A II. LE DUC DE BROOLIE
Laugres, k iO avril 1844,
Monsieur LE Duc,
On a dit que les amendements faits par la commission au projet de loi de M. \illemain étaient insignifiants; nous sommes loin d'admettre ce jugement sans restriction, et nous avons besoin de faire ici une distinction essenlielle.
11 est bien vrai que, en ce qui concerne la Liberté d'enseignement, telle qu'elle est due toute entière aux établissements privés, les amendements delà commission sont tout à fait sans portée, puisque le monopole est maintenu avec toutes ses prescriptions préalables, avec totues ses conditions rigoureusement exclusives, et puisque , d'après la commission, comme d'après le ministre, il ouvrirait et fermcrailàson gréaux institutions particulières les sources de la vie. Bien loin donc que la Liberté d'enseignement soit accordée par les amendements, elle est ])ositivGment refusée : Nous verrons plus
tard eu quels termes et par quels motifs ce relus est exi)rinié. Qu'il nous suffise aujourd'hui de conslaler que, sur ce point majeur et le premier de tous, il n'y a rien d'obtenu.
Mais il n'en est pas ainsi de l'Instruction publique. En appll(juant à l'enseignement donné par l'Etat quelques unes des dispositions indûment proposées par la commission pour Ifs établissements particuliers, on y trouve au moins déjà les germes d'une loi sérieuse.
Ainsi, ( art. 5.) le comité spécial proposé pour la délivrance des certificats de moralité est incoujparablement plus digne de confiance que ne peuvent Têlre, par leur litre, les maires de campagne, ou même ceux des villes. A\insi, ( art. 10. ) le jury tl'examen , tel que le conçoit la commission, au lieu de ne représenter qu'une corporation décidant dans sa cause , ofTre au moins quelque garantie au pays, en prenant la majorité des membres en dehors du corps privilégié.
Ainsi, (au même article,) la nomination directe par lévêque diocésain ou par l'autorité consistoriale de l'ecclés'astique catholique ou du ministre dissident qui doit hùve partie du jury d'examen , établit au moins la distinction des deux pouvoirs, et contredit cette maxime impie que les prêtres ne sont que des fonctionnaires publics.
Ainsi enfin, (art. 12}, les limites posées à la matière des çxamens, quoique beaucoup trop vagues encore, laissen. au moins entrevoir que l'on a compris cond^ien il est impossible et dangereux, même pour l'instruction publique, «|ue ces programmes soient laissés î» l'arbitraire de ministres ou de membres du Conseil Royal , qui , pouvant rire choisis sans aucun égard à leurs croyances et à leurs syatèmes, n'offrent absolument sur ce point pour l'avenir aucune garantie (jucUe qu'elle soit.
L'art. 69 veut que l'Instruction publicpie soit soustraite ;, l'arbitraire du pouvoir administratif et réglée par une
loi. M. Villemaiii n'a eu aucun t'ganl à ce prem'er j)oint. Il a laissé sou L nivcrsilé liMnchemcnl libre de toute dépendance Icgiilc, et iransposant par un contre-sens inconstitulionne! les termes de la Charte , il a rt'glé par une loi l'enseignement privé qui doit être entièrement libre, et a donné la liberté entière à rïnstruclion publique qui doit être réglée par la loit Vous, monsieur le Duc, sans j^récisémcnt remettre ces deux points à leur vraie pbice; voua posez au moins quebjues |)rincipes (jui pourraient entrer avantageusement dans la composition de la loi ii l.Kjuelle la Cliaile veut que .soit soumise rinstruction donnée par l'Etat ; et c'est en cela, et en cela seulement qneles amendements de la commission ont sérieusement amélioré le I rojet. Mais, comme malheureusement vous avez conservé dans tout le travail un élément d'ab'^olutisme entièrement opposé à tout le système, il en résulte de toutes parts des répulsions violentes et des impossibilités insurmonlabies. Vous vous en èles aperçu vous même, monsieur le Duc : dans la série si franche et si Ituïiiueuse de vus raiionnemerits, vous avez rencontré des dilemmes contre lesquels vous avez avoué qu'il n'y avait pas de réj)Onse, vous avez reconnu cl si nalé dans votre projet des dillicult('s théoriquement insolubles. Certes on a droit de se demander comment un esprit i-i élevé a pu se décider à poursuivre nue voie où il voyait clairement qu'on marchait à l'absurde. Vous avez cru échapper à ces difFicullés théoriquement insol(d)les en prétendant que pratiquement elles ne l'étaient pas. Il est bien sûr que tout est possible pratiquement en ce genre. On peut pratiquement commettre des folies et des crimes, mais alors pratiquement aussi et théoriquement on est condamné par la raison et la vertu. Quand dans une loi il se rencontre des didicullés théoriquement insolubles, c'est qu'elles sont contraires à la raison et à la justice, el alors on ne peut v échapper pratiquement que p^r la violence et 1 iniquité < c'est malheureuse-
ment ce qui rcsuilerail du projet de la commission. Il est grandement à regretter , monsieur le Diic, que les préoccupations d'un parti pr^s ne vous aient pas permis de voir ces odieuses conséquences.
