‹ Liberté d'enseignement (volume 2)Chapitre 27 sur 76 · GAINS ET PERTES · texte numérisé non relu

GAINS ET PERTES

11 y a six mois , on nous disait : Le parti du silence est le seul qui convienne à votre position faible et dépendante. Si vous parlez, si vous réclamez, si vous saisissez le public de vos craintes, vous êtes perdus.

Nous avons faitvoir^ qu'il n'était pas à propos d'écouler celle prudence humaine, et nous avons parlé.

Maintenant, on nous dit : Qu'avez-vous gagné à lout ce lapage ? Les Chambres ne vous en sont (}iio plus hosliles, le gouvernement est froissé, et l'esprit public, qui se rapprocliait insensible-

' 2' 1a:iiii(mi 3' qnrslioii.

ment de la religion, s'en éloigne de nouveau. <( Tout à coup , ce mouvement s'est arrêté , nous « dit M. Thiers ; la défiance a succédé à l'em- <( pressement. »

Voici notre réponse : T II est faux que nous ayons perdu ; 2" il est sûr que nous avons gagné.

r Ce n'est ni dans les débats tout profanes des Chambres, ni dans les salons des ministres, ni dans les intrigues de la bureaucratie, ni dans les déclamations du journalisme qu'il faut étudier les pertes ou les progrès de la religion; c'est dans les lemples, et la plupart de ceux qui nous attaquent n'y viennent pas; c'est dans l'étude des consciences, et nos adversaires ne s'en occupent pas; c'est, enfin, dans tous les rapports du saint ministère des âmes , et , évidemment, il n'y a que les prêtres qui puissent bien en juger.

Or , voici ce dont nous sommes sûrs , et ce que nous pouvons proclamer à la face du ciel et de la ton-c : c'est que, depuis un an, les fruits spirituels du ministère pastoral , pour ce que nous en connaissons, n'ont aucunement diminué; les confessions et les communions n'ont été ni moins nondjreuses, ni moins consolantes ; les peuples n'ont point cessé d'accueillir partout leurs pasteurs avec empressement , respect et confiance ; et, s'il y a, comme nous le pensons,

quelque tlifîérence , cllo est à l'avantage de l'Kglise et de ses minisires. On peut s'en assurer à Paris même, oii les passions irréligieuses savent exercer tant d'empire. Jamais peut-être , depuis longtemps, il ne s'y fit tant de conversions notables qu'aux dernières fêtes pascales ; jamais il ne s'y organisa plus d'œuvres chrétiennes que depuis un an ^ ; jamais nous n'avons trouvé les enfants de Paris plus empressés à courir publiquement au-devant du prêtre, et nous ne croyons pas abuser de la conliante amitié dont nous bonore le pieux et savant prélat de cette puissante capitale, en révélant ce qu'il nous a confié. Jamais il n'a vu de jeunesse plus pieuse que celle qui lui a été présentée pour la confirmation dans ses dernières tournées pastorales. Or, il est bien clair que les dispositions des enfants sont la révélation la plus fidèle de la disposition des familles. Certes, si les parents étaient irrités contre nous, il serait impossible que les enfants ne s'en ressentissent pas. Eh bien ! c'est tout le contraire qui arrive. Il est donc faux que le mouvement du bien se soit arrêté ; // est faux que la défiance ait succédé à r empressement.

* Entre autres, l'OEuvrc do Painl-Franoois-Xavier, qui compte maintenant plus de quatre mille ouvriers

Au moment où Ton met tout en œuvre pour effrayer et pour décourager nos frères, il importe de le dire, de le dire bien haut, et de le ledire encore : Non , la cài se de la religion n'a rien perdu a nos débats publics. Nous verrons tout à riieure combien elle y a gagné.

Au moins , nous dit-on , vous avouerez qu'il y a maintenant beaucoup plus d'excitation du côté de vos adversaires.

Cela peut être, et nous voulons bien admettre que cela soit. Mais cela ne prouverait-il pas que la })erle est de leur côté ? Est-ce qu'il est dans la nature de riiomme de s'irriter quand il gagne? Eh bien, puisqu'on nous y force , nous allons mettre à nu le véritable état des choses.

La plupart de nos gouvernants, occupés avant tout de ce qu'ils appellent XÉtat, la raison d'État , les intérêts de l'ÉUit, ne considèrent la religion que comme un ressort secondaire combiné avec les autres dans la machine gouvernementale et fonctionnant avec une docilité toute passive sous la main suprême de ce qu'on a|>pelle les pouvoirs pubhcs , et ([ui se réduit le plus souvent à rarbilraiic ind<''iini de ce pouvoir nouveau qu'on nomme l'administration.

