‹ Liberté d'enseignement: Examen de la question au point de vue constitutionnel et socialChapitre 26 sur 26 · A, SIROU, IMPRIMEUR -ÉDITEUR · texte numérisé non relu

A, SIROU, IMPRIMEUR -ÉDITEUR

rue des Koje», 57. VAILLE, LIBKAIRB, 6 et 8, HUE CASSBTTE»

TBOISIEBIG LETTRE

DE H0NSEI6NECH

L'EYEOUE DE LANGRES

A nr. LE BVC DE BROCEIG.

Langres, le 2:2 avril 1844.

Monsieur le Duc,

Vous avez certainement compris beaucoup mieuï que je n^ai pu les apprécier les graves et désastreux inconvénients qui résulteraient du parti pris contre la vraie liberté d'enseignement. Vous avez même dû entrevoir celui par l'exposé duquel nous terminons cette troisième lettre. Ces inconvénients qui se traduiraient plus tard en désastres publics, vous, Monsieur le Rapporteur, et vos illustres collègues de la commission , vous n'avez pu vous résigner à les accepter et surtout à les proposer que par un seul motif, la crainte de malheurs plus grands encore. J'avoue que cette considération serait grave si elle était vraiment fondée : mais pour qu'il en fût ainsi , il Ëmdrait que ces malheurs prévus comme devant être le produit de la li-> berté que nous invoquons, fussent énormes pour excuser une injustice légale, et pour l'emporter sur la perte des croyances, sur la perte des âmes, sur la ruine delà société*

Si donc la liberté d'enseigaerneot devait produire ùes ma\heurs pins grands et aussïcertainsqueceux qui résulteraient certaiaement du moDOpole légalisé » lea partisants de la libcrlû pourraient être I Légitimement invités à renoncer à leurs droits; mais s'il n'en est pas ainsi, si c'est le contraire qui eat vrat , évidemment tous lei hommes de bien (loivent réprouver le monopole. Voyons donc ce que l'on pourrait avoir à craindre de la liberté.

Vous comprenez, monaienr le Doc , que j'ai lu voire rapport avec quelque attention. Or, je n'y ai trouvé que trois objections contre l'objet àe nos demandes, La prcmièreyestdèveloppéeassezlonguement, mais sans aucune preuve à l'appui. I^s deux autres y sont à peine indiquées.

i". La demande d'une liberté d'enseignement, comme en Belgique, est étrange, et dc, mérite pas qu'on ci) déliùère sérieusement. (C'est tout ce qui résulte du rapport, depujs la ligne sg jusqu'à la ligne lO'j, col. s*, page 3a5 du Moniteur. 1

S*. Avec la liberté, les congrégations religieuses entri:raientdans l'enseignement; (c'est ceque l'oupenlconcIurG ae la fin du § 3).

3°. Le clei^é veut avoir pour loi-même le monopole de l'enseignement (c'est ce que l'on prétend entrevoir dans les?)-

Vous le savez, monsieur le Dnc, c'est là toot ce qu'oq oppose pour repousser nos droits, réfater nos raisonuem«nt« et se réugner aux immenses malheurs du monopole. Veuilles donc nous permettre d'examiner avec vous la valeur de cette triple difficulté.

1° Voua reconnaissee, monsieur le ra^^ricur , que le droit d'enaeignertst en France un droit constitutionnel, un vrai droit civique; vous reconnaïMee que le r^inie de la censure préalable en matière d'enseignement doit ctre aboli) ôr« c'est U, dans notre sens, la liberté comme en

