PURCHASED APR]L
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NAIIVAflD COOEOC UBRARV
FROM THE LISKAfiy OF
MIITC ALFRED BOULAY DE LA MEURTHË
APRIU 1927
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Nous avions exprimé quelques-uns de nos vœux sur cette question ; nous l'avions fait do bien bonne foi et avec toute modération , |)our le fond comme pour la forme. Ce que nous aurions pu réclamer comme un droit, nous le demandions comme une grâce, et encore nous n'en demandions qu'une partie, parce que des hommes émînents nous avaient représenté que, dans l'état présent des esprits, on ne pouvait ariîver que par degrés à la liberté véritable et complète de l'enseignement. Cependant on a trouvé nos premières demandes excessives , et on les a qualifiées plus que sévèrement. Nous étions bien sûr qu'elles n'avaient vîen de contraire ni au droit naturel, ni au droit divin. Mais n'avaîent-elleâ rien d'opposé à notre droit public? n'offensaient-elles pas notre pacte social, la charte constitutionnelle de 1830, ou bien n'offraient^Ues pas quelque chose d'incompatible avec l'état an^tuel de la société?
On èït qu'à l'occasion de la liberté d'envignement, il y a guerre entre l'épiscopat et l'uni-' versite; cela peut être, màiB ce n'est qu'un ré-' sultat de la question , ce n'est pas la question elle-même. La guerre existe entre le droit et l'usurpation. Il est bien yrai que l'épiscopat est du côté du droit et qu'il combat pour lui , mais il combat avec les amis de l'ordre et de la justice ; il combat pour la France autant que pour l'Ëglise , pour la famille aussi bien que pour la conscience, pour la Charte constitutionnelle en même temps que pour rÉvangile.
Aussi, qu'on le remarque bien, c'est unique<* ment une question de droit que nous allons traiter et non point la question du fait accompli ; c'est-à-dire que ce qui nous occupe , c'est la loi qui doit être discutée bientôt * et non pas précisément la position que le gouvernement nous a conservée jusqu'ici. Nous serons, sans doute , forcé de toucher h cette position , mais ce sera pour l'examiner en elle-même , et non pour jeter le blâme sur le pouvoir qui Ta main« tenue. Nous signalerons le passé, afin d'édairer
< Dans nos convictions , la loi du ^8 juin iB33, sur Tinstruclion primaire ne peut être c[ue provisoire, puisqu'elle est établie tout entière sur le système du monopole. D'ailleurs ceux môme qui sont charges de la faire exécuter, en ont déjà compris les graves iûconvénienls.
ravenir; mm nous ne nous ditrgeiroiià pudb le juger» Nous pensons qu'il faut faire la ptvt des difficultés iunombrables qui se reucontrest à la suite des révolulious et qui commandent quelquefois l'ajournement des mesui^es les plus désirables. Le gouYernement actuel n'a pas créé l'université : il l'a reçue y et peut-*ètre ne pou-* vait«il pas d'abord se dispenser de la recevoir y telle qu'elle se trouvait alors , malgré tout ce qu'elle offrait d'antipathique au nouvel état de choses. Maintenant il lui est réservé de la mettre tout-à-fait en harmonie avec nos institutions y ce qui , selon nous y ne peut se faire que par la liberté absolue de l'enseignement ^ Nos assertions paraîtront peut-être d'abord étranges et hardies ; nous demandons en grâce qu'on veuille bien ne pas se prononcer sur leur valeur avant de nous avoir lu jusqu'au bout. On a tant abusé en France de la liberté^ que les gens de bien sont excusables de la redouter à l'excès. Oui , sans doute, la liberté a ses dangers; mais quand elle a passé dans les mœurs, quand elle est écrite dans les lois, quand elle est devenue un besoin
* Nous ne parlons pas dans cet écrit des Facultés spéciales qui, évidemment, doivent être soumises à des conditions particulières. La liberté est promise à renseignement , mais non à Texcrcice de la médecine, du droit , etc.
puUio^ le plus grand danger pour un gouTeme* n^nt, c'est de vouloir la com{»*imer au lieu de la mettre dans ses intérêts*
Au reste^ nous ne voulons détruira rien de ce qui existe. L'université peut garder toute sa hiérarchie, toute son organisation, ses comités, ses inspecteurs, ses examens, ses gradés ; seule* ment nous demandons, qu'à côté de cette société savante, puissante et riche, il soit permis à chacun d'élever des maisons d'éducation pour lesrquelles l'état ne ferait aucun sacrifice et sur lesquelles il aurait seulement un droit de surveillance ^
Nous nous adressons aux hommes sérieux, et nous les prions de nous réfuter, si nous ne sommes pas dans le vrai. Nous ne tiendrons pas compte des autres attaques* Nous nous présentons avec les armes de la logique, et nous prétendons combattre pour l'intérêt de la société toute entière. Sur ce terrain , Dieu aidant , les sarcasmes ne nous atteindront pas, les menaces surtout ne nous intimideront pas.
*■ M. Guîzot a dit : « 11 appartient à l'Etat d'offrir Té- « ducation dans les établissements publics à ceux qui vou- « droDt la recevoir, et de la surveiller dans les établisse- « meuts où elle est l'objet de spéculations particulières.» Nous ferons seulement observer à l'illustre écrivain que, grâces à Dieu, toutes les maisons particulières d'éducation de ce genre ne sont pas des objets de spéculation.
Nous entendons par la libet^lé d'enseignement le droit acquis à tout Français de se faii*e instruire par qui bon lui semlJe , et i*éciproquement le droit pour tout Français de commun!-* quer aux autres Finstruclion qu'il a ou qu'il prétend avoir , sauf la répression des lois , si Ton abuse de son droit. Ainsi nous comprenons la liberté de renseignement dans le sens le plus naturel et par cela même dans sa plus ku*ge acception ^ Nous en mesurons, autant qu'il c-it en nous, toutes les conséquences bonnes et mauvaises et nous disons avec une conviction profonde, que, dans l'ordre actuel des choses, cette liberté d'enseignement est une nécessité.
Pour que la liberté d'enseignement soit une nécessité parmi nous , il suffit qu'elle soit un droit.
Sous une monarchie absolue un droit n'est pas toujours en fait une nécessité , parce que
* C'est ainsi qu'elle est comprise en Belgique. Cest donc dans ce sens que ia demande M^^ le cardtnal-archeTÔ(]ne de Ljon, aussi bien que tous ceux qui réclament là liberté d'enseignement sans rien dire qui m treîf;ne leur pen«^.
— laie pouvoir discrétionnaire peut , par une décision sans appela en interdire Fexercice; mais dans une monarchie constitutionnelle qui proclame en tête de sa loi fondamentale que les Français sont égaux devant la loi, un droit et surtout un droit public et général établit tellement une nécessité, qu'en le méconnaissant, en Tentravant, on ébranle les bases de la constitution et on compromet l'avenir de la société.
Il ne s'agit donc pas de se demander de combien d'individus se compose le corps de l'université qui jusqu'à ce jour a monopolisé l'instruction , ni quels sont ses appuis et ses protecteurs. Il s'agit de savoir si cette instî tution, telle qu'elle se comporte aujourd'hui, est selon la loi ou contre la loi.
Quand elle ne serait contraire qu'aux droits certains du très-petit nombre, ces droits certains devraient l'emporter sûr elle ou bien la charte serait un mensonge. Or il nous semble trèsfacile de faire voir que l'organisation actuelle de Funiversité est formellement contraire aux droits de tous, même aux droits de ceux qui en font partie. L'université peut bien procurer à ces derniers une position qui les flatte, mais il n'en est pas moins vrai que , du jour où ils voudraient pour eux-mêmes ou pour leurs enfants, s'affranchir de son joug (et nous connaissons d'anciens universitaires qui en sont là), ils
sentiraient qu'ils ne sont pas libres. Ce ne sont donc pas des exceptions ni des privilèges , ce sont les droits de tous que nous allons établir»
La liberté de renseignement est un droit pour tous , parce que la charte constitutionnelle de 1830 Ta promise et consacrée \
« Art. 69. Il sera pourvu successivement par « des lois séparées, et dans le plus court délai « possible, aux objets qui suivent... 8* l'instrucc< lion publique et la liberté d'enseignement. » Une promesse aussi positive de la part d'une des parties contractantes établit un droit en faveur de Tautre partie : personne ne le conteste. Donc tous ceux qui sont appelés h concourir à la formation des lois, quand ils font serment d'obéissance à la charte , contractent Tobligation la plus sacrée de satisfaire à cette promesse dans le plus court délai possible.
Mais en quoi consiste cette promesse? Le
* Si Ton repousse nos conclusions comme exorbitantes, aloi^s il faut prouver qu'elles sont mal déduites. Si elles étaient légitimes , et que cependant on n'en voulût pas, alors il faudrait, pour ne pas être inconséquent, nous donner une autre constitution, ce que sans doute on n'est pat tenté de faire ; si donc on maintient la cbarte^ il nous la £iutavec toutes ses conséquences naturelles et nécessairea*
voici selon nous : Elle consiste à régler VimlruC' tion publique de manière à donner la liberté 4' enseignement y c'est-à-dire qu'on aura satisfait à cette promesse, quand on aura combiné les encouragements et les faveurs , les répressions et les peines avec la liberté donnée à tous d'enseigner, sous leur responsabilité personnelle, et sauf les peines de droit contre ceux qui auront fait mauvais usage de leur liberté.
La charte ne suppose ici aucune mesure ni préventive ni impérieusement directive. La liberté est chose indivisible ; elle est ou elle n'est pas. Une censure quelle qu'elle soit, serait incompatible avec la liberté de la presse ^.