D'ailleurs, voici d'autres impossibilités que vous seiiiblez ne pas avoir distinctem.ent aperçues.
Impossibilité de satisfiiire et de rassurer les familles vraiment religieuses; — impossibilité d'éviter d'avoir avec le clergé des débats désastreux; — impossibilité de ne pas amener par le monopole la servitude de l'enseignement et par suite tous les genres de servitude.
i". Après avoir dit que les collèges de l'Elat sont de plein droit et par la force des choses ouverts aux enfants de toutes les communions, vous reconnaissez qu'un tel régime ne peutêlre imposé d'autorité à personne : « Tous « les caractères, ajoutez-vous , ne sont pas assez fermes i( pour le supporter. Tl est juste q!)e les parents, s'ils en « conçoivent quelques alarmes, puissent y soustraire l'ob- « jet de leur sollicitude. » Et plus loin vous reprochez au projet, « de ne pas réserver aux parents le droit de faire « instruire leurs enfants dans les établissements privés ou « publics par des ministres de leur choix : droit précieux « pour tous les parents et qui ne pourrait être refusé sans « injustice. »
Voilà bien encore le droit de famille mis en première ligne, et reconnu sans rival sur le point en eflet le plus essentiel , sur la liberté de conscience : or , comme la conscience se mêle à tout dans l'éducation, il devait en résulter cette conséquence naturelle déjà tant de fois exprimée sous toutes les formes , que si les consciences sont libres, l'éducation doit être libre au même degré. Mais vous ne vouliez pas accorder la liberté ù l'enseignemenf , et votre délicatesse ne vous jiermeltait pas de la refuser aux consciences. Que faire donc?
Vous nous avouez, Monsieur le Duc, que dcvajit cette
(lifllculté livs avis de la ronimission ont t^té parlagcs, et enfin vous vons êtes nrn'tt's à Vidée de séparer l'éducatiou eu deux ; do (!i^tin£ïuer l'inslruclion religieuse de tous les autres enseignements; de laisser pour l'une la liberté aux familles et do tenir les autres dans les fers : tellement que les familles pourront envoyer à leurs enfants dans les établissements publics ou privés un ecclésiaslique ou un ministre à leur choix pour les instruire de leur religion. Cette idée n'a pu être conçue que par un homme de bien, et même que par un homme religieux. Mais, sans parler de son insuffisance , sans dire combien un ecclésiastique qui viendrait quelques heures dans la semaine serait impuissant à contrebalancer les discours et les exemples des autres maîtres, qui devront tous comme préeéJenimeut être jetés, si l'on peut le dire, dans le monde universitaire avec obligation de soutenir à leurs examens le panthéisme ou l'éclectisme si les examinateurs sont éclecliques ou panthéistes ; sans parler de cet te circonstance et de beaucoup d'autres qui laissent subsister tous les dangers pour la foi, il y a une légère difficulté dans ce projet, c'est qu'il est sinon théoriquement, du nioins pratiquement tout-à- fait inexécutable. C'est une Impossibilité complète sous toutes les faces.