Belgique; vous reconnaissez que dans plusieurs des écrits qui vous ont été distribués , dans la plupart des pétitions qui vous parviennent chaque jour, on réclame avec insistance la liberté absolue de reoseignement telle qu'elle existe en Belgique; vous auriez pu reconnaître encore sans aucune crainte d'erreur, que c'est cette même liberté que demandent la plupart des évéques de France , plus de trente mille prêtres , plusieurs millions de fidèles catholiques.. ••• et, cependant, tous ajoutez q[ue, malgré le nombre des pétitions qui vous ont été remises ^ malgré l'extrême vivacité des vœux exprimés pai: les pétitionnaires^ vous estimez qu'il n'y a pas lieu de délibérer sérieusement sur ces demandes* Mais c'est donc que des faits énormes vous ont démontré que. ces demandes, que ces vœux, que ces vives instances ne méritent aucune espèce de considération? Non, car vous ne citez aucun fait, vous n'en laissez même soupçonner aucun. Mais est-ce donc que des renseignements très-sûrs vous ont appris que la Belgique a lieu de se repentir beaucoup de la liberté qui règne sur elle depuis quatorze ans ? Non , car vous avouez qne les documents officiels vous manquent et que vous n'affirmez rien à ce sujet. Quoi ! messieurs les commissaires, une demandé solennelle vous est faite par une multitude innombrable, par la portion la plus religieuse de la société, avec d'instantes prières ; vous n'avez rien de positif contre cette demande I Vous n'osez rien affihner^ son sujet et vous estimez qu'il n'y a pas lieu d'en délibérer sérieusement !

Vous ne pouveds , dites- vous , rien affirmer sur l'état de la Belgique, parce que les documents vous manquent. Mais, Messieurs, permettez^moi de vous dire que vous vous niéprenez. Vous aviez des documents sinon officiels au moins très-dignes d'attention sur l'état de la Belgique. Nous^mêine nous avons eu l'honneur de vous faire reitnettire et nous nous permettons de vous adresser de nott«

veau^ sur cette question , un document fort authenlîquo. Il est vrai qu'il est tout entier fiivorable k la liberté d'enseignement. Il est vrai que c^est une statistique où les preuves sont formulées en chiffres qu'aucun journal universitaire n'a osé démentir, et d'où il résulte qu'en Belgique sous le régime de la liberté, i^ le nombre des institutions secondaires h presque doublé ; !i* le nombre des élèves a plus que doublé ; 3^ les collèges de l'Etat i loin de souffrir de la concurrence , ont considérablement gagné et en nombre et en valeur morale; 4** enfin, les mœurs publiques ^ sont améliorées au point que de i854 à i8ii ilyaeu une diminution de 35 pour cent dans le nombre des délits, taudis qu'il est bien reconnu qu'en France ce nombre va toujours croissant : et il est bon d'ajouter qu'à celte époque de i84i il y avait en France i accusé sur 4,554 habitants et en Belgique seulement i sur 9,935, beaucoup moins que moitié. Quoi! Messieurs, c'est le régime qui a amené cet état de choses que Ton vous demande : on s'appuie, pour vous le demander; sur des droits que votis avouez , sur des documents que vous possédez et vous estimez qu'il n y a pas lieu d'en délibérer sérieusement!

Vous croyez-vous absolument obligés d'attendre des documents oiBciels. Mais, messieurs, vous veniez d'en recevoir: lorsque tout récemment le gouvernement belge, peut-être par quelque influence étrangère^ peut-être par le désir naturel à tout pouvoir de reconquérir quelque suprématie, lorsque le gouvernement belge proposa une modification à la composition nationale du jury d'exameu , a^ez-vous r^narqué un seul mot d'un seul représentant, quel que fût son parti, contre la liberté d'enseignement dont jouit la Belgique? C'était bien l'occasion d'en signaler les inconvénients, puisqu'il s'agissait de lui porter au moins indirectement et de loin une première atteinte. Cependant, on ne l'a pas fliit : tous, et le ministre Mothomb

luî-m^me) et lea parlUans du projet, ont commence par proteMer de leur respect pour la liberté conquise. Mon-* seulement) on ne lui a pas reconnu de torts , mais , chose étrange ! on ne lui a pas même attribué d'abus. On eût pu le faire^ sans que personne fût en droit d'en tirer la moindre conséquence, mais on ne l'a pas fait. Tous, tous, après quatorze ans d'expérience, ont salué leur liberté d'enseignement, comme la gloire de leur pays et la source de toutes les prospérités nationales. Messieurs, vous sauviez cela, le Moniteur français lui-même, tout en choisissant dans les débals belges^ ce qui pouvait être favorable à votre Université, n'avait pas pu vous laisser ignorer l'attachement inébranlable de tous les Belges pour la liberté complète de l'enseignement. Il me semble que vous en saviez assez pour eu conclure que nos réclamations, nos vœux et nos instances n'étaient pas entièrement indignes de votre examen. Pour nous, évidemment, nous sommes en droit d'en conclure que cette première objec-« tion tourne glorieusement à l'avantage de notre cause , et qu'il suffit de jeter les yeux sur la Belgique pour comprendre qu'en demandant la liberté d'enseignement, loin d'appeler aucun malheur sur notre patrie , nous y -appelons un grand bien pour tous et un avantage inappréciable pour chacun. Donc point de malheurs \\ craindre de ce côté.