<( Assurément, dirons-nous avec M. ïhiers, « il n'y a pas aujourd'hui grand mérite, pas « grande profondeur de vue à reconnaître que

« la relii^ion osi un des plus grands besoins de la « société humaine. » Nous ajouterons mùme qu'il est dans le devoir des ministres de cette religion toute bienlaisanle d'apporter le tribut de leur concours au bonheur public , non-seulement en perfectionnant les individus i)ar le travail de la civilisation chrétienne , mais aussi en venant en aide aux puissances de la teire dans les limites des lois éternelles , dont les prêtres sont avant tout les organes et les agents.

C'est ce que^ malgré les opinions personnelles de quelques-uns de ses membres , le clergé catholique faisait depuis treize ans; c'est ce qu'il était disposé à faire avec un zèle toujours croissant et avec une unanimité toujours plus complète.

Les hommes du pouvoir s'en réjouissaient et ils en recueillaient les fruits. Plusieurs d'entre eux, sans doute, ne voulaient pas en abuser, mais d'autres croyaient que ce concours du clergé devait être sans limite; que les Chambres, par le seul fait du vote de son budget annuel, l'enrôlaient dans la classification des fonctionnaires publics, et qu'il était chai'gé par le ministre des cultes de faire de la morale au profit de l'Ëtat, absolument comme les armées font des campagnes, les tribunaux des jugements, et les Chambres des lois. On voit que c'est tout le

système d'une religion nationale, et nous en parlerons ailleurs ; il suffît ici de constater le fait, qui est indubitable.

Le clergé catholique n'avait pas à s'occuper, au moins publiquement, de cette prétention exorbitante de nos gouvernants tant qu'elle ne se révélait pas par des exigences inacceptables. Sans s'aveugler sur leurs tendances, il continuait à les seconder loyalement , se réservant de s'arrêter seidement au point où il ne pourrait plus obéir aux hommes sans désobéira Dieu. De là la paix , de là la satisfaction du gouvei'uement à l'endroit du clergé, qu'il cherchait, il faut le dire, à s'attacher toujours de plus en plus par des procédés bienveillants et des faveurs temporelles.

ftïais des principes faux conduisent tôt ou tard à de fausses démarches. L'idée que l'Etat est tout amène nécessairement cette conclusion, que rÉglise, comme les diverses classes de la société, doit toujours s'incliner devant ses arrêts ; et alors les hommes d'Ëtat, sans s'occuper des droits de l'I'^glisc , ont préparé des lois destructives de la foi des peuples, l^es ministres de cette Église sainte ont d'abord et longtemps averti dans le secret les fabricaieurs suprêmes de ces lois pernicieuses : on n'a tenu aucun compte de leurs sérieuses et pressantes réclu-

malions , et on lenr n l'ail dire hardiment par les organes les plus vulgaires tle la publicité : Il faudra l)ien que vous obéissiez comme les autres. Le clergé a répondu : Nous avons sacrifié ])0ur vous nos opinions politiques et nos alïections privées ; nous sommes jusque-là sincèrement à vous ; mais, sachez-le bien, nous ne sacrifierons pour personne les intérêts et l'avenir de la religion.

Cependant , jusqu'alors tout se passait dans des rapports intimes et secrets qui n'étaient pas encore dépourvus d'une conliance mutuelle. Quelques voix seulement signalaient les ravages causés dans l'héritage de la foi chrétienne par une philosophie insensée. Le reste de TÉpiscopat se taisait.

Mais, quand une fois ce projet de soumettre renseignement de toutes les doctrines à un pouvoir sans croyances fut devenu manifeste, les familles chrétiennes, surprises et presque scandalisées de notre inaction apparente, nous demandèrent si nous voulions livrer à l'aventure la foi de leurs enfants. D'un autre côté, les hommes du pouvoir donnaient publiquement notre silence sur leur funeste système comme une preuve de notre approbation tacite et de notre coopération indirecte. Ce silence, ainsi interprété en présence des alarmes catholiques ,

allait donc dovoiiir un vrai scandale : il a fallu le rompre.