« Les ])ères et mères peuvent faire instruire dans ces établissements (particuliers ou publics) leurs enfants par un ecclésiastique ou un ministre de leur choix. » Ils le peuvent, mais où? Chez eux? Il faudra donc que les enfants sortent de leur collège ou de leur j)ension pour aller chez leurs parents recevoir des instruclions religieuses? ImpossUde. Au collège ou à la pension? Il faudra donc (jue le chef de rétablissement admette dans sa maison autant d'ecclésiastiquos qu il y aura de choix divers dans les familles des centaines d'enfants qui leur sont confiés? Impossible. Les pères et mères peuvent I... Mais pensez- \ous que quand les pères de deux ou trois élèves sur plus
de cent n'auionl pas confiance clans l'aumônier de la maison , ils trouveront un prêtre qui voudra s'en aller porter la faiilx dans la moisson daulrui, fiiire à rauniôaicr une concurrence quiletliscrédile, qui melle lat'ivision parmi les élèves et le trouble dans rétahlissenient? El quand même, ce qui ne sera jamais, le chef de celle inslitiition y consentirait; un prêlre, pour peu quM lût de délicatesse, pourrait-il s'y prêter? D'ailleurs, sont ce donc les pères de famille qui donnent mission au piêlre? Quand même im pcre pourrait appeler un ecclésiaslique pour instruire son fils à part dar? le sein du collège, el quand même le principal s'y prêlerall , si pour des raisons de sagesse qu'il est facile dentrevoir, iV-vêquenele voulait pas, ce prétendu pouvoir que vous donnez au père ne serait-il pas toujours illusoire?
Ainsi , vous le voyez , Monsieur le rapporteur, le pouvoir que vous attribuez aux pères el mères el qui, de votre aveu , ne saurait leur être refusé sans iniustice, ce pouvoir est d'une exf'culion lout-à fait imposs:bledans le système du monopole; car, on ne trouvera cerlaincment rien de mieux que ce que vous nous avez proposé : Or, on peut dire des prof)Osllions ce que le code civil (i 172) dil des conditions , dès lors (|u'elles sont impossibles elles sont nulles-, par conséquent liors de la liberté complète, c'est-a-dire dune liberté {iffrancliie de toute mesure préventive, telle que nous la demandons, il nous est impossible d'iiccorder aux pères de liiinille le pouvoir de liiire instruire religieusement leurs enfants selon leur conscience : or, vous a\ez dil, et j'aime à réj)éler avec vous q ue ce droit précieux ne .saurait leur être refusé sans injustice. Donc, en restant dans le même système, en n'accordant pas la liberlé, votre loi. sera nèces.Haire nient in juste.
Pairs de France, on vous dira peut-être que cela esl \.oW' \o\Xia praliijuenifnl po'^sible. Oui sans doute , il est louiours pr;itifjuenient posoibb' \> (b.'tcun de nous (I*iuflit5<'r
à sa propre nu'moire une tache liiefraçible : Or, il n'y a pas au monde pour un législalcur tle t iche plus odieuse que de signicr une loi qui d'avance a ete déclarée injuste. Il serait praliquenient libre à chuciin de le faire, mais aussi cluicun semil Uièoriquemcnt el pratiqiieinenl libre de lii'irir son nom.
2° On s'étonne de la posilion de résistance et de guerre prise par le Clorgt'. Monsieur le Duc, au mois de janvier dernier, j'ai eu l'honneur de vous faire remAlre mes deux premiers examens sur la question. Vous avez pu y voir ( premier Examen , ch. 7. — Deuxième Examen , .^® <juestion ] que, dès cette époque, je prévoyais et j'annonçais la guerre telle qu'elle est maintenant déclarée entre l'Episcopat et le gouvernement. Je déclare hautement qu'alors je ne connaissais pas sui ce poiiù les inlcnlions de mes vénérables collègues. Je crois même que, jusques-là , aimant toujours, malgré tant de déceptions, à se reposer sur les j)roniesses du j)Ouvoir, la plupart des évèques avaient conservé des dispositions très- pacifiques, el croyaient que tout se terminerait à l'aide de représentations confidentielles. En annonçant qu'il n'en serait pas ainsi , je n'étais nullement leur interprète, mais je raisonnais d'après la logique des faits. Je tirais d'avance les conséquences qui devaient sortir des principes de guerre que l'ons'oljstlneàposeret \ oila qu'eu cflY telles en sortent plus rapidement eucore et plus universellement que nous ne le pensions.