Mais 2% avec la liberté les congrégations religieuses entreront dans renseignen^ent. Nous- avons, dans notre troisième examen sur la question (Ghap. m. § II), combattu et réprouvé pour le fond comme pour la forme , rexclusion des congrégations telle que la proposait le projet ministériel : nous regrettons beaucoup , nous ne comprenons aucunement que la commission l'ait adopté sans amendement , ni pour la foYme, ni pour le fond , et nous pouvons vous assurer. Monsieur le rapporteur, que si vous saviez comme ik)us ce que c'est qu'une conscience

oatboHqM^ tous n'euésîez jamait prodoooë cette phrase : « Êtes-voQs ou n'étes^vous pas membre d'une congr^* « lion non autorisée? Quel est l'homme consdencîeuT « qui puisse trouver cette question embarrassante? y^^

Monsieur le Duc^ cette question par sa nature, n'est pas seulement un embarras , elle peut devenir un horrible tourment de conscience et même un tout autre supplice. Ce sont des questions de ce genre qu'au seizième siècle on adressait en Angleterre par ordre d'Elisabeth. Avez* vous ) ou n'avez-vous pas assisté à la messe? ètes-vous y ou ne vous étcs-vous pas confessé? Ce sont encore des questions de ce genre que, pendant trois cents ans, on adressa juridiquement aux premiers fidèles. Etesvous, ou n'ètes-vous pas chrétien? Il y a cette différence entre les tribunaux de la vraie justice humaine et ceux des persécuteurs , que , dans les premiers , on interroge l'accusé sur ses méfaits , dans les autres, au contraire^ on le questionne Sur ses œuvres saintes , et c'est également pour punir ! ! ! Monsieur le Duc , ce que je vais dire est loin , bien loin de vos intentions, mais cela est vrai, et« dans l'intérêt de la vérité , vous voudrez bien ne pas vous en blesser s Les paroles que vous croyez ne devoir causer aucun embarras k un homme religieux sont formulées exactement sur le Questionnaire de tous les persécuteurs de l'Église. De grâce. Messieurs, gardons-nous d'inoculer de pareils principes dans nos lois. La peine , direzvous, est bien légère, c'est seulement la privation du droit d'enseigner. Admettons que ce soit toujours une peine légère, ce qui n'est pas; mais enfin, c'est une peine, vous en convenez , c'est une peine infligée à une œuvre sainte^ à ime œuvre que Dieu conseille, bénit, récompense!!!! Messieurs , une fois le premier pas fiiit dans une telle voie, on va plus loin qu'on ne l'avait d'abord voulu. Sous Elisabeth , l'audition de la messe et la confession furent d'à-» bord punis par la simple disgrâce de la reine, plustard^

il y eût conti'e chacune de ce6 deut actions ^b*^ catholi-^ ques et fi émioeiiunent sanctiiiâule* , LÀ FEINë DE MORT. {Statuté Book et William, Gobb., p. 265. )

Maisy répondrez-vous^ la disposition des esprits ne permet pas d'admettre en ce moment les oongr(Sgations reli^ gienses dans Tédàcation. Il y aurait beaucoup à dire sur cette disposition prétendue des esprits et surtout sur sts causes» Vous savez qu'il y a quelquefois, même dans les hautes positions, des hommes comparables sous certains rapports avec ces malfaiteurs qui crient au feu après avoir eux-mêmes allumé l'incendie. Mais en admettafit pour un instant qu'en effet cette disposition des esprits fût telle que les lûembres des congrégations religieuses ne pussent réeU lemènt pas aujourd'hui entrer de fait en participation de la liberté générale de l'enseignement, même dans ce cas ne pdurriéz-voufl pas toujours nous laisser d'abord cette liberté à tous, sauf l'application des lois qui doivent régler les congrégations, s'il y a lieu.