Nous Tavons fait un des premiers ; nous avons demandé le maintien de la paix, non pas même au nom de l'Église, mais au nom du pacte social ; nous avons demandé la paix par ce qu'il y a de plus précieux pour l'homme : par la liberté, par la liberté promise , par la liberté pour tous, sans privilège connue sans exception. On ne nous a pas répondu , mais on a continué à provoquer la guerre , et on nous a fait dire, toujours par Torgane insultant du journalisme : Nous ne vous craignons })as , car nous avons pour nous les Chambres.

A cette déclaration formelle de guerre, TËpiscopat, sans s'Hre aucunement concerté dans son ensemble, mais conduit par le sentiment d'un devoir qui ne pouvait plus être douteux, a fait entendre le cri d'alarme avec une admirable unanimité. 11 a dit au pouvoir : « L'enseigne- « ment tient aux doctrines, et les doctrines tienc( nent aux consciences. Or , les consciences ne « sont pas de votre domaine; elles vouséchappent « de droit divin , et vous-même vous les avez dé- « clarées libres de votre contrôle par l'article 5 de c< nolreCharte. Nous, évêques, nous sommes par « vocation défenseurs des francliises de la court science. Nous déclarons donc (pie tout pou-

« voii- luiiuaiii qui viulo son sancluaiic lail un « aclc diisurpation, et que, déplus, le pouvoir « public, tel qu'il esl conslilué eu France, ne « i)eul pas laire cette usurpation sans une yiola- « lion lornielle de ses propres engagements. »

A ce raisonnement si clair , sur lequel nous reviendrons encore, M. Thiers n'a pas même essaye de répondre. Trop habile pour se fourvoyer dans les répliques impuissantes que d'autres ont balbutiées, il a omis notre objection, et il s'est contenté de dire et de répéter solennellement : l'État le veut ainsi.

Ainsi l'Étal veut violenter les consciences ; et nous , en vertu du droit naturel et des droits de l'Église , nous déclarons que cette violence est sacrilège , et que le pouvoir qui se la permettrait ne pourrait y^lus avoir notre concours.

Que s'ensuit-il? que ceux qui comptaient sans limite sur ce concours, qui en jouissaient , qui s'en trouvaient bien , se fàclient , se récrient , nous menacent et cherchent à nous inspirer de la peur ou des regrets. Ces démonstrations sont fort naturelles; nous comprenons les alarmes du gouvernement , qui verrait se retirer de lui cet appui moral de la religion dont M. le rapporteur a ditque/es;;///.s vuUjaires i7it('lligcnccs, comme les plus hautrs^ en comprennent le prix et la nécessité. Nous serions, pour notre compte,

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ulïligé profondéincut de voir les choses publiques compromises à ce point. Mais c'est comme Français beaucoup plus que comme chrétien.

Le clergé, en se retirant, n'aurait rien à regretter que des faveurs précieuses , il est vrai, mais auxquelles il peut à la rigueur renoncer sans cesser de remplir sa divine mission. 11 est le sel de la terre : le monde ne peut se passer de lui ; mais il peut se passer du monde. Les Chambres françaises lui sont opposées , mais ce n'est ni par le sénat de Rome , ni par l'aréopage d'Athènes que s'est faite la conquête spirituelle des nations. On le voit donc , ce n'est pas de notre côté qu'il y a perte , aussi ce n'est pas de noire part qu'il y a colère.

Et quant à ces divers projets de loi plus ou moins défavorables à noire cause, soyons bien sûrs qu'ils étaient dans la tète de ceux qui les ont proposés avant que nous eussions rien dit. Cela nous rappelle l'apostrophe d'un pair de France à M. de Monlalembert : « Cest vous, lui dit-il, qui, par vos exagérations, êtes cause que la loi exigera des certificats d'études ; on aui'ait moins peur des jésuites de Fribourg si vous les eussiez moins vantés.»^ C'est un orateur ministériel qui parlait ainsi ; or, trois mois avant la discussion, le projet du ministère portait l'obligation du certificat d'études.

Nous n'avons donc rien perdu à ces débals ; mais il y a plus, nous y avons gagne.

2" Le preniiei' triomphe que le clergé recherche , parce qu'il est la source de tous les autres, c'est le triomphe des principes.

Quand les vrais principes sont encore méconnus , il cherche à les mettre au jour. Quand ils ont éclairé l'esprit , il s'eflbrce de les faire passer dans le cœur, et du cœur dans la conduite.

Nous qui savons ce que c'est que la conversion du pécheur, nous nous réjouissons quand nous entendons un homme, endurci d'ailleurs, reconnaître seulement de bouche quelques vérités morales.