L'Episeopat, dont le caractère a toujours été comme celui du d vin pasteur des âmes, la mansuétude, la prudence, la longanimité, l'Episcopal a longtemps daus ses relations inlimes, conjuré le pouvoir de salisli.ire à ses obligations envers les libertés publiques et S[)écialemcnt envers la Liberté d'enseignement. On l'a dit, el nous sommes douloureusciuent contraints de le dire nousmème , ses observations , ses prières, ses instances sont
^ 8 — tîemeiu't'es sans rtsultat, et quand une feuille, qui a ies confitlences fhi nilnislrrc, a impruclcniniciiî îU'clart: que les rcclamalions conficleutielles des évèques êlaieni répntées non avenues ^ elle a dit un mot tristement mais vigoureusement exact.
Alors TEpiscopat français qui sait do l'Espril-Saint fjue s'ilyauntenipspoursetaire ilya aussi un temps pour parler (Eede. HI-^) vient de se lever comme un seul homme , et d'une voix soîennelle il demande au nom des familles, au nom de l'Eglise, au nom de la juslice éternelle, rexéeulion des promesses et des engagements du pacte social, déclarant que si on refuse de satisfaire à celte dette sacrée , il ne pourra j)as plus longtemps ni s'associer à l'injustice ni coopérer à un système destructeur de la foi.
A cette déclaration inexplicable pour les hommes terrestres mais très inlelligible et très naturelle pour les chrétiens instruits et sincères, les peuples se sont émus. Les ennemis du pouvoir ont cru trouver en nous des auxiliaires ou du moins ils se sont réjouis et ranimés en nous voyant résister à un système qu'ils attaquent pour des motifs bien différents des nôtres. Les bons fidèles se sont serrés avec eflioi autour de leurs pasleurs. D'autre part la foule inintelligente des choses de Dieu a reçu avec avidité toutes les préventions les plus irritantes contre le parti prêtre. Hélas! il est triste de le dire, la majorité des chambres les a protégées. Ainsi les deux canq^s sont en présence et la guerre est ouverle.
Certes c'e>t bitn là un des côtés les plus sérieux et les plus cjfl'rayants de la question. D'où vient , Monsieur le Duc , que vous ne l'aviz pas abordé ? Doù \ient que dans votre long (t lumineux rapport, dans ce rapport complet même sur les j)elits détails, il n'y a pas un mot de spécial sur les réclamations si graves, si fondées, si solides des Evêques. Auriez vous craint de rencontrer encore ici d<s difficultés et théorioueniciil et mèriie prati-
({iieinenl in«o!(ib!t\s? on bien seriez -vous , Alonslcui' le Duc, lin iioiiibie tic ceux qui préleudcnt que les craintes des Evèques sont sans fondement el que les faits îillégués contre l'université ne sont que' des cc;irts accidentels ou des exagérations mensongères? Mais comment supposer que quatre-vingt% Evêquts , ({ni ont étudie longuement et attentivement une si importante adairc, qui en écrivent séparément et successivement , ne soient que les échos irrclléchis de quelques feuilles publiques taxées de fmatisme. Quoi ! ceux qui sont établis les chefs et les premiers organes de la doctrine révélée proclament unanimement que runiverslté n'est pas catholique, que par cela même elle ne peut pas avoir leur confiance, et que, obliger les catholiques à se soumettre à ses examens , c'est violenter , c'e^t tyranniser 1rs consciences , et parce que, d'autre part, Monsieur Villemain alHrme au contraire que son université est fort orthodoxe, on dira que le rapport des Evêques n'est pas digne de quelque considération! Quoi quatre vlngls-Evêques seraient en fait d'orthodoxie des imposteurs et des aveugles et c'est M, Yllmaln qui se trouverait Inraillible ! Non, en fait 1 université dans son cnsemlde n'est pas catholique. Mais, je vais bien plus loin et me bornant , comme toujours , au point de vue du droit, je dis el je malntieus que l'Université comme corps ne peut j)as être catholique , et que par cop.séquent étant conservée comme souveraine d(,' toute éducation die rend inévilable la guerre av(C le clergé.