De cette manière, on fera peut-être bien encore quelque passe-'-droit inconstitutionnel à trois ou quatre dominicains, à une douzaine de bénédictins, et à deux cent six jésuites; mais du moins on ne fera pas une injustice criante & trente* trois millions d'hommes, du moins on ne sacrifiera pas le principe général h une infiniment petite exception. Les re* ligiéux des divers ordres traiteront ensuite leur affaire k part avec le pouvoir; on continuera peut-être quelque temps À exercer contre eux ^es lois et ordonnances dont nous croyons, pour notre compte, l'application fausse et la teneur inconstitutionnelle; mais du moins, Messieurs, vous n'aurez pas consacré de nouveau et surtout par une loi des mesures dont nous venons de vous faire voir la fa-* taie portée; du moins vous n'aurez pas compliqué, vous n'aurez pas irrité, par un incident inutile, une question que. l'ardeur des passions a rendue déjà si difficile et si brûlante. Donc^ sans traiter ici de l'opportunité actuelle

des congrégations relfgîeuses^ l'objeclîon qu'on en lire est' de nulle valeur, puisqu'on peut ne pas s'occuper d'elles ; • et alors la loi sur la liberté d'enseignement se réduirait à ces mots : « L'Enseignement privé est libre sauf les rcjterves de droit, s'il y a lieu, en ce qui concerne les congrégations. » 11 nous eût été assurément facile de prouver que les ordres religieux ne pourraient qu'a)>porler d'immenses avantages dans l'éducation des jeunes gens; comme ils le font depuis déjà bien des années pour l'éducation des jeunes personnes. Mais il suiBt k notre thèse d'avoir fait voir aux plus prévenus qu'ils peuvent, sans avoir rien à redouter des congrégations, nous faire jouir de nos droite. Donc point de malheurs encore de ce côté.

Mais , 3"* le Clergé va tout envahir, ce n'est pas la liberté qu'il demande , c'est la domination , c'est le monopole pour lui-même. Mais que veut-on dire par-là? Veut-oa parler d'une domination personnelle ou bien d'une direction de principes? Veut-oiidire que le Clergé prétend mettre des prêtres à la tête de tous les collèges et de toutes les institutions , de manière que bon gré, mal gré, il fallut pour tous passer par l'éducation cléricale ; ou bien veuton dire seulement que le Clergé désii^ que tous les catholiques soient élevés dans la croyance et la morale catholiques? Si c'est le premier qu'on veut dire, c'est une absurdité et une impossibilité de tous points ; si jc'est le second , c'est une incontestable et une inévitable vérité. Mais, qui oserait prétendre que ce fût un malheur?

Pour croire que la liberté d'enseignement fera mettre immédiatement des prêtres dans toutes les maisons d'éducation, il faut d'abord ne pas savoir que le personnel du Clergé est très-loin de pouvoir suffire même au ministère pastoral , qui est sa première et sa plus essentielle fonction* Les vocations à l'état ecclésiastique sont toujours fort au-dessous des besoins des âmes, besoins qui , par le malheur des temps , se niultiplient tous les jours. Sans parler des vides nombreux dont nous souffrons nous-

m^es 9 il y a des dëtresses bien plus affligeantes que les nàtres* Nous connaissons des diocèses où le nombre dl^s places vactinies s'élève jusqu'à quatre-vingts, cent vingt et nième cent cinquante. Où veut-onquel'o'n trouve des prêtres pour envahir renseignement? Premier motif pour ne pas redouter de notre part ce genre de domination.