Un examen préalable quel qu'il soit, quand il est obligatoire, est essentiellement offensif de la liberté d'enseignem^it '. Donc de quelque manière que soit conçue la loi sur l'instruction
^ Des hommes estimables regrettent la censure; noua navons point ici à discuter leur opinion : elle a de fortes raisons en sa faveur. Nous disons seulement que la liberté de la presse l'exclut nécessairement. Nous faisons des déductions et non des théories.
3 Les brevets et les gi*ades universitaires ne sont pas détruits par la liberté d'enseignement. Us demeurent même obligatoii'es pour ceux qui font partie de FUniversité ou qui veulent enti^er dans certaines carrières spé^ claies , mais ils deviennent seulement facultatifs pour tes auU^es qm ue font qu*eu«figner« Ces brevets et ces grades
publique^ia liberté d'enseigner et de se faire enseigner doit rester entière. Donc l'article fonda* mental devra, comme en Belgique, se résumer en ces paroles : renseignement est libre; toute mesure préventive est interdite; la répression des délits n'est réglée que par la loi.
Que l'on ne dise pas que cette interprétation est arbitraire, car elle est littérale et exclusive de toute autre. Si le législateur eût voulu réglementer l'instruction publique tout-a-fait à son gré, il n'eût pas ajouté ces mots, qui évidemment n'y ont été mis que pour limiter les droits du pouvoir : Liberté d'enseignement. Mais il les a ajoutés , parce qu'il savait bien que la France le voulait ainsi, et comme pour lui dire : quels que soient les règlements à intervenir sur /'mstruction publique , vous aurez la liberté d'enseignement.
N'est-ce pas ainsi et uniquement ainsi que s'expliquent les autres numéros du même ai*ticle? par exemple :
V L'application du jury a/ux délilsde lapresse. N'est-ce pas à dire : de quelque manière que
&<^ront tonjoui's pour ces derniers , des titres à la confiance publique, et nul doute que beaucoup d'entre eux ne s'efforcent de les obtenir ^ si surtout le jury d'examen est composé dQ manière à ofFiir des garanties d'impartialité*
soient conçues les lois pour la répression des délits de la presse, le jury y sera toujours appliqué.
2° La respomabilité des ministres et des autres agents du pouvoir. N'est-ce pas à dire : quelles que soient les personnes considérées comme agents du pouvoir etc. ; les ministres du roi, en ce qui les concerne, seront toujours responsables.
Qu'on lise attentivement tous les numéros qui suivent et on verra que dans chacun d'eux il y a au moins un mot d'un sens absolu qui renferme l'intention bien arrêtée du législateur, et il est évident que dans le n° 8 , ce mot est : Liberté d^ enseignement.
D'ailleurs dans toute loi les articles doivent s'expliquer et se compléter les uns par les autres. Or, sans l'interprétation que nous don* nons à l'article 69, comment expliquer les ar** ticles 7 et 8 de la même charte.
c( Art. 7. Les Français ont le droit de publier <( et de faire imprimer leurs opinions en se « conformant aux lois. »
Tout le monde convient qu'il ne s'agit ici de lois ni restrictives, ni préventives \ surtout en
^ La loi du i8 Juillet 182S , confirmée par celleâ du ii décembre i83o et du 8 avril i83i, porte : Art. i*' «Tout « Français majeur jouîssant des droits civils, pourra^ « sans autorisatioD préalablei publier un journal ou écrit » périodique, efc. »
« prêche dans une grange. Les gens du duo ^ ex- « cilés, soit par la haine, soit par le désir du pil- « lage, ou bien encore attirés par la nouveauté c( du spectacle , s'en allèrent en grand nombre « })rcs de celte grange, dirent des injures aux ré- « formés, et appelèrent ceux qui étaient renfer- « niés dans ce lieu, chiens^ rebelles à Dieu et au <c roi. Les protestants ayant répondu a ces in- « suites par une grêle de pierres, la plupart des c< gens du duc descendirent de cheval , brisèrent «les portes de la grange que ceux qui étaient « a Tintérieur avaient fermées dès le commen* « cernent de Faction, s'y précipitèrent les armes « h la main et frappèrent tous ceux qui se présen- « tèrenth eux. Aussitôt on entendit partout reten- « tir les cris des femmes, des enfants et de toute « la foule, auxquels se mêlèrent les voix sup- « [>lîantes de ceux qui demandaient du secours, a et le bruit confus de ceux qui cherchaient à s'éva^ « dèr. Il y en eut beaucoup qui, après avoir percé « le toit, tentèrent de s'enfuir en courant sur les « poutres ; mais ceux qui étaient dehors leur lan* « çaient des pierres ouleurtiraientdes coups d'ar- « quebuse. Le tumulte fut si grand qu'il parvint « jusqu'aux oreilles de l'épouse du duc de Guise , « qui avait pris les devants portée dans une litière. « Celte princesse qui avait appris de sa mère Ré- « né , duchesse de Feriare, à ne pas haïr les pro- <c testants, dépêcha un courrier à son mari pour le « prier de faire {jràco à eo§ aialheurQUs., Le mes-
tt sager trouva le duc aux portes de la grange où il « était accouru pour apaiser le tumulte. Mais « ayant reçu en y entrant une légère blessure à « la joue, ceux de sa suite , quand ils virent son « sang couler, s'exaspérèrent et, soit que la colère « les eût aveuglés, soit qu'ils fussent heureux de <c saisir l'occasion qu'ils cherchaient, ils se mirent c< à tout massacrer. Le duc- de Guise eut beau éle- « ver la voix, joindre les prières aux menaces pour « leur ordonner d'arrêter, il ne put les contenir. c< Leur fureur ne se calma que quand les réformés « se furent tous échappés par la porte ou par le « toit. Tant hommes que femmes , soixante res- « tèrent sur place/ et il y en eut plus de deux a cents de blessés *. »
Ce récit a été reproduit par un grand nombre d'historiens. La plupart rejettent avec de Thou la faute sur les gens du duc de Guise, et accusent les huguenots d'avoir les premiers versé le sang, en frappant à la joue le duc lui-même. Et au lieu de faire reproche à ce prince de sa conduite, ils le montrent au contraire faisant tous ses efforts pour arrêter le massacre. C'est ce que donne à entendre V Histoire universelle elle-même, rédigée par une société de protestants anglais tout-à-fait hostiles au catholicisme. «En retournant à Paris, y est-il dit , « le duc de Guise passa par la petite « ville de Vassy; ceux de sa suite insultèrent les
* Ttuan; /^w/.,lib. 29.
« huguenots qui faisaient leurs dévotions dans « une grange : on se dit des injures , et des in- « jures on en vint aux coups. On assure que le « duc de Guise fit tous ses efforts pour faire cesser « le combat, où lui-même fut blessé d'un coup de c< pierre au visage ; il y eut plus de soixante huc< guenots de tués , et ce fut là rétînccUe qui allu- « ma la première guerre civile *. »
Quant à la préméditation que suppose la relation que nous attaquons, nous ne connaissons pas un seul historien qui y ait cru. Voltaire lui-même, toujours si bien disposé à tout tourner contre la religion, puisqu'il n'a écrit son histoire, ainsi qu'il l'avoue lui-même, que pour battre en brèche le catholicisme, ne voit dans cette lutte qu'une chose fortuite *. M. de Sismondi , qui a également écrit en haine de notre foi, craint de compromettre trop grossièrement sa réputation d'historien en affirmant un fait aussi ouvertement démenti par les témoignages les plus avérés. Il se contente de rapporter, comme une rumeur, les bruits que les protestants firent alors circuler à ce sujet, sans rien certifier^ Le protestant Burnet , ayant osé, dans le temps de Bossuet, avancer une pareille
* Hist, univers, compos. en angh par une soc. de gons de ldlti^^t,XXXVI,p.447,
* Volt. Essai sur les moeurs et V esprit des nations , t. 4 11, p. 4^7? édit. 1784.
' De Sismondi, Hisr* des Français, t. XVIII, p. a64-2G0.
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îisseï lion, rilliislre dvcque de Meaux, en relevant les erreurs historiques dont son ouvrage fourmille, dit que la moins supportable de ses bévues e^i d'avoir pris ^ comme il l'a fait, le désordre de Vassy pour une entreprise préméditée par le duc de Guise dans le dessein de détruire les édils ; encore que M. de Thou, dont il ne peut refuser le témoignage ^ et à la réserve de Bèze^ trop passionné pour être cru dans cette occasion j les auteurs même protestants disent le contraire ^
La mauvaise foi des historiens opposés au catholicisme n'a trouvé moyen, par rapport à cet événement, que d'avancer une seule erreur. C'est que l'initiative avait été du côté des catholiques et que c'étaient eux qui avaient provoqué la lutte, et que ce massacre injuste avait été la cause de la guerre civile. Mais le même Bossuet a démontré depuis longtemps contre Jurîeu, que ce prétendu massacre n'était qu'un prétexte que la rébellion déjà résolue se voulait donner. « Car, dit ce grand « homme , si l'on attendait ce signal, pourquoi c< donc avait-on déjà machiné la conspiration c( d'Amboise par expresse délibération de la réc< forme, comme nous l'avons démontré par cent « preuves et \ ar Taveu de Bèze même ? Et pour- «• quoi donc avail-3n résolu de s'emparer du châ- « te au où le roi était, arracher ses ministres d'en- « Ire ses bras, se rendre maître de sa personne,
* Bossiut, HisU des variutions^ liv. X, n** 42.