Vous avez gémi, Monsieur le ra()porleur, de ce que le nombre d'heures consacrées dans les collèges à l'instruction religieuse , n'était pas suffisant; vous avez ensuite exprimé des craintes infiniment respectables sur les dangers immenses que présentent à des auditeurs de quinze ou seize ans , tant île questions de- philosophie ou même d'histoire , agitées par plusieurs centaines de professeurs, jeunes eux-mêmes, et débutant dans la carrière de leusei-
leur part, coinn-ie ils le font aujourd'hui, avec cette énorme (litTcTeiice que ce sera solou les vœux divers et le libre choix des familles, au lieu qu'aujourd'hui c'est selon la volonté unique, aveugle, discrétionnaire et tyranniqiie du monopole.
Mais , nous dit-on , si vous ne pouvez dominer en personne , au moins vous désirez le faire par vos principes.
Oui, sans doute : nous désirons, nous demandons et nous demanderons toujours que l'on ne nous empêche pas d'élever catholi<|uenienl les jeunes catholiques que l'bLglisc et la société nous confient. Oui , nous désirons cela , et qui oserait nous en faire un reproche? qui même oserait dire que nous ne devons pas le faire? 11 se trouve, il est vrai , des écrivains et des orateurs qui nous invitent dans des termes g('néraux et vagues a la paix , h la modération, à la charité, paroles que dans un certain monde ou est convenu d'employer sans les comprendre. Mais s'ils daignaient venir nous voir à l'œuvre, s^ils voulaient ou s'ils pouvaient s'élever jusqu'à la sphère où nous con;d)attons, nous leur montrerions pour notre compte les 4o.ooo enfants de ce diocèse, et nous leur dirions : voilà de jeinies âmes, dont nous sommes chargés spirituellement devait les hommes et dont nous répondrons éternellement devant Dieu, c'est à nous à les préserver du venin de l'erreur et à les nourrir du pain de la vérité di- \me. Si nous ne sommes que le mercenaire de ce faible et précieux troupeau , nous laisserons venir le loup de Timpiété, du scepticisme, du libertinage qui le ravagera. Si nous sommes son bun paslcur, nous le défendrons jusqu à doiuier Jiotre vie pour son salut. (Jean,chap. X). Eh LicJi, hommes du monde, croyants ou sceptiques, fidèles ou Impies que nous importe, (|ue lun de vous se lève et pourvu qu'il ait seulement de la raison et de l'honneur, (pi'Il ose nous dire, non pas vaguement, mais posilive- Mienl et pratiquement : Pasteur des âmes, dépensez dans
lin honnête repos les revenus de votre mense dpiscopalc , cvllcz la moindre observalion qui pourrait déplaire même aux plus méchants, et s'il faut, pour conserver lu paix avec tout le monde et passer pour un cvcque sage, livrer tous vos jeunes gens au démon de l'indiflerence , du doute et mûme de l'incrédulité. Pasteur des urnes , sachez en prendre votre parti sans mot dire l Qu'il se présente celui ([ui osera nous tenir directement ce langage; qu'il parle, ([u'il parle haut et nous jiouvons bien lui promettre qu'il ain'a pour réponse le mépiis et l'indignulion publique.
Et cependant c'est là ce qu'en termes polis et déguisés , des hommes d'Etat nous conseillent quand ils nous invitent à laisser nos enfants sous la domination d'un monopole sans croyance et sans entrailles.