Deuxième motif. Les institutions laïques subsisteront nécessairement tant qu'il y aura des familles qui les préféreront aux institutions dirigées par ]e& ecclésiastiques , puisque y aous le régime de la liberté, ce sont les familles qui suscitent â leur gré , et selon leurs goûts , les maisons, d'éducation. Or, quand on se rend compte de l'état religieux, ou plutôt bêlas, irréligieux de la France ! on comprend que, longtemps encore , et pour niillé raisons , les établissements sécidiers seront les plus nombreux , surtout en y comprenant les collèges où l'Etat , avec la supériorité de son influence et les munificences de son budget , pourra toujours offrir des facilités et des fiiveurs que nos maisons ne saurai^it jamais présenter. 11 est donc inutile d'examiner s'il y aurait inconvénient ou avantage S ce que toutes les institutions secondaires fussent dirigées par des ecclésiastiques^ puisque cet événement est matériellement et formellement impossible. Ceux qui dépensent leur science et leur talent pour prouver que l'éduca* tion publique est aujourd'hui sécularisée, et qu'elle doit l'être, et qu'il faut la maintenir telle , se donnent des peines fort inutiles. Ils luttent contre un pur fantôme. Je ne leur accorde pas que cela serait un malheur public, pas plus que je ne vous accorde , Monsieur le Duc , que la décadence des études résulterait du succès des petits sémiuainaires , établissements que vous paraissez ne pas connaître^ puisque, malgré vous sans doute , vous en avez fait un {K)rtrait faux sous toutes les faces. Mais, je dis qu'avec la liberté d'enseignement, l'éducation restera sécularisée eu ce sens que les séculiers continueront à la diriger pour

lear part» oomme ils le font au)Ourd'htoS> atec cette énorme difftfrcnoe que ce sera selon lea vœux divert fsl le libre chois des familles^ au lien qu'aujourd'hui c'eat adon la volonté uniquei aveugle, dUcrélionnaire ci tjrrannique du monopole.

Maia , nous dit^n y û vous lie pouves dominer en per* sonne f au moins vous désirez le faire par vos prhicipes.

Oui 9 sans doute mous désirons, nous demandons et nous demanderons toujours que l'on ne nous empêche pas d'âever catholiquement les jeunes eathoKqaea que l'Eglise et la société nous con6ent. Oui, nous désirons cela, et qiû oserait nous en faire un reproche? qui même oserait dire que nous ne devons pas le faire? Il Se trouve, il est vrai, des écrivains et deé orateurs qui nous invitent dans des termes généraux et vagues a la paix , a la modération, h la charité, paroles que dans un certain monde on, est convenu d'employer sans les comprendre. Mais s'ils daignaient venir nous voir à l'œuvre, s'ils voulaient ou s'ils pouvaient s'élever jusqu'à la sphère où nous combat« tons, nous leur montrerions pour notre compte les 4o,ooo enfants de ce diocèse, et nous leur dirions.: voilai de jeunes imes, dont nous sommes chaînés spirituellement devant les hommes et dont nous> répondrons éter-' nellement devant Dieu^ c'est à hous à les préserver du venin de l'erreur et à les nourrir du pain de la vérité di« vine. Si nous ne sommes que le méroenaire de ce fkible et précieux troupeau, nous laisserons venir le loup de l'im<* [liété, du scepticbme, du libertinage qui le ravagera. Si nous sommes son bon poêlêur^ nous le défendrons jus* qu'à donner notre vie pour son sahitl (Jean^chap. X)« Eh bien, hommes du monde, crojants ou sceptiques, fidèles ou impies que nous importe, que l'un de vous se lève et pourvu qu'il ait seulement de la raison et de l'honneur^ qu'il ose nous dire^ non pas vagoemtnt, mais positive* ment et pratiquement t Pasteur des ftmes , dépenaea dans

un hi>nnàte rèpot ks revémii de vof ce mMee dpiscopale , évitez la moindre observation qui pourrait déplaire même aux plus méchants, et s'il faut, pour conserver la paix avec totti le monde et passer pour un évèque 'sage , livrer tous vos jeunes gens au démon de Tindifférence , du doute et même de Tincrédulité* Pasteur des. âmes , sachez en prendre votre parti sans mot dire ! Qu'il se présente celui qui osera nous tenir directement ce langage; qu'il parle , qu'il parle haut et nous pouvons bien lui promettre 4fllùl> AUJUt. jtfuu:^ «éponse le. Juépris et l'indignation pu« blique.

Et cependant c'est là ce qu'en termes polis et déguisés y des hommes d'Etat nous conseillent quand ils nous invitent à laisser nos enfants sous la domination d^un monopole sans croyance et sans entrailles.