Certes, nous le savons bien, l'attitude des Chambres est loin de nous être favorable ; et nous devions nous y altendj'e , puisque la question n'y est pas comprise à notre point de vue, qui est, selon nous, le seul vrai. Ce que nous devions donc désirer d'abord, c'était que certains principes y fussent proclamés et reconnus.

Or, que de vérités précieuses sur lesquelles la plupart de nos gouvernants n'avaient pas réfléchi , et qui leur ont été mises sous les yeux avec une précision et une puissance de paroles qui ne laissent rien à désirer !

Ainsi, dajisson exposé des motifs à la Chambre des députés, M. Yillemain s'est bien gardé

de rc'lablii" l'analogie cinplialiquc doiil il avait lire si grand parti à la Chambre des pairs, entre l'ancien et le nouveau régime d'enseignement en France. Depuis que les éloquents défenseurs de la liberté ont montré si admirablementladifférence profonde qui existe entre l'Université sceptique du monopole actuel et les Universités essentiellement catholiques et rivales d'autrefois ; depuis surtout que M. Guizot lui-même, pour l'honneur du cabinet, s'est vu contraint, dans la séance du 9 mai , de rendre pleine justice aux données de l'histoire sur ce point , que son collègue avait embrouillé à plaisir; depuis enfin que M. Thiers vient de reconnaître formellement l'origine ecclésiastique des anciennes universités et leurs rivalités si précieuses à l'émulation, et la concurrence que leur firent jusqu'au bout les ordres religieux, et l'origine purement conventionnelle et impérialiste du monopole, c'est maintenant un fait incontestable , cpie l'Université actuelle n'a pas d'ancêtres, qu'elle est en opposition flagrante avec toute notre histoire , et qu'elle nous impose , sous un régime de liberté, un joug que jamais la France n'avait ni porté ni connu , même sous le règne de ce (pi'on appelle l'absolnlisme. Et combien d'autres principes proclamés , et dans les magniiiqucs débals de la Chambre des pairs, et

même dans ce dernier rapport de M. Thiers!

Ainsi, la distinction essentielle entre l'instruction publique donnée par l'Élat, et renseignement privé pour lequel la liberté est promise , cette distinction qu'on a si longtemps cbercliéà détruire pour donner à croire que nous demandions le renversement de l'Université; cette distinction qui fait si bien ressortir le droit des familles, n'a-t-elle pas été proclamée encore par M. Guizol dans cette même séance du 9 mai ? et M. Thiers ne vient-il pas do ladmeltre, en exprimant, comme étant la pensée unanime de la commission , le vœu que l'État ait le droit de direction de renseignement public , et le droit de surveillance de renseignement privé ? D'où il suit qu'il doit y avoir en France un enseignement autre que celui que dirige l'État, et que les amis de la liberté ne la réclamant que pour cet enseignement privé , il est injuste et calomnieux dédire qu'ils demandent la ruine de l'Université, ce que, au reste, personne ne dit plus. Voilà donc encore un pas de fait.

Mais n'est-ce donc rien que ce comité respectable établi pour délivrer les certificats de moralité qui , précédemment donnés par le maire, n'étaient qu'une pièce insignifiante et une garantie dérisoire contre laquelle nous nous étions hautement récrié? Croit-on «ju'on rendrait un

iiiédiocre service à la morale publique, si l'on obligeait tous les instituteurs primaires à puiser à une source semblable ces cerlilicats à l'aide desquels, maintenant, ils trompent si souvent la crédulité des communes, et font ensuite la désolation des pasteurs?

N'est-ce rien que cette flétrissure imprimée au front de la philosophie universitaire par les délibérations retentissantes et le vote formel de la haute Chambre? Et quand même les honorables députés rendraient au conseil royal les attributions que les illustres pairs ont transportées au conseil d'État, ce qui, au fond, est fort indifférent à la cause de la religion et de la liberté, croit-on que cela pourrait faire oublier que l'enseignement de la philosophie, donné par l'État, a été déclaré suspect par le premier corps de l'État?

N'est-ce rien qu'une telle déclaration lancée dans le pays , et un tel souvenir laissé dans l'histoire? Or, qu'on en soit bien sûr, on n'eût pas même essayé de le faire, on n'y eût pas pensé sans les réclamations de l'Épiscopat.