On est surpris de ce que nous tenons à faire élever cathoiiquement nos jeunes catholiques , de ce que nous désirons ardemment voir les irlécs, les convictions, les habitudes religieuses repi'endre le dessus. Mais indépendamment de nos devoirs de pasleur, qui oserait dire que c'est là une pensée funeste au gouvernement et à la société? Dispensons-nous de présenter ici le tableau des besoins publics tant de fois tracé par d'autres au point de vue dci croyances et des mœurs. Mais tout r<'cemiiieiit encore n'a-t-ou pas entendu les ministres du Roi se féliciter en pleine tribune du retour qui s'opère vers les idées religieuses et de rallluence inouïe des fidèles dans nos tem[)les pendant les dernières solennités pascales. Mais si ce retour aux idées et aux œuvres saintes est un événement dont vous croyez devoir féliciter la P'rance, pourquoi donc trouverez-vous mauvais (jue nous désirions y coopérer enieacejnent en travaillant dans ce sens les jeunes générations? Quoilceserait un bien pour les hommes faits de revenir aux pratiques chrétiennes et ce n'en serait pas un pour la jeunesse de ne jamais les quitter I
sans cesse en conlat l nvoc li's <jiioslloiis roligu-uses. Mais oecoutact peut t'ireou tiùsutiîo ou trùs-préjudicinble h la l'eligiou Avec riiislolie et avec la j^hilosopliic ou peut flcvelopper et fortifier la foi , mais aussi on peut, huni;iinement parlant, l'ébranler et la luiner, suilout dans de jeunes âmes.
Si le programme ou rintenogaleur, ou si Tun etTanlre exigent ces deux sciences sous un point vue dangereux ])0ur la foi des candidats, les voilà tous exposés à ne se procurer un diplôme que par la perte df leurs croyances et que pour la ruine spiriluelle des gcnéraîions qu'ils seront plus tard chargés de former : or, le programme sera toujours dressé par une Uiiiversité sans croyance, l'in- Icnogateur sera presque toujours un membre de l'Université,et, un' me en dehors de l'Universilé, juge au tiibunal ou maire de la ville, il pourra jjîre mécréar.t. Le programme ou l'interrogateur , ou tous les deux, pourront donc se trouver ou hérétiques ou sceptiques ou directement irréligieux. Nous regardons celte chance comme très-probable dans Thypolbèse du projet adoplé, et tous sont obligés de la regarder au moins comme possible. Oi', vous vouI( z que les ('vèques consentent à livrer toutes ces jeunes générations, dont ils sont Ls premiers pères spirituels, à des hazards aussi terribles pour leur salut et leur bonheur !
Vous dites que l'on ne peut pas nous donner pleine et entière satisfaction, qu'on ne peut pas nous imposer logi- (|uement silence, parce que nous sommes des esprits rigoureux. Vous avouez donc que vous avez contre vous la logique; la log cpie dont vous avez fiiit vous même, d.ins C" même r,q)pf)rt, ini si légititne cl si courageux éloge. <( La logi([ue , celte science selon vous trop méconnue de nos jours, (ju'il importe désormais de replacer au rang (|ui lui appartient; la logique, cette science formelle de la pensée, des règles de la démonstration. » Vous l'avez
coiilro vous! Miiis la luyiquc. ccst Lt raiaoïi , c'fsl ic l>oii sens, dans les questions li'yislativos, la logique c est l'équité, c'est le droit : Vous av( z donc encore une fois la justice contre vouy.
Vous ajoutez que nous sommes mélianls. Mais , Monsieur le Duc, est-ce que nous n'avons pas des raisons pour l'être? Est-ce qu'aujourd'hui même l'Université nu se pose pas, dans la personne de son chef, et dans presque Ions ses membres, et dans ses discours et dans ses écrits, comme adversaire, je pourrais dire comme ennemie d(; l'Eglise et de ses minislres? Est-ce que, à part tous les faits que nous connaissons , celle attitude n'est pas de nature à nous inspirer de la méfiance? Quoi .' nous voyons l'Université, malgré la réprobation unanime de lEpiscopat, faire publiquement grâce aux horribles blasphèmes «lu Collège de France; nous la voyons applaudir avec une joie bruyante aux sophismes surannés des rancunes jansénistes contre notre Eglise. Nous la voyons, comme nous l'avons vue toujours, sinon commander^ car elle 71e le peut pas, au moins conseiller, favoriser, propager des livres pernicieux et d'hi>toire et de philosophie ; nous voyons cela, toute la France le voit, et vous voulez que nous consentions à confier à l'Université le soin de rédiger les programmes d'histoire et de philosophie destinés à nos enfants, et à faire [)asscr elle-même notre chère jeunesse par le scrutin fatal d'interrogateurs qui pourront être et qui , la plupart , seront certainement pour eux des ' tentateurs et des impies. Non , nous n'y consentirons jamais. \ ous comprenez bien vous même. Monsieur le Duc, que nous ne le pouvons jms, que nous ne le devons pas, et quoiqiiC vous nep;irlagiez pas encore toutes nos opinions, vous avez Tàme assez haute pour sentir que si nous nous prêtions à un système cpii doit amener la perte élermllc des âmes, non- seulement nous mérileiionsles ehalimenls du Ciel , mais nous n'aurions plus droit à voire eslime.