On est surpris de ce que nous tenons à faire élever ca«» tholiquement nos jeunes catholiques , de ce que nous dé-« sirons ardemment voir les idées « les convicticms, le» habitudes religieuses reprendre le dessus. Mais indépendamment de nos devoirs de pasteur, qui oserait dire que c'est là une pensée funeste au gouverne ment et à la société? Dispensons-nous de présenter ici le tableau des besoins publics tant de fois tracé par d'autres au point de vue ' des croyances et des moBurs. Mais tout récemment encore n'a-t-on pas entendu les ministrer du Roi se féliciter en pleine tribune du retour qui s'opère vers les idées religieu* ses et de l'affluence inouïe des fidèles dans nos temples pendant les dernières solennités pascales* Mais si ce retour aux idées et aux cEUvres saintes est un événement dont vous croyez devoir féliciter la France> pourquoi donc trou-> verez-^vous mauvais que nous désirions y coopérer efficace* ment en travaillant dans ce sens les jeunes générations ? Quoi! ce serait un bien pour les hommesfaits de revenir aux pratiques chrétiennes et ce n'en serait pas un pour la jeu-^ nesse de ne jamais les quitter!

— ia —

. Il y a retour à la reKgion! Oui , grâce au ciel , au moins pour plusieurs* Mais savez-vous par qui s'opère ce retour, c'est par le niioislère de ces prêtres, de ces missionnaires^ tranchons le mot, de ces jésuites dont vous avez horreur. Pourquoi donc , puisque vous bénissez l'œuvre , en maudissez-vous la cause? Il y a retour à la religion ! C'est en effet un phénomène bien digne de remarque ; car, il est humainement inexplicable. Muis savez-vous, hommes du monopole.! comment ce retour s'opère chez ceux que vous avez élevés j demandez-le leur: ils vous diront que c'est avant tout eu désavouant | en quittant , en maudissant les principes, hélas I et souvent les habitudes qu'ils ont reçus chez vous. 11 leur a fallu dépouiller le vieil homme ^ riiomme de péché longtemps pcut-ctre fortifié en eux sous votre conduite , et dépouiller avec d'inexprimables douleurs les langes impurs de leur enfance et de toute leur jeunesse , pour se revêtir de l'homme nouveau , et recevoir la robe d'innocence, tant de fois souillée et perdue dans les collèges. Maintenant est-ce donc un mal de notre part , est-ce donc un mal pour la société que le clergé désire épargner aux âmes ce besoin d'une conversion toujours si pénible quand elle s'opère et qui trop souvent hé* lasl ne s'opère pas. Est-ce un crime de vouloir prévenir d'irréparables regrets en maintenant la jeunesse dans la simplicité de la foi et ia pureté de sa vertu première? Or, nous déclarons à la face du ciel et de la terre. que c'est là toute notre ambition ; et quand nous aiBrmons qu'avec le monopole , tel que le projet de loi le propose, il nous est impossible d'obtenir ce résultat si désirable , qu'il en sortira des effets tout opposés; nous le demandons , pourquoi s'obstine-t-on à ne pas nous croire? où trouvera-t-on des témoins plus compétents que nous pour en parler, et quelle est cette &scination qui fait que l'on marche au précipice lors mime qu'on en est hautement averti par ceux qui l'ont vu ?

Resninons donc : si par ces mots faiilasUqucs de domination du clergé on entend le retour à des croyances plus vraies et à des mœurs plus pures^ évidemment, c'est un. bienfait et nous avouons que c'est l'objet de nos vœux, de nos demandes, de nos efforts^ si, au contraire, on veut entendre par là quelque suprématie sociale, où pourrait Yttiryenir \e parti prêtre , évidemment c'est une chimère non seulement que nous ne désirons pas, mais que nous ne pourrions pas même espérer sans <^tre frappés de vertige^ puisqu'il sufBt de mettre cette idée en face de nos institutions actuelles pour qu'elle s'évanouisse aussitôt comme une ombre. Il fiiùdrait en France d'incalculables bouleversements et encore de longs siècles {>our que le prêtre y recohqutt d'autre autorité que son influence morale, et au fond , il n'a besoin que de celle-là, et elle est d'autant plus forte entre ses mains qu'il la possède seul.