N'est-ce rien encore que les aveux que vient d'exprimer M. Thiers lui-même sur le besoin de certains ordres religieux? Certes, quand un pareil homme d'Etat déclare que « les congréga- « lions ayant pour objet de procurer à des

« ànics faligiicos tlii inoiule le repos de l;i rc- « iraile religieuse , peuvent être regardées « comme tout à fait inhérentes à la religion ca- « tliolique ; » quand il dit que , « dans la probibi- « lion proposée, il ne s'agit pas de toutes les eon- « grégalions, mais de quelques-unes, d'une en « particulier, de celle des jésuites; » quand il avoue, enfin, « qu'on peut ne pas poursuivre les « individus, ne pas chercher à savoir s'ils sont « assemblés sur le territoire , de façon à faire « voirqu'ils existent en congrégation.» nVst-on pas en droit de croire que les raisonnements exprimés par les évêques et par de savants publïcistes , sur la fausse interprétation donnée à la loi constitutionnelle du 9 février 1790, commencent à être compris et goûtés?

Enfin , et surtout , n'est-ce rien que les professions de foi catholiques si magniiiquement exprimées à la tribune de la Chambre des pairs? Quand, le 10 avril dernier, M. de Montalembert prononça son premier discours sur les îiberlés de l'Église, ses adversaires ne surent comment exprimer leur indignation, et ses ann's eux-mêmes furent effrayés de son courage. Cependant, celte parole de foi eut immédiatement, au sein de cette France sceptique , un succès inouï, et, après avoir étomié et presipie révolté la noble Chambre, elle la subjugua, et durant les

six semaines de la discussion, et ])ainii lant daiilres paroles, admirables de talent, aucune n'exerça sur cette illustre réunion une puissance aussi merveilleuse. Seule, elle eut la vertu de tenir constamment dans le silence, le respect et l'attention, une immense majorité , qu'elle blessait ou contrariait sans relâche. On ne saurait dire tout ce ([ue cet étonnant succès a donné de courage et d'espoir à tout ce quil y a de chrétiens croyants en France. Le jeune catholique, quelquefois isolé dans ses habitudes saintes, a compris qu'il était beau de marcher au devoir avec le petit nombre, et les Séguier, les Barthélémy, lesReugnot,les Montalemberl, lui paraissaient d'autant plus grands ([u'ils étaient seuls. Le respect humain , si i-idiculement funeste parmi les hommes, n'a plus semblé possible en présence de celte sainte hardiesse d'un fidèle qui trouve sa gloire , même devant le monde, dans sa fidélité.

Des feuilles qui ordinairement se font gloire de leur incroyance, d'autres feuilles, organes de l'hén'sie , ont rendu hautement hommage à la supériorité d'un homme de conviction sur tous lespolitifpies et les diplomates de nos jours, en sorte qu'elle a bj-illé; de loul son éclat, cette parohî qui autrefois ébranla , déracina et lit croulej' i)Our toujours le montle [)aïeii avec ses

ariii<''<^s, SOS so[>liisies et ses Césars : lUvc ost Victoria quœ vincit mundum, fides nostra. Or, nous le savons à n'en pouvoir clouter, l'illustre comte de 3Iontalembert eût gardé le silence si l'Épiscopat n'eut pas parlé d'abord.

Mais, si, dans une question où, de l'aveu de tous, se balancent les destinées de la France catholique , les catholiques n'eussent pas pris part au combat , ses ennemis eussent-ils man- (pié de dire : Ce grand culte est mort ; sa bouche est muette, parce que son cœur ne bal plus? Voyez... on peut le rouler dans la poussière , le dépouiller ignominieusement, lui mettre avec insulle le pied sur la face; il ne remue plus, il ne parle plus, la vie n'est plus en lui...

Voilà ce que vous espériez pouvoir dire, ennemis de l'Église de Dieu , et vous vous irritez parce que désormais cette bravade vous est impossible.

Nous avons donc gagné, et parce que, en rendant les discussions plus sérieuses , nous avons fait déjà reconnaître de précieux et féconds principes dont il faudra bien que , tôt ou tard, la raison })ubli(jue tire les conséijuences , et pai'ce que nous avons fait avouer, même aux moins clairvoyants, que le catholicisme existe encore en France, qu'il a des droits, qu'il veut en jouir par son alliance avec la liberté consti-

tutionnellc , et (fu'il est bien déterminé à ne cesser ses réclaiiialions qu'au jour où ou lui aura pleinement rendu justice.

Au reste , la commission dont M. Tliiers est l'organe constate hien notre existence, puisqu'elle nous fait l'honneur de s'occuper de nous, et en ternies généralement très-convenables , dans la plus grande partie de son rapport.

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