Non» résisterions doiiCj nous résisterions et {ntr notre parole, par notre iutluence et par nos oeuvres, et , pour rép ter un mol que nous avons (l<?jà signé, et dont on a mal à propos envenimé le sens naiurel , nous résisterions p ir noire refus de roncours, et en cela vous le voyez bien, Monsieur le Duc, nous n'envaliirions eu aucune manière le terrain temporel et politique; mais nous nous bornerions à défendre le domaine de l'Eglise et de la foi. Nous ne faisons pas cette déclaration par jactance, cette vanité pirérile ne nous convient à aucun titre. INous la faisons au contraire malgré nous, parce que nous y sommes contraints et avec une profonde douleur. Nous savons trèsbien que nous sommes humainement les plus faibles,' et (ju'on peut extérieniement nous opprimer de toutes les manière.; nous savons qu'jl ne nous est pas permis de pro. voquer la persécution qui est toujours un grand mal en soi : jjous savons enfin que la guerre dont nous parlons et qui malheureusement est déjà commencée, ne peut être qn'uit sujet de désastres pour la patrie et de deuil pour l'Eglise. C'est pour cela que nous élevons la vo x pendant qu'il en est temps encore pour conjurer le pouvoir d'en délour.ner la cause. Nous croyons que cette guerre dt'sastreuse ne peut être évitée que par la liberté d'enseignement. Nous le croyons fermement, inviniiblement; cependant nous sentons bien que 5iou« ne pouvons imposer nos convictions à personne. Mais puisqu'il est évidentque la voie vers laquelle on se dirige doit conduire à des précipices, nous demandons en grâce , au nom de la France comme au nom de la foi, qu'on hésite un peu et qu'on attende a vaut d'y entrer. — Nous demandons qu'on ne s'y [)récipite pas en aveugle dans un moment d'ellervescence el de passion. Cet toujours la sagesse et la vérité (lui gagnent à l'examen. Si nous sommes darjs l'erreur, un au de j)lus en convaincra la Fiance et nous en convaincra nous-mêmes, el si alors le (iouvernemenl pouvait nous
(ioDiier, pour assurer dans l'éducatiu!! la jxuclc ilc nos saillies croyances, un aulre moyen que celui (jjic nous projiO.'iO'.is . nous laisserions les législateurs se clt'haltre e!ilre eux clans l'arène il<,>s intérôls temporels et nous déposerions les armes: mais s; nous sommes dans le vrai, quel inle'rêl le Gouvernement peut il avoir à se jeter dans une voie fausse, pleine d'orages, de dangers et de ruines? •
Nous examinerons sommairement les motifs d'ii|>rès lesquels on cherche à justifier cette déplorable déterminanation, dans une froisième lettre qui sera sans doute la dernière et qne Jious terminerons par l'exposé de la troisième impossil)ilit<' énoncée au coinnieneement de celle-ci que sa longueur imprévue nous oblige à terminer avant d'y avoir rempli toute notre lâche.
-Veuillez toujours, Monsieur le Duc, accueillir mes observations avec indulgenre, excuser ee qui pourrait se rencontrer d'un j>eu rude dans ma rédaction prc'cipilée faite sous l'influence d'une conviction profonde, et agréer de nouveau l'tissurance de ma haute considération et de mon profond respect.
ÉV(5que de Laugres.
Imprimerie d A. SIROU, rie des Noyers, il.
tiioisii:mi: lettre
DE MONSEinNElK