Mais nous avons un dernier point à traiter qui tient par forme de contraste à celui que nous achevons ^ car s'il est évident^ conime les termes eux-mêmes le font sentir, que la liberté est ''précisément l'opposé de la servitude, il est évident aussi que là servitude est le produit inséparable du monopole. INous l'avons déjà fait voir ailleurs avant l'apparitiondu projet ministériel (Deuxième Examen, qua* trième question, janvier i844). Cette triste vérité reçoit un nouveau jour de ce même projet tel que la commission le propose. En effet, si jamais il devait arriver à l'état d'une loi en exécution, il en résulterait d'abord nécessairement l'asservissement et bientôt après la ruine de tous les établissements privés. Pour le'prbuver, Monsieur le Duc, il me suffira de vous citer vous-même : « Â mesure « que les établissements publics deviendront plus nom* « breux et plus florissants, qu'ils étendront le champ de « leurs conquêtes^ on verra les établissements privés qui a n'ont pas les mêmes ressources et qui ne peuvent, eu « aucun cas, enseigner & perle, s'éteindre et disparaître

<i peu i peu. C'est ce qal est arrivé en Prusse en iBSg ; « dlx^liuit ans après la promulgation de la loi qui a réor. ¥ gaiiisé sur des bases larges et puissantes renseignement « public, il ne se rencontrait plus dans tout le royaume H une seule institution privée qui fût demeurée debout. (( Nous n'en sommes point encore là en France... » Non, monsieur le Rapporteur, nous n'en sommes poiut encore liy mais nous y arriverons promptement par la voie fatale qui est ouverte. Soyez bieû sûr qu^avec un tel système, avant dix-huit ans, on verrait les établissements privés s'éteindre et disparaître peu il peu, surtout ceux de plein cxercicei les plus essentiels de tous. Il en serait ainsi pour bien des raisons que d'autres développeront sans doute ; en voici une qui seule est une démonstration. C'est qu'il leur sera impossible de payer et même très souvent impossible d'avoir constamment, n'importe à quel prix, le nombre de maîtres gradués exigés parle projet : or, comme labsence d'un seul de ces maîtres, ou la présence d'un maître non gradué suffit pour placer k l'instant une telle institution sous le coup de l'Université qui serait sa souveraine eisa rivale, il est clair que par cela seul l'existence des établissements particuliers serait sans cesse en question et ce serait toujours en présence des collèges de l'Etat le*gaiement impérissables et inattaquables. Cette conséquence est dé la plus haute évidence pour quiconque a vu de ses yeux ce que c'est que l'éducation. Tout se résumerait donc bientôt dans l'unique et pur monopole, c'est-àdire que dans peu de temps le ministère aturait seul toutes les jeunes générations sous sa inain discrétionnaire et toute puissante; et il ne faut jamais perdre de vue que cette autocratie serait successivement personnifiée daus des hommes ministres ou conseillers royaux dont rien ne peut nous garantir d'avance, ni les croyances, ni les principes, ni la moralité. Lesconséquenoes arriventici en foule, effrayantes^ hideuses* Je me borne à uneaeulei parce que

— lÔ —

je n'ai annonce que celle-là : Un tel système^ ai jamais il pouvait prévaloir^ mènerait la France entière direc^ tentent et prompiement à la serpitude.

Des enfants habitués h ne connall re qu'un grand-maître, supérieur k tous, même à leurs pères et mères, supérieur à tout, même à la religion \ de tels enfants seraient tout dressés pour adorer le despotisme. La Religion et la[Famille n'entrant plus que comme des rouages passifs dans l'immense et inévitable mécanisme universitaire, ces deux grandes sources des sentiments généreux et libres seraient bientôt absorbées comme des éléments secondaires dans ce qu'on appelle déjà l'Unité gouvernementale. La liberté individuelle et la liberté de conscience déjà si mutilées seraient alors sacrifiées comme un holocauste légitime sur l'autel de ce Dieu nouveau qu'on nomme l'Etat, et pour arriver h cette incalculable dégradation on n'aurait fait que tirer les conséquences pratiques des principes déjà posés. Avec des hommes sans croyance et sans mœurs on fait facilement un peuple esclave. Quand les citoyens de Rome dégénérée vociféraient : les chrétiens aux lions ! et battaient des mains aux supplices sanglants des martyrs, ils étaient devenus féroces, mais ils n'étaient plus ni courageux ni fiers 5 car ils prêtaient leurs bras aux fers des plus infâmes tyrans et laissaient les barbares se partager leurs dépouilles opimes.

