté le magnifique idéal de la famille honnête et morale, de la famille où, comme dit TApôtre, le Ut nuptial demeure inviolable : parole qui renferme à elle seule tout un océan de prospérités pour le genre humain; et le peu de temps qui s'est écoulé depuis que nous avons abdiqué le christianisme a suffi pour nous rejeter dans les horreurs du paganisme. Dans les familles chrétiennes, même pauvres, les enfants, avec leurs âmes créées à l'image de Dieu, sont la meilleure bénédiction du ciel, la source des plus pures joies de la vie, et un père chrétien n*a point de plus douce consolation au lit de la mort que de pouvoir bénir ses enfants vertueux. Dans les familles chré-
doivent pas vivre, écrit un autre journal, retentissent partout au milieu du bruit des affaires. » En i864, cette horrible récolte 8*éleYait à 8,050, Suivant Pashley {Paupérisme, p. 138), il y a toute raison de craindre que par suite de la démoralisation et de la misère des classes pauvres, Tinfanticide ne soit devenu un mal universel. (Voir d'autres renseignements dans Gh. Périn, de la AicAtfM»,t. U,p. 128.)
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tiennes, le mariage est nn état auguste, saint et moral; une chasteté sublime, et dont Dieu seul est témoin, y protège les jours de l'enfant dès le premier instant de sa vie. H en est encore ainsi partout où les consciences sont formées par le cliristianisme. Tous ces biens-là, l'économie moderne les ignore. En favorisant Tégolsme du capital dans ce qu'il a de plus sordide, en accumulant Targent dans un petit nombre de mains, elle pousse au désespoir l'ouvrier condamné à lutter avec ses seuls bras contre cette concurrence de l'argent, et ne lui laisse d'autres ressources que les conseils de la barbarie et de l'immoralité la plus dégradante : le meurtre des enfants ce qui n'ont pas le droit de vivre, » ou la débauche « pour les empêcher de naître. r>
Cette impuissance de l'économie libérale pour remédier aux maux de la classe ouvrière éclate également dans les efforts du socialisme démocratique, avec cette seule différence que la détresse des ouvriers trouve chez lui plus de sympathie et de franchise. Pour le reste, ce ne sont de part et d'autre que des expériences doctrinaires, des applications de systèmes inutiles à la classe ouvrière. Nous sommes donc autorisé à soutenir, d'une part, que les difficultés sociales provoquées par la situation de la classe ouvrière augmentent d'une manière effrayante, et, d'autre part, que toutes les théories de l'économie moderne sont radicalement incapables
2% l'allebiagne après la guerre de 1866.
d'y remédier. Celai qui a rompu le lien religieux et moral qui unissait les hommes entre eux n'a plus aucun moyen pour combler Tabime qui sépare le riche du pauvre : il n'y a plus que le combat entre la vie et la mort.
Ainsi, dans toutes les sphères de la vie où Dieu a voulu que l'homme déployât son activité, le monde approche de la solution ; et cette solution réside en Jésus-Christ, dans sa doctrine et dans la morale chrétienne.
Dans la science comme dans le droit public, dans la vie politique comme dans la vie sociale, partout l'homme est en îace des obligations que Dieu lui a imposées. S'il les remplit en Jésus-Christ et par Jésus-Christ, il trouvera le progrès, la perfection et la vraie félicité ; Dieu sera honoré dans l'humanité, et l'humanité réalisera sa destinée suprême. S'il veut les remplir en dehors du Christ et de sa loi, il rencontrera la corruption, la décadence, la mort, la révolte de tous contre tous et la malédiction de Dieu.
n n'y a point d'autre fondement que celui qui a été posé, le Christ Jésus.
Christ ou antechrist, — voilà la solution.