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^ lui contester sa majorité, lui donner un conseil i< force, et allumer la guerre civile dans toute la <c France, jusqu'à ce que ce noir dessein fût ac- « compli ? car tout cela est prouvé plus clair que « le jour dans Thistoire des variations, sans que « M. Jurieu y ait répondu ni pu répondre un seul «mot^»
C'est ainsi que, dans les ardeurs de la plus vive polémique, le premier défenseur de la foi catholique a jeté le défi au premier défenseur de la religion protestante. L'habile ministi^e, malgré les ressources d'une argumentation astucieuse,d'une érudition étendue et d'un talent souple et flexible, ne s'est passent! assez fort pour répondre, et nous ne sachons pas que depuis lui, il se soit trouvé quelqu'un plus hardi et plus osé.
En conséquence, tout homme sincère doit conclure avec nous que l'affaire de Vassy prouve tout centime le protestantisme et rien contre le catholicisme. Elle prouve tout contre le protestantisme, puisque rhîsloire nous démontre que les réformés en ont fait un prétexte pour allumer dans toute la France la guerre civile ; elle ne prouve rien contre le catholicisme, puisque, quand il serait vrai que le duc de Guise et ses gens ont eu des torls, notre foi n'est nullement intéressée à leur justification. L'Eglise catholique répond des doctrines
* Bossuet, V* m^ertissement sur les lettres de M. Jurieu y p. lia, Paris, i84i.
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qu'elle enseigne^ mais jauiais des actions de >es membres. {
La relation qu'on vient de publier étant dépoinv vue de toute autre autorite historique, on ne peut la considérer que comme un pamphlet qui témoigne de la mauvaise foi et de la Aireur des premiers prolestants. En l'exhumant de nos archives pour la rendre populaire , le nouveau ministre protestant a seulement fait connaître à tout le monde que l'esprit de mensonge et de calomnie qui a inspire la réforme dès sa naissance,* est encore aujour^d'hui celui qui la fait agir et la soutient. Il a donc par là mieux servi notre cause que la sienne, selon cette parole du prophète : mentita est iniqui'tas sibi.
La Saint-Bar tlélemv.
Après avoir apprécié le prétendu massacre de Yassy, d'après les auteurs protestants, nousallons également juger, d'après leur témoignage, l'affaire de la Saint-Barthélémy. Or voici comment le protestant Cobbett raconte ce déplorable événement* Après un long préliminaire où il fait connaître l'état de la France alors, les torts des réformés qui s'étaient révoltés contre leur roi, et qui avaient formé le projet de s'emparer de sa personne, il continue ainsi :
«A l'occasion d'un mariage entre la sœur du « roi et le jeune roi de Navarre (depuis le fameux « Henri IV),Coligny qui, depuis la mort de Condê, a était devenu le chef de la secte, se rendit à Pa- €( ris sur l'invitation du roi avec une compagnie « de ses partisans pour assister à la cérémonie, (x II y avait deux ou trois jours qu'il était arrivé a lorsque quelqu'un lui tira dans la rue un coup « de mousqueton qui le blessa en deux ou trois « endroits, mais non dangereusement ; ses parti- « sans en accusèrent le jeune duc de Guise, mais
« on n'a jamais donné une preuve qui pût soute- « nir cette assertion. Us se rassemblèrent autour « de leur chef , et menacèrent de le venger , « comme cela était très-naturel. La cour s'ap- « puya sur cette raison pour sa justification , et « elle résolut de prévenir le coup. En effet , le « dimanche 24 août 1572, le jour de la fête de « saint Barthélémy, ce dessein fat mis à exécu- « tien. On eut beaucoup de difficultés à obtenir le a consentement du jeune prince, mais à la fin il « fut gagné par les représentations et les prières u de sa mère, du duc d'Anjou son frère et du duc « de Guise. Les ordres terribles sont envoyés , le « signal est donné au moment convenu ; le duc a de Guise accourt vers la maison de Goligni , « suivi d'une troupe des siens ; il enfonce les por- « tes et fait jeter par la fenêtre le corps mort de c son ennemi dans la rue. Le peuple de Paris qui « haïssait à mort les protestants , qui ne pouvait K pas avoir oubUé que Goligni avait livré Dieppe <c et le Havre aux Anglais , que , tandis que ce S peuple de tout temps ennemi de la France était « ramené par Goligni et ses protestants, ce même « traître avait , avec sa secte , assassiné lâche- « ment le feu duc de Guise , ce vaillant seigneur a qui avait chassé les Anglais de leur dernière « retraite, et qui, au moment où il perdit la vie, <c pensait à les chasser aussi du Havre où ils a avaient été introduits par Goligni et les siens; « le peuple de Paris, dis-je, ne pouvait s'empê-
€ cher de se rappeler toutes ces choses, et de tels « souvenirs lui inspiraient une haine implacable « contre Coligni et sa secte. D'ailleurs on eût « trouvé avec peine un seul habitant de Paris « dont les parente n'eussent péri ou n'eussent « souffert d'une manière quelconque dans lespil- « lages et dans les massacres de ces infâmes cal vi* a nistes dont un de leurs dermes leur enseignait « que les bonnes œuvres étaient inutiles et que « leurs mauvaises actions , quelque infâmes et « quelque sanglantes qu'elles fussent, ne leur em- « pécheraient point d'être sauvés. Cesprotestante, « car on les appelait ainsi , ne ressemblaient pas c< plus aux prolestants de nos jours qu'une guêpe « ne ressemble à une abeille. Ce nom était alors, « et bien justement, synonyme de bandits, c'est- « à-dire voleur et meurtrier, et ceux qui le porct . taient étaient pour la France un fléau plus terce rible que la guerre avec l'étranger , la peste et <c la famine réunies ; parce qu'ils furent loujoui'S « prête à devenir l'instrument actif du premier^ « rebelle ambitieux.
«Si nous examinons ces choses avec attention, « et si nous nous rappelons que le peuple , tou- « jours disposé à passer dans ses soupçons les « bornes de la raison, entendit répéter de tous « côtéslecride trahison, devons-nousêtre surpris « de le voir tomber sur les partisans de Coligni et a n'épargner aucun de ceux de cette secte qui s'of- « frirelit à ses coups. Si nous considérons ce
« meurtre sous ce rapport , et surtout si nous re<« « marquons que c'est le fils du duc de Guise^ as* « sassiné par Goligni, qui entiaîna les autres^ « n'est-ce pas mentir à la vérité, et d'une ma- « nière monstrueuse, que d'attribuer ce massa- « cre aux principes de la religion catholique? « Nous pourrions avec autant de justice attribuer « Facte de Bellinghand (qui envoya chercher son « livre de prières quand il fat arrivé à Newgate) « aux principes de Véglise d'Angleterre. C'est ce a que personne n'a jamais eu la bassesse ni l'im- « pudence de faire ; mais pourquoi donc y a-t-il « des hommes qui portent la bassesse et l'im- « pudence jusqu'à attribuer ce massacre aux « principes de la religion catholique ?
« Le massacre surpassa de beaucoup à Paris « les désirs delà cour, et l'on dépêcha aussitôt des « ordres dans les grandes villes de province pour « prévenir des scènes semblables. Ce massacre « cependant fat répété dans plusieurs endroits ; « mais quoique quelques écrivains protestants « aient fait monter le nombre des personnes tuées « dans cette occasion à cent mille, un compte pu- « blié en 1882, et établi d'après les comptes rec< cueillis par les ministres dans les différentes f( villes, ne fait monter ce nombre, pour toute la « France, qu'à sept cent quatre vingt-six-person- « nés. Le docteiir Lingard dit à ce sujet avec sa « sincérité ordinaire : Si nous doublons ce nom- « bre^nousne nous éloignerons pas beaucoup de la
u vérité, Lei; écrivains proiestantft firent d'abord « monter ce nombre h cent mille; plus tard, il « tomba à soixante^ ix mille; ensuite à trente « mille; puisa vingt mille, à quinze mille, etenûn H h dix mille; mais toujours en nombres ronds* a L'un d'eux , dans un moment d'indiscrétion, « voulut avoir des ministres eux*»mèmes les noms « des personnes qui y avaient péri ; et ce fut alors « que leur nombre ne se trouva pas dépasser sept « cent quatre-vingt-six * . »
Non-seulement le protestant Lingard s'accorde avec Cobbett sur le nombre des victimes égorgées dans cet horrible massacre , mais encore il pense comme lui que le massacre ne fut nullement prémédité. Il assure même h son lecteur que son opinion à cet égard n'a été formée qu'après une longue étude , et la comparaison des documents les plus authentiques sur ce sujet. Il ne voit non plus dans cette sanglante mesure qu'un expédient imaginé par Catherine de Médicis qui redoutait l'influence de CoUgni. Â son sens, l'amiral aurait profité du crédit qu'il avait près du roi , pour t exhorter à se débarrasser de la tutelle d'une mère ambitieuse qui tenait le souverain derrière ellCy pour mettre en avant un fils qu'elle favorisait ^ t chercher, par ce moyen , à perpétuer son autorite; et la reine instruite de cette intrigue, se
« William Cobbett, Hist. de la Ré/orme^ 1. X,p. i82M83, Paris, i8a6.
serait tout à coup déterminée à le faire périr. Enfin , comme Cobbett et la plupart des historiens actuels y au lieu de croire que le roi ait ordonné un pareil massacre dans toutes les provinces, il pense le contraire, « Le même jour, « dit-il , des dépêches furent expédiées aux gou- « vemeurs des provinces, pour leur ordonner de « prévenir la répétition de tant d'horreurs, et « pour défendre à tout individu, sous peine de « la vie , de prendre les armes et d'attaquer qui a que ce fût. Des événements subséquents firent « cependant soupçonner que ces ordres n'étaient « qu'une feinte. Les scènes sanglantes de Paris se « répétèrent à Orléans, Lyon, Rouen, Toulouse « et Bordeaux , et les infortunés qui en furent « victimes pensèrent que , comme ils n'étaient « pas protégés , ils étaient poursuivis par les « ordres de la cour. Mais la mémoire de Charles « n'a pas besoin d'être chargée d'une infamie de « plus. Il n'est pas évident que les autres mas- « sacres aient reçu sa sanction ou sa permission ; « et quand nous considérons qu'ils eurent lieu à « des époques très-diverses % et qu'ils se bor- « nèrent aux lieux où le sang des catholiques « avait été versé dans les insurrections précé-
* En note Lingard donne ainsi les dales des divers troubles : Paris, 24 août; Meaux, 26 ; la Charité, 26 ; Orléans, 27 ; Saumur et Angers, 29; Lyon, 3o; Troyes, 2 septembre; Bourges^ 11; Rouen, 17; Romans, 20; Toulouse, 23; Bordeaux, 3 octobre. Cet argument nous paraît décisif! !...
' — 29 — « dentés * ,' nous les attribuerons plutôt à des a transports soudains de vengeance populaire , « qu'à un plan général concerté d'avance *. »
Tous ces sentiments qu'exposent avec tant de sincérité et de franchise ces deux historiens, sont, en effet, complètement conformes a tout ce que nous lisons dans les mémoires contemporains. La reine de Navarre , Marguerite de Valois , qui se trouva au milieu du tumulte, fait retomber uniquement sur Catherine de Médicis l'odieux de cette détermination. D'après son récit, le roi, en apprenant que l'on avait tiré un coup d'arquebuse à l'amiral, serait entré dans une grande colère , et sa mère l'aurait apaisé en lui disant que. cela avait été le bien de l'état. Elle aurait ensuite dépeint au roi, sous des couleurs forcées, l'animosité des partis, et lui aurait représente que les choses en étaient à un point qu'il lui fallait exterminer les huguenots ou périr lui-même.
Pressé par ces raisons, le faible monarque aurait pris seulement la veille la funeste résolution du massacre \ Le duc de Bouillon, quoique ix)ur
* Nîmes fut exceptée. Quoiqu il y ait eu dans celle ville ' deux massacres de catholiques de sang-froid , et dans des années aussi rapprochées que celles de 1667 et 1669, ils restèrent tranquilles en celte occasioii. (Note de Lingard d'après Ménard, Hisi. de Nîmes).
2 Lingard, Hisi. d:AngIet, t. VIII, note T, Paris, 1826.
3 Collect. Petitot, Mém. deMarg. de Falois^x. XXXVII, p. 48-56.
mi temps sa vie ait été en péril aussi bien que celle de tous les Montmorency, écarte néanmoins avec autant de franchise tout soupçon de préméditation ^ Le maréchal deîTavannes, qui était du conseil, en confirmant cette même vérité, ajoute que personne n'avait songé à un massacre général. « Paris, dit-il, en racontant l'événement, - « semble une ville conquise au regret des con- « seillers , n'ayant esté résolu que la mort des « chefs et factieux; au contraire, tous huguenots, « femmes et enfants , sont tuez indiiOeremment « du peuple , ne pouvant le roy ny lesdits ctfn- « seillers retenu* les armes qu'ils avaient àé^ « bridées^. »
La chose avait été si peu préméditée que, d'après de Tavannes, le roi ne savait, après l'événement, comment annoncer ce massacre aux villes de son royaume et aux cours étrangères. Il en assuma d'abord toute la responsabilité sur les ducs de Guise; mais à la réclamation de ces derniers, il s'en déclara seul l'auteur et annonça^ en plein parlement, qu'il en avait agi ainsi pour comprimer la rébellion.
Tout ce trouble qui accompagne le roi au milieu et sur la fin de l'action, fait parfaitement comprendre combien peu vraisemblables sont les anecdotes voltairiennes, qui nous représentent
* IfL Mém* du duc de Bouillon , t. XXXV, p. 77, 78,
* /«/. Mém, de Tavan. t. XXV, p. 294-299,
Charles IX expédianl dans toute la France des ordres pour répéter dans les provinces Thorrible scène qui avait ensanglanté Paris, et qui nous citent ensuite avec emphase les généreuses réponses de certains gouverneurs. Puisqu'il n'y a pas eu préméditation d'après les témoignages les plus certains, puisque tous ceux qui ont vu le roi pendant l'action ne nous parlent que de son repentir et de ses regrets , ainsi que des regrets de ses conseillers, comment peut-on croire qu'on a envoyé alors des courriers pour exciter dans toutes les autres villes un fanatisme sanguinaire, comme celui qui désolait en ce moment la capitale? S'il y a eu des courriers sur pied à cet instant terrible, ce ne pouvait être, comme disaient Cobbett et Lingard , que pour maintenir le calme partout, et nous trouvons plus rationnel d'attribuer avec ce dernier les cruautés qui s'exercèrent en province à des transports soudains de vengeance populaire^ que d'y voir un plan général concerté d'avance *.
Quoiqu'il en soit, une chose inconleslable, c'est que la Religion es^restée entièrement étrangère à toutes ces horreurs. Dans les rues, le cri qui
* D'ailleurs en consultant les archives des principales cite's , on se de'montre facilement le contraire. Lire à ce sujet un article très-curieux qui vient de paraître dans le Cor* rcspondant : La Se, -Barthélémy et le XVIIP siècle^ par Alfred de Falloux ( 1 1"^ livraison. )
enflamma les meurtriers fut celui de trahison! Nous avons vu qu'au conseil du roi il n'avait été' nullement question de religion. Tout se fît et tout se décida par les conseils et les intrigues de la reine-mère. La foi entrait si peu dans les calculs de son infâme et hideuse politique , que le protestant Sismondi nous apprend que pour un temps elle mit en délibération si elle n'envelopperait point du même coup dans les réseaux de sa noire conspiration le duc de Guise et Colîgnî. « On assure, dit-il, que la reine aurait voulu sa- « crifier en un même jour Coligni , les Montmoi( rency et les Guise; qu'après avoir employé les «derniers à faire égorger les protestants, 'elle « voulait que les gardes du roi tombassent sur « eux , comme ils seraient épuisés par le com- « bat, et les missent en pièces, prétendant les « punir du désordre qu'ils auraient causé ^ »
Loin d'être entrée pour quelque chose dans ce cruel désastre, la Religion a même ouvert en province aussi bien qu'à Paris, un refuge a tous ces malheureux que poursuivait la fureur populaire ; et dans le massacre de Paris, un grand nombre de ses meinbres ont été victimes de la passion qui aveuglait les exécuteurs de cette sanglante proscription. C'est ce que l'abbé de Caveirac a solidement démontré dans une savante
* De Sismondi, ///>^ </c?j Français^ l. XlX, p. l5i4
qu'il n'est pas frivole , n'ôte rien ni à son importance ni à sa sainteté.
Cependant il est des serments auxquels leur solennité concilie plus particulièrement nos respects; tels sont les serments des princes et des peuples dans les affaires publiques, surtout quand il s'agit de créer ou d'établir les constitutions nationales d'un pays.
Lorsque dans une circonstance si solennelle et si décisive le serment sort de la bouche d'un prince en présence de trente-trois millions d'hommes qui lui envoient ensuite les députés de leurs provinces et de leurs villes pour échanger avec lui leurs^ engagements en présence de. toutes les nations du monde , témoins de ce contrat synallagmatique, en présence de l'histoire qui le proclamera certainement dans tous les siècles futurs, en présence surtout de Dieu lui-même , invoqué comme caution qui l'enregistre au livre de ses justices éternelles y alors la terre et le^ ciel sont attentifs et il se fait une grande époque dans la vie des générations humaines. Or h quelque opinion qu'on appartienne, il est impossible de ne pas reconnaître que c'est ainsi qu'a été consacrée la charte qui règne aujourd'hui sur la France. Comment donc se rencontre-t-il des hommes qui osent dire et aux Icgislateure et aux peuples que ce sont là de pures formalités et qu'on peut n'en
tenir aucun compte, vous qui vous jouez du parjure, flatteurs imprudents ou des peuples ou des princes, dites-nous donc alors sur quel sol nous marchons, montrez -nous donc sur quelle première piéride repose aujourd'hui notre édifice social et voyez si vous ne nous conduisez pas à l'abîme.
Ah ! si le jeune prince dont le père en mourant a laissé dans la France tant de vide et tant de deuil, doit un jour monter sur le trône, que Dieu le préserve du souffle empoisonné de ces maximes impies, mais que plutôt il apprenne et des divins oracles et des exemples de son illustre aïeul que c'est la justice seule qui fait la gloire des nations et la stabilité des trônes , justilia eleral gentem ( prov. XIV, 34 ) et firmabilnr jtistitia tronm ejus (prov. XXV, 3).
Loin donc d'avoir dérogé à notre position sous quelque côté qu'on l'envisage , nous pensons avoir fait une chose en soi noble et sainte en demandant l'exécution entière de la charte à tous ceux qui ont fait serment de lui obéir.
A cette dciïionstralion directe nous pourrions ajouter une considération qui prouve indirectement mais invinciblement la nécessité de la liberté que nous rédamons, c'est l'impossibilité
où Ton est de faire une loi sur rinsiruclion publique en dehors de ce principe. Nos législateurs n'ont-ils pas déjà senti leur impuissance sur ce point. Sans parler de tant d'essais qui ont été rédigés, raturés, élaborés et toujours abandonnés dans les cabinets ministériels, deux fois, en présence de la patrie impatiente et de l'Europe attentive, nos législateurs se sont misa l'œuvre pour nous donner une loi sur l'instruction publique, et deux fois leur oeuvre inachevée est tombée solennellement de leurs mains. N'est-ce pas là un fait ^gnificatif ? N'est-il pas étrange que, même avec le secours de la haute intelligence qui préside aux destinées dé la France, tous les ministres depuis 13 ans aient échoué devant cette entreprise? Pourquoi donc ayant fait des lois sur tout , même sur des points qui n'étaient ni promis, ni urgents, on n'a pas pu en faire une sur celui qui nous occupe? Âh!
c'est que toujours on a voulu la faire en opposition avec le droit puUic ; c'est que tous nos hommes d'état, quels qu'ils soient, sont, malgré eux, imbus des {principes de la liberté constitutionnelle, et qu'ils ont voulu jusqu'ici asseoir sur cette liberté une loi impériale; et alors quand ils ont tenté de rapprocher ces deux éléments, il y a eu répulsion et il a fallu renoncer à la tâche.
Et bien il en serait de même aujourd'hui, ou
plutôt aujourd'hui la répulsion serait plus violente encore, parce que la question commence à être mieux comprise. On nous assure que le ministère réunit en ce moment tout ce qu'il a de lumières et de ressources pour pouvoir présenter aux chambres un nouveau projet : nous ne savons aucunement dans quel sens ce projet peut être rédigé , mais voici ce dont nous sommes sûr : si ce projet n'est pas franchement établi sur le vrai principe de la liberté d'enseignement, il se réduira toujours à deux mots : privu-ège et OPPRESSION. Relisez-le, vous qui l'avez entre les mains , auteurs , rédacteurs , ou copistes de ce nouvel essai du monopole, relisez-en chaque phrase, et dites s'il y en a une seule que l'on ne puisse qualifier par l'une ou par l'autre de ces paroles : privilège, oppression.
Or sachez-le donc, "puisque c'est vous-mêmes qui l'avez voulu ainsi : dans le langage du gouvernement , ces deux mots ne sont plus français. Le privilège rendrait odieux tous ceux qui en jouiraient, et mécontents tous ceux qui en seraient privés. L'oppression vous ferait autant d'ennemis qu'il y aurait d'hommes qui en souffriraient. Yeut-on connaître toute notre pensée, veut-on savoir ce que signifieraient et surfout ce qu'annonceraient dans une loi sur l'instruction publique ces deux mots inconstitutionnels: pri'* vilège et oppression ? Ils signifieraient la guerre, ils annonceraient la ruine.
' Nous poumons en rester là^ car nos preuves, de ce côtéy sont complètes; mais comme aujourd'hui rintërét n'est pas moins puissant sur les hommes que le droit, nous allons répondre aux objections que l'on pourrait nous faire.
Quoi, nous dit-on, vous voulez que le gouvernement Tt^ s'occupe pas de l'instruction publique qui exerce une si grande influence sur la société ! Nous voulons que le gouvernement s'occupe del'instruction publique, comme il s'occupe de beaucoup d'autres intérêts sociaux. L'instruction publique n'est pas la seule puissance qui influe sur la société. L'industrie et le commerce , par exemple, ont assurément bien aussi leur influence active, continuelle et toujours croissante. Le gouvernement ne reste pas étranger aux mouvements du commerce ni aMx pro* grès de l'industrie ; mais il se garde bien d'en gêner le libre essor, surtout dans l'intérieur de la France. Sans doute il est souvent obligé d'y intervenir à cause des intérêts divers qui se trouvent en présence, et entre lesquels il est seul arbitre. Sans doute encore il y réprime, les abus et les délits, mais seulement quand ces délits ou ces abus ont été commis. C'est ainsi que par une loi récente on a réglé le travail des enfants dans
les manufactures, parce que le législateur avait reconnu que certains maîtres abusant de leur autorité , compromettaient gravement le développement physique , intellectuel et moral des enfants employés dans leurs ateliers. En cela le gouvernement a rempli un de ses plus impérieux devoirs. Il est le défenseur des droits méconnus, et quand un enfant est, comme dans le cas dont nous parlons, violemment privé de l'usage des droits qu'il a reçus de la religion et delà nature, c'est à la puissance publique à l'y rétablir; et c'est ainsi qu'il en devra être dès -lors qu'un chef d'institution quelconque ferait un usage coupable de sa position. Il y a en France la police pour le signaler et les tribunaux pour le punir. Rien n'empêchera même qu'aux moyens ordinaires de surveillance le gouvernement n'ajoute des inspecteurs spéciaux pour les établissements qui ne lui oiTriraient pas d'ailleurs des garanties suffisantes ^
Mais qui a jamais pensé à limiter d'avance le nombre des ateliers et des usines? Et cependant c'est bien là que s'exerce presque toujours, surtout sur les enfants , une influence , hélas ! déplorable , délétère et destructive de tout bien.
' On admettra sans doute volontiers queles sëminaireg place's sous la direction exclusive des évéques offrent ce3 garanties.
C'est là que toute vertu se flétrit dans sa fleur^ que toute force s'ëpuise avant d'être développée. C'est là que les populations dégénèrent et dépë-* rissent rapidement au point de ne pouvoir plus suffire aux besoins publics ' . Cependant le gou-* vernement laisse s'agglomérer les enfants aussi bien que les hommes faits dans ces innombrables ateliers qui couvrent la surface de la France. On sait que ces graves inconvénients des manufactures ne se rencontrent jamais , au moins au même degré, dans les maisons d'éducation.
Pourquoi donc celte différence entre l'enseignement et l'industrie? Pourquoi ne pourrait-on pas réunir des enfants en tel nombre que Ion voudra pour les instruire, quand on le peut pour les faire travailler dans une manufacture? Esl-ce parce que la liberté est spécialement promise à l'enseignement par le pacte social, tandis qu'elle ne l'est pas de même à l'industrie? Est-ce parce que l'intelligence des enfants se développe dans une classe d'humanités et qu'elle s'abrutit dans une usine? Est-ce enfin parce que les pères de famille s'inquiéteront toujours de la moralité d'un instituteur, tandis que trop souvent ils
* On sait que souvent dans les villes manufacturières^ Te'tat rachitique ou maladif des jeunes gens , ne pennet pas dy atteindre le chifire fixé par la loi du recrutemeut.
sont indifférents à celle d'un chef d'atelier? Nous le demandons. Pourquoi donc le gouvernement, qui se contente d'un droit de surveillance là où il y a presque toujours un vice radical contraire aux intérêts de l'enfance^ et par suite à ceux de Fétat, ne s'en contenterait-il pas là où il est toujours à présumer que le bien s'opère?
Et que Ton ne croie pas qu'il faille créer une législation nouvelle pour la répression des délits commis dans des écoles^ institutions et collèges.
Il ne faut rien de nouveau, puisque les écoles doivent rentrer dans le droit commun des établissements publics ; puisqu'on ne doit y poursuivre que les délits , tels qu'ils sont définis par la loi : il suffit de leur appliquer la législation existante sur les délits de la parole. Est-ce que cette législation n'est pas assez complète ? Avant d'y jeter un coup d'œil , faisons d'abord deux observations*
l"* Le lieu où se tient une école même privée est dans le sens de cette législation un lieu public tout aussi bien qu'un tribunal, un musée, un cabinet de lecture, etc. « Les lieux publics, « dit un jurisconsulte, sont ceux qui sont ouverts c( à tout le monde, soit gratuitement, soit moyen-
«c nant rétribution, ou certaines conditions d'ad-
« missibilitë ' . »
2* L'élat ayant naturellement droit de surveillance sur les lieux publics peut exiger qu'aucune école ne soit ouverte sans une déclaration préalable. Il peut, il doit même surveiller ce qui s'y passe et s'en faire rendre compte. Ilpeutdonc y faire examiner les livres, y interroger les enfants..., dans le but de savoir s'il ne s'y commet rien de contraire aux intérêts de la société. Voilà son droit, et, s'il n'en usait pas, il manquerait à un de ses plus saints devoirs; mais aussi, en fait de répression voilà tout son droit, et, s'il allait au-delà, il y aurait gêne inconstitutionnelle pour les opinions et oppression pour les consciences. Maintenant s'il rencontrait quelque délit commis dans une école , la législation lui ferait-elle défaut pour le réprimer?
Parcourons-la.
Kart. 1^' delà loi du iG mai 181 9, porte : «Quiconque, « soit par des discours , des cris ou des menaces proférés « dans des lieux ou réunions publics^ soit par des écrits, des « imprimés , des dessins^ des gravures, des peintures ou « emblèmes vendus ou distribués^ mis en vente ou exposés « dans des lieux ou des réunions publics, soit par des pla« « cards ou affiches exposés au regard du 'public, aura..e/c.
Cet art. en tant qu'il éuumère et définit les divers moyens
* Traité des délits et contraventions de la parole^ par M. Chassau, avoc. gén., 1'® partie, liv. I, chap. 2.
par lesquels se commetlènt les délits de la parole) parait être la base de toute] la législation sur la matière. Sou application particulière est ensuite déterminée par les articles suivants, puis par les lois des 25 mars 1822, 29 novembre i83o, 9 septembre i835 et par quelques articles du Code. Or, de toutes ces lois combinées, il résulte que les délits commis dans une école, seraient punissables ainsi qu'il suit:
i® La provocation à la désobéissance aux lois punie d*un emprisonnement de trois jours à deux ans et d'une amende de 3o fr. à 4>ooo (r.
2** L'outrage à la morale publique et religieuse, ou aux bonnes mœurs, ou à la sainteté du serment, puni d'un emprisonnement d'un mois à un an et d'une amende de i6fr. à 5oofr.
3^ L'attaque contre la dignité i*oyale, l'ordre de sucoes* sibilité au trône, les droits que le roi tient du vœu de la nation, etc., punie d'un emprisonnement de trois mois à cinq ans et d'une amende de 4oo fr. à 600 fr., de 3oo fr. à 6^000 fr., et de 10,000 francs à So^ooo fr. selon les cas^
4** L'excitation à la haine et au mépris du gouverment du roi, punîe d un emprisonnement d'un an à quatre et d une amende de i5o fr. à 5o,ooo fr.
. 5** L'adhésion à une autre forme de gouvernement, pu« nie d'un emprbonnement de trois mois à cinq ans et d'un amende de 3od fr. à 6,000.
6" L'outrage fait à un membre de l'une des deux chambres ou à un fonctionnaire public, puni d'un emprisonnement de quinze jours à deux ans et d'une amende de 100 fr. à 4)000 fr.
Cedt dans celte proportion que aont punies ke oSenieg envers les chambres elles-mêmes ou Tune d^ellesi envers les membres de la famille royale ^ envers la personne des souverains étrangers ^ etc.
i Toutes ces peines sont applicables à tous ks coUégeS|
institutions^ pensionSi écoleS| etc*
Maintenant nous demandons ce que le gou« vernement pourrait avoir à redouter de renseignement public, lorsqu'il peut la surveiller par-» tout et qu'il est armé d'une telle législation contre ses abus.
On . sait assez que plusieurs ont trouvé cette législation excessive dans quelques points. Nous n'en sommes pas à cette question ; nous accep^ tons ce code pénal dans son entier; nous con^ sentons même à ce qu'on soumette les écoles publiques à d'autres mesures de surveillance, à d'autres moyens de répression, si on les juge nécessaires. Qu'ainsi le gouvernement ait toutes ses sûretés , comme il doit les avoir, mais aussi qu'en>etour nous ayions la liberté qui nous est due.
Nous savons bien ce qu'on va nous dire : que les lois qui atteignent les délits sont insuffisantes
pour réprimer tous les torts que peut avoir dans ses fonctions un homme chargé de l'enseignetnent public, et que ce système de liberté ne fera spécialement que rendre les instituteurs primaires plus indépendants et plus audacieux.
Nous répondons avec certitude qu'il en arrivera tout le contraire.
Ce qui donne aux instituteurs une indépendance en effet fort déplorable , ce n'est pas du tout l'insuffisance des lois , c'est uniquement le tnonopole universitaire, par l'importance excessive qu'il leur attribue et surtout parjcette espèce d'inamovibilité dans laquelle il les a constitués, en exigeant que dans ce qui concerne leur charge, il y eût toujours recours à une décision ministérielle pour juger des questions qu'il est impossible d'apprécier exactement autre part que sur les lieux mêmes.
Ce qu'il faut pour réprimer efficacement les torts, autres que les délits, de ceux qui sont chargés de l'éducation, pour les maintenir dans l'accomplissement de leurs devoirs, ce n'est pas de les faire dépendre uniquement d'une administration qui leur envoie un inspecteur à peine deux fois par an ; c'est surtout de les soumettre habituellement et efficacement au jugement de la conscience publique. Qu'on veuille bien ici nous comprendre. Nous ne faisons pas des uto-
pies , nous prenons nos paroles dans un sens très-précis; nous raisonnons sur des données très-positives.
Posons un fait qui malheureusement se présente tous les jours. Un instituteur mène une conduite équivoque; il fréquente des personnes mal famées ; il tient même en classe des propos désavoués par la religion et les bonnes mœurs. Les pères chrétiens s'indignent, les mères gémissent, la jeunesse qu'il élève est indisciplinée et corrompue ; mais ce maître est le seul breveté et autorisé pour enseigner dans la commune :
il faut bien de gré ou de force lui envoyer ses enfants.
Cependant des plaintes sont adressées au comité supérieur, sinon par le comité local qui ne se réunit pas, sinon par l'administration municipale dont M. l'instituteur est le secrétaire , au moins par la rumeur publique.
Après de longues hésitations le comité supérieur cite l'instituteur à sa barre : mais il faut des faits précis , il faut un corps de délit assez notable pour que la loi le saisisse, et il n'y a qu'un ensemble de conduite bien répréhensible, il est vrai, aux yeux de la conscience chrétienne, mais qui ne suffit pas à une condamnation civile ; ou bien il y a en effet des délits bien articulés ; . mais il faut des témoins qui appuient l'accusa*tion , et ces témoins à charge ne se trouveront
pas, parce que la peur leur fermei*a la bouche. Le niailre^ au c<»itraire, quelque coupable qu'il soit, aura pour sa décharge tous ceux qui par-tagent sa mamère de penser et d'agir, c'est-àdire les hommes méchants et dépravés du lieu. Ce ne seront pas, à beaucoup près, les plus nombreux, mais ce seront les plus hardis, les seuls peut-être qui oseront parler. Âlws l'insti* tuteur se déclare calomnié et demande fièrement conmnent on pourrail le condamner sans preuve. Les preuves matérielles manquent, en effet, et il est renvoyé absous après une réprimande dont il se rit en Itû-même, dont il se rira bientôt en public; et il continue à fréipienter les Ueux de débauche^ à braver par ses sarcasmes la religion et ses ministres , à démoraliser le pays en lui formant des génératicms sans foi et sans retenue'.
Or, maintenant nous le demandons : si, au lieu d'en être réduit à cette longue et impuissante procédure, qui presque toujours amène dans la contrée des haines et des divisions sans fin, on abandonnait aussi, comme cela devrait
* Nous n'avons pas fait rinspeclion générale des écoles primaires de France ; mais en prenant pour base ce que mms en coonalssons, il j aurait certainement plus de dix BÛUe comaunes catholiques qui seraient plus ou moins daa» oel étal de souffrance*
être, le jugement de cet homme à la conscience publique ; si , comme le demandent de concert et la nature et la charte^ on laissait les familles libres de préférer à ce mercenaire indigne un instituteur d'une conduite à Tabrî de tout reproche et même de tout soupçon , pense-t-on que nos maîtres d'école seraient aussi intraitables ; et ne voit-on pas que leur inamovibilité qui tomberait de droit devant la liberté d'enseignement telle que nous la demandons pour tous, s'évanouirait de fait devant la concurrence du mérite et de la verlu?
Nous le répétons, la loi, et surtout une loi sur l'instruction, sur l'éducation, a besoin d'être soutenue et complétée par la morale publique , c'est-à-dire par ce sentiment du bien qui fait que, dans des déterminations importantes, les familles, abandonnées à elles-mêmes, sont toujours en majorité du côté du vrai mérite. Or, il est évident que dans l'organisation actuelle de l'enseignement, le concours de la morale publique, telle que nous l'entendons ici, est violemment repoussé.
Ainsi, loin que la liberté d'enseignement augmente l'indépendance des instituteurs, elle la réduit à de justes mesures ; car elle détruit de plein droit leur fatale inamovibilité, et les met, ainsi que tous les autres chefs d'institution, sous la surveillance immédiate et sous le
patronage continuel des familles dont ils doivent mériter la confiance.
Et qu'on ne vienne pas nous objecter, qu'avec la liberté d'enseignement, nous aurions bientôt des écoles d'athéisme, de panthéisme, etc. Nous répondons que, si quelqu'un osait ouvrir une pareille école , elle resterait déserte , surtout avec la libre concurrence des institutions morales. Qu'on le sache bien, les familles laissées à leur propre conscience ne voudront jamais d'une éducation ouvertement irréligieuse et immorale. Et la France, même, au jour de ses délires, n'en a-t-elle pas donné une preuve éclatante? Pendant dix ans des écoles de cette nature furent ouvertes et longtemps ouvertes seules. Eh bien! entendez ce qu'après ces années de terreur Portalis proclamait au corps législatif le 15 germinal an x.
« Écoutons, dit-il, la voix de tous les citoyens « honnêtes qui dans les assemblées départe- « mentales ont exprimé leurs vœux sur ce qui « se passe depuis dix ans sous leurs yeux.
« Analyse des procès- verbaux des conseils- « généraux des départements.
« Il est temps que les théories se taisent devant « les faits. Point d'instruction sans éducation, « et point d'éducation sans morale et religion, « Les professeurs ont enseigné dans le désert, a parce qu'on 9 proclamé imprudemment qu'il
« ne fallait point parler de religion dans les « écoles. L'instruction est nulle depuis dix ans : <( il faut prendre la religion pour base de Tédu- « cation. » Or, si dans les temps les plus athées que la France ait jamais subis , les professeurs
d'athéisme ont prêché dans le désert, peut-oa supposer qu'ils seraient suivis de nos jours, surtout en présence d'autres professeurs enseignant la vérité et la vertu? D'ailleurs, la liberté d'enseignement n'est pas chose nouvelle. Elle u eu lieu en d'autres temps , elle a lieu encore en d'autres contrées. Quand est-ce qu'elle a produit des écoles publiques d'impiété? Quand est-ce surtout que ces écoles ont été suivies? Aujourd'hui même, que Ton par courre les pays où l'instruction est libre, la Belgique, par exemple, et les États-Unis, et que l'on nous y montre un seul établissement de cette nature. Nous le redirons, nous le redirons bien haut, l'impiété sera d'autant moins libre que l'enseignement le sera davantage : et les impies le savent bien, car tout libéraux qu'ils se disent, ce ne sont pas eux qui demandent la liberté d'enseignement.
Cette supposition qu'on jette comme un épouvantait aux yeux des hommes de bien, n'est donc qu'un vain fantôme, c'est le contraire qui est vrai.
Mais comment veut-on que le pouvoir laisse tomber de ses mains l'arme terrible du monopole?
Nous pourrions répondre d'aboixl avec quelque confiance : le pouvoir le fera, s'il le doit.
Nous pourrions faire voir aussi combien cette arme peut, en eflet, devenir terrible, pour tous les partis et combien pour cela même , il importe de la briser par la libi^ concurrence.
Mais, pour cette fois nous nous contenterons de montrer que cette arme serait surtout meurtrière pour celui qui la porte, et que le pouvoir i»'abuse étrangement quand il croit se donner une force réelle par le monopole de l'enseignement.
Sans doute il y a quelque chose de spécieux et de flatteur dans ce droit d*enré^menter sous une même discipline quelques millions d'enfants, de décider soi-même souverainement des alphabets, des grammaires, des traités d'arithmétique dont ils doivent tous se servir, puis d*avoir à sa solde quelques milliers de fonction- Baires qui commandent à cette petite armée, mais personne n'osera dire que c'est là précisément ce qui donne de la force à l'autorité. Ce desix)lisme militaire exercé sur le premier âge,
ne pourrait être utile au pouvoir qu'autant qu'il lui rendrait pour plus tard le gouvernement plus facile et plus sûr en lui formant des citoyens plus vertueux et des sujets plus dévoues.
Or^ nous ne craignons pas d'affirmer que le monopole universitaire ne fait ni Tun ni Tautre, et qu'il produit précisément des effets tout op* ix>sés.
Pour former les hommes à la vertu il faut nécessairement des convictions morales et religieuses^ et pour établir des convictions, il faut des doctrines. Or, nous avons vu que l'état, à la tête de Finstruction publique, est impuissant à professer nettement aucune doctrine, ou philosophique ou religieuse, parce qu'à ses yeux une doctrine quelconque n'est et ne peut être qu'une opinion, et que, devant lui et devant la loi, toute opinion est parfaitement libre. .
Un des fondateurs de l'Université, Daru, demandait pour les lycées une religion de formes, une religion ptiveinenl politique placée sous la direction et la férule du gouvernement. « Il ne (( faut pas, disait-il, que le législateur pennoUe « que rinslruclion religieuse s'introduise dans « l'instruction publique : a faut qu'il l'y ap-
« PELLE POUR LA DIRIGER ET LA SURVEILLER. » LcS
chefs actuels de Tuniversilé ne voudraient pas tenir ouvertement le même langage; mais il est impossible qu'ils n'aient pas le même système. Ils sentent qu'ils ont besoin de la religion, de sa morale et même de ses dogmes, et ils rappellent à leur secours. Mais à cet appel le judaïsme , le luthéranisme', le calvinisme, etc., se présentent en même temps que le catholicisme ; et quoique sur beaucoup de points, ils se repoussent les uns les autres , ils ont pourtant droit de se présenter ensemble. Quel parti prendre pour les tenir unis? Il n'y en a qu'un, c'est de retrancher de chacune de ces croyances ce qui est antipathique avec les autres, et de leur donner a toutes une espèce de formule de religion naturelle, en livrant, d'ailleurs, tous leurs dogmes à l'indifférence, au doute, etc. Mais qu'est-ce que cette opération éclectique, sinon la ruine de toutes les croyances *î Nous savons bien que
* Qu'on ne croie pas que nous parlions ici contre la tolérance; car elle est tout-à-fait Toppostî du monopole. La tolérance laisse chacun libre de se faire des convictions à son gré et de s'attacher à la vérité tout entière; et c'est précisément ce que nous demandons iiu nom de la charte constitutionnelle. Le monopole au contraire froisse toutes les convictions individuelles et brise toutes les vérités spéciales pour en former violemment et contre nattu e une monstrueuse imité ; et c'est ce que nous repousçouâ cQmmc obçiird^ et iwmoraK
Ton déguise tant que Ton peut cette fausse position faîte au corps enseignant, en ayant ensuite, dans le détail, certaines formules particulières toutes prêtes à l'usage des catholiques, des protestants et des autres : mais il n'en est pas moins vrai que tous les membres de l'université sont, en tant qu'universitaires, condamnés à une indifférence pratique et matérielle pour toutes les croyances religieuses. Or, vous voulez qu'une pratique habituelle et continuelle
Au reste, on sait que celte préteution de réunir toutes les religions en une seule a, récemment encore, cHé érigée en système par nos idéologues. Mais il s*en faut l>ien qu'ils aient eu en cela le mérite de l'invention. Us n'ont fait que renouveler en termes nébuleux la motion beaucoup plus nette, présentée au Directoire par Leclerc (de Maine-et-Loire), le 9 fructidor an V. Ce révolutionnaire demandait «. rétablissement d'une religion fon- « damentale qui, se rattachant à tous les autres cultes, et « les ramenant à elle par la vérité et la clarté de ses dog- « mes, ou plutôt de ses principes pris dans la reconnais- « sance de TEtre-Suprême, de fimmortalité de Tâine, de « la certitude d'une vie à venir, les contiendrait tous et « les empêcheraitde s'écarter des maximes de la sociabilité. « Les prêtres de ce cul te devaient être les officiers civils. » Le directoire repoussa ce beau plan, par la laison que la constitution défendait de faire une religion dominante, MM. Michelel etQuinet n'auront sans doute pas aperçu cette difficulté ; il est vrai que ce n'est pas la plus sérieuse.
ne rcagJ8S6 pas sur les eonvictionfi eltes^iQémes? Vous voulez que les élèves ne s'aperçoivent pas de vos contradictions et ne se ressentent pas de votre indifférence? Mais ce serait vouloir nous persuader que le maître est libre de n'avoir point sur son élève l'influence de sa manière d'être, et que la pénétration des élèves sur les actions de leurs maîtres est toujours en défaut.
Donc , par cela seul , le monopole enseigne , malgré lui, et propage l'indifférence pour toutes les religions , comme pour tous les systèmes. Donc il est, par sa nature, destructeur de toutes les croyances ; et s'il est vrai qu'il n'y a pas de vertu sans conscience, ni de conscience sans convictions , nous demandons au pouvoir si le monopole est, plus que la liberté , propre à lui former des citoyens vertueux. Libre à lui, après cela, de vouloir commander un jour à des peuples sans foi.
Nous évitons, autant que nous le pouvons, d'entrer dans le domaine des faits, et parce que d'autres l'ont parcouru, et toujours de crainte de rendre cet examen irritant. Toutefois nous nous permettrons ici de demander si la portion do la société où l'on croit le moins et où l'on pratique le moins sa religion, n'a pas été élevée par l'université ?
Mais^ dit-on^ parla direction suprême de l'enseignement, le gouvernement se formera toujoure des sujets plus dévoués.
Imprudents ! vous affaiblissez la vertu , et vous croyez pouvoir fortifier le dévouement? Il faut donc vous rappeler qu'en dehors de la conscience le dévouement ne peut plus avoir pour base que l'égoïsme *.
D'ailleurs le plus sûr moyen d'avoir un peuple dévoué, c'est de reconnaître et de respecter ses droits : c'est là surtout ce qui agit puissamment sur la partie la plus intelligente et la plus saine de la nation ; et si ce principe est vrai partout, il l'est surtout en France : et si toujours le Français a voulu avoir ses franchises, c'est surtout aujourd'hui que la liberté est la première base de la constitution elle-même.
Particularisons cette pensée pour la rendre plus sensible.
Une partie nombreuse de la société que lo
* La reslatiratlon fevorisa l'iiniversitd autant et plus peut-êU*e que le gouvernement actuel : cependant ce sont les élèves et les membi'es de runiverpité qui ont le plus
coiuribuôà son renversement. Quelle leçon J
gouvernement veut certainement et qu'il doit en effet vouloir s'attacher, non par des privilèges, mais par la justice, c'est celle qui se compose des vrais chrétiens ayant le clergé à leur tête. Les chrétiens attachés à leur foi , sur des questions qui louchent de si près aux intérêts religieux, penseront toujours comme le clergé, du nioîns en grande majorité. Or, à cette heure, le clergé ne fait plus généralement qu'une objection sérieuse au pouvoir, c'est celle qu'il tire du monopole universitaire. Qu'on veuille bien nous permettre de nous expliquer.
Les prêtres que leur éducation , leurs relations, hélas! et leurs souffrances avaient attachés à l'ancien ordre de choses deviennent plus rares tous les jours; ou bien, par suite de leur âge, de leur retraite, de leur isolement, ils perdent peu à peu toute leur influence. Un nouveau clergé s'élève et se répand , étranger aux révolutions, acceptant sans regret et sans point de comparaison les faits accomplis, comprenant mieux peut-être l'élat social actuel, mais aussi par cela même sentant plus vivement le besoin de la pleine liberté de son ministère. Il n'a pas , et il ne désire pas les avantages du clergé d'autrefois ; mais aussi il ne veut pas de nouvelles entraves. Or il voit dans le monopole uneentravedont Tancien clergén'avait pasa souffrir, malgré la facilité qu'avait alors le iX)uvoir
civil d'intervenir dans les questions l'elîgieuses à Tabri de ces mots : Religion de VElat.
Le clergé d'aujourd'hui, vous dit unanimement : c( Nous ne demandons ni richesses , ni «t titres^ ni privilèges ; mais nous réclamons au <( nom de la liberté promise, le droit qui nous « appartient de sauver les peuples du double H malheur de l'incrédulité et de la dépravation, « et nous déclarons que le monopole est, sur ce « point capital , un obstacle injuste à l'exerce cice de nos droits. Nous déclarons, qu'avec le « monopole , malgré tous nos soins , les géné- « rations adolescentes perdent la foi et les <( mœurs. Nous réclamons donc et nous récla- « merons sans fin , jusqu'à ce que justice nous « ait été rendue. )>
Qu'on le sache bien , c'est la la pensée la plus dominante, la conviction la plus intime du clergé , et cette pensée deviendra toujours plus distincte, plus vive, plus urgente, à mesure qu'il se recrutera dans les générations nouvelles, et, nous le répétons, cette pensée du prêtre, les bons fidèles la partagent, et eux aussi la comprendront toujours de plus en plus. Les familles surtout, les chefs de famille la partageront avec ardeur, parce qu'elle tient également à leurs droits les plus sacrés : or les sentiments de famille sont, avec les sentiments religieux, les plus impérissables et les plus invincibles. Et
cette répulsion du monopole sera encore parta* gcc par bien d'autres qui n'ont pas le bonheur d'obéir à nos pratiques , ni peut-être même de partager nos croyances. Donc, loin que par le monopole le pouvoir se prépare des sujets plus fidèles , il se crée des adversaires nombreux dont la plupart se trouveront dans les classes les plus morales et les plus amies de l'ordre. Donc, loin que le monopole assure la paix à la société, il y met nécessairement et pour toujours la guerre.
Non , quoi qu'on en dise , il n'en serait pas ainsi de la liberté de l'enseignement. N'en avons* nous pas la preuve chez un peuple voisin? Le roi des Belges devrait, ce semble, par la dissidence du culte qu'il professe, inspirer de la défiance et de l'éloignement à cette contrée , si catholique qu'elle a fait une révolution pour sauver l'intégrité de sa foi. Cependant c'est un fait notoire qu'il est peu de princes à qui l'affection générale de son peuple soit plus complètement acquise , et à qui , par conséquent, le gouvernement soit plus facile : nous savons même pertinemment que ce prince protestant ne craint pas de proclamer que les vrais catholiques sont le plus ferme soutien de son trône. Et nous avons vu de nos propres yeux qu'il en est ainsi. Pourquoi cela? C'est que Léopold a toujours respecté les droits de tous ; c'est qu'il a surtout
respecté, jusqu'au scrupule, la libertë de renseignement ^ ; c'est qu'il laisse l'université libérale de Bruxelles et l'université catholique de Louvain lutter librement avec Funiversité de l'état.
Qu'on ne vienne donc pas nous dire, pour justifier le monopole , qu'il faut à la nation une éducation nationale. La vraie éducation nationale et le monopole sont deux choses absolument opposées. L'éducation nationale, telle que doivent la désirer tous les î^mis du bien public, c'est celle qui donne à la patrie des citoyens plus méritants, et au prince des sujets plus fidèles. Or nous avons prouvé surabondamment que la nature du monopole est d'opérer tout le contraire. Et, ici encore, les faits ne viennentils pas à l'appui de nos raisonnements?
Le premier fruit d'une éducation nationale doit êire de former dans une nation un esprit national, des sentiments nationaux qui dominent les intérêts privés. Or, où trouver ces sentiments dans la France telle que l'université nous l'a faîte? Depuis quarante ans que le monopole est à l'œuvre, qu'a-t-il produit de ce côté? N'est-ce pas aujourd'hui une vérité colossale qu'il n'y a
* On raconte qu'une peisonne ayant demantlt^ au roi des Belges la permission de fonder une maison d'éducation : « Vous me demandez là, répondit-il, ce que je ne puis ni vous refuser, ni vous accorder. •>
plus d'esprit public, et que Tëgoïsme a tout envahi ? N'est-ce pas là UQ cri de douleur et d'effroi qui soit de toutes les bouches? Et voilà votre ouvrage à vous qui vous vantez d'avoir £ait la France ce qu'elle est ! Et vous oserez encore dire que vous avez fait de l'éducation nationale! Et vous viendrez encore couvrir de ces mots fantastiques votre désastreuse usurpation ! ^
Nous ne voyons plus d'objection tant soit peu
* Education ncntlonale! « Ces mots magîqiieiî, dit Fa- « bry, sont comme une monnaie courante à Tusagc de « tous les faiseurs de plans , depuis ^789 jusqu'à nos « jours, sans que sa valeur ait janiais été bien déter- « minée.»
Uauleur le prouve en passant en revue les plans prétendus d'éducation nationale proposés successivement par Tallejrand, Condorccl, Lepellelier, Robespierre , Lakanal, Danton, etc. «puis plus tard par Cliaplal , Lucien Bonaparte, etc. « Ainsi, dit à ce propos un écrivain plus « récent, ces grands mois d'éducation nationale n'ont ja- « mais signifié qu'une duperie, une mystification sociale, « En France, comme dans tous les pays où règne Icmono-
• pôle, ils ne signifieront jamais que la direction politique
• qu'un gouvernement par son chef ou par le ministère,
• imprime à l'éducation dans un besoin de système, soit
• pour opprimer la religion catholique dans l'intérêt d'une
• fccto, soit pour seconder des vues ambitieuses.» (^Exp, des i'tah pti'icîp{s sur f Insir. pub.y 2 p., cliap. 6.)
sérieuse à l'exercice des droits que nous réclamonS; à moins qu'on ne vienne nous dire que la liberté d'enseignement rendrait le clergé trop fort. Nous concevons à peine que cette observation soit faite par l'université même considérée comme corps enseignant^ car il y a bien quelque chose d'humiliant à tant redouter une concurrence; mais nous ne concevrions pas qu'elle jouit de la moindre estime auprès du pouvoir qui gouverne la France. Userait bien aveugle^ il serait bien à plaindre, disons-le, il serait bien coupable l'homme d'état qui, reconnaissant l'influence d'un corps éminemment civilisateur, aimerait mieux le mettre contre le gouvernement par l'injustice que pour lui par la liberté. Celte thèse est facile h développer, mais nous répugnons à le faire tant l'objection nous paraît misérable.
Nous ne répondons pas non plus à ce qui a été dit que la liberté d'enseignement ferait tomber la force des études; comme si les études étaient tombées en Belgique depuis que l'éducation y est libre , comme si , en toutes choses , le progrès n'était pas le fruit de la libre concurrence. Voyeît la France : la littérature y est enchaînée prie monopole , et malgré les exigences
excessives des examens pour les grades, la littérature tombe ou plutôt elle est tombée, au point que personne n'y prend plus goût, et que, hors des collèges, les beautés littéraires n'ont plus en elles-mêmes la moindre valeur. Au contraire, rien de plus libre que l'industrie; aussi rien de plus admirablement prospèie. C'est l'industrie qui, en ce moment, conduit la France et prépare ses destinées ; et si les sciences mathématiques et physiques sont plus cultivées que jamais, ce n'est certainement pas au monopole qu'elles doivent leui'S progrès ; c'est l'industrie, c'est la liberté de l'industrie qui les fait grandir; et si tant de jeunes gens^ même parmi le peuple, s'y livrent avec ardeur, soyez-en sûre, c'est qu'ils voient au bout de leurs études scolaires l'industrie publique ne distribuant ses faveurs qu'aux plus savants et aux plus habiles. Or n'estce pas évidemment encore le résultat de la concurrence et de la liberté? Qu'on essaie de moîiopoltser l'industrie, et l'on verra si Ton favorise ses progi'ès.
Ainsi ce sont pour nous deux choses démontrées jusqu'à la dernière évidence.
1° Que la liberté (Venseigncment est une
nécessilé pai'ce qu'elle est uii droit pour tous les Français.
2' Que j vu l'état de notre société, la liberté d'enseignement ne peut, sous tous les rapports, qu'être un bien pour la France*
Maintenant nous ne voyons plus qu'un mot possible, le voici :
« La liberté d'enseignement vous est due , « mais vous ne l'aurez pas, parce que nous ne
« LE VOULONS PAS. )i
Nous ne savons si quelqu'un osera prononcer ce mot; mais nous ne pouvons avoir la crainte que la législature le consacre jamais par un vote solennel, autrement nous y verrions en germe la ruine delà société. Il est écrit que celui qui sème l'injustice moissonnera des malheurs. Qui seminat iniquitatemjnetet mala. (Prov. xxn, 8.) L'infraction volontaire, publique et persévérante d'un point essentiel du pacte social serait le sujet légitime d'un mécontentement profond et impérissable pour tous les gens de bien ; il serait en même temps un prétexte de guerre toujours prêt pour tous les ennemis de l'ordre public.
Quoiqu'il en arrive, nous aurons, pour notre part, cherché à conjurer ces malheurs, en apportant notre tribut d'observations dans une question dont tout le monde s'est emparé.
Le serment (pie nous avons fait nous-nieme
à b charte , nous autorisait plus particulK-tvment à demander SOB eutière cxcculioii ; et les liens bien plus sacrés encore, qui nous aliacheiU à la vraie foi, nous imposaient le devoii- de demander qu'elle ne soit pas plus longtemps cx|K}sëe à un système d'éducation qui, pai- sa nature même, tend à la ruiner. Nous avons donc parlé comme Français et comme chrétien.
Nous ne nous faisons pas illusion sur la jwrtéc de nos paroles; nous ne comptons pas sur elles dans la cause sainte que nous défendons ; mais elles nous ont été impérieusement dirlées par notre conscience. Quel que doive être l'événement, nous n'am-onspasànous les repnxher.
Si, comme nous aimons à le croire, la liberté d'cuseignement nous est rendue, nous nous féliciterons doublement d'avoir atteint ce but si désirable. Si au contraire, cequ'àDieu ne plaisf, malgré tant de réclamations et d'instances . le monopole était maintenu, du moins on saurait que nous n'avons pas déposé les annes même au plus fort du combat, et que jusqu'à la fiu nous avons proteste hautement contre une détermination qui serait un immense malheur pour la religion et pour la patrie.
RÉPONSE
A QUELQUES QUESTIONS
SEOO.XD EXAMEN
U LIBEIIÎÉ D'E^SEIG^EIÏÏ,
«s roi>T or. iFt CÛ^»TlTlTIOXXEl El âOClAL;
V>r M" PABHIS,