Monsieur le Duc, nous n'en sommes pas encore là, mais c'est 1^ que conduirait la voie ouverte par le projet de loi. — Grâces à Dieu, nous avons bien l'espoir que la France libre, que la France chétienne n'ira pas jusqu'à cet abîme, qu'elle réagira tôt ou tard contre une direction qui l'égaré et tend a la perdre. Mais, qu'on le sache bien, plus oji l'aurait menée loin dans cette fausse voie^ plus sa réaction serait terrible.

Je suis, etc. '\- P. L.

Évéque de Langres.

Imprimerie d'A. SIROU, rue des Noyers, 37*

CHEZ LE MÊME ÉDITEUR

MèA OOMTIffAXttANOSDS J.-0«t ouïe Dogme de rincarnûtlon, cn\lsage comme la raison dernière et suprême de tout ce qui est. Par M. l'abbé Combalot, missionnaire apostolique, \ icaire général de Roucii et d'Arras, 4 \ol. in-8' de 500 pages, broché. Prix : 6 fr.

UB8 TRAIS VBZNCIPZS SUA X>A XJBE&TÉ B'SVSEZGNS-

KXMT, ou les Trois Examens sur cette Question au point de vue constitutionnel et social , par Mgr Parisis, évéque de Langres, 2' édition 4 vol. in-48, et 140 exemplaires pour 400. Prix : 60 c.

DIX MILLE EXEMPLAIRES publiés de cct ouvKige prouvent plus que tout ce que nous pourrions dire en sa faveur. ( Chaque examen séparé 25 cent. )

lATTBZ BZ MOMSBZOVBim L'ÉTfiQUZ BE CHARTaSS ,

sur la position faite au Clergé dans la question de la Liberté d'Enseignement , brochure in-S* . Prix : 4 5 cent. , le 4 00 , 4 fr.

BZSOOUaS BB m. 1.E COBCrS BE M0VTAI.EKBEB.T, pair, de France, sur la Question de la Liberté de l'Église. 52 pages in-S' aYoc couverture imprimée. Prix : 10 cent.

TWLAXTi OOBOP&BT SVH UL UBXRTJÉ B'ÉBUCATZOW , cousidérée dans ses rapports avec le droit naturel et social , par M. l'abbé Chantôme , directeur d'une maison d'études , ancien professeur de Philosophie , 4 vol. m-S* de 400 pages. Prix : 5 fr.

Ce traité ne fait qu'une partie d'un cours de droit social , et sera immédiatement suivi d'un Traité sur la Liberté religieuse et sur la Liberté nationale.

saaposxnov boomatzqus bz xjl Bocraisni GHa;t-

VJJUiWZ , Ouvrage utile à tous ceux qui reçoivent un Enseignement supérieur, et qui veulent se faire une idée claire et complète de la croyance catholique, par le même auteur, une feuille ia-48, sur grand raisin, couvert, broché , rogné , ( le 400 25 fr. ) Prix : 40 c.

Ce petit ouvrage convient aux maisons d'éducation où l'on donne des , conférences religieuses , et aux catéchismes de persévérance des paroisses*

Uê OVIBZ BU JZVNZ VBAtBJB , dans sa vie privée , dans ses différents rapports avec le monde , par M. l'abbé Réaume , 4 fort vol. in-42. Prix : 2 fr.

Le but de cet ouvrage , qui compte déjà de nombreux souscripteurs, est est d'instruire le jeune prêtre de sa position daps le monde , de l'esprit du monde , et de lui exposer par quelles vertus, d'abord, et par quelles qualités il s'attirera l'estime et la confiance de ceux qui auront avec lui quelques rapports.

BE L'IVFXiUEirCE BU CHRZSTIANZSBII5 SUR Z.'£8PZaT BS ;. 4 vol. in-S-. Prix . 4 fr. 50 c.

Imp. d'A. SIROU, rue des Noyers, 57.

